« Parmi les fabriques naturelles du Jardin Champêtre de Trianon, la Grotte représente l’exemple le plus abouti de l’association d’un artifice de roches et d’eau, constituant un subtil décor secret. Située au nord du Belvédère, la Grotte se tapit en fond de vallon, à la différence du Rocher du Belvédère (avec lequel elle est souvent confondue), dont la silhouette imposante domine le pavillon de musique. La Grotte a été réalisée à partir d’un dénivelé artificiel de terrain et est pourvue de deux entrées : son entrée haute, au sommet d’une butte, est encadrée d’un ensemble de grosses roches moussues ; son entrée inférieure est dissimulée en fond du vallon. Un escalier intérieur en pierre relie ces deux accès.
Sept modèles furent établis et présentés à la Reine Marie-Antoinette, pour décider des dispositions précises de la fabrique. Les travaux commencèrent le 1er juillet 1780 et furent achevés seulement deux mois après.
La restauration de la Grotte de Marie-Antoinette a été la première opération engagée sur les fabriques du jardin champêtre : en 2001, les enrochements cyclopéens de meulières ont ainsi fait l’objet d’une consolidation générale ; lors de ces travaux, l’ouverture sommitale d’origine, créant un faisceau lumineux sur la cascade intérieure, a été dégagée puis rétablie. Dans la salle basse, le banc en pierre, la cascade et le gué du ruisseau intérieur ont également été restaurés, permettant de retrouver les détails illustrés par les coupes de Claude-Louis Châtelet, vers 1786. Les travaux effectués sur le passage intérieur en gué ont permis de retrouver les ouvrages d’étanchéité d’origine, constitués de larges tables de plomb façonnées selon le profil du ruisseau ; la restauration de ces plombs anciens a été réalisée selon les techniques traditionnelles (reprise au plomb coulé avec montage de finition). A l’extérieur de la Grotte, le petit vallon et son ruisseau ont fait l’objet d’une intervention complète de remodelage du relief, de reprise de tracé du cours d’eau et de recomposition de ses enrochements. Les plantations ont été composées en respectant une hiérarchisation des écotypes : plantes de bord de l’eau en limite du ruisseau, conifères à flancs de coteaux et prairies en crête des buttes. Un saule pleureur (Salix babylonica) et une touffe de cannes de Provence (Arundo donax) ont été plantés en composition de l’entrée basse de la Grotte, en fidèle transcription d’une gouache de C.L. Châtelet. Dans ce même souci de rétablissement du décor végétal d’origine, le coteau marquant l’entrée est du vallon de la Grotte a été planté d’un carré de vigne, illustré sur une gravure conservée aux archives du Musée de Versailles.»
Le Jardin Champêtre de Trianon : l’alliance du pittoresque à la botanique de Laurent Choffé