« Les figures et les ornements en saillie étaient en or jaune et vert. On peignit les balustres, piédestaux, boiseries de l’orchestre et du parterre en brèche violette, et l’ébrasement de la scène, avec les panneaux d’angle, en marbre blanc veiné. Le reste de la salle fut tendu de moire bleue ; les appuis des balcons et des loges ainsi que les sièges, de velours de même couleur. La voussure, de ce côté, est divisée en trois compartiments : celui du milieu est plein, les deux autres sont troués par un œil-de-bœuf. Dans la partie centrale, sur un fond de rayons, deux Muses couchées tiennent le chiffre de la reine. L’agencement du rideau fut plus laborieux. Des pentes de soie bleue, à franges d’or, relevées par des cordelières d’or, tombent de la fesse; de chaque côté de la scène, une femme, dont le torse sort d’une gaine, les soutient. Il ne restait plus qu’à placer, aux coins de l’avant-scène, des candélabres pour éclairer la salle. On se fixa à deux groupes en plâtre, de deux femmes chacun, remarquablement gracieux. Elles portent d’un geste élégant un grand cornet garni de soleils, de roses, de lys, étages en girandole, parmi lesquels brillaient quatre-vingt-onze flammes de bougies. Un grand réverbère mobile, en cuivre argenté, de vingt-et-un pieds de long sur dix pouces de haut, fut placé le long de la rampe de l’orchestre qui était éclairé lui-même par seize chandeliers. Sur la scène, Boullet, machiniste et inspecteur des théâtres du roi, construisit un appareil de machines aussi complètement outillé que possible.»
Le Petit Trianon, histoire et descriptionde Gustave Desjardins