Le 25 février 1770
Naissance, à Paris, 91 rue de Bac, de Henriette-Lucy Dillon, issue par son père, Arthur Dillon (1750-1794), d’une famille de gentilshommes irlandais établie en France sous Louis XIV. Sa mère Thérèse-Lucy de Rothe (1751-1782), Dame du Palais de la Reine et nièce de la princesse d’Henin, autre Dame du Palais. Elle est l’auteur du Journal d’une femme de cinquante ans (édition Mercure de France) . Henriette-Lucy Dillon appartient à la noblesse la plus ancienne. En effet, l’origine de sa maison (irlandaise) remonte à Sir Henry le Dillon, chevalier Henri Delion d’Aquitaine qui, en 1185, fut envoyé par Henri II d’Angleterre sous les ordres du prince Jean en Irlande, où il s’établit finalement, ayant reçu en apanage d’immenses domaines.
« Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas eu d’enfance. À douze ans mon éducation était très avancée. J’avais lu énormément, mais sans choix.
(…)
L’état d’hostilité constante qui existait dans la maison me tenait dans une contrainte continuelle. Si ma mère voulait que je fisse une chose, ma grand’mère me le défendait. Chacun m’aurait voulu pour espion. Mais ma probité naturelle se révoltait à la seule pensée de la bassesse de ce rôle. Je me taisais, et l’on m’accusait d’insensibilité, de taciturnité. J’étais le but de l’humeur des uns et des autres, d’accusations injustes. J’étais battue, enfermée, en pénitence pour des riens. Mon éducation se faisait sans discernement. Quand j’étais émue de quelque belle action dans l’histoire, on se moquait de moi. Tous les jours, j’entendais raconter quelque trait licencieux ou quelque intrigue abominable. Je voyais tous les vices, j’entendais leur langage, on ne se cachait de rien en ma présence. J’allais trouver ma bonne, et son simple bon sens m’aidait à apprécier, à distinguer, à classer tout à sa juste valeur.»La marquise de La Tour du Pin
« Ma mère plut à la Reine, qui se laissait toujours séduire par tout ce qui était brillant, Mme Dillon était très à la mode ; elle devait par cela seul entrer dans sa maison. Ma mère devint dame du palais. J’avais alors sept ou huit ans.»
La marquise de La Tour du Pin
Voir cet article :
En 1781
« Mon premier séjour à Versailles fut à la naissance du premier Dauphin en 1781. Combien le souvenir de ces jours de splendeur pour la Reine Marie-Antoinette est souvent revenu à ma pensée, au récit des tourments et des ignominies dont elle a été la trop malheureuse victime. J’allai voir le bal que les gardes du corps lui donnèrent dans la grande salle de spectacle du château de Versailles. Elle l’ouvrit avec un simple jeune garde, vêtue d’une robe bleue, toute parsemée de saphirs et de diamants, belle, jeune, adorée de tous, venant de donner un dauphin à la France, ne croyant pas à la possibilité d’un pas rétrograde dans la carrière brillante où elle était entraînée ; et déjà elle était près de l’abîme.»
La marquise de La Tour du Pin
« Le dimanche matin, après la messe, ma présentation eut lieu. J’étais en grand corps, c’est-à-dire avec un corset fait exprès sans épaulette, lacé par derrière. La naissance du bras était recouverte de trois ou quatre rangs de blonde ou de dentelle tombant jusqu’au coude. La gorge était entièrement découverte. Sept à huit rangs de gros diamants que la Reine avait voulu me prêter cachaient en partie la mienne. Le devant du corset était comme lacé par des rangs de diamants. J’en avais encore sur la tête une quantité soit en épis, soit en aigrettes. Je me tirai fort bien de mes trois révérences. J’ôtai et je remis mon gant sans trop de gaucherie. J’allai ensuite recevoir l’accolade du Roi et des princes, ses frères, de M. le duc de Penthièvre, de MM. les princes de Condé, de Bourbon et d’Enghien. Par un bonheur dont j’ai mille fois remercié le ciel, M. le duc d’Orléans n’était pas à Versailles le jour de ma présentation. C’était une journée forte embarrassante et fatigante… On était sûre d’attirer les regards de toute la Cour, de passer à l’examen de toutes les malveillances. On devenait le sujet de toutes les conversations de la journée et, quand on retournait le soir au jeu, à sept heures ou à neuf heures, mon souvenir est incertain quant à l’heure exacte, tous les yeux se fixaient vers vous. Mon habit de présentation était très beau ; tout blanc, à cause de mon petit deuil, garni seulement de quelques belles pierres de jais et mêlées aux diamants que la Reine m’avait prêtées ; la jupe entièrement brodée en perles et en argent. »
La marquise de La Tour du Pin
En septembre 1782
« Ma mère fut fort soignée dans ses derniers moments. La reine vint la voir et tous les jours un piqueur ou un page était envoyé de Versailles pour prendre de ses nouvelles.»
La marquise de La Tour du Pin
Le 7 septembre 1782
« Ma mère ne croyait pas toucher à son dernier moment. Elle mourut étouffée, dans les bras de ma bonne»
Henriette de La Tour du Pin
Le 21 mai 1787
Henriette épouse Frédéric-Séraphin, comte de Gouvernet (1759-1837), fils du ministre de la Guerre de Louis XVI, qui deviendra marquis de La Tour du Pin en 1825.
La voici donc à Versailles, dont elle rapportera plusieurs scènes quotidiennes dans ses fameux mémoires.
Le 5 mai 1789
Ouverture des États-Généraux.
Le 4 juin 1789
Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.
Le 14 juillet 1789
Prise de la Bastille.
Le premier octobre 1789
Les gardes du corps du Roi donnent un banquet en l’honneur du régiment de Flandre arrivé depuis peu pour contenir d’éventuelles émeutes parisiennes. Le régiment de Flandre est d’autant moins étranger à Louise-Elisabeth que son frère , le duc d’Havré, en a été le colonel de 1767 à 1784. Le Roi, la Reine hésitent à paraître à cette fête qui a lieu dans l’opéra inauguré lors de leurs mariage, en 1770. Les gardes ont alors entonné l’air de «Ô Richard, ô mon Roi» au milieu des vivats.
Le 5 octobre 1789
Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
La famille royale se replie dans le château…
« […]. Nous allâmes (avec Mme de Valence) nous promener en voiture au jardin de Mme Élisabeth, au bout de la grande avenue (avenue de Paris). Comme nous descendions de voiture pour traverser la contre-allée, nous vîmes un homme à cheval passer ventre à terreurs de nous. C’était le duc de Maillé, qui nous cria : « Paris marche ici avec du canon. » Cette nouvelle nous effraya fort, et nous retournâmes aussitôt à Versailles, où déjà l’alarme était donnée. »[…]
(Suivent les tumultes aux abords du Château, les hésitations du Roi de partir pour Rambouillet, l’opposition du peuple de Paris au départ du Roi, les harnais coupés, les chevaux enlevés de force, le retour de la famille royale dans ses appartements, l’arrivée de M. De La Fayette et ses assurances de protéger le Roi et sa famille.)
« Pendant ce temps, le peuple de Paris quittait les abords du Château et s’écoulait dans la ville et dans les cabarets. […] Les femmes qui avaient envahi le ministère, […] dormaient couchées par terre dans les cuisines. Un grand nombre pleuraient, disaient qu’on les avait fait marcher de force et qu’elles ne savaient pas pourquoi elles étaient venues. »
« Le Roi, [le calme revenu], congédia tout le monde, […], les huissiers vinrent dans la galerie dire aux dames […] que la Reine était retirée. Les portes se fermèrent, les bougies s’éteignirent. » […]
La marquise de La Tour du Pin
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée.
« La cour des Princes était alors fermée par une grille, près de laquelle se tenait en faction un Garde du Corps, parce que c’était là que commençait la garde de la personne du Roi, service particulièrement dévolu aux Gardes du Corps et aux Cent-Suisses. Dans l’intérieur de cette petite cour existait un passage qui communiquait avec la Cour Royale. […] On verra tout à l’heure combien la connaissance de ce passage était nécessaire aux assassins.
Le jour commençait à paraître . Il était plus de 6 heures, et le silence le plus profond régnait dans la cour. M. de La Tour du Pin (époux de la narratrice), appuyé sur la fenêtre, crut entendre comme les pas de gens nombreux, semblant monter de la rampe qui, de la rue de l’Orangerie (de la Surintendance), menait dans la Grande Cour (ou Cour des Ministres). Puis quelle fut sa surprise de voir une foule de misérables déguenillés entrer par la grille alors que celle-ci était fermée à clef. Cette clef avait donc été livrée par trahison. Ils étaient armés de sabres et de haches. [Le temps que M. de La Tour du Pin descende l’escalier], les assassins avaient tué M. de Vallori (de Varicourt), le Garde du Corps en faction à la grille de la cour des Princes, et avaient franchi le passage dont je viens de parler pour se diriger sur le corps de garde de la Cour Royale. » […]La marquise de La Tour du Pin
Les émeutiers se séparent alors en deux groupes, tandis que l’un se dirige vers l’escalier de marbre (escalier de la Reine), l’autre se précipite sur le Garde du Corps de faction (M. Deshuttes) qui est massacré, avant de rejoindre le premier groupe pour forcer la garde des Cent-Suisses placée au haut de l’escalier de marbre.
« On a beaucoup blâmé ces colosses de ne pas avoir défendu du cet escalier avec leurs longues hallebardes. Mais il est probable qu’il n’y en avait qu’un seul de garde à cet escalier, comme de coutume, tant on était certain qu’il n’arriverait rien, et que les fortes grilles, toutes hermétiquement fermées, opposeraient une résistance assez longue pour qu’on pût se mettre en défense.
La preuve que l’on avait pris aucune précaution extraordinaire, c’est que les assassins, parvenus au haut de l’escalier de marbre, et conduits certainement par quelqu’un qui connaissait le chemin à suivre tournèrent dans la salle des gardes de la Reine, où ils tombèrent à l’improviste sur le seul garde aposté en ce lieu. » […]La marquise de La Tour du Pin
Durant ces événements, madame. de La Tour du Pin, qui se trouve dans l’appartement de sa tante, la princesse d’Hénin, dame d’honneur de la Reine, voit arriver sa bonne, Marguerite, qui était restée dans l’appartement de sa maîtresses au ministère de la Guerre, le beau-père de madame de La Tour du Pin, Jean-Frédéric de La Tour du Pin Gouvernet, ministre de la Guerre du Roi.
« Au bout d’un instant […] elle nous dit […] qu’en descendant les marches perron, elle avait découvert une troupe nombreuse de gens, de la lie du peuple, dont un (Nicolas Jourdan, dit coupe-tête), avec sa longue barbe – connu comme un modèle de l’Académie – était occupé à couper la tête d’un Garde du Corps (M. Deshuttes) qu’on venait de massacrer; qu’en passant devant la grille de la rue de l’Orangerie (de la Surintendance), elle avait vu arriver un monsieur, , en bottes très crottées et un fouet à la main, qui n’était autre que le duc d’Orléans, qu’elle connaissait parfaitement pour l’avoir vu bien souvent; que d’ailleurs, les misérables qui l’entouraient témoignaient leur joie de le voir en criant : « Vive notre roi d’Orléans ! » tandis qu’il leur faisait signe, avec la main, de se taire ».
La marquise de La Tour du Pin
La famille royale est ramenée de force à Paris.
Au comte de Gouvernet, marquis de La Tour du Pin, mari d’Henriette, Louis XVI dit alors :
«Vous restez maître ici, tâchez de me sauver mon pauvre Versailles».
A une heure après midi
Le Roi et toute sa famille quittent Versailles pour ne jamais y revenir, le Roi, prisonnier de son peuple, la Monarchie est vécu. Son fantôme lui survivra trois ans, avant de s’évanouir dans le sang
La famille royale s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
A la fin de l’année 1789
Le marquis de La Tour du Pin, ministre et secrétaire d’état à la guerre, ordonne de former des gardes nationales et de leur donner des armes des arsenaux.
Liée à la future madame Tallien, la comtesse de Gouvernet se voit contrainte d’émigrer et s’embarque à Bordeaux pour l’Amérique avec sa famille.
Arrivée là, elle prend la tête d’une ferme, véritable exploitation agricole et se lève dés cinq heures du matin pour s’occuper des animaux, donner ses ordres pour la journée et baratter son propre beurre (marqué à ses armes quand même).
Elle reçoit même à déjeuner un certain… Talleyrand, alors en Amérique également et se lie d’amitié avec les Amérindiens dont certains travaillent sur ses terres :
« Ce fut en achetant des mocassins que je vis pour la première fois des sauvages… Je fus un peu surprise, je l’avoue, quand je rencontrai pour la première fois un homme et une femme tout nus se promenant tranquillement sur la route, sans que personne songeât à le trouver singulier. Mais je m’y accoutumai bientôt, et lorsque je fut établie à la ferme, j’en voyais presque tous les jours pendant l’été.»
Le 11 décembre 1792
Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refusera. M. de Malesherbes (1721-1794) se portera volontaire.
Le 26 décembre 1792
Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.
Le lundi 21 janvier 1793
Exécution de Louis XVI
Le 14 octobre 1793
Marie-Antoinette est traduite devant le tribunal révolutionnaire. Le beau-père d’Henriette, qui a été ministre des Affaires Etrangères de Louis XVI est appelé à témoigner.
« Vingt-troisième témoin, Jean Frédéric La Tour du Pin, âgé de soixante-six ans, militaire, ancien lieutenant général et ministre de la guerre, demeurant à la Thuilerie près Auteuil, lequel a déclaré connaitre l’accusée, que c’est d’elle qu’il entend parler, qu’il n’est son parent, allié, serviteur ni domestique, non plus que de l’accusateur public, après quoi il a fait sa déclaration.»
« Jean-Frédéric La Tour du Pin, militaire et ex-ministre de la guerre, dépose connaître l’accusée ; mais il déclare ne connaître aucun des faits portés en l’acte d’accusation.
Le président, au témoin. — Étiez-vous ministre le 1er octobre 1789 ?
— Oui.
— Vous avez sans doute à cette époque entendu parler du repas des ci-devant gardes du corps ?
— Oui.
— N’étiez-vous point ministre à l’époque où les troupes sont arrivées à Versailles dans le mois de juin 1789 ?
— Non , j’étais alors député à l’Assemblée.
— Il paraît que la cour vous avait des obligations, pour vous avoir fait ministre de la guerre ?
— Je ne crois pas qu’elle m’en eût aucune.
— Où étiez-vous le 23 juin lorsque le ci-devant Roi est venu tenir le fameux lit de justice au milieu des représentants du peuple ?
— J’étais à ma place de député à l’Assemblée nationale.
— Connaissez-vous les rédacteurs de la déclaration dont le Roi fit lecture à l’Assemblée ?
— Non.
— N’avez-vous point entendu dire que ce fussent Linguet, d’Eprémesnil, Barentin, Lally-Tollendal, Desmeuniers, Bergasse ou Thouret ?
— Non.
— Avez-vous assisté au conseil du ci-devant Roi, le 5 octobre 1789 ?
— Oui.
— D’Estaing y était-il ?
— Je ne l’y ai pas vu.
D’ESTAING prend la parole et dit : — Eh bien, j’avais ce jour-là la vue meilleure que vous, car je me rappelle très bien vous y avoir vu.»
« Le président. — Avez-vous connaissance que ce jour, 5 octobre, la famille royale devait partir par Rambouillet pour se rendre ensuite à Metz ?
Latour Dupin. — Je sais que ce jour-là il a été agité dans le conseil du Roi si le Roi partirait oui ou non.
— Savez-vous les noms de ceux qui provoquaient ce départ ?
— Je ne les connais pas.
— Quel pouvait être le motif sur lequel ils fondaient ce départ ?
— Sur l’affluence de monde qui était venu de Paris à Versailles et sur ceux que l’on y attendait encore, que l’on disait en vouloir à la vie de l’accusée.
— Quel a été le résultat de la délibération ?
— Que l’on resterait.
— Où proposait-on d’aller ?
— A Rambouillet.
— Avez-vous vu l’accusée en ces moments-là au château ?
— Oui.
— N’est-elle pas venue au conseil ?
— Je ne l’ai point vue venir au conseil ; je l’ai seulement vue entrer dans le cabinet de Louis XVI.
— Vous dites que c’était à Rambouillet que la cour devait aller : ne serait-ce pas plutôt à Metz ?
— Non.
— En votre qualité de ministre, n’avez-vous point fait préparer des voitures et commandé des piquets de troupes sur la route pour protéger le départ de Louis Capet ?
— Non.
— Il est cependant constant que tout était préparé à Metz pour recevoir la famille Capet, des appartements y avaient été meublés en conséquence ?
— Je n’ai aucune connaissance de ce fait.
— Est-ce par l’ordre d’Antoinette que vous avez envoyé votre fils à Nancy pour diriger le massacre des braves soldats qui avaient encouru la haine de la cour en se montrant patriotes ?
— Je n’ai envoyé mon fils à Nancy que pour y faire exécuter les décrets de l’Assemblée nationale ; ce n’était donc pas par les ordres de la cour que j’agissais, mais bien parce que c’était alors le vœu du peuple ; les Jacobins même, lorsque M. Camus fut à leur société faire lecture du rapport de cette affaire, l’avaient vivement applaudi.
Un juré. — Citoyen président, je vous invite à vouloir bien observer au témoin qu’il y a de sa part erreur ou mauvaise foi, attendu que Camus n’a jamais été membre des Jacobins, et que cette société était loin d’approuver les mesures de rigueur qu’une faction liberticide avait fait décréter contre les meilleurs citoyens de Nancy.
— Je l’ai entendu dire dans le temps.
— Est-ce par les ordres d’Antoinette que vous avez laissé l’armée dans l’état où elle s’est trouvée ?
— Certainement, je ne crois point être dans le cas de reproche à cet égard, attendu qu’à l’époque où j’ai quitté le ministère l’armée française était sur un pied respectable.
— Était-ce pour la mettre sur un pied respectable que vous avez licencié plus de trente mille patriotes qui s’y trouvaient en leur faisant distribuer des cartouches jaunes, à l’effet d’effrayer par cet exemple les défenseurs de
la patrie et les empêcher de se livrer aux élans du patriotisme et à l’amour de la liberté ?
— Ceci est étranger au ministre, pour ainsi dire ; le licenciement des soldats ne le regarde pas ; ce sont les chefs des différents corps qui se mêlent de cette partie-là.
— Mais vous, ministre, vous deviez vous faire rendre compte de pareilles opérations par les chefs de corps, afin de savoir qui avait tort ou raison.
— Je ne crois pas qu’aucun soldat puisse être dans le cas de se plaindre de moi.
Le témoin La Benette demande à énoncer un fait : il déclare qu’il est un de ceux qui ont été honorés par La Tour du Pin d’une cartouche jaune signée de sa main, et cela parce qu’au régiment dans lequel il servait il démasquait l’aristocratie de messieurs les muscadins, qui y étaient en grand nombre sous la dénomination d’état-major. Il observe que lui, déposant, était bas-officier et que le témoin se rappellera peut-être de son nom, qui est Clair-Voyant, caporal au régiment de …
La Tour du Pin. — Monsieur, je n’ai jamais entendu parler de vous.
Le président. — L’accusée, à l’époque de votre ministère, ne vous a-t-elle pas engagé à lui remettre l’état exact de l’armée française ?
— Oui.
— Vous a-t-elle dit l’usage qu’elle en voulait faire ?
— Non.
— Où est votre fils ?
— Il est dans une terre près Bordeaux ou dans Bordeaux.»
La menace de s’attaquer au fils du témoin qui sait de son côté qu’il n’a plus rien à espérer est à peine cachée…
« Le président, à l’accusée. — Lorsque vous avez demandé au témoin l’état des armées, n’était-ce pas pour le faire passer au roi de Bohême et de Hongrie ?
— Comme cela était public, il n’était pas besoin que je lui en fisse passer l’état ; les papiers publics auraient pu assez l’en instruire.
— Quel était donc le motif qui vous faisait demander cet état ?
— Comme le bruit courait que l’Assemblée voulait qu’il y eût des changements dans l’armée, je désirais savoir l’état des régiments qui seraient supprimés.»
Marie-Antoinette en tant que Reine s’est toujours préoccupée de l’armée. Outre aimant s’entourer de vaillants militaires aux beaux uniformes, de tous pays, elle recevait à Versailles une fois par semaine les colonels et a beaucoup usé de son influence pour les promotions de ceux qu’Elle considérait devoir les mériter.
Qu’Elle ait pu souhaiter connaître l’état de l’armée afin de le faire passer à son neveu n’aurait servi à rien, comme Elle le souligne, si ce n’est à se compromettre. Elle était Reine et son rôle était bien de savoir comment fonctionnait une armée désorganisée depuis le début de la révolution, avec l’émigration de nombreux officiers qu’Elle a connus.
Les cousins La Tour du Pin seront exécutés tous les deux le 28 avril 1794. On ne ridiculise pas impunément le tribunal révolutionnaire.
Herman, président du tribunal révolutionnaire, reprend ensuite l’accusation sur ses soi-disant folles dépenses :
« — N’avez-vous pas abusé de l’influence que vous aviez sur votre époux pour en tirer des bons sur le trésor public ?
— Jamais.
— Où avez-vous donc pris l’argent avec lequel vous avez fait construire et meubler le Petit Trianon, dans lequel vous donniez des fêtes dont vous étiez toujours la déesse ?
— C’était un fonds que l’on avait destiné à cet effet.»
Voir cet article :
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette.
Le 13 avril 1794
Son père, Arthur Dillon (1750-1794), est guillotiné à Paris.
Le 27 juillet 1794
Chute de Robespierre qui est arrêté et guillotiné.
Le 8 juin 1795
L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.
Le 19 décembre 1795
Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, quitte sa prison escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’Empereur François II.
Le 9 mars 1796
Napoléon Bonaparte épouse civilement Joséphine de Beauharnais, La famille Bonaparte n’est pas avertie de cette union, célébrée par le commissaire Collin-Lacombe devant un nombre réduit de témoins.
A partir de la fin de l’année 1799
Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.
Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804
Bonaparte est Premier consul.
De 1802 à 1805
Napoléon Ier est aussi président de la République italienne.
Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814
Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.
Le 2 décembre 1804
Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris et couronnement de Joséphine.
En 1808
Le comte de Gouvernet est nommé par Napoléon Ier préfet de la Dyle (un ancien département français dont le chef-lieu était Bruxelles), poste qu’il quitte en 1813.
Le 6 avril 1814
Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.
Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.
Le 1er mars 1815
La Restauration ne dure pas.
Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.
Le 10 mars 1815
Débarquement de Napoléon au Golfe Juan.
Le 19 mars 1815
Napoléon est aux portes de Paris. Louis XVIII et sa Cour prennent la fuite pour Gand.
En 1815
Rallié à la Restauration, son mari est fait pair de France le 10 août. Il est l’un des trois ambassadeurs adjoints à Talleyrand au congrès de Vienne. Ce dernier précise :
« J’emmène Dalberg pour propager les secrets que je veux que tout le monde sache, Noailles est l’homme du pavillon de Marsan ; mieux vaut être surveillé par un agent que j’ai choisi. La Tour du Pin servira à signer les passeports ».
De 1815 à 1820
Son mari poursuit sa carrière diplomatique comme ambassadeur auprès du royaume des Pays-Bas.
En 1820
Le comte de Gouvernet est ambassadeur du royaume de Sardaigne.
Le 16 septembre 1824
Louis XVIII (1755-1824) meurt à Paris.
Charles X monte sur le trône et décide de renouer avec la tradition du sacre ; Louis XVIII avait annoncé publiquement son intention de se faire sacrer mais on peut présumer qu’il y renonça pour des raisons physiques, sa mauvaise santé ne lui permettant pas d’en supporter les rites.
En 1825
Frédéric-Séraphin est fait duc de La Tour du Pin.
Les 27, 28 et 29 juillet 1830
Les opposants aux ordonnances de Saint-Cloud soulèvent Paris : ce sont les Trois Glorieuses de 1830, ou « révolution de Juillet », qui renversent finalement Charles X.
Le 30 juillet 1830
Louis-Philippe duc d’Orléans, est nommé lieutenant général du Royaume par les députés insurgés.
Le 31 juillet 1830
Charles X préside son dernier conseil des ministres le 31 juillet 1830 dans le Cabinet Frais du Grand Trianon.
Louis-Philippe accepte ce poste. Il s’enveloppe alors d’un drapeau tricolore avec La Fayette et paraît ainsi à son balcon.
Refusant de se rallier à la révolution de Juillet, il aide la duchesse de Berry dans ses tentatives de prise de pouvoir : il est emprisonné trois mois au fort du Hâ entre décembre 1832 et mars 1833 et choisit de s’exiler à Lausanne.
Le 26 février 1837
Le duc de La Tour du Pin meurt à Lausanne.
Henriette de La Tour du Pin (on ne sait quand) s’en va terminer ses jours à Pise en Italie.
Le 2 avril 1853
Mort de Henriette-Lucy de la Tour du Pin, à Pise en Italie. Elle a quatre-vingt-trois ans.