Louise-Emmanuelle de Châtillon naît à Paris. Elle est la fille de Louis Gaucher duc de Châtillon, dernier duc de ce nom (1737-1762) et d’Adrienne-Amélie-Félicité de la Baume le Blanc de La Vallière (1740-1812), petite nièce de la célèbre carmélite Louise de la Miséricorde, dont l’austère pénitence a presque fait oublier les faiblesses de la duchesse de La Vallière.
Louis Gaucher duc de Châtillon, en colonel de régiment de cuirassiers par Tishbein
Adrienne-Amélie-Félicité de la Baume le Blanc de La Vallière
Le 15 novembre 1762
Décès de son père, Louis Gaucher duc de Châtillon (1737-1762), qui n’a que vingt-cinq ans. Veuve à vingt-deux ans, madame de Châtillon se consacre toute entière à l’éducation de ses deux filles. Leur grand-mère, la belle duchesse de La Vallière, la seconde dans cette charge.
Le 16 mai 1770
Le Dauphin Louis-Auguste (1754-1793) épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793).
Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux
Le 10 mai 1774
Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles vers quatre heures de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.
Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.
Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis
Le 11 juin 1775
Louis XVI est sacré à Reims.
Louis XVI lors de son sacre à Reims par Benjamin Warlop
Le 20 juillet 1781
Louise-Emmanuelle de Châtillon épouse Charles-Bretagne-Marie-Joseph prince de Tarente (1764-1839), plus tard duc de la Trémoille, pair de France. Elle a dix-huit ans, lui n’en a que dix-sept. Le contrat de mariage a été signé par le Roi et la Reine à Versailles, le 8 juillet.
Portrait présumé de la princesse de Tarente, duchesse de la Trémoille
Les rois de France et les ducs de Bourgogne donnent aux ducs de la Trémoille le titre de cousin, mérité par d’éclatants services. Au XVIe siècle, cette puissante famille a revendiqué des droits incontestables à la couronne de Naples par le fait du mariage d’un prince de Talmont, en 1521, avec une petite-fille de Frédéric V d’Aragon, Roi de Naples. C’est pourquoi le fils prenait le titre de prince de Tarente qui était dans ces temps-là celui du prince royal de Naples.
Leur fille unique mourra en bas âge.
Tabouret de la chambre de la Reine
Le 22 juillet 1781
La nouvelle princesse de Tarente est présentée au Roi et prend le tabouret.
Jessica Atkins est madame de Pompadour dans Doctor Who (2006)
Peu à peu, la Reine l’introduit dans Son intimité.
Marie-Antoinette par Alexandre Kucharski
Le Petit Trianon
Louise-Emmanuelle de Châtillon, princesse de Tarente
Entre mai et juin 1782
Séjour en France du comte et de la comtesse du Nord, pseudonyme du Tsarévitch Paul et de son épouse, qui préfèrent loger à leur ambassade parisienne, auprès de leur ministre plénipotentiaire, le prince de Bariatinski, plutôt qu’au château de Versailles. Un vaste appartement leur est pourtant accordé et souvent utilisé, comme nous le verrons. En effet, leur séjour en France ne se résume pas à leurs seules visites de Versailles. Ils visitent les institutions célèbres de Parius et du royaume de France… C’est au cours de ce séjour que la princesse de Tarente se lie d’amitié avec Maria Féodorovna qui la recevra quand la France ne sera plus un lieu de bon séjour…
Le Grand Duc Paul de Russie (1754-1796-1801) par Batoni (1782)
Maria Féodorovna, née Sophie-Dorothée de Wurtemberg-Montbéliard (1759-1828), alias le comte et la comtesse du Nord
Madame de Tarente est nommée parmi les quinze dames du palais de la Reine par Marie-Antoinette qui «l’aim(e) et estim(e) infiniment» nous dit madame Campan.
Les dames du palais sont, dans la maison de la Reine, des dames de qualité chargées d’accompagner la Reine. Les offices de dame du palais ont été mis en place au XVIIe siècle, pour remplacer les demoiselles d’honneur, jeunes filles non mariées, placées auprès de la Reine. Ces différentes catégories de dames (femmes nobles mariées) ont un rang supérieur aux femmes, de chambre et de garde-robe, qui ne sont pas nobles.
La Reine lui donne un chien en signe de Son affection.
Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)
« Un jour qu’Elle était dans sa chambre à coucher avec une personne qui parlait et s’affligeait avec Elle de tout ce qui se disait sur le Roi et évitait soigneusement de lui parler d’Elle: « Vous ne dites rien de moi, » reprit la Reine; croyez-vous que j’ignore ce qui se dit? » Et, s’approchant de la fenêtre avec beaucoup de calme, Elle montra le côté de Saint-Cyr: « Voilà mon chemin » dit-Elle.»
Mémoires de la princesse de Tarente
Elle devait faire référence à un exil au Couvent, non?
La princesse de Tarente est une femme au caractère bien trempé, à qui il aurait fallu passer sur le corps pour s’attaquer à la Reine.
La place de dame du palais de la Reine est un honneur que le Roi donne aux dames distinguées qu’il invite à former « la société de la Reine », c’est-à-dire Lui tenir compagnie et faire Sa cour intime. Elles forment le cœur de la Cour de la Reine, mais la place n’est ni une commission, ni un emploi, ni une charge à titre d’office. Le Roi donne simplement à chacune des dames 6000 livres sur le Trésor royal ; ces pensions ne sont pas payées sur le budget de la Maison de la Reine. Au dernier quart du XVIIIe siècle, on retint trois dixièmes ou 30%, un des plus lourdes taxations à la Cour. Des douze dames du palais, la moitié est des « titrées », c’est-à-dire les femmes de ducs, maréchaux de France ou grandes d’Espagne. Les six autres dames sont de la plus ancienne noblesse de France, mais ne jouissent pas du privilège de s’asseoir sur un tabouret en présence de la Reine. Celles-ci se tiennent débout, ou reçoivent un « carré » ou grand coussin à condition de s’occuper à des travaux d’aiguille. D’habitude, quatre des dames du palais sont en service par semaine. Leurs huit consœurs sont libres de rester dans leurs appartements de fonction à Versailles ou leurs hôtels particuliers à Paris. Quand Marie-Antoinette insiste pour avoir Ses amies qui forment la société de salon, nombreuses dames du palais se sentent exclues et le système commence à se dénouer, avec pour résultat que plusieurs des dames du palais ne servent guère.
«Almanach de la Cour», Seconde Édition de William Ritchey Newton
Dames du Palais de la Reine par Moreau le Jeune
Marie-Antoinette et la princesse de Lamballe, tableau de Heinrich Lossow
La princesse est liée à la Reine qui aime particulière qu’elle l’accompagne dans Ses chevauchées équestres à Saint Cloud.
Marie-Antoinette, reine de France, à cheval, en califourchon, frac à la bavaroise et harnachement des gardes-nobles hongrois,
Louis-Auguste Brun, dit Brun de Versoix, huile sur toile, 1783, château de Versailles
Du 30 août au 10 octobre 1785
Fêtes au château de Saint-Cloud.
Fête de nuit donnée par Marie-Antoinette dans les jardins de Saint-Cloud par Châtelet
Maëlia Gentil est Marie-Antoinette dans Un peuple et son Roi de Pierre Schoeffer
Le 26 octobre 1788
Louise-Emmanuelle accouche de la seule fille qu’elle aura, Charlotte, qui ne vivra pas longtemps.
Le 5 mai 1789
Ouverture des États-Généraux à Versailles.
Ouverture des Etats Généraux
Le 4 juin 1789
Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.
Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)
Le duc de Normandie devient Dauphin.
Le 20 juin 1789
Serment du Jeu de paume
Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David
Le 14 juillet 1789
Prise de la Bastille.
La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico
La nuit du 4 août 1789
Abolition des privilèges.
La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)
Son époux émigre et rejoint l’armée émigrée sous les ordres du prince de Condé.
Le 26 août 1789
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Le 5 octobre 1789
Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
La famille royale se replie dans le château…
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
En quittant Versailles, avec de nombreux souvenirs de sa royale amitié, Marie-Antoinette donne à Sa fidèle dame du palais, Son griffon favori. Madame de Tarente est représentée dans un tableau de la galerie de Bonnelles, grave et sérieuse, caressant le gentil animal, symbole de l’amitié toujours dévouée et désintéressée. Ce petit chien, de race écossaise à longs poils noirs avec des yeux brillants et saillants et de longues oreilles. Louise-Emmanuelle continue de servir la Reine aux Tuileries.
Selon les témoignages, elle est la dame d’honneur avec qui la princesse de Lamballe est la plus amie, et est une invitée fréquente de son salon au Pavillon de Flore, où la princesse est connue pour recruter des contacts aristocratiques loyaux à la cause royale.
Après les journées d’octobre
Pour Ses promenades à cheval, Marie Antoinette aime être accompagnée, à Saint- Cloud, de la princesse de Tarente, excellente cavalière, qui est d’ailleurs une de Ses plus proches.
En 1790
Le Dauphin est continuellement dans le jardin, et va tous les soirs se promener dans le parc de Meudon. Marie-Antoinette le mène quelques fois Elle-même à la promenade, surtout quand la princesse de Tarente, Sa dame du palais, est de service. Elle connaît sa discrétion, la noblesse de ses sentiments et son extrêmement attachement pour Elle.
Le 15 février 1791
Décès de sa fille Charlotte, qui n’a pas encore trois ans.
Mi-juin 1791
La princesse de Tarente fait le voyage pour Bruxelles, afin de se libérer avant le départ de la famille royale.
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En juin 1791
La semaine précédant le départ pour Montmédy, la Reine, secondée par madame de Tourzel, fait tout pour que la princesse rejoigne son mari à Nice, mais celle-ci résiste de nombreux jours avant d’accepter la mort dans l’âme de passer une semaine à la campagne près de Paris. Mais dès le retour de la famille royale, la duchesse de Duras, la marquise de La Roche-Aymon et elle se précipitent auprès d’Elle.
Michèle Morgan est Marie-Antoinette pour Jean Delannoy (1955-56)
Marie-Antoinette par Alexander Kucharski
Le 29 janvier 1792
La princesse de Tarente, dame du palais de la Reine, part pour Bruxelles quoiqu’elle soit en activité de service.
Le 20 juin 1792
La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.
Le Roi refuse.
Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine,
elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.
Outre Ses enfants, et la marquise de Tourzel, leur gouvernante, Marie-Antoinette est entourée de aux côtés de la princesse de Lamballe, de la duchesse de Maillé, de madame de La Roche-Aymon, de Marie-Angélique de Fitte de Soucy, de Renée Suzanne de Mackau et de madame de Ginestous et Louise-Emmanuelle de Tarente . Pendant plus de trois heures, la foule passe devant la salle en criant des insultes à Marie-Antoinette.
Images de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc
A cette époque, la princesse de Tarente, ne voulant pas quitter la Reine, demande à madame de Tourzel la permission d’occuper une chambre de son appartement. C’est alors que naît entre Pauline de Tourzel et la princesse une amitié qui durera longtemps.
Malgré la Révolution française, la princesse de Tarente refuse de quitter la famille royale et devient témoin de la prise des Tuileries.
Elle raconte d’ailleurs :
« Le roi n’a jamais été plus grand que dans cette journée du mercredi. Il n’a pas témoigné la moindre émotion, il a paru intrépide, supérieur aux efforts qu’on a faits pour dégrader la couronne. »
Le 10 août 1792
Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.
La famille royale juste avant le départ des Tuileries : à l'arrière-plan on devine le combat des soldats contre les émeutiers
Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi
Traversant le jardin des Tuileries, Louis XVI et sa famille sont conduits jusque dans la loge grillagée du greffier de l’Assemblée nationale (ou loge du logotachygraphe) , où ils restent toute la journée.
Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico
Lise Delamare est Marie-Antoinette dans La Marseillaise (1938) de Jean Renoir
Gravure allemande représentant la Famille Royale à l'Assemblée
Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».
Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français,
est l'ordre donné aux Suisses «de déposer à l'instant leurs armes».
Le Roi est suspendu de ses fonctions.
La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat. Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.
La prise des Tuileries le 10 août 1792
Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)
La princesse de Tarente est mentionnée dans les mémoires de madame de Tourzel comme une des dames restant jusqu’au bout auprès de la Reine aux Tuileries. C’est elle qui emmène Pauline hors du palais, manquant de peu d’être massacrées. partant avec d’autres dames dont Ernestine Lambriquet, elles ont la chance de rencontrer un «patriote» qui les aident à sortir par derrière le château, côté Louvre.
Lorsque la foule entre dans la chambre où les dames d’honneur sont rassemblées, la princesse de Tarente, selon Pauline de Tourzel, s’approche d’un des révolutionnaires et lui demande sa protection. Selon les témoignages, lorsque les rebelles entrent dans la chambre de la Reine, la dame d’honneur de la princesse de Lamballe, la comtesse de Ginestous, devient hystérique, tombe à genoux et demande grâce, sur quoi la princesse de Tarente, se tourne vers le jeune Marseillais qui mène les émeutiers et lui dit : « Cette pauvre dame est, comme vous le voyez, hystérique : ayez la bonté de la conduire en lieu sûr ; et cette jeune fille aussi », en indiquant Pauline de Tourzel, « j’ai confiance en votre honneur; tuez-moi si vous voulez, mais traitez-la avec respect », ce à quoi il répond : « Nous ne nous battons pas avec les femmes; allez, vous toutes, si vous le voulez ». Selon Pauline de Tourzel, il l’escorte ensuite, elle et la princesse de Tarente. En suivant cet exemple, le reste des dames d’honneur quittent le château de la même manière, en toute sécurité.
La princesse de Tarente et Pauline de Tourzel sont escortées par les rebelles, qui les laissent dans la rue où elles sont découvertes par la foule qui les amène en prison. Le directeur de la prison leur permet de partir, et la princesse emmène Pauline de Tourzel avec elle chez sa grand-mère, d’où elle pourrait rejoindre sa mère. Mais le sort de madame de Tourzel est encore lié à celui de la famille royale. Aussi en rejoignant sa mère aux Feuillants, elle accompagnera les prisonniers dans la Tour du Temple…
Le 13 août 1792
La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.
Caricature qui montre Louis XVI coiffé du bonnet vert des forçats
La Tour du Temple
Le 27 août 1792
Parce qu’elle était connue comme une confidente personnelle de la princesse de Lamballe, soupçonnée d’avoir recruté des contacts pour la cause absolutiste royale dans son salon, la princesse de Tarente est arrêtée quelques jours plus tard et incarcérée dans la prison de l’Abbaye après avoir refusé de déposer contre la Reine. On l’interroge sur les personnes qu’elle a rencontrées au salon de la princesse de Lamballe aux Tuileries. Elle nie avoir participé à des complots ou en avoir eu connaissance et après avoir refusé de dénoncer des actes de trahison commis par Marie-Antoinette, elle est détenue en prison.
La prison de l'Abbaye
Images de Joséphine ou la Comédie des Ambitions (1979) de Robert Mazoyer
L’appel à aller mourir dans Joséphine ou la comédie des ambitions (1979) de Robert Mazoyer
Le 3 septembre 1792
Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) à la prison de la Force. La tête de la princesse , fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.
Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre
Lors des massacres de septembre 1792
Lorsque les tribunaux populaires jugent et exécutent sommairement les détenus des prisons de Paris. Le personnel pénitentiaire tente cependant de maîtriser au maximum la violence, notamment en ce qui concerne les détenues de la prison de l’Abbaye, dont seulement deux femmes sur deux cents sont exécutées. Dans le cas de la princesse, elle est escortée au tribunal par le personnel pénitentiaire ayant l’intention de la protéger, et est particulièrement assistée par un monsieur Chancy, qui lui dit quoi dire afin de tourner la sentence du tribunal à son avantage. Elle répond donc qu’elle est emprisonnée depuis le 27 août, qu’elle a été interrogée et que son domicile a été perquisitionné depuis, mais qu’aucune preuve à charge n’a été présentée contre elle, et qu’elle est séparée de son mari et ne sait pas où il se trouve ni s’en soucie. Louise-Emmanuelle est acquittée de toutes les charges par le tribunal populaire et escortée chez sa mère à l’hôtel de Châtillon.
« La princesse de Tarentese sauva à force d’héroïsme. Traduite devant les juges-bourreaux du 2 septembre, après avoir attendu son tour pendant quarante heures, sans fermer l’œil, au milieu des cris des victimes qu’on immolait, et des angoisses de celles qui allaient être massacrées, elle retrouva toute son énergie, lorsqu’elle vit que les interrogatoires qu’on lui faisait tendaient à obtenir d’elle des déclarations qui inculpassent la Reine. Elle réfuta si victorieusement toutes les calomnies sur lesquelles elle était interrogée, que l’opinion de tout auditoire, hautement prononcé, força ses juges à la déclarer innocente. »
L’ Histoire de la Révolution de France de Bertrand de Moleville, parue en 1801-1803
L'hôtel de Châtillon, place des Vosges
Marie-Caroline de Naples par Elisabeth Vigée Le Brun (1790)
Elle émigre en Angleterre et vit à Londres sur la pension payée par la sœur de Marie-Antoinette, Marie-Caroline de Naples.
Elle y écrit ses Souvenirs où elle retrace les premières années de la Révolution et sa détention. Par leur style sobre et laconique ils se rapprochent du genre de la chronique. La fidélité parfaite de l’auteure à la Reine en est le sujet principal.
Le 21 janvier 1793
Louis XVI est exécuté place de la Révolution.
Pastel de la Reine par Kucharski qui appartenait à la princesse de Tarente
Ce pastel qui appartenait autrefois à la princesse de Tarente fut exécuté par Kucharski au Temple peu après l’exécution du Roi. Selon Marguerite Jallut, il s’agit du portrait original, exécuté par le peintre, de la Reine en gramailles dont tous les exemplaires successifs auraient ensuite été tirés. Le pastel, disparu pendant la deuxième guerre mondiale, était accompagné de deux inscriptions, l’une presque annulée, l’autre une transcription de la première :
« Ce portrait de Marie-Antoinette, reine de France, fut peint par « Koharski » qui, se trouvant en service comme garde nationale au Temple après la mort de Louis XVI, il a pu voir la reine à chaque fois. Il avait déjà peint cette princesse en 1780. Il a tracé ce dessin et jusqu’au dernier détail de ses robes de deuil.»
Le 16 octobre 1793
Marie-Antoinette est guillotinée.
Louise de Tarente à son amie Charlotte Atkyns (qui a tenté de sauver, en vain, la Reine de l’échafaud) :
« J’ai commencée ma journée aux pieds des autels, couverte et environnée de deuil, ma seule mon unique pensée à été Elle; tous mes vœux, toutes mes prières les plus ferventes, Elle en a été l’objet, et j’ai demandé au ciel un bonheur dont je ne peux plus être témoin, c’est dans cette disposition triste que j’ai reçue en rentrant votre touchante lettre […] j’accepte avec transport l’offre d’une amitié qui m’attache à l’amie de celle que j’ai aimée plus que tout au monde et à laquelle je resterai également intéressée malgré le temps qui détruit tout. Votre lettre ma chère, ma tendre amie est sur mon cœur, sur un cœur tout à vous, qui est lié au votre par des liens qui ne sont plus en notre pouvoir, mais qu’une connaissance plus ancienne resserrera et rendra aussi long que notre vie, j’ai lue en tremblant un des articles de votre lettre, celui où vous dites, qu’elle me regardait comme à Elle, c’est à genoux que je vous remercie du bonheur que vous m’avez donné, mais, hélas… je ne puis en jouir.»
Charlotte Atkyns par Benjamin Warlop
Louis XVII agonisant
Le 8 juin 1795
L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.
Le comte de Provence par Adélaïde Labille-Guiard
Le 19 décembre 1795
Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, quitte sa prison escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’Empereur François II. Louise-Emmanuelle de Tarente postule en vain pour devenir sa dame d’honneur.
Marie-Thérèse de France portant le deuil de sa famille par Heinrich Füger
Louise-Emmanuelle de Tarente
En mars 1797
La princesse de Tarente est invitée en Russie par l’Empereur Paul Ier et sa femme Marie Fedorovna qui ont fait sa connaissance lors de leurs voyage en France en 1782. Elle devient la dame d’honneur de la Tsarine.
Maria Fedorovna par Voille
En juillet 1797
Elle arrive à Saint-Pétersbourg en compagnie de son beau-frère le duc de Crussol. Elle est nommée dame d’honneur de l’impératrice russe mais tombe bientôt en défaveur auprès de Paul Ier, d’humeur très changeante. Cependant elle continue à prendre part à la vie de la cour comme dame d’honneur. Elle est accueillie dans la famille de la comtesse Varvara Golovina à laquelle sont adressées ses nombreuses lettres écrites lors de leurs séparations provisoires. Elle apporte en Russie le manuscrit des Souvenirs qui est lu par la comtesse Golovina, les membres de sa famille et son entourage.
Voici la lettre du 14 août 1797 que la princesse adresse à son amie Charlotte Atkins, avec laquelle elle partageait sa dévotion pour Marie-Antoinette:
«I am received and treated with consideration by many people here (elle était à Richmond), they take pleasure in showing their admiration for my conduct. My conduct! Ah! When fate brought one in contact with Her, was it possible to help adoring her? What merit was there in being faithful to Her, when one could not possibly have been anything else?»
«It was She brought us together Charlotte, my love for you shall be my last and dearest devotion, I promise you.»
Louise-Emmanuelle de Tarente
Lettre du 15 Octobre 1797
«For who can understand all that we feel about her…no-one, no-one! Its’ better to say nothing and I have said nothing. …I came home to bed and to thoughts of Her and you….my heart aches so deeply and feels so heavy that I feel as if I were carrying a load and I can’t think clearly. I can’t think of anything but her. »
à savoir :
«Pour qui peut comprendre tout ce que nous ressentons pour elle…personne,personne,c’est mieux de ne rien dire et je n’ai rien dit… Je suis venu me coucher et penser à elle et à vous… mon cœur me fait tellement mal et me semble si lourd que j’ai l’impression de porter une charge et que je ne peux pas penser clairement, je ne peux penser qu’à elle.»
Durant l’été 1798
Madame Vigée Le Brun (1755-1842) séjourne dans une datcha (résidence secondaire à la campagne) proche de celle de la comtesse Golovina, où logent la princesse de Tarente et la comtesse Tolstaïa.
Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulême qui sera Dauphin de France
Le 9 juin 1799
La fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Marie-Thérèse , épouse son cousin, Louis-Antoine, duc d’Angoulême (1775-1844), fils du comte d’Artois, en présence du comte de Provence et de son épouse. La cérémonie est célébrée par l’évêque de Metz, grand aumônier de France.
Marie-Thérèse de France
Louis-Antoine et Marie-Thérèse d'Angoulême
Le 9 novembre 1799
Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France par son coup d’Etat.
Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804
Bonaparte est Premier consul.
Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres
Pendant l’automne 1801
Madame de Tarente rentre en France et vit chez sa mère à Paris et à Wideville (à une trentaine de kilomètres de Paris). Elle ne veut plus renouer avec son mari. Elle n’est pas rayée de la liste des émigrés et ne le sera jamais. Mais elle ne souhaite plus vivre en France à cause des souvenirs traumatisants de la Révolution, et préfère revenir et passer le reste de sa vie en Russie. Trois ans plus tard, elle repart en émigration définitive car jamais elle ne se fera aux mœurs nouvelles de la France consulaire.
En 1804
Madame de Tarente rentre en Russie avec la famille des Golovine venue à Paris en 1802. Là-bas, elle continue à vivre avec eux et rencontre dans leur maison plusieurs émigrés français parmi lesquels le fervent royaliste et catholique chevalier J.-D. Bassinet d’Augard et le jésuite, le Père Rozaven. Le comte Joseph de Maistre figure aussi dans le salon de Golovina. On attribue à ce cercle catholique un rôle important dans la conversion au catholicisme de la comtesse Golovina, de ses deux filles et de quelques autres dames russes (y compris la célèbre Sophia Svetchina). Madame de Tarente devient une figure centrale des cercles d’émigrés français réunis autour de la comtesse Varvara Golovina.
La comtesse Golovina par Elisabeth Vigée Le Brun
En France Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814
Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’Empereur.
Le 2 décembre 1804
Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris.
Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David
Le 16 mai 1812
Décès de sa mère, Adfrienne de Châtillon, née de La Baume Le Blanc en 1740
Madame de Tarente maintient des relations avec la fille de Marie-Antoinette, la duchesse d’Angoulême, et après la chute de Napoléon, s’apprête à la rejoindre. Mais peu de temps après l’entrée des troupes alliées à Paris, la princesse, gravement malade, meurt dans la maison de campagne des Golovine aux environs de Saint-Pétersbourg.
Elle était fort estimée par l’épouse d’Alexandre Ier, l’impératrice Elisabeth Alexeïevna et plusieurs Russes, surtout des femmes de la haute société qui l’appelaient après sa mort «la bienheureuse». Jacques Delille chante sa conduite héroïque lors de la Révolution dans son poème Le Malheur et la Pitié (première édition, sous le titre La Pitié, 1803):
«Quels prodiges de foi, de constance et d’amour! Tarente, que te veut cet assassin farouche? A trahir ton amie, il veut forcer ta bouche. En vain s’offre à tes yeux le sanglant échafaud; Ta reine, dans les fers, te parle encor plus haut. Chaque âge, chaque peuple ont eu leur héroïne; Thèbes eut une Antigone, et Rome une Epponine (…)»
Madame Golovina parle d’elle dans ses Souvenirs écrits entre 1813 et 1817 et publiés en 1899.
Le 6 avril 1814
Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.
Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.
Louis XVIII par François Gérard
Portrait publié dans Souvenirs de la princesse de Tarente, 1789-1792
Le Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg (Russie)
Le 4 juillet 1814
La princesse de Tarente meurt à Saint-Pétersbourg, en protestant qu’elle n’a point besoin de pardonner à ses persécuteurs, parce qu’elle ne les a jamais haïs.