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La marquise de Tourzel

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Louise-Élisabeth de Tourzel

Le 8 juin 1749

Naissance de  Louise-Élisabeth-Félicitée-Françoise-Armande-Anne-Marie-Jeanne-Joséphine de Croÿe-Havré ( trois mois avant Mesdames de Polignac et Lamballe) à Paris.

Ses parents sont Louis Ferdinand Joseph de Croÿ d’Havré (1713-1761) et Marie-Louise Cunégonde de Montmorency-Luxembourg (1716-1764).

Louise-Élisabeth de Croÿe-Havré

Son frère Joseph Anne Maximilien de Croÿ d’Havré est chevalier de la Toison d’or, colonel du régiment d’infanterie de Flandre française, maréchal de camp, duc d’Havré et seigneur de Tourcoing de 1761 à 1789, où son nom a été donné à un hospice. Tour à tour devenue hospice, couvent et collège, la maison Folie hospice d’Havré est aujourd’hui un lieu d’échanges culturels accessible à tous… une sorte d’hommage à la dernière gouvernante des Enfants de Louis XVI…

Le 15 juillet 1761

Décès de son père, Louis Ferdinand Joseph de Croÿ d’Havré (1713-1761).

Le 18 avril 1764

Décès de sa mère, Marie-Louise Cunégonde de Montmorency-Luxembourg (1716-1764).

Le 8 avril 1764

Louise-Élisabeth épouse, Louis-François du Bouchet, premier marquis de Tourzel (1744-1786), grand prévôt de France.

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Le marquis de Tourzel

Portrait de la duchesse (1771) conservé au château de La Palice à Lapalisse

Monsieur de Tourzel, autant que le permettent les devoirs de sa charge, se tient éloigné de la Cour où règnent «le vice et la Dubarry». Suivant l’exemple conjugal, Madame de Tourzel se montre peu à Versailles et partage son temps entre Paris et le château de Sourches, près du Mans, où elle se consacre entièrement à l’éducation de ses enfants.

Ils auront cinq enfants:

Henriette Adélaïde de Tourzel (future Duchesse de Charost).

Joséphine (Anne Louise Joséphine du Bouchet de Sourches de Tourzel), future comtesse de Sainte-Aldegonde)

Charles-Louis Yves, marquis de Tourzel, sixième marquis de Sourches (1786)

Joséphine Marie Madeleine Catherine du Bouchet de Sourches) la future comtesse Louis de Sainte Aldegonde

Marie Charlotte Pauline Joséphine du Bouchet, (future comtesse de Béarn)

Boîte en écaille et cerclage or, ornée de neuf miniatures sur ivoire de la famille du Marquis de Sourches :  Fin XVIIIe ; Photo : Rouillac Sas

– Au centre, Louis-François du Bouchet de Sourches, marquis de Tourzel (1744-1786), Chevalier du Saint Esprit en 1772, Grand Prévôt de France.
– En haut, Louise Elisabeth de Croy-Havré, duchesse de Tourzel (1749-1832).

– En haut à droite, le marquis de Tourzel, petit fils du marquis de Sourches.
– A droite, Anne-Louise-Joséphine du Bouchet, comtesse de Sainte Aldégonde (1767-1794).
– En bas à droite, Joséphine Marie Madeleine Catherine, comtesse de Sainte Aldégonde (1769-1838).
– En bas, Charles-Louis-Yves, marquis de Tourzel (1768-1815)
– En bas à gauche, Marie Charlotte Pauline (1771-1839), comtesse de Béarn.
– A gauche Henriette Adélaïde de Tourzel, duchesse de Charost (1765-1837)
– En haut à gauche, Yves Marie du Bouchet de Sourches, comte de Montsoreau (1749-1818).

En 1765

Naissance de sa fille, Henriette Adélaïde de Tourzel (1765-1837), future duchesse de Charost.

Le 24 juin 1767

Naissance de sa fille Joséphine (Anne Louise Joséphine du Bouchet de Sourches de Tourzel),future comtesse de Sainte Aldegonde.

En 1768

Naissance de son fils, Charles-Louis Yves (1768-1815), qui sera marquis de Tourzel, et sixième marquis de Sourches en 1786.

En 1769

Naissance de sa fille, Joséphine Marie Madeleine Catherine du Bouchet de Sourches (1769-1838), future comtesse de Sainte-Aldegonde

Le 16 octobre 1771

Naissance de sa fille Marie Charlotte Pauline Joséphine du Bouchet (1771-1839), future comtesse de Béarn, à Paris.

En 1774

A l’avènement de Louis XVI, Versailles voit revenir des familles, les austères Tourzel en tête, que les désordres de Louis XV vieillissant avaient rebuté et qu’attiraient les vertus que l’on prêtait au jeune Roi et celles que l’on espérait de la jeune Reine.


Louise-Élisabeth de Tourzel

Dimanche 11 juin 1775

Louis XVI est sacré à Reims.

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Le 13 juin 1775

Après son sacre, Louis XVI reçoit à Reims l’hommage des chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit. À leur baptême, les fils de France (et même les infants d’Espagne) recevaient le cordon et la plaque de l’ordre, mais n’étaient reçus chevaliers qu’après leur première communion. Chef et souverain, grand maître des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, le Roi n’avait le droit de conférer le Saint-Esprit qu’après son sacre, mais Henri IV, Louis XIV et Louis XV, ainsi que Louis XVIII passèrent outre .

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis-XVI-et-les-chevaliers-de-lOrdre-du-Saint-Esprit.jpg.Louis XVI et les chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit par Gabriel-François Doyen

« Le matin, le roi portait un habit gris jusqu’à l’heure de son lever ou de sa toilette. Alors, il prenait un habit habillé de drap uni, avec une épée d’acier ou d’argent.»

La marquise de La Tour du Pin décrit ainsi le nouveau Roi :

« Il était très magnifique dans ses habits, dont à vrai dire il ne s’occupait guère, car il prenait celui qu’on lui donnait sans seulement le regarder.»

La marquise poursuit son descriptif en lui trouvant mauvaise tournure, rien de royal dans le maintien, myope comme une taupe, embarrassé de son épée et de son chapeau, marchant comme un paysan…

A portrait of Louis XVI in profile, circa 1775.
source: paris.fr collections

 

Le 14 juin 1775

Spectacle de cavalcade : les mousquetaires noirs, dont les chevaux sont beaux, puis les gris, les chevau-légers à cheval, les gardes de la Prévôté à pied, à part monsieur de Tourzel (Grand Prévôt de France) à cheval, très peu de seigneurs à cheval, parce qu’on n’a pas été avertis, sans quoi il aurait dû y en avoir davantage, quatre chevaux de main du Roi, superbement caparaçonnés, douze pages à cheval, les trompettes, les Cent-Suisses de garde à pied, ayant le duc de Cossé à cheval, en habit de Cent-Suisse, d’argent avec un manteau, quelques chevaliers de l’Ordre pêle-mêle_ et pas assez, n’ayant pas été avertis_ les maréchaux du Muy, de Broglie et de Nicolaï, sans garder le rang et en uniformes de lieutenants-généraux, mais brodés de même sur toutes les tailles, le Grand Ecuyer Monsieur de Lambesc, le Roi, superbement habillé, en bas de soie comme les autres et sur un magnifique cheval où il est fort bien, les deux capitaines des gardes à ses côtés, des écuyers à pied, les six gardes écossais en hoqueton, à pied, sur les ailes, tout cela faisant très bien mais un peu trop serré et confondu, comme dans toutes les cérémonies. Derrière le Grand Chambellan, le Premier Gentilhomme de la Chambre et le Premier Ecuyer de front, les deux frères du Roi, puis les princes du sang. Leurs habits, chevaux et harnais sont des plus beaux. On remarque surtout le cheval de Monsieur qui a coûté quatre mille francs, celui du duc de Chartres avec un grand panache, et le harnais de beaux diamants du comte d’Artois. Viennent ensuite les officiers des gardes du corps et les gendarmes de la garde ferment la marche. Le Roi ôte son chapeau, il est mieux à cheval qu’à pied, s’y tenant mieux et menant bien son cheval.

Une fois arrivé

Le Roi va près de la sacristie prendre le manteau et le petit habit de l’Ordre du Saint Esprit, pour suivre à la lettre les statuts qui prescrivent de l’avoir quand on fait ses dévotions. Le Roi doit être en état de grâce pour toucher les malades. Il communie encore. Il entend ensuite une seconde messe basse. Après la seconde messe, le Roi, toujours en petit habit, va dans le parc devant l’église, à droite, toucher les malades. Les malades, dont beaucoup sont jeunes, sont en deux rangées, à genoux, sous les arbres. Il y en a plus de deux mille quatre cents, tous écrouelleux vérifiés et qui en montrent bien les marques. A cause de la chaleur, tout cela pue et est d’une infection très marquée, de sorte qu’il faut du courage et de la force d’âme au jeune Roi pour se prêter à cette cérémonie.

Le Roi, dans le petit manteau de l’Ordre et couvert du chapeau à plumes, touche réellement chaque malade, avec les doigts et la main ouverte, sur les joues, puis de l’autre sens du front au menton, en disant:

« Le Roi te touche, Dieu te guérit. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit »

et on lui donne une pièce de monnaie. Besogne pénible, les malades ayant parfois des plaies suintantes et malodorantes. Ces malades sont plus de 2500 à genoux.

Cela va quand même assez vite, il touche chacun rapidement, mais avec attention et un air de bonté remarquables. Le premier médecin met , par derrière, la main sur la tête de chacun  pour la tenir ferme, et Monsieur de Beauvau, le capitaines des gardes de quartiers, prend des gants, pour la sûreté, entre ses deux mains les mains jointes de chacun.

Quand le Roi a fini

Ses deux frères et le duc d’Orléans lui donnent à laver, suivant l’usage, d’abord avec du vinaigre, puis de l’eau, puis de l’eau de fleur d’oranger.

Après cette cérémonie

Le Roi va à Saint Rémi reprendre son habit riche, voir la Sainte Ampoule et le trésor. Puis il remonte à cheval, et la cavalcade repasse dans le même ordre. Il salue de bonne grâce.
Le soir, le Roi va se promener sur le Mail.

Le 15 juin 1775

La procession de la Fête-Dieu clôture la période des réjouissances.

Il fait très chaud : la Reine et les dames suivent avec des parasols ce qui n’est pas ordinaire. Le peuple est très affluent, tous les environs se sont déplacés pour voir le Roi.

 
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Madame-de-Tourzel-dapres-Elisabeth-Vigee-Le-Brun-par-Benjamin-Warlop-768x1024-1.jpg.
Madame de Tourzel

Le 17 février 1783

Mariage de sa fille, Henriette Adélaïde de Tourzel ( †1837), avec Armand Joseph de Béthune, duc de Charost (1738-1800) à Ancenis.


Sa fille, Henriette Adélaïde de Tourzel

Le 4 janvier 1785

Mariage de sa fille Zoé-Anne-Louise-Joséphine du Bouchet de Sourches  avec Pierre-François-Balthazar Genech de Sainte-Aldegonde (1758-1838). Zoé de Sainte-Aldegonde devient dame pour accompagner la comtesse de Provence, dame de compagnie de Marie Josèphe de Savoie, comtesse de Provence.


Pierre-François-Balthazar Genech de Sainte-Aldegonde

Début juillet 1786

Son mari , Louis-François de Tourzel, emporté par son cheval pendant une chasse à Fontainebleau, se brise la tête, sous les yeux du Roi. Son agonie va durer une semaine.

Le 11 juillet 1786

Le marquis de Tourzel meurt à Fontainebleau, après avoir souffert huit jours.

« Pendant le temps que je restai à Versailles, on ne fit qu’un seul voyage à Fontainebleau. Ce fut au mois d’octobre 1786. Il ne dura que jusqu’au premier novembre, à cause de l’accident arrivé à M. de Tourzel, grand prévôt de l’hôtel, qui, chassant avec le Roi, fut emporté par un cheval ombrageux, et atteint à la tête par une branche aiguë qui lui perça le crâne. La blessure fut si grave qu’on ne put le ramener à la ville. On le déposa dans la maison d’un garde de chasse, en attendant qu’on eût monté, dans la forêt, une de ces grandes baraques qui étaient toujours à la suite de la Cour. M. de Tourzel survécut encore quelques jours à sa chute, et sa mort, arrivée presque sous les yeux du Roi, remplit tous les cœurs de tristesse, et abrégea le voyage.

Cette mort augmenta l’intérêt que Louis XVI portait à la famille de M. de Tourzel, et contribua sans doute au choix qu’il fit, quelques années après, de Madame de Tourzel pour succéder à Madame de Polignac dans la place importante de gouvernante des Enfants de France. Ce choix, bien justifié par les vertus de cette dame, ne le fut pas moins depuis par les preuves d’attachement qu’elle donna à la famille Royale. (…)»

Mémoire de Félix de France d’Hézecques ( publiés en 1873 )

Louise-Élisabeth de Croÿ de Tourzel ne se remarie pas et se consacre désormais à l’éducation de ses enfants. Elle quitte la cour et se consacre désormais à sa famille. Elle réside principalement dans son château d’Abondant.

Le 6 juin 1787

Sa fille, Anne de Sainte-Aldegonde, accouche d’un fils (1786-1869), Camille , qui épousera le 15 octobre 1817 à Paris , Adélaïde Bourlon de Chavanges (1789 – 1869), dame de Beauregard, qui sera dame de compagnie de la Reine Marie-Amélie de Bourbon.

De 1787 à 1789

Madame de Tourzel vit dans la retraite, sans ignorer pour autant les événements…

Le 26 février 1789

Sa fille, Joséphine de Sainte-Aldegonde donne naissance à une fille, Albertine Joséphine (1789-1843), mariée en janvier 1808 à Paris, avec Théodore de Vassinhac d’Imécourt (1781 – 1872), marquis d’Imécourt, pair de France.

Portrait de Albertine Joséphine de Sainte-Aldegonde (1789 - 1843)
Albertine de Vassinhac d’Imécourt,
petite-fille de Madame de Tourzel

Le 15 mai 1788

Mariage de sa fille Joséphine Marie Madeleine Catherine du Bouchet de Sourches avec Louis de Sainte-Aldegonde (1766-1822), cousin de son beau-frère, Pierre-François de Sainte-Aldegonde, à Paris (Saint Sulpice).

Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

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Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

04 juin 1789: Mort du Dauphin Louis Joseph Xavier - Le blog de Louis XVIMort du Dauphin dans les Années Lumières de Robert Enrico (1989)

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Reproduction du Tableau LE SERMENT DU JEU DE PAUME de Jean Louis DAVID | Jeu  de paume, Le serment, Jean louis davidTableau de Jacques-Louis David

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

Comment la prise de la Bastille est-elle racontée par Jules Michelet ? – Un  Texte Un Jour

Le 16 juillet 1789

Fuite en exil de Yolande de Polignac et sa famille, dont sa belle-sœur, la comtesse Diane de Polignac.

Le 17 juillet 1789

Réception de Louis XVI à l’Hôtel de Ville de Paris.


Peinture monumentale de Jean-Paul Laurens (vers 1887)

Le 26 juillet 1789

Elle entre dans l’Histoire par sa charge de gouvernante de Marie-Thérèse et Louis-Charles.

« Madame, j’avais confié mes enfants à l’amitié, aujourd’hui, je les confie à la vertu

Par ces paroles , Marie-Antoinette accueille Madame de Tourzel qui devient ainsi  gouvernante des Enfants de France, poste laissé vacant par le prompt départ de Madame de Polignac en émigration.

Avant de se résoudre à l’accepter, Madame de Tourzel hésite, comme nous le raconte Pauline de Tourzel dans ses Souvenirs :

« Le combat entre ses affections particulières et le souvenir de la bonté que le roi et la reine lui avaient témoignée à l’époque de la mort de mon père dura plusieurs jours. Mais le sentiment des malheurs de cette famille royale, le spectacle de l’abandon où beaucoup de ceux qui l’entouraient l’avaient déjà laissée, l’emportèrent. Elle se résigna au sacrifice qu’on lui demandait ; c’en était un alors, et un bien grand, on pouvait déjà prévoir quelques-uns des malheurs cachés de l’avenir. »

Le 24 juillet 1789

Marie-Antoinette adresse à la nouvelle gouvernante de Ses enfants cette émouvante lettre où Elle les décrit si bien :

« Mon fils a quatre ans quatre mois moins deux jours. Je ne parle pas ni de sa taille, ni de son extérieur, il n’y a qu’à le voir. Sa santé a toujours été bonne, mais, même au berceau, on s’est aperçu que ses nerfs étaient très-délicats et que le moindre bruit extraordinaire faisait effet sur lui. Il a été tardif pour ses premières dents, mais elles sont venues sans maladies ni accidents. Ce n’est qu’aux dernières, et je crois que c’était à la sixième, qu’à Fontainebleau il a eu une convulsion. Depuis il en a eu deux, une dans l’hiver de 87 à 88, et l’autre à son inoculation ; mais cette dernière a été très-petite. La délicatesse de ses nerfs fait qu’un bruit auquel il n’est pas accoutumé lui fait toujours peur ; il a peur, par exemple, des chiens parce qu’il en a entendu aboyer près de lui. Je ne l’ai jamais forcé à en voir, parce que je crois qu’à mesure que sa raison viendra, ses craintes passeront. Il est, comme tous les enfants forts et bien portants, très étourdi, très léger, et violent dans ses colères ; mais il est bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l’emporte pas. Il a un amour-propre démesuré qui, en le conduisant bien, peut tourner un jour à son avantage. Jusqu’à ce qu’il soit bien à son aise avec quelqu’un, il sait prendre sur lui, et même dévorer ses impatiences et colères, pour paraître doux et aimable. Il est d’une grande fidélité quand il a promis une chose ; mais il est très indiscret, il répète aisément ce qu’il a entendu dire, et souvent sans vouloir mentir il ajoute ce que son imagination lui a fait vois. C’est son plus grand défaut, et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je le répète, il est bon enfant, et avec de la sensibilité et en même temps de la fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu’on voudra. Mais la sévérité le révolterait, parce qu’il a beaucoup de caractère pour son âge ; et, pour donner un exemple, dès sa plus petite enfance le mot pardon l’a toujours choqué. Il fera et dira tout ce qu’on voudra quand il a tort, mais le mot pardon, il ne le prononcera qu’avec des larmes et des peines infinies. On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi, et quand ils ont eu des torts, à me les dire eux-mêmes. Cela fait qu’en les grondant j’ai l’air plus peinée et affligée de ce qu’ils ont fait que fâchée. Je les ai accoutumés tous à ce que oui, ou non, prononcé par moi, est irrévocable, mais je leur donne toujours une raison à la portée de leur âge, pour qu’ils ne puissent pas croire que c’est l’humeur de ma part. Mon fils ne sait pas lire, et apprend fort mal ; mais il est trop étourdi pour s’appliquer. Il n’a aucune idée de hauteur dans la tête, et je désire fort que cela continue. Nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu’ils sont. Il aime sa sœur beaucoup, et a bon cœur. Toutes les fois qu’une chose lui fait plaisir, soit d’aller quelque part ou qu’on lui donne quelque chose, son premier mouvement est toujours de demander pour sa sœur de même. Il est né gai. Il a besoin pour sa santé d’être beaucoup à l’air, et je crois qu’il vaut mieux pour sa santé le laisser jouer et travailler à la terre sur les terrasses que de le mener plus loin. L’exercice que les petits enfants prennent en courant, en jouant à l’air est plus sain que d’être forcés à marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins.

Je vais maintenant parler de ce qui l’entoure. Trois sous-gouvernantes, mesdames de Soucy, belle-mère et belle-fille, et madame de Villefort. Madame de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite, exacte, mais mauvais ton. La belle-fille, même ton. Point d’espoir. Il y a déjà quelques années qu’elle n’est plus avec ma fille ; mais avec le petit garçon il n’y a pas d’inconvénient. Du reste, elle est très fidèle et même un peu sévère, avec l’enfant : Madame de Villefort est tout le contraire, car elle le gâte ; elle a au moins aussi mauvais ton, et plus même, mais à l’extérieur. Toutes sont bien ensemble.

Les deux premières femmes, toutes deux fort attachées à l’enfant. Mais madame Lemoine, une caillette et bavarde insoutenable, contant tout ce qu’elle sait dans la chambre, devant l’enfant ou non, cela est égal. Madame Neuville a un extérieur agréable, de l’esprit, de l’honnêteté ; mais on la dit dominée par sa mère, qui est très intrigante.

Brunier le médecin a ma grande confiance toutes les fois que les enfants sont malades, mais hors de là il faut le tenir à sa place ; il est familier, humoriste et clabaudeur.

L’abbé d’Avaux peut être fort bon pour apprendre les lettres à mon fils, mais du reste il n’a ni le ton, ni même ce qu’il faudrait pour être auprès de mes enfants. C’est ce qui m’a décidée dans ce moment à lui retirer ma fille ; il faut bien prendre garde qu’il ne s’établisse hors les heures des leçons chez mon fils. C’est une des choses qui a donné le plus de peine à madame de Polignac, et encore n’en venait-elle toujours à bout, car c’était la société des sous-gouvernantes. Depuis dix jours j’ai appris des propos d’ingratitude de cet abbé qui m’ont fort déplu.

Mon fils a huit femmes de chambre. Elles le servent avec zèle ; mais je ne puis pas compter beaucoup sur elles. Dans ces derniers temps, il s’est tenu beaucoup de mauvais propos dans la chambre, mais je ne saurais pas dire exactement par qui ; il y a cependant une madame Belliard qui ne se cache pas de ses sentiments : sans soupçonner personne on peut s’en méfier. Tout son service en hommes est fidèle, attaché et tranquille.

Ma fille a à elle deux premières femmes et sept femmes de chambre. Madame Brunier, femme du médecin, est à elle depuis sa naissance, la sert avec zèle ; mais sans avoir rien de personnel à lui reprocher, je ne la chargerais jamais que de son service. Elle tient du caractère de son mari. De plus, elle est avare, et avide de petits gains qu’il y a à faire dans la chambre.

Sa fille, madame Tréminville, est une personne d’un vrai mérite. Quoiqu’âgée seulement de vingt sept ans, elle a toutes les qualités d’un âge mûr. Elle est à ma fille depuis sa naissance, et je ne l’ai pas perdue de vue. Je l’ai mariée, et le temps qu’elle n’est pas avec ma fille, elle l’occupe en entier à l’éducation de ses trois petites filles. Elle a un caractère doux et liant, est fort instruite, et c’est elle que je désire charger de continuer les leçons à la place de l’abbé d’Avaux. Elle en est fort en état, et puis que j’ai le bonheur d’en être sûre, je trouve que c’est préférable à tout. Au reste, ma fille l’aime beaucoup, et y a confiance.

Les sept autres femmes sont de bons sujets, et cette chambre est bien plus tranquille que l’autre. Il y a deux très jeunes personnes, mais elles sont surveillées par leur mère l’une à ma fille, l’autre par madame le Moine.

Les hommes sont à elle depuis sa naissance. Ce sont des êtres absolument insignifiants ; mais comme ils n’ont rient à faire que le service, et qu’ils ne restent point dans sa chambre par de là, cela m’est assez insignifiant.»

« L’appartement qu’occupe alors Madame de Tourzel couvre la superficie totale de l’entresol, il comporte quatre pièces et une sorte de grenier. Cette configuration n’est pas d’origine car l’intégralité de l’espace fut entièrement remanié sous la Restauration pour Madame Royale, devenue duchesse d’Angoulême. C’est vraisemblablement au niveau de son antichambre débouchant sur l’escalier de la Reine, que se situait la pièce à placards, dite petite garde-robe par Louis Le Bas, précisément l’année de la construction de la Méridienne (1781) et de l’entrée en fonction de Madame d’Ossun. Comme l’évoque Pauline dans ses souvenirs, son logement était sombre dès deux heures de l’après-midi, ce que confirme la consommation de bougies de la petite garde-robe comptabilisée par le secrétaire. »

Sylvie Le Bras-Chauvot, Marie-Antoinette, l’Affranchie

 La chambre de Pauline est située sous les fenêtres du cabinet de la Reine, et lorsqu’elles sont ouvertes, on peut entendre tout ce qu’Elle dit, par exemple Ses entretiens avec le Roi. Il y a, à ce sujet, une jolie réponse de Marie-Antoinette, prévenue de cet inconvénient par madame de Tourzel :

« Qu’importe ? Je n’ai rien à craindre, quand mes plus secrètes pensées tomberaient dans le cœur de notre chère Pauline

Plans et photographies de Christophe Duarte ; Versailles – passion :

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Appartement de Madame de Tourzel

Q15 : Passage,
Q15bis : Chambre du Suisse,
Q11 & Q10 : Antichambres,
R9 : Chambre à coucher,
Q8 : Chambre d’une sous-gouvernante,
Q9 : Cabinet particulier,
R10 : Garde-robe à l’anglaise,
R14 : Corridor en appentis,
R2bis : Corridor,
R4 : Salle à manger,
S2 : Salon
S3 : Bibliothèque

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Plan de l’Appartement de Madame de Tourzel (entresol):

QE9 : Chambre à coucher de Pauline de Tourzel,
QE10 : Chambre attachée au logement de Pauline,
QE11 : Bibliothèque,
QE15 : Chambres des femmes de Chambres.

QE7 : Chambres des femmes de chambre

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Etat actuel de l’Appartement de Madame de Tourzel à l’entresol : Enfilade d’entréeL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Appartement-de-Madame-de-Tourzel-2-768x1024.jpg.
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L’Antichambre
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L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Appartement-de-Madame-de-Tourzel-Grand-Cabinet-1024x768.jpg.Grand cabinetL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Appartement-de-Madame-de-Tourzel-Grand-Cabinet-2-1024x768.jpg.
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Cabinet dit « aveugle »
The Dauphin Louis-Charles and his Governess Mme de Tourzel - ca. 1788. |  Marie antoinette, Beauty art, Letting go of him
Madame de Tourzel et le Dauphin

Le Dauphin la surnomme «Madame Sévère» : il a hérité de ce goût des sobriquets de sa mère)
Jean Chalon nous présente la marquise :

« La vertu, comme le bonheur, ne supporte que le pluriel :
c’est donc aux vertus de Madame de Tourzel que la Reine confiait Ses enfants . Car Madame de Tourzel les a toutes , les cardinales, les théologales, et quelques autres encore si l’on considère comme vertu l’art de vivre sans déchoir pendant les pires épreuves, la fidélité à un idéal, et fille de cette dernière, la mémoire la plus minutieuse et parfois, la plus implacable.»

l enfant -roi - L'Enfant-Roi de Jean Kemm (1923) 12642610
Image du film L’Enfant-Roi (1923) de Jean Kemm : le comte de Fersen s’incliner devant le Dauphin Louis Charles.
l‘arrière se trouvent sa sœur, Marie Antoinette, sa tante Élisabeth et sa gouvernante Madame de Tourzel (au centre).

De quoi vous rendre insupportable à votre entourage. Or , il n’en est rien.
Madame de Tourzel est estimée à la Cour et chérie de ses enfants, «la meilleures des mères» écrira Pauline de Tourzel dans ses Souvenirs de quarante ans.

Durant l’été 1789

Pauline de Tourzel prend ses repas toute seule dans sa chambre, où elle doit demeurer toute la journée. La vieille dame qu’elle deviendra se rappellera encore avec émotion que le Roi, qui remarque tout, s’aperçoit de la solitude et de l’ennui de la fillette, et qu’il décide, au mépris de l’Etiquette ( qui imposerait que seules les femmes présentées peuvent manger avec la famille royale et que seule une femme mariée peut être présentée ), qu’elle mangera avec la famille royale. Interrogée par ses petits-enfants qui veulent savoir quelle personne de la famille royale elle préférait, Pauline avouera que son plus grand bonheur était quand le Roi la prenait à côté de lui.

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

4 août 1789 : abolition des privilèges et droits féodaux | RetroNews - Le  site de presse de la BnFLa Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 — Wikipédia

La marquise de Tourzel – Marie-Antoinette Antoinetthologie
Madame de Tourzel et le Dauphin

Le 30 août 1789

Sa fille, Anne de Sainte-Aldegonde, accouche d’une fille, Virginie (1789-1878), qui épousera le 26 mai 1810 à Paris Casimir de Rochechouart de Mortemart (1787 – 1875), prince de Tonnay-Charente, qui deviendra président du Conseil des Ministres sous Charles X,

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE ...

La famille royale se replie dans le château…

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Matin-du-6-octobre-1789.jpg.

Elle emprunte le passage du Roi, pour rejoindre, tout en restant prudemment en entresol, un escalier situé au-delà de l’appartement de Pauline de Tourzel. La Reine rencontre alors cette dernière, qui a dormi dans l’appartement de Madame Royale.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Piece-de-la-femme-de-veille-lescalier-a-droite-monte-chez-la-Reine.-1024x768.jpg.La porte de gauche donne dans l’appartement de Pauline, celle de droite monte à la chambre de la Reine

Accompagnée de Sa fille, Marie-Antoinette rejoint la chambre du Roi où est réunie toute la famille royale. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-6-octobre-1789-dans-les-annees-lumiere.jpg.
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Les-Annees-Lumieres-madame-Auguie-6-octobre-1789-2-1024x629.png.
A gauche, Madame de Tourzel (Louise Latraverse) aux côtés de la Reine dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est louis-xvi-l-homme-qui-ne-voulait-pas-etre-roi-6-octobre-1789.jpg.
Image de Louis XVI, l’homme qui ne voulait pas être Roi (2012) de Thierry Binisti.
Madame de Tourzel veille sur les enfants royaux
marie antoinette michele morgan gif | WiffleGif
Les 5 et 6 octobre 1789 - Page 6 14568210

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Zparis10
Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-Les-Tuileries-1024x747-1.jpg.Les Tuileries

Madame de Tourzel est aux premières loges pour vivre le départ de la Famille Royale du château de Versailles pour les Tuileries, à Paris:

« Ces bandits, qui n’éprouvaient aucun obstacle, massacrèrent deux gardes du corps qui étaient en sentinelle sous la voûte de l’appartement de Mesdames, tantes du roi, et leur firent couper la tête par un monstre qui les suivait, et qui se faisait appeler Coupe-tête.
Ils montèrent ensuite le grand escalier et allèrent droit à l’appartement de la reine. Les gardes du corps, quoiqu’en petit nombre, en défendirent l’accès avec le plus grand courage ; plusieurs furent blessés dangereusement, entre autres MM de Beaurepaire et de Sainte-Marie * ; mais ils eurent heureusement le temps de crier : « Sauvez la reine ! »
Madame Thibaut, sa première femme de chambre, qui ne s’était heureusement pas couchée, n’eut que le temps de lui donner une robe et de la faire sauver chez le roi.
A peine Sa Majesté avait-elle quitté la chambre, que ces scélérats en forcèrent l’entrée, et, furieux de ne l’y plus trouver, donnèrent des coups de pique dans son lit, pour ne laisser aucun doute sur le crime qu’ils se proposaient de commettre.»

* Note de Mme de Tourzel : M. Miomandre de Sainte-Marie est mort en émigration, et je ne l’ai pas vu depuis cette horrible journée.
M. de Beaurepaire venait faire sa cour au roi et à la reine aussi souvent qu’il le put sans danger.

Mémoires de Madame de Tourzel

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

Lumière - Film - La Révolution Française : les années lumière, les années terribles Al710
Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumières de Robert Enrico (1989)L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est f%C3%AAte-de-la-f%C3%A9d%C3%A9ration.jpg.

« Chacun voulait voir la cérémonie de la Fédération, et la peur de ne pas trouver de place détermina un grand nombre de personnes à passer la nuit au Champ de Mars, les uns excités par un zèle patriotique, et les autres par la curiosité qu’inspirait un spectacle aussi extraordinaire. La pluie qui tombait par torrents ne diminua pas le zèle de chacun, et toutes les places se trouvèrent remplies. Une foule immense était derrière, et les coteaux de Passy et de Chaillot étaient également couverts de spectateurs. Les parapluies de diverses couleurs que nécessitait la pluie continuelle faisaient aussi un singulier effet. C’était le coup d’œil le plus extraordinaire, et qui aurait été magnifique s’il eût été éclairé par le soleil d’un beau jour.

Le cortège se mit en marche à six heures du matin, et parcourut les rues centrales de la capitale pour se rendre au Champ de Mars par le Cours-la-Reine. Pour y arriver commodément, on avait construit un pont de bateaux à son extrémité. Deux compagnies de volontaires ouvraient la marche; elles étaient suivies du corps municipal, des électeurs et des présidents de district. Des chasseurs et des vétérans précédaient ensuite les quarante-deux premiers départements, marchant par ordre alphabétique, chacun étant précédé de sa bannière où était inscrit le nom de son département, et ayant son oriflamme propre. Les officiers portaient l’épée nue. Les troupes de ligne venaient ensuite, et l’on y distinguait avec plaisir les gardes du corps, les carabiniers, les hussards et l’artillerie. Elles avaient à leur tête MM. de Ségur et de Mailly, maréchaux de France, suivis des lieutenants généraux et des maréchaux de camp, précédés de l’oriflamme. La marine, commandée par le comte d’Estaing, marchait ensuite; puis les quarante et un derniers départements, suivis de chasseurs et d’une compagnie de cavalerie qui fermait la marche.

Le ciel ne fut pas favorable à la fête. Les averses se succédaient continuellement; des torrents d’eau inondaient les rues, et la pluie ne cessa d’accompagner les bataillons tout le temps de leur marche. Quoique trempés jusqu’aux os, ils ne laissèrent échapper aucune plainte, et l’ordre de la marche n’en fut pas dérangé un instant. Les spectateurs bordaient leur passage; les croisées étaient garnies d’un monde prodigieux, et le reste de la ville déserte présentait le spectacle le plus extraordinaire.

La colonne n’arriva qu’à midi à la place Louis XV. L’Assemblée s’y rendit, le président à la tête, marchant entre deux haies de drapeaux qui les escortèrent jusqu’au Champ de Mars, où leur arrivée et celle du Roi furent annoncées par des salves d’artillerie.

Le Roi arriva le dernier, avec la famille royale, en grande cérémonie, et accompagné d’un nombreux cortège. Quand chacun fut placé, l’évêque d’Autun, qui officiait, fit la bénédiction des drapeaux et célébra la messe immédiatement après; elle ne commença qu’à quatre heures. A l’élévation, M. de la Fayette, nommé par le Roi major général de la fédération, donna le signal du serment, monta à l’autel et le prononça; à l’instant, tous les sabres furent tirés et les mains levées. M. de la Fayette vint alors avertir le Roi que c’était le moment de prononcer le serment. La pluie tombait à grands flots, et un grand nombre de spectateurs qui étaient inondés cherchaient à en diminuer l’effet, en étendant leurs parapluies. Comme ils empêchaient de voir le Roi, la multitude se mit à crier: «A bas, à bas les parapluies!» M. de la Fayette, qui n’entendit d’abord que les mots: A bas, crut probablement que ce cri le regardait; il hésita un moment, et sa pâleur ordinaire redoubla sensiblement; mais, rassuré promptement, il continua sa marche et arriva au Roi, qui prononça la formule du serment. M. de Bonnai, président de l’Assemblée, la répéta, et avec lui trois cent mille voix. La Reine éleva plusieurs fois entre ses bras Mgr le Dauphin pour le faire voir au peuple et à l’armée, qui fit éclater des démonstrations de joie et d’amour pour le Roi et la famille royale.

Les personnes sincèrement attachées à la religion virent avec peine que, dans une cérémonie qui n’était rien moins que religieuse, et où l’attention se portait uniquement sur un spectacle aussi extraordinaire que celui dont on était témoin, on ne se fût pas borné à faire prêter le serment sur les saints Évangiles, plutôt que d’exposer à une sorte de profanation les mystères les plus augustes de notre religion.

Après la cérémonie, une partie des fédérés alla dîner au château de la Muette, où l’on avait préparé des tables pour les recevoir. D’autres revinrent à Paris, et quelques-uns repartirent le soir même pour leurs provinces. M. de la Fayette se rendit à la Muette, où on lui prodigua, comme au Champ de Mars, les témoignages d’idolâtrie populaire dont M. Necker avait été l’objet l’année précédente. Il était alors à l’apogée de sa gloire; elle eut la durée de la faveur populaire, et ne lui laissa que le regret de n’avoir pas su profiter de sa position pour sauver son Roi et sa patrie des dangers qui les menaçaient. Sous le nom de liberté, qu’il prononçait avec tant de complaisance, la France était livrée à l’anarchie la plus complète, et tout ce qui y existait de gens honnêtes et vertueux gémissait sous le joug le plus tyrannique.

Le Roi retourna aux Tuileries aux cris répétés de: «Vivent le Roi et la famille royale!» Le duc de Villequier et plusieurs autres personnes sensées, qui épiaient avec soin la disposition des esprits, pensaient que le Roi pouvait tirer parti de cette journée, et auraient voulu qu’il montât à cheval, et qu’au lieu de prêter le serment exigé, il déclarât au milieu du Champ de Mars qu’étant pour cette fois à la tête de l’élite de la nation, il lui représentait qu’il trouvait un inconvénient réel à jurer fidélité à une Constitution qui n’était pas encore terminée, et dont l’ensemble pouvait seul démontrer les avantages et les inconvénients; qu’il était prêt, après cette observation, à faire le serment d’observer les articles décrétés, si la nation réunie lui en témoignait le désir. Le Roi consulta probablement son conseil. Les hommes qui le composaient n’avaient pas assez d’énergie pour oser risquer une pareille démarche, et ils l’en auront sûrement détourné, sous le prétexte des dangers qu’elle pouvait entraîner. La suite des événements donna malheureusement lieu de se repentir de n’avoir pas saisi cette occasion.»

Madame de Tourzel
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Fete-de-la-Federation-1-1024x640.jpg.

Le 18 avril 1791

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Joseph15
Tableau de Joseph Navlet

La famille royale est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud.

Les projets d’évasion se concrétisent grâce, en particulier, à l’entremise d’Axel de Fersen.

Le 20 juin 1791

Madame de Tourzel accompagne la famille royale dans son évasion à Montmédy, avec un passeport au nom de la baronne de Korff :

A dix heures du soir

La Reine monte réveiller Ses enfants.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Marie-Antoinette-et-Madame-de-Tourzel-le-6-octobre-1789-dans-LEvasion-de-Louis-XVI.jpg.
Catherine Aymerie ( à gauche) est la marquise de Tourzel
dans L’Évasion de Louis XVI  (2009) de Vincent Solignac

Onze heures moins vingt

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-Tourzel-1024x640.jpg.Madeleine Rousset est Madame de Tourzel dans  Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Marie-Antoinette fait pénétrer Madame de Tourzel et ses pupilles dans l’appartement récemment déserté par le duc de Villequier, parvient à la partie vitrée donnant sur le Carrousel, où les attend Monsieur de Fersen, en manteau de cocher, depuis trois quarts d’heure.

Onze heures moins dix

Axel de Fersen emmène des Tuileries le Dauphin, sa sœur, Marie-Thérèse et leur gouvernante, la marquise de Tourzel. Il fait un tour du Louvre par les quais et revient se positionner rue de l’Échelle à côté du Louvre en attendant le Roi, la Reine et Madame Élisabeth.

Onze heures et demi

Louis XVI et Marie-Antoinette font semblant de se coucher selon le cérémonial habituel. La Fayette et Romeuf (1766-1812) sont venus faire la visite de courtoisie habituelle au Roi retardant ainsi la fin de la cérémonie du coucher.

Marie-Thérèse ne peut dormir, alors que le Dauphin somnole. Madame de Tourzel guette avec anxiété par la portière. Tout à coup, la rue s’illumine : des cavaliers portant des torches précèdent une voiture. Marie-Thérèse, qui a reconnu l’équipage de La Fayette, se rejette en arrière. Le Dauphin est blotti sous les jupes de Madame de Tourzel. La voiture passe : Gilles César n’a rien remarqué.

Mardi 21 juin 1791

Minuit

Louis XVI, déguisé en valet de chambre, il tiendra le rôle de Durand, intendant, luttant contre sa propension à se dandiner_encore qu’on ait persuadé le comte de Coigny, qui a une physionomie comparable à celle du Roi, d’adopter la même démarche pour habituer les sentinelles…_sort des Tuileries et prend même le temps de reboucler son soulier.

A minuit dix

Louis XVI monte dans une « citadine » (voiture de ville) stationnée près des Tuileries, rue de l’Échelle, qui sera conduite par le marquis de Briges ( 1715-1795). Il y retrouve sa sœur et ses enfants.

Marie-Antoinette qui  s’était perdue dans les méandres des rues entourant le Louvre, retrouve enfin Sa famille !

A Minuit cinquante

Depuis la rue de l’Échelle, la famille royale rejoint la rue de Clichy et atteint la berline avec une heure et demie de retard sur l’horaire prévu par Choiseul et Goguelat (1746-1831), général de cavalerie.

Regarder Ce jour-là, tout a changé épisode 1 : L'évasion de Louis XVI en  direct - Play TV

A une heure quinze

La Famille Royale rejoint la barrière Saint-Martin.

La Famille Royale passe, sans mettre pied à terre de la citadine à la berline.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Varennes-1024x768.jpg.

Deux heures du matin

Départ de Paris

Deux heures vingt du matin

Premier relais à Bondy: Axel de Fersen qui avait accompagné la Famille Royale La quitte en criant «Adieu, Madame de Korff!»

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Fersen-5-1024x544.jpg.

A onze heures

A Montmirail, le Roi se décontracte, et demande à Moustier, l’un des trois gardes-du-corps de ne plus le cacher aux regards des curieux car il ne croit plus cette précaution nécessaire, le voyage lui semblant à l’abri de tout incident… Les voitures royales ont pourtant trois heures de retard sur l’horaire prévu.

Marie Antoinette (Estelle Skornik) à la portière de la berline. L'Evasion  de Louis XVI en streaming,… | Contemporary paintings, Historical figures,  Marie antoinette
La Reine, le Roi et Madame Elisabeth dans l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Sur la route de Montmédy – Marie-Antoinette Antoinetthologie
Fac-similé du passeport délivré le 5 juin 1791 par M. de Montmorin, ministre des affaires étrangères, à M. de Sémolin,
ambassadeur de Russie à Paris, au nom de la baronne de Korff, sujette russe, née Steegleman

A huit heures moins dix

Au relais de Sainte-Menehould, on devait trouver quarante dragons du Régiment royal, commandés par Monsieur d’Andoin, capitaine. En vain.

Le maître de poste, Jean-Baptiste Drouet, qui a séjourné à Versailles, reconnaît le roi mais ne réagit pas.

Dans son témoignage devant l’Assemblée constituante, le 24 juin 1791, il affirme :

« Je crus reconnaître la reine ; et apercevant un homme dans le fond de la voiture à gauche, je fus frappé de la ressemblance de sa physionomie avec l’effigie d’un assignat de 50 livres. »

La fuite à Montmédy et l'arrestation à Varennes Louis_55

Le 21 juin 1791

Dix heures cinquante du soir

Arrivée de la berline royale à Varennes où devaient les attendre soixante hussards du Régiment de Lauzun, commandés par M. de Rodewels, sous-lieutenant, de Bouillé fils et de Raigecourt.

Seymour - Les Années Lumières (Enrico) et Les Années Terribles (Heffron), avec Jane Seymour - Page 4 Zmont312
L’arrivée à Varennes dans Les Années Lumières de Robert Enrico (1989)

Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Varennes-5-1024x640.jpg.Dans Les Années Lumières (1989) de Robert Enrico c’est  Louise Latraverse qui interprète Madame de Tourzel
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Arrestation-de-Louis-XVI-a-Varennes-par-Jean-Louis-Prieur.jpg.
Chez l’épicier Sauce à Varennes, par Prieur
enfant -roi - L'Enfant-Roi de Jean Kemm (1923) Enfant15
L’attente chez Sauce vue par Jean Kemm dans l’Enfant-Roi (1923)
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-Varennes-lecture-1024x640.jpg.

Mercredi 22 juin 1791

Minuit et demi

Le juge Destez qui a vécu assez longtemps à Versailles   (il est gendre d’un officier de bouche de la Reine), et que Jean-Baptiste Sauce est allé chercher, reconnaît formellement le Roi.

Il s’incline : «Bonjour, sire».

Louis XVI marque un temps , puis embrassant l’épicier Sauce :  «Oui, mes amis, je suis votre roi

Le 25 juin 1791

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Zzztem10

La famille royale rentre à Paris sous escorte.


L’évasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

À Paris, l’Assemblée constituante prévenue par Mangin de l’arrestation de la famille royale nomme trois commissaires, Antoine Barnave, Jérôme Pétion et Charles César de Fay de La Tour-Maubourg, pour ramener la famille royale à Paris. Pétion et Barnave montent dans la voiture de la famille royale. Aux abords de Paris, selon Michelet, Pétion (très populaire alors) se place entre le Roi et la Reine afin de décourager un éventuel tir de mousquet dans leur direction.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est berline-Varennes-1024x622.jpg.Le Dauphin sur les genoux de la Reine, Barnave et Louis XVI dans la berline lors du retour de Varennes
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est berline-Varennes-2-1024x622.jpg.Madame Elisabeth, Pétion, Madame de Tourzel et Madame Royale leur font face

A onze heures du soir

Le Roi est suspendu.

Après leur arrestation, Madame de Tourzel et d’autres personnes liées à l’affaire de la fuite de Varennes sont gardées prisonnières et interrogées. La gouvernante n’est pas à la prison de l’Abbaye, mais gardée dans les appartements du Dauphin.

En fin d’année 1791

La princesse de Lamballe ou la marquise de Tourzel organisent des soirées dans leurs appartements, . Marie Antoinette y vient presque tous les soirs. Elle y joue, au tric-trac, avec la princesse de Lamballe, le baron de Vioménil, le comte d’Haussonville, le chevalier de Coigny, le comte de Paroy … qu’Elle fait l’honneur d’admettre de cet intérieur. Madame Royale y vient aussi souvent avec son frère , le Prince Royal : elle a treize ans et lui sept ans. Ils jouent au volant ou à d’autres jeux. Mademoiselle Pauline de Tourzel, âgée de quinze ans, prend part à leur jeu. Madame Royale la traite en amie intime.


Portrait de Marie-Antoinette, par Alexandre Kucharski
Commencé en 1791 à la demande de Marie-Antoinette qui souhaitait en faire don à Madame de Tourzel, le portrait demeura inachevé en 1792.
Suivant la tradition, le pastel fut retrouvé en 1795 par le marquis Charles de Tourzel, fils de Madame de Tourzel.

Le 20 juin 1792

Le peuple des faubourgs, encadré par des gardes nationaux et ses représentants, comme le brasseur Santerre (10 à 20 000 manifestants selon Roederer), pénètre dans l’assemblée, où Huguenin lit une pétition. Puis elle envahit le palais des Tuileries.

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

20 juin 1792 - La journée du 20 juin 1792  800px-13
Le peuple de Paris pénétrant dans le palais des Tuileries le 20 juin 1792
Jan Bulthuis, vers 1800

Escalier monumental des Tuileries (avant sa destruction)
20 juin 1792 - La journée du 20 juin 1792  800px-15

« Avec le courage passif qui est le sien », selon Michel Vovelle, le Roi subit sans faiblir pendant deux heures le défilé de la foule, accepte de coiffer le bonnet phrygien et boit à la santé de la Nation pour faire passer les paroles de Legendre :

« Monsieur, vous êtes un perfide, vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore », mais refuse de retirer son veto comme de rappeler les ministres girondins, invoquant la loi et la constitution.

““I am the queen.” A depiction of assault on the Tuileries of June 20th, 1792; several people in the mob allegedly believed Madame Elisabeth to be Marie Antoinette and Elisabeth, to protect the queen, stepped forward and attempted to stop a man from...
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine,
elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

« La Reine n’a pu parvenir jusqu’au Roi ; elle est dans la salle du conseil et on avait eu de même l’idée de la placer derrière la grande table, pour la garantir autant que possible de l’approche de ces barbares …» les révolutionnaires passent devant Elle afin de L’observer :

20 juin 1792 - La journée du 20 juin 1792  Ivr11_10
20 juin 1792 - La journée du 20 juin 1792  222ff210
On voit bien que l’auteur de cette peinture s’est inspiré d’un buste de Marie-Antoinette (celui de Lecomte) pour La représenter

« Elle avait attaché à sa tête une cocarde aux trois couleurs qu’un garde national lui avait donnée. Le pauvre petit dauphin était, ainsi que le roi, affublé d’un énorme bonnet rouge. La horde défila devant cette table ; les espèces d’étendards qu’elle portait étaient des symboles de la plus atroce barbarie. Il y en avait un qui représentait une potence à laquelle une méchante poupée était suspendue ; ces mots étaient écrits au bas : Marie Antoinette à la lanterne. Un autre était une planche sur laquelle on avait fixé un cœur de bœuf, autour duquel était écrit : cœur de Louis XVI. Enfin un troisième offrait les cornes d’un bœuf avec une légende obscène.
L’une des plus furieuses jacobines qui défilaient avec ces misérables s’arrêta pour vomir mille imprécations contre la reine.
Sa Majesté lui demanda si elle l’avait jamais vue : elle lui répondit que non ; si elle lui avait fait quelque mal personnel : sa réponse fut la même mais elle ajouta : « c’est vous qui faites le malheur de la nation.
– On vous l’a dit, reprit la reine ; on vous a trompée. Epouse d’un roi de France, mère du dauphin, je suis française, jamais je ne reverrai mon pays, je ne puis être heureuse ou malheureuse qu’en France ; j’étais heureuse quand vous m’aimiez».
Cette mégère se mit à pleurer, à lui demander pardon, à lui dire : « c’est que je ne vous connaissais pas ; je vois que vous êtes bien bonne».

20 juin 1792 - La journée du 20 juin 1792  20_jui10

Mesdames de Lamballe, de Tarente, de La Roche-Aymon, de Mackau entourent alors la Reine, ainsi que Madame de Tourzel qui souligne dans ses Mémoires :

« La Reine était toujours dans la chambre du Roi, lorsqu’un valet de chambre de Mgr le Dauphin accourut tout hors de lui avertir cette princesse que la salle était prise, la garde désarmée, les portes de l’appartement forcées, cassées et enfoncées, et qu’on le suivait.
On se décida à faire entrer la Reine dans la salle du Conseil, par laquelle Santerre faisait défiler sa troupe pour lui faire quitter le château. Elle se présenta à ces factieux au milieu de ses enfants, avec ce courage et cette grandeur d’âme qu’elle avait montrés les 5 et 6 octobre, et qu’elle opposa toujours à leurs injures et à leurs violences.
Sa Majesté s’assit, ayant une table devant elle, Mgr le Dauphin à sa droite et Madame à sa gauche, entourée du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui ne cessa d’opposer un mur inébranlable au peuple rugissant, qui l’invectivait continuellement.
Plusieurs députés s’étaient aussi réunis auprès d’elle.
Santerre fait écarter les grenadiers qui masquaient la Reine, pour lui adresser ces paroles :
«On vous égare, on vous trompe, Madame, le peuple vous aime mieux que vous le pensez, ainsi que le Roi ; ne craignez rien.
– Je ne suis ni égarée ni trompée, répondit la Reine, avec cette dignité qu’on admirait si souvent dans sa personne, et je sais (montrant les grenadiers qui l’entouraient) que je n’ai rien à craindre au milieu de la garde nationale « .
Santerre continua de faire défiler sa horde en lui montrant la Reine. Une femme lui présente un bonnet de laine ; Sa Majesté l’accepte, mais sans en couvrir son auguste front. On le met sur la tête de Mgr le Dauphin, et Santerre, voyant qu’il l’étouffait, le lui fait ôter et porter à la main.
Des femmes armées adressent la parole à la Reine et lui présentent les sans-culottes ; d’autres la menacent, sans que son visage perde un moment de son calme et de sa dignité.
Les cris de «Vivent la Nation, les sans-culottes, la liberté ! à bas le veto ! » continuent.
Cette horde s’écoule enfin par les instances amicales et parfois assez brusques de Santerre, et le défilé ne finit qu’à huit heures du soir.
Madame Elisabeth, après avoir quitté le Roi, vint rejoindre la Reine, et lui donner de ses nouvelles.
Ce prince revint peu après dans sa chambre, et la Reine, qui en fut avertie, y entra immédiatement avec ses enfants.»

Vers dix heures du soir

Pétion et les officiers municipaux font évacuer le château.

Même s’il a subi une humiliation, Louis XVI a fait échouer la manifestation, par son obstination imprévue et sa fermeté tranquille, et il se tient désormais sur ses gardes.
Surtout, elle renforce l’opposition royaliste, le déchaînement de la foule et le courage du Roi suscitant un courant d’opinion en sa faveur. Des départements parviennent à Paris adresses et pétitions pour dénoncer la manifestation, même si de nombreux clubs envoient des pétitions hostiles au Roi.
Pétion est suspendu de ses fonctions de maire.

Louis XVI conserve sa détermination à défendre la Constitution en espérant un sursaut de l’opinion en sa faveur, ce qui se manifeste le 14 juillet, troisième fête de la fédération, étant l’objet de manifestations de sympathie.

Le 10 août 1792

 Danton lance alors les sections parisiennes à l’assaut de l’hôtel de Ville, met à la porte la municipalité légale et y installe sa «commune insurrectionnelle», qui s’effondrera le 9 thermidor avec Robespierre.


Geneviève Casile, Marie-Antoinette (1976), observe le ciel rouge de Paris ce matin-là…

Les Tuileries constituent le dernier objectif. Pour défendre le palais, le Roi peut compter sur ses mille à mille deux cents gardes Suisses, sur trois cents chevaliers de Saint louis, sur une centaine de nobles et de gentilshommes qui lui sont restés fidèles. La Garde nationale est passée dans le camp adverse. Seul le bataillon royaliste des «filles de Saint Thomas» est demeuré fidèle au souverain.

Roederer, le «procureur syndic du département» convainc le Roi de se réfugier à l’assemblée Nationale avec sa famille. Ceux qui ne font pas partie de la famille royale ne sont pas autorisés à les accompagner.

On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide alors de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.


Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Roederer, le «procureur syndic du département» convainc le Roi de se réfugier à l’assemblée Nationale avec sa famille. Ceux qui ne font pas partie de la famille royale ne sont pas autorisés à les accompagner.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Un-peuple-et-son-Roi-le-10-aout-1792.jpg.
Image du film « Un peuple et son Roi ».L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Un-peuple-et-son-Roi-le-depart-des-Tuileries.jpg.
Dernier ordre de Louis XVI, le 10 août 1792 | Paris Musées

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».


Jane Seymour est Marie-Antoinette dans les Années Lumières (1989)
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-depart-de-la-famille-royale-des-Tuileries-le-10-aout-1792.jpg.
La famille royale juste avant le départ des Tuileries : à l’arrière-plan on devine le combat des soldats contre les émeutiers…

Images d’Un Peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller

Image des Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Lise Delamare est Marie-Antoinette dans La Marseillaise (1938) de Jean Renoir

Traversant le jardin des Tuileries, et marchant sur des feuilles tombées des arbres, Louis XVI aurait dit : « L’hiver arrive vite, cette année ».

Across the courtyard we went, stumbling over the uneven cobblestones, and through a low wicket gate in the flank of the Tower. A twisting staircase made of thick slabs of stone rose up into the darkness above us. A guard bearing a torch climbed up...
Film - La Révolution Française : les années lumière, les années ...
Image des Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Louis XVI et sa famille sont conduits jusque dans la loge du greffier de l’Assemblée nationale (ou loge du logographe) , où la famille royale reste toute la journée. Louis XVI. en proie à la plus vive anxiété, se réfugie avec sa famille au sein de l’assemblée, où il entre en disant :

« Je suis venu ici pour éviter un grand crime qui allait se commettre. »

Dans ses mémoires, Madame de Tourzel raconte ainsi la scène :

« Nous traversâmes tristement les Tuileries pour gagner l’Assemblée. MM. de Poix, d’Hervilly, de Fleurieu, de Bachmann, major des Suisses, le duc de Choiseul, mon fils et plusieurs autres se mirent à la suite de Sa Majesté mais on ne les laissa pas entrer ».

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Joseph14
La Prise des Tuileries , par Joseph Navlet

Revenu dans le château, Bachmann demande un ordre précis du roi, et cet ordre ne venant pas, il organise la défense des Gardes suisses qui font face à l’envahissement des émeutiers.

Journée du 10 août 1792 — Wikipédia

La foule envahit la cour du château et cherche à gagner les étages supérieurs.

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Images du film « Un peuple et son Roi »L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Un-peuple-et-son-Roi-lassaut-des-Tuileries-2.jpg.
The bedroom of Marie Antoinette at the Tuileries on August 10th, 1792.
Saccage de la chambre de la Reine aux Tuileries

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

On August 10, 1792: The royal family taking refuge after the storming of the Tuileries Palace.
Gérard François Pascal Simon, baron (1770-1837)
“Still kept on the box at the Assembly, we witnessed the horrors of all kinds which there took place. Sometimes they assailed my father and all his family with [the basest and most atrocious] insults, triumphing over him with cruel joy; sometimes...

« Vous savez que le 10 août, ma mère avec Monsieur le Dauphin accompagna le Roi à la convention ; moi restée seule aux Tuileries, dans l’appartement du Roi, je m’attachai à ne pas quitter la Princesse de Tarente, parce que ma Mère m’avait recommandée à ses soins, et nous nous promîmes, quels que fussent les événements, de ne pas nous séparer.
Bientôt après le départ du Roi, commença une canonnade dirigée contre le château ; nous entendîmes siffler les balles d’une manière effrayante ; les carreaux cassés et les fenêtres brisées faisaient un vacarme effroyable. Pour nous mettre un peu à l’abri et n’être point du côté d’où l’on tirait le canon, nous nous retirâmes dans l’appartement de la Reine au rez-de-chaussée sur le jardin. Là, il nous vint à l’idée de fermer les volets et d’allumer toutes les bougies des lustres et des candélabres, espérant, si les brigands devaient forcer notre porte, que l’étonnement que leur causeraient tant de lumières nous sauverait de leurs premiers coups et nous laisserait le temps de leur parler. A peine nos arrangements étaient-ils finis, que nous entendîmes dans les chambres précédentes des cris affreux et un cliquetis d’armes qui ne nous annonça que trop que le château était forcé, et qu’il fallait nous armer de courage. Ce fut l’affaire d’un moment ; les portes furent enfoncées, et des hommes le sabre à la main, les yeux hors de la tête, se précipitèrent dans le salon ; ils s’arrêtèrent à l’instant comme stupéfaits ; une douzaine de femmes dans cette chambre! (car nous étions réunies avec plusieurs dames de la Reine, de Madame Élisabeth et de Mme de Lamballe). Ces lumières répétées dans les glaces faisaient un tel contraste avec la clarté du jour, que les brigands en furent confondus. Plusieurs des dames qui étaient dans la chambre se trouvèrent mal. Mme de Ginestoux se jeta à genoux et avait tellement perdu la tête, qu’elle balbutiait des mots de pardon. Nous allâmes à elle, la fîmes taire, et pendant que je la rassurais, cette bonne Mme de Tarente priait un Marseillais de prendre sous sa protection cette Dame à cause de la faiblesse de sa tête. Cet homme y consentit et la tira aussitôt de la chambre ; puis, tout à coup revenant à celle qui lui avait parlé pour une autre, et frappé d’une telle générosité dans cette circonstance, il dit à Mme de Tarente : Je sauverai cette Dame et vous aussi et votre petite compagne aussi. En effet, il remit Mme de Ginestoux entre les mains d’un de ses camarades ; puis il prit Mme de Tarente et moi chacune sous un bras, et nous tira hors de l’appartement.
En sortant du salon, il nous fallut passer sur le corps d’un valet de pied de la Reine, et d’un de ses valets de chambre, qui tous deux fidèles à leur poste, et n’ayant pas voulu abandonner l’appartement de leur maîtresse, en avaient été les victimes. Cette vue me serra le cœur : la Princesse de Tarente et moi nous nous regardâmes, pensant que peut-être bientôt nous aurions le même sort. Enfin, après beaucoup de peine, cet homme qui nous donnait le bras parvint à nous faire sortir du château par une petite porte auprès des souterrains. Nous nous trouvâmes sur la terrasse, puis à la porte du pont Royal. Là, notre protecteur nous quitta, ayant, disait-il, rempli son engagement de nous conduire sûrement hors des Tuileries
.Je pris alors le bras de Mme de Tarente, qui, croyant se soustraire aux regards de la multitude, voulut, pour retourner chez elle, descendre sur le bord de la rivière. Nous marchions doucement et sans proférer une parole, lorsque nous entendîmes des cris affreux derrière nous. En nous retournant, nous aperçûmes une foule de brigands qui couraient sur nous le sabre à la main ; à l’instant il en parut autant devant nous et sur le quai par dessus le parapet ; d’autres nous tenaient en joue, criant que nous étions des échappées des Tuileries.
Pour la première fois de ma vie j’eus peur ; cette manière d’être massacré me paraissait affreuse. Mme de Tarente parla à la multitude, et obtint que sous escorte nous serions conduites au district.
Il fallut traverser toute la place Louis XV au milieu des morts ; car beaucoup des Suisses y avaient été massacrés. Nous étions suivies d’un peuple immense qui nous disait toutes les injures possibles.
Nous fûmes menées rue des Capucines, et là nous nous fîmes connaître : la personne à qui nous parlâmes était un honnête homme ; il jugea promptement combien était pénible la position dans laquelle nous nous trouvions ; il donna un reçu de nos personnes ; il dit très haut que nous allions être conduites en prison, et congédia ainsi ceux qui nous avaient amenées. Se trouvant seul avec nous, il nous assura de son intérêt, en nous promettant qu’à la chute du jour il nous ferait reconduire chez nous. En effet, sur les huit heures et demie du soir, il nous donna deux personnes sûres pour nous conduire, et nous fit passer par une porte de derrière, pour éviter les espions qui entouraient sa maison. Nous arrivâmes chez la duchesse de La Vallière, grand’mère de Mme de Tarente, et chez laquelle elle logeait. Je demandai à cette bonne princesse de Tarente de ne la pas quitter pendant la nuit, et je me couchai sur un canapé dans sa chambre.
A cinq heures du matin, pendant que nous causions ensemble de tout ce qui nous était arrivé, nous entendîmes frapper à la porte : c’était mon frère qui, ayant passé la nuit aux Feuillants, près du Roi, venait nous en donner des nouvelles, et me dire que la Reine avait demandé à ma Mère que je vinsse la rejoindre ; que le Roi en avait demandé la permission à l’Assemblée, qui l’avait accordée ; que dans une heure il viendrait me chercher pour me conduire aux Feuillants. Cette nouvelle me fit un sensible plaisir ; j’étais heureuse de me retrouver avec ma Mère et d’unir mon sort au sien et à celui de la famille royale.
A huit heures du matin j’arrivai aux Feuillants ; je ne puis assez vous dire quelle fut la bonté du Roi et de la Reine quand ils me virent ; ils me firent bien des questions sur les personnes dont je pouvais leur donner des nouvelles. Madame et Monsieur le Dauphin me reçurent avec une amitié touchante, m’embrassèrent et me dirent que nous ne nous séparerions plus.»

Pauline de Tourzel

Le soir du 10 août 1792

La famille royale est logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles: quatre pièces du couvent seulement leur sont dédiées… pendant trois jours.

Le 13 août 1792

« Une demi-heure avant le départ pour le Temple, Madame Élisabeth m’appela, m’emmena avec elle dans un cabinet et me dit : ma chère Pauline, nous connaissons votre discrétion et votre attachement pour nous. J’ai une lettre de la plus grande importance dont je voudrais me débarrasser avant de partir d’ici ; aidez-moi à la faire disparaître. Il n’y avait ni feu ni lumière ; nous prîmes cette lettre de huit pages ; nous en déchirâmes quelques morceaux que nous essayâmes de broyer entre nos doigts et sous nos pieds ; mais comme cela devenait trop long, et qu’elle craignait que son absence ne donnât quelques soupçons, je pris une page entière de la lettre ; je la mis dans ma bouche et je l’avalai. Cette bonne Madame Élisabeth voulait en faire autant, mais son cœur se soulevait ; je m’en aperçus et lui demandai les deux autres pages que j’avalai encore, de manière qu’il n’en resta plus de vestiges. Nous rentrâmes, et l’heure du départ pour le Temple étant arrivée, la famille royale monta dans une voiture à dix places composée de la manière suivante :Le Roi, la Reine, et Monsieur le Dauphin dans le fond ; Madame Élisabeth, Madame, et Manuel, procureur de la commune sur le devant ; la Princesse de Lamballe et ma mère sur une banquette de portière ; et moi, avec un nommé Collonge, membre de la commune, sur la banquette vis-à-vis. La voiture allait au plus petit pas : on traversa la place Vendôme ; la voiture s’arrêta, et Manuel, faisant remarquer la statue de Louis XIV qui venait d’être renversée, dit au Roi :
«Vous voyez comme le peuple traite les Rois».
A quoi le Roi devint rouge d’indignation, mais se modérant à l’instant, S.M. répondit avec un calme angélique :
«Il est heureux, Monsieur, quand sa rage ne porte que sur des objets inanimés».
Le plus profond silence suivit et régna tout le reste du chemin. On prit les boulevards ; et le jour commençait à tomber lorsqu’on arriva au Temple.
La cour, la maison, le jardin étaient illuminés ; et cela avait un air de fête qui contrastait terriblement avec la position de la famille royale. Le Roi, la Reine et nous autres de leur suite, nous entrâmes dans un fort beau salon ; on y resta plus d’une heure sans pouvoir obtenir de réponse aux questions que l’on faisait pour savoir où étaient les appartements. Monsieur le Dauphin tombait de sommeil et demandait à se coucher. On servit un grand souper auquel on toucha peu. Ma mère pressant vivement pour savoir où était la chambre destinée à Monsieur le Dauphin, on annonça enfin qu’on allait l’y conduire.
On alluma des torches, on fit traverser la cour, puis un souterrain ; enfin on arriva à la tour, où nous entrâmes par une petite porte qui ressemblait fort à un guichet de prison.»

Pauline de Tourzel
La prison du Temple 1792-1795 : l'épreuve de la famille royaleCaricature qui montre Louis XVI coiffé du bonnet vert des forçats
“At the barrier of Paris we found an immense crowd assembled on the road along which our unfortunate King had to pass. Everybody had his head covered, by order of M. de la Fayette, who had, moreover, enjoined the most absolute silence, in order, he...

La Commune décide de transférer la famille royale au Temple… en passant par la place Louis XV qu’on a déjà rebaptisée Place de la Révolution, on montre au Roi comme la statue de son grand-père est en train d’être déboulonnée pour faire disparaître toutes les marques du régime qui devient dès lors ancien…

Le 13 août 1792

« Selon Madame de Tourzel, la famille royale, accueillie par Santerre, voit d’abord la cour du palais illuminée de lampions comme s’ils étaient attendus pour une fête ; on retrouve l’ambiance des grands couverts qui rythmaient la vie de Cour à Versailles et aux Tuileries…»

Charles-Eloi Vial

Après un splendide dîner servi dans l’ancien palais du comte d’Artois ( où la famille royale espère encore être logée) , la messe est dite dans un salon. Après avoir visité les lieux, Louis XVI commence à répartir les logements.

“[After 1791] Their Majesties did not perform their Easter devotions in public, because they could neither declare for the constitutional clergy, nor act so as to show that they were against them.
The Queen did perform her Easter devotions in 1792;...

A onze heures du soir 

« Alors que le Dauphin est gagné par le sommeil et que madame de Tourzel est surprise d’être emmenée en direction de la Tour, le Roi  comprend qu’il a été joué par la Commune.

Pétion, qui estimait que la grande Tour était en trop mauvais état, a résolu de loger la famille royale dans la petite en attendant la fin des travaux ordonnés pour isoler la prison du monde extérieur.»

Charles-Eloi Vial

La Tour qui tant frémir Marie-Antoinette, autrefois,  qu’Elle avait demandé à Son beau-frère qu’il la détruise. Était-ce un pressentiment de Sa part?

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La Tour du Temple

« Quittant les magnifiques salons du comte d’Artois, la famille royale est emmenée dans la petite tour pour être logés dans les appartements de Jacques-Albert Berthélemy, ancien avocat archiviste de l’ordre de Malte, détenteur de cette charge depuis 1774. Il avait obtenu ce logement de fonction en 1782, où il vivait , en vieux célibataire et il n’y avait véritablement de la place chez lui que pour loger un seul maître de maison. Pour des raisons de sécurité, les domestiques héritent des pièces du bas, les plus confortables, tandis que la famille royale loge dans les parties hautes de la tour, dans des pièces à l’abandon depuis des années. Du mobilier est apporté du Garde-Meuble et du palais du Temple afin de compléter celui de l’archiviste.»

Charles-Eloi Vial

La marquise est emprisonnée à la Tour du Temple. Le second étage est attribué à la Reine et Sa fille, Marie-Thérèse . Elles couchent dans l’ancienne chambre de Barthélémy. Au même étage, la princesse de Lamballe dort dans l’antichambre, la marquise de Tourzel et le Dauphin partagent à nouveau la même chambre.

« La Reine et Madame furent établies dans la même chambre, qui était séparée de celle de Monsieur le Dauphin et de celle de ma Mère par une petite antichambre dans laquelle couchait la princesse de Lamballe. Le Roi fut logé au second, et Madame Elisabeth, pour laquelle il n’y avait plus de chambre, fut établie près de celle du Roi, dans une cuisine d’une saleté épouvantable ; cette bonne Princesse dit à ma mère qu’elle se chargeait de moi. Effectivement elle fit mettre un lit de sangle auprès du sien, et nous passâmes la nuit sans dormir, la chambre dans laquelle donnait cette cuisine servant de corps-de-garde.
Le lendemain à huit heures nous descendîmes chez la Reine, qui était déjà levée et dont la chambre devait servir de salon ; depuis on y passa les journées entières et on ne remontait au second que pour se coucher. L’on n’était jamais seul dans cette chambre de la Reine : toujours un municipal était présent ; à toutes les heures il était changé.
Tous nos effets avaient été pillés dans notre appartement des Tuileries. Je ne possédais absolument que la robe que j’avais sur le corps lors de ma sortie du château. Madame Elisabeth, à qui l’on venait d’envoyer quelques effets, me donna une de ses robes ; elle ne pouvait aller à ma taille ; nous nous occupâmes de la découdre pour la refaire ; tous les jours, la Reine, Madame, Madame Élisabeth y travaillaient un peu ; c’était notre occupation. Mais nous ne pûmes la finir.»

Pauline de Tourzel

Cadeaux de Marie-Antoinette à Madame de Tourzel

« Madame, je confie à la vertu ce que j’avais confié à l’amitié mon bien le plus précieux : mes enfants».

Marie-Antoinette fait à Madame de Tourzel des cadeaux pour lui signifier son affection.

– Une lyre en or :
Il s’agit d’une boite à musique qui joue «Bon voyage Monsieur Dumollet« .

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– un médaillon en ambre :
Il renferme une araignée focalisée qui était le seul seul bijou que Marie-Antoinette avait apporté à la prison du Temple.

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Ces deux objets sont conservés au Château d’Ainay-le-Vieil en Centre-Loire.

Dans la nuit du 19 au 20 août 1792

On vient chercher tous ceux qui n’appartiennent pas à la Famille Royale stricto sensu. Madame de Tourzel est transférée avec la princesse de Lamballe et Pauline à la prison de la Force. La Marquise de Tourzel est sauvée par son sang froid et la compassion d’un membre de la convention, Monsieur Hardy. Louise-Elisabeth et Pauline survivent miraculeusement à cet épisode. Madame de Lamballe, Madame de Tourzel et sa fille Pauline sont réunies dans une seule cellule assez spacieuse.

« La nuit du 19 au 20 d’août, il était environ minuit, lorsque nous entendîmes frapper à travers la porte de notre chambre : on nous intima, de la part de la commune de Paris, l’ordre d’enlever du Temple la Princesse de Lamballe, ma Mère et moi.
Madame Elisabeth se leva sur-le-champ ; elle-même m’aida à m’habiller, m’embrassa et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur pied : la séparation d’avec la famille royale fut une peine cruelle ; et quoique on nous assurât que nous reviendrions après avoir subi un interrogatoire, un sentiment secret nous disait que nous la quittions pour longtemps.
Nous traversâmes les souterrains aux flambeaux ; à la porte du Temple nous montâmes en fiacre et on nous conduisit à l’Hôtel-de-Ville. On nous établit dans une grande salle ; et de peur que nous pussions causer ensemble, un municipal était assis entre chacune de nous et nous séparait. Nous restâmes ainsi sur des banquettes pendant plus de deux heures ; enfin, vers les trois heures du matin, on vint appeler la Princesse de Lamballe pour l’interroger ; ce fut l’affaire d’un quart d’heure après lequel on appela ma Mère ; je voulus la suivre, on s’y opposa, disant que j’aurais mon tour ; ma Mère, en arrivant dans la salle d’interrogation qui était publique, demanda que je fusse ramenée auprès d’elle, mais on la refusa très rudement, lui disant que je ne courais aucun danger étant sous la sauvegarde du peuple. On vint enfin me chercher et on me conduisit à la salle d’interrogatoire. Là, monté sur une estrade, on était en présence d’une foule immense de peuple qui remplissait la salle ; il y avait aussi des tribunes remplies d’hommes et de femmes. Billaud de Varennes debout faisait les questions, et un secrétaire écrivait les réponses sur un grand registre. On me demanda mon nom, mon âge, et on me questionna beaucoup sur la journée du 10 août, me disant de déclarer que j’avais vu et que j’avais entendu dire au Roi et à la famille royale. Ils ne surent que ce que je voulus bien ; car je n’avais nullement peur ; je me trouvais comme soutenue par une main invisible qui ne m’a jamais abandonnée et m’a toujours fait conserver ma tête avec beaucoup de sang-froid.
Je demandai très haut d’être réunie à ma mère et de ne la pas quitter. Plusieurs voix s’élevèrent pour dire oui, oui, d’autres murmurèrent, mais on me fit descendre les marches du gradin sur lequel on était élevé, et après avoir traversé plusieurs corridors, je me vis ramener à ma Mère, que je trouvai bien inquiète de moi ; elle était avec la Princesse de Lamballe, et nous fûmes toutes les trois réunies.
Nous restâmes dans le cabinet de Tallien jusqu’à midi. On vint alors nous chercher pour nous conduire à la prison de la Force. On nous fit monter dans un fiacre ; il était entouré de gendarmes, suivi d’un peuple immense : il y avait un officier de gendarmerie avec nous dans la voiture. C’est par le guichet donnant sur la rue des Ballays, près la rue Saint-Antoine, que nous entrâmes dans cette horrible prison. On nous fit d’abord passer dans l’appartement du concierge, afin d’inscrire nos noms sur le registre, et je n’oublierai jamais qu’un individu fort bien mis et qui se trouvait là, s’approchant de moi, qui étais restée seule dans la chambre, me dit : Mademoiselle, votre position m’intéresse ; je vous donne le conseil de quitter ici les airs de cour que vous avez, et d’être plus familière et plus affable.
Indignée de l’impertinence de ce monsieur, je le regardai fixement et lui répondis que telle j’avais été, telle je serais toujours ; que rien ne pourrait influer sur mes sentiments ni mon caractère, et que l’impression qu’il remarquait sur mon visage n’était autre chose que l’image de ce qui se passait dans mon cœur indigné des horreurs que nous voyions! Il se tut et se retira l’air fort mécontent.
Ma mère entra alors dans la chambre, mais, hélas! ce ne fut pas pour longtemps ; nous fûmes toutes les trois séparées. On conduisit maman dans un cachot, et moi dans un autre. Je suppliai d’être réunie à elle ; mais on fut inexorable.
Le guichetier vint m’apporter une cruche d’eau. C’était un très bon homme. Me voyant au désespoir d’être séparée de ma Mère et ne sollicitant au monde que d’être réunie à elle, cela le toucha, et ce pauvre homme cherchant à adoucir ma peine, me laissa son chien, afin, me disait-il, de me donner une distraction. Surtout ne me trahissez pas, me dit-il, j’aurai l’air de l’avoir oublié par mégarde.
A six heures du soir, il revint me voir et me trouvant toujours dans le même état de chagrin : je vais vous confier un secret. Votre Mère est dans le cabinet au-dessous du vôtre ; ainsi vous n’êtes pas loin d’elle. D’ailleurs, ajouta-t-il, vous allez avoir dans une heure la visite de Manuel, le procureur de la commune, qui viendra s’assurer si tout est dans l’ordre ; n’ayez pas l’air, je vous en prie, de savoir tout ce que je vous dis.
En effet, quelque temps après, j’entendis tirer les verrous de la chambre voisine, puis ceux de la mienne ; je vis entrer trois hommes dont un que je reconnus très bien pour être Manuel, le même qui avait conduit le Roi au Temple. Il trouva la chambre où j’étais très humide, et parla de m’en faire changer. Je saisis cette occasion de lui dire que tout m’était égal ; que la seule grâce que je sollicitais de lui particulièrement était de me réunir à ma Mère : je lui demandai avec une grande vivacité ; et je vis que ma demande le touchait ; puis il dit : Demain je dois revenir ici, et nous verrons ; je ne vous oublierai pas. Le pauvre guichetier en fermant la porte me dit à voix basse : Il est touché ; je lui ai vu des larmes dans les yeux, ayez courage ; à demain.
Ce bon François, car c’était le nom de ce guichetier, me donna de l’espoir et me fit un bien que je ne puis exprimer : je me mis à genoux, fis mes prières, et avec un calme et une tranquillité extrême je me jetai toute habillée sur l’horrible grabat qui servait de lit ; je dormis jusqu’au jour.
Le lendemain à sept heures du matin, ma porte s’ouvrit et je vis entrer Manuel qui me dit : J’ai obtenu de la commune la permission de vous réunir à votre Mère ; suivez-moi.
Nous descendîmes dans la chambre de ma mère, je me jetai dans ses bras, croyant tous ses malheurs finis puisque je me trouvais auprès d’elle. Elle remercia beaucoup Manuel, et lui demanda d’être réunie à la Princesse de Lamballe, puisque nous avions été transférées avec elle ; il réfléchit un moment, puis il dit : Je le veux bien, je prends cela sur moi, et je vais vous conduire dans sa chambre. Effectivement, à huit heures du matin nous étions réunies toutes les trois, seules, et nous éprouvâmes un moment de bonheur de pouvoir partager ensemble nos infortunes.
Le lendemain matin nous reçûmes un paquet venant du Temple. C’étaient nos effets que nous renvoyait la Reine. Elle-même, avec cette bonté qui ne se dément point, avait pris soin de les réunir. Parmi eux se trouvait cette robe de Madame Élisabeth dont je vous ai parlé plus haut. Elle devient pour moi un gage d’un éternel souvenir, d’un éternel attachement, et je la conserverai toute ma vie.
L’incommodité de notre logement, l’horreur de la prison, le chagrin d’être séparées du Roi et de sa famille, la sévérité avec laquelle cette séparation semblait nous promettre d’être traitées, tout cela m’attristait fort, je l’avoue, et effrayait extrêmement cette malheureuse Princesse de Lamballe. Quant à ma Mère, elle montrait cet admirable courage que vous lui avez vu dans de tristes circonstances de sa vie, ce courage qui, n’ôtant rien à sa sensibilité, laisse cependant à son âme toute la tranquillité nécessaire pour que son esprit puisse lui être d’usage. Elle travaillait, elle lisait, elle causait d’une manière aussi calme, que si elle n’eût rien craint ; elle paraissait affligée, mais ne semblait pas même inquiète.
Nous étions depuis près de quinze jours dans ce triste séjour, lorsqu’une nuit, vers une heure du matin, étant toutes trois couchées et endormies comme on dort dans une telle prison, de ce sommeil qui laisse encore de la place à l’inquiétude, nous entendîmes tirer les verrous de notre porte ; elle s’ouvrit, un homme parut et me dit :
« Mlle de Tourzel, levez-vous promptement et suivez-moi. Je tremblais et ne répondais ni remuais.
— Que voulez-vous faire de ma fille, dit ma Mère à cet homme ?
— Que vous importe? répondit-il, d’une manière qui me parut bien dure ; il faut qu’elle se lève et qu’elle me suive.
— Levez-vous, Pauline, me dit ma mère et suivez-le, il n’y a rien à faire ici que d’obéir. Je me levai lentement, et cet homme restait toujours dans la chambre ; dépêchez-vous, dit-il deux ou trois fois ; dépêchez-vous, Pauline, me dit aussi ma Mère.
J’étais habillée, mais je n’avais pas changé de place ; j’allai à son lit et je pris sa main ; mais l’homme ayant vu que j’étais levée, s’approcha, me prit par le bras et m’entraîna malgré moi. Adieu, Pauline, que le bon Dieu vous bénisse et vous protège! cria ma Mère. Je ne pouvais lui répondre ; deux grosses portes étaient déjà entre elle et moi, et cet homme m’entraînait toujours.
Comme nous descendions l’escalier, il entendit du bruit ; avec l’air fort inquiet, il me fit entrer précipitamment dans un petit cachot, ferma la porte, prit la clé et disparut.
Ce cachot était éclairé par un bout de chandelle ; en moins d’un quart d’heure, cette chandelle finit, et je ne puis vous exprimer ce que je ressentis et les réflexions sinistres que m’inspirait cette lueur tantôt forte, tantôt mourante : elle me représentait mon agonie, et me disposait à faire le sacrifice de ma vie, mieux que n’auraient pu faire les discours les plus touchants.
Je restai alors dans une profonde obscurité, puis j’entendis ouvrir doucement la porte ; on m’appela, et à la lueur d’une petite lanterne je reconnus l’homme qui m’avait enfermée une heure auparavant, pour être celui qui était dans la chambre du concierge lors de notre arrivée à la Force, et qui avait voulu me donner des conseils. Il me fit marcher doucement ; au bas de l’escalier, il me fit entrer dans une chambre, me montra un paquet et me dit de m’habiller avec ce que je trouverais là dedans ; il renferma la porte et je restai immobile, sans agir ni presque penser ; je ne sais combien de temps je restai dans cet état ; j’en fus tirée par le bruit de la porte qui se rouvrit et le même homme parut : Quoi ! vous n’êtes pas encore habillée! me dit-il d’un air inquiet ; il y a de votre vie, si vous ne sortez promptement d’ici. Je regardai alors les habits qui étaient dans le paquet, c’étaient des habits de paysanne ; ils me parurent assez larges pour aller par-dessus les miens ; je les eus passés dans un instant. Cet homme me prit par le bras et me fit sortir de la chambre ; je me laissais entraîner sans faire aucune question, presque même aucune réflexion, et je voyais à peine ce qui se passait autour de moi.
Lorsque nous fûmes hors des portes de la prison, j’aperçus, à la clarté du plus beau clair de lune, une prodigieuse multitude de peuple, et j’en fus entourée dans le moment. Tous ces hommes avaient l’air féroce : ils étaient armés de sabres et semblaient attendre quelque victime pour la sacrifier. Voici une prisonnière qu’on sauve, crièrent-ils tous à la fois en me menaçant de leurs sabres. L’homme qui me conduisait faisait l’impossible pour les écarter de moi et pour se faire entendre ; je vis alors qu’il portait la marque qui distingue les représentants de la communauté de Paris ; cette marque étant un droit pour se faire écouter, on le laissa parler.
Il dit que je n’étais pas prisonnière, qu’une circonstance m’ayant fait me trouver à la prison de la Force, il m’en venait tirer par ordre supérieur, les innocents ne devant pas périr comme les coupables. Cette phrase me fit frémir pour ma mère qui était restée enfermée ; les discours de mon libérateur, car je commençais à voir que c’était le rôle qu’avait entrepris cet homme dont les manières m’avaient semblé si dures ; ses discours, dis-je, faisaient effet sur la multitude, et l’on allait enfin me laisser passer, lorsqu’un soldat, en uniforme de garde national, s’avança et dit au peuple qu’on le trompait, que j’étais Mlle de Tourzel, qu’il me connaissait fort bien pour m’avoir vu mille fois aux Tuileries chez le Dauphin, lorsqu’il y était de garde, et que mon sort ne devait pas être différent de celui des autres prisonniers. Alors la fureur redoubla tellement contre moi et contre mon protecteur que je crus bien certainement que le seul service qu’il m’aurait rendre serait de me conduire à ma mort, au lieu de me la laisser attendre. Enfin, ou son adresse, ou son éloquence, ou mon bonheur me tira encore de là, et nous nous trouvâmes libres de poursuivre notre chemin. Il pouvait cependant s’y rencontrer encore mille obstacles ; nous avions à passer des rues dans lesquelles nous devions trouver beaucoup de peuple ; je pouvais encore être reconnue et pouvais encore être arrêtée ; cette crainte détermina mon guide à me laisser dans une petite cour fort sombre, et par laquelle il ne pouvait venir personne, pour aller voir ce qui se passait aux environs, et s’il pouvait sans danger me mener avec lui. Il revint au bout d’une demi-heure, me dit qu’il croyait plus prudent de changer de costume, et il m’apportait un habit, un pantalon et une redingote, dont il voulait que je me vêtisse. Je n’étais guère tentée de ce déguisement qu’il pensait nécessaire ; il me répugnait de périr sous des habits qui ne devaient pas être les miens ; je m’aperçus qu’il ne m’avait apporté ni chapeau, ni souliers ; j’avais sur la tête un bonnet de nuit et aux pieds des souliers de couleur ; le déguisement devenait impossible, et je restai comme j’étais.
Pour sortir d’où nous étions, il fallait repasser presqu’aux portes de la prison où étaient les assassins, ou traverser une église (le petit Saint-Antoine) dans laquelle se tenait une assemblée qui devait légaliser leurs crimes ; l’un ou l’autre de ces passages étaient également dangereux pour moi.
Nous choisîmes celui de l’église, et je fus obligée de la traverser me traînant presque à terre par les bas-côtés, afin de n’être pas aperçue de ceux qui formaient l’assemblée. Il me fit entrer dans une petite chapelle de côté, et me plaçant derrière les débris d’un autel renversé, il me recommanda bien de ne pas remuer, quelque bruit que j’entendisse, et d’attendre son retour qui serait le plus prochain qu’il pourrait. Je m’assis sur mes talons, entendant beaucoup de bruit, des cris mêmes ; mais je ne bougeai pas, bien résolue à attendre là mon sort, et remettant ma vie entre les mains de la Providence en laquelle je m’abandonnai avec confiance, résignée à recevoir la mort si tels étaient ses décrets.
Je fus très longtemps dans cette chapelle ; enfin je vis arriver mon guide, et nous sortîmes de l’église avec les mêmes précautions que nous avions prises pour y entrer. Très peu loin de là, mon libérateur s’arrêta à une maison qu’il me dit être la sienne ; il me fit entrer dans une chambre, et m’y ayant renfermée, il me quitta sur-le-champ. J’eus un moment de joie en me trouvant seule, mais je n’en jouis pas longtemps ; le souvenir des périls que j’avais courus ne me montrait que trop ceux auxquels ma Mère était livrée, et je restai tout entière à mes tristes craintes ; je m’y abandonnais depuis plus d’une heure, lorsque M. Hardy (car il est temps que je vous nomme celui auquel nous devons la vie) revint et me parut avoir un air plus effrayé que je ne l’avais vu de toute la matinée. Vous êtes connue, me dit-il, on sait que je vous ai sauvée, on veut vous ravoir, on croit que vous êtes ici, on peut vous y venir prendre ; il en faut sortir tout de suite, mais non pas avec moi, ce serait vous remettre dans un danger certain, prenez ceci, me dit-il en me montrant un chapeau avec un voile et un mantelet noir. Écoutez bien tout ce que je vais vous dire, et surtout n’oubliez pas la moindre chose.
En sortant de cette porte, vous tournerez à droit ; puis vous prendrez la première rue à gauche ; elle vous conduira sur une petite place dans laquelle donnent trois rues ; vous prendrez celle du milieu, puis auprès d’une fontaine, vous trouverez un passage qui vous conduira dans une autre grande rue ; vous y verrez un fiacre arrêté près d’une allée sombre ; cachez-vous dans cette allée, et vous n’y serez pas longtemps sans me voir paraître ; partez vite, et surtout, dit-il, après me l’avoir encore répété, tâchez de n’oublier rien de tout ce que je viens de vous dire ; car je ne saurais comment vous retrouver ; et alors que pourriez-vous devenir?
Je vis la crainte qu’il avait que je ne me souvinsse pas bien de tous les renseignements qu’il m’avait donnés ; cette crainte, en augmentant celle que j’avais moi-même, me troubla tellement qu’en sortant de la maison, je savais à peine si je devais tourner à droite ou à gauche. Comme il vit de la fenêtre que j’hésitais, il me fit un signe, et je me souvins alors de tout ce qu’il m’avait dit.
Mes deux habillements l’un sur l’autre me donnaient une figure étrange, mon air inquiet pouvait me faire paraître suspecte ; il me semblait que tout le monde me regardait avec étonnement. J’eus bien de la peine à arriver jusqu’où je devais trouver le fiacre, mais enfin je l’aperçus, et je ne puis vous dire la joie que j’en ressentis. Je me crus pour lors absolument sauvée. Je me retirai dans l’allée sombre en attendant que M. Hardy parût. Un quart d’heure s’était passé et il ne venait point. Alors mes craintes redoublèrent ; si je restais plus longtemps dans cette allée, je craignais de paraître suspecte aux gens du voisinage ; mais comment en sortir? je ne connaissais pas le quartier dans lequel je me trouvais ; si je faisais la moindre question, je pouvais me mettre dans un grand danger ; enfin comme je méditais tristement sur le parti que je devais prendre, je vis venir M. Hardy ; il était avec un autre homme. Ils me firent monter dans le fiacre et y montèrent avec moi. L’inconnu se plaça sur le devant de la voiture et me demanda si je le reconnaissais. Parfaitement, lui dis-je, vous êtes M. Billaud de Varennes qui m’avez interrogée à l’Hôtel-de-Ville. Il est vrai, dit-il, je vais vous conduire chez Danton, afin de prendre ses ordres à votre sujet. Arrivés à la porte de Danton, ces messieurs descendirent, montèrent chez lui et revinrent peu après me disant : Vous voilà sauvée ; il ne nous reste plus maintenant qu’à vous conduire dans un endroit où vous ne puissiez pas être connue, autrement il pourrait encore ne pas être sûr.
Je demandai à être menée chez Mme la Marquise de Lède, une de mes parentes. Elle était très âgée, et par conséquent je pensais ne pouvoir la compromettre. Billaud de Varennes s’y opposa à cause du nombre de ses domestiques dont plusieurs peut-être ne seraient pas discrets sur mon arrivée dans la maison, et me demanda d’indiquer une maison obscure. Je me souvins alors de la bonne Babet, notre fille de garde-robe ; je pensai que je ne pouvais être mieux que dans une maison pauvre et dans un quartier retiré. Billaud de Varennes, car c’était toujours lui qui entrait dans ce détail, me demanda le nom de la rue pour l’indiquer au cocher. Je nommai la rue du Sépulcre.
Ce nom dans un moment comme celui où nous étions lui fit une grande impression, et je vis sur son visage un sentiment d’horreur de ce rapprochement avec tous les événements qui se passaient. Il dit un mot tout bas à M. Hardy, lui recommanda de me conduire où je demandais à aller et disparut.
Pendant le chemin, je ne parlai que de ma mère ; je demandai si elle était encore en prison. Je voulais aller la rejoindre si elle y était encore ; je voulais aller moi-même plaider son innocence. Il me paraissait affreux que ma Mère fût exposée à la mort à laquelle on venait de m’arracher : moi sauvée, ma Mère périr! cette pensée me mettait hors de moi.
M. Hardy chercha à me calmer, me dit que j’avais pu voir que depuis le moment où il m’avait séparée d’elle, il n’avait été occupé que du soin de me sauver ; qu’il y avait malheureusement employé beaucoup de temps, mais qu’il se flattait qu’il lui en resterait encore assez pour servir ma Mère ; que ma présence ne pouvait que nuire à ses desseins ; qu’il allait sur-le-champ retourner à la prison et qu’il ne regarderait sa mission comme finie que lorsqu’il nous aurait réunies ; qu’il me demandait du calme, qu’il avait tout espoir.
Il me laissa remplie de reconnaissance pour le danger où il s’était mis à cause de moi, et avec l’espérance qu’il sauverait ma Mère de tous ceux que je craignais pour elle. Adieu, ma chère Joséphine ; je suis si fatiguée que je ne puis plus écrire, d’ailleurs ma mère me dit qu’elle veut vous raconter elle-même ce qui la regarde, et elle vous l’écrira demain.»

Pauline de Tourzel

« Manuel, qui ne négligeait aucune occasion de plaire au peuple souverain, voulut lui donner le plaisir de notre translation à la Force. Il nous y fit conduire à midi, dans trois fiacres escortés par la gendarmerie. Comme c’était un jour de dimanche, une foule de curieux se portèrent sur notre passage, et nous fûmes accablées d’injures pendant notre trajet de l’Hôtel de ville à la Force. Nous y entrâmes par la rue des Ballets, et nous restâmes tous dans la salle du conseil, pendant qu’on inscrivait nos noms sur le registre de madame de Hanère, concierge de cette prison. C’était une très bonne femme, qui avait avec elle une fille qui fut parfaite sous tous les rapports.
Quand nos noms furent inscrits, Pauline et moi fûmes conduites dans deux cachots de cette prison, séparés l’un de l’autre; et madame la princesse de Lamballe dans une chambre un peu meilleure. Je fis l’impossible pour ne point être séparée de ma chère Pauline; et voyant que je ne pouvais rien gagner sur le cœur endurci de nos municipaux, je leur reprochai avec la plus grande véhémence l’inconvenance de séparer de sa mère une jeune personne de son âge; et je me laissai aller à toute l’impétuosité de ma douleur sans ménager aucune de mes expressions. »

La marquise de Tourzel
La prison de la petite Force

Le 3 septembre 1792

Si la princesse de Lamballe est victime des massacres de Septembre 1792, la marquise de Tourzel et sa fille, comme les autres détenues, ne sont pas attaquées.

3 septembre 1792, L'effroyable dépeçage de la princesse de ...Massacre de la princesse de Lamballe

Louise-Elisabeth de Tourzel est enfermée quatre mois « dans la maison de santé du citoyen Montprin et Compagnie, destinée au soulagement et à la guérison des infirmes et malades des deux sexes, établie à Paris, sous l’autorisation de l’administration de police, rue Notre Dame des Champs no 1466,  section de Mucius Scaevola, Faubourg Germain ».

Le 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI , place de la Révolution.

Louis XVI et l'Abbé Edgeworth au pied de l'échafaud le 21 Janvier 1793 /  Auteur : Charles Benazech en 1793. | Art historique, Louis xvi, Révolution  française

Le 18 mai 1793

Sa fille, Joséphine de Sainte-Aldegonde donne naissance à une fille, Antoinette (1793-1874) à Bruxelles. Elle sera mariée le 24 novembre 1817 à Paris, à Passy, avec Arthus de Cossé-Brissac (1790 – 1857), courtisan (premier maître d’hôtel du Roi Louis XVIII, premier panetier de France).

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution .

L'exécution de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793 Maacha10

Le 3 août 1794

Exécution de sa fille, Joséphine, comtesse de Sainte-Aldegonde, victime de la Révolution français, à l’âge de vingt-sept ans, à Nimègues.

Le 10 mai 1794

Exécution de Madame Élisabeth.


Adieux de Madame Royale à Madame Élisabeth
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Madame Royale reste seule au Temple.

En 1795

Madame de Tourzel et sa fille, Pauline, rendent visite à Madame Royale, l’Orpheline du Temple:

Quelques épisodes de la Révolution Française: Mme de Tourzel et sa fille  rendent visite à madame Royale au Temple
Madame royale d’après nature par un commissaire de la Commune

« En arrivant au Temple, je remis ma permission aux deux gardiens de Madame, et je demandais à voir Madame de Chantereine en particulier. Elle me dit que Madame était instruite de tous ces malheurs, qu’elle nous attendait et que nous pouvions entrer. Je la priai de dire à Madame que nous étions à la porte. Je redoutais l’impression que pouvait produire sur cette princesse la vue de deux personnes qui, à son entrée au Temple, accompagnaient ce qu’elle avait de plus cher au monde, et dont elle était réduite à pleurer la perte; mais heureusement la sensibilité qu’elle éprouva n’eût aucune suite fâcheuse. Elle vint à notre rencontre, nous embrassa tendrement, et nous conduisit à sa chambre, ou nous confondîmes nos larmes sur les objets de ses regrets. Elle ne cessa de nous en parler, et nous fit le récit le plus touchant et le plus déchirant du moment où elle se sépara du Roi son père, dont elle était si tendrement aimée, et auquel elle était si attachée.
Je ne puis ajouter au récit de Cléry qu’un trait, qui peint la grandeur d’âme de ce prince et son amour pour son peuple.»

Je laisse parler Madame:

« Mon père, avant de se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais penser à venger sa mort; et il était bien assuré que nous regarderions comme sacré l’accomplissement de sa dernière volonté. Mais la grande jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une impression plus forte. Il le prit sur ses genoux et lui dit: « Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le serment est encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez, en levant la main, que vous accomplirez la dernière volonté de votre père.»
Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si touchante fit encore redoubler les nôtres.»

On ne peut rien ajouter à une semblable réflexion dans un pareil moment. Nous avions laissé Madame faible et délicate, et en la revoyant au bout de trois ans de malheurs sans exemple, nus fûmes bien étonnées de la trouver belle, grande et forte, avec cet air de noblesse qui fait le caractère de son visage. Nous fûmes frappées, Pauline et moi, d’y retrouver les traits du Roi, de la Reine, et même de Madame Élisabeth. Le ciel la destinait à être le modèle de ce courage qui, sans rien ôter à la sensibilité, rend cependant capable de grandes actions, ne permit pas qu’elle succombât sous le poids de tant de malheurs. Madame en parlait avec une douceur angélique; nous ne lui vîmes jamais un seul sentiment d’aigreur contre les auteurs de tous ses maux. Digne fille du Roi son père , elle plaignait encore les français, et elle aimait toujours ce pays où elle était si malheureuse; et sur ce que je lui disais que je ne pouvais m’empêcher de désirer sa sortie de France pour la voir délivrée de son affreuse captivité, elle me répondit avec l’accent de la douleur: «J’éprouve encore de la consolation en habitant un pays ou reposent les cendres de ce que j’avais de plus cher au monde. ». Elle ajouta, fondant en larmes et sur le ton le plus déchirant: «J’aurais été plus heureuse de partager le sort de mes bien-aimés parents que d’être condamnée à les pleurer.»
Qu’il était douloureux et touchant en même temps d’entendre s’exprimer ainsi une jeune princesse de quinze ans, qui, dans un âge où tout est espoir et bonheur, ne connaissait encore que la douleur et les larmes! Elle nous parla avec attendrissement du jeune Roi son frère, et des mauvais traitements qu’il essuyait journellement […]. Je ne pus m’empêcher de demander à Madame comment avec tant de sensibilité, et dans une si affreuse solitude, elle avait pu supporter tant de malheurs.
Rien de si touchant que sa réponse, que je ne puis m’empêcher de transcrire: « Sans religion, c’eût été impossible; elle fut mon unique ressource, et me procura les seules consolations dont mon cœur puisse être susceptible; j’avais conservé les livres de piété de ma tante Élisabeth; je les lisais, je repassait ses avis dans mon esprit, je cherchais à ne pas m’en écarter et à les suivre exactement.
En m’embrassant pour la dernière fois et m’excitant au courage et à la résignation, elle me recommanda positivement de demander que l’on mit une femme auprès de moi. Quoique je préférasse infiniment ma solitude à celle que l’on y aurait mise alors, mon respect pour les volontés de ma tante ne me permit pas d’hésiter.
On me refusa, et j’avoue que j’en suis bien aise. Ma tante, qui ne prévoyait que trop le malheur auquel j’étais destinée, m’avait accoutumée à me servir seule et à n’avoir besoin de personne. Elle avait arrangé ma vie de manière à en employer toutes les heures: le soin de ma chambre, la prière, la lecture, le travail, tout était classé. Elle m’avait habituée à faire mon lit seule, me coiffer, me lacer, m’habiller, et elle n’avait, de plus, rien négligé de ce qui pouvait entretenir ma santé. Elle me faisait jeter de l’eau pour rafraîchir l’air de ma chambre, et avait exigé, en outre, que je marchasse avec une grande vitesse pendant une heure, la montre à la main, pour empêcher la stagnation des humeurs.»
Ces détails si intéressants à entendre de la bouche même de Madame nous faisaient fondre en larmes.

Mémoires de Madame de Tourzel

Après le 27 juillet 1794 ( 9 thermidor)

Jour de la mort de Robespierre

Madame de Tourzel est assignée à résidence dans sa terre d’Abondant, à côté de Dreux,  entourée de son fils et de ses filles Pauline (future comtesse de Bearn), et la comtesse de Charost. Elle est encore surveillée par la police sous le Premier Empire.


Les demoiselles de Tourzel, assises près d’un ruisseau
Miniature de Jean-Antoine Laurent
Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola

1795

Le 8 juin 1795

Mort de Louis XVII à l’âge de dix ans. Il était atteint de tuberculose osseuse.

Le 18 décembre 1795

Madame Royale quitte la prison du Temple pour être remise  à sa famille autrichienne…

En 1796

Mariage de son fils, Charles-Louis Yves, marquis de Tourzel, sixième marquis de Sourches (1768-1815)   avec Augustine Éléonore de Pons (1775-1843).

Le 15 janvier 1797

Mariage de sa fille  Pauline (1771-1839) avec Alexandre Léon de Galard de Brassac, comte de Béarn (1771-1844) , à Paris.

Le 13 janvier 1798

Naissance de sa petite-fille Augustine (1798-1870), fille de son fils, Charles-Louis de Tourzel, qui épousera le 25 juin 1817 à Abondant, Amédée de Pérusse des Cars (1790 – 1868), duc des Cars, pair de France.

En 1799

Pauline de Béarn accouche d’une fille , Renée Joséphine Alix (1799 – 1855) , qui épousera le 23 avril 1820 à Paris, Adrien de Tulle de Villefranche (1793 – 1850), capitaine de cavalerie.

Le 10 juin 1799

Madame Royale épouse son cousin germain le duc d’Angoulême, suivant en cela les vœux de sa défunte mère.


Madame Royale à Vienne, par Johann Maria Monsorno (1799)

En 1802

Pauline de Béarn accouche d’un fils, Hector (1802-1871), qui épousera, le 26 février 1824 à Paris Elélonore Le Marois (1805 – 1828).

Portrait de Hector de Galard de Brassac de Béarn (1802 - 1871)
Hector de Béarn, petit-fils de madame de Tourzel

Augustine de Tourzel, épouse de son fils Charles, accouche d’une fille, Emilie (1802-1844), qui épousera le 15 janvier 1823 à Paris Emeric de Durfort-Civrac de Lorges (1802 – 1879), duc de Lorges, propriétaire.

Le 3 juillet 1804

Augustine de Tourzel, épouse de son fils Charles, accouche d’un fils, Olivier (1804-1845), marié le 1er mai 1832 à Paris, avec Victurnienne de Crussol d’Uzès (1809 – 1837), sans postérité.

Le comte de Béarn (1771-1844), devient sous l’empire chambellan de Napoléon. A la Restauration, Pauline entre au service de la duchesse d’Angoulême.

Le 18 août 1806

Augustine de Tourzel, épouse de son fils Charles, accouche d’une fille, Anne (1806-1837), mariée le 10 janvier 1830 à Paris, avec Paul Vogt d’Hunolstein (1804 – 1892), député de la Moselle.

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Un parapluie ayant appartenu à Marie-Antoinette. Il a été donné à Madame de Tourzel par Marie-Thérèse d’Angoulême,
pour être donné à Mademoiselle Dubuquoy, qui avait fourni à la Reine du matériel de broderie.

En 1815

Décès de son fils, Charles-Louis Yves, marquis de Tourzel, sixième marquis de Sourches

En 1816

C’est Louis XVIII qui crée l’ex-gouvernante de ses royaux neveux duchesse héréditaire de Tourzel  (titre qui s’éteindra avec son petit fils qui a également succédé à son père et à son grand-oncle dans la charge de grand-prévôt de l’hôtel du roi ).


Reliquaire en forme de cercueil – Souvenirs de la famille royale.
Divers objets rassemblés par Madame de Tourzel
Photo : musée Carnavalet, Histoire de Paris / musée de la ville de Paris / Roger Viollet

Elle vit entourée de petits-enfants et de souvenirs à Abondant.

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Le château d’Abondant

Elle est propriétaire de l’hôtel d’Estrées au no 79 de la rue de Grenelle à Paris que ses descendants vendirent au gouvernement russe en 1863.


L’hôtel d’Estrées
Photo : http://lesflaneriesdaurelie.com/journees-du-patrimoine-2015/
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louise-Elisabeth_de_Croy_de_Tourzel.jpg.

Le 15 mai 1832

La suchesse de Tourzel meurt au château de Groussay à Montfort-l’Amaury, âgé de 82 ans, après avoir publié ses mémoires. Son corps, rapporté à Abondant fut inhumé dans le cimetière de cette commune contre un mur de l’église paroissiale, selon sa volonté de demeurer parmi « ses chers habitants d’Abondant ».


Eglise d’Abondant

Mais la duchesse a encore voyagé… Le duc des Cars emmène la dépouille de Mme de Tourzel et toute la famille direction Saint-Symphorien, le château de Sourches, berceau des Tourzel :

… dernier voyage jusqu’à la crypte de la chapelle du manoir de l’Isodière :

La duchesse repose depuis au cimetière de Saint-Symphorien, bien entourée de tous ses proches .

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