François Toulan

Toulan est interprété par Jean Vinci dans Marie-Antoinette (1956)  de Jean Delannoy

Le 26 septembre 1760

Naissance de François Adrien Toulan (1761-1794) à Toulouse.

Acte de naissance de Toulan

Son père, Gabriel, maître perruquier, et sa mère, née Françoise Bergès, habitent rue Saint-Rome. François-Adrien est baptisé deux jours après en l’église de la Dalbade.

L'église Notre-Dame de la Dalbade de Toulouse

Du vendeur de cheveux au faiseur de boites à perruques, en passant évidemment par la tresseuse de cheveux et bien entendu les maîtres de corporation des perruquiers, ces gens du métier y sont trouvés dans leurs boutiques à la faveur d’une plainte, audition ou témoignage, et le greffier des capitouls note alors
leurs gestes, dépeint le décor de l’atelier, et nous livre même quelquefois la description minutieuse de pièces d’outils indispensables du métier lorsqu’elles sont devenues accessoires ou armes au service du crime ! Les procédures criminelles peuvent offrir un vaste champ de recherche sur un objet aussi insignifiant que celui de la perruque . Les raisons en sont multiples, mais la plus évidente réside dans le fait que ces pièces de justice renferment une proportion impressionnante d’excès (coups – et blessures éventuelles) et de voies de fait (empoignades, poussades, soufflets). Ainsi, avant même que l’habit de l’agressé ne soit déchiré, c’est souvent son couvre-chef (chapeau, bonnet ou coiffe pour les femmes) qui va choir, suivi de la perruque lorsqu’il en porte. La perruque ne fait certainement pas l’unanimité.

En janvier 1754

Le procureur Pierre Parlongue se fait copieusement injurier par une femme. Devant l’avalanche de termes insultants, on notera une référence àla perruque :

« ce vieux bouc, ce coquin, ce crevé, cette perruque de mil, visage de boue, […], f… Huguenot ».

Un témoin qui visiblement n’a pas entendu les mêmes termes, proposera une variante avec entre autres « f… perruque de jeudi Saint ». L’année suivante, en marge d’une affaire scandaleuse au collège des Irlandais, un témoin, Patrice Quinn, rappelle une anecdote ancienne où, dans le groupe d’étudiants dont il faisait partie, l’un d’eux s’était moqué d’une perruque car elle n’était plus à la mode : alors que les étudiants irlandais croisaient un homme dans la rue, le nommé Sullivan déclara que « l’homme a une perruque bien faite » ; un autre ajouta que c’était « un saint homme », et Sullivan de conclure « qu’il voudroit bien avoir un cheveu de sa perruque pour se sanctifier ».

Nul doute que la perruque se porte bien à Toulouse en ce dernier siècle de l’Ancien Régime. L’image d’une société citadine et masculine majoritairement coiffée de perruques serait toutefois forcément exagérée car il faut rappeler que nous avons délibérément choisi de ne citer ici que celles des procédures où cet accessoire figurait de manière visible et avons ainsi laissé de côté des dizaines, voire des centaines d’affaires, où les uns et les autres des protagonistes «portent leurs cheveux ».

Chez le perruquier au théâtre (vers 1970-1975) par Suzanne Lalique-Haviland

Le 6 novembre 1760

L’an mil sept cents soixante, et le sixième jour du mois de novembre, pardevant nous François-Raymond David de Beaudrigue, écuyer, capitoul, a comparu le sieur Gabriel Toulan, maître perruquier de cette ville, lequel, moyennant serment par lui prêté sa main mise sur les saints évangiles, nous a dit se plaindre que le jour d’hier ayant été vers les quatre heures de l’après-midi chez le sieur Mas fils, perruquier, logé aux Tourneurs, sur l’avis que lui avait donné ledit Mas de lui rendre et porter une tête à monter des perruques qu’il avait prêtée au comparant mais que le comparant lui a rendue il y a très longtemps, et que depuis le comparant au contraire était en droit de demander audit Mas la restitution d’une tête à monter perruque que le comparant avait prêtée audit Mas. Et lorsqu’il fut dans la boutique dudit Mas, ledit Mas lui demanda la tête qu’il avait prêtée au comparant. Le comparant lui répondit qu’il la lui avoit rendue, et que c’étoit au contraire ledit Mas qui devoit lui en rendre une que le comparant lui avait prêté depuis lui avoir rendu la sienne. Sur ces propos ledit Mas s’anima, de même que son épouse et son père, et de parole en parole ledit Mas s’étant encore plus animé, donna un soufflet au comparant qui se retira, confus de l’insulte. Occasion de quoi, nous a requis de lui donner acte de sa plainte pour l’enquis être ordonné contre ledit Mas ; et en conséquence avons dressé le présent verbal et donné acte au comparant de sa plainte et avons signé avec le comparant et notre greffier.

Le 9 novembre 1760

Jacques Mas, se rend à son tour à l’hôtel de ville pour faire dresser son « verbal deplainte  » contre Gabriel Toulan. Sa plainte (ainsi que la procédure qu’elle initie) est alors appelée « récriminatoire », car elle vient contrer celle déjà portée par l’accusé contre le plaignant présent.

L’an mil sept-cents soixante et le neuvième jour du mois de novembre, dans le greffe criminel de l’hôtel de ville de Toulouse, par-devant nous assesseur soussigné, a comparu le sieur Jacques Mas, maître perruquier, habitant de cette ville, logé rue des Tourneurs ; lequel moyennant serment par lui prêté sa main mise sur les saints évangiles, nous a dit que jeudi dernier dans l’après-midi il envoya son garçon chez Toulan, maître perruquier, pour le prier qu’il eût à lui renvoyer une tête et environ six onces de cheveux qu’il lui avait prêtés, et lui fit dire que de son côté il lui ferait rendre de suite une tête à perruque que ledit Toulan lui avait prêtée. Mais aussitôt que son garçon rentra dans la boutique du comparant, ledit Toulan, accompagné du nommé Castelbert, aussi maître perruquier, y entrèrent en même tems tous les deux transportés de rage et de colère, et Castelbert lui tint d’abord se langage :

« que dis-tu coquin, impertinent, f… gueux, manant, quelle tette demandes-tu ? Est-ce que je ne te l’ai pas rendue ? ».

Le comparant lui répondit fort poliment qu’il ne lui demandait rien, qu’il n’avait qu’à lui passer la porte et le laisser tranquille dans sa maison et que c’étoit à Toulan qu’il demandoit une tête et des cheveux qu’il lui avait prêtés. À quoi Toulan répartit

« je n’ai point de tête à toi, je te l’ai rendue, tu es un coquin, un gueux et un misérable, et si tu avois des sentiments tu n’agirais pas ainsi ».

Sur quoi le comparant les pria de nouveau de se retirer et de le laisser tranquille chez lui. Mais au lieu de se faire, ledit Toulan lui sauta dessus, lui donna des coups de poings et des coups des pieds. Et comme le père du comparant appella les voisins au secours, Castelbert fut le premier à sortir et l’autre continua à vomir des injures contre le comparant en répétant qu’il était un gueux, un coquin, un misérable sans honneur et sans sentiments, qu’il n’en avait jamais eu de la vie et qu’il la lui payerait. Et voyant venir des personnes du quartier, il se retira. Et d’autant qu’il importe au comparant d’avoir réparation des excès réels commis en sa personne et des injures et diffamations contre lui proférées tant par ledit Toulan que par ledit Castelbert, il porte de ce dessus plainte à justice pour l’enquis être contre eux ordonné, contre lesquels il entend être partie civile et formelle ; de laquelle plainte il nous a requis de lui donner acte, ce que nous avons fait par le présent verbal que nous avons signé avec le comparant et notre greffier, lecture préalablement faite de sa présente plainte à laquelle il a persisté.
 Beaudrigue, capit

La Reine à Sa toilette. Frontispice du recueil du coiffeur Depain (1780)
Le travail du perruquier

Le 10 novembre 1760

Un huissier va se présenter à leurs domiciles afin de les convoquer pour le matin même, à dix heures. Seul le nommé Vanhove se présente au jour fixé devant le greffe de Michel-dit-Dieulafoy. Le second témoin est entendu le lendemain, et le troisième le 13 novembre.

Toits de Toulouse
La place du Capitole de Toulouse

En 1779

François Toulan exerce le métier de libraire à Toulouse.

La librairie de Pieter Meijer Warnars (1820) de Johannes Jelgerhuis Rienksz

François-Adrien est un homme brun, de taille moyenne (cinq pieds – d’après le signalement indiqué sur les passeports dont nous parlerons plus loin – c’est-à-dire environ un mètre et soixante cinq centimètres), avec pour seul signe particulier, « un nez écrasé ». Pour le moral, tous les auteurs sont à peu près d’accord. Tous évoquent son courage, son audace, sa gaieté, sa vivacité d’esprit, sa verve, son côté rusé, inventif, entreprenant, ses talents de comédien. Bientôt, il va pouvoir mettre à profit les traits positifs de son caractère.

Toulouse

En 1780

François Toulan, Méridional au cœur chaud, est marchand de musique à Toulouse.

Le 17 juillet 1787

François-Adrien Toulan épouse Françoise Germaine Dumasbon, « fille de feu sieur Etienne Dumasbon, bourgeois, et de Dlle Jeanne-Marie Sénac ».

Il est à noter que, sur les quatre témoins qui signent lors du mariage, deux sont libraires. L’un d’eux, Jean-Baptiste Brouilhet, sans doute celui qui dirige depuis 1785 Les Affiches de Toulouse et qui fondera dix ans plus tard l’Antiterroriste, le plus connu et le plus violent des journaux contre-révolutionnaires locaux. On pourrait donc avancer l’hypothèse que c’est chez l’un de ces libraires que Toulan apprend le métier qu’il va exercer dans la capitale.

Le mois suivant

Les jeunes époux partent pour Paris, et François-Adrien s’établit rapidement comme libraire et marchand de musique dans le quartier des Tuileries, près du couvent des Feuillants.

Dès le début de la Révolution, il semble que le jeune boutiquier soit devenu un chaleureux partisan des idées nouvelles.

En 1789

Toulan est président du district du Louvre.

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Le 20 juin 1791

Le Roi et sa famille fuient la Révolution …

Le 21 juin 1791

 Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.

Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

En 1792

Son commerce ne prospérant guère, Toulan réussit à obtenir une place d’employé, puis de chef de bureau dans l’administration des biens des émigrés, laissant à sa femme la gestion de son commerce. Mais le service ne marche pas ; il démissionne et fonde bientôt, avec un amis, un bureau privé ayant le même objet, rue du Monceau-Saint-Gervais, près de l’Hôtel-de-Ville où il doit se rendre souvent.

Le film de Jean Delannoy avec Michèle Morgan, Marie-Antoinette, Reine de France (1956), fait de François Toulan un garde des Tuileries qui est sensible au bien-être de la Reine.

François Toulan est interprété par Jean Vinci dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le Roi refuse.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. Toulan prend part à cet assaut. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi
La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat. Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

Toulan participe à l’assaut des Tuileries, et, sans doute s’y distingue-t-il, puisqu’il est nommé membre de la première Commune de Paris, dite « Commune insurrectionnelle » ou « du 10 août ».

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

La famille royale amenée au Temple le 13 août 1792 dans Les Années Terribles (1989)
La Tour du Temple

 

 

Voir cet article :

Le 3 septembre 1792

Massacre de la princesse de Lamballe.

Massacres dans les prisons…

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

Le 5 septembre 1792

François Toulan est nommé membre de la Commune et il acquiert du galon auprès des institutions de la République. Au bout de plusieurs tours de garde au Temple, il est conquis par la simplicité de la famille royale. Prenant son courage à deux mains, il leur révèle ses sentiments par des murmures et des signes.

Toulan se fait remarquer en dénonçant certains commissaires qui font bombance à l’œil. Parmi eux, se trouve Jean Verdier (1735-1820), venu mettre ses comptes au clair avant de quitter définitivement la prison royale, qui est traité de pique-assiette et de parasite par ses anciens collègues. L’imprimeur et Journaliste Antoine Gorsas, un autre ex-élu, est lui aussi accusé de «se remplir la bedaine» aux frais de la République.

Cet entrisme «crypto-royaliste» est aussi facilité par l’attitude des commissaires de la Commune qui continuent pour la plupart à exercer leurs métiers respectifs en plus de leurs fonctions publiques. Fatigués, ils refusent d’aller au Temple «le vendredi ou samedi soir pour y passer le dimanche ; ce jour paraît trop précieux à des hommes occupés toute la semaine pour vouloir sacrifier le plaisir et le repos qu’il leur procure au soin de garder la famille royale».

Lepître, Toulan et Moelle sont au contraire toujours volontaires pour prendre un tour de garde supplémentaire, ce qui leur laissera le champ libre pour agir.

Au contact des prisonniers, il va subir un « retournement » complet : très vite, il leur fait comprendre qu’ils ont en lui un ami et qu’ils peuvent compter sur son dévouement et son désintéressement.

Il est assez facile de concevoir qu’un homme au caractère ardent et généreux  « craque » rapidement devant la bonté et la bonhomie du Roi, devant la noblesse et la dignité de la Reine. Peut-être, à l’égard de cette dernière, s’y est-il ajouté quelque inclination amoureuse, comme le pudique – et royaliste – rédacteur de la notice « Toulan » dans la Biographie toulousaine semble le suggérer et comme cela paraît très vraisemblable à André Castelot :

« La reine a toujours réussi par son charme, sa voix, son sourire, à susciter d’extraordinaires dévouements … et, de plus, aujourd’hui, elle est malheureuse.« 

Mais, il est plus malaisé d’expliquer comment le Toulousain s’y est pris pour faire accepter si vite sa sympathie par les captifs.

Cléry (Jean-Baptiste Cléry, Valet de chambre du Dauphin) raconte que celui qu’il croyait, à ses propos, « un des plus grands ennemis de la famille royale », le prend un jour à part et lui demande de dire à la Reine qu’il ne peut lui apporter ce jour, à cause de ses camarades, la réponse à une question qu’elle lui a posée, mais qu’il le fera lors de son prochain service. Le valet de chambre a peur d’un piège et reste sur ses gardes. Mais la Reine, mise au courant de cette conversation, lui dit qu’il peut avoir toute confiance dans le municipal.

 

 

Voir cet article :

Et Turgy (Louis-François Turgy, garçon servant à la « Bouche » aux Tuileries) se montre tout aussi étonné : 

« La conduite, les discours exagérés qu’il tint pendant les premiers jours qu’il vint au Temple, nous faisaient appréhender le jour de service de ce municipal ».

Le garçon servant ajoute :

« Je ne sais comment il parvint à faire connaître aux princesses son heureuse conversion, mais on pensa que, pour les servir plus sûrement, il devait maintenir les autres commissaires dans l’opinion qu’ils avaient de lui et conserver envers le roi et sa famille le ton et les manières révolutionnaires. »

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Repas de la famille royale au Temple entre le 13 août 1792 et le 11 décembre 1792 (film Marie-Antoinette de Jean Delannoy, 1956)
Et en 1976 dans la série de Guy-André Lefranc
Reconstitution d’une chambre du Temple avec du mobilier provenant de chacune, au musée Carnavalet. Paris

Peu à peu la Famille Royale adopte un rythme de vie régulier :

6 h : lever du Roi. Prière. Le reste de la famille se lève un peu plus tard.
9 h : petit-déjeuner, assez copieux, du moins au début puis instruction des enfants
12 h : promenade sur le chemin de ronde
13 h : retour dans les appartements
14 h : déjeuner puis jeux du type échecs et broderie
16 h : sieste du Roi puis, de nouveau, instruction des enfants
20 h : dîner et coucher des enfants
21 h : dîner des adultes
Vers minuit : coucher

Louis XVI et sa famille à la prison du Temple par Edward Ward
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Commissaire au Temple, Toulan, qui est fervent républicain, devient même un partisan des souverains déchus. Cléry a du mal, dans un premier temps, à le croire dévoué à la monarchie.

« Mon père demanda qu’il (Cléry) revînt, les municipaux l’assurèrent qu’il ne reviendrait pas : cependant il fut de retour à minuit. Il demanda au Roi pardon de sa conduite passée, dont les manières de mon père, les exhortations de ma tante et les souffrances de mes parents le firent changer; il fut depuis très fidèle .»

Madame Royale

Jean-Baptiste Cant Hanet dit Cléry par le peintre Henri-Pierre Danloux

« Un jeune homme, nommé Toulan, que je croyais, à ses propos, un des plus grands ennemis de la famille royale, vint un jour près de moi, et me serrant la main :
« Je ne peux, me dit-il avec mystère, parler aujourd’hui à la Reine, à cause de mes camarades ; prévenez-la que la commission dont elle m’a chargé est faite; que, dans quelques jours, je serai de service, et qu’alors je lui apporterai la réponse.»
Etonné de l’entendre parler ainsi, et craignant qu’il ne me tendît un piège.
«Monsieur, lui dis-je, vous vous trompez, en vous adressant à moi pour de pareilles commissions.»
— « Non, je me trompe pas », répliqua-t-il, en me serrant la main avec plus de force, et il se retira.
Je rendis compte à la Reine de cette conversation.
—Vous pouvez vous fier à Toulan, me répondit la Reine.»

Cléry

François Toulan est interprété par Jean Vinci dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Toulan aura pendant longtemps, la confiance totale de la municipalité : il fera partie de diverses commissions tenant à l’organisation, la surveillance et les comptes du service du Temple, fonctions qui lui permettront d’entrer et de sortir à son gré de la prison.

Véritable agent double, Toulan gagne le surnom de  «Fidèle» , choisi par Madame Elisabeth,  et œuvre pour la libération de la famille royale. Le valet de chambre Hüe, qui n’a pas renoncé à aider ses maîtres depuis son expulsion du Temple en septembre, a pour sa part celui de «Constant». Les deux hommes peuvent échanger quelques courts billets avec les captifs grâce à Turgy.

Madame Elisabeth au Temple par Alexandre Kucharsky

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

En décembre 1792

Toulan est réélu à la « Commune provisoire » qui remplace celle du 10 août … 

Le 3 décembre 1792

Pétion (1756-1794) renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

Le 6 décembre 1792

La Convention commence à se mêler de la garde de la famille royale et prend plusieurs décisions qui ont de lourdes conséquences pour le quotidien du Temple. Les députés se méfient des municipaux et exigent qu’ils passent un examen civique avant de prendre pour la première fois leur fonction. La Commune propose la séparation du Roi et de sa famille. La section des Gardes françaises vote même une motion incitant la Garde nationale à «tripler et même quadrupler tous les postes et la garde du Temple».

Le 9 décembre 1792

Le maître de pension, Jacques-François Lepître, proche de Manuel, en apparence furieusement révolutionnaire, est désigné pour son premier tour de garde. En 1814 il révélera avoir franchi les portes du Temple avec l’idée bien arrêtée de porter secours à «cette famille auguste, victimes des complots les plus affreux, privée de la liberté, exposée à tous les outrages.» Décrit comme «gros, petit, boiteux et laid», Lepître exagère en se mettant en scène comme un fidèle constamment à l’écoute du couple royal… mais à l’heure de la Restauration ce sera monnaie courante.

Le 10 décembre 1792

Au conseil général de la Commune, les débats font rage , on suggère de «réduire le ci-devant [roi] à un pot-au-feu et à une côtelette», et même de «le mettre au pain et à l’eau et de le renfermer dans un cachot». Toulan intervient pour calmer ses collègues et lui épargner pareil sort.

Le 11 décembre 1792

Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de Monsieur de Sèze et de Target. Celui-ci refuse. Monsieur de Malesherbes (1721-1794) se porte volontaire.

Toulan est chargé, avec vingt-neuf autres communaux, d’accompagner à cheval le Roi à la Convention pour y être jugé …

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Le 31 décembre 1792

Toulan transmet à Louis XVI les vœux de nouvel an du reste de la famille dont il est toujours séparé. Il continue à informer Marie-Antoinette de ce qui se dit dans Paris sur le procès, il paie des crieurs publics pour circuler autour du Temple et Lui transmet quelques journaux.

Malgré Son chagrin, la Reine refuse de désespérer :

« Elle ne croyait pas que les Français, que les rois étrangers puissent voir un attentat aussi atroce sans chercher à s’y opposer.»

Jacques-François Lepître, Quelques Souvenirs

Toulan rend aux prisonniers de nombreux services, aidé surtout par les deux valets Cléry et Turgy. C’est ainsi qu’il fait passer à l’extérieur des messages, souvent écrits à l’encre sympathique, et transmet les réponses ; il donne aux captifs des renseignements sur ses collègues, des informations sur ce qui se dit aux Jacobins et à la Convention ; il apporte des livres et des journaux. Il semble encore que c’est qui engage un « colporteur à voix de stentor » qui, chaque soir, crie les nouvelles sous les fenêtres de la prison.

Le 1er janvier 1793

Toulan transmet les voeux du Roi à sa famille …

Une autre intervention de Toulan, est celle qui nous est révélée par le récit du peintre toulousain Dabos (1762 – 1835) : ce mémoire expose les circonstances dans lesquelles l’artiste, revêtu d’un uniforme de garde national et mis en faction à la porte de la chambre du Roi, est introduit auprès du « monarque » par « le vertueux Toulan » avec lequel il est « lié d’amitié intime ». Là, à l’aide d’un matériel caché dans sa pique « exprès creusée », il exécute un portrait du Roi « écrivant ses pensées pour l’instruction de son fils et le bonheur de ses peuples ». Dans des conditions identiques, Dabos aurait réalisé le portrait du Dauphin …

En 1793

François Toulan devient membre de la Commune de Paris.

Le Temple dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 20 janvier 1793 au soir

Louis XVI dit adieu à sa famille. Il promet à la Reine de La revoir le lendemain matin mais il ne le fera pas.

Les adieux de Louis XVI par Benjamin Warlop

Le 21 janvier 1793

Louis XVI est exécuté place de la Révolution.

Après la mort du Roi, la surveillance de la prison se relâche quelque peu.

Dès le 26 janvier 1793

Toulan  apporte à la Reine des journaux relatant l’exécution. C’est lui qui fait venir une couturière pour retoucher les vêtements de deuil des princesses.

Toulan transmet à Jarjayes ce message de la Reine :

Billet de Marie-Antoinette à Jarjayes

 

«Votre billet m’a fait bien du bien. Je n avais aucun doute sur le Nivernais (il s’agit de Goguelat) mais j’étais au désespoir qu’on pût seulement en penser du mal. Ecoutez bien les idées qu’on vous proposera; examinez-les bien dans votre prudence. Pour nous, nous livrons avec une confiance entière. Mon dieu, que je serais heureuse et surtout de pouvoir vous compter au nombre de ceux qui peuvent nous être utiles! Vous verrez le nouveau personnage : son extérieur ne prévient pas , mais il est absolument nécessaire et il faut l’avoir. T… (Toulan) vous dira ce qu’il faut faire pour cela. Tâchez de vous le procurer et de finir avec lui avant qu’il revienne ici. Si vous ne le pouvez pas voyez M. de la Borde de ma part, si vous n’y trouvez pas de l’inconvénient. Vous savez qu’il a de l’argent à moi.»

Marie-Antoinette

Toulan expose son plan, mais le général désire voir la Reine en personne et discuter avec Elle des détails de l’évasion. Le municipal se fait fort de l’introduire dans la place. Marie-Antoinette écrit un nouveau billet à Jarjayes :

« Maintenant, si vous êtes décidé à venir ici, il serait mieux que ce fût bientôt. Mais, mon Dieu, prenez garde d’être reconnu et surtout de la femme qui est enfermée avec nous.»

Le 9 mars 1793

Toulan a l’audace de s’introduire dans la chambre du Roi qui a été mise sous scellés, il y dérobe son anneau de mariage, un paquet de cheveux et son cachet et parvient à les faire passer à Marie-Antoinette. De même, il subtilise le chapeau du Roi et l’apporte à Madame Elisabeth.

Le 20 mars 1793

Après l’exécution du Roi, Marie-Antoinette demeure au Temple avec ses deux enfants et sa belle-sœur Élisabeth. Quelques fidèles tentent de les faire évader. Toulan aide monsieur de Jarjayes à entrer au Temple. C’est lui , avec Louis-François Turgy (1763-1823), garçon servant au Temple, qui apprend un code imaginé par Madame Elisabeth pour transmettre aux prisonniers les nouvelle de l’extérieur. Pour récompense de ses services, Marie-Antoinette lui offre une petite boîte en or -dans laquelle Jarjayes placera vingt-quatre mille livres – qui sera utilisée contre lui.

François-Augustin de Jarjayes (1745-1822)

Les deux complices sont souvent de garde ensemble, ce qui est d’autant plus facile que ce service n’a guère la faveur des autres municipaux. D’ailleurs, raconte Lepître, « pour être certain qu’on ne nous séparerait point, Toulan avait imaginé cette ruse : nous arrivions trois ; on faisait – en principe – un égal nombre de billets dont l’un portait le mot jour, les deux autres le mot nuit. Toulan écrivait jour sur tous les trois, faisait tirer notre collègue et quand celui-ci, ouvrant le premier son billet, avait lu le mot jour, nous jetions les nôtres au feu sans les regarder et nous allions ensemble prendre notre poste. Comme nous ne venions presque jamais avec la même personne, ce moyen nous réussit toujours».

Anne Letourneau (Madame Elisabeth)  et Jane Seymour ( la Reine) dans Les Années Terribles (1989) de Richard Heffron

Quand les compères sont ainsi de permanence, il règne au Temple un semblant de liberté. Rapidement, ils apportent sous leurs manteaux des vêtements, des chapeaux, des cocardes, des écharpes pour déguiser les futurs fugitifs.

Toulan, muni d’un billet de la Reine, entre en rapport avec Jarjayes et lui soumet un plan hasardeux. Les habits d’officiers municipaux seront cachés dans la Tour, la Reine et Madame Élisabeth les revêtiront le jour où Toulan sera de garde avec son collègue Lepître, comme lui royaliste de cœur. Un faux lampiste viendra allumer les réverbères, les enfants déguisés lui seront remis, ils passeront pour les siens.

Tout paraît d’abord succéder.                                            

Chaque soir, l’ « illuminateur » (c’est-à-dire un allumeur de réverbères) pénètre dans la prison. Soudoyé par Toulan, ce fonctionnaire prête ses habits à Jarjayes et tout se passe jusque-là sans difficulté. Le projet prend corps, mais, pour qu’il réussisse, il semble indispensable à son instigateur de s’adjoindre un autre commissaire, un certain Lepître (Jacques-François 1764 -1821, professeur et directeur d’une maison d’éducation), qui, malgré son adhésion aux idées nouvelles, est resté au fond royaliste. La Reine l’envoie au chevalier :

« Vous verrez, lui écrit-elle, le nouveau personnage : son extérieur ne prévient pas – il est petit, boiteux et laid – mais il est absolument nécessaire et il faut l’avoir« .

Pour « l’avoir« , il faudra l’acheter : il va perdre son emploi de directeur de collège et il exige en compensation une forte somme -deux cent mille francs – dont la moitié payable d’avance. Le chevalier va prélever les cent mille francs sur ses propres deniers. Adroit, Toulan fait pénétrer au Temple Jarjayes qui, ayant parlé à la Reine, fournit les fonds nécessaires. On se procure des voitures et des passeports ; les fugitifs doivent gagner la Normandie puis l’Angleterre.

Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc
La tentative est orchestrée par le comte de Jarjayes mais Jean Delannoy le remplace par ... Fersen !
Toulan est interprété par Jean Vinci dans Marie-Antoinette (1956)
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Le comte de Jarjayes par Benjamin Warlop

Les plans de Toulan et Jarjayes suscitent l’espoir de la Reine :

«T... m'a dit ce matin que vous aviez fini avec le comm... Combien un ami tel que vous m'est précieux !».
«Je serais bien aise que vous pussiez aussi faire quelque chose pour T... ; il se conduit trop bien avec nous pour ne pas le reconnaître.»

Une fois hors du Temple, Toulan préconisait la fuite vers la côte, pour cela une vaste berline dans laquelle prendraient place Marie-Antoinette et les siens ainsi que Jarjayes et Lepître tandis que Toulan à cheval les précéderait afin de préparer l’embarcation qui devait les conduire outre Manche. Mais Marie-Antoinette leur rappelle Varennes et il est préféré l’emploi de trois cabriolets.

Jacques-François Lepître (1764-1821) nous a laissé son témoignage où l’on peut lire ceci :

« Nos dispositions étaient telles qu’on ne pouvait se mettre à notre poursuite que cinq heures après notre départ. Nous avions tout calculé, d’abord on ne montait à la tour qu’à neuf heures du soir pour mettre le couvert et servir le souper. La reine eut demandé qu’on ne servit qu’à neuf heures et demie. Frapper à plusieurs reprises, s’étonner de ne pas voir la porte s’ouvrir ; interroger la sentinelle, qui relevée à neuf heures ignorait ce qui s’était passé ; descendre à la salle du Conseil, faire part aux autres membres de la surprise qu’on éprouve, remonter avec eux, frapper de nouveau, appeler les sentinelles précédentes, ne recueillir que des notions vagues ; envoyer chercher un serrurier pour ouvrir les portes, dont nous eussions laissé les clefs en dedans ; ne réussir qu’avec beaucoup de peine et de temps, l’une de ces portes étant de bois de chêne et couverte de gros clous, la seconde de fer et toutes deux ayant des serrures telles qu’il fallait les jeter en dedans ou faire au gros mur une entaille considérable ; visiter les appartements, les tourelles, secouer violemment Tison et sa femme sans réussir à les réveiller ; redescendre à la salle du Conseil ; dresser un procès verbal, le porter au Conseil de la Commune, qui s’il n’eut pas été séparé, aurait perdu encore du temps en discussions inutiles ; envoyer à la police et chez le maire, aux comités de la convention, pour les mesures à prendre ; tout ce retard nous donnait les moyens de hâter notre fuite. Nos passeports bien en règle, puisque, alors président du Comité, je les eusse arrangés moi-même, ne nous laissaient aucune inquiétude pour la route, tant que nous conservions la supériorité de notre marche ».

Lepître raconte ceci en 1817, sous la restauration. En 1793, il est infiniment plus indécis. Il a déjà touché de Jarjayes une avance de 200 000 francs, il met une telle lenteur à faire établir les passeports que l’on atteint la date du 13 mars. En effet après la trahison de Dumouriez un demi-état de siège est proclamé et la commission des passeports reçoit l’ordre de ne plus délivrer de laissez-passer ! Ces événements rendent désormais impossible l’entière évasion des princesses et principalement celle de Louis-Charles sur lequel on exerce plus de surveillance. La même impossibilité n’existe pas encore de faire évader Marie-Antoinette seule, c’est ce qui détermine Jarjayes à supplier celle-ci, dont les jours sont plus particulièrement menacés, de profiter des ressources qui lui restent encore pour échapper à Ses bourreaux. Toulan, dont le zèle et le courage sont au dessus de tout éloge est chargé par Jarjayes de mettre sous les yeux de la Reine tous les détails relatifs au nouveau projet. Pour cette fois, Toulan se chargerait seul de La faire sortir et de La conduire dans un lieu où elle aurait retrouvé Monsieur de Jarjayes, qui avait fait de son côté des dispositions telles que le salut de la souveraine paraissait assuré.(L’exposé de ces plans d’évasion est établi sur des pièces et des rapports authentiques dans lesquels se trouve également consignée la part qu’a eue Lepître au premier projet et dont il parle dans ses souvenirs).

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Norma Shearer (1938) est Marie-Antoinette dans le film de Van Dyke

 

Mais Marie-Antoinette refuse de laisser Ses enfants !

 

Toulan remet à Jarjayes le legs que Cléry a caché après la mort du Roi : son anneau de mariage, son cachet ainsi que des cheveux de la Reine et des enfants devront être transmis à Monsieur, qui est à Hamm, en Westphalie.

 

Ayant un être fidèle, sur lequel nous pouvons compter, j’en profite pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié qu’entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons pu avoir ces précieux gages. Je me réserve de vous dire moi-même un jour, le nom de celui qui nous est si utile. L’impossibilité où nous avons été jusqu’à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et l’excès de nos malheurs nous fait sentir encore plus vivement, notre cruelle séparation puisse-t-elle n’être pas longue, je vous embrasse en attendant comme je vous aime, et vous savez que c’est de tout mon cœur. -M.A.

Toulan est dénoncé a la Commune et le projet avorte. Marie-Antoinette pourrait s’enfuir seule, elle refuse, veut partager le sort de ses enfants :

« Nous avons fait un beau rêve, voilà tout… »

Le 26 mars 1973

Toulan et Lepître sont convoqués pour un autre tour de garde et songe à mettre leur plan d’évasion à exécution. Mais leur collègue, le graveur Bodson, les accuse publiquement de se montrer trop froids avec les autres commissaires et de faire preuve de courtisanerie vis à vis de la Reine. On reproche à Toulan et Lepître leurs attentions pour les reclus. Le Toulousain est en outre accusé de « faire rire la Reine et sa famille par des plaisanteries qui dégradent la dignité d’un magistrat du peuple« . Lepître nie, Toulan se justifie par d’autres plaisanteries. Cette première alerte n’a pas de suite.

Vers le 10 avril 1792

Les deux commissaires se présentent à nouveau pour la garde. Or, quelques jours plus tard, la fille Tison venant voir ses parents, est fouillée et refoulée. Le geôlier et sa femme, furieux, accusent une nouvelle fois Toulan et Lepître, ainsi que Turgy, d’avoir, avec les prisonnières, de fréquents entretiens secrets et de faciliter leurs correspondances avec l’extérieur.

Le 20 avril 1793

L’affaire vient à la Commune, mais, faute de preuves, on raye simplement les municipaux de la liste des gardiens. Ainsi, les deux conspirateurs sont «épurés» par le conseil général. Toulan n’est pas réélu après les nouvelles élections du printemps, tandis que Lepître est désormais considéré avec méfiance par ses collègues.

Madame Élisabeth et la Reine dans la série, Marie-Antoinette (1976), de Guy-André Lefranc

Le 21 avril 1793

Toulan est arrêté en même temps que plusieurs élus de la Commune, suite à une dénonciation de la femme Tison, qui désigne les authentiques conspirateurs, Toulan et Lepître, mais aussi quelques messagers occasionnels comme Moelle, Bruneau et Vincent, et même le médecin Brunyer qui a soigné Marie-Thérèse. Hébert et plusieurs collègues perquisitionnent le Temple jusqu’à quatre heures du matin.

Si Lepître, considérant son rôle comme terminé, reprend tranquillement son métier de pédagogue, Toulan, lui, ne peut se résoudre à abandonner ses protégés : il loue une chambre au voisinage de la prison et se met à sonner du cor, transmettant les nouvelles aux princesses sur des airs convenus. Par ailleurs, il continuera à recevoir des lettres et à communiquer les réponses par l’intermédiaire de Turgy. Ce dernier a donné quelques exemples de messages de Madame Elisabeth :

« Après souper, allez chez Fidèle, demandez-lui s’il a des nouvelles de Produse (le prince de Condé) »

ou encore :

« Dites à Fidèle combien nous sommes touchés de son dernier billet. Nous n’avions pas besoin de cette assurance pour compter bien et toujours sur lui. Ses signaux sont bons (allusion aux signaux donnés à l’aide du cor) », etc …

Au début de l’été 1793

Les prisonniers du Temple assistent à la déchéance de l’épouse Tison qui sombre peu à peu dans la démence. Marie-Thérèse la croit victime du remords d’avoir dénoncé Toulan et tant nui à ses souverains légitimes. Femme simple, séparée de sa fille et tout aussi prisonnière que ses détenus, elle souffre comme eux de l’enfermement. Elle comprend aussi que dénoncer les commissaires du Temple à tort et à travers ne peut que lui nuire : ceux-ci, le plus souvent rapidement innocentés, reviennent prendre leur service et la foudroient du regard. En revanche, elle doit se reprocher la mort de ceux qui ne reviennent pas …

Elle se met bientôt à parler toute seule, mais dans sa folie, elle exprime à voix haute certaines craintes secrètes de Marie-Antoinette et Madame Elisabeth : «Elle ne parlait que de ses fautes et de la ruine de sa famille, de prison et d’échafauds.» rapportera Marie-Thérèse. Madame Tison finit par se traîner aux pieds de la Reine et Lui demandant pardon : pour les commissaires de la Commune, on ne peut imaginer pire preuve de folie !

Le 3 juillet 1793

Par décision du Comité de salut public, le petit Roi est séparé de sa mère et confié à un « instituteur », en l’espèce à un homme tout à fait fruste, le cordonnier Simon ! Et la pauvre mère tient à faire savoir à Fidèle qu’Elle aperçoit tous les jours « le petit » par une étroite ouverture, mais Elle ajoute :

« Que cela ne vous empêche pas de nous en donner des nouvelles ».

Dans la nuit du 1er au 2 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie. Elle y est traitée avec une certaine bienveillance par une partie du personnel de la prison, dont surtout Rosalie Lamorlière (1768-1848).

Marie-Antoinette dans Sa cellule de la Conciergerie par Benjamin Warlop
La Veuve Capet par Jean-Louis Prieur

Toulan continuera encore pendant quelque temps de jouer de son cor pour informer Madame Elisabeth qui, dans un billet, lui recommande « de ne pas trop se hasarder pour nos signaux« .

Le 4 octobre 1793

Marie-Antoinette est entendue par Fouquier-Tinville et les représentants du tribunal révolutionnaire en vue de Son prochain procès …

« Le quinzième jour du premier mois de l’an second de la République française une et indivisible, Nous, maire, procureur syndic et membres de la commune de Paris nommés par le conseil général de ladite commune pour prendre des renseignements sur différents faits qui se sont passés au Temple, et recevoir les déclarations à cet égard, nous sommes rendus au Temple et arrivés dans ladite Tour, et nous étant présentés au Conseil du Temple, sommes montés à l’appartement du premier occupé par Louis Charles Capet pour entendre ses déclarations au sujet des propos et des événements dont il peut avoir connaissance. Il nous a déclaré que l’hiver dernier pendant qu’il habitait l’appartement de ses mère, tante et sœur, un particulier, nommé Dangé, était de garde auprès d’eux en qualité de commissaire du conseil ; un jour qu’il l’accompagnait à la promenade sur la plate-forme de la Tour, il le prit dans ses bras, l’embrassa et lui dit : « Je voudrais bien vous voir à la place de votre père. »
Nous a déclaré pareillement qu’un autre particulier nommé Toulan, étant aussi de garde à la Tour à la même époque, lesdites femmes l’enfermèrent, lui déclarant, avec sa sœur dans une des tourelles pendant une heure et demie, un peu avant qu’on allumât la chandelle, et que pendant ce temps il s’est entretenu avec lesdites femmes, et qu’il n’entendit pas le sujet de leur conversation.
Que dans une autre circonstance il entendit dire par ledit Toulan à sa mère et à sa tante que tous les soirs il enverrait aux environs du Temple un colporteur à dix heures et demie du soir pour lui faire crier toutes les nouvelles qui pourraient les intéresser; que par suite de cette promesse il s’aperçut que lesdites femmes un soir, ne se couchèrent qu’à onze heures passées et montrèrent de l’humeur de n’avoir point entendu les cris accoutumés dudit colporteur. Il a déclaré encore que quatre particuliers nommés Lepitre, Bruneau, Toulan et Vincent, pendant la durée de leur service dans les appartements
avaient coutume d’approcher desdites femmes et de tenir des conversations avec elles à voix basse.
Déclare en outre qu’ayant été surpris plusieurs fois dans son lit par Simon  et sa femme, chargés de veiller sur lui par la Commune, à commettre sur
lui des indécences nuisibles à sa santé, il leur avoua qu’il avait été instruit dans ces habitudes pernicieuses par sa mère et sa tante, et que différentes fois elles s’étaient amusées à lui voir répéter ces pratiques devant elles, et que bien souvent cela avait lieu lorsqu’elles le faisaient coucher entre elles.
Que de la manière que l’enfant s’en explique, il nous a fait entendre qu’une fois sa mère le fit approcher d’elle, qu’il en résultat une copulation et que il en résulta un gonflement à un de ses testicules, connu de la citoyenne Simon, pour lequel il porte encore un bandage et que sa mère lui a recommandé de n’en jamais en parler, que cet acte a été répété plusieurs fois depuis.
Il a ajouté que cinq autres particuliers nommés Moelle, Lebœuf, Beugnot, Michonis et Jobert, conversaient avec plus de familiarité que les autres commissaires du Conseil avec sa mère et sa tante ; que Pétion, Manuel, Bailly et Lafayette s’étant comportés très mystérieusement aux Tuileries avec les femmes, il estimait qu’il existait une correspondance directe avec les quatre hommes et les commissaires du Temple depuis la détention de ces femmes au Temple, que dans l’intervalle de ces conférences on l’éloignait. Il nous a déclaré qu’il n’avait rien de plus à nous faire connaître.
Le citoyen et la citoyenne Simon nous déclarent avoir appris ces faits de la bouche de l’enfant qui les leur a répété plusieurs fois et qu’il les pressait
souvent de le mettre à portée de nous en faire la déclaration. Après avoir reçu la présente déclaration, y avons posé notre signature conjointement avec le citoyen Hébert, substitut du procureur-syndic de la Commune qui est survenu.
A Paris, dans la Tour du Temple les jour et an que dessus.»


LOUIS-CHARLES CAPET. PACHE, maire; CHAUMETTE, procureur-syndic ; HÉBERT, substitut;
FRIRY, commissaire du conseil général; SEGUY, commissaire de service au Temple ; HEUSSÉE, administrateur de police ; SIMON ; D. E. LAURENT, commissaire du conseil général.

Le 7 octobre 1793

Des mandats d’arrêt sont lancés contre les municipaux. Lepître est facilement appréhendé. Toulan, arrêté en pleine rue, réussit à s’échapper, et, muni d’un passeport à son nom, que lui fait avoir « un ami de Neuilly, proche de la municipalité », il quitte Paris pour Toulouse. Mais ce séjour dans sa ville natale, qu’il retrouve après six ans d’absence, sera de courte durée. En effet, « instruit à son arrivée que la dénonciation l’y avait devancé, il craignit de rester dans un lieu où il était très connu.»

Pour quitter Paris le 7 octobre, Toulan se rend à Neuilly-sur-Marne auprès d’un ami pour obtenir un  passeport, chose nécessaire pour n’être point traité en suspect, c’est-à-dire incarcéré. L’ami auquel il s’adresse réussit au-delà de toute espérance. Il rapporte à François-Adrien Toulan la pièce suivante :

« Nous, maire et officiers municipaux de la commune de Neuilly-sur-Marne, district de Gonesse, département de Seine et Oise, certifions que le citoyen Toulan natif de Toulouse, âgé de trente-trois ans, taille cinq pieds, yeux châtains, visage ordinaire, front plein, bouche moyenne, et nez écrasé est bien certainement domicilié propriétaire de cette commune, où il vit retiré depuis environ un an, qu’il est excellent citoyen, en ayant donné des preuves tant à Paris qu’ici, et qu’il nous a déclaré vouloir aller pour affaires dans le lieu de sa naissance passant par Auxerre, Moulins, Clermont, Rhodez, etc [..].C’est pourquoi nous prions tous nos frères des départements sur sa route, et autres, de le laisser librement passer, lui porter au besoin aide et assistance comme il le mérite et comme nous ferions sur leur recommandation.

Fait en notre maison commune le sixième jour du mois d’octobre de l’an II de la République Française une et indivisible. Blancpain, officier municipal, Hesson, maire, Campion, officier ; Benoit, Dulion.
Vu bon par nous, administrateurs du directoire des Districts de Gonesse, le 7 octobre de l’an deuxième de la République Française.
Baudouin, Brayer, Laurent.
Archives nationales W.400, n° 927»

Toulouse

Les 14 et 15 octobre  1793

La Reine comparaît devant le tribunal révolutionnaire. Elle a affaire aux ignobles accusations d’inceste d’Hébert pour essayer de compenser le vide du dossier d’accusations contre Elle ….

La Reine réprouve les ignobles accusations d'Hébert avec grandeur par Benjamin Warlop
Images de Marie-Antoinette de Jean Delannoy

François Toulan est évoqué lors du second jour du procès : 

« Vingt-quatrième témoin (du procès) , Jean François Mathey, âgé de vingt-neuf ans, concierge de la tour du Temple, y demeurant, lequel a déclaré connaître l’accusée, que c’est d’elle qu’il entend parler, qu’il n’est son parent, ami, allié, serviteur ni domestique, non plus que de l’accusateur public, après quoi il a fait sa déclaration.»

« Jean-François Mathey, concierge de la tour du Temple, dépose qu’à l’occasion d’une chanson dont le refrain est : « Ah! il t’en souviendra, du retour de Varennes ! » il avait dit à Louis-Charles Capet : «T’en souviens-tu, du retour de Varennes ? » Ah! oui, dit-il, je m’en souviens bien ; que lui
ayant demandé ensuite comment on s’y était pris pour l’emmener, il répondit qu’il avait été emporté de son lit où il dormait, et qu’on l’avait habillé en fille en lui disant : « Viens à Montmédy.»

« Le président, au témoin. — N’avez-vous point remarqué pendant votre séjour au Temple la familiarité qui régnait entre quelques membres de la Commune et les détenus ?
— Oui ; j’ai même un jour entendu Toulan dire à l’accusée, à l’occasion des nouvelles élections faites pour l’organisation de la municipalité définitive : « Madame, je ne suis point renommé parce que je suis Gascon. » Il a remarqué que Lepitre et Toulan venaient souvent ensemble ; qu’ils montaient tout de suite en disant : « Montons toujours, nous attendrons nos collègues là-haut. »

Il a vu un autre jour Jobert remettre à l’accusée des médaillons en cire ; la fille Capet en laissa tomber un qui se cassa. Le déposant entre ensuite dans les détails de l’histoire du chapeau trouvé dans la cassette d’Élisabeth, etc.

« L’accusée. — J’observe que les médaillons dont parle le témoin étaient au nombre de trois, que celui qui tomba et fut cassé, était le portrait de Voltaire, que les deux autres représentaient l’un Médée, et l’autre des fleurs.»

Marie-Antoinette souligne ainsi à quel point il est absurde de se focaliser sur des médaillons qui ne prouvent rien du tout.

« Le président, à l’accusée. — N’avez-vous point donné une boîte d’or à Toulan ?
Non, ni à Toulan ni à d’autres.»

Le témoin Hébert observe qu’un officier de paix est venu apporter au parquet de la Commune une dénonciation signée de deux commis du bureau des impositions dont Toulan était le chef, qui annonçait ce fait de la manière la plus claire, en prouvant qu’il s’en était vanté lui-même dans le bureau ; cela fut renvoyé à l’administration de la police, nonobstant les réclamations de Chaumette, et de lui déposant, qui n’en a plus entendu parler depuis.

On espère pour l’intelligence de Toulan qu’il n’a pas osé se vanter d’un cadeau précieux fait par les prisonnières, ce qui ne pouvait que les compromettre et surtout lui-même !

Il y a donc fort à parier que cette histoire n’a elle aussi rien de tangible. D’autant que Marie-Antoinette et Madame Elisabeth pouvaient difficilement à cette époque se fournir en objets luxueux.

Image de L'Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

Le 18 novembre 1793

Le tribunal révolutionnaire passe en jugement les protagonistes de l’affaire de l’Œillet. Devant Fouquier-Tinville, comparaissent Lepître, Jobert et Dangé qui redoutent de voir paraître Tison à la barre. Le servile dénonciateur est écarté comme témoin et l’accusation ne peut fournir aucune pièce décisive. Après deux jours de procès, tous les prévenus sont acquittés, à l’exception de Jean-Baptiste Michonis (1735-1794) qui a succédé à Toulan dans le projet de sauver la famille royale avec le chevalier de Rougeville. Michonis est alors jeté en prison. Là, Lepître, étonné du peu d’importance qu’on paraît attacher à leur interrogatoire, pense qu’il importe « de ne point donner d’éclat à leur procès, afin de ne pas attirer l’attention sur le Temple » et il ajoute :

« De Toulan, le plus compromis, et qu’on aurait du mal à sauver, on a facilité la fuite« .

Fabricius, Herman et Fouquier-Tinville dans L'Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre

Voir cet article : 

En novembre 1793

François-Adrien décide d’aller à Bordeaux où il aura plus de chances de passer inaperçu. Pour cela, il lui faut un nouveau passeport : cette fois, il va utiliser un document falsifié, daté du 26 octobre, le laissez-passer d’une certaine Rosalie Mestre dont il transforme, à son propre usage, le nom en Roch Alimestre. C’est sous ce nom qu’il se rend dans l’ancienne capitale de Guyenne et qu’il s’installe comme écrivain public, quai de Royan.

Le port de Bordeaux
Le voilier Atyla. Bordeaux le 29 septembre 2022; photo Laurent Theillet / Sud Ouest
Bordeaux
Bordeaux
La cathédrale Saint-André, photographie de Nicolas Duffaure
La cathédrale Saint-André de Bordeaux, photographies de  Juliette Warlop
Le centre de Bordeaux, photographies de  Juliette Warlop
Le quai de Royan à Bordeaux, où professe alors François Toulan

Le 10 mai 1794

Madame Elisabeth est guillotinée à son tour, à Paris.

Exécution de Madame Elisabeth

Quoi qu’il en soit, Toulan ayant connu par les journaux le procès de ses collègues et son heureux dénouement, se croit couvert par le jugement et abandonne imprudemment sa vigilance. Il fait venir sa femme, restée jusque-là à Paris, et reprend son nom. Ces faits attirent l’attention sur lui.

En mars 1794

Ayant été découvert, malgré sa discrétion, Toulan est interrogé par le Comité révolutionnaire de Bordeaux et arrêté.

Le 16 mai 1794

Ce Comité écrit à la municipalité de Paris qui transmet la lettre à l’accusateur public, lequel répond par un mandat d’amener.

Le 22 juin 1794

Toulan est reconduit à Paris.

On l’emprisonne à la Conciergerie .

La Conciergerie

Il est jugé et convaincu de trahison, il est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire.

L’acte d’accusation, signé Fouquier-Tinville, porte « que Toulan entretenait des intelligences avec la femme Capet et sa soeur, qu’il a eu avec elles des entretiens secrets …, que pour prix de ses complaisances, il a reçu, entre autres présents, une boîte d’or »

Fouquier-Tinville est interprété par Daniel Mesguich dans L'Autrichienne (1990)

Le 30 juin 1794

Cette fois, le procès ne traîne pas : condamné à mort avec quatorze autres accusés, François-Adrien Toulan est guillotiné en même temps que Michonis, barrière du Trône.

Ses restes sont jetés dans une fosse commune, dans l’ancien enclos des chanoinesses de Picpus, où sont ensevelies les dernières victimes de la Terreur, et notamment les parlementaires toulousains.

Sous la Restauration

La duchesse d’Angoulême accorde une pension à la veuve de François Toulan.

La Charité sous les traits de Marie-Thérèse d'Angoulême

Sources :

  • Antoinetthologie
  • AUBEDAUD Guy, Le Toulousain Toulan, « Fidèle » de la Reine Marie-Antoinette  (1760 – 1794) ; L’Auta, octobre 1990
    http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2018/07/03/36525663.html
  • CAMPARDON, Emile, Marie-Antoinette à la Conciergerie (du 1er août au 16 octobre 1793) : pièces originales conservées aux Archives de l’Empire, suivies de notes historiques et du procès imprimé de la Reine
  • DELANNOY Jean, Marie-Antoinette, Reine de France (1956), film avec Michèle Morgan
  • GRANIER-DEFERRE Pierre, L’Autrichienne (1990) avec Ute Lemper
  • SETH Catriona, Marie-Antoinette Anthologie (2006) ; chez Robert Laffont
  • VIAL Charles-Eloi, La Famille Royale au Temple – Le remords de la Révolution 1792-1795 (2018) ; chez Perrin

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