La Tour du Temple

La Tour du Temple

Sommaire :

  • La Maison du Temple médiévale
  • L’arrestation des Templiers ; le supplice de Jacques de Molay
  • L’enclos du Temple
  • L’incarcération de Louis XVI et sa famille
  • La vie quotidienne de la famille royale
  • Le procès puis la mort de Louis XVI
  • La tentative d’évasion organisée par le baron de Batz
  • Louis XVII est séparée de sa famille
  • Départ de la Reine puis de Madame Elisabeth pour la Conciergerie
  • La vie esseulée des enfants du Temple
  • La mort de Louis XVII
  • La libération de Madame Royale

La Tour du Temple et son enclos constituaient la Maison du Temple, ancienne forteresse parisienne située dans le nord du Marais, au sein du troisième arrondissement de Paris.

L'enclos du Temple

Avant 1170

La Maison du Temple, initialement située à l’extérieur de Paris, c’est-à-dire en dehors des fortifications de Philippe-Auguste (1165-1223) avec probablement un donjon carré, la tour César.

En 1170

Fin de la construction de l’enclos du Temple. C’est de cette période que date la tour César qui sera remplacée par la Tour du Temple. La puissance des Templiers s’exprime aussi par sa construction en dehors du Paris intra-muros de l’époque, démontrant une certaine indépendance ; ils ont également la force militaire nécessaire à leur propre défense, d’autant qu’ils sont sous les ordres du Pape, qui est en réalité leur seul «chef» en dehors de Dieu.

A partir de 1212

La tour du Temple est construite par les Templiers ( l’ordre du Temple est fondé en 1118 en Palestine, pour défendre le Saint Sépulcre ; il dérive de Cîteaux et tient de Saint Bernard [1090-1153] sa régie : l’exil et la guerre jusqu’à la mort) , pendant le règne de Saint Louis (1226-1270), à l’intérieur des fortifications de la Maison du Temple, qui est au milieu de vastes cultures qui s’étendent à proximité de la place de Grève.
La Tour est un donjon qui permet d’assurer la défense de la forteresse, mais aussi de conserver en lieu sûr les trésors du Roi de France et des Templiers.

Ce donjon massif de plan carré, à la silhouette plutôt étroite, haut de trois étages, bâti en pierre de taille et flanqué de quatre tourelles, est alors encadré d’un fossé en eau et accessible uniquement par un pont-levis. La tour centrale mesure 13,5 mètres de large, les tourelles 5,5 mètres de diamètre, les murs de pierre sont larges de 2,7 mètres et les salles intérieures font 9,10 mètres de haut. Chaque étage est formé d’une grande salle voûtée reposant sur un pilier central. L’une des quatre tourelles, celle du nord-est, forme l’escalier desservant tout le donjon, tandis que les trois autres renferment des petites pièces circulaires éclairées par des meurtrières. Le sommet est encadré par un chemin de ronde et le toit plombé, de forme pyramidale, culmine à 50 mètres.

La porte de l'enclos du Temple
La porte de l'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)

En 1306

Philippe le Bel (1268-1314) profite de la protection des Templiers lors de l’émeute des monnaies : des Parisiens mécontents de la dévaluation monétaire décidée par le Roi l’ont, en effet, chassé du Louvre.

Image de la série américano-tchèque Knighfall (2019) de Don Handfield et Richard Rayner

En 1312

L’ordre du Temple est dissout par le pape Clément V et ses biens en France sont attribués aux chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem (dits Hospitaliers)
Les Templiers qui sont en France sont arrêtés et mis à mort après un simulacre de justice les déclarant hérétiques.

En décembre 1313

Le pape nomme une nouvelle commission de trois cardinaux pour juger Jacques de Molay, Hugues de Pairaud, maître de France, Geoffroy de Gonneville, maître d’Aquitaine et de Poitou et Geoffroy de Charnay, maître de Normandie.

Image de la série américano-tchèque Knighfall (2019)
Image de la série américano-tchèque Knighfall (2019)

En mars 1314

Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay reviennent sur leurs aveux et clament leur innocence et celle du Temple. En conséquence, les juges condamnent Pairaud et Gonneville à la prison à vie, Molay et Charnay au bûcher, condamnés comme relaps pour être retombés dans leurs erreurs.

Le 18 mars 1314

Le Roi occupe à nouveau la tour, lorsque Jacques de Molay (1244-1314), dernier grand maitre de l’ordre, est brûlé non loin de l’île de la Cité.

Au moment de mourir, il aurait prononcé une malédiction rendue célèbre par la série de roman de Maurice Druon, Les Rois Maudits.

Geoffroi de Paris, clerc royal et présent lors du bûcher, rapporte l’attitude et les dernières paroles du grand maître :

« Le maître, qui vit le feu prêt, s’est dépouillé immédiatement sans peur, et se mit tout nu en sa chemise. Il ne trembla à aucun moment, bien qu’on le tire et bouscule. Ils l’ont pris pour le lier au poteau, et lui, souriant et joyeux, se laisse faire. Ils lui attachent les mains, mais il leur dit : « Seigneurs au moins, laissez-moi joindre un peu mes mains, et vers Dieu faire oraison, Car c’en est le temps et la saison. Je vois ici mon jugement, où mourir me convient librement. Dieu sait qui a tort et a péché, le malheur s’abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort. Seigneur sachez que, en vérité, tous ceux qui nous sont contraires par nous auront à souffrir. En cette foi je veux mourir.
Voici ma foi, et je vous prie, que devers la Vierge Marie, dont notre Seigneur le Christ fut né, mon visage vous tournerez ». On lui a accordé sa requête. Et la mort le prit si doucement que chacun s’en émerveilla »

Geoffroi de Paris, Chronique métrique de Philippe le Bel

Supplice des Templiers

Geoffroy de Charnay monte sur le bûcher après lui et prend la parole pour faire l’éloge du grand maître, mort en martyr. Un autre chroniqueur, un Florentin affirmant tenir ses informations d’un parent témoin de la scène, rapporte que les ossements des morts sont recueillis dans la nuit par des religieux et mis à l’abri dans des lieux saints.

Supplice de Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sur l'île aux juifs à Paris
Gérard Depardieu est Jacques de Molay criant sa sentence envers le Roi et sa descendance dans la série Les Rois Maudits de Josée Dayan (2005)

Le 29 novembre 1314

Philippe le Bel et la malédiction des Templiers
Philippe le Bel

Philippe le Bel meurt après une chute de cheval qui lui blesse la jambe.

En 1317

Les biens des Templiers qui devaient primitivement être employés à la délivrance du Saint Sépulcre passent aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui en donnent quittance aux administrateurs royaux.
La Maison du Temple devient alors la maison provinciale du grand prieuré de France. On y enferme le trésor, l’arsenal et les archives de l’ordre.

On n’entend plus parler de cet édifice.

Images de la série américano-tchèque Knighfall (2019)
Plan du Temple en Août 1790 et août 1793
Plan du Temple en Août 1790 et août 1793 (d'après Gosselin Lenôtre)

Des rues, des maisons se greffent autour du donjon, masse de pierre qui semble défier les siècles : son fossé est comblé, et par suite de l’exhaussement du sol la cave disparaît, mais la tour reste telle quelle, sans avoir jamais besoin d’entretien, à l’exception du toit de plomb.

Maquette de l'enclos du Temple (musée Carnavalet)
Images de la série américano-tchèque Knighfall (2019) de Don Handfield et Richard Rayner

De 1337 à 1453

Pendant la Guerre de Cent-Ans et pendant les batailles de la Ligue, on se dispute souvent la possession du Temple.

L'enclos et la Tour du Temple en 1450
L'église Sainte-Marie-du-Temple
L'église Sainte-Marie-du-Temple

L’enclos du Temple est entouré de hautes murailles crénelées renforcées par des tourelles.

L'enclos du Temple d'après une gravure de 1610, par Claude Chastillon
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)

Au cours du XVe siècle

Un second bâtiment rectangulaire est ajouté contre la face nord de la Tour. Cette petite tour de 7,80 mètres de large sur 14,30 mètres de long, haute de 28 mètres, est flanquée de deux tourelles hautes de 35 mètres. Aucune communication n’est établie entre la grande et la petite tour.

Coupe de la petite et de la grande tours
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)

L’église bâtie au XIIe siècle, remarquable par ses vitraux ainsi que les mausolées des chevaliers, est desservie par six religieux conventuels de l’ordre, qui sont nommés par le grand prieur. Cet édifice est construit sur le modèle de Saint-Jean de Jérusalem.

La tour du Temple
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)

L’Hôtel du Grand Prieur du Temple :
Le Versailles du Comte d’Artois en plein coeur de Paris
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles passion )

En 1667 le Grand Prieur Jacques de Souvré, fait démolir les anciennes murailles, et vend une partie des terrains au nord, terrains qui s’étendent jusqu’au ruisseau de Ménilmontant et sur lesquels on ouvre les rues de Malte, de Vendôme, d’Angoulême, etc. Il fait construire un nouvel et vaste hôtel, dit hôtel de Monsieur le Grand Prieur, et le nouvel enclos est entouré de murailles crénelées flanquées de tourelles.

L'Hôtel du Grand Prieur du Temple

Cet hôtel du Grand Prieur est le théâtre des plaisirs de Philippe de Vendôme, successeur de Jacques de Souvré.
Des fameux dîners, égayés par l’abbé de Chaulieu, qui ont lieu au Temple, vient l’expression : Boire comme un Templier. Jean-Jacques Rousseau loge en 1765, étant l’ami du Grand Prieur, qui est alors le prince de Conti. En 1781, le bailli du Temple, Monsieur de Crussol, fait élever la Rotonde sur les dessins de Pérard de Montreuil.

L'Hôtel du Grand Prieur du Temple

Le dernier titulaire du Prieuré sera le duc d’Angoulême, fils du comte d’Artois, mais il n’aura pas le temps d’exercer ses fonctions. L’enclos est un lieu d’asile pour les insolvables et les criminels, et le Grand Prieur seul y exerce la justice. On n’y paie pas d’impôts, ce qui explique pourquoi le Temple était devenu une véritable ville offrant mille avantages aux heureux habitants. De nombreux artisans, affranchis du droit du maîtrise, s’y sont installés peu à peu et c’est là qu’est créé l’article dit de Paris.

L'Hôtel du Grand Prieur du Temple

L’ancienne Commanderie s’est donc singulièrement modifiée, aussi est-il nécessaire de se figurer ce qu’était devenu en 1792 ce redoutable séjour qui tient une si grande place dans l’histoire de Paris.

L'Hôtel du Grand Prieur du Temple reconstitué en image de synthèse

L’hôtel du Grand Prieur, attribué jusqu’en 1789 au comte d’Artois. occupe exactement l’emplacement de la partie ouest du square du Temple actuel, et s’ouvre rue du Temple presque à l’angle de la rue de la Corderie (rue de Bretagne actuellement). Ce palais communique par un passage voûté avec la fameuse grosse Tour flanquée de quatre tourelles, contre laquelle est adossée la petite tour flanquée de deux tourelles. A la petite tour sont appuyés les bâtiments du chapitre. Les bâtiments de l’ancienne commanderie comprennent en outre une église, les restes d’un cloître, un cimetière oie avait été enterré le bailli de Suffren, et divers autres bâtiments. En plus de ces importantes constructions du balais proprement dit, de ses dépendances, et des anciens bâtiments de la commanderie, l’enclos renferme diverses propriétés particulières qui se sont élevées peu à peu sur ce territoire trop grand pour être utilisé par les seuls services du Grand Prieur. C’est ainsi qu’on y voit l’hôtel des Bains, jadis du Poirier, l’hôtel du Bel-Air, l’hôtel de Rostaing, l’hôtel de Chabrillan, l’hôtel de Boisboudran, l’hôtel de Guise, l’hôtel de Boufflers, l’hôtel de Vernicourt qui est dans la cour du chapitre, la Rotonde, des jardins, des rues, des cours, un jardin public, une boucherie, des écuries, etc.

Cour intérieure de l'Hôtel du Grand Prieur du Temple reconstituée en image de synthèse

En 1667

L’enceinte médiévale qui entoure l’enclos est rasée au profit de la construction d’hôtels particuliers et de maisons locatives occupées principalement par des ouvriers.

La prison du Temple, dessin
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)

Le Grand Prieur de Souvré fait élever en avant du vieux manoir de l’hôtel du Grand Maître, qu’il commande à Pierre Delisle-Mansart petit neveu du célèbre architecte) en 1667. Cet hôtel sera détruit en 1853.

Maquette de la tour du Temple

En 1720

Le palais du grand prieur est agrandi.

La tour du Temple
L'enclos du Temple par Eric Zingraff (Grez production)

 

En 1749

La charge de grand prieur échoit Louis-François, prince de Conti (1717-1776).

Grand seigneur libertin, Conti fait du palais un salon où se réunissent des écrivains, savants et financiers comme Voltaire, Rousseau ou Beaumarchais.

En 1765

Le prince de Conti donne asile au Temple, qui est inviolable, à l’auteur du Contrat social et d’Emile, menacé d’une lettre de cachet.

Le prince de Conti
Le thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple, 1766, par Michel-Barthélémy Ollivier
Souper au Temple chez le prince de Conti
Louis Antoine de Bourbon (1755-1884), duc d'Angoulême

En 1776

La charge de grand prieur est conférée au duc d’Angoulême. Louis-Antoine (1775-1844) est élu grand maître de l’ordre à la mort du prince de Conti en 1776, et son père qui assume en son nom les devoirs peu pénibles de cette fonction devenue purement symbolique, commande immédiatement de nombreux embellissements à son Intendant des Bâtiments, Louis Boullé.

 

En 1781

Le bailli du Temple, Alexandre de Crussol (1743-1815) fait élever la rotonde selon les dessins de François-Victor Perrard de Montreuil. Il s’agit d’un bâtiment de style néo-classique, mêlant immeubles de rapport et marché populaire, à l’architecture inspirée des forums romains.

Alexandre de Crussol-Florensac par Elisabeth Vigée Le Brun

Non loin de là, dans la vieille église désertée, les francs-maçons célèbrent leurs mystères.

 

 

Après 1789

A la suite de la nationalisation des biens du clergé et la dissolution des ordres monastiques, les Hospitaliers désertent les lieux.

Plans du Temple en Août 1790 et août 1793 (d'après G. Lenôtre)

Le 13 août 1792

Après la journée insurrectionnelle du 10 août 1792, la Commune de Paris en fait la prison de la famille royale dont elle s’est assuré la garde. ​Le Roi, la Reine, la Famille Royale et les personnes chargés de leur service sont transférés au Temple. Ils quittent, les Feuillants, à cinq heures du soir. Deux voitures attendent. Pour les atteindre, il faut traverser la foule amassée dans le vestibule et le jardin. Le cocher et les valets de pied sont habillés de gris.

Depuis trois jours, presque sans interruption, Marie-Antoinette entend siffler à Ses oreilles des injures plus ordurières les unes que les autres que la foule ne se fatigue pas de L’accabler. Elle est d’un calme et d’une dignité qui étonnent même ceux qui se plaisent à L’injurier. Elle en vient à souhaiter d’arriver au Temple pour ne plus entendre ce concert d’imprécations qui va durer deux heures et demie. En effet il faudra deux heures et demie pour aller des Feuillants au Temple (de nos jours de la place de la Concorde au boulevard du Temple) car cette effroyable escorte, non contente de faire aller au pas la voiture où se trouvent le Roi et sa famille, la fait arrêter de temps en temps.

Comme lors du retour de Varennes, plusieurs d’entre eux s’approchent des portières avec des yeux étincelants de fureur promettent mille maux tout en joignant le geste à la parole. Et quand ils entendent Louis Charles hurler de peur, ils rigolent… Pétion et Manuel prennent peur et se mettant aux portières, essaient d’haranguer la populace en lui demandant, au nom de la loi, de laisser la voiture poursuivre sa route…

En passant par la place Louis XV qu’on a déjà rebaptisée Place de la Révolution, on montre au Roi comme la statue de son grand-père est en train d’être déboulonnée pour faire disparaître toutes les marques du régime qui devient dès lors ancien…

Arrivée de la famille royale au Temple dans Les Années Terribles (1989) de Richard Heffron

Les gardes nationaux, qui sont stationnés sur le trajet, tiennent leurs fusils renversés. Le cortège met deux heures pour atteindre le Temple, plus particulièrement le palais du Grand Prieur. Le cortège est passé par la place des Victoires où la statue de Louis XIV a été renversée.

Il est sept heures du soir, quand le cortège arrive au palais du Grand Prieur, qui est illuminé comme pour une fête.

Caricature qui montre Louis XVI coiffé du bonnet vert des forçats
Arrivée de la famille royale au Temple

A huit heures et demie du soir,

La voiture arrive enfin au Temple ; la Commune a «bien fait les choses», par dérision suprême, le Temple, ainsi que les maisons voisines, sont illuminés en signe de réjouissance comme du temps où Paris s’illuminait pour recevoir sa jeune Reine ; comme cela paraît loin à Marie-Antoinette.

Arrivée de la famille royale au Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron
La famille royale pénètre dans l’Enclos du Temple. Elle est conduite au Palais du Grand Prieur où, là encore la Commune a bien fait les choses, la bouche du Roi a préparé un repas digne des Tuileries. C’est dans la salle des Quatre Glaces où le comte d’Artois avait reçu autrefois Marie-Antoinette qu’ils vont s’asseoir et faire semblant de souper. Plus de laquais poudrés pour le service mais des hommes revêtus de costumes des plus sales et des plus dégoutants. Plus de clavecin, de viole d’amour ou de gambes. «Dans les jardins et les cours, écrit André Castelot, les Marseillais se chargent de la partie musicale de la soirée ».
Le portail d'entrée par Marot
La façade sur jardin par Marot

« Selon Madame de Tourzel, la famille royale, accueillie par Santerre, voit d’abord la cour du palais illuminée de lampions comme s’ils étaient attendus pour une fête ; on retrouve l’ambiance des grands couverts qui rythmaient la vie de Cour à Versailles et aux Tuileries… »

Charles-Eloi Vial

La famille royale arrive effectivement à l’hôtel du Grand Prieur de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, qui était la demeure parisienne du comte d’Artois. Il en subsiste quelques meubles :

Des fauteuils de Jacob
Cette commode à plaques de porcelaines de l'ébéniste Godefroy Dester et dessinée par François Belanger ornait la chambre du comte d'Artois au Palais du Temple à Paris.
Le Thé à l'anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple reste célèbre pour ce tableau, montrant le petit Mozart lors de son premier passage à Paris (1764)
Levasseur, Etienne, Musée du Louvre, Département des Objets d'art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes, VMB 14367 - https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010115259 - https://collections.louvre.fr/CGU

 

« Le Roi mon père arriva au Temple avec sa famille le lundi 13 août 1792, à sept heures du soir. Les canonniers voulurent conduire mon père à la tour seul, et nous laisser au château. Manuel avoit reçu dans le chemin un arrêté de la commune pour nous conduire tous à la tour. Pétion calma la rage des canonniers, et nous entrâmes au château. Les municipaux gardèrent à vue mon père. Pétion s’en alla. Manuel resta.Mon père soupa avec nous. Mon frère mouroit d’envie de dormir. Madame de Tourzel le conduisit à onze heures à la tour qui devoit décidément être notre demeure.»

            Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

Fauteuil de Jacob

Pétion n’ose pas dire à Louis XVI que ce n’est pas dans le palais qu’il va loger mais dans la tour qui se trouve à soixante quinze mètres du palais. Avant la fin de l’interminable repas, il se rend à l’hôtel de ville et déclare qu’il «n’a pas cru devoir déférer à l’arrêté de la veille et a autorisé le séjour au palais». C’est un tohu-bohu et les municipaux décrètent que la décision concernant la Tour sera maintenue…

Après un splendide dîner servi dans l’ancien palais du comte d’Artois ( où la famille royale espère encore être logée) , la messe est dite dans un salon. Après avoir visité les lieux, Louis XVI commence à répartir les logements.

A onze heures du soir 

« Alors que le Dauphin est gagné par le sommeil et que madame de Tourzel est surprise d’être emmenée en direction de la Tour, le Roi  comprend qu’il a été joué par la Commune.
Pétion, qui estimait que la grande Tour était en trop mauvais état, a résolu de loger la famille royale dans la petite en attendant la fin des travaux ordonnés pour isoler la prison du monde extérieur.»

          Charles-Eloi Vial

Qui a osé, à la fin du repas dire à Louis XVI que lui et sa famille ne logeraient pas au Palais mais dans la Tour ? On ne le sait toujours pas.

La famille Royale arrêtée au Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron

La Tour qui faisait tant frémir Marie-Antoinette, autrefois,  qu’Elle avait demandé à Son beau-frère qu’il la détruise. Était-ce un pressentiment de Sa part? 

La Tour du Temple

Le 14 août 1792
A une heure du matin

« Quittant les magnifiques salons du comte d’Artois, la famille royale est emmenée dans la petite tour pour être logés dans les appartements de Jacques-Albert Berthélemy, ancien avocat archiviste de l’ordre de Malte, détenteur de cette charge depuis 1774. Il avait obtenu ce logement de fonction en 1782, où il vivait , en vieux célibataire et il n’y avait véritablement de la place chez lui que pour loger un seul maître de maison. Pour des raisons de sécurité, les domestiques héritent des pièces du bas, les plus confortables, tandis que la famille royale loge dans les parties hautes de la tour, dans des pièces à l’abandon depuis des années. Du mobilier est apporté du Garde-Meuble et du palais du Temple afin de compléter celui de l’archiviste.»

Charles-Eloi Vial

C’est alors qu’on entonne ce couplet de Malbrough s’en va-t-en guerre, une comptine que Geneviève Poitrine, la nourrice de Louis-Joseph (1781-1789), le premier Dauphin, avait apprise dans son village. Un jour qu’elle la chantait, Marie-Antoinette voulut l’apprendre et la joua au clavecin. Les courtisans l’imitèrent et la chanson devint populaire :

«Madame à sa tour monte
Mironton, mironton, mirontaine
Madame à sa tour monte
Si haut qu’elle peut monter.
Si haut qu’elle peut monter»

Image des Années Terribles de Richard Heffron

« Mon père arriva à la tour avec nous à une heure du matin ; il n’y avoit rien de préparé. Ma tante coucha dans une cuisine, et on prétend que Manuel fut honteux en l’y conduisant.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

La double porte cloutée qu'on peut voir au donjon de Vincennes est l'ancienne porte du rez-de-chaussée de la tour du Temple remontée là après la destruction de celle-ci
La Tour du Temple et son mur d'enceinte pendant la Révolution. Dessin de Jean-Antoine Auvray

Louis XVI (que joue Jean-François Balmer dans Les Années Terribles ) découvre que Cléry a choisi de le suivre en captivité pour continuer à le servir… en réalité le fidèle serviteur arrivera dix jours plus tard au Temple.

A son arrivée au Temple, on retire au Roi tout objet coupant avec lequel il pourrait attenter à ses jours...

Description de la Tour du Temple vue de l’extérieur

Il faut passer par le palais du grand prieur pour arriver au mur d’enceinte de la Tour du Temple. Ce mur est percé d’une porte charretière, renforcée de barres en fer, munie de gros verrous et gardée par deux guichetiers et d’une porte piétonne. Ces deux portes sont surveillées par les guichetiers Pierre Louis Manuel et Richard. On pénètre ensuite dans le jardin. Alors, apparaît, entre les hautes frondaisons, la haute et sombre masse de la Tour du Temple, flanquée de ses quatre tourelles aux toits pointus, percées de meurtrières et d’étroites fenêtres. Les hottes obstruent les ouvertures sur deux étages. Les tuyaux de poêle courent sur la muraille, augmentant son aspect rébarbatif. Des girouettes surmontent le faîte de la Tour du Temple  et des quatre tourelles. Au-dessus du palais du grand prieur, on aperçoit le puissant donjon des templiers et, sur la gauche, la tour de César et le clocher de la collégiale bâtie sur le modèle de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Plan du rez-de-chaussée de la grosse tour du Temple, en 1793 par Theodor Josef Hubert Hoffbauer

La Grande Tour

Elle se dresse à l’une des extrémités de l’ancien enclos, à la hauteur de l’actuelle mairie. La tour est une robuste bâtisse féodale, de quelque cinquante mètres de hauteur, l’épaisseur des murs est en moyenne de quatre mètres, elle comprend quatre étages, dont les voûtes en ogives retombent sur un pilier central. Elle est flanquée de quatre fortes tourelles, dont l’une enferme un escalier en colimaçon. Sur la façade de la Grande Tour on accole, à une date postérieure, la Petite Tour.

La Grande Tour est inutilisée depuis des siècles lorsque l’entrepreneur Pierre-François Palloy est chargé de son réaménagement. Il divise chaque étage en plusieurs pièces avec des cloisons et des faux plafonds dissimulant la voûte très élevée. Ces cloisons sont recouvertes de papiers peints.

La Petite Tour

Accolée à la façade de la Grande Tour, la Petite Tour, dont la construction étroite est flanquée de deux tourelles, ne communique pas avec la Grande Tour : ce détail a son importance. Elle comporte un rez-de-chaussée et quatre étages.

Pour mieux différencier la petite Tour de la grande 

Haute de vingt-cinq mètres, et d’une superficie d’environ 115 m², cette tour servait de logement à l’archiviste de l’ordre, Jacques-Albert Berthelemy depuis 1783.
La Commune lui ordonne de mettre son logement et son mobilier à disposition.

Du 13 août 1792, jusqu’au 26 septembre 1792

C’est dans cette petite tour qu’est emprisonnée le Roi Louis XVI.

Voici les dimensions de la Tour : - hauteur : environ 50 mètres- surface au sol : l’épaisseur des murs étant de 3 pieds soient environ un mètre, les côtés de 13,7 mètres en extérieur, il reste : 8m. de côté en intérieur, soit : 64 m² habitables par niveau, ou encore : 16 m² par pièce... Auxquels on rajoutera les tourelles accessibles.

Attributions des étages de la Petite Tour

Le 13 août 1792, le premier étage de la Petite Tour fest attribué aux trois femmes de chambre : Mesdames Bazire, Navarre et Thibaud. Le second étage est attribué à la Reine et Sa fille, Marie-Thérèse. Elles couchent dans l’ancienne chambre de Berthélémy (archiviste de l’ordre de Malte) qui a été expulsé de son domicile par les agents de la Commune, il n’a le temps de déménager que le mobilier du premier étage et les bouteilles de sa cave. Au même étage la princesse de Lamballe dort dans l’antichambre sur un lit de sangle, Louise-Elisabeth de Tourzel et le Dauphin partagent la même chambre. Il y a un cabinet de toilette et une garde-robe. Le troisième étage est attribué au Roi. Le Roi couche seul dans un lit à baldaquin. Madame Élisabeth partage sa chambre avec la jeune Pauline de Tourzel. Les valets François Hue et Chamilly couchent dans un cabinet assez étroit, ouvrant sur l’antichambre. Cet étage est également doté d’un cabinet de toilette et d’une garde-robe. En outre, le Roi dispose d’un cabinet de lecture aménagé dans l’une des tourelles.

Marie-Antoinette songe-t-Elle alors à la similitude de la situation qui La lie à Sa fille par rapport à celle qui La liait à Sa mère durant les dernières semaines qu’Elle a passées en Autriche? L’Impératrice avait fait installer un lit au bout du sien, pour assister la future Dauphine à toute heure du jour et de la nuit dans Sa préparation au destin qui L’attendait. Marie-Antoinette avait quatorze ans, soit l’âge que Marie-Thérèse aura le 19 décembre 1792…

« Le corps de bâtiment avait quatre étages.
Le premier était composé d’une antichambre, d’une salle à manger et d’un cabinet pris dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque de douze à quinze cents volumes.

Le second étage était divisé à peu près de la même manière.
La plus grande pièce servait de chambre à coucher à la reine et à M. le Dauphin ; la seconde séparée de la première par une petite antichambre fort obscure, était occupée par madame Royale et madame Elisabeth.
Il fallait traverser cette chambre pour entrer dans le cabinet pris dans la tourelle ; et ce cabinet, qui servait de garde-robe à tout ce corps de bâtiment, était commun à la famille royale, aux officiers municipaux et aux soldats.»

Cléry

Image de Si Paris nous était conté (1954) de Sacha Guitry

Pour préparer la Grande Tour à recevoir la famille royale : Marguerite et Firino, poêliers-fumistes, exécutent tous les travaux destinés au chauffage de la Tour. Ils établissent de nouveaux tuyaux afin de disposer les poêles dans la plupart des pièces et des cheminées. Le sculpteur marbrier Corbel livre quant à lui les chambranles des cheminées, destinés aux chambres de Louis XVI, Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth. Il livre aussi une table de poêle en marbre de Flandre de forme demi-ronde destinée à un poêle rond installé dans une des tourelles au deuxième étage, formant cabinet attenant à la chambre du Roi. Des carreaux de pierre de liais et noirs garnissent les sols.

Destrumel, vitrier au Temple, fait les réparations nécessaires aux vitrages et fournit les miroirs. Lenoble, plombier, pose des sièges de commodité avec des tuyaux et réservoirs. Les ouvrages de peinture sont confiés à Watin. Toutes les pièces qui ne reçoivent pas de papier-peint sont peintes en couleur pierre avec ça et là des petites frises de filets noirs. Les voûtes sont peintes de même, lorsqu’elles ne sont pas dissimulées par des toiles blanches formant un faux-plafond.

Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Le papier peint est livré par un certain Simon. On tend la chambre du Roi de papier peint jaune, celle de Cléry de papier à décor de fruits avec bordure étrusque. Chez la Reine on pose un papier-peint à bordure lilas et dans la chambre de Madame Elisabeth un papier à dessin (sans plus de précision) avec bordure reine-marguerite. Partout ailleurs il est question de papier gris ou couleur de pierre avec filets.
Le règlement de l’ensemble de ces travaux fut imputé sur la somme de 500 000 livres que l’Assemblée législative avait votée le 12 août 1792 pour les dépenses du Roi et de sa famille.

Le 14 août 1792

« Le lendemain, mon père vint déjeuner avec ma mère, et après nous allâmes voir les grandes halles de la tour, où l’on dit qu’on feroit des logemens, parce que, où nous étions, dans une tourelle, c’était trop petit pour tant de monde. L’après-dîner, Manuel et Santerre étant venus, nous allâmes promener dans le jardin. On murmurait beaucoup contre les femmes qui nous avaient suivis. Dès notre arrivée, nous en avions trouvées d’autres nommées par Pétion pour nous servir, nous n’en voulûmes pas.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

La famille royale en promenade dans l'enclos du Temple

Le 16 août 1792

« Le surlendemain, à dîner, on apporte un arrêté de la commune qui ordonne le départ des personnes qui sont venues avec nous. Mon père et ma mère s’y opposent, ainsi que les Municipaux de garde au Temple. L’ordre est pour lors révoqué. Nous passons la journée tous ensemble.
Mon père fit demander un homme et une femme pour faire le gros ouvrage.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

Le 20 août 1792
à une heure du matin

On vient chercher tous ceux qui n’appartiennent pas à la Famille Royale stricto sensu. Le Roi tente en vain de rappeler que la princesse de Lamballe est sa cousine. Madame de Lamballe, madame de Tourzel et sa fille Pauline sont transférées dans l’affreuse prison de la Petite Force, les trois dames sont réunies dans une seule cellule assez spacieuse.

Départ du Temple de la princesse de Lamballe  ( Anita Louise) dans Marie-Antoinette (1938) de Van Dyke
Promenade de la famille royale dans le jardin du Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron

Le 25 août 1792

« Le jour de la St Louis, à 7 heures du matin, on chanta l’air « Ça ira » auprès du Temple. Nous apprîmes le matin par un municipal que Mr de la fayette avoit passé. Manuel confirma cette nouvelle le soir à mon père. Il apporta à ma tante Élisabeth une lettre de mes tantes de Rome; c’est la dernière que ma famille ait reçu du dehors. Mon père n’étoit plus traité en Roi. On n’avoit aucun respect pour lui, on ne l’appeloit plus ni « Sire » ni « Sa Majesté »; mais « Monsieur » ou « Louis ». Les Municipaux étoient toujours assis dans sa chambre et avoient leur chapeau sur leurs [têtes]. Ils ôtèrent à mon père son épée, qu’il avoit encore, et fouillèrent dans ses poches. Péthion envoya Cléry à mon père pour servir mon père, à qui il appartenoit.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

Le 3 septembre 1792

Massacres dans les prisons: une foule armée de barres de fer, de piques et de bûches encercle les prisons de Paris, voulant y tuer les royalistes qu’une rumeur accuse d’y avoir caché des armes pour fomenter une contre-révolution.

Les massacres de septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre
Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc
Le 2 septembre 1792 reconstitution du musée Grévin

 

A l’intérieur de la tour du Temple, la famille royale, tenue dans l’ignorance des événements, ne sait rien du carnage qui se déroule dans Paris… Un cri d’effroi est poussé au rez de chaussée : c’est madame Tison, qui vient de voir la pique sanglante. Cléry, qui lui aussi a vu le trophée macabre, est blanc d’effroi mais n’ose rien dire.

Une dispute éclate entre les gardes municipaux, les uns voulant que la Reine se montre, les autres ne le voulant pas. L’un d’eux finit par dire à Marie-Antoinette, qui demande ce qui se passe :

« Eh bien madame, puisque vous voulez le savoir, c’est la tête de madame de Lamballe que l’on veut vous montrer….»

La Reine tombe évanouie sans entendre la fin de la phrase. Les meurtriers continueront pendant prêt de trois heures à brailler et à réclamer la reine. Marie-Antoinette ne verra pas la tête de Son amie plantée sur la pique.

La tête de la princesse de Lamballe dans Les Années Terribles
La Tour du Temple pendant la Révolution. Mur d'enceinte Dessin de Jean-Antoine Auvray Légende - Au recto, en bas du dessin à gauche : «A M. LES.» ; au centre : «jetté dans cette tour, près d'être déporté, / ce fut à vos bienfaits qu'il dut sa liberté.» ; à droite : «J.a.A. RECONNAISSANT» Image : Musée Carnavalet, Histoire de Paris

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

En le rasant, Cléry informe le Roi de ce qui se passe dans le pays … Image des Années Terribles (1989)

Les mêmes dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc

Le 1er octobre 1792

Le Roi seul est emmené seul dans la Grande Tour.

« L’appartement du roi dans la Grande Tour n’était point achevé, il n’y avait qu’un seul lit et aucun meuble : les peintres et les colleurs y travaillaient encore, ce qui causait une odeur insupportable, et je craignis que sa Majesté n’en fût incommodée. On me destinait pour logement une chambres très éloignée de celle du roi (…) ; le lendemain, le roi n’obtint qu’avec beaucoup de difficulté qu’on me donnât une chambre à côté de la sienne.»

Cléry

Dans l’antichambre du Roi : un table à jouer, un tric-trac en noyer, une table à écrire et cinq chaises garnies de velours cramoisi ; dans la salle à manger : une table à manger en acajou, deux encoignure en bois de rose et une servante en acajou.

Dans la chambre de Louis XVI : un lit garni de damas vert, une bergère et deux fauteuils de même damas, une chaise de canne, une chaise et deux tabourets de paille, une table à écrire, une commode en acajou, un secrétaire plaqué de bois de rose, un paravent à six feuilles de drap vert, sur la cheminée une pendule de Dutertre et deux baromètres dorés.

Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc

« Les Municipaux étaient très familiers et avaient très peu de respect pour mon père; il en restait toujours [un] qui le gardait à vue.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

Dans la chambre de Cléry : un lit à quatre colonnes garni de siamoise noire, verte, rouge et jaune, une bergère en toile d’Orange, quatre chaises en velours d’Utrecht à petits carreaux vert et blanc, une commode en bois de rose, une armoire en chêne.

Mobilier du Temple au musée Carnavalet, Paris

Une liste établie le 25 octobre 1792 des meubles mis à la disposition du roi énumère quelques meubles supplémentaires comme bidet, fauteuil d’affaire , tables de nuit et une couchette pour le Dauphin qui reste auprès de son père jusqu’au 11 décembre 1792.

Pendant ces trois semaines de séparation, la famille royale se retrouve au moment des repas (dans la salle à manger de l’appartement du Roi) et pendant la promenade.

Le repas de la famille royale dans le film de Jean Delannoy (1956)
Et en 1976 dans la série de Guy-André Lefranc
Promenade de la famille royale dans le jardin du Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron

Le 26 octobre 1792

Le reste de la famille royale rejoint le Roi dans la Grande Tour. On sépare la Reine de Son fils, qui logera avec le Roi.

Détention de la famille royale

Le rez-de-chaussée n’avait pas été transformé. Le conseil de surveillance du Temple s’y installe le 8 décembre 1792. Cette vaste pièce d’environ soixante mètres est meublée de quatre lits destinés aux commissaires, d’un bureau, d’un pupitre destiné à Jean-Baptiste Cléry, d’armoires, dont l’une renferme les registres. C’est dans cette salle que les municipaux prennent leurs repas en compagnie des officiers de la Garde Nationale en service au Temple.

Le premier étage abrite le corps de garde, soit une quarantaine d’hommes qui couchent sur des lits de camps. Comme le rez-de-chaussée, cette salle est restée en l’état. Des sonnettes relient le corps de gardes à la salle du conseil et aux appartements de la famille royale. Le même escalier en colimaçon dessert tous les étages.

Plan du deuxième étage de la grande Tour

Le deuxième étage est affecté au Roi. Un couloir coudé, barré de deux portes, l’une en fer, la seconde en chêne, donne accès à l’escalier. Il comprend quatre pièces. Chacune est éclairée par une fenêtre grillagée et en partie obstruée par un abat-jour en forme de hotte. Dans l’antichambre on a affiché la Déclaration des droits de l’homme encadrée de tricolore. Cette pièce est en pierre de tailles et est meublée de quatre chaises, d’une table à écrire et d’une table à trictrac. Une cloison vitrée la sépare de la salle à manger. La chambre du Roi est tapissée de jaune vif et communique avec l’antichambre avec une double porte à vantaux. On la laisse ouverte toute la journée pour faciliter la surveillance. Cette pièce est dotée d’une cheminée qui fait face à la porte, surmontée d’une glace. Le lit du Roi est placé contre la cloison. En prolongement du lit royal, le lit de sangle destiné au Dauphin. Les meubles de l’étage du Roi proviennent du Palais du grand prieur de Malte. La tourelle sert d’oratoire. Auprès de la chambre du Roi se trouve la chambre de Jean-Baptiste Cléry. L’autre tourelle sert de garde-robe, la troisième tourelle de bûcher.

Le musée Carnavalet a reconstitué une chambre avec le mobilier provenant des différents membres de la Famille Royale...Le lit étant celui de Madame Elisabeth... On a donc idée de l'atmosphère carcérale qui régnait au Temple...

 

Le troisième étage est réservé à la Reine, à Sa fille et à Madame Élisabeth. L’appartement a la même superficie que celui du Roi. Il n’en est pas l’exacte réplique. L’antichambre identique précède la chambre de la Reine, située au-dessus de celle du Roi. elle a également une double porte. Elle est meublée d’une table, d’un lit de repos et de chaises. La chambre de la Reine est tapissée de papier-peint à fleur de couleur verte sur fond bleu, a une porte à deux vantaux et possède une cheminée. On a placé le lit de Marie-Thérèse de France dans une encoignure ; ce n’est qu’une couchette. Il y a aussi un canapé, une commode, un paravent et deux tables de nuit.

Aussi modeste que chez le Roi, il n’est question que de commodes d’acajou, de tables de nuit et bidets de même bois, de tables en noyer, de sièges recouverts de damas vert et blanc ou de Perse, de sièges garnis de canne ou de paille, d’un écran, d’un paravent, de deux pendules de Lepaute de neuf flambeaux argentés et de feux, pelles, pincettes et soufflets.

Mobilier du Temple au musée Carnavalet
Courtepointe du lit de la Reine

La provenance de ces meubles n’est pas précisée, mais leur similitude avec certains meubles de Berthelemy laisse penser qu’ils sont en partie soustraits du mobilier de la Petite Tour.

Courtepointe du lit de Madame Elisabeth
Important fragment d'étoffe en cretonne, à décor de branchages fleuris rouge et noir sur fond écru, provenant du mobilier de la tour du Temple ayant servi à la Famille royale

 

À ce même étage les Tison couchent au-dessus de la salle à manger du Roi.

Plan du troisième étage de la grande Tour: 9. Chambre de la Reine et de Madame Royale 10. Cabinet de la tourelle 11. Chambre de Madame Elisabeth 12. Antichambre 13. Logement des époux Tison
La vie quotidienne de la famille royale au Temple

Le quatrième étage est inoccupé, il sert de grenier. Entre les créneaux et les pans de la haute toiture d’ardoise court une galerie ou plutôt un chemin de ronde. Au début de son emprisonnement, la famille royale peut s’y promener ; pour cela, le conseil du Temple fait garnir les espaces entre les créneaux par des planches qui empêchent les promeneurs d’être vus.

Les commissaires, désignés chaque soir par l’Hôtel de ville, disposent d’une chambre chacun et d’une salle de réunion.

Dans le bâtiment où s’ouvre la grande porte de l’enclos et qui borde la rue du Temple, se trouvent les loges des concierges, l’économat et les cuisines. La troupe a établi ses quartiers dans le palais du grand prieur. Elle comprend un commandant général, un chef de légion, un sous-adjudant général, un adjudant-major, un porte-drapeau, vingt artilleurs servant deux canons, soit 287 hommes, en comptant les officiers subalternes, les sous-officiers et les simples soldats. Cette garde est désignée à tour de rôle par les huit divisions composant la Garde Nationale de Paris.

Vitrail représentant la famille royale au Temple

« Mon père montrait à mon frère la géographie, ma mère lui montrait l’histoire et lui faisait apprendre des vers, ma tante montrait le calcul. Mon père avait heureusement trouvé une bibliothèque qui l’occupait. Ma mère avait de la Tapisserie pour travailler.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

Le Temple dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc

En novembre 1792

Malgré le poêle qu’on a installé, il fait froid au Temple. Victime d’une «fluxion à la tête», Louis XVI passe plusieurs jours au lit. Sa femme et sa sœur se relaient à son chevet. Cléry, son valet de chambre, s’occupe de lui avec le plus grand dévouement et vaque également aux soins du ménage.  Marie-Antoinette fait Elle-même la toilette de Son fils et l’aide à s’habiller.

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Image de Marie Antoinette. Dernière reine à la cour de Versailles, livre pour enfants
Image de Marie-Antoinette , la véritable histoire (2006) de François Leclerc et Yves Simoneau
Louis XVI , qui croit en la divine Providence, se persuade que le Dauphin, âgé de sept ans, régnera un jour. Depuis qu'ils sont enfermés au Temple, le souverain déchu prépare son fils au métier de roi. Il lui parle souvent des monarques malheureux et se complaît à lui narrer l'histoire de Charles Ier d'Angleterre décapité en 1649.
Détail d'une gravure représentant Louis XVI enseignant à son fils Louis-Charles au Temple
Ce fauteuil servit au Dauphin lors de sa captivité. Il sera ensuite conservé par le chevalier François-Augustin Reynier de Jarjayes, puis remis au prince Sixte de Bourbon-Parme et en hommage à la mort tragique de jeune Dauphin, ce fauteuil sera habillé de deuil.
Image de Marie-Antoinette de 1938
Louis XVI et son fils au Temple
Aménagement du Temple dans Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc
Le Roi et le Dauphin dans Les Années Terribles
Images des Années Terribles qui recrée l'aménagement des chambres du Temple
Fac-simile de «Garde montée au château du Temple» Titre de la série : Le Temple. Captivité de la famille royale au Temple. Estampe, d'après un dessin de Jean-Jacques Lequeu (1757-1825)

Peu à peu la Famille Royale adopte un rythme de vie régulier :

6 h : lever du Roi. Prière. Le reste de la famille se lève un peu plus tard.
9 h : petit-déjeuner, assez copieux, du moins au début puis instruction des enfants
12 h : promenade sur le chemin de ronde
13 h : retour dans les appartements
14 h : déjeuner puis jeux du type échecs et broderie
16 h : sieste du Roi puis, de nouveau, instruction des enfants
20 h : dîner et coucher des enfants
21 h : dîner des adultes
Vers minuit : coucher

Louis XVI et sa famille à la prison du Temple par Edward Ward
Promenade de la famille royale dans l'enclos du Temple

Le 3 décembre 1792

Pétion renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

Le 11 décembre 1792

Louis XVI  comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refusera. Monsieur de Malesherbes (1721-1794) se portera volontaire.

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Jean-François Balmer dans les Années Terribles (1989)

Le 25 décembre 1792

 Louis XVI rédige son testament :

« Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.
Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.
Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel J.C. les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l’Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchire l’Eglise de J.C., mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Eglise suivie depuis J.C. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J.C. suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.
Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connaître scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.
Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.
Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher.
Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.
Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.
Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.
Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.
Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.»

Louis.

Louis XVI rédigeant son testament par Danloux

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Marie-Antoinette, Ses enfants et Sa belle-sœur tentent d'entendre l'évolution du procès du Roi par ce qu'en disent les bruits de la rue... notamment les crieurs.
Louis XVI pendant son procès... on lui refuse l'usage du rasoir ...

Le député Barère, s’appuyant sur une pétition du Mâconnais demande de traduire Marie-Antoinette devant la justice.

Dans les Années Terribles, on imagine ce moyen de communication entre le Roi et sa famille…
En réalité le Roi loge en dessous de sa femme, ses enfants et sa sœur.

Le 13 janvier 1793

Les commissaires de service au Temple informent le Conseil général que la fille de Marie-Antoinette, étant malade depuis quinze jours, et ses jambes commençant à s’engorger, par l’effet d’une incommodité naturelle à son sexe, demande que le médecin Brunier vienne la voir .
Le conseil arrête que le docteur Brunier pourra voir et soigner la malade, mais qu’il ne pourra communiquer avec Marie-Antoinette qu’en présence des commissaires de service et que toutes les drogues seront dégustées par l’apothicaire.

Du 16 au 18 janvier 1793

La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.

Le 20 janvier 1793
Vers deux heures de l’après-midi

La Convention envoie à la maison du Temple une délégation chargée de notifier le verdict au condamné. Ladite délégation est conduite par Dominiqure Garat (1749-1833), ministre de la Justice. Il est dans sa tâche assisté de Jacques-René Hébert (1757-1794), substitut du procureur de la Commune, et de Malesherbes.

 

Les voyant arriver, le Roi déchu remarque les sanglots de son avocat. Avant même l’énoncé du verdict, il lui déclare :

« Je m’attendais à ce que vos larmes m’apprennent ; remettez-vous, mon cher Malesherbes. »

Jean-François Balmer dans Les Années Terribles (1989)

Garat lui annonce alors l’énoncé du verdict puis lui précise aussitôt que la sentence sera mise en œuvre dans les vingt-quatre heures. À la surprise de tous, l’ancien Roi reste impassible. Hébert, l’ayant jusqu’alors toujours méprisé et insulté dans ses articles parus dans Le Père Duchesne, écrira : 

« Il écouta avec un sang-froid rare la lecture du jugement. Il eut tant d’onction, de dignité, de noblesse, de grandeur dans son maintien et ses paroles, que je ne pus y tenir. Des pleurs de rage vinrent mouiller mes paupières. Il avait dans ses regards et dans ses manières quelque chose de visiblement surnaturel à l’homme. Je me retirai, voulant retenir des larmes qui coulaient malgré moi et bien résolu de finir là mon ministère. »

Jacques-René Hébert

Louis XVI écrit alors cette dernière lettre à la Convention Nationale :

 

« Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à paraître devant Dieu. Je demande pour cela de pourvoir voir la personne que j’indiquerai aux commissaires de la Commune et que cette personne soit à l’abri de toute inquiétude et de toute crainte pour cet acte de charité qu’elle remplira auprès de moi. Je demande d’être délivré de la surveillance perpétuelle que le Conseil Général a établi depuis plusieurs jours.
Je demande dans cet intervalle à pouvoir voir ma famille quand je le demanderai et sans témoins. Je désirerais bien que la Convention Nationale s’occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu’elle lui permit de se retirer librement et convenablement où elle le juge utile et à propos.
Je recommande à la bienfaisance de la Nation toutes les personnes qui m’étaient attachées. Il y en a beaucoup qui avaient mis toute leur fortune dans leurs charges, et qui n’aient plus d’appointements doivent être dans le besoin et même de celles qui ne vivaient que de leurs appointements. Dans les pensionnaires il y a beaucoup de vieillards, de femmes et d’enfants qui n’avoient que cela pour vivre.
À la Tour du Temple le 20 janvier 1793.»

Louis

Lettre de Louis XVI à la Convention Nationale

La délégation se retire puis revient donner la réponse de la Convention à ces différentes requêtes : celles-ci sont toutes accordées, hormis le délai supplémentaire de trois jours. L’exécution aura donc lieu comme prévu le lendemain.

La délégation se retire définitivement. Il est six heures en cette soirée du 20 janvier 1793. Le délai demandé est refusé mais Louis pourra faire ses adieux à sa famille et se confesser avant que mort ne s’en suive le lendemain.

Le 20 janvier 1793 au soir 

Louis XVI passe la soirée avec sa femme, ses enfants et sa sœur .

Les adieux de Louis XVI par Benjamin Warlop
Norma Shearer et Robert Morlay dans Marie-Antoinette (1938)
François Dyrek et Geneviève Casile (1976)
Michèle Morgan et Jacques Morel (1956)

Le lundi 21 janvier 1793
Vers six heures du matin

L’abbé Henri-Edgeworth de Firmont (1745-1807), un prêtre insermenté, recommandé par Madame Élisabeth, célèbre l’ultime messe de Louis XVI.

Il utilise ce calice qui se trouve dans l'église romane de Saint-Urcize, au cœur de l'Aubrac, qui fut transmis de prêtre en prêtre. Au début du XIXe siècle , l'abbé Saint-Pée d'Amont l'offrit à un parent Pierre-Jean Ipcher, futur curé de Saint-Urcize, pour la célébration de sa première messe.
Calice utilisé par l'abbé Henri-Edgeworth de Firmont

A propos de l’anneau, il confie à son valet à l’intention de la Reine :

« Dites-lui bien que je le quitte avec peine. »

Les adieux à Cléry

Dans la seconde cour de la maison du Temple, la voiture verte du maire de Paris Nicolas Chambon (1748-1826) attend, ce dernier ayant obtenu que le Roi ne soit pas conduit dans la charrette des condamnés.

Jean-François Balmer dans Les Années Terribles (1989)

À sept heures

Louis XVI confie ses dernières volontés à l’abbé. Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour le Dauphin et son alliance pour la Reine.

Il conserve au doigt l’anneau du sacre.

En ce matin du 21 janvier, la température extérieure est basse : il fait 3 °C. Un brouillard épais enveloppe Paris.

Ultime sortie du Temple du Roi

Louis XVI y prend place avec l’abbé . Deux personnes de la milice s’installent face à eux. Avant de monter, le Roi se tourne vers l’un des concierges de la prison et lui déclare :

« J’ai eu un peu de vivacité avec vous avant-hier soir, ne m’en veuillez pas ! »

Vers neuf heures

La voiture quitte le Temple au son de tambours et de trompettes. Des canons sont postés à chaque endroit stratégique. Le convoi est précédé d’environ deux cents gendarmes à cheval.       Les Parisiens sont venus en nombre assister à l’exécution, tant sur le trajet qu’à l’emplacement de la guillotine. Les volets sont clos et les boutiques fermées. La plupart des personnes sont silencieuses.

Vers dix heures et quart

Le cortège arrive place de la Révolution et s’arrête au pied de l’échafaud. Accueilli par le bourreau Charles-Henri Sanson (1739-1806) à sa descente du carrosse, le monarque désigne son confesseur à l’un des bourreaux et lui dit :

« Je vous recommande le prêtre que voici. Ayez soin qu’après ma mort il ne lui soit fait aucune insulte».

 

Voyant qu’on veut lui lier les mains, le Roi refuse :

« Me lier ! Non, je n’y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas, renoncez à ce projet. »

 Calme, il ôte ensuite lui-même sa redingote brune et sa cravate. À la demande de Sanson, il ouvre le col de sa chemise.

Image de Marie-Antoinette (1938) de Van Dyke

Évoquant l’exemple du Christ, l’abbé de Firmont réussit à le convaincre. Louis XVI déclare alors à ses bourreaux :

« Faites ce que vous voulez, je boirai le calice jusqu’à la lie. ».

On lui lie alors les mains dans le dos par son propre mouchoir ; un assistant de Sanson découpe grossièrement son col puis le rabat et lui coupe les cheveux. Accompagné par des roulements de tambour, le Roi, assisté de l’abbé Edgeworth, monte sur l’escalier et rejoint les cinq bourreaux (Sanson et ses quatre assistants) sur la plate-forme.

Contre toute attente, Louis XVI s’avance sur le bord gauche de l’estrade. Il fait signe aux tambours de s’arrêter et déclare d’une voix forte :

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. »

Il veut poursuivre mais Santerre (1752-1809) donne l’ordre de faire battre à nouveau les tambours pour couvrir sa voix. L’abbé de Firmont lui crie alors :

« Fils de Saint Louis, montez au Ciel ! »

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Image des Années Terribles (1989) de Richard Heffron
Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller

Jacques Roux, commissaire de la Commune de Paris, rédige le procès-verbal de l’exécution ; il précise que des citoyens recueillent sur l’échafaud ensanglanté le sang du Roi avec leurs mouchoirs, leurs piques ou leurs sabres.

Le canon tonne et prévient la famille du Roi restée à la Tour du Temple que l’exécution a eu lieu.

Image de Marie-Antoinette de Van Dyke
Image des Années Terribles (1989) de Richard Heffron
Marie-Antoinette reconnaît alors Son fils comme le nouveau Roi Louis XVII (Jane Seymour et Sean Flynn) dans Les Années Terribles (1989)
Marie-Antoinette au Temple, le 22 janvier 1793 par Léonie Dusseuil, vers 1870

Le 24 janvier 1793

Madame Royale est soignée par le Docteur Brunier :

Gouache de Jean-Baptiste Mallet: Au centre, assise sur une chaise, se tient Marie-Antoinette, à Sa gauche, Madame Royale, vêtue de blanc sur un fauteuil, et le jeune Louis XVII qui se tient debout. Entre eux Madame Elisabeth. A droite de la composition, deux municipaux surveillent la scène.
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Images de l'Evasion de Louis XVI d'Arnaud Sélignac

Mi-février 1793

Marie-Antoinette, Marie-Thérèse, Louis-Charles et Madame Elisabeth sont autorisés à prendre l’air sur le haut de la Tour.

Promenade de la famille royale dans les jardins du Temple dans la série Marie-Antoinette de Guy-André Lefranc
Jean-Baptiste Cant Hanet dit Cléry par le peintre Henri-Pierre Danloux
Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Le 28 février 1793

Le valet de chambre Cléry  (1759-1809) est renvoyé du Temple.

Le 20 mars 1793

Après l’exécution du Roi, Marie-Antoinette demeure au Temple avec Ses deux enfants et Sa belle-sœur Élisabeth. Quelques fidèles ont tenté de les faire évader.

D’abord un officier municipal, nommé Toulan, Méridional au cœur chaud qui, muni d’un billet de la Reine, entre en rapport avec Jarjayes et lui soumet un plan hasardeux. Des habits d’officiers municipaux seront cachés dans la Tour, la Reine et Madame Élisabeth les revêtiront le jour où Toulan sera de garde avec son collègue Lepitre, comme lui royaliste de cœur.

Un faux lampiste viendra allumer les réverbères, les enfants déguisés lui seront remis, ils passeront pour les siens.

Tout paraît d’abord succéder.

Adroit, Toulan fait pénétrer au Temple Jarjayes qui, ayant parlé a la reine, fournit les fonds nécessaires. On se procure des voitures et des passeports; les fugitifs doivent gagner la Normandie puis l’Angleterre.

Mais Toulan est dénoncé a la Commune et le projet avorte. Marie-Antoinette pourrait s’enfuir seule, elle refuse, veut partager le sort de ses enfants :     

« Nous avons fait un beau rêve, voilà tout… »

Norma Shearer est Marie-Antoinette (1938)
Renée Saint-Cyr est Marie-Antoinette dans Le Prince au Masque Rouge (1953) de Vittorio Cottafavi

Le 22 juin 1793

Le baron de Batz, singulier personnage au cerveau débordant d’idées, royaliste fougueux, financier sans vergogne, s’il n’a pu sauver Louis XVI le 21 janvier, n’a pas renoncé a sauver sa famille. A son tour, ce diable d’homme, aidé de l’officier municipal Mîchonis et d’un épicier appelé Cortey, capitaine dans la garde nationale, s’introduit au Temple, le jour où Michonis est de service à la Tour. Les princesses, revêtues de capotes d’uniforme, doivent sortir l’arme au bras avec le dauphin dans une patrouille conduite par Cortey.

A onze heures du soir
Le moment paraît venu.

Mais, avertie par une lettre anonyme (provenant sans doute des Tison, espions qu’elle a placés au Temple), la Commune envoie l’un de ses membres, le cordonnier Simon, inviter Michonis a lui remettre ses pouvoirs et a se rendre à l’Hôtel de ville.

Michonis ne peut qu’obéir, Batz s’enfuit; une fois de plus le complot a avorté.

Les enfants de Louis XVI au Temple- (1837) par Joseph Nicolas Robert-Fleury

Le 29 juin 1793

Prise de remords terribles, madame Tison sombre bientôt dans la folie . Il faut la retirer de la tour du Temple.

Le 3 juillet 1793 à dix heures du soir

Louis-Charles, Louis XVII, est enlevé à sa mère et confié au cordonnier Antoine Simon (1736-1794).

Pendant une heure, la Reine lutte pour convaincre les cinq municipaux de Lui laisser Son fils… en vain…

Ce n’est que lorsque les envoyés du Comité de salut public La menacent de s’en prendre à la vie de Ses enfants que Marie-Antoinette les laissent emmener Son Chou d’amour qui logera dans l’ancien « appartement » de Louis XVI, un étage en dessous…

Le savetier Simon, ivrogne qui sait à peine lire, sera son nouvel instituteur.

La Reine reste avec Sa fille et Sa belle-sœur. Elle guette les passages de Son fils dans l’escalier du Temple.

Le cordonnier Simon
Image des Années Terribles (1989) de Richard Heffron
Images de Marie-Antoinette, Reine de France (1956) de Jean Delannoy
Le Temple dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 2 août 1793
à deux heures quarante du matin

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

 En sortant du Temple, Marie-Antoinette se baisse trop peu pour passer la porte et se cogne :


-Vous êtes-vous fait mal ?
-Oh! Rien n’a présent ne plus me faire de mal

Départ de la Reine du Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron

En août 1793

 Grâce à Michonis Marie-Antoinette obtient qu’on Lui envoie du Temple un colis de la part de Madame Élisabeth contenant des chemises, deux paires de bas de soie noire, une cape et une paire de chaussures à la «Saint-Huberty», dont Elle avait besoin d’urgence, car les Siennes étaient pourries par l’humidité…

Madame Elisabeth
Marie-Thérèse
Louis XVII

Le 5 septembre 1793

La Terreur est mise à l’ordre du jour.

Madame Elisabeth et Madame Royale dans l'Evasion de Louis XVI d'Arnaud Sélignac

Le 17 septembre 1793

Loi des suspects

Le 3 octobre 1793

La Reine est déférée au Tribunal révolutionnaire.

« Le quinzième jour du premier mois de l’an second de la République française une et indivisible, Nous, maire, procureur syndic et membres de la commune de Paris nommés par le conseil général de ladite commune pour prendre des renseignements sur différents faits qui se sont passés au Temple, et recevoir les déclarations à cet égard, nous sommes rendus au Temple et arrivés dans ladite Tour, et nous étant présentés au Conseil du Temple, sommes montés à l’appartement du premier occupé par Louis Charles Capet pour entendre ses déclarations au sujet des propos et des événements dont il peut avoir connaissance. Il nous a déclaré que l’hiver dernier pendant qu’il habitait l’appartement de ses mère, tante et sœur, un particulier, nommé Dangé, était de garde auprès d’eux en qualité de commissaire du conseil ; un jour qu’il l’accompagnait à la promenade sur la plate-forme de la Tour, il le prit dans ses bras, l’embrassa et lui dit : « Je voudrais bien vous voir à la place de votre père. »
Nous a déclaré pareillement qu’un autre particulier nommé Toulan, étant aussi de garde à la Tour à la même époque, lesdites femmes l’enfermèrent, lui déclarant, avec sa sœur dans une des tourelles pendant une heure et demie, un peu avant qu’on allumât la chandelle, et que pendant ce temps il s’est entretenu avec lesdites femmes, et qu’il n’entendit pas le sujet de leur conversation.

Que dans une autre circonstance il entendit dire par ledit Toulan à sa mère et à sa tante que tous les soirs il enverrait aux environs du Temple un colporteur à dix heures et demie du soir pour lui faire crier toutes les nouvelles qui pourraient les intéresser; que par suite de cette promesse il s’aperçut que lesdites femmes un soir, ne se couchèrent qu’à onze heures passées et montrèrent de l’humeur de n’avoir point entendu les cris accoutumés dudit colporteur. Il a déclaré encore que quatre particuliers nommés Lepitre, Bruneau, Toulan et Vincent, pendant la durée de leur service dans les appartements avaient coutume d’approcher desdites femmes et de tenir des conversations avec elles à voix basse. Déclare en outre qu’ayant été surpris plusieurs fois dans son lit par Simon  et sa femme, chargés de veiller sur lui par la Commune, à commettre sur lui des indécences nuisibles à sa santé, il leur avoua qu’il avait été instruit dans ces habitudes pernicieuses par sa mère et sa tante, et que différentes fois elles s’étaient amusées à lui voir répéter ces pratiques devant elles, et que bien souvent cela avait lieu lorsqu’elles le faisaient coucher entre elles. Que de la manière que l’enfant s’en explique, il nous a fait entendre qu’une fois sa mère le fit approcher d’elle, qu’il en résultat une copulation et que il en résulta un gonflement à un de ses testicules, connu de la citoyenne Simon, pour lequel il porte encore un bandage et que sa mère lui a recommandé de n’en jamais en parler, que cet acte a été répété plusieurs fois depuis.
Il a ajouté que cinq autres particuliers nommés Moelle, Lebœuf, Beugnot, Michonis et Jobert, conversaient avec plus de familiarité que les autres commissaires du Conseil avec sa mère et sa tante ; que Pétion, Manuel, Bailly et Lafayette s’étant comportés très mystérieusement aux Tuileries avec les femmes, il estimait qu’il existait une correspondance directe avec les quatre hommes et les commissaires du Temple depuis la détention de ces femmes au Temple, que dans l’intervalle de ces conférences on l’éloignait. Il nous a déclaré qu’il n’avait rien de plus à nous faire connaître.

Le citoyen et la citoyenne Simon nous déclare avoir appris ces faits de la bouche de l’enfant qui les leur a répété plusieurs fois et qu’il les pressait
souvent de le mettre à portée de nous en faire la déclaration.

Après avoir reçu la présente déclaration, y avons posé notre signature conjointement avec le citoyen Hébert, substitut du procureur-syndic de la Commune qui est survenu.

A Paris, dans la Tour du Temple les jour et an que dessus.

LOUIS-CHARLES CAPET.

PACHE, maire; CHAUMETTE, procureur-syndic ; HÉBERT, substitut;
FRIRY, commissaire du conseil général; SEGUY, commissaire de service au Temple ; HEUSSÉE, administrateur de police ; SIMON ; D. E. LAURENT, commissaire du conseil général.»

CAMPARDON, Emile, Marie-Antoinette à la Conciergerie (du 1er août au 16 octobre 1793) : pièces originales conservées aux Archives de l’Empire, suivies de notes historiques et du procès imprimé de la reine, Paris, 1863, p.66-71.

Hébert prépare son ignoble accusation d’inceste. On fait signer un aveu au petit Louis-Charles, qui y révèle des choses affreuses , notamment que sa mère et sa tante le faisaient souvent coucher entre elles… Lorsqu’Élisabeth est confrontée à son neveu elle ne peut relâcher : « Le petit monstre !!! »

Le 19 janvier 1794

Simon, rappelé à ses fonctions municipales, quitte le Temple. Sa femme, malade, quitte également la prison.

Le 9  mai 1794 au soir

On extirpe Madame Élisabeth du Temple, on la conduit à la Conciergerie où à son arrivée, personne ne lui dit ce qu’il est advenu de la Reine… elle pense être mise en cellule avec Elle, mais devant la gêne et le silence elle pense que Marie-Antoinette en tant que reine déchue est mise au secret…

En fait, ce n’est que pour la présenter au Tribunal Révolutionnaire …  D’ailleurs son procès est un bel exemple de mascarade révolutionnaire à son apogée … très certainement le procès de trop. Ce fut la section du Panthéon français qui demanda officiellement son procès et sa mort…

« il est temps que la terre de la liberté cesse de nourrir ses plus mortels ennemis»

en fait la terre de la liberté préférait s’arroser du sang de victimes innocentes…

Madame Royale reste seule au Temple, au dessus de chez son petit frère…

Le 27 juillet 1794

Chute de Maximilien de Robespierre ( né le 6 mai 1758), il est guillotiné le lendemain.

Jusqu’au 28 juillet 1794

Louis-Charles est enfermé au secret dans une chambre obscure, sans hygiène ni secours, pendant six mois. Son état de santé se dégrade, il est rongé par la gale et surtout la tuberculose. Il vit accroupi. Sa nourriture lui est servie à travers un guichet et peu de personnes lui parlent ou lui rendent visite. Ces conditions de vie entraînent une rapide dégradation de son état de santé. L’isolement total dans lequel il est placé laisse planer un certain mystère et donne l’occasion à l’imagination populaire de soulever l’hypothèse de substitution de l’enfant et de son exfiltration, donnant naissance au « mythe évasionniste et survivantiste ».

Le 28 juillet 1794

Le député Barras découvre ainsi un enfant mutique, brisé psychologiquement. Les comités de salut public et de sûreté générale  nomment Laurent, membre du comité révolutionnaire de la section du Temple, pour le garder, lui et sa sœur. Son sort s’améliore relativement, mais le prisonnier de la tour du Temple est rongé par la tuberculose, ce qu’omet de signaler Laurent lorsqu’il écrit, sur le bulletin de la tour du Temple, que les prisonniers « se portent bien ».

Le 9 novembre 1794

Jean-Baptiste Gomin (1757-1841) est nommé adjoint de Laurent et devient gardien des enfants de France à la prison du Temple.

Le 31 mars 1795

                                                                           Laurent démissionne.
                            Il est remplacé par Etienne Lasne (1757-1841) de la section Des droits de l’homme.

Le 3 mai 1795 (14 Floréal an III)

Les gardiens Gomin et Lasne inscrivent sur les registres du Temple « le petit Capet est indisposé ».

Le 6 mai 1795 (17 Floréal an III)

La tuberculose prend un tour critique, caractérisé par l’apparition d’une péritonite.

Dans les derniers jours de mai 1795

Les gardiens signalent au comité de Sûreté générale que l’enfant Capet manifeste « une indisposition et des infirmités qui paraissent prendre un caractère grave ».

Le Comité « arrête que le premier officier de santé de l’hospice de l’Humanité visiterait le malade en présence de ses gardiens et administrerait des remèdes ». Le docteur Desault passe à cette époque pour être le premier praticien de Paris.

Le 29 mai 1795

Desault fait sa dernière visite au malade car il meurt le 1er juin, à l’âge de cinquante-sept ans.

 

Le 6 juin 1795

Le docteur Pelletan, quarante-huit ans, chirurgien en chef de l’Hospice de l’Humanité, succède au docteur Desault. Ne voulant pas prendre seul la responsabilité de soigner l’enfant, le Comité de sûreté général lui adjoint le docteur Dumangin, cinquante-et-un ans, médecin chef de l’hospice de l’Unité (Hôpital de la Charité de Paris).

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1795

Gomin et Lasne alarmés par l’état de santé de l’enfant ont envoyé cherché en urgence le docteur Pelletan. Il répond qu’il viendra demain matin avec le docteur Dumangin.

Le lundi 8 juin 1795 (20 prairial an III)

Les docteurs Dumangin et Pelletan arrivent ensemble à onze heures du matin au Temple, l’état de l’enfant s’est aggravé.

Le docteur Pelletan

 

Le 8 juin 1795

Louis XVII meurt dans sa prison, probablement d’une péritonite ulcéro-caséeuse venue compliquer la tuberculose (le « vice scrofuleux » qui a déjà coûté la vie à son frère aîné), à l’âge de dix ans et après presque trois ans de captivité.

 « Le sieur Lasne gardien et moi, nous prêtions nos soins au petit dauphin, et enfin à trois heures (de l’après-midi) lorsque le sieur Gomin fut revenu, l’enfant venait de mourir ». Pelletan arrivé à quatre heures confirme la mort. Le docteur Dumangin arrive à huit heures, il apprend le décès du fils Capet.»

 Témoignage de Damont commissaire civil au Temple

 

Le 9 juin 1795

Le chirurgien Philippe-Jean Pelletan réalise son autopsie qui confirme le diagnostic de tuberculose. Il est secondé par trois médecins.

« Vous m’aviez à la vérité proposé d’autres adjoints; et sur mon observation que, d’après les qualités personnelles et les rapports qu’avaient eus M. Pierre Lassus (1741-1807) avec Mesdames de France et Nicolas Dieudonné Jeanroy (1750-1816) dans la Maison de Lorraine, leurs signatures seraient d’un tout autre poids, vous aviez agréé ce choix » 

Note manuscrite écrite par Jean-Baptiste Gomin, gardien des enfants de France à la prison du Temple, sur les événements concernant la mort du jeune prince. Portant au bas du document une note manuscrite signée Alcide de Beauchesne: «De la main de Gomin, l'un des gardiens du temple au moment de la mort de Louis XVII».

Le docteur Dumangin rédige le procès-verbal d’autopsie, recopié en quatre exemplaires : Un pour le Comité de sûreté générale et un pour chaque médecin. L’exemplaire  du docteur Dumangin est conservé aux Archives Nationales depuis 1891.

Le 12 juin 1795

Louis-Charles est enterré dans le cimetière Sainte-Marguerite. Sous la Restauration, Louis XVIII fait rechercher la sépulture de son neveu : l’énigme de « l’enfant du Temple » se développe alors avec les témoignages contradictoires de ceux qui ont assisté à l’enterrement le 10 juin (fossoyeur, concierge du cimetière, abbé …) qui évoquent une inhumation en fosse commune (le corps ne pouvant dès lors plus être identifié), une réinhumation dans une fosse particulière près de la Chapelle de la Communion de l’église, voire dans le cimetière de Clamart.

Le 24 juin 1795

Monsieur, toujours en émigration , est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII.

L’été 1794

Des admirateurs anonymes louent un appartement au quatrième étage de la rotonde qui fait face à la tour du Temple. Là, profitant de ce que les bruits portent facilement, ils organisent de petits concerts de musique de chambre, toutes fenâtes ouvertes, pour en faire profiter l’illustre prisonnière. Parmi les habitués de ces petits concerts, la police identifie les anciens valets de Louis XVI, Hue et Cléry, et leurs épouses, ainsi que Madame de Tourzel et ses filles. Ces dernières qui se doutent de la situation de la princesse, s’offrent pour lui tenir compagnie.

Jacques Bernot, Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI (2022) 

Le comte de Provence par Adélaïde Labille-Guiard
Le Donjon et la Rotonde du Temple (tableau de J.-C Nattes, 1808)
Madame Royale toute seule dans la prière au Temple

Madame Elisabeth avait inculqué à sa nièce les règles d’hygiène et de bienséance pour garder la forme malgré les terribles conditions d’incarcération. Ainsi Marie-Thérèse gardera-t-elle l’habitude, dans sa solitude, de parcourir de long en large son appartement et de régulièrement y verser des seau d’eau et y balayer pour garantir un minimum d’hygiène.

Le 13 juin 1795

En effet, par arrêté du 25 Prairial An III (13 juin 1795) du Comité de Sûreté Générale (Archives Nationales -AFII 278, folio 1605, F7-4392) -donc un jour après la signature de l’Acte de décès de son prétendu frère – Madame Renée Hillaire de Chanterenne (1762-1838) est nommée dame de compagnie de la princesse. Elle est autorisée à recevoir des visites, notamment celle de sa compagne de jeu à Versailles, aux Tuileries et quelques jours au Temple, Pauline de Tourzel ainsi que la mère de cette dernière.

Sa garde-robe fut entièrement transformée : jolies robes aux belles couleurs, rubans etc.. aucune tenue de deuil !.. …(Le Bulletin du Temple note que pour le 10 août 1795 sont livrés à Madame Royale, chemises de toile fine de Hollande, bas de soie de couleur, souliers, déshabillés avec taffetas ; au 20 septembre 1795 : elle s’habille d’une robe de nankin vive tous les jours ; etc..).

Pourtant, ses donneurs d’ordre et elle-même sont supposés savoir que son frère vient de mourir…

Marie-Thérèse et madame de Chanterenne dans des images d'un Secret d'Histoire consacré à Madame Royale

Le 3 septembre 1795

Madame de Tourzel et sa fille, Pauline, rendent, pour la première fois, visite à Madame Royale, l’Orpheline du Temple :

« En arrivant au Temple, je remis ma permission aux deux gardiens de Madame, et je demandais à voir Madame de Chantereine en particulier. Elle me dit que Madame était instruite de tous ces malheurs, qu’elle nous attendait et que nous pouvions entrer. Je la priai de dire à Madame que nous étions à la porte. Je redoutais l’impression que pouvait produire sur cette princesse la vue de deux personnes qui, à son entrée au Temple, accompagnaient ce qu’elle avait de plus cher au monde, et dont elle était réduite à pleurer la perte; mais heureusement la sensibilité qu’elle éprouva n’eût aucune suite fâcheuse. Elle vint à notre rencontre, nous embrassa tendrement, et nous conduisit à sa chambre, ou nous confondîmes nos larmes sur les objets de ses regrets. Elle ne cessa de nous en parler, et nous fit le récit le plus touchant et le plus déchirant du moment où elle se sépara du Roi son père, dont elle était si tendrement aimée, et auquel elle était si attachée.
Je ne puis ajouter au récit de Cléry qu’un trait, qui peint la grandeur d’âme de ce prince et son amour pour son peuple.»

Je laisse parler Madame :

« Mon père, avant de se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais penser à venger sa mort; et il était bien assuré que nous regarderions comme sacré l’accomplissement de sa dernière volonté. Mais la grande jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une impression plus forte. Il le prit sur ses genoux et lui dit: « Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le serment est encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez, en levant la main, que vous accomplirez la dernière volonté de votre père.»
Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si touchante fit encore redoubler les nôtres.»

On ne peut rien ajouter à une semblable réflexion dans un pareil moment. Nous avions laissé Madame faible et délicate, et en la revoyant au bout de trois ans de malheurs sans exemple, nus fûmes bien étonnées de la trouver belle, grande et forte, avec cet air de noblesse qui fait le caractère de son visage. Nous fûmes frappées, Pauline et moi, d’y retrouver les traits du Roi, de la Reine, et même de Madame Élisabeth. Le ciel la destinait à être le modèle de ce courage qui, sans rien ôter à la sensibilité, rend cependant capable de grandes actions, ne permit pas qu’elle succombât sous le poids de tant de malheurs. Madame en parlait avec une douceur angélique; nous ne lui vîmes jamais un seul sentiment d’aigreur contre les auteurs de tous ses maux. Digne fille du Roi son père , elle plaignait encore les français, et elle aimait toujours ce pays où elle était si malheureuse; et sur ce que je lui disais que je ne pouvais m’empêcher de désirer sa sortie de France pour la voir délivrée de son affreuse captivité, elle me répondit avec l’accent de la douleur: «J’éprouve encore de la consolation en habitant un pays ou reposent les cendres de ce que j’avais de plus cher au monde. ». Elle ajouta, fondant en larmes et sur le ton le plus déchirant: «J’aurais été plus heureuse de partager le sort de mes bien-aimés parents que d’être condamnée à les pleurer.»
Qu’il était douloureux et touchant en même temps d’entendre s’exprimer ainsi une jeune princesse de quinze ans, qui, dans un âge où tout est espoir et bonheur, ne connaissait encore que la douleur et les larmes! Elle nous parla avec attendrissement du jeune Roi son frère, et des mauvais traitements qu’il essuyait journellement […]. Je ne pus m’empêcher de demander à Madame comment avec tant de sensibilité, et dans une si affreuse solitude, elle avait pu supporter tant de malheurs.
Rien de si touchant que sa réponse, que je ne puis m’empêcher de transcrire: « Sans religion, c’eût été impossible; elle fut mon unique ressource, et me procura les seules consolations dont mon cœur puisse être susceptible; j’avais conservé les livres de piété de ma tante Élisabeth; je les lisais, je repassait ses avis dans mon esprit, je cherchais à ne pas m’en écarter et à les suivre exactement.
En m’embrassant pour la dernière fois et m’excitant au courage et à la résignation, elle me recommanda positivement de demander que l’on mit une femme auprès de moi. Quoique je préférasse infiniment ma solitude à celle que l’on y aurait mise alors, mon respect pour les volontés de ma tante ne me permit pas d’hésiter.
On me refusa, et j’avoue que j’en suis bien aise. Ma tante, qui ne prévoyait que trop le malheur auquel j’étais destinée, m’avait accoutumée à me servir seule et à n’avoir besoin de personne. Elle avait arrangé ma vie de manière à en employer toutes les heures: le soin de ma chambre, la prière, la lecture, le travail, tout était classé. Elle m’avait habituée à faire mon lit seule, me coiffer, me lacer, m’habiller, et elle n’avait, de plus, rien négligé de ce qui pouvait entretenir ma santé. Elle me faisait jeter de l’eau pour rafraîchir l’air de ma chambre, et avait exigé, en outre, que je marchasse avec une grande vitesse pendant une heure, la montre à la main, pour empêcher la stagnation des humeurs.»
Ces détails si intéressants à entendre de la bouche même de Madame nous faisaient fondre en larmes.

Mémoires de Madame de Tourzel

Madame royale d'après nature par un commissaire de la Commune

 

Le 8 décembre 1795

 Pierre Bénézech (1745-1802), ministre de l’Intérieur, commet le citoyen Gomin, l’un des commissaires à la garde du Temple, «d’accompagner jusques à Basle Marie Thereze Charlotte aujourdhuy détenue au Temple. Il se conformera en tout aux instructions qui lui seront donnée par le citoyen Mechin chargé de la conduite de Marie Thereze Charlotte et de son échange»...
Bâle 5 nivôse (26 décembre). Théobald Bacher (1748-1813), chargé d’affaires de la République en Suisse, certifie que «la fille du dernier Roi des français ayant été remise à Basle, en ma présence, au Prince de Gavre commissaire autrichien», la commission dont fut chargé le citoyen Gomin se trouve remplie :

«il s’en est acquitté avec tout le zèle et l’exactitude possible»… 

Le 18 décembre 1795

Madame Royale quitte la prison du Temple pour être remise  à sa famille autrichienne… en échange des commissaires français livrés aux Autrichiens par Dumouriez, dont fait partie Jean-Baptiste Drouet (1763-1824), le sinistre responsable de l’arrestation de la famille royale à Varennes…

Madame de Tourzel se propose alors pour accompagner la princesse jusqu’à Vienne. Mais sa compagnie n’est pas jugée souhaitable par le comité de Salut public qui se méfie des convictions royalistes de l’ancienne gouvernante. C’est Madame de Soucy, l’ancienne sous-gouvernante du Dauphin, qui l’accompagne.

Départ de Marie-Thérèse du Temple

Au contraire de sa mère, Marie-Thérèse sera très proche de sa tante, Marie-Christine (1742-1798) pendant son exil à Vienne jusqu’au décès de cette dernière en 1798.

« Je suis sortie du Temple le 19 décembre à 11 heures et demi du soir sans être aperçue de personne à la porte de la rue j’ai trouvé Mr Benezech. La rue du temple était déserte il n’y avait que l’homme attaché à Mr Benezech. Il m’a donné le bras et nous avons été à pied jusqu’à la rue Mélée, là nous avons rencontré sa voiture où je suis monté avec lui et Mr Gomin. Nous avons fait plusieurs tours dans les rues et enfin nous sommes arrivés sur les boulevards devant l’opéra ou nous trouvâmes la voiture de poste avec Mde Soucy et Mr Méchin officier de gendarmerie […] aux portes de Paris on nous a demandé notre passeport. À Charenton la première poste, on n’a pas voulu d’assignats les postillons on voulu absolument être payés en argent»… Déjeuner à Guignes: «on ne m’a pas reconnu […] j’ai été reconnu à la poste de Provins, il y a eu du monde qui s’est assemblé près de la voiture»

À Nogent sur Seine elle a été reconnue par la femme d’auberge qui la «traita avec beaucoup de respect.»

« La cour et la rue se remplirent de monde nous remontâmes en voiture, on s’attendrit en me voyant et on me donna mille bénédictions»…

Puis Gray, Troyes, Vendeuvre, Chaumont, Fayl-Billot, Vesoul, Ronchamp, Belfort, avec des détails sur les haltes, les postes, les attroupements…

« Nous arrivâmes le soir à onze heures à Befort. Nous en repartîmes le lendemain 24 décembre à six heures du matin. Nous éprouvâmes encore beaucoup de difficultés dans le chemin enfin nous arrivâmes à Huningue à la nuit tombante le 24 décembre».

Elle ajoute, à propos de Jean-Baptiste Gomin (1757-1841) :

« Ce voyage malgré mon chagrin m’a paru agréable par la présence d’un être sensible dont la bonté dès longtemps m’était connue mais qui en a fait les dernières preuves en ce voyage par la manière dont il s’est comporté à mon égard, par sa manière active de me servir quoiqu’assurément il ne dut pas y être accoutumé. On ne peut l’attribuer qu’a son zèle. Il y a longtemps que je le connais cette dernière preuve ne m’était pas nécessaire pour qu’il eut toute mon estime mais il l’a encore davantage depuis ces derniers moments. Je ne peux dire davantage mon cœur sent fortement tout ce qu’il doit sentir; mais je n’ai pas de parole pour l’exprimer. Je finis cependant par le conjurer de ne pas trop s’affliger d’avoir du courage je ne lui demande point de penser à moi je suis sur qu’il le fera et je lui réponds d’en faire autant de mon côté».

Marie-Thérèse à Madame de Chanterenne

Marie-Thérèse en 1797, environ

En 1796

L’église Sainte-Marie-du-Temple est détruite ainsi que le cimetière qui l’entourait.

 

On enferme au Temple les vaincus du camp de Grenelle ; puis les conspirateurs Brottier ; Duverne de Presle ; les proscrits du 18 fructidor avant leur déportation à Sinnamary ; l’anglais William Sidney-Smith (1764-1840), le défenseur de Saint-Jean d’Acre qui y restera deux ans ; enfin, après la découverte de la conspiration contre le premier consul, Moreau, Georges Cadoudal (1771-1804), les frères Polignac, Armand (1771-1847) et Jules (1780-1847), et Jean-Charles Pichegru (1761-1804) qui s’y étrangle. Le matin du , on trouve son corps sans vie, une cravate noire serrée autour du cou en tourniquet à l’aide d’une cheville de bois

Jean-Charles Pichegru
Le général Pichegru. Sa mort par strangulation en 1804 à la prison du Temple était peut-être un crime maquillé en suicide.

 

 

Au début du XIXe siècle

La Tour du Temple devient un lieu de pèlerinage royaliste.

 

 

En 1808

Pour cette raison d’attachement à l’Ancien Régime, la Tour du Temple est détruite sur ordre de Napoléon Ier (1769-1821).

Reconstitution de la Tour dans l'actuel square du Temple, près de la rue des Archives, qui contient une petite allée de tilleuls sous lesquels Louis XVI se promena pendant sa détention et un saule pleureur qu'aurait fait planter en 1814 Madame Royale, devenue duchesse d'Angoulême, lorsqu'elle revint à Paris

En 1810

L’hôtel du Grand Prieur devient une caserne de gendarmerie.

En 1811

Le Temple est restauré pour servir de ministère des cultes.

Les alliés y établissent leur quartier général

En 1812

La cavalerie prussienne campe dans l’enclos et les jardins.

En 1816

Louis XVIII fait don de l’hôtel à Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, abbesse de Remiremont, qui fait élever une chapelle expiatoire dont l’entrée est rue du Temple. Cette princesse établit sous sa direction un couvent de Bénédictines qui existera jusque 1848.

En 1848

Les religieuses abandonnent l’hôtel du Temple qui est rattaché au domaine national.

En 1854

Le Temple est démoli, le sol nivelé, et il ne reste plus sur l’ancien enclos que la rotonde du Temple et les boutiques des revendeurs, au milieu des rues Cafarelli, Dupetit-Thouars, de la Petite-Corderie, Perrée, Dupuis, etc. qui forment le quartier du Temple.

En 1889

Exposition universelle de 1889 : la tour du Temple reconstituée, vue prise du quai d'Orsay, 3e arrondissement, Paris

Sources :

Antoinetthologie

-Henri de Curzon, La Maison du Temple de Paris : histoire et description : avec deux planches : thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris, Hachette, Paris (1888)

La famille royale au Temple : le remords de la Révolution de Charles-Éloi Vial (Perrin, 448 p.), 2018

Mémoires de la duchesse de Tourzel, gouvernante des Enfants de France de 1789 à 1795

Les Chroniques de la Révolution, Larousse, 1988

Journal de ce qui s’est passé à la Tour du Temple, de Jean-Baptiste Hanet, dit Cléry

Dernières Heures de Louis XVI par l’abbé Edgeworth de Firmont

-https://montjoye.net/maison-du-temple

Mémoire écrit par Marie-Thérèse de France

Ce que serait le Temple aujourd'hui

3 réflexions sur “La Tour du Temple”

  1. COUSSEMENT Maurice

    Bonjour
    Je prépare une conférence sur ce sujet, et en particulier sur le passage de Madame Royale à Vesoul le nuit du 22 décembre 1795. J’ai trouvé aux archives de la ville des informations sur ce passage. Mais j’aimerais connaître si cela est possible, les détails de ce passage tels qu’ils sont décrits par Marie-Thérèse dans sa lettre « relation de voyage » adressée à madame de Chanterenne.
    Bien cordialement
    MC

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