Jean-Baptiste Cléry

Jean-Baptiste Cant Hanet dit Cléry par le peintre Henri-Pierre Danloux

Le 11 mai 1759

Naissance de Jean-Baptiste Cant Hanet, dit Cléry (1759-1809).

Il est le fils de Benjamin Cant Hanet (1736-1788) et de Marguerite Laurent (1737-1801).

Son père loue la la ferme du Jardy à Vaucresson et est receveur des vingtièmes, dans la banlieue de Paris, depuis 1757, date à laquelle il a quitté son emploi à Trianon ( le grand actuel, le seul de l’époque…). En effet, Benjamin, le jardinier du Trianon, a été accusé à tort d’avoir enlevé la fille de son collègue. Bien que son innocence a été prouvée, il a perdu son emploi. Grand amateur de jardinage, il crée à Jardy un si beau jardin qu’il fait l’admiration de tous, mais le destin voulut que sa famille revienne à la Cour de Versailles.

 Il est valet de chambre de madame de Guéménée.

En 1760

Naissance de son frère Pierre-Louis Hanet (1760-1834).

En 1763

Marguerite Laurent est remarquée, alors qu’elle nourrit son enfant au milieu des prés, par Madame la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767), au cours d’une promenade en voiture. Charmée par cette scène bucolique, et par cette incarnation d’une telle beauté et de santé, l’auguste princesse lui propose la charge de nourrice pour son enfant à venir : Madame Elisabeth qui naîtra le 3 mai 1764.

Marguerite offre à la princesse de se promener dans son jardin et Benjamin, qui connaît bien la famille royale, s’empresse de présenter ses plus belles fleurs et ses meilleurs fruits.

Dès le lendemain de cette visite inattendue

On vient chercher Marguerite de la part de madame de Marsan, alors gouvernante des enfants de France.

Malheureusement une chute, au cours de laquelle elle se casse deux dents, l’empêche d’exercer cette charge. L’étiquette stricte lui interdit d’allaiter un enfant de France. La nourrice d’une petite-fille de France à la brillante cour de Louis XV ne peut être édentée. Elle n’en est pas moins remarquée par la princesse de Guéménée (1743-1807), qui l’emploie comme nourrice de son fils Charles-Alain-Gabriel de Rohan (1764-1836), le duc de Montbazon.

Marie-Josèphe «en marmotte» par Jean-Marc Nattier
«La visite à la nourrice», vue de manière sentimentale par Etienne Aubry
De son côté (le fils aîné du Dauphin, Louis-Auguste, duc de Berry), trouve les jardins et les vergers si beaux, qu’il veut, tout voir, et se fait accompagner par Cléry, mon aîné, à peine âgé de onze ans, qui lui montre jusqu’à la basse-cour et le colombier. Il dit à mon frère en le quittant :
– Je reviendrai te voir à la ferme ; je veux me promener encore avec toi, et si cela te plaît je t’attacherai à mon service
.
Hélas ! il ne se doutait guère alors, ce malheureux prince, que vingt-quatre ans (trente ans, en fait, si la date est bonne) après le petit campagnard, qu’il avait déjà la bonté d’affectionner, deviendrait le seul témoin de ses douleurs dans une prison, qu’il recevrait ses derniers embrassements, et serait le seul dépositaire de ses dernières volontés !
 
« Mémoires de Pierre-Louis Hanet Cléry »

Vers 1763

L’instruction de Jean-Baptiste est prise en charge par madame de Guéménée qui l’envoie, ainsi que certains de ses frères, dans la maison d’éducation de Monsieur Guiné. C’est à cette époque que Jean-Baptiste Cant, use du surnom de Cléry pour être distingué de son frère Pierre Louis Hanet.

La princesse de Guéménée par Ducreux

« Cette princesse, qui voulait que ses protégés lui fissent honneur, avait mis dans les mains de mon frère un manuscrit contenant les diverses ordonnances de Louis XIV sur l’institution des charges et offices à la cour, et fixant leurs devoirs et leurs attributions. Alors Mme de Polignac fit mander mon frère, qui lui procura le manuscrit en question, appartenant à la bibliothèque royale ».

Pierre-Louis Hanet

Après avoir terminé son apprentissage, Cléry devient le valet de chambre de madame de Guéménée et est installé à l’hôtel de Soubise, à Paris, où il continue ses études.

L'hôtel de Soubise

Le 16 mai 1770

Le Dauphin Louis-Auguste (1754-1793) épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793).

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux

Le 10 mai 1774

Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles vers quatre heures de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.

Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis

Le 11 juin 1775

Louis XVI est sacré à Reims.

Louis XVI lors de son sacre à Reims par Benjamin Warlop

« Cléry, d’un naturel posé et studieux, sut bien mieux que moi profiter de l’éducation et des soins qu’on nous prodiguait ; appliqué, réfléchi, il ne cherchait de délassement que dans la lecture ; le genre élevé, tragique même, était toujours ce qui le flattait davantage, et souvent on l’entendait déclamer des tirades de nos meilleurs auteurs ; il aimait surtout répéter le fameux ‘Qu’il mourût !’ ». Cette citation de l’«Horace» de Corneille nous fait penser à une réflexion faite par Cléry dans « Le Journal du Temple », p.62, à propos de la sieste du roi qui est pour lui comme une prémonition du sommeil éternel de son maître ; « Le plus grand silence régnait pendant ce sommeil. Quel spectacle ! [….] Son Épouse, ses Enfants, sa Sœur, contemplant avec respect ses traits augustes, dont le malheur semblait encore augmenter la sérénité, et sur lesquels on pouvait lire d’avance le bonheur dont il jouit aujourd’hui !…..Non ! Ce spectacle ne s’effacera jamais de mon souvenir. » Hanet poursuit plus loin dans ses Mémoires, en parlant de Cléry : « Sa conduite dans la prison du Temple a prouvé qu’il était encore l’homme dont le caractère sublime est si bien peint dans Horace ». Quant au portrait physique « Cléry, sorti de l’adolescence, avait cinq pieds six pouces, et je puis dire, en empruntant le langage des beaux-arts, qu’il offrait une coupe de visage à ‘l’antique’. Son œil étincelant annonçait une âme de feu ; ses sourcils, ses cheveux noirs décoraient le plus beau front ; la denture la plus riche et la plus régulière se faisait remarquer à la faveur d’un aimable sourire ; son maintien modeste, mais assuré promettait un caractère égal.»

Portrait de Cléry par son frère Pierre-Louis Hanet

Pierre-Louis Hanet dit Cléry

En 1778

Adonné comme il l’est aux études sérieuses, Cléry est bientôt remarqué; l’empressement, le zèle et l’intelligence dont il fait preuve dans son service lui méritent toute la bienveillance de madame de Guéménée : c’est à tel point que, dans un voyage en Hollande et aux eaux de Spa, elle en fait son secrétaire particulier, puis son bibliothécaire.

Le 22 octobre 1781

Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François premier Dauphin.

Naissance du Dauphin par Jean-Michel Moreau, le jeune

A la naissance du Dauphin Louis-Joseph (1781-1789), madame de Guéménée réserve à Cléry une place de valet de chambre mais continue à le garder à son service.

En 1782

Les Guéménée font banqueroute, abandonnent leurs charges, tombent en disgrâce et doivent s’exiler.

Les places vacantes de la domesticité du Dauphin sont pourvues et Cléry, qui vient de se marier avec Marie-Elisabeth Duverger, fille de la harpiste madame de Beaumont, elle-même musicienne au service de la Reine, et «admise depuis l’âge de quatorze ans aux concerts particuliers de la Reine, puis musicienne de la Chambre du Roi, puis musicienne des concerts spirituels de la Cour», se retrouve alors sans emploi. Elle est plus probablement répétitrice de la Reine, comme harpiste, et elle est aussi connue comme claveciniste. Marie-Elisabeth est la fille d’un garçon de la Musique du Roi.

Avertie de la situation, la Reine le fait nommer comme valet de chambre-barbier de Louis XVI et lui réserve le poste de valet de chambre du prochain enfant royal à naître.

Cléry doit donc habiter le Grand Commun, destiné à loger le personnel de Versailles. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir cet article :

Le 27 mars 1785

Naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, futur Dauphin en 1789. C’est au service de ce prince qu’est attaché Cléry. 

 

Vers sept heures du soir

Louis-Charles de France naît au château de Versailles. Il est baptisé une heure plus tard dans la chapelle royale du château par le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, en présence d’Honoré Nicolas Brocquevielle, curé de l’église Notre-Dame de Versailles : son parrain est Louis Stanislas Xavier de France, comte de Provence, et sa marraine est Marie-Caroline de Naples, représentée par Madame Elisabeth.

Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola
Yolande de Polignac par Jean-Laurent Mosnier, Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d'Alençon
Image de Marie-Antoinette (1938) de Van Dyke
Louis-Charles, duc de Normandie par Élisabeth Vigée Le Brun

« 27 mars 1785.
Couches de la reine du duc de Normandie à sept heures et demie ; tout s’est passé de même qu’à mon fils ; le baptême a été à huit heures et le  Te Deum  ; il n’y avait de prince que le duc de Chartres ; il n’y a eu ni compliment, ni révérences ; Monsieur et la reine de Naples parrains.»

Journal de Louis XVI

Le comte de Provence par Elisabeth Vigée Le Brun (1782)
Marie-Caroline de Naples par Elisabeth Vigée Le Brun (1790)
Image du Versailles secret de Marie-Antoinette de Sylvie Faiveley et Mark Daniels (2018)
Madame de Polignac et le duc de Normandie d'après Pierre-Paul Prud'hon, (1758-1823) par Benjamin Warlop
Le parterre du Midi

En mai 1785

Dans ses mémoires Jean-Baptiste Cléry Hanet rapporte un épisode survenu en 1785 (quand Madame Royale n’avait pas encore sept ans) et qui jette une lumière différente sur la relation entre la Reine et Sa fille. En effet, dans plusieurs mémoires, on lit que la Reine est très sévère avec l’enfant qui a un caractère difficile. Madame Royale a souvent une attitude irrévérencieuse et insolente envers sa mère. Il ressort plutôt de l’épisode que la Reine comme toutes les mamans ne sait pas toujours dire non à Sa fille.

Cléry écrit :

« Toutes les années, le 1er mai, avait lieu à Versailles une foire brillante où les commerçants de la capitale exposaient ce qu’ils avaient de plus cher et de plus curieux ; toute la cour y participait et y faisait des achats pour encourager l’industrie et le commerce. Le jour même de l’ouverture de la foire, de bon matin, je m’amusais à regarder les bancs au fur et à mesure qu’ils étaient installés, lorsque j’ai vu une grande poupée d’une magnifique facture que des concierges installaient. J’ai tout de suite pensé qu’elle pourrait faire plaisir à la petite princesse, et je me suis renseigné sur le prix, faisant connaissance avec le commerçant car j’espérais pouvoir la faire acheter, lui recommandant de ne pas la vendre avant mon retour s’il avait pris un autre acheteur.
Je suis allé directement voir les sous-gouvernantes pour les faire participer à ma découverte et la femme de chambre de la princesse lui a demandé d’aller voir la poupée aussi. Elles s’y rendirent avec Madame Royale; mais elles la trouvèrent trop chère et estimèrent ne pas pouvoir l’acheter, malgré le désir exposé de l’auguste enfant. Au moment où elles sont rentrées, elles ont trouvé la reine dans les appartements de sa fille. Elle la vit en larmes et lui demanda ce qui l’affectait ainsi :
« Ah maman – répondit-elle – nous sommes allées voir à la foire une belle poupée que Hanet a découvert, et ces dames n’ont pas voulu l’acheter. « 

« Ah – reprit la reine – si Hanet était là, il l’a sûrement prise. »

Je n’avais pas besoin d’en entendre plus. Rapide comme un éclair, je vole, attrape la poupée, et l’apporte triomphante à la princesse, à qui je l’ai présente sous le nom pompeux de Madame la comtesse de Miranda. La surprise et la joie de la princesse furent telles qu’elle ne savait pas comment les exprimer. Malheureusement, le souvenir de cette circonstance, toujours si doux pour moi, laissa sans doute peu de traces dans la mémoire de Madame la Dauphine ; mais si ce livre venait un jour sous ses yeux, elle ne pourra pas oublier les jours heureux de son enfance. »

Jean-Baptiste Cléry

Le 9 juillet 1786

Naissance de la princesse Sophie-Hélène-Béatrix, dite Madame Sophie, dernier enfant de Marie-Antoinette.

Le 18 juin 1787

Mort de Madame Sophie avant son premier anniversaire.

Sophie-Hélène-Béatrix de France par Élisabeth Vigée Le Brun
Madame Sophie par Elisabeth Vigée Le Brun
Marie-Antoinette et Ses enfants, par Elisabeth Vigée Le Brun, 1787, la mort de Madame Sophie laisse le berceau vide que désigne le Dauphin Louis-Joseph...

En 1788

Hanet, le premier au chevet de son père mourant, promet de s’occuper de sa mère et de ses frères et sœurs ; il devient, avec l’accord de ceux-ci, et par un acte notarié, propriétaire des biens familiaux pour pouvoir remplir cette promesse.

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

Ouverture des Etats Généraux

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le duc de Normandie devient Dauphin.

 

 

Un mois après la mort du Dauphin Louis-Joseph

Le duc d’Harcourt, la duchesse et leurs petites filles s’étant retirés, les appartements sont occupés par Louis Charles duc de Normandie, devenu Dauphin à l’âge de quatre ans, et par sa sœur aînée Madame Royale, accompagnés de leur gouvernante et de son mari, la duchesse et le duc de Polignac.
Selon les ordres donnés à Monsieur Loiseleur par la gouvernante dans les premiers jours de juillet, il faut procéder à de petits travaux consistant «dans quelques changements de cloisons légères pour distribuer convenablement au service de Madame fille du Roi».

 

Selon la volonté de madame de Polignac et de la Reine Elle-même, les travaux devaient commencer dès le lundi 6 juillet, malgré la présence du Prince et de la Princesse. La nouvelle organisation que madame de Polignac entendait mettre en place consistait à muer l’ancien appartement du Dauphin en un «Appartement des Enfants de France», commun au Dauphin et à sa sœur.
Ainsi, après la salle-des-Gardes et les deux antichambres, laissant sur la droite le service de Madame Royale, on trouverait sur la gauche trois chambres communicantes : la première pour Madame Royale dans l’ancienne chambre à coucher du Dauphin, la deuxième pour le Dauphin Louis-Charles dans le Cabinet d’angle, et la troisième pour la gouvernante dans l’ancienne bibliothèque.
A la suite, l’ancien appartement du duc d’Harcourt serait devenu celui de monsieur de Polignac, et celui de la duchesse d’Harcourt serait repris par la duchesse de Polignac pour y établir ses pièces de représentation, y compris la salle à manger dont elle demandait le rétrécissement.

Louis-Charles et Marie-Antoinette dans le film de Sofia Coppola
Louis-Charles par Elisabeth Vigée Le Brun

Un contemporain trace ainsi le portrait du nouveau Dauphin :

« Il avait un peu plus de quatre ans. Sa taille était fine, svelte cambrée et sa démarche pleine de grâce. Son front, large et découvert, ses sourcils arqués, ses grands yeux bleus, étaient frangés de longs cils châtains, son teint, d’une éblouissante blancheur, se nuançait du plus frais incarnat. Ses cheveux, d’un blond cendré, bouclaient naturellement et descendaient sur ses épaules. On retrouvait sur sa physionomie noble et douce quelque chose de la dignité de Marie-Antoinette et de la bonté de Louis XVI. Tous ses mouvements étaient pleins de grâce et de vivacité. Il était tendre pour ceux qui l’aimaient, attentif pour ceux qui lui parlaient, poli pour tout le monde. Ces excellentes qualités étaient toutefois tempérées par une vivacité et une impatience singulières. Il souffrait avec peine le joug des femmes commises à son service et combattait de toutes les forces de son âge la règle établie pour son lever et son coucher. Son indocilité cessait à la vue de sa mère

Louis-Charles dans sa calèche tirée par une chèvre avec la Reine, composition de Benjamin Warlop

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David

Le 11 juillet 1789

Renvoi de Necker

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 16 juillet 1789

Les Polignac émigrent sous les conseils de la Reine: la duchesse est très impopulaire.

Madame de Polignac est remplacée par la marquise de Tourzel (1749-1832), veuve du Grand Prévôt de France.

Le départ des Polignac par Benjamin Warlop

Le 24 juillet 1789

Marie-Antoinette adresse à la nouvelle gouvernante de Ses enfants cette émouvante lettre où Elle les décrit si bien :

« Mon fils a quatre ans quatre mois moins deux jours. Je ne parle pas ni de sa taille, ni de son extérieur, il n’y a qu’à le voir. Sa santé a toujours été bonne, mais, même au berceau, on s’est aperçu que ses nerfs étaient très-délicats et que le moindre bruit extraordinaire faisait effet sur lui. Il a été tardif pour ses premières dents, mais elles sont venues sans maladies ni accidents. Ce n’est qu’aux dernières, et je crois que c’était à la sixième, qu’à Fontainebleau il a eu une convulsion. Depuis il en a eu deux, une dans l’hiver de 87 à 88, et l’autre à son inoculation ; mais cette dernière a été très-petite. La délicatesse de ses nerfs fait qu’un bruit auquel il n’est pas accoutumé lui fait toujours peur ; il a peur, par exemple, des chiens parce qu’il en a entendu aboyer près de lui. Je ne l’ai jamais forcé à en voir, parce que je crois qu’à mesure que sa raison viendra, ses craintes passeront. Il est, comme tous les enfants forts et bien portants, très étourdi, très léger, et violent dans ses colères ; mais il est bon enfant, tendre et caressant même, quand son étourderie ne l’emporte pas. Il a un amour-propre démesuré qui, en le conduisant bien, peut tourner un jour à son avantage. Jusqu’à ce qu’il soit bien à son aise avec quelqu’un, il sait prendre sur lui, et même dévorer ses impatiences et colères, pour paraître doux et aimable. Il est d’une grande fidélité quand il a promis une chose ; mais il est très indiscret, il répète aisément ce qu’il a entendu dire, et souvent sans vouloir mentir il ajoute ce que son imagination lui a fait vois. C’est son plus grand défaut, et sur lequel il faut bien le corriger. Du reste, je le répète, il est bon enfant, et avec de la sensibilité et en même temps de la fermeté, sans être trop sévère, on fera toujours de lui ce qu’on voudra. Mais la sévérité le révolterait, parce qu’il a beaucoup de caractère pour son âge ; et, pour donner un exemple, dès sa plus petite enfance le mot pardon l’a toujours choqué. Il fera et dira tout ce qu’on voudra quand il a tort, mais le mot pardon, il ne le prononcera qu’avec des larmes et des peines infinies. On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi, et quand ils ont eu des torts, à me les dire eux-mêmes. Cela fait qu’en les grondant j’ai l’air plus peinée et affligée de ce qu’ils ont fait que fâchée. Je les ai accoutumés tous à ce que oui, ou non, prononcé par moi, est irrévocable, mais je leur donne toujours une raison à la portée de leur âge, pour qu’ils ne puissent pas croire que c’est l’humeur de ma part. Mon fils ne sait pas lire, et apprend fort mal ; mais il est trop étourdi pour s’appliquer. Il n’a aucune idée de hauteur dans la tête, et je désire fort que cela continue. Nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu’ils sont. Il aime sa sœur beaucoup, et a bon cœur. Toutes les fois qu’une chose lui fait plaisir, soit d’aller quelque part ou qu’on lui donne quelque chose, son premier mouvement est toujours de demander pour sa sœur de même. Il est né gai. Il a besoin pour sa santé d’être beaucoup à l’air, et je crois qu’il vaut mieux pour sa santé le laisser jouer et travailler à la terre sur les terrasses que de le mener plus loin. L’exercice que les petits enfants prennent en courant, en jouant à l’air est plus sain que d’être forcés à marcher, ce qui souvent leur fatigue les reins.
Je vais maintenant parler de ce qui l’entoure. Trois sous-gouvernantes, mesdames de Soucy, belle-mère et belle-fille, et madame de Villefort. Madame de Soucy la mère, fort bonne femme, très instruite, exacte, mais mauvais ton. La belle-fille, même ton. Point d’espoir. Il y a déjà quelques années qu’elle n’est plus avec ma fille ; mais avec le petit garçon il n’y a pas d’inconvénient. Du reste, elle est très fidèle et même un peu sévère, avec l’enfant : Madame de Villefort est tout le contraire, car elle le gâte ; elle a au moins aussi mauvais ton, et plus même, mais à l’extérieur. Toutes sont bien ensemble.
Les deux premières femmes, toutes deux fort attachées à l’enfant. Mais madame Lemoine, une caillette et bavarde insoutenable, contant tout ce qu’elle sait dans la chambre, devant l’enfant ou non, cela est égal. Madame Nouville a un extérieur agréable, de l’esprit, de l’honnêteté ; mais on la dit dominée par sa mère, qui est très intrigante.
Brunier le médecin a ma grande confiance toutes les fois que les enfants sont malades, mais hors de là il faut le tenir à sa place ; il est familier, humoriste et clabaudeur.
L’abbé d’Avaux peut être fort bon pour apprendre les lettres à mon fils, mais du reste il n’a ni le ton, ni même ce qu’il faudrait pour être auprès de mes enfants. C’est ce qui m’a décidée dans ce moment à lui retirer ma fille ; il faut bien prendre garde qu’il ne s’établisse hors les heures des leçons chez mon fils. C’est une des choses qui a donné le plus de peine à madame de Polignac, et encore n’en venait-elle toujours à bout, car c’était la société des sous-gouvernantes. Depuis dix jours j’ai appris des propos d’ingratitude de cet abbé qui m’ont fort déplu.
Mon fils a huit femmes de chambre. Elles le servent avec zèle ; mais je ne puis pas compter beaucoup sur elles. Dans ces derniers temps, il s’est tenu beaucoup de mauvais propos dans la chambre, mais je ne saurais pas dire exactement par qui ; il y a cependant une madame Belliard qui ne se cache pas de ses sentiments : sans soupçonner personne on peut s’en méfier. Tout son service en hommes est fidèle, attaché et tranquille.»

Marie-Antoinette

Madame de Tourzel par Benjamin Warlop

 

 

Madame de Tourzel, ayant reçu les consignes et les conseils de la Reine le 24 juillet, entre en fonctions le 26. Elle s’installe presque aussitôt, avec sa fille cadette Pauline, près des Enfants Royaux, mais selon une organisation toute différente de celle qui avait été arrangée par madame de Polignac.

 

Cette fois, la notion d’un «Appartement des Enfants de France» étant exclue, le Dauphin Louis-Charles dispose de tout l’appartement de son défunt frère Louis-Joseph (excepté la bibliothèque), et sa sœur Madame Royale de celui de la duchesse d’Harcourt (hormis le cabinet particulier sur parterre, la pièce des bains et les entresols sur cours).

Louis-Charles passe sa première enfance dans l’insouciance, sa vie parmi les enfants de la Cour se déroulant entre les escaliers du château de Versailles et la terrasse du Midi où a été aménagé un petit jardin qui fait le bonheur de l’héritier du trône. Il est entouré d’une nombreuse Maison, comprenant de très nombreux serviteurs attachés à sa personne, parmi lesquels Agathe de Rambaud, sa berceuse, madame de Tourzel sa gouvernante et Cléry, son valet.

La terrasse du Midi

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop
Images de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Cosme-Joseph de Saint-Aulaire, le chef de brigade des gardes-du-corps en service, entre dans la chambre du Dauphin et avertit madame de Tourzel que le château et envahi :

« Je me levai précipitamment et je portai sur le champ Mgr le Dauphin chez le Roi qui était alors chez la Reine.»

Madame de Tourzel

« Ma mère me fit coucher dans son appartement : vers cinq heures du matin, j’entendis les portes s’ouvrir vivement. La Reine parut. Elle était à peine habillée et avait l’air très effrayé. Elle prit Madame, l’emmena et demanda à ma mère de monter , sans perte de temps, Monseigneur le Dauphin chez le Roi
Malgré son agitation, la Reine remarqua mon trouble Bonne, comme toujours, elle me fit un geste de la main : « N’ayez pas peur, Pauline, restez tranquille« , me dit-elle

Pauline de Tourzel, plus tard comtesse de Béarn

Accompagnée de Sa fille, Marie-Antoinette rejoint la chambre du Roi où est réunie toute la famille royale. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie en tenant la main de Ses enfants. Pour pouvoir La viser, la foule crie : «Pas d’enfants!». Louis-Charles et Marie-Thérèse rentrent dans la chambre d’apparat du Roi.

Jane Seymour en Marie-Antoinette, Katherine Flynn en Madame Royale Marie-Thérèse Charlotte, Sean Flynn en Dauphin Louis-Charles au balcon de la Chambre du Roi, le 6 octobre 1789 (La Révolution française, Les Années Lumière de Robert Enrico, 1989)
Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

La famille royale est ramenée de force à Paris, on appelle le Roi, la Reine et le Dauphin, « le boulanger, la boulangère et le petit mitron».

Ils s’installent aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place. En arrivant dans ce vieux palais des rois, Louis-Charles se navre :

«Tout est laid, ici, Maman
-Louis XIV y logeait et s’y trouvait bien, mon fils, ne soyons pas plus difficiles que lui.»

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place. Cléry et sa famille suivent la Cour.

« Rien n’était préparé pour les recevoir. Mgr le Dauphin passa la nuit sans gardes, dans un appartement ouvert de tous côtés et dont les portes pouvaient à peine se fermer. Je les barricadai avec le peu de meubles que je trouvai et je passai la nuit près de son lit, plongée dans la douleur et les plus tristes réflexions.»

Madame de Tourzel

L’appartement de madame de Tourzel est au rez-de-chaussée du pavillon de Flore des Tuileries. Sa fille loge dans l’entre-sol au-dessus. Le Dauphin est placé près du Roi ; son appartement communique avec celui de sa gouvernante par un escalier dont elle et la Reine ont seules la clef.

« Les chambres du Roi et du Dauphin sont voisines : Louis XVI fait pratiquer un oculus qui lui permet, sans sortir de sa chambre de surveiller le sommeil de son fils. A côté du lit de Louis-Charles se dresse celui de la gouvernante. Les deux lits sont recouverts de damas vert, celui du Dauphin est rehaussé de franges. A côté, un cabinet sert à la fois de salle d’études et de salle de jeux à l’enfant.»

Jacques Bernot, Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI (2022) ; Nouvelles Editions Latines

C’est dans cet appartement , pendant les quelques jours de calme qui suivent leur arrivée à Paris, que la Reine vient prendre le thé et assister aux petits jeux de Madame Royale, du Dauphin, de Pauline et des enfants des autres dames invitées à ces petites réunions. Pendant que la Reine s’entretient avec les autres dames dans le salon, Pauline a la haute surveillance et la direction des amusements. Ces douces réunions n’ont qu’une courte durée. Bientôt, la Reine cesse de se rendre chez madame de Tourzel dans la crainte de la compromettre en lui témoignant trop d’affection.

Le Dauphin peut faire quelques promenades dans le jardin des Tuileries et Pauline partage ses jeux ; il est escorté de quelques gardes nationaux, sous les ordres d’un chef de bataillon, qui écartent la foule se pressant avec intérêt sur le passage du petit prince, pour l’admirer en faisant l’éloge de sa gentillesse et de sa beauté. La gouvernante ne peut être satisfaite de ces exercices insuffisants ; la pépinière du jardin est donc disposée pour devenir le jardin particulier du Dauphin, et c’est là qu’il prend ses ébats avec plus de liberté, toujours avec Pauline.

Les Tuileries dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico
Louis-Charles (1790) , école française

Louis-Charles s’intéresse beaucoup à l’hôpital et demande fréquemment à le visiter. Pendant cette période, il commence aussi à garder son argent de poche dans un petit coffret que lui offre sa tante Elisabeth. Le Roi, qui le voit compter son argent à l’intérieur de la caisse, lui dit : « Quoi, Charles, vous économisez comme un avare !»
L’enfant répond : «Oui, père, je suis avare, mais c’est pour les pauvres enfants perdus

 

Le 11 mars 1790

Un lapin blanc élevé par le Dauphin le mord à la lèvre.

 

Été 1790

La famille royale est autorisée à séjourner à Saint-Cloud.

Le château de Saint-Cloud (reconstitution virtuelle)

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Courant novembre jusqu’au 8 décembre 1790

Séjour de la famille royale au château de Saint-Cloud.

La Reine et Ses enfants dans le parc de Saint-Cloud par François Dumont

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale. Louis-Charles est habillée en petite fille et joue le rôle d’une petite Aglaé, sa sœur est Amélie, filles de Madame de Korff, rôle qui revient à Madame de Tourzel. Marie-Antoinette devient leur gouvernante, Sophie Rochet et Louis XVI, l’intendant Durand. Madame Elisabeth est la dame de compagnie de la baronne de Korff.

Le 21 juin 1791

 Le Roi et la Famille Royale sont arrêtés à Varennes.

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte. Cléry retrouve le petit Dauphin éprouvé. Le valet a-t-il été mis au courant de ce voyage? Ses écrits ne nous le disent pas ; mais il n’avait pas intérêt que l’on perçoive sa proximité avec la famille royale jusque dans ces perspectives …

Après leur arrestation, madame de Tourzel et d’autres personnes liées à l’affaire de la fuite de Varennes sont gardées prisonnières et interrogées. La gouvernante n’est pas à la prison de l’Abbaye, mais gardée dans les appartements du Dauphin.

« La Reine montait chez M. le Dauphin, par un escalier qui communiquait intérieurement de son appartement dans celui de son fils ; elle passait chez M. le Dauphin accompagnée de quatre officiers ; elle trouvait la porte fermée. C’étaient les bornes de la prison de Mme de Tourzel, qui, étant suspendue de ses fonctions de gouvernante, était cependant constituée prisonnière dans une pièce de l’appartement du prince. Un des gardes frappait en disant : « La Reine » Le garde de Mme de Tourzel qui habitait la même chambre qu’elle allait ouvrir à la Reine qui entrait pour prendre son fils et le mener chez le Roi par l’intérieur ; ils étaient suivis par huit officiers.
Madame de Tourzel était arrêtée dans l’appartement de son malheureux petit prince, ne pouvant parler à personne.»

La princesse de Tarente

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le Roi refuse.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.
Images de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi

 Traversant le jardin des Tuileries, Louis XVI et sa famille sont conduits jusque dans la loge grillagée du greffier de l’Assemblée nationale (ou loge du logotachygraphe) , où ils restent toute la journée.

 Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l'ordre donné aux Suisses «de déposer à l'instant leurs armes».
La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager.  Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)

Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du roi de rendre les armes en plein combat. Cléry réussit à s’enfuir et à échapper à l’arrestation en sautant d’une fenêtre du palais à l’initiative de son frère Hanet. Les autres domestiques ayant préféré se cacher sont massacrés par la populace.

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

Caricature qui montre Louis XVI coiffé du bonnet vert des forçats

Cléry doit solliciter une faveur de Pétion pour être admis à servir au Temple, et cela l’a fait passer très brièvement pour un agent des révolutionnaires. Mais il n’avait vraiment pas d’autre choix pour être auprès de ses princes…

La famille royale amenée au Temple le 13 août 1792 dans Les Années Terribles (1989)
La Tour du Temple

Le 26 août 1792

Cléry, ancien valet de chambre du prince royal, entre le soir, à huit heures, au Temple. Il a fait la demande, le 24 août, à Pétion, maire de Paris, de continuer à son service auprès du prince royal. Pétion donne son accord et en informe Louis XVI qui donne aussi son accord. Il assistera le Roi jusqu’à son exécution.

« Peu de temps après son arrivée au Temple, alors qu’il n’est pas encore tombé sous le « charme » de Louis XVI,  Cléry dénonce Hue pour « sa conduite incivique, entre autres d’avoir siffler devant le Roi l’air : ô Richard, ô mon Roi ».»

Le valet Cléry devant Louis XVI au Temple
Jean-Baptiste Cléry est interprété par Geoffrey Bateman dans Les Années Terribles (1989)
La Tour du Temple et son mur d'enceinte pendant la Révolution. Dessin de Jean-Antoine Auvray

Lors de l’emprisonnement de la famille royale, Cléry obtient de rester auprès d’elle et il mettra , pendant ses cinq mois de présence, tous ses soins à adoucir ses conditions de détentions.

« Mon père demanda qu’il (Cléry) revînt, les municipaux l’assurèrent qu’il ne reviendrait pas : cependant il fut de retour à minuit. Il demanda au Roi pardon de sa conduite passée, dont les manières de mon père, les exhortations de ma tante et les souffrances de mes parents le firent changer; il fut depuis très fidèle.»

Madame Royale

Or des créatures des révolutionnaires, il y en avait déjà pour servir la famille royale : le couple Tison, qui avait pour mission d’espionner les augustes prisonniers. Cléry, arrivé peu de temps après eux, a donc pu être sur le moment considéré par Marie-Thérèse comme investi du même rôle.

Jean-Baptiste Cant Hanet dit Cléry par le peintre Henri-Pierre Danloux

Description de la Tour du Temple vue de l’extérieur

Il faut passer par le palais du grand prieur pour arriver au mur d’enceinte de la Tour du Temple. Ce mur est percé d’une porte charretière, renforcée de barres en fer, munie de gros verrous et gardée par deux guichetiers et d’une porte piétonne. Ces deux portes sont surveillées par les guichetiers Pierre Louis Manuel et Richard. On pénètre ensuite dans le jardin. Alors, apparaît, entre les hautes frondaisons, la haute et sombre masse de la Tour du Temple, flanquée de ses quatre tourelles aux toits pointus, percées de meurtrières et d’étroites fenêtres. Les hottes obstruent les ouvertures sur deux étages. Les tuyaux de poêle courent sur la muraille, augmentant son aspect rébarbatif. Des girouettes surmontent le faîte de la Tour du Temple  et des quatre tourelles. Au-dessus du palais du grand prieur, on aperçoit le puissant donjon des templiers et, sur la gauche, la tour de César et le clocher de la collégiale bâtie sur le modèle de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

La Grande Tour

Elle se dresse à l’une des extrémités de l’ancien enclos, à la hauteur de l’actuelle mairie. La tour est une robuste bâtisse féodale, de quelque cinquante mètres de hauteur, l’épaisseur des murs est en moyenne de quatre mètres, elle comprend quatre étages, dont les voûtes en ogives retombent sur un pilier central. Elle est flanquée de quatre fortes tourelles, dont l’une enferme un escalier en colimaçon. Sur la façade de la Grande Tour on accole, à une date postérieure, la Petite Tour.

La Grande Tour est inutilisée depuis des siècles lorsque l’entrepreneur Pierre-François Palloy est chargé de son réaménagement. Il divise chaque étage en plusieurs pièces avec des cloisons et des faux plafonds dissimulant la voûte très élevée. Ces cloisons sont recouvertes de papiers peints.

La Petite Tour

Accolée à la façade de la Grande Tour, la Petite Tour, dont la construction étroite est flanquée de deux tourelles, ne communique pas avec la Grande Tour : ce détail a son importance. Elle comporte un rez-de-chaussée et quatre étages.

Pour mieux différencier la petite Tour de la grande 

Haute de vingt-cinq mètres, et d’une superficie d’environ 115 m², cette tour servait de logement à l’archiviste de l’ordre, Jacques-Albert Berthelemy depuis 1783. La Commune lui ordonne de mettre son logement et son mobilier à disposition.

Du 13 août 1792, jusqu’au 26 septembre 1792

C’est dans cette petite tour qu’est emprisonnée le Roi Louis XVI.

Voici les dimensions de la Tour : - hauteur : environ 50 mètres- surface au sol : l’épaisseur des murs étant de 3 pieds soient environ un mètre, les côtés de 13,7 mètres en extérieur, il reste : 8m. de côté en intérieur, soit : 64 m² habitables par niveau, ou encore : 16 m² par pièce... Auxquels on rajoutera les tourelles accessibles.

Attributions des étages de la Petite Tour

Le 13 août 1792, le premier étage de la Petite Tour fest attribué aux trois femmes de chambre : Mesdames Bazire, Navarre et Thibaud. Le second étage est attribué à la Reine et Sa fille, Marie-Thérèse. Elles couchent dans l’ancienne chambre de Berthélémy (archiviste de l’ordre de Malte) qui a été expulsé de son domicile par les agents de la Commune, il n’a le temps de déménager que le mobilier du premier étage et les bouteilles de sa cave. Au même étage la princesse de Lamballe dort dans l’antichambre sur un lit de sangle, Louise-Elisabeth de Tourzel et le Dauphin partagent la même chambre. Il y a un cabinet de toilette et une garde-robe. Le troisième étage est attribué au Roi. Le Roi couche seul dans un lit à baldaquin. Madame Élisabeth partage sa chambre avec la jeune Pauline de Tourzel. Les valets François Hue et Chamilly couchent dans un cabinet assez étroit, ouvrant sur l’antichambre. Cet étage est également doté d’un cabinet de toilette et d’une garde-robe. En outre, le Roi dispose d’un cabinet de lecture aménagé dans l’une des tourelles.

Deux semaines après, quand arrive Cléry, François Hue et Chamilly ne sont plus là, il loge probablement à leur place. Dans la chambre de Cléry : un lit à quatre colonnes garni de siamoise noire, verte, rouge et jaune, une bergère en toile d’Orange, quatre chaises en velours d’Utrecht à petits carreaux vert et blanc, une commode en bois de rose, une armoire en chêne.

Mobilier du Temple au musée Carnavalet, Paris

Madame Cléry loue deux chambres près du jardin de la Tour du Temple et elle joue de la musique quand la Reine se promène dans ce jardin. Mais la police fait cesser ces concerts. Elle paye également un crieur des rues qui annonce les nouvelles importantes et les délibérations de la Convention, ce qui permet à Cléry de tenir le Roi informé des nouvelles.

La famille royale en promenade dans l'enclos du Temple
Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) à la prison de la Force.

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

La tête de la princesse , fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

A l’intérieur de la tour du Temple, la famille royale, tenue dans l’ignorance des événements, ne sait rien du carnage qui se déroule dans Paris… Un cri d’effroi est poussé au rez de chaussée : c’est madame Tison, qui vient de voir la pique sanglante. Cléry, qui lui aussi a vu le trophée macabre, est blanc d’effroi mais n’ose rien dire.

Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Une dispute éclate entre les gardes municipaux, les uns voulant que la Reine se montre, les autres ne le voulant pas. L’un d’eux finit par dire à Marie-Antoinette, qui demande ce qui se passe :

« Eh bien madame, puisque vous voulez le savoir, c’est la tête de madame de Lamballe que l’on veut vous montrer….»

La Reine tombe évanouie sans entendre la fin de la phrase. Les meurtriers continueront pendant prêt de trois heures à brailler et à réclamer la reine. Marie-Antoinette ne verra pas la tête de Son amie plantée sur la pique.

Marie-Antoinette est représentée évanouie devant la découverte du sort de Son amie. Elle est secourue par Madame Elisabeth  et Cléry (tout à droite).

Échappés de peu au massacre et fuyant ensemble, Hanet et Cléry se concertent sur leur devenir :

« Cléry me dit :
Mon cher Hanet, je suis résolu à tout entreprendre pour me rapprocher de nos maîtres et leur consacrer mon existence ; mais je ne puis le faire sans ton secours, et sans être rassuré sur le sort de ma femme et de mes enfants ; il faut que tu me jures, mon ami, de me remplacer auprès d’eux, et de ne jamais les abandonner. »
J’allais le lui promettre, lorsqu’il reprit :
Hanet, souviens-toi du serment que tu as prononcé au lit de mort de notre père,(….). Tu ne t’appartiens plus, Hanet, et tu ne peux trahir ni le serment fait à un père mourant, ni la confiance du monarque. A ces deux liens qui t’enchaînent, j’en ajoute un de plus en réclamant tous les soins pour ceux que je vais laisser après moi ; va, mon ami, c’est encore être agréable et utile à nos malheureux princes que d’aider un serviteur fidèle à leur consacrer ses services, et, s’il le faut, jusqu’à la dernière goutte de son sang. Enfin, ajouta-t-il en prenant ce ton grave et imposant qui lui allait si bien, je suis ton aîné, je représente ici notre père, et j’exige de toi ce sacrifice. »
Je lui fis ce serment qu’il réclamait. Dieu sait si je l’ai regardé comme sacré, si je l’ai toujours rempli fidèlement. »

Pierre-Louis Hanet

Les membres de la famille de Cléry sont : son épouse, Marie-Elisabeth, sa fille aînée, Bénédicte, sa seconde fille, Hubertine, son fils, Charles.
Madame Cléry et ces trois enfants sont liés à des degrés divers à la Famille Royale. Cléry et son épouse eurent aussi deux autres garçons, morts en bas âge.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

La vie quotidienne de la famille royale au Temple
Repas de la famille royale au Temple entre le 13 août 1792 et le 11 décembre 1792 (film Marie-Antoinette de Jean Delannoy, 1956)
Et en 1976 dans la série de Guy-André Lefranc

« Les Municipaux étaient très familiers et avaient très peu de respect pour mon père; il en restait toujours [un] qui le gardait à vue.»

Mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France

Reconstitution d'une chambre du Temple avec du mobilier provenant de chacune, au musée Carnavalet. Paris

Peu à peu la Famille Royale adopte un rythme de vie régulier :

6 h : lever du Roi. Prière. Le reste de la famille se lève un peu plus tard.
9 h : petit-déjeuner, assez copieux, du moins au début puis instruction des enfants
12 h : promenade sur le chemin de ronde
13 h : retour dans les appartements
14 h : déjeuner puis jeux du type échecs et broderie
16 h : sieste du Roi puis, de nouveau, instruction des enfants
20 h : dîner et coucher des enfants
21 h : dîner des adultes
Vers minuit : coucher

Louis XVI et sa famille à la prison du Temple par Edward Ward
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc
Aménagement du Temple dans Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc : Cléry prie aux côté de la Reine et du Dauphin

« Valet de chambre aux Tuileries, Cléry était un ami au Temple… »

Alcide de Beauchesne

Joseph Falcucci est Cléry dans Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Le 26 octobre 1792

Le reste de la famille royale rejoint le Roi dans la Grande Tour. On sépare la Reine de Son fils, qui logera avec le Roi.

Détention de la famille royale

Le rez-de-chaussée n’avait pas été transformé. Le conseil de surveillance du Temple s’y installe le 8 décembre 1792. Cette vaste pièce d’environ soixante mètres est meublée de quatre lits destinés aux commissaires, d’un bureau, d’un pupitre destiné à Jean-Baptiste Cléry, d’armoires, dont l’une renferme les registres. C’est dans cette salle que les municipaux prennent leurs repas en compagnie des officiers de la Garde Nationale en service au Temple.

Le premier étage abrite le corps de garde, soit une quarantaine d’hommes qui couchent sur des lits de camps. Comme le rez-de-chaussée, cette salle est restée en l’état. Des sonnettes relient le corps de gardes à la salle du conseil et aux appartements de la famille royale. Le même escalier en colimaçon dessert tous les étages.

Plan du deuxième étage de la grande Tour

Le deuxième étage est affecté au Roi. Un couloir coudé, barré de deux portes, l’une en fer, la seconde en chêne, donne accès à l’escalier. Il comprend quatre pièces. Chacune est éclairée par une fenêtre grillagée et en partie obstruée par un abat-jour en forme de hotte. Dans l’antichambre on a affiché la Déclaration des droits de l’homme encadrée de tricolore. Cette pièce est en pierre de tailles et est meublée de quatre chaises, d’une table à écrire et d’une table à trictrac. Une cloison vitrée la sépare de la salle à manger. La chambre du Roi est tapissée de jaune vif et communique avec l’antichambre avec une double porte à vantaux. On la laisse ouverte toute la journée pour faciliter la surveillance. Cette pièce est dotée d’une cheminée qui fait face à la porte, surmontée d’une glace. Le lit du Roi est placé contre la cloison. En prolongement du lit royal, le lit de sangle destiné au Dauphin. Les meubles de l’étage du Roi proviennent du Palais du grand prieur de Malte. La tourelle sert d’oratoire. Auprès de la chambre du Roi se trouve la chambre de Jean-Baptiste Cléry. L’autre tourelle sert de garde-robe, la troisième tourelle de bûcher.

Le 3 décembre 1792

Pétion renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

En le rasant, Cléry informe le Roi de ce qui se passe dans le pays … Images des Années Terribles (1989)

Le 11 décembre 1792

Louis comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refuse. Monsieur de Malesherbes (1721-1794) se porte volontaire.

Billet autographe signé, daté du 20 décembre 1792, écrit depuis la Tour du Temple et
réclamant pour Marie-Antoinette plusieurs effets laissés aux Tuileries

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Louis XVI pendant son procès... on lui refuse l'usage du rasoir ...

Le 25 décembre 1792

Louis XVI rédige son testament dans lequel il mentionne son fidèle Cléry :

« Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.
Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.
Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel J.C. les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l’Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchire l’Eglise de J.C., mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Eglise suivie depuis J.C. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J.C. suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.
Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connaître scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.
Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.
Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher.
Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.
Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.
Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.
Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.
Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.»

Louis.

Louis XVI par Danloux

Du 16 au 18 janvier 1793

La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.

 

 

 

 

 

 

Voir cet article :

Le 20 janvier 1793 au soir

Louis XVI fait ses adieux à sa famille. Cléry est le seul témoin extérieur.

Les adieux de Louis XVI à sa famille par Benjamin Warlop

Louis XVI dit adieu à sa famille. Il promet à la Reine de La revoir le lendemain matin mais il ne le fera pas.

Cléry est souvent représenté assistant le Roi et la famille royale dans ces pénibles moments d’adieu …

Cléry en arrière plan ouvre la porte à un garde municipal
Ici, Cléry est intégré dans l'émotion du cercle de la famille royale
L’abbé Edgeworth de Firmont épaule la famille royale quand Cléry dissimule sa compassion sur le côté

Le lundi 21 janvier 1793

Le jour de l’exécution du Roi, Cléry passe la nuit dans la chambre du condamné et le réveille à cinq heures. Après l’avoir assisté dans sa toilette, il sert la messe célébrée par l’abbé Henri Edgeworth de Firmont (1745-1807).

À sept heures

Louis XVI confie ses dernières volontés à l’abbé.

Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour le Dauphin et son alliance pour la Reine ; à propos de l’anneau, il confie à son valet à l’intention de la Reine :

« Dites-lui bien que je le quitte avec peine. »

                                                                                                 Il conserve au doigt l’anneau du sacre.
Avant de mourir Louis XVI lui dit :

« Plus de courage, Cléry, ceux qui m’aiment ne doivent-ils pas souhaiter la fin d’une si longue agonie ? » 
Cléry lui répond :
« Ah ! mon maître, si mon zèle a pu vous être agréable, donnez-moi votre bénédiction ».

Le Roi serre alors Jean-Baptiste Cléry contre lui. Louis XVI part alors pour l’échafaud.

À neuf heures

Le bruit augmente, les portes s’ouvrent avec fracas, Santerre, accompagné de sept à huit municipaux, entre à la tête de dix gendarmes et les range sur deux lignes. À ce mouvement le Roi sort de son cabinet :

« Vous venez me chercher ? dit-il à Santerre.
Oui.»

Le Roi tient à la main son testament et s’adressant à un municipal nommé Jacques Roux, prêtre jureur :

« Je vous prie de remettre ce papier à la reine, à ma femme.
Cela ne me regarde point, répondit ce prêtre en refusant de prendre l’écrit. »

Sa Majesté s’adressant ensuite à Gobeau, autre municipal :

« Remettez ce papier, je vous prie, à ma femme ; vous pouvez en prendre lecture, il y a des dispositions que je désire que la commune connaisse. »…

Puis regardant Santerre : « Partons »

Cléry reste seul dans la chambre, navré de douleur et presque sans sentiment. Les tambours et les trompettes annoncent que Sa Majesté a quitté la tour…

A dix heures vingt-deux minutes

Louis XVI est exécuté place de la Révolution.

 Des salves d’artillerie, des cris de vive la nation ! se font entendre… Le meilleur des rois n’est plus !…

Dans Les Années Terribles de Richard Heffron, Cléry assiste à l'exécution de Louis XVI

Cléry n’est pas libéré car son dévouement au Roi lui vaut quelques semaines de détention supplémentaires au Temple.

Gouache de Jean-Baptiste Mallet: Au centre, assise sur une chaise, se tient Marie-Antoinette, à Sa gauche, Madame Royale, vêtue de blanc sur un fauteuil, et le jeune Louis XVII qui se tient debout. Entre eux Madame Elisabeth. A droite de la composition, deux municipaux surveillent la scène.

Le 3 juillet 1793

Par arrêté du Comité de salut public du 1er juillet 1793, Louis-Charles est enlevé à sa mère et mis sous la garde du cordonnier Antoine Simon (« l’instituteur » désigné sait pourtant à peine écrire) et de sa femme, qui résident au Temple.

La Séparation de Marie Antoinette et Son Fils (1856)  par Edward Matthew Ward
Le cordonnier Simon

 

Pendant une heure, la Reine lutte pour convaincre les cinq municipaux de Lui laisser Son fils… en vain… Ce n’est que lorsque les envoyés du Comité de salut public La menacent de s’en prendre à la vie de Ses enfants que Marie-Antoinette les laissent emmener Son Chou d’amour qui logera dans l’ancien «appartement» de Louis XVI, un étage en dessous… On imagine la douleur de Cléry d’apprendre cette séparation. Louis-Charles est comme un fils pour lui qui l’a servi depuis sa naissance. 

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie. Elle y est traitée avec une certaine bienveillance par une partie du personnel de la prison, dont surtout Rosalie Lamorlière (1768-1848).

Départ de Marie-Antoinette du Temple
Marie-Antoinette dans Sa cellule de la Conciergerie par Benjamin Warlop
La Veuve Capet par Jean-Louis Prieur

Du 25 septembre 1793 au 9 août 1794

Sa fidélité à la famille royale vaut à Cléry d’être incarcéré à la Force après le départ de la Reine pour la Conciergerie.  Il est emprisonné jusqu’à la chute de Robespierre en 1794.

Prison de La Force avant sa destruction
Portrait de Jean-Baptiste Cléry dans sa prison à la Force

Le 4 octobre 1793

Marie-Antoinette est entendue par Fouquier-Tinville et les représentants du tribunal révolutionnaire en vue de Son prochain procès qui se déroulera les 14 et 15 octobre

Hébert lance l’accusation d’inceste qui vaut à la Reine une réplique mémorable :

« J’en appelle à toutes les mères.»

La Reine réprouve les ignobles accusations d'Hébert avec grandeur par Benjamin Warlop
Images de Marie-Antoinette de Jean Delannoy

L’utilisation de cet enfant de huit ans qu’il ne côtoie plus seulement depuis quelques mois doit bouleverser Cléry, surtout lorsqu’il prend connaissances des ignominies qu’on lui fait déblatérer sous le joug de l’alcool et de la peur….

 

 

 

 

 

 

Voir cet article : 

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

En 1794

Cléry part pour Strasbourg où il rejoint son frère et où il rédigera son Journal. Il réussit à émigrer et à entrer en contact avec Madame Royale dont son frère avait d’ailleurs été valet de chambre avant la révolution.

Le 27 juillet 1794

Chute de Maximilien de Robespierre (1758-1794).

Maximilien Robespierre
Image du film de Benoît Jacquot Sade (2000) : l'arrestation de Robespierre

Le 28 juillet 1794

Mort de Maximilien de Robespierre qui est guillotiné place de la Révolution.

Le 9 août 1794

Libération de Cléry. Sans ressources, il trouve un emploi dans les bureaux des subsistances de la ville de Paris mais la modicité du salaire et la dévaluation de l’assignat l’obligent à vendre ses biens. Il gagne ensuite Vienne où il tente de publier son livre, sans en obtenir l’autorisation. C’est au cours d’une mission à Londres qu’il parvient à le faire imprimer, et l’ouvrage rencontre immédiatement une audience considérable.

Présentation :

La mort de Louis XVI, la captivité de la famille royale au Temple, le mystère Louis XVII : cette suite d’événements où l’histoire touche au mythe est par elle-même légendaire. Pour les connaître dans leur réalité quotidienne, il faut retourner aux rares pièces authentiques.

Voici donc rassemblés ici trois témoignages majeurs : ceux de Cléry, le valet de chambre du Roi, d’Edgeworth de Firmont, le confesseur du roi, enfin de la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, seule survivante du drame qui fit périr sa famille. Grâce à ces textes, nous pouvons revivre heure par heure, et comme si nous y étions, l’un des épisodes les plus émouvants de l’histoire de France.

L’été 1794

Des admirateurs anonymes louent un appartement au quatrième étage de la rotonde qui fait face à la tour du Temple. Là, profitant de ce que les bruits portent facilement, ils organisent de petits concerts de musique de chambre, toutes fenâtes ouvertes, pour en faire profiter l’illustre prisonnière. Parmi les habitués de ces petits concerts, la police identifie les anciens valets de Louis XVI, Hue et Cléry, et leurs épouses, ainsi que Madame de Tourzel et ses filles. Ces dernières qui se doutent de la situation de la princesse, s’offrent pour lui tenir compagnie.

Jacques Bernot, Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI (2022) 

Le Donjon et la Rotonde du Temple (tableau de J.-C Nattes, 1808)
Louis XVII agonisant

Le 8 juin 1795

L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.

Le comte de Provence par Adélaïde Labille-Guiard

Cléry est-il de ceux qui pensent que l’enfant du Temple qui est mort est bien le petit Roi qu’il a servi pendant huit années ? Ou dans l’espérance voudra-t-il croire en ceux qui se feront passer pour lui ? : Karl-Wilhelm Naundorff (1785-1845), Louis-Pierre Louvel (1783-1820 ou Jean-Marie Hervagault (1781-1812), entre autres, ont dû torturer son esprit comme celui de Marie-Thérèse, Madame Royale, qui refusera toujours d’en recevoir un seul… 

Le 19 décembre 1795

Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, quitte sa prison escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’Empereur François II. Cléry cherche à approcher la princesse en vain. Hanet avait promis à son frère de satisfaire aux besoins de sa famille :

Marie-Thérèse par Heinrich Füger

« Si tu as fait le serment de ne jamais abandonner nos maîtres, moi j’ai fait celui de l’accomplir, en t’aidant aujourd’hui à aller rejoindre Madame Royale »

Pierre-Louis Hanet

Cléry rejoint son frère à Strasbourg où il trouve un emploi d’inspecteur de l’agence des subsistances. Puis il quitte la France et ne rejoint Madame Royale qu’en Autriche où il entreprend la rédaction de son Journal. Jean-Baptiste rejoint ensuite puis le le comte de Provence (1755-1824) à Vérone. Ce dernier lui confie plusieurs missions.

Portrait de Jean-Baptiste Cléry signé Danloux/ 1798

Fin 1795

Cléry réside à Strasbourg chez son frère qui a établi une maison de commerce dans cette ville. Il y écrit la forme définitive de son « Journal ».

«Je déclare, moi, que c’est en France même, à Strasbourg, et sous mes yeux, que mon frère a écrit ses Mémoires, et qu’il n’a été aidé que par la personne que je lui avais donnée, laquelle n’a jamais fait que de tenir la plume ».
« Pendant son séjour à Strasbourg mon frère avait été admis dans une réunion secrète de vrais amis de la monarchie ; ils se rassemblaient chez un gros négociant, surnommé Furet ; l’introducteur de Cléry, l’adjudant-général Badonville, était désigné sous le nom de Coco.»

Pierre-Louis Hanet

François II d'Autriche

 

Le 31 mai 1798

L’auteur dédicace son livre à tous les grands de l’époque, celui-ci porte un envoi autographe signé à l’empereur d’Autriche François II. François II (1768-1835), Empereur du Saint Empire romain germanique de 1792 à 1806, puis Empereur d’Autriche sous le nom de François Ier de 1804 à 1835. Il est directement concerné par l’histoire de l’emprisonnement de la famille royale française puisqu’il est le neveu de Marie-Antoinette.

Le futur Louis XVIII nomme Cléry premier valet de la Chambre du Roi et le fait chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Le (futur) Roi lui adresse d’ailleurs ces mots : 

Mittau 11 juillet 1798

« Si quelque chose, mon cher Clery, pouvait augmenter en moi le sentiment que les malheurs de ma famille y excitent, votre ouvrage [Journal de ce qui s’est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI] que je viens de recevoir, eût produit cet effet. Il y a longtemps que je cherche, non le moyen de vous récompenser, des services comme les vôtres trouvent leur récompense en eux-mêmes, mais de me satisfaire en vous donnant une marque d’honneur qui puisse attester à la fois votre courageuse fidélité et ma reconnaissance, je crois l’avoir trouvé. La devise de l’ordre de St Louis fait assez connaître que Louis XIV l’institua pour être le prix de la valeur ; s’il ne se destina qu’aux services militaires, c’est que les preuves les plus éclatantes de la vertu qu’il voulait honorer, semblaient réservées à la profession des armes. Mais pouvait-il prévoir le sort qui attendait ses descendants ?
… Vous avez montré non moins de courage dans la prison du Temple, que le guerrier qui brave la mort au champ de l’honneur et en vous accordant la décoration qui lui sert de récompense, je ne blesse point l’esprit de cette noble institution.
Je regretterais de ne pouvoir vous armer Chevalier de ma propre main, si je ne croyais augmenter le prix d’un don qui vous sera transmis par celle de Monsieur ; et Louis XVI du séjour où ses vertus l’ont placé, applaudira au sentiment de ses deux frères réunis pour honorer de concert celui de ses sujets qui lui a donné jusqu’aux derniers moments des marques d’un dévouement à toute épreuve
 »…

Ordre de Saint Louis, croix de chevalier
Marie-Thérèse de France

 

Le 9 juin 1799

La fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Marie-Thérèse , épouse son cousin, Louis-Antoine, duc d’Angoulême (1775-1844), fils du comte d’Artois,  en présence du comte de Provence et de son épouse. La cérémonie est célébrée par l’évêque de Metz, grand aumônier de France.

Le duc d'Angoulême, en 1796, en exil, par Danloux

A partir de la fin de l’année 1799

Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres

En 1801

Cléry est autorisé à rentrer en France en 1801, il ne revient qu’en 1803.

En 1802

« Hanet, lors d’une promenade sur la grande Terrasse à Saint-Germain, rencontre Madame Campan, entourée de ses élèves. Celle-ci reconnaît Hanet et l’invite tout de suite à dîner le lendemain afin, dit-elle, de « faire connaître à mes jeunes élèves le frère du bon « Cléry ». A ce nom toutes jetèrent les yeux sur moi, et l’une d’elles s’écria :
Quoi, maman, monsieur est le frère du fidèle Cléry, dont les mémoires nous ont fait verser tant de larmes?
Oui, ma chère Hortense, et M. Hanet a servi à la cour, comme moi et comme son frère »

Pierre-Louis Hanet

En 1803

Il rentre en France auprès de sa femme et de ses trois enfants encore en vie.  C’est sans doute à ce moment que Cléry rencontre Chateaubriand qui en fait part en 1822, dans ses Mémoires d’Outre-Tombe :

« Nous assistâmes ensemble (avec Fontanes) à une scène digne de ces temps d’amertume : Cléry, dernièrement débarqué, nous lut ses Mémoires manuscrits. Qu’on juge de l’émotion d’un auditoire d’exilés, écoutant le valet de chambre de Louis XVI, raconter, témoin oculaire, les souffrances et la mort du prisonnier du Temple».

François-René de Chateaubriand

Napoléon Bonaparte qui cherche à s’attacher d’anciens serviteurs de la Couronne, lui fait proposer par madame Campan (1752-1822) le poste de premier chambellan de Joséphine de Beauharnais (1763-1814), mais Cléry refuse et s’exile. Il rejoint Marie-Thérèse devenue duchesse d’Angoulême à Varsovie puis à Vienne.

Fin 1803

Départ précipité de Cléry. Auparavant, Hanet, se rend à l’hôtel où il espérait retrouver son frère, est accueilli par sa belle-sœur, madame Cléry, qui aurait bien voulu partir avec son mari. Voici ce qu’elle lui dit à propos de ce fameux départ de Cléry :

« Le lendemain de l’arrestation de Cadoudal, un inconnu se présenta pour parler à ton frère ; Cléry le fit passer avec lui dans ce cabinet ; après une demi-heure de conversation, l’étranger se retira, et Cléry, sans me rendre compte de ce qui s’était passé, me dit qu’étant obligé de partir sur-le-champ, il me priait de faire préparer sa voiture tandis qu’il allait sortir pour quelques instants ; il revint, la voiture était prête, il y monta et partit sans que j’aie pu savoir à quoi attribuer ce départ imprévu ; il avait pourtant un passeport bien en règle et un permis de séjour pour trois mois, et les deux premiers ne sont pas encore écoulés ; des ennemis l’auraient-ils dénoncé et compromis dans l’affaire de Georges ou de Pichegru ? Tu devines bien, mon cher Hanet, l’impatience avec laquelle j’attends de ses nouvelles. »

Pierre-Louis Hanet

Cléry a-t-il conspiré, ou alors devons-nous ne pas extrapoler sur ce point ?

Pichegru, emprisonné dans la Tour du Temple, sera retrouvé étranglé ; madame Cléry ne devait plus revoir son mari ; enfin, le frère aîné du futur mari (Edouard de Gaillard) de la première fille de Cléry « périt avec Georges Cadoudal » et Edouard de Gaillard lui-même servit «successivement sous les ordres des généraux Mallet et Georges Cadoudal ».

Marie-Elisabeth souffrit certainement de l’émigration de ses trois enfants aînés demandée par leur père, et finit ses jours, en 1811, dans un certain dénuement, comme le révèle l’inventaire après-décès la concernant.

Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814

Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

Cléry repart en Pologne, puis en Autriche.

En automne 1808

Jean-Baptiste Cléry est frappé d’apoplexie.

Le 27 mai 1809

Décès de Jean-Baptiste Cant Hanet, dit Cléry, à Vienne.

 Il est enterré dans le cimetière de Hietzing ( Vienne ), sous l’épitaphe : Ci-gît le fidèle Cléry :

Tombe de Jean-Baptiste Cléry

En 1847

La duchesse d’Angoulême en rendant hommage à son ancien serviteur, fait élever, sur la tombe de celui-ci, une stèle portant l’inscription : 

« Au Fidèle Cléry ». 

Cet hommage royal s’adresse aussi à toute la famille de Cléry, qui lui a permis de réaliser sa volonté la plus profonde, et absolue : servir son Souverain et Sa Famille.

Sources :

  • Antoinetthologie
  • BERNOT Jacques, Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI (2022) ; Nouvelles Editions Latines
    Journal de ce qui s’est passé à la Tour du Temple pendant la Captivité de Louis XVI, Roi de France, par Cléry valet de chambre du Roi
  • Mémoires de P.L. Hanet-Cléry, ancien valet de Chambre de Madame Royale, aujourd’hui Dauphine, et frère de Cléry, dernier valet de chambre de Louis XVI ; munitionnaire général des armées, agent général des hôpitaux militaires à Saint-Domingue, conservateur des forêts dans l’île de Corse

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