La comtesse de Dillon

Thérèse de Rothe

Vers 1751

Thérèse-Lucy de Rothe est née vers 1751. Elle est la fille de Charles-Edward de Rothe (1710-1766), lieutenant-général des armées du Roi, inspecteur général de son infanterie et de Lucy Cary (1725-1804).

En 1769

Thérèse de Rothe épouse son cousin Arthur, comte de Dillon (1750-1794), né à Braywich en Angleterre le 3 septembre 1750, mort à Paris le 13 avril 1794. Député constituant, puis général français.

Arthur, comte de Dillon (1750-1794), par Jean Hilaire Belloc

Le 25 février 1770

Naissance de sa fille, Henriette Lucy de Dillon (1770-1853), qui deviendra marquise de la Tour du Pin. Dès lors,Thérèse-Lucy assiste à des concerts de virtuoses fameux chez l’archevêque de Narbonne, Mgr de Dillon. C’est probablement là qu’elle rencontre le prince de Guéménée (1745-1809), qui sera son grand amour. Ils vivront douze ans ensemble, jusqu’à sa mort qui le plongera dans un désarroi terrible.

Henri-Louis-Marie de Rohan, prince de Guéménée

Le 16 mai 1770

Le Dauphin Louis-Auguste épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette à Versailles.

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette Dauphine, huile sur toile de Joseph Ducreux, 1770

Le 10 mai 1774

Louis XV meurt à l’âge de soixante-quatre ans. Son petit-fils devient le Roi Louis XVI.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI (1775) par Joseph-Siffred Duplessis

En 1777

Le comte de Dillon  prend part à la Guerre de l’Indépendance américaine.

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick
Arthur de Dillon

 

 

En 1779

Alors qu’il n’est encore que colonel, Arthur de Dillon débarque sur l’île de la Martinique, commandant l’un des trois régiments irlandais envoyé par Louis XVI sous les ordres de La Motte Piquet. La venue de ces troupes aux Antilles est la conséquence de la participation de la France à la guerre d’indépendances des colonies britanniques des Etats-Unis d’Amérique. Le comte de Dillon est hébergé chez Laure de Girardin de Montgérald (1764-1816), cousine de Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie plus connue sous le nom de Joséphine de Beauharnais, future épouse du général Bonaparte et impératrice.

Le 20 janvier 1780

La comtesse de Dillon est nommée dame du palais surnuméraire.

Dames du Palais de la Reine par Moreau le Jeune
Marie-Antoinette et la princesse de Lamballe, tableau de Heinrich Lossow

Les dames du palais sont, dans la maison de la Reine, des dames de qualité chargées d’accompagner la Reine. Les offices de dame du palais ont été mis en place au XVIIe siècle, pour remplacer les demoiselles d’honneur, jeunes filles non mariées, placées auprès de la Reine. Ces différentes catégories de dames (femmes nobles mariées) ont un rang supérieur aux femmes, de chambre et de garde-robe, qui ne sont pas nobles.

« Ma mère plut à la reine, qui se laissait toujours séduire par tout ce qui était brillant, Madame Dillon était très à la mode ; elle devait par cela seul entrer dans sa maison. Ma mère devint dame du palais. J’avais alors sept ou huit ans.»

Madame de la Tour du Pin

La place de dame du palais de la Reine est un honneur que le Roi donne aux dames distinguées qu’il invite à former « la société de la Reine », c’est-à-dire Lui tenir compagnie et faire Sa cour intime. Elles forment le cœur de la Cour de la Reine, mais la place n’est ni une commission, ni un emploi, ni une charge à titre d’office. Le Roi donne simplement à chacune des dames 6000 livres sur le Trésor royal ; ces pensions ne sont pas payées sur le budget de la Maison de la Reine. Au dernier quart du XVIIIe siècle, on retint trois dixièmes ou 30%, un des plus lourdes taxations à la Cour. Des douze dames du palais, la moitié est des « titrées », c’est-à-dire les femmes de ducs, maréchaux de France ou grandes d’Espagne. Les six autres dames sont de la plus ancienne noblesse de France, mais ne jouissent pas du privilège de s’asseoir sur un tabouret en présence de la Reine. Celles-ci se tiennent débout, ou reçoivent un « carré » ou grand coussin à condition de s’occuper à des travaux d’aiguille. D’habitude, quatre des dames du palais sont en service par semaine. Leurs huit consœurs sont libres de rester dans leurs appartements de fonction à Versailles ou leurs hôtels particuliers à Paris. Quand Marie-Antoinette insiste pour avoir Ses amies qui forment la société de salon, nombreuses dames du palais se sentent exclues et le système commence à se dénouer, avec pour résultat que plusieurs des dames du palais ne servent guère.

«Almanach de la Cour», Seconde Édition de William Ritchey Newton

Le 18 février 1780

« La place de dame du palais surnuméraire accordée à la comtesse de Dillon a fait événement à Versailles, et y a donné lieu à beaucoup de combinaisons, à beaucoup de mesures calculées sur les différents intérêts des partis qui existent à la cour.»

Mercy-Argenteau à Marie-Thérèse

Si Marie-Antoinette a choisi cette dame, elle se méfie pourtant de la mère de sa candidate :

«Quelques mots sur madame de Roothe; nous les empruntons aux Lettres et Mémoires de Mirabeau, recueillis par le comte de La Marck : «Madame de Roothe, mère de madame de Dillon, dit La Marck, était intrigante et n’avait pas d’agréables manières. A peine la reine eut-elle témoigné de l’amitié à madame de Dillon et fait choix d’elle pour l’admettre au nombre de ses dames du palais, qu’elle s’aperçut que madame de Roothe cherchait à tirer parti de cette faveur pour se mêler de beaucoup de choses. Cela suffit pour que la reine se tînt sur la réserve ; sans retirer son amitié à madame de Dillon, elle en modéra les témoignages et ne la rapprocha plus d’elle aussi particulièrement. »

Mémoires du duc de Lauzun

Dans ses mémoires, madame de la Tour du Pin explique que les dames qui assistent au lever de la Reine se tiennent à contre-jour pour ne pas éclipser le teint «pourtant très frais et limpide» de Marie-Antoinette. Certains détails sont instructifs, par exemple, le ménage de la chambre de la Reine pendant qu’Elle est à la messe : les femmes de chambre enlèvent les draps et les mettent dans des corbeilles doublées de taffetas, puis entrent quatre valets «tout gonflés de leur importance» qui, cérémonieusement, retournent le lourd matelas avant que les femmes ne déplient des draps frais.
On ne balaie et passe la serpillière qu’ensuite…

Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)

André Castelot précise encore :

« Si Marie- Antoinette voit de la poussière sur la courtepointe de son lit et qu’Elle fait appeler, à l’aide de plusieurs intermédiaires, les garçons de la chambre, ceux-ci répondent que cette poussière n’est point de leur compétence, «le lit de la Reine étant réputé meuble quand Sa Majesté n’y est pas couchée…» C’est donc au premier valet de chambre tapissier qu’il faut s’adresser…»

«Quelle importunité!»

 

Voir ces articles: 

Selon l’Almanach de Versailles de 1781, elle reste surnuméraire et est mentionnée en 1782 comme dame du palais à part entière. L’Almanach royal ne mentionne pas quant à lui son statut de surnuméraire. Elle meurt en charge.

« Ma mère fut fort soignée dans ses derniers moments. La Reine vint la voir et tous les jours un piqueur ou un page était envoyé de Versailles pour prendre de ses nouvelles.»

Madame de la Tour du Pin, sa fille

Maëlia Gentil est Marie-Antoinette dans Un peuple et son Roi de Pierre Schoeffer

Le 7 septembre 1782

La comtesse de Dillon meurt à Paris, à l’âge de trente-e-un ans.

Le lendemain, pourtant, le chevalier de l’Isle raconte son agonie :

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

Paris, le 8 septembre 1782
« Vous demandez, mon bon Prince, ce que c’est que cela ? Je m’en vais vous le dire . C’est un pauvre homme, malheureux et triste, qui, trouvant injuste, de vous importuner de son malheur et de sa tristesse, pour cela même, ne vous écrit pas .
Nous avions ramené Mme (de) Dillon dans un état inquiétant sans doute, mais qui laissait pourtant espérer la ressource du voyage de Naples : elle nous est entièrement ôtée. La faiblesse, la maigreur, la destruction, sont, en moins de huit jours, parvenues au dernier période ( sic ). Cette affreuse maladie est celle que les Anglais nomme «galoping consomption»( la tuberculose pulmonaire) . C’est en effet avec une incroyable rapidité qu’elle mène à la mort; mais elle a , du moins, l’avantage de si bien dérober au mourant la connaissance du danger et la proximité du terme, que Mme Dillon, de qui nous attendons, d’un instant à l’autre, le dernier soupir, s’occupe, à l’instant même où je vous parle, des préparatifs de son voyage d’Italie, des ressorts de sa voiture, de la façon de placer ses malles, et de l’habillement qu’elle adoptera comme plus commode.
Elle a demandé à la Reine, qui est venue passer une demi-journée avec elle, la permission de ne point faire sa première semaine. La Reine, en lui accordant, n’a pu retenir ses larmes qu’heureusement elle a cachées bien vite en abaissant son chapeau car elles eussent peut-être retiré Mme Dillon de l’heureuse ignorance dans laquelle nous espérons qu’elle finira.
Monsieur de Guéménée fait la plus grande pitié. Sa douleur est si profonde et si vraie qu’elle m’inspirerait un sensible intérêt si je le voyais pour la première fois . Je le connais et je l’aime depuis vingt ans. Vous jugez combien mon affliction personnelle s’accroît encore de la sienne. Je le quitterai d’autant moins qu’il ne peut, dans ce moment-ci, ne compter que sur moi seul. (…)»

Le chevalier de l’Isle

Le général Arthur Dillon

 

Le général Arthur Dillon qui sera gouverneur de Tobago, député de la Martinique en 1789, aux Etats généraux, et général de l’armée républicaine pendant quelques mois, est beaucoup moins connu que ses filles de deux lits différents : Henriette, d’une part, célèbre auteur des Mémoires de madame de La Tour du Pin, et Fanny épouse du général Bertrand qui demeurera fidèle à l’Empereur Napoléon jusqu’à son exil à Sainte-Hélène. En revanche, à peu près tous les historiens ignorent, par suivisme et manque de connaissances plutôt que volontairement, le hardi projet formé fin juin 1793 par Arthur Dillon, aidé de quelques militaires et amis, de faire évader Marie-Antoinette de la prison du Temple. Ce projet qui sera éventé était suffisamment consistant pour donner lieu à une information à la Convention, peu après l’arrestation de Dillon et de quelques uns de ses complices, parmi lesquels le vicomte de Castellane qui trouvera le moyen de s’évader de la prison du Luxembourg, et révélera quelques aspects de cette malheureuse tentative.

 
Le 13 avril 1794
 
Le comte Arthur Dillon est guillotiné à Paris, en même temps de Lucile Desmoulins, tous accusés d’avoir voulu soulever la prison du Luxembourg. Sa fille, Elisabeth Françoise, dite Fanny,  épousera le général Bertrand, grand maréchal du palais de Napoléon Ier.

Sources : 

  • Antoinetthologie
  • Marie-Antoinette d’André Castelot, Librairie académique Perrin, 1953
  • Mémoires du chevalier de l’Isle
  • Mémoires du duc de Lauzun
  • Mémoires de Madame de la Tour du Pin

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