Les jardins du château de Versailles

Le parc du château de Versailles

Dans son ouvrage Manière de montrer les jardins de Versailles, Louis XIV (1638-1715) a conçu un guide à travers les bosquets et bassins des jardins du château. Sept versions sont rédigées entre 1689 et 1705, dont quelques-unes écrites de sa propre main. L’idée de ces Mémoires remonte au début du gouvernement personnel de Louis XIV. À l’instar des grands ministres des règnes précédents, le jeune Roi souhaite laisser à la postérité un témoignage de son oeuvre politique.  Le Dauphin (1661-1711) est alors âgé de sept ans et Louis XIV, soucieux de le préparer à son futur métier de roi, confie à Périgny le soin d’écrire des Instructions pour servir à la formation politique de l’héritier du trône. Même si le roi ne tient pas personnellement la plume, il suit de très près l’avancée du projet, fournissant des notes, dictant certains passages et apportant maintes corrections. Au printemps 1672, la guerre de Hollande suspend le travail de rédaction. Lorsqu’elle prend fin en 1679, le Dauphin est devenu un homme. Le Roi renonce donc à poursuivre l’œuvre entreprise. Mais cette manière de montrer les jardins de Versailles tend à compenser l’inachèvement de cet enseignement politique. Car à travers ces étendues et ces  bosquets, c’est bien le prestige de la France que Louis XIV a cherché à inspirer dans l’esprit de chaque visiteur. C’est aussi un guide pour les fontainiers qui se relaient afin d’activer les uns après les autres les fontaines des bassins qui ne peuvent fonctionner toutes en même temps.

Cet article choisit de suivre le parcours de Louis XIV au dépit parfois de la chronologie qui sera cependant rappelée dans l’historique de chaque bosquet ou bassin. Suivez donc Louis XIV dans cette invitation à la promenade… 

Didier Sandre est Louis XIV dans L'Allée du Roi de Nina Companeez
Jean-Pierre Léaud dans La Mort de Louis XIV (2016) d'Albert Serra
1) Terrasse ; 2) Parterre d'eau composé du bassin du Nord et de celui du Midi ; 3) Degré ; 4) Fontaine du Point du jour ; 5) Parterre du Midi ; 8) Les Cent-Marches ; 10) Le bosquet de la Reine ; 11) Le bosquet de la salle de bal ou bosquet des Rocailles ; 12) le bassin de Bacchus ; 13) Le bassin de Saturne ; 14) Le bassin du Miroir ; 15) Le bosquet du jardin du Roi ; 16) La salle des Marronniers ; 17) Le bosquet de la Colonnade ; 18) Le bassin d'Apollon ; 21) Grille de la petite Venise ; 23) Le bosquet de l'Encelade ; 24) Le bosquet des Dômes ; 25) Le bassin de Flore (le printemps) ; 26) Le bosquet de l'Obélisque ; 27) Le bosquety du Dauphin ; 28) Le bosquet de Cérès (l'été) ; 29) Le bosquet des Bains d'Apollon : 31) La fontaine de la Pyramide ; 32) Le bassin du Dragon ; 33) Le bosquet des Trois Fontaines ; 34) Le bassin de Neptune ; 35) Le bosquet de l'Arc de Triomphe ; 36) Le parterre du Nord ; 37) Tablette rectiligne ; 38) La fontaine du Soir ; 39) La rampe du Nord ; 40) Demi-lune du parterre de Latone ; 41) Le Tapis Vert ; 42) Le bosquet de la Girandole

Sommaire de l’article :

  • Le pavillon de chasse de Louis XIII
  • Le parterre d’Eau
  • Le parterre du Nord
  • Le parterre du Midi
  • La fontaine du Point du jour
  • Le parterre de Latone
  • Le bassin de Latone
  • Les sphinxs du parterre du Midi
  • Les plaisirs de l’île enchantée, Une semaine de fête dans les jardins de Versailles
  • Le bosquet de l’Arc de Triomphe
  • Le bosquet des Trois Fontaines
  • Le bassin du Dragon
  • L’allée d’Eau, ou allée des Marmousets
  • Le bassin des Bains des Nymphes
  • La grotte de Téthys
  • Jardins de Versailles, un état disparu : Le bosquet du Marais d’eau dit «Bosquet du Chêne Vert»
  • Le bosquet de l’Encelade
  • Les Cent Marches
  • L’Orangerie : protéger les arbres du Roi
  • La pièce d’eau des Suisses
  • Le potager du Roi
  • La petite Orangerie
  • Le Labyrinthe
  • Le bosquet des Rocailles, la salle de bal du jardin de Versailles
  • Le bassin du Char d’Apollon : toute la symbolique de Louis XIV
  • Le tapis vert
  • Le bosquet des Dômes, originellement appelé bosquet de la Renommée
  • Les quatre bassins des Saisons
  • Le bassin de l’Obélisque
  • Le bassin du Miroir
  • Le bosquet du jardin du Roi
  • Le bassin de Neptune
  • Le parterre de l’amphithéâtre, ou bassin de la salle des Antiques
  • La salle des Marronniers
  • Le bosquet de la Colonnade
  • Le buffet d’eau : le souvenir de Louis XIV au Grand Trianon
  • Le bassin des enfants dorés
  • Les deux bosquets symétriques : le bosquet du Dauphin et le bosquet de la Girandole
  • Un pavillon disparu : Le petit pavillon du bosquet du Dauphin
  • Le bosquet de la Reine
  • Le bosquet des Bains d’Apollon
  • Les salles vertes des Jardins de Trianon

1623-1624 : le projet
Le village de Versailles vers 1620 avant les constructions de Louis XIII : la maison du roi fut construite en 1623-1624 au sommet de la butte, entre le moulin et l’église. © Jean-Claude Le Guillou

Louis XIII a été obligé d’emmener les Reines à la garenne de Versailles non seulement assez éloignée du château mais qui en plus ne lui appartient toujours pas ! Cette situation ne peut plus durer et dès les jours suivants Louis XIII reste à Versailles afin de réfléchir à la question. Il lui faut une garenne à lui, et bien plus grande que celle des Gondi, au pied de son château. Bref un véritable parc. Parc séparé de son enclos précédemment défini par un fossé. L’arpenteur local Pierre Lesage devra ensuite repérer les lieux selon les dessins de Sa Majesté. Louis XIII doit repartir pour Saint-Germain le 6 mais revient dès le 13 afin d’assister Lesage dans ses mesurages. Tout le flanc ouest de la butte est concernée jusqu’aux prés de Sainte-Catherine, de Musseloup et de Trianon. De nombreux lieux-dits ont ainsi disparu mais dont les noms méritent d’être rappelés : Sous le Moulin, aujourd’hui les Bains d’Apollon, Latone et la Salle de Bal, la Maladerie devenue le bosquet de Vénus et du Vertugadin, Hochecorne qui a fait place aux bosquets de la Girandole et du Dauphin, le fief de Jehan Dupré pour les bosquets de l’Etoile et du Théâtre d’Eau, la Longue Raye aujourd’hui bosquet des Trois Fontaines, le tout pour un ensemble de cent cinq arpents, soit quarante-quatre hectares. Les mesures se font en trois tranches : une première partie concernant les terres alignées du chemin allant de Versailles à Trappes, puis la tranche du milieu qui correspond au Tapis Vert et enfin la troisième qui descend du Pont aux Meuniers jusqu’à Trianon. Louis XIII ne quitte Lesage que pour un bref aller-retour à Saint-Germain pour un Conseil. Il quitte véritablement Versailles le 20 novembre à la fin de l’arpentage.

Plan du parc de Versailles aujourd'hui

 

Dans cette histoire, les propriétaires, clercs ou laïcs, grands ou petits, perdent leurs rentes, censives et dîmes. Le prieur de Saint-Julien est en droit de se plaindre. Quelques laboureurs voient eux leurs champs déjà ensemencés réquisitionnés. Les artisans, marchands versaillais et bourgeois parisiens concernés peuvent endurer la perte car leurs terres ne constituent pas l’essentiel de leurs revenus. Par contre les journaliers qui travaillaient à ces terres perdent leur emploi. D’autres désagréments se rajoutent :  les chemins séculaires disparaissent. Les populations locales doivent désormais contourner le parc royal pour rejoindre les localités de Trappes ou de Trianon. Le Roi occupe alors près de 150 hectares, pour beaucoup pris sur des particuliers.

Plan de Versailles vers 1626, dessin de Jean-Claude Le Guillou, Versalia n°3, p. 93, 2000

 

Toutes ces parcelles sont ensuite unifiées et nivelées de manière à former un seul même ensemble. Afin de facilité la circulation, des grandes allées rectilignes sont dessinées, perpendiculaires espacées de cent toises et dont le quadrillage forme dix espaces, sept carrés, un rectangulaire et deux trapézoïdaux. Dans chacun on plante des arbres aux essences variées. Tous ces carrés ont vocation à rester sauvages sauf les quatre centraux coupés par un sentier en diagonale. C’est sur cette base, dessinée par Louis XIII, que Le Nôtre et Louis XIV vont créer leurs jardins.

 

Durant les mois suivants, le Roi continue ses courts séjours et s’il suit régulièrement la plantation de son parc, il ne reste guère à Versailles. On sait néanmoins que le 14 juin 1627, il déjeune directement dans ses cuisines. Le Roi ne peut guère profiter de sa demeure  puisqu’entre l’automne 1627 et le début de l’année 1628, il se trouve plusieurs mois en Aunis, à assurer le commandement du siège du siècle et de tomber sérieusement malade au même moment, pour repartir ensuite en guerre contre la Savoie puis remettre de l’ordre chez les protestants de Nîmes. Ces absences prolongées n’empêchent pas l’achèvement de la plantation du parc en juin 1629, date où le sergent du bailliage de Versailles Robert Parent pour le compte de l’archevêque est nommé garde du parc du Roi. Entretemps, Louis XIII, même éloigné, souhaite faciliter l’approvisionnement en eau, tant potable que pour l’arrosage, problème récurrent qui occupera longuement son fils. Il commande en juin 1629 au fontainier Alexandre Francini la construction d’un aqueduc. Il faut dire que Louis XIII a toujours été depuis ses quatre ans admiratif de l’art des Francini dont les frères puis fils et neveux s’occupent de tous les réseaux hydrauliques des parcs royaux. Le système souterrain mis en place, assez complexe pour un château si secondaire, pompe les sources des hauteurs du Chesnay.  Il sera utilisé jusqu’en 1666

Portrait des châteaux royaux de Saint-Germain-en-Laye en 1614 (BnF) Alessandro Francini (dessin) Michel Lasne (graveur)

Le 6 février 1631

Louis XIII se décide à transformer son petit relais de chasse en véritable château digne d’un Roi tout en conservant ses modestes proportions afin que ceux invités à partager son intimité puissent sentir le privilège qui leur est fait. C’est ce que fera plus tard Louis XIV avec Marly. Il faut avant tout que le Roi puisse véritablement être maître chez lui, d’en devenir le seul seigneur. Louis XIII demande donc à son conseiller et secrétaire de cabinet Michel Lucas, bientôt promu intendant de Versailles, de procéder aux vérifications et indemnisations auprès de tous les propriétaires qui se sont vus ces dernières années expropriés par Sa Majesté et de leur racheter définitivement leurs terres.

Le 23 avril 1631 

Les dix-huit propriétaires concernés ou leurs représentants (le receveur de M. de Gondi ou le nouveau concierge du Roi) sont attendus à l’église paroissiale à huit heures du matin. L’arpenteur Lesage est présent afin de valider les demandes et réclamations. Les remboursements en cours (ils prendront plusieurs mois tant les litiges et situations sont complexes), Louis XIII peut alors penser aux nouveaux travaux. C’est le moment aussi d’abattre l’enclos qui enfermait le château et ses jardins depuis 1624. Ceux-ci s’agrandissent donc de trois hectares de part et d’autre du château :  ce sont les emplacements des futurs Parterres du Nord et du Midi. Seize autres hectares sont rajoutés au parc sur les emplacements prochains du jardin du Roi, du bosquet de la Colonnade, la salle des Marronniers, les bosquets des dômes et de l’Encelade ainsi que la bosquet de l’Obélisque. 

Louis XIII décide d’enfermer d’une nouvelle muraille de trois mètres de haut environ ce jardin agrandi. L’intendant des jardins du Roi, Jacques Boyceau de la Barauderie est désigné pour dessiner ces nouveaux jardins. C’est pourtant un homme âgé mais le Roi le connaît depuis toujours et lui fait confiance : il a conçu tous les jardins de ses résidences depuis le règne de Henri IV qu’il a suivi militairement en tant qu’huguenot lors de sa reconquête du royaume avant de se convertir… à l’horticulture ! Tous ses collaborateurs, dont son successeur et neveu Jacques de Menours reprennent ses principes : avant tout maîtriser parfaitement l’art du dessin. Le jeune André Le Nôtre issu d’une famille aussi de jardiniers du Roi apprend le métier avec lui. Il sort tout juste de son apprentissage à l’atelier du Peintre du Roi Simon Vouet. 

Dessin d'un parterre du jardin du Luxembourg par Boyceau de La Barauderie
Plan du parc de Versailles en 1631, dessin de Jean-Claude Le Guillou, Versalia N°3, p. 96

Sur les nouvelles terres récupérées, des arbres décoratifs et fruitiers en espaliers sont installés sur ce qui deviendra l’emplacement du Parterre Nord. En symétrique au sud , le Roi commande un potager, un verger en pente (aujourd’hui une partie de l’Orangerie) et un petit bosquet de houx, recommandé par Boyceau pour ses feuilles persistantes l’hiver. Le potager et le verger sont confiés au jardinier Hilaire Masson. Il a peut-être été compétent mais l’on verra que ce ne sera pas le cas de son fils. L’empiétement du Roi sur les terres des particuliers commence à devenir très sensible, d’autant qu’en plus du diocèse de Paris, il touche maintenant celui de Chartres.

En 1637

 Jacques de Menours décède. Les jardins sont alors confiés à Claude Mollet le jeune issu d’une longue dynastie de jardiniers au service des résidences royales depuis Henri II et qui continuera à servir la monarchie jusqu’à Louis XV. Son épouse est la marraine d’André Le Nôtre. Il reprend évidemment les préceptes de Boyceau de La Barauderie.

En 1639

Claude Mollet met en place une terrasse «en gresserie». Il s’agit d’un long promontoire en balustrade situé entre le fossé et le parterre qui permet une vue en hauteur sur celui-ci, que Mollet fait reculer de deux ou trois mètres avec son bassin. Au centre, la balustrade s’interrompt par un perron qui permet de rejoindre le parterre. C’est alors une nouveauté architecturale dont s’extasient encore les visiteurs des années 1650 (voir le dessin d’Israël Sylvestre ci-haut). Le principe de Boyceau : 

«Il y a encore un grand plaisir à voir d’un lieu élevé les parterres qui sont en bas, lesquels en paraissent plus beaux et en sont mieux discernés.»

sera repris par ses successeurs, avec le génie que l’on admire toujours aujourd’hui dans les jardins de Versailles. 

L'ancienne terrasse en gresserie est encore visible entre le corps central et le Parterre d'Eau.

Le 22 mai 1641

Louis XIII rajoute 56 arpents de bois pris sur la forêt de Villacoublay à son domaine de Versailles. C’est sa dernière acquisition. Désormais, la seigneurie de Versailles compte 740 arpents (312 hectares), à quoi il faut rajouter 85 arpents pris sur les localités voisines de Satory, Montreuil et Glatigny.

Forêt de Versailles et étangs de La Minière, photographie de l'ONF

Début d’année 1643

Louis XIII passe quelques courts séjours à Versailles où il reçoit son frère, Mazarin et d’autres seigneurs. Le 18 février, il quitte Versailles définitivement pour Saint-Germain où commence sa dernière maladie le 21.

Début novembre 1654

Louis XIV décide de fêter la Saint-Hubert (saint patron des chasseurs et fête importante à la Cour) non pas comme le veut la tradition à Fontainebleau  mais entre Saint-Germain et Versailles. Cependant Louis XIV préfèrera les années suivantes vivre à Vincennes  plutôt qu’à Saint-Germain dont la forêt est tout aussi giboyeuse et plus proche de Paris. Le Roi ne vient pas à Versailles de l’année 1655, une seule fois en 1656, 1658 et 1660, deux fois en 1657.

Versailles, mal surveillé par le sieur Beaumont, négligé de la présence royale, va voir son domaine aux prises d’hommes sans scrupules. Jeanne Mongé veuve se remarie au sieur de Noiron nommé à son tour concierge au détriment du fils du précédent à qui devait revenir naturellement cette charge. Ce triste sire tente de tuer dans le parc Guillaume Masson _autre larron_ qui l’accuse de voler les fruits du verger. Ce dernier s’enrichit lui-même sur le dos du domaine car non content de louer des parcelles qui ne lui appartiennent pas, vend maintenant du bois des arbres appartenant au Roi de France. Une autre fois Masson menace la servante du concierge de la couper en deux si elle continuait à amener les bêtes de son maître sur la terrasse. Alors que ses propres vaches broutent les arbres en espaliers ! De nombreux désordres de sources diverses sont à constater, élargis à toute la capitainerie de Saint-Germain-en-Laye. Beaumont finit même assassiné dans cette forêt par deux cavaliers inconnus le 3 mai 1660. A cette date Louis XIV rejoint les Pyrénées pour se marier.

La forêt domaniale de Versailles, photographie de l'ONF. En 1660, un véritable coupe-gorge !

Le 25 octobre 1660

Louis XIV peut enfin présenter Versailles à la nouvelle Reine Marie-Thérèse. Les gazettes du temps, même les plus lyriques, taisent le nom de la Reine Mère qui refuse encore de s’y déplacer. Elle n’aura d’ailleurs bientôt plus le choix…

Or comme son père trente-quatre ans auparavant, c’est en présentant les lieux à son épouse que Louis XIV prend conscience de l’exiguïté des lieux, si peu conformes à sa dignité royale. Et qui justifie aussi peut-être la volonté d’Anne d’Autriche de ne pas y mettre les pieds. Or Louis XIV, contrairement à son père, aime briller. Si celui-ci a aussitôt recouru à des agrandissements puis embellissements après la première visite royale, son fils se doit de faire mieux. 

Faut-il encore financer tout cela : Bloin s’attelle à la tâche en augmentant les fermages locaux. Ce qui va rapidement s’avérer dérisoire.

 

 

Louis XIV réclame en premier lieu la réfection et l’augmentation de son verger. En effet, celui-ci a été non seulement plus que négligé par Olivier Masson mais est dessiné de forme irrégulière. Pour obtenir un rectangle ou un carré, il faut de nouveau exproprié les roturiers alentours. Qu’à cela ne tienne ! Blouin ne peut en aucun cas financer cet agrandissement par ses simples fermages. Colbert devra réguler le tout sur le budget des Bâtiments, mais seulement en 1664. Ce nouveau jardin fruitier deviendra plus tard l’Orangerie.

L'Orangerie ou l'ancien jardin fruitier du Roi
Vue de l'orangerie de Versailles

Octobre 1660 – Mars 1661

Le grand projet initial souhaité par Louis XIV est l’augmentation considérable du parc, sept fois plus grand que celui de Louis XIII. C’est encore prendre sur de nombreuses autres paroisses voisines (Trianon, Satory…) dont des terres appartenant toujours au prieuré. Cinq cents hectares de superficie sont rajoutés. L’arpenteur Le Sage _ou plus vraisemblablement son fils_ reprend du service. Les mesurages prendront plusieurs mois. Quant au financement, Louis XIV préfère attendre.

Plan du parc de Versailles en 1662, Bibliothèque Nationale
Ordres de Louis XIV concernant le nouvel arpentage, image de Versailles, le rêve d'un Roi, 2007
On peut comprendre le désarroi des courtisans à devoir se déplacer dans de telles conditions...Versailles le rêve d'un Roi, 2007
Louis XIV en visite à Versailles avant le début des premiers travaux, image Versailles le rêve d'un Roi, 2007
Image du film d'Alam Rickman Les Jardins du Roi (2014)

Nous vous invitons donc à suivre les indications de Louis XIV pour découvrir le domaine qu’il a conçu et créé : 

« En sortant du château par le vestibule de la cour de Marbre, on ira sur la terrasse ; il faut s’arrêter sur le haut des degrés pour considérer la situation des parterres des pièces d’eau et les fontaines des Cabinets.»

Louis XIV

La terrasse du château de Versailles

Le château de Versailles, symbole grandiose de la splendeur de la monarchie française, incarne l’opulence, le raffinement artistique et l’influence politique qui ont marqué l’histoire de la France. Niché à quelques kilomètres de Paris, ce joyau architectural est bien plus qu’un simple palais. Il est le témoin privilégié de siècles de révolutions et d’évolutions artistiques, reflétant les goûts, les ambitions et les extravagances de rois légendaires tels que Louis XIV, le Roi-Soleil. En parcourant les somptueuses salles, les jardins à la française et les histoires captivantes qui entourent ce lieu emblématique, plongeons dans l’épopée d’une époque fascinante, où la magnificence côtoie la tumultueuse histoire de la France, faisant du château de Versailles une destination incontournable pour tout passionné d’art, d’Histoire et de beauté intemporelle.

Le parterre d'eau, devant la façade ouest du château
Promenade de la cour dans le parc de Versailles par Jean Léon Gérôme en 1895
Le parterre d'eau

Le parterre d’Eau

Ces deux grands bassins rectangulaires reflètent la lumière et éclairent la façade de la galerie des Glaces. Pour Le Nôtre, la lumière est un élément du décor, au même titre que la verdure ; dans ses compositions, il équilibre les masses d’ombre et de clarté.

Plusieurs fois modifié, cet ensemble ne reçut sa forme définitive qu’en 1685. Le décor sculpté fut alors conçu et dirigé par Charles Le Brun : chaque bassin est cantonné de quatre figures de bronze figurant les fleuves et les rivières de France : La Loire et Le Loiret (par Thomas Regnaudin), Le Rhône et La Saône (par Jean-Baptiste Tuby), La Seine et La Marne (par Étienne Le Hongre), La Garonne et La Dordogne (par Antoine Coysevox) ; auxquelles s’ajoutent quatre nymphes et quatre groupes d’enfants disposés sur les grands côtés.

Le corps central du Château est bordé de deux parterres dont l’ampleur contribue à mettre en valeur les façades du bâtiment.

Le parterre d’Eau
Le degré, en arrière plan du bassin de Latone

Le parterre du Nord

Au Nord, on accède au parterre par un degré encadré de deux statues de bronze fondues en 1688 par les frères Keller : Le Rémouleur et une Vénus pudique. Le parterre est divisé en deux grandes parties centrées chacune sur un bassin circulaire. Il s’achève, au nord, par le bassin de la Pyramide. Exécutée par le sculpteur François Girardon sur un dessin de Charles Le Brun, la Pyramide, au centre de son bassin, demanda trois ans de travail. Elle est composée de quatre vasques de plomb superposées, supportées par des tritons, des dauphins et des écrevisses en plomb.

Le parterre du Nord

Le parterre du Midi

Le parterre du Midi, ou jardin des Fleurs, conduit le regard au sud, jusqu’à une balustrade qui révèle, une fois que l’on y parvient, le parterre de l’Orangerie situé en contrebas. L’accès central du parterre, auquel on descend par quelques marches, est encadré de deux statues de sphinx chevauchés par des Amours de bronze (transportés ici en 1685, après avoir flanqué le haut du grand degré du parterre de Latone depuis 1670).

Le parterre de Midi
La fontaine du Point du jour

La fontaine du Point du jour

La fontaine du Point du jour se situe à l’angle sud-ouest du parterre d’Eau, face au parterre du Midi. Elle est constituée de deux sculptures en bronze de Jacques Houzeau représentant un chien limier abattant un cerf et un tigre terrassant un ours.
Quatre statues de marbre dont trois issues de la Grande Commande en décorent l’extérieur : L’Eau, par Pierre Le Gros ; Le Printemps par Philippe Magnier ; Le Point du Jour, par Gaspard Marsy  et Ariane endormie par Corneille Van Clève.

Le Printemps par Philippe Magnier
L'Eau, par Pierre Le Gros
Le Point du Jour, par Gaspard Marsy
Ariane endormie par Corneille Van Clève

Le parterre de Latone

D’une surface de près de 3,5 hectares, au cœur de la composition des jardins de Versailles, le parterre de Latone dessiné par André Le Nôtre est aménagé dès le milieu des années 1660 avec les premiers travaux d’embellissement voulus par Louis XIV. Il est ensuite transformé après la Révolution en une simple pelouse. Des massifs de fleurs y seront été ajoutés à la fin du XIXe avant de retrouver son aspect d’origine en 2015.

Le parterre de Latone

« Il faut ensuite aller droit sur le haut de Latone et faire une pause pour considérer Latone, les lézards, les rampes, les statues, l’allée royale, l’Apollon, le canal, et puis se tourner pour voir le parterre et le château.»

Louis XIV

Le bassin de Latone
(ou la clé de voûte des fontaines des jardins de Versailles)
(D’après le texte et les photographies de Emma Defontaine et Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Ce bassin résulte de la volonté de Louis XIV de créer, au centre de son jardin, une fontaine qui raconte l’enfance d’Apollon, le dieu du soleil qu’il s’est choisi pour emblème. Il est aussi un hommage à sa mère Anne d’Autriche disparue en 1666 qui eut à subir la Fronde durant sa régence. En effet, Latone (ou Léto chez les Grecs anciens), mère d’Apollon et de Diane et maîtresse de Jupiter, a été condamnée à une fuite sans répit par sa rivale Junon. Un jour, arrivée au sud de l’actuelle Turquie, elle s’approche d’un étang pour s’y désaltérer. Des paysans du lieu l’en empêchent et, furieuse, elle invoque son amant et leur lance une malédiction qui les métamorphose en grenouilles. C’est cet épisode, rapporté par Ovide dans le Livre VI de ses Métamorphoses, qui inspire le bassin de Latone. 

« Il faut ensuite aller droit sur le haut de Latone et faire une pause pour considérer Latone, les lézards, les rampes, les statues, l’allée royale, l’Apollon, le canal, et puis se tourner pour voir le parterre et le château.»

Louis XIV

Ce groupe sculpté permet à chacun de se rappeler ce qu’il en coûte de se révolter contre la mère du dieu du soleil, métaphore très claire pour tous. Néanmoins aucun écrit du temps ne fait référence aux événements de la Fronde et l’identification de la déesse avec la mère du Roi. Rien dans l’iconographie du château et des jardins n’évoque l’ascendance du Roi. Seule l’identification avec Apollon compte et il est donc normal d’y trouver un épisode de l’enfance de ce dieu. Le Char d’Apollon, émergeant de son bassin tel le soleil de l’océan, figure le jour qui s’éveille et le lever du Roi. La grotte de Téthys représente le repos nocturne du soleil dans l’océan. L’ensemble compose une symphonie solaire dont le véritable héros n’est autre que son commanditaire, Louis XIV. Ce n’est qu’un heureux hasard si cette fontaine peut rappeler la propre enfance du Roi et le courage de sa mère.

En près de vingt ans, le bassin de Latone connaît plusieurs états avant d’épouser sa forme actuelle, suivant les désirs du Roi pour ses chers jardins. Louis XIV fait transformer un bassin ovale creusé par Louis XIII en y installant progressivement des jeux d’eau et des décors sculptés. 

Le château de Versailles en 1668, huile sur toile de Pierre Patel, château de Versailles.
Vue du bassin de Latone
Réservoirs sous le parterre de Midi

 

Louis XIV rêve d’un jardin avec de nombreuses fontaines et bassins afin d’affirmer sa maîtrise des eaux. Le bassin de Latone, central au début de l’aménagement des jardins, finira par devenir la première fontaine visible du Parterre en sortant du château. De cette situation, le bassin va devenir la clé de voûte de tout le système hydraulique des jardins par son «araignée».

 

La première étape de la construction est l’ajout de canalisations sous le bassin. Elles permettent l’installation des premiers jeux d’eau inaugurés en 1666 : autour d’un jet central sont disposés six petits bouillons, tandis que vingt jets périphériques sont installés sur la margelle. Dans le même temps, les deux petits bassins du parterre sont creusés.

Sous le bassin de Latone, la salle de l'araignée © EPV / Thomas Garnier

 

L’année suivante, en 1667, des figures animales sont commandées aux frères Marsy pour orner le bassin Ovale et son parterre. Gaspard (1624 – 1681) et Balthazar (1628 – 1674) Marsy réalisent ensuite, commande après commande, la quasi-totalité des sculptures du bassin. Ils exécutent également quelques œuvres phares du jardin, entre autres un des quatre bassins des Saisons (celui de Bacchus), le géant en bronze Encelade pour le bosquet éponyme et un des groupes des chevaux du Soleil.

 

Ces figures animales donnent au bassin, pour un court moment, le nom de fontaine aux Crapauds. Enfilées sur les vingt jets de la margelle, vingt grenouilles de plomb crachent de l’eau vers le centre du bassin. Vingt-quatre tortues et lézards viennent quant à eux peupler les bassins du parterre. 

En 1668, Gaspard Marsy sculpte le groupe central qui donnera finalement son nom à la fontaine. Néanmoins, à cette date Latone et ses enfants sont tournés vers la château, comme l’ensemble des statues ornant le jardin. La statue est surélevée par un rocher mais son bassin reste au niveau de l’ensemble du jardin. Cette sculpture principale mesure 2,04 m de hauteur.

 

En 1669, Balthazar Marsy réalise quant à lui les plombs des bassins de Latone et des Lézards, les paysans lyciens saisis au moment même de leur métamorphose en batraciens. Un premier cercle composé des statues de six paysans se changeant en grenouilles entoure le groupe principal, puis un second cercle de vingt-quatre grenouilles ferme le bassin. Deux bassins secondaires comprennent chacun deux paysans, un homme et une femme, changés en lézards et tortues.

Dans sa Relation de la Feste de Versailles du 18e , André Félibien décrit ces bassins de Latone et des Lézards d’origine :

« Cette grande allée ne fut guère en cet estat, que les trois bassins de fontaines qui sont dans le parterre de gazon au bas du fer à cheval, parurent trois sources de lumières. Mille feux sortoient du milieu de l’eau, qui comme furieux et s’eschappant d’un lieu où ils auroient esté retenus par force, se répandoient de tous côtez sur les bords du parterre. Une infinité d’autres feux sortant de la gueule des Lezards, des Crocodiles, des Grenoüilles, et des autres animaux de bronze qui sont sur les bords des fontaines, sembloient aller secourir les premiers et se jettant dans l’eau sous la figure de plusieurs serpens, tantost separement, tantost joints ensemble par gros pelotons, luy faisoient une rude guerre. »

Le bassin de Latone, gravure de Pierre Lepautre, 1678

En 1671, les sculptures principales sont dorées. En 1679, d’autres joncs en plomb sont installés et Gaspard réalise d’autres grenouilles. 

De 1687 à 1689, Jules Hardouin-Mansart modifie sensiblement la conception d’origine de Le Nôtre, soutenu en cela par Louvois, alors surintendant des Bâtiments qui souhaite rationaliser la structure des jardins. Les éléments sculptés du bassin principal sont alors élevés sur un cône formé par quatre terrasses circulaires de marbre rouge ; au sommet, est placée la statue de Latone et de ses enfants désormais tournée vers l’ouest, vers la nouvelle Allée royale. Sur la troisième terrasse, six paysans lyciens sont représentés au moment de leur transformation en grenouilles ; entre eux sont disposées des batraciens. La terrasse inférieure est peuplée de lézards et de tortues, les paysans transformés.

En parallèle ou plutôt en symétrie au sous-sol se met en place tout le réseau hydraulique alimentant les fontaines. Sous Latone nous trouvons une immense structure de plomb qui distribue l’eau aux soixante-quatorze jets du bassin. Baptisé « l’araignée » en raison de sa forme, ce réseau de canalisations tricentenaires est constitué de deux couronnes concentriques sur lesquelles sont greffés les tuyaux qui alimentent chacun des jets d’eau. 

Coupe du bassin de Latone
L'araignée sous Latone

Les éléments sculptés du bassin principal sont élevés sur un cône formé par quatre terrasses circulaires. Au sommet, est placée la statue de Latone et de ses enfants désormais tournée vers l’ouest, vers la nouvelle Allée Royale. Sur la troisième terrasse, six paysans lyciens sont représentés au moment de leur transformation en grenouilles ; entre eux sont disposées des batraciens. La terrasse inférieure est peuplée de lézards et de tortues, les paysans lyciens transformés.

Du point de vue du pouvoir Royal, la sculpture renvoie à l’épisode de La Fronde, qui a profondément marqué le jeune Louis XIV. Anne d’Autriche/Latone et Louis XIV/ Apollon châtient proportionnellement à l’outrage les révoltés/paysans lyciens en les transformant en batraciens.

Pour les quatre cents ans de la naissance d’André Le Nôtre, Versailles met en place une intense restauration du bassin entre 2013 et 2015. Nous pouvons aujourd’hui admirer ces marbres et dorures tels que les a connus Louis XIV.

Marie-Antoinette par Benjamin Warlop

« …Certains en ont déduit que le Soleil devait se coucher dans l’axe du grand canal les jours des équinoxes. Mais on constate que l’azimut du centre du Soleil à son coucher ne tombe jamais exactement dans l’axe du canal, il en est le plus près pour les dates médianes (le 27 avril et le 14 août) . Dans tous les cas il est possible de prendre une photo dans l’axe du grand canal, mais le centre du Soleil sera plus ou moins haut par rapport à l’horizon. … »

P. Rocher © Institut de mécanique céleste – Observatoire de Paris

« Il faut après tourner à gauche pour aller passer entre les Sphinx ; en marchant il faut faire une pause devant le Cabinet pour considérer la gerbe et la nappe ; en arrivant aux Sphinx on fera une pause pour voir le parterre du Midi, et après on ira droit sur le haut de l’Orangerie d’où l’on verra le parterre des orangers et la pièce d’eau des Suisses.»

Louis XIV

Un des sphinxs du parterre de Midi
Sur le côté sud du Parterre d’Eau dans les jardins du parc de Versailles
Le cabinet du combat des animaux le bassin du Point du Jour, orné d’un tigre terrassant un ours et d’un limier terrassant un cerf

Le 14 mars 1662

La basse-cour est détruite pour laisser place à une avant-cour toujours fermée de deux ailes mais l’ensemble doublé, de même décor de briques, pierres et ardoise que le château donne à l’ensemble beaucoup plus de noblesse. L’aile de gauche servira aux écuries, avec remise de voitures dans une petite cour adjacente. Celle de droite est réservée aux offices, cuisines et une pompe pour l’eau. Sa cour permet de stocker les bûches. Louis Le Vau ferme l’ensemble d’un haut mur cintré en hémicycle terminé par deux pavillons à dôme, l’un pour les gardes, l’autre pour le portier, reliés par une grille et un portail dorés constitués de L entrelacés et surmontés d’une couronne fleurdelysée. Le résultat est incontestablement majestueux.

Le 25 mars 1662

Louis XIV accorde à Blouin les pleins pouvoirs en son nom afin de procéder aux agrandissements fonciers nécessaires. Si le Roi souhaite avant tout chasser dans des larges terrains boisés et sauvages, il commence déjà à penser à des fabriques qui seront autant de points de vue de promenade.

Blouin soucieux d’économies car toutes ses recettes ne proviennent pour l’instant que des revenus des fermages décide de recourir aux corvées :  les Versaillais sont tenus à faucher et faner gratuitement les prés de Sa Majesté, ainsi que de casser la glace des étangs pour remplir la glacière nécessaire aux séjours de la Cour, transporter à leurs frais tout cela et balayer les cours du château . En compensation, les habitants sont exemptés de la taille. Il n’empêche c’est revenir au servage.

C’est au même moment que Le Vau commence la construction d’une ménagerie au fond du parc, à proximité d’une ferme nommée «la Boissière» de forme octogonale coiffée d’un dôme au fond du parc. Tout près, Louis XIV commande une attraction insolite : une «Ramasse», «Glissière» ou «Roulette» traîneau qui consiste à dévaler sur des rails une petite colline. L’ancêtre de nos montagnes russes en quelque sorte. Une même machine sera installée plus tard à Marly.

Les plaisirs de l’île enchantée
Une semaine de fête dans les jardins de Versailles
( Inspiré du texte et photographies de Christophe Duarte – Versailles Passion )


Du 7 au 13 mai 1664, Louis XIV organise en l’honneur d’Anne d’Autriche (1601-1666), sa mère, et de la Reine Marie-Thérèse (1638-1683) une fête sur le thème romanesque de la magicienne Alcine tenant prisonniers en son palais Roger et ses preux chevaliers. Amour, action et magie du sujet invitent la Cour au rêve. Tirée de l’Arioste, la fête est dédiée en réalité à Mademoiselle de La Vallière (1644-1710), maîtresse du Roi. Ordonnateur de ses ballets en tant que Premier Gentilhomme de la Chambre, le duc de Saint-Aignan (1607-1687) a choisi le sujet tandis que Carlo Vigarani (1588-1663) a retenu le lieu. Originaire de Modène, il est depuis 1659, le grand metteur en scène des divertissements royaux où il a introduit machineries et décors italiens.

Anne d'Autriche et sa nièce et belle-fille Marie-Thérèse d'Autriche, reines de France, en Minerve et en Astrée, en 1664, par Renard de Saint-André Le peintre accentue ici nettement la grande ressemblance entre la tante et la nièce.
Introduction du livret réalisé par Israël Silvestre en 1673 conservé au château de Versailles
Marche du Roi et de ses chevaliers, première journée, dessin d'Israël Silvestre, 1673, château de Versailles
Le carrousel de Louis XIV, la quadrille des Perses
Louise-Françoise de la Baume-Le-Blanc (1644-1710), duchesse de La Vallière représentée en Diane, huile sur toile de Claude Lefebvre, 1667, château de Versailles. Le goût de la première favorite de Louis XIV pour la forêt et les plaisirs de la chasse, ainsi que son refus de voir sa situation connue de tous, expliquent en partie la volonté de Louis XIV de se rendre très souvent dans le petit château de son père.
Louis XIV en Apollon, Ballet royal de la Nuit, auteur inconnu, 1653, BNF

Durant trois jours, les courtisans assistent au défilé équestre du Roi dans le rôle de Roger, revêtu de somptueux habits de feu sur un harnais d’or, d’argent et de pierreries. Il est accompagné de cavaliers tout aussi somptueux qui descendent l’Allée royale (le tapis vert), suivis du char d’Apollon. Ils se dirigent vers le palais d’Alcine dressé sur le rond-d’eau, futur bassin d’Apollon.

Le costume de Louis XIV est inspiré de celui du soleil qu’il a porté pour la première fois lors du ballet de 1653.

Les quatre jours suivants sont encore consacrés à des courses et des spectacles.

Voici le programme de ces sept jours :

7 mai 1664 : Carrousel, courses de bague, ballet et collation (Allée Royale)

8 mai 1664 : La Princesse d’Élide de Molière (Allée Royale)

9 mai 1664 : Ballet et feu d’artifice (rond d’eau futur Bassin d’Apollon)

10 mai 1664 : Courses de têtes (dans les fossés du château)

11 mai 1664 : Promenade (Ménagerie) et Les Fâcheux de Molière (vestibule du château)

12 mai 1664 : Courses de têtes (dans les fossés du château), loterie (dans le château) et Tartuffe de Molière ( dans le vestibule du château)

13 mai 1664 : Courses de têtes (dans les fossés du château) et Le Mariage Forcé de Molière et Lully (dans le vestibule du château).

Première journée : défilé des saisons
Première journée : course de bagues
Première journée : festin du Roi et des Reines

 

Le deuxième jour, la nuit venue, Roger-Louis XIV donne à ses dames, sur la scène dressée dans l’Allée, la comédie-ballet spécialement conçue par Molière et Lully : La Princesse d’Elide. Pour la première fois en France, théâtre et opéra, comique et romanesque sont associés. Bergers et bergères entourés de faunes dansent et chantent au son des flûtes et des violons.

 

Le troisième jour voit l’embrasement du palais d’Alcine dans un fabuleux feu d’artifice orchestré par Vigarani. Une étonnante baleine flottante et ses deux baleineaux au-devant portent Alcine et ses servantes.

Deuxième journée : comédie et ballet de la princesse d'Elide, Lully et Molière
Troisième jour : rupture du palais et feu d'artifice
Troisième jour : le palais d'Alcine

Le bosquet de l’Arc de Triomphe

Aménagé entre 1677 et 1684, le bosquet de l’Arc de Triomphe remplace celui du Pavillon d’Eau, construit en 1672. Le nouveau bosquet est composé de deux salles vertes dont l’une comportait un arc de triomphe en ferronnerie dorée, qui a donné son nom au bosquet. Au Nord de la salle se trouve le bassin de la France Triomphante par Tuby, Coysevox et Prou, seule partie qui subsiste aujourd’hui.

Le bosquet de l'arc de triomphe

« On ira à l’arc de triomphe ; l’on remarquera la diversité des fontaines, des jets, des nappes et des cuves et différents effets d’eau. On descendra et après avoir considéré les fontaines des trois étages, l’on sortira par l’allée qui va au Dragon.»

Louis XIV

Cette fontaine célèbre la victoire de la France sur la Quadruple Alliance composée des Provinces Unies, du Saint Empire, de l’Espagne et du Danemark qui clôture la guerre de Hollande lors de la paix de Nimègues le 10 août 1678. C’est grâce à cette victoire que Louis XIV acquiert son surnom de Louis le Grand. A Versailles, ce triomphe est célébré sur le plafond de la galerie des Glaces afin de faire connaitre à tous les hauts faits du souverain.

Dans les jardins, le Bosquet de l’Arc de triomphe va lui être dédié, et c’est le seul à Versailles à acquérir une portée politique. La France est donc représentée triomphante, vêtue à la romaine et assise sur son char. Elle brandit une lance de la main droite et de la gauche s’appuie sur un bouclier représentant le Soleil et des fleurs de lys. Aux pieds du char se trouvent des trophées militaires et deux hommes captifs qui se détournent de la France représentant les puissances vaincues. À gauche, c’est l’Espagne, reconnaissable au lion sur lequel l’homme est assis, et à droite c’est le Saint Empire, reconnaissable à l’aigle, symbole impérial. Les deux animaux semblent terrassés et deux jets d’eau jaillissent de leurs bouches. Enfin, sur le bas du gradin, un dragon à trois têtes agonise, symbolisant l’échec de la ligue des Provinces Unies (qui ne sont pas représentées), de l’Espagne et du Saint-Empire.

Le bosquet de l'Arc de Triomphe
Le bosquet des Trois Fontaines

Le bosquet des Trois-Fontaines 

Le bosquet des Trois Fontaines est dessiné en 1677 par Louis XIV et aménagé par son jardinier André Le Nôtre, à l’emplacement du bosquet du Berceau d’eau. Détruit à l’époque de Louis XVI, il est reconstruit en 2004 grâce au mécénat de la société des amis de Versailles et à la participation financière de l’association The American friends of Versailles.

« On entrera aux trois fontaines par en haut, on descendra, et après avoir considéré les fontaines de trois étages, l’on sortira par l’allée qui va au Dragon ».

Louis XIV

Le bosquet est composé de trois fontaines et de deux cascades alimentant l’eau de la fontaine supérieure à la fontaine inférieure. La fontaine inférieure est un bassin octogonal avec une vasque entourée de huit jets droits. La vasque possède aussi huit jets entourant un jet central (jamais représenté dans les peintures). Cette fontaine est surplombée de la cascade inférieure composée de deux bassins latéraux, ayant chacun trois jets, séparés par un escalier. La fontaine intermédiaire est un bassin carré encadré par quatre jets droits et composé de six jets qui se croisent en formant trois arceaux. Cette fontaine est dominée par la cascade supérieure, encadrée par deux escaliers.

Cette fontaine est composée de trois terrasses successives composant chacune deux jets latéraux. Devant la première marche, se dresse un petit jet et entre la première et la deuxième, se dresse une vasque avec un jet. La fontaine supérieure est un bassin rond simplement décoré d’un gros jet. Les fontaines sont entourées de marches de buis et de topiaires.

Le bosquet des Trois Fontaines lors des grandes eaux nocturnes © Agathe Poupeney
Le bosquet des Trois-Fontaines par Jean Cotelle

« On ressortira par le Dragon, on passera par l’allée des Enfants, et quand on sera sur la pierre qui est entre les deux bassins d’en bas, on se tournera pour voir d’un coup d’oeil tous les jets de Neptune et du Dragon ; on continuera ensuite de monter par la dite allée.»

Louis XIV

Vers le bassin du Dragon

En 1661

Le Bassin du Dragon

La fontaine du Dragon se situe dans le bassin portant le même nom, le bassin du Dragon. Elle représente une des nombreuses légendes qui entourent la vie d’Apollon. Le serpent Python est tué d’une flèche par le dieu grec. 

Le bassin du Dragon se trouve au niveau de l’intersection entre l’avenue de Trianon et l’allée d’Eau, au Nord-Est du parc. Le bain des Nymphes est situé à son côté Nord. Depuis le château, il précède le bassin de Neptune. Le bassin du Dragon représente un des épisodes de la légende apollinienne : le dragon Python, qui fut tué d’une flèche par le jeune Apollon.  Lancé par Junon à la poursuite de Latone, enceinte d’Apollon et d’Artémis, le dragon devait empêcher Latone d’accoucher, afin de la punir de son union avec Jupiter. Il terrorisait la population de Delphes en veillant sur son oracle, consacré au départ à Thémis, déesse de la Justice. Le jeune Apollon le perça de ses flèches et se rendit maître de l’oracle nommée Pythie puis, afin d’apaiser la colère de Gaïa, mère de Python, il créa les Jeux Pythiques.

A Versailles, les frères Marsy ont choisi de représenter le dragon agonisant, percé des flèches d’Apollon, et crachant son sang figuré par l’immense jet d’eau sortant de sa gueule. Il a une crinière de cheval, des ailes pointues et une queue de poisson. Autour de lui, se trouvent quatre enfants armés d’arcs et de flèches, qui symbolisent Apollon, montés sur des cygnes et escortés par quatre dauphins.
Les fontaines constituent une mise en scène, un spectacle, utilisé par Louis XIV dans le cadre des bosquets et des jeux d’eau afin de participer à la glorification de son règne.

Le bassin du Dragon

Depuis le bassin du Dragon, l’on remonte l’allée d’Eau ou allée des Marmousets pour rejoindre le bassin du Bain des Nymphes :

Le bassin de Neptune,, Le Triomphe de Neptune et d'Amphitrite, par Lambert-Sigisbert Adam. En arrière-plan : l'allée des Marmousets

L’allée d’Eau, ou allée des Marmousets

L’allée d’Eau, ou allée des Marmousets fait la jonction entre le bassin du Dragon et le Bain des Nymphes. Le décor de cette allée est dû à Charles Le Brun dont l’atelier fournit le dessin de sept groupes d’enfants en plomb qui répondent à sept autres identiques placés symétriquement. On les appelle également les marmousets, ce qui explique la seconde appellation d’allée des Marmousets. En 1678, huit groupes complémentaires sont rajoutés dans la demi lune du Bassin du Dragon. Dix ans plus tard, le décor des fontaines en fondu en bronze. Tous ces groupes célèbrent avec joie le triomphe d’Apollon sur Python et conduisent au bassin de la Pyramide, qui symbolise le temple de Delphes.

L'allée des Marmousets vue du ciel

On trouve donc successivement en remontant l’allée des fillettes, des garçonnets, des chasseurs, des pécheurs, des termes, des satyres, des musiciens, des danseurs et danseuses, des amours et des petites filles, des danseurs et enfin des tritons.

L'allée d'Eau ou allée des Marmousets
Le bassin des Bains des Nymphes

Le bassin des Bains des Nymphes
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles-passion )

La déclivité de l’Allée d’eau a permis l’aménagement d’un bassin, invisible de le Parterre du Nord et que l’on ne découvre qu’en s’étant engagé dans l’allée. Ce bassin permet de collecter le trop-plein de la Fontaine de la Pyramide située au-dessus et d’alimenter ensuite les fontaines de l’Allée d’Eau. Sur le mur de soutènement a été placé en 1670 un grand relief en plomb, autrefois doré, réalisé par Girardon, et qui montre des nymphes se baignant et jouant au milieu des roseaux.

Le bassin des Bains des Nymphes

« Proche de la pyramide, à la tête de l’allée d’eau qui descend à la fontaine du dragon, est un grand bassin, dans lequel tombe une nappe d’eau qui couvre comme d’un voile d’argent un grand bas-relief de bronze doré, où l’on voit des nymphes qui se baignent. A côté de ce bas-relief, il y en a d’autres qui représentent des divinités des eaux, quelques enfants. Ceux qui font en face sont séparés par de gros masques qui jettent de l’eau par la bouche, qui ressemblent à des faunes ou à des satyres, dont on ne voit que la tête & les pieds, comme si le reste de leurs corps était enfermé dans la pierre même dont le bassin est revêtu ».

Les autres reliefs qui l’entourent ont été réalisés par Legros, Le Hongre, Magnier et Legendre. Ils représentent des divinités fluviales, reconnaissables à leurs urnes déversant de l’eau, ainsi que des amours portant une corbeille de fruits ou de coquillages, ou jouant avec un dauphin. Les deux plus petits reliefs sont ornés à l’est d’un dauphin et d’une écrevisse, et, à l’ouest de deux dauphins. La paroi sud est scandée de quatre termes en bossage représentant des faunes, dont les têtes et les sabots ont été réalisés en bronze. Cet ensemble sculpté est agrémenté, lorsque les eaux jouent, d’une nappe d’eau qui tombe devant le relief de Girardon et lui confère une vie étonnante en animant la scène tout en la voilant légèrement.

Reconstitutions virtuelles de l’état du bassin des Bains des Nymphes en son état originel
Le bassin des Bains des Nymphes

La grotte de Thétys
( Inspiré du texte et photographies de Christophe Duarte – Versailles Passion )

 

Cette grotte artificielle est construite en 1666 au nord du château par Louis Le Vau sur des dessins de Claude Perrault et Charles Le Brun.

Elle reprend la mythologie de Téthys, déesse grecque, fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre), sœur et épouse d’Océan. Elle personnifie la fécondité marine et chaque soir, elle reçoit le Soleil qui vient se coucher au terme de son voyage céleste. On y voit ainsi symboliser le repos du souverain après sa journée de travail et ses soirées consacrées au délassement.

Le thème de l’eau y est aussi prépondérant car le bâtiment sert de réservoir pour les nombreuses fontaines du parc. Néanmoins, ce réservoir s’avérera rapidement insuffisant. 

La grotte de Téthys, du côté de la ville : il s'agit du petit bâtiment rectangulaire dont le toit sert de réservoir. Détail de Pierre Patel, 1668.
Louis XIV, à cheval, devant la grotte de Téthys dans les années 1670
La grotte de Téthys, façade extérieure du côté des jardins
Grille représentant le soleil rayonnant
Dessin au sol de la grotte

 

L’intérieur est composé de trois parties. Le première sert de «lieu par où l’on rentre». Dans la seconde sont exposés les groupes de statues :  Apollon au centre, entouré de nymphes marines qui lavent le dieu et de part et d’autre les chevaux de son char solaire, bouchonnés par des serviteurs. Dans une troisième partie, derrière un mur, est installé un orgue hydraulique pour faire varier les jeux d’eaux. Le sol est recouvert de marbre et de galets. 

 

Les piliers ainsi que les murs de la grotte sont tapissés de coquillages, de galets et de pierres colorées formant des compartiments ornés des chiffres du Roi ainsi que des frises.

La grotte de Téthys d'après Versailles, le rêve d'un Roi, 2007
La grotte de Téthys évoquée dans L’Allée du Roi de Nina Companeez (1995)
Bassin de marbre en forme de coquille
Reconstitution

 

Deux niches dans la première salle abritent les statues de Galatée et Acis. Elles évoquent la légende de la nymphe marine amoureuse du fils du dieu Pan. Le cyclope Polyphème jaloux lance sur Acis un rocher arraché de l’Etna. Voyant des filets de sang couler sous le rocher, la nymphe les transforme en rivière afin de pouvoir s’y baigner tous les jours. 

Dans la deuxième partie de la grotte, les groupes de statues de marbre de François Girardon trônent dans trois niches en rocaille.

La deuxième et principale salle de la grotte.
Le groupe d'Apollon, par François Girardon (1628-1715)
Les chevaux d'Apollon par François Girardon
Dessin des lustres de la grotte

En 1684, la grotte de Téthys est détruite pour laisser place à la construction de l’aile du Nord. Les sculptures sont envoyées à l’actuel Bosquet des Dômes où les copies des statues d’Acis et Galatée sont toujours présentes. On parle alors du Bosquet des Bains d’Apollon. En 1704, les groupes d’Apollon par Girardon sont déplacés du Bosquet des Dômes vers le Bosquet du Marais qui est complètement remanié et appelée à son tour bosquet des Bains d’Apollon. Le bassin central est détruit et remplacé par une fontaine qui accueille les trois groupes. Ceux-ci sont placés sur des socles de marbre d’où l’eau s’échappe. Ils sont abrités des intempéries par des baldaquins dorés. Il subsistera jusqu’en 1778. Pour plaire à Marie-Antoinette et profitant de la replantation du parc, Louis XVI fait aménager une nouvelle grotte de Téthys que nous connaissons aujourd’hui, sur les dessins d’Hubert Robert.

La nymphe Galatée de Jean-Baptiste Tuby, château de Versailles
Bosquet des Bains d'Apollon, huile sur toile de Pierre-Denis Martin, 1713, Grand Trianon
Le bosquet des Bains d'Apollon
Statues originales des Bains d'Apollon, petite écurie du château de Versailles, photographie d'Eric Demay
Bains d'Apollon, détail, Eric Demay
Le bosquet du Marais d'eau

Jardins de Versailles, un état disparu :
Le bosquet du Marais d’eau dit « Bosquet du Chêne Vert »
(texte et illustration de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Le Nôtre a créé, vers 1670, le pittoresque bosquet du Marais, dont la principale décoration consistait en un bassin bordé de roseaux de métal peints au naturel et orné en son centre d’un arbre de métal crachant de l’eau.

En 1705

Ce bosquet disparaît pour laisser la place aux groupes d’Apollon servi par les nymphes et des Chevaux du Soleil que Jules Hardouin-Mansart place sous des baldaquins de plomb doré et sur des socles bordés par un bassin.

Selon Charles Perrault, « Madame de Montespan donna le dessin de la pièce du marais où un arbre de bronze jette de l’eau par toutes ses feuilles de fer blanc et où les roseaux de même matière jettent de l’eau de tous côtés ».

Les travaux sont achevés en 1673. Deux buffets d’eau en marbre et deux tables ornées de fleurs et de fruits en bronze doré vinrent compléter l’ensemble.

Selon André Félibien : 

« C’est un petit bois où il y a un grand carré d’eau plus long que large, au milieu duquel est un gros arbre si ingénieusement fait qu’il paraît naturel. De l’extrémité de toutes ses branches, sort une infinité de jets d’eau qui couvrent le Marais. Outre ces jets d’eau, il y en a encore un grand nombre d’autres qui jaillissent des roseaux qui bordent les côtés de ce carré. Aux deux bouts et dans l’épaisseur des palissades sont deux enfoncements de verdure en manière de cabinets, où l’on monte par deux marches de gazon. Dans chacun de ces enfoncements, il y a une grande table de marbre blanc, et sur chaque table une corbeille de bronze doré remplie de fleurs au naturel, de laquelle sort un gros jet d’eau qui retombe dedans et s’y perd sans mouiller la table. Au milieu des côtés de ce carré, il y a aussi d’autres enfoncements semblables à ceux des deux bouts, où, sur des marches de gazon, sont élevées de longues tables de marbre blanc et rouge avec des gradins pour servir de buffets. De ces gradins, il sort de l’eau par des ajustages qui forment des aiguières, des verres, des carafes et d’autres sortes de vases, qui semblent être de cristal de roche garnis de vermeil doré ».

Le bosquet du Marais d'eau

« On descendra par la rampe droite de l’Orangerie et l’on passera entre le jardin des orangers, on ira droit à la fontaine d’où l’on considérera l’Orangerie, on passera dans les allées des grands orangers, puis dans l’Orangerie couverte, et l’on sortira par le vestibule du côté du Labyrinthe.»

Louis XIV

De 1675  à 1678

Le bosquet de l’Encelade

Le bosquet est créé en 1675 par Louis XIV et mis en œuvre par André Le Nôtre entre 1675 et 1678. Le bassin est rond, en grès de Fontainebleau. En son centre est située une statue de Gaspard Marsy en plomb doré qui représente Encelade, le chef de la révolte des géants, écrasé sous les rochers et se transformant en l’Etna. En 1678, un anneau octogonal en gazon et huit fontaines en rocaille furent installées autour de la fontaine centrale. Ces additions, ainsi que les marches reliant les huit fontaines en octogonal et surtout la galerie de treillage entourant le bosquet furent supprimées en 1706.
 
Le bassin de l'Encelade

La fontaine, avec le jet d’eau le plus haut de toutes les fontaines à Versailles : 78 pieds (25,74 mètres), est conçue comme une allégorie qui faisait allusion à la victoire de Louis XIV sur la Fronde. Une autre analyse propose que la légende de la révolte des géants, suivie de leur écrasement par les dieux, est utilisée par l’artiste pour symboliser la chute de Fouquet, surintendant de Louis XIV, qui espérait régner comme Mazarin à la mort de celui-ci, mais qui est écarté et, de fait, humilié par le Roi.

Le bassin de l'Encelade

Une galerie octogonale en treillage en berceau entoure le bosquet, elle est ponctuée de quatre pavillons situés au milieu d’un côté, deux de ces pavillons (à l’Est et à l’Ouest) servent d’entrée et de sortie au bosquet. Chaque côté et chaque angle est percé d’une porte en plein-cintre, en regard des portes médianes sont des niches alternativement semi-circulaires et rectangulaires dans lesquelles sont disposés des bancs.

« On passera par l’Encelade, où l’on ne fera qu’un demi-tour, et après l’avoir considéré, on en sortira par en bas.»

Louis XIV

Le bosquet de l'Encelade

Les Cent Marches

Les Cent Marches

Les deux Escaliers des Cent Marches encadrent la galerie centrale de l’orangerie. Deux galeries latérales, plus petites, sont situées sous ces escaliers.

Les Cent Marches

Les Cent Marches sont le théâtre du générique du film de Sacha Guitry, Si Versailles m’était conté (1953)

De 1683 à 1685

L’Orangerie,
Protéger les arbres du Roi
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles passion )

Édifiée entre 1683 et 1685, sous la direction d’Hardouin-Mansart, l’orangerie succède à un premier bâtiment, dû à Le Vau, situé plus au nord et détruit. A l’intérieur, la galerie principale, longue de 156 mètres et voûtée en plein cintre, abrite les orangers durant la saison froide. Deux galeries en retour s’achèvent sous les escaliers des Cent-Marches qui jouent le rôle de contreforts à l’ensemble. 

Image du générique de fin de Si Versailles m'était conté (1954) de Sacha Guitry

Les murs, de quatre à cinq mètres d’épaisseur, les doubles vitrages des baies et l’exposition au Midi permettent de maintenir l’hiver une température qui ne descend pas au-dessous de 5°. Pour peupler l’Orangerie, Louis XIV rassemble tous les orangers des maisons royales et multiplie les acquisitions de nouveaux sujets en Italie, en Espagne et au Portugal. Il est alors de bon ton chez les courtisans, pour faire leur cour au Roi, d’offrir leurs propres orangers. La hâte avec laquelle on les transporte cause bien des pertes mais l’Orangerie de Versailles peut bientôt s’enorgueillir de posséder la plus grande collection d’Europe.

Le parterre de l’Orangerie s’étend sur pas moins de trois hectares. Sous Louis XIV, il est orné de sculptures aujourd’hui au musée du Louvre. Composé de quatre pièces de gazon et d’un bassin circulaire, il accueille en été 1055 arbres en caisses, dont orangers, palmiers, lauriers roses, grenadiers et arbustes du genre Eugenia, qui séjournent en hiver à l’intérieur du bâtiment.

L'Orangerie
La pièce d'eau des Suisses vue depuis l'orangerie

De l’étang puant à la garde Suisse,
L’histoire de la Pièce d’eau des Suisses à l’ouest des jardins
(Texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Cette vaste étendue d’eau a d’abord été conçue pour assainir cet endroit situé très en contrebas du Château et de la ville, et que le ruissellement des eaux rendaient marécageux et malsain. Sous Louis XIII, un premier étang est tout d’abord aménagé à l’emplacement de l’actuel potager du Roi. Mais son efficacité est insuffisante, et un deuxième étang, au nom évocateur de « étang puant », situé plus à l’ouest sur la route de Saint-Cyr, se révèle à son tour impuissant à résoudre le problème.

Soldats abreuvant leurs chevaux dans la pièce d’eau des Suisses à Versailles, par Jacques-Noël-Marie Frémy, 1862, Musée Lambinet

En 1675, Louis XIV décide de faire creuser le bassin actuel et y fait employer le régiment des Suisses, qui laissera son nom à l’ouvrage.
L’impressionnante superficie du bassin de douze hectares contribue à structurer le paysage du jardin jusqu’à la colline de Satory, qui en marque l’horizon. En considérant ce terrain accidenté qui s’élève rapidement au bout de la pièce d’eau, Le Nôtre a songé un temps y aménager une vaste cascade dont les eaux se seraient déversées dans le bassin.

La pièce d'eau des Suisses

C’est finalement le Louis XIV équestre du Bernin, qu’une reprise de Girardon transforme en Marcus Curtius qui y est installé, marquant ainsi l’extrémité sud du jardin. L’oeuvre du sculpteur italien a en effet eu le malheur de déplaire au souverain, qui refusa d’y reconnaître son propre portrait mais n’osa renvoyer la statue à son auteur. Quelques modifications discrètes suffirent à la transformer en héros de l’histoire romaine.

Marcus Curtius du Bernin
Plan de l'Orangerie en 1690
Le potager du Roi : Vue aérienne © DR – ENSP

Le potager du Roi
( Texte et illustrations de Denis Barrow ; Versailles – passion )

Il est passionnant de parcourir l’immensité du potager du roi qui a permis à Jean-Baptiste de La Quintinie de servir somptueusement, en fruits et légumes, la table de Louis XIV.
 
Le « Potager du Roi » fait partie du domaine de Versailles au sens patrimonial et historique, mais il est géré par l’École Nationale Supérieure de Paysage, il n’est pas inclus dans les parcours classiques du château et du parc, c’est un site qu’on visite séparément.
 
L'église Saint-Louis

L’emplacement est commode d’accès pour Louis XIV qui s’y rend par l’allée du Potager et entrait par la Grille du Roi face à la pièce d’eau des Suisses.

Grille d'origine donnant sur la « Pièce d'eau des suisses », œuvre de Louis Fordrin, serrurier des bâtiments du roi - Photo Denis Barrow
Derrière la grille, la pièce d'eau des suisses

La Petite Orangerie
(texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

La Petite Orangerie est le prolongement à l’Est de la Grande Orangerie.
C’est un édifice ouvert au Sud par trois hautes baies et qui donne sur un petit parterre longeant la rampe sud de l’escalier monumental des « Cent Marches ». La Petite Orangerie est raccordée à l’extrémité Sud de l’Aile du Midi par un grand escalier percé au XIXe siècle, dans le cadre des travaux conduits sous Louis-Philippe pour la transformation de cette aile en Musée de l’Histoire de France.

La salle, longtemps affectée à des usages techniques pour le Service des Jardins est aujourd’hui vide. Elle ce situe entre l’aile du Midi du Château et la Grande Orangerie et sa dimension est de 20 m de long, 6 m de large et 8 m de haut.

Il existe un bel escalier qui permet d’accéder depuis l’aile du Midi (il descend depuis le rez-de-cour du pavillon de Provence) dans la Petite Orangerie et aussi à la Grande. Une statue du duc d’Orléans fut placé au pied de la Petite Orangerie.

La petite orangerie
Photo ancienne de la petite Orangerie avec la statue du duc D'orléans

« On entrera dans le Labyrinthe et après avoir descendu jusqu’aux canes et au chien, on remontera pour en sortir du côté de Bacchus.»

Louis XIV

Vue de l’entrée du bosquet du Labyrinthe avec des nymphes et des amours prenant des oiseaux dans leurs filets, par Jean Cotelle

Le Labyrinthe

Le bosquet du Labyrinthe, construit par André Le Nôtre sur ordre de Louis XIV, est d’abord un bosquet purement végétal. De nombreuses fontaines sont ajoutées entre 1665 et 1673, contant les fables d’Ésope. Aujourd’hui encore le souvenir de ce labyrinthe persiste comme étant l’un des plus myhtiques endroits disparus de Versailles, en raison notamment des nombreuses sculptures en plomb animées de jets d’eau et représentant des animaux. Pour sa réalisation, André Le Nôtre s’inspire une nouvelle fois de la mythologie, notamment du mythe de Thésée et du Minotaure. Le labyrinthe, énigmatique et mystérieux, plonge ceux qui arpentent ses allées au cœur d’une végétation luxuriante.

Charles Le Brun a sûrement été en charge du programme de construction, probablement sous le contrôle de Charles Perrault qui participe à sa conception et écrit : 

« Entre tous les bocages du petit parc de Versailles, celui qu’on nomme le labyrinthe est surtout recommandable par la nouveauté du dessin et par le nombre et la diversité de ses fontaines. Il est nommé labyrinthe parce qu’il s’y trouve une infinité de petites allées tellement mêlées les unes aux autres qu’il est presque impossible de ne pas s’y égarer. Mais aussi afin que ceux qui s’y perdent puissent se perdre agréablement. Il n’y a point de détour qui ne présente plusieurs fontaines en même temps à la vue, en sorte qu’à chaque pas on est surpris par quelque nouvel objet. »

Situé à l’extrémité sud des jardins de Versailles au XVIIe siècle, le bosquet du Labyrinthe sera détruit en 1775 ; il sera remplacé par le bosquet de la Reine sous Louis XVI qui jugera son entretien bien trop coûteux.

Vue du labyrinthe de Diane et les nymphes, d'après Jean Cotelle gravé par G.Chavane

« …Tout homme avisé qui s’engage dans le labyrinthe d’amour, et qui veut en faire le tour, doit être doux en son langage, galant, propre en son équipage… » 

Charles Perrault

« On ira voir la salle du bal, on en fera le tour, on ira dans le centre et l’on en sortira par le bas de la rampe de Latone. »

Louis XIV

La présentation de la salle de bal dans le film d'Alam Rickman Les Jardins du Roi (2014)

Le Bosquet des Rocailles,
La salle de bal du jardin de Versailles
( texte et photographies de Christophe Duarte – Versailles passion )

La Salle de Bal est le dernier bosquet aménagé par Le Nôtre (1613-1700). Les travaux débutent en 1680. En 1685, le Grand Dauphin inaugure les lieux par un brillant souper. La situation du bosquet, en contrebas du Parterre d’eau et de l’amphithéâtre de Latone, a conduit Le Nôtre à exploiter l’importante différence de niveau pour créer, à l’est, une large cascade prenant appui sur le remblai. C’est la seule cascade des jardins versaillais car, faute d’un relief important et surtout d’eau en abondance, il n’était guère facile d’en aménager.

Deux allées sinueuses donnent accès au bosquet. Leur tracé ne fait découvrir qu’au dernier moment le vaste amphithéâtre dans l’arène duquel deux rampes de galets permettent de descendre. Des gradins engazonnés, soulignés par des buis taillés et desservis par des escaliers, ceinturent l’ensemble à la manière d’un cirque à l’antique et s’interrompent pour faire pla Le Bosquet des Rocailles ce à une imposante cascade.

A l’origine, le centre de l’arène était creusé d’un petit canal circulaire formant un îlot auquel conduisaient quatre ponceaux. En 1707, lors de travaux de simplification des bosquets que le Roi lui confie, Mansart supprime ce dernier dispositif.

La cascade s’élève sur huit niveaux et est alimentée à son sommet par deux bouillons et par trois urnes ornées de meulières et de coquillages. Le bosquet a reçu un imposant mobilier de plomb doré composé de vases et de hauts guéridons conçu par Houzeau et dont la réalisation a été confiée à divers sculpteurs.

La salle de Bal ou Bosquet des Rocailles par Jean Cotelle

« On ira droit au point de vue du bas de Latone, et en passant on regardera la petite fontaine du satyre qui est dans un des bosquets ; quand on sera au point de vue, on y fera une pause pour considérer les rampes, les vases, les statues, les Lézards, Latone et le château ; de l’autre côté, l’allée royale,l’Apollon, le canal, les gerbes des bosquets, Flore, Saturne, à droite Cérès, à gauche Bacchus.»

Louis XIV

Les trois fontaines
Le théâtre d'eau
La salle aux marronniers
L'entrée du Tapis vert au moment des grands travaux d'élagage de 1774-1775 ordonnés par Louis XVI
Le Château de Versailles du côté des jardins ; Louis-Nicolas de Lespinasse, 1779

En 1670

Le bassin du Char d’Apollon,
Toute la symbolique de Louis XIV
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles passion )

Dans la mise en place de la Grande Perspective, le bassin au bout de l’Allée Royale joue un rôle de premier plan. Il existe déjà en 1662, au moment du début de l’intervention de Le Nôtre à Versailles.

« On descendra à l’Apollon, où l’on fera une pause pour considérer les figures, les vases de l’allée royale, Latone et le château ; on verra aussi le canal. Si on veut voir le même jour la Ménagerie et Trianon, on ira devant que de voir le reste des fontaines.»

Louis XIV

Il garde sa forme quadrilobée quand, de pièce d’eau des Cygnes, il devient bassin d’Apollon. Empreinte d’italianisme, la grande composition en plomb du char d’Apollon par Tuby, de 1668, est inspirée de l’antique. L’œuvre de Jean-Baptiste Tuby (1635-1700), d’après un dessin de Le Brun, s’inspire de la légende d’Apollon, Dieu du Soleil et emblème du Roi et montre le Dieu jaillissant de l’onde et s’apprêtant à effectuer sa course quotidienne au-dessus de la terre. Tuby exécute ce groupe monumental entre 1668 et 1670 à la manufacture des Gobelins, date à laquelle il est transporté à Versailles puis mis en place et doré l’année suivante. 

Le bassin du Char d'Apollon
Le tapis vert au coucher du soleil

Le tapis vert

Le tapis vert, également dénommé Allée royale, un parterre de pelouse existait déjà du temps du parc de Louis XIII. André Le Nôtre le fait élargir et décorer de douze statues et douze vases, beaucoup venant de l’académie de France à Rome. Cette grande pelouse est située dans la grande perspective du château, entre le parterre de Latone et le bassin d’Apollon et elle est bordée de chaque côté par une allée et formant un plan incliné (ce qui superpose les lignes d’horizon avec celles du Grand Canal). Cet ensemble est long de 335 mètres et large de 40.

La Fourberie
Junon
Cyparisse caressant son cerf
Faune au chevreau
Amazone, par Jacques Buirette
Achille à Scyros par Philibert Vigier
Le tapis vert
La fontaine du soir

La fontaine du Soir

La fontaine du Soir est une fontaine se situe à l’angle nord-ouest du parterre d’Eau, face au parterre du Nord. Elle est constituée de deux sculptures en bronze de Corneille Van Clève et Jean Raon (1687) représentant un lion terrassant un sanglier et un lion terrassant un loup. Trois statues de marbre issues de la Grande Commande en décorent l’extérieur : L’Heure de Midi par Gaspard Marsy ; Le Soir par Gaspard Marsy ; L’Air par Étienne le Hongre .

L’Heure de Midi par Gaspard Marsy
L'Air par Étienne le Hongre
La fontaine du soir

Le bosquet des Dômes, originellement appelé bosquet de la Renommée

Le bosquet est de forme ronde ; son centre est occupé par un bassin dans lequel se trouve une fontaine composée d’une vasque en marbre blanc. Huit statues occupent les contours du bosquet. Créé en 1675 par André Le Nôtre à l’ordre de Louis XIV, il était alors orné d’une statue de la Renommée placée au milieu du bassin et dont un jet d’eau émanait de sa trompette. L’endroit fut en conséquence appelé « bosquet de la Renommée » vers 1677-1678.

Le bosquet des Dômes

Il prend ensuite le nom de « bosquet des Bains d’Apollon » lorsque les groupes de statues les Chevaux du Soleil et Apollon servi par les Nymphes, provenant de la grotte de Téthys, y sont placées entre 1684 et 1704 (à ne pas confondre avec l’actuel bosquet des Bains d’Apollon, ancien bosquet du Marais qui ne gagne ce nouveau nom éponyme qu’après 1778). Son nom actuel de bosquet des Dômes lui vient des deux pavillons de marbre blanc surmontés de dômes construits par Jules Hardouin-Mansart en 1677. Ces deux pavillons seront  détruits en 1820.

Dû à André Le Nôtre, le Bosquet de la Renommée est aménagé en 1675 au Nord-ouest de l’Allée Royale. Exécutée en plomb doré par Gaspard Marsy, la figure de la Renommée, debout sur le globe terrestre, ornait le centre du bassin. Sur la balustrade extérieure, des bas-reliefs de trophées d’arme furent exécutés, par François Girardon. En 1677, Jules Hardouin-Mansart est chargé d’ériger deux pavillons appelés les « Dômes » en raison de la forme de leur toiture. Premières réalisations versaillaises de l’architecte, ces « cabinets de marbre » de plan carré et ouvertes sur leurs quatre faces reçoivent un riche décor sculpté.

La face principale était ornée de trophées d’armes en bronze doré illustrant les quatre parties du monde. Frontons et toitures accueillaient les trophées d’armes, des globes fleurdisées et des guirlandes de coquillages exécutés en plomb. Les toitures étaient surmontées par deux groupes d’enfants jouant de la trompette et soutenant une couronne royale. En 1684, ce bosquet accueille les groupes de marbre de la grotte de Téthys, détruite lors de la construction de l’Aile du Nord. Vingt ans plus tard, ces sculptures sont une nouvelle fois déplacés.
Le bosquet prend alors l’appellation définitive de Bosquet des Dômes.

Vestiges du bosquet des Dômes

 

Faute d’entretien, ces pavillons seront détruits en 1820.

Arion, par Jean-Melchior Raon
La Nymphe de Diane par Anselme Flamen
Ino par Joseph Rayol
Socle de la statue Le Point du jour par Pierre Le Gros l'aîné
Acis par Jean-Baptiste Tuby
L'Aurore par Philippe Magnier
Galatée par Jean-Baptiste Tuby
Amphitrite d'après Michel Anguier

Aujourd’hui, le bosquet a été remis en valeur par un entretien des marbres et une reprise de l’étanchéité du rideau d’eau formant la main courante. Cela a permis de mettre en valeur un décor de grande qualité, ignoré par les visiteurs au contraire des bosquets voisins, l’Encelade et la Colonnade. À la suite de ces travaux de remise en valeur, une étude de projet de restauration est en cours de réflexion.

Le bosquet des Dômes
Les quatre bassins des saisons

En 1672, est entreprise la construction des quatre bassins des saisons : le Printemps, représenté par Flore, l’Eté, sous les traits de Cérès, l’Automne, figuré par Bacchus, l’Hiver, personnifié par Saturne. Chaque bassin comprend en son centre une plate-forme ronde en plomb sur laquelle figure une statue, allégorie d’une saison, à l’origine entourée d’enfants et de ses attributs habituels. Les groupes d’enfants ont été déplacés dans la salle des Festins. Les personnages centraux sont dorés et l’îlot central était auparavant entouré d’un cordon de pierre rappelant les attributs de chaque saison, mais ces éléments, jugés par la suite superflus, furent supprimés entre 1684 et 1686.

Le bassin de Flore

Le bassin de Flore est un bassin des jardins de Versailles, appartenant à l’ensemble des bassins des Saisons : le bassin de Cérès, le bassin de Flore, le bassin de Bacchus, le bassin de Saturne. Les Quatre Saisons sont représentées plusieurs fois en sculpture à Versailles. La Grande Commande regroupe un ensemble de sculptures commandées par Louis XIV en 1674 dans lequel figurent des statues des Saisons.

Le bassin de Flore ( l'été )

Le bassin de Bacchus

Bassin de forme carrée à pans-coupés, dit de l’automne, cette oeuvre des frères Marsy dispose en son centre d’une statue de Bacchus entouré de quatre petits satyres, moitié enfants, moitié boucs, allongés sur des grappes de raisins, l’un d’entre -eux étant déjà ivre et endormi. Les sculptures des quatre bassins des saisons sont dorées et peintes au naturel. Quatre motifs complémentaires de satyres complétaient le bassin. Des grappes et feuilles de vigne en métal peint décoraient la margelle du bassin.Ce bassin, restauré en 1982, est celui qui a le mieux conservé son décor. Dieu du vin et l’ivresse, Bacchus, figure mythologique romaine, enseigne à travers le monde la culture de la vigne et symbolise l’époque des vendanges.

Le bassin de Bacchus ( l'automne )

Le bassin de Saturne

Parfaitement symétrique au bassin de Flore, le bassin de Saturne, est situé dans la partie sud et symbolise la saison de l’Hiver. Saturne trône au centre d’un bassin rond, entouré de petits amours, sur une île parsemée de coquillages. Quatre amours formaient auparavant des motifs complémentaires d’où jaillissaient huit jets. Ils alternaient avec des sabliers reliés par des guirlandes de fleurs. La margelle était décorée de glaçons en métal peint.

Le bassin de Saturne ( l'hiver )

Le bassin de Cérès

Réalisé par Regnaudin en 1673, le bassin de Cérès ou l’Été présente la déesse allongée sur un lit de gerbes de blé et de fleurs messicoles -typiques des champs cultivés- comme le coquelicot et les bleuets. Elle est coiffée d’une couronne d’épis et tient une serpe dans la main droite, symbole des moissons. Trois amours semblent s’ébattre et s’amuser autour d’elle.

Le bassin de Cérès ( le printemps )

Le bassin de l’Obélisque

Du bosquet de la salle des Festins aménagé par Le Nôtre entre 1671 et 1674, il ne reste que le tracé général. Il fut entièrement repris par Jules Hardouin-Mansart en 1705-1706. L’architecte y creusa un vaste bassin rectangulaire à deux niveaux d’où jaillissent une multitude de jets formant un obélisque liquide. Le bassin supérieur se déverse par quatre escaliers d’eau dans le bassin inférieur.

Le bosquet de l'Obélisque

Le bassin du Miroir

Le bassin du Miroir, creusé en 1672, vient compléter le grand bassin de l’Île royale qui lui faisait face, aujourd’hui le Jardin du Roi. Les deux pièces d’eau étaient séparées par une allée. Jouant avec la différence de niveau qui plaçait l’Île royale plus bas que le Miroir, le Nôtre avait aménagé le mur de soutènement de l’Île royale en cascades d’architecture.

Le bassin du Miroir
Image du film d'Alam Rickman Les Jardins du Roi (2014)

Le bosquet du jardin du Roi

Le Jardin du Roi a été aménagé en 1817 sur le tracé exact de l’ancien bassin de l’Île royale, creusé en 1671. Ce bassin avait à l’origine une fonction de drainage des terrains de ce secteur du jardin. Mal entretenu après 1789, il se transforme peu à peu en marécage. En 1816, Louis XVIII charge l’architecte du palais, Alexandre Dufour, de le combler et de planter à sa place un jardin paysager.

Le bosquet du jardin du Roi

De 1679 à 1681

Le bassin de Neptune
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles passion )

C’est sous la direction de Le Nôtre qu’est construit,  le bassin de Neptune, qui est un des plus grands bassins des jardins du château de Versailles. Appelé à l’origine « Pièce d’eau sous le Dragon » à cause de sa situation en deçà de la fontaine dite du Dragon, le bassin Neptune est composé de statues et de fontaines qui font de lui un des bassins les plus important du jardin. Il équilibre la Pièce d’eau des Suisses creusée à la même époque au-delà de l’Orangerie.

Le bassin de Neptune
Le bassin de Neptune par Jean Cotelle

Décoré en 1683 d’une ornementation marine conçue par Le Brun, il mobilise vingt-quatre sculpteurs pour les vases, coquilles et masques de son mur de soutènement. S’inspirant des thèmes mythologiques de Neptune et d’Amphitrite, Coysevox, Houzeau, Raon préparent des modèles qui sont mis en place et présentés au Roi le 17 mai 1685.

Mais la France entre alors en guerre qui ajourne par deux fois l’exécution définitive.

Le bassin de Neptune

En 1733, le dessin du bassin est simplifié et trois ans plus tard, Philibert Orry, Directeur des Bâtiments Royaux, reprend le projet de décoration abandonné sous Louis XIV. Cinq groupes de métal orneront le mur de soutènement et les deux coins du bassin. Il sera encore restauré en 1785 puis en 1883 et 1888 et les vases, masques et coquilles seront remplacés.

Nocturnes le bassin de Neptune
Le bassin de Neptune par Jean Cotelle
Quand les Versaillais venaient jusqu'en 1953 se baigner dans le bassin des Pages en venant de la grille de la Reine

En 1685

Au nord, la construction d’une aile réservée aux princes de sang entraîne la destruction de la grotte de Téthys.
Sur la place d’Armes, de part et d’autre de l’avenue de Paris, l’architecte édifie des écuries capables d’abriter des centaines de chevaux et de carrosses. Chacune a sa spécialité : La Grande Écurie  accueille les chevaux de selle destinés au manège ou à la chasse. La Petite Écurie, les bêtes d’attelage et les carrosses. Elles ne possèdent qu’un rez-de-chaussée afin de ne pas gêner la vue depuis le château.

Le grand canal, dans l'extrémité ouest du jardin

Le « parterre de l’amphithéâtre », ou bassin de la « salle des Antiques »

Connu aussi sous l’appellation, plus courante, de galerie d’eau, le bosquet de la salle des antiques est aménagé à la fin des années 1670.  La Galerie d’eau est réalisée au sud de l’allée diagonale reliant le bassin de Saturne à celui d’Apollon, à proximité du bosquet des Sources. Le bassin oriental relié au canal fut l’objet d’une gravure de Pierre Lepautre (fig. 2), datée de 1679 et montrant une «statue de bronze d’une Vénus élevée sur un bassin de marbre blanc, faisant un des ornemens de la fontaine appelée la Gallerie d’eau»).

Le bassin occidental relié au canal est mentionné par les comptes des Bâtiments du Roi en août 1680 : le sculpteur Jacques Houzeau est alors rétribué pour ses «ouvrages pour le Gouffre de la nouvelle fontaine du petit parc. Comptes des Bâtiments du Roi, 1664-1715, t. I, col. 1289. ». La nouvelle fontaine dont il est question est assurément la galerie d’eau et l’appellation de Gouffre signifie que le bassin avait pour fonction d’évacuer l’eau par le sol. Le bosquet a été en effet aménagé sur un terrain en déclivité, si bien que le canal ceinturant l’île, loin de former une douve aux eaux dormantes, permet, par degrés successifs, l’écoulement de l’eau issue du bassin occidental vers le Gouffre. Au moyen de canalisations souterraines, l’eau est ensuite évacuée jusqu’au bassin d’Apollon. Ce dispositif est bien visible sur un plan qui peut être daté de 1680-1681, conservé aux Archives nationales (fig. 3).

fig. 3 - Agence des Bâtiments du roi, Plan général des jardins de Versailles (détail), 1680-1681. Dessin.

L’aspect du bosquet est connu par un dessin non daté d’Israël Silvestre, conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre, et par l’esquisse, sans doute due à Nicodème Tessin, montrant le plan d’une moitié du bosquet avec schéma d’implantation des socles, élévations partielles de topiaires, sculptures et lances d’eau, tout comme le profil de la margelle du bassin .

Le bosquet de la Salle des antiques, vers 1685 par Israël Silvestre. Dessin. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Fonds des dessins et miniatures
Vue aérienne du parterre de l’amphithéâtre

En 1683, les comptes des Bâtiments du Roi indiquent l’arrivée de nouvelles statues antiques. Il n’est pas impossible que les trois sculptures supplémentaires, non mentionnées par Combes en 1681, aient figuré au sein de ce nouveau lot. En avril 1681, date de l’achevé d’imprimer du guide de Combes, le bosquet encore désigné sous le nom de « Galerie d’eau » comportait vingt et une « statues de marbre antique, faites à Rome par de très habiles sculpteurs. Combes, 1681». Combes les énumère à partir de l’entrée orientale du bosquet (accessible depuis le bassin de Saturne), par le côté nord de l’île : une VestaleBacchus, une SybilleSilène, une VestaleMéléagre, qui correspond au socle placé à l’arrière du bassin médian, un SylvainCléopâtre, un AthlèteCérès et Pandore. À ces onze statues « du premier rang » succèdent, en revenant en face, d’ouest en est, dix sculptures : Salmacis hermaphrodite, le groupe de Mercure et Argus et, après un socle vacant, BacchusPsychéAntinoüs, placé sur le socle situé à l’arrière du bassin médian, un Faune sous les traits de BacchusPomone, un petit SylvainMinerve et Bacchus.

Le bosquet de la Salle des antiques avec Narcisse se mirant dans un bassin, (1699). par Jean Joubert ; Gouache. Versailles

Le 19 juillet 1704

Selon le témoignage de Dangeau, « le Roi sort à pied par ses jardins, passa par la fontaine qu’on appelle la Galerie, dont il a fait ôter toutes les statues. ». Le bosquet de la salle des antiques est alors entièrement remanié : les fontaines, le pavement de marbre, les jets d’eau, le canal ceinturant l’île et les topiaires disparaissent, laissant la place à deux rangées de marronniers, qui donnent au bosquet sa nouvelle appellation de « salle des marronniers ».

Vue perspective du bosquet de la Salle des antiques, (1688) par Jean-Baptiste Martin
Vue du parterre de l’amphithéâtre
La salle des Marronniers

La salle des Marronniers

La salle des Marronniers présente un tracé qui l’apparente à une galerie de verdure ornée d’une fontaine à chacune de ses extrémités. Elle a remplacé un bosquet dessiné par Le Nôtre en 1678 : la galerie des Antiques, où, à partir de 1680, Louis XIV fit installer une remarquable collection de sculptures antiques ou d’après l’Antique, disposées sur des socles émergeant du petit canal qui entourait un terre-plein central au dallage polychrome. Des bassins agrémentaient les extrémités de ce véritable musée en plein air. En 1704, Jules Hardouin-Mansart supprime les fontaines et l’îlot à l’emplacement duquel sont plantés deux rangées de marronniers.

La salle des Marronniers

Le bosquet de la Colonnade

Le bosquet de la Colonnade est construit en 1685 par Jules Hardouin-Mansart à l’emplacement d’un bosquet plus ancien nommé bosquet des Sources, à l’instigation de Louis XIV, qui voulait une «colonnade de marbre avec de grosses fontaines».

« On entrera dans la Colonnade, on ira dans le milieu, où l’on fera le tour pour considérer les colonnes, les ceintres, les bas reliefs et les bassins. »

Louis XIV

La colonnade

Le bosquet de la Colonnade est triangulaire, à l’intérieur se trouve un salon de verdure circulaire entouré d’une colonnade de marbre de près de quarante mètres de diamètres. Il est accessible à ses trois points cardinaux par quatre allées. L’espace est organisé en rotonde, à l’Antique. Son péristyle en double rangée de pilastres et colonnes ioniques en font un des bosquets ou la composition architecturale est la plus prépondérante du Jardin de Versailles.

La structure du péristyle est constituée de trente-deux colonnes de marbre reliées par des arcades. Chaque colonne est couronnée par un pot-à-feu. En arrière de chaque colonne se trouve un pilastre lui étant relié par un contrebutement. Le péristyle principal est achevé par des arcs en cintre courbés, ornés de bas-reliefs, un entablement en marbre blanc doté d’une légère corniche. Les claveaux des arcades sont également ornées de mascarons.

Le bosquet se distingue par la grande présence de marbres. Cette présence est due à la date des travaux d’aménagement (1683-1688) concordant à l’arrivée en masse à Versailles de diverses essences de marbres ainsi qu’à son maître d’œuvre, alors celui également du château, Jules Ardouin Mansart.

Il dispose de différentes essences de marbres parmi lesquelles: du rouge du Languedoc de Caunes-Minervois, du bleu turquin de Saint Béat ainsi que du brèche violette de Serravezza. Les arcades ainsi que les sculptures, les emmarchements et les caniveaux sont eux en marbre de Carrare.

Au pied du péristyle se trouvent aujourd’hui vingt-huit vasques sur piètement triangulaire.

« Trente grands bassins de marbre blanc, dont deux dans la salle des marronniers et vingt-huit dans la Colonnade.Le bord est orné de feuilles d’eau et de fleurons, et le dessous entouré de godrons qui naissent d’une coquille, ayant six pieds trois pouces de diamètre (190cm) sur dix pouces et demi d’épaisseur (25,4cm); posez sur un pied, de deux pièces et de deux pieds six pouces de haut (76,2cm), orné par le haut d’un cordon de feuilles de laurier et, par le bas, d’oves entrelassées de fleurons, avec trois consoles en tiers point taillées d’architecture et d’une grande feuille d’eau».

Au centre de la colonnade se trouve un moulage du groupe sculpté de François Girardon, l’Enlèvement de Proserpine par Pluton, depuis 1990. L’original est conservé depuis 1955 dans le vestibule nord de l’Orangerie du château.

L'enlèvement de Proserpine par Pluton, d'après Girardon (1699)
Le bosquet de la Colonnade par Cotelle

« En sortant on s’arrêtera pour voir le groupe de Guidi, et l’on ira voir du côté de l’allée royale. »

Louis XIV

La Renommée écrivant l'histoire du Roi de Domenico Guidi

Le Buffet d’eau,
Le souvenir de Louis XIV au Grand Trianon
( texte et illustration de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Cette fontaine est l’œuvre de Jules Hardouin-Mansart. Elle est construite en 1702, puis modifiée et adaptée à plusieurs reprises selon des directives très précises de Louis XIV. Elle s’étage en trois gradins de marbres aux couleurs variées, opposant les teintes soutenues des murs (Rouge du Languedoc et Campan royal), au marbre blanc de Carrare des vasques et des ornements. Les figures en plomb, autrefois dorées, viennent compléter cet ensemble : au sommet, Neptune et Amphitrite encadrés de deux lions, puis quatre jeunes tritons s’ébattant sous des vasques, ainsi que divers bas-reliefs de divinités marines et de guirlandes. 

Lors de la construction du Trianon de marbre en 1687, un de ses pavillons s’oriente sur la même allée. L’une des fontaines, qui tournait alors le dos au nouveau château est supprimée et son pendant remplacé par un ouvrage plus spectaculaire, confié à Jules Hardouin-Mansart. Pour s’accorder au nouveau château, l’ouvrage est conçu comme un Buffet d’eau tapissé de marbres rouge et blanc.

Au sommet de la composition se trouvent Neptune et Amphitrite, soutenant une urne centrale, encadrés de deux lions, et de quatre jeunes tritons s’ébattant sous des vasques.

Livrée en 1702, la fontaine n’est pas tout à fait au goût de Louis XIV qui fait transformer son décor. Le Roi remplace les dragons du dernier niveau par des lions, apporte des modifications au déversoir central et fait ajouter sur les gradins quelques panneaux de brèche violette. Les sculptures sont également dorées.
En 1703, la fontaine est terminée, prenant alors son apparence définitive – celle qui perdure jusqu’à aujourd’hui – et constituant l’amorce des Salles vertes du parc de Trianon.

Malgré son aspect frontal, cette imposante structure mesure douze mètres de profondeur, de l’avant du bassin au dos de la maçonnerie. Le Buffet d’eau s’étage en trois gradins principaux aux parois revêtues de marbres polychromes allant du rouge soutenu du Rouge du Languedoc et du Campan royal, au blanc du marbre de Carrare pour les vasques et les ornements.La fontaine e st ornée de figures en plomb, particulièrement raffinées et dorées.

De multiples effets d’eau animaient cette fontaine composée en cascade, dont chaque degré forme un effet de nappe, alimentant ensuite la série de vasques de marbre blanc. Les lances et bouillons étagés semblaient sortir des vasques qui garnissent les gradins et définissaient les lignes verticales de cette majestueuse composition. Des jets obliques jaillissaient de quatre masques représentant les vents (Borée, Euros, Auster, Zéphyr) et ornant la paroi du degré inférieur. La polychromie des marbres se trouvait alors magnifiée par le scintillement des eaux.

Aux niveaux inférieurs sont placés des bas-reliefs de divinités marines et des guirlandes de fleurs.

Les sculpteurs de ces groupes sont, pour certains, mentionnés précisément dans les comptes royaux, et l’on peut ainsi attribuer de façon certaine Neptune et Amphitrite à Corneille Van Clève, ou encore les bas- reliefs du deuxième gradin à Louis Garnier. On sait également que Simon Mazière, Robert Le Lorrain ou encore Jean-Louis Lemoyne sont également intervenus dans le décor, sans connaître la nature précise de leur réalisation.

Le Buffet d'eau

En 1709

Le bassin des enfants dorés
( texte et photos de Christophe Duarte ; Versailles – Passion )

Le bassin des Enfants Dorés dit également Bassin de l’Île aux Enfants, est établi en lisière Ouest du Bosquet du théâtre d’eau. Il est créé par Jules Hardouin-Mansart, en 1704 lors de la campagne de travaux conduite dans le jardin, qui crée le percement d’un certain nombre d’allées secondaires en franges des bosquets, ouvrant ainsi plus largement les salles de verdure plus secrètes antérieurement composées par Le Nôtre.

 Quelques années plus tard, en 1709, ce petit bassin de forme elliptique est complété d’une composition centrale, sous la conduite du duc d’Antin, successeur de Hardouin-Mansart. Cette nouvelle fontaine, appelée L’Île aux Enfants est ornée en son centre d’un groupe de huit chérubins, figures en plomb sculptées par Jean Hardy à partir de 1704 et placées dans les bassins du parc de Marly avant d’être finalement réemployées à Versailles. 

Le rocher formant cette Île aux enfants, en plomb, est orné d’une profusion de différents motifs de fleurs et feuilles aquatiques en relief. A sa base, il est traversé de part et d’autre par la canalisation alimentant, au milieu du rocher, l’ajutage du jet central. De près de quinze mètres, ce dernier forme le seul effet d’eau du bassin. 

Le bassin des enfants dorés

Les deux bosquets symétriques : le bosquet du Dauphin et le bosquet de la Girandole

Situés au nord et au sud de l’axe est-ouest, ces deux bosquets sont à l’origine conçus comme un réseau de chemins autour de quatre « salles de verdure », qui convergent vers une salle centrale, accueillant une fontaine. Le bosquet sud devient le bosquet de la Girandole, ainsi nommé en raison de la fontaine centrale et des jets d’eau qui jaillissent en rayonnant tout autour.

En 1775

Les deux bosquets sont détruits pour faire place à des espaces plus ouverts. À cette époque, ils sont rebaptisés le quinconce du Nord et quinconce du Midi.

En 2000

Les deux bosquets sont restitués à la suite de l’ouverture progressive des bosquets au public.

 Un pavillon disparu :
Le petit pavillon du Bosquet du Dauphin
( texte et illustrations de Christophe Guarte ; Versailles – passion )

L’immense clairière de forme géométrique où va se situer ce petit bosquet est un projet inachevé de Louis XIV : les Bains de Diane. Les terrassements commencés en 1713 sont menés en parallèle avec la confection d’un modèle en 1715. Mais la mort de Louis XIV interrompit les travaux qui ne furent pas repris sous le règne suivant. Le Dauphin Louis-Ferdinand, né le 4 septembre 1729, a sept ans en 1736. Le Roi se souvient de tout ce qui le Régent a fait pour lui et du profond plaisir qu’il avait ressenti de posséder quelque chose à lui quand il l’avait conduit pour la première fois au bout de la terrasse au bord de l’eau du jardin des Tuileries où, dissimulé dans les charmilles, il avait découvert le jolie petit pavillon meublé, entouré d’un jardinet et quelques beaux outils d’argent.

Le Petit pavillon du Bosquet du Dauphin

Louis XV fait pour son fils ce qu’on a fait autrefois pour lui. Pas loin du château, derrière le bosquet du Marais, il y avait un petit endroit où Louis XIV allait faire son bosquet. Cela lui paraît être l’endroit idéal pour un faire construire un petit bâtiment entouré d’un petit jardin avec bassin, volières, fleurs, et son fils aurai en plus ce qu’il n’avait pas eu : les statues, portraits idéalisés de ses parents, tous deux autour de lui qui l’aiment bien tendrement. Un petit bâtiment presque carré aux angles légèrement abattus, posé sur une terrasse plus haute de trois marches que le reste du jardin, entouré d’une haie basse en demi-cercle, bordé de jeunes tilleuls, et beaucoup de verdure, de vieux arbres derrière la montée vers le Marais.

Trois grandes baies en plein cintre, une sur chaque face, les carreaux dans l’imposte et descendant jusqu’au sol. Une grande pelouse et, dans l’allée de ceinture, des rangs de jeunes arbres qui s’interrompent au milieu de chaque côté : c’est la que l’on mettra les deux statues de Coustou. Un petit bassin rond est à la rencontre des deux allées qui partagent le gazon en quatre parties, la volière sera faite pour fermer la perspective entre les deux allées de sortie, tracées en biais.  On entre de plain-pied dans un joli salon boisé, une belle cheminée de marbre est en face entre une petite porte, celle du cabinet de la chaise, et une fausse porte derrière laquelle est un petit réduit. Un miroir sur la cheminée et dans les quatre angles, sous lesquels se trouvent des banquettes. Le sol est fait d’un dallage de carreaux de Hollande octogonaux.

Louis XV en Jupiter par Coustou
Marie Leszczyńska en Junon par Coustou

On trouvait aussi une belle cantine renfermant quatre assiettes, deux couverts et deux gobelet, le tout en argent pour le goûter du jeune Prince. Le Dauphin grandissant, ce petit pavillon et son jardin se retrouvent à l’abandon. On le détruit en 1754, année de la naissance du futur Dauphin et Roi Louis XVI…
Le duc d’Antin obtient que les statues de Louis XV et Marie Leszczyńska fussent placées provisoirement dans le parc de Petitbourg. A sa mort, les deux statues retournèrent à Versailles dans les jardins du Grand Trianon. Elles furent envoyées au Louvre en 1850. Deux copies de ces statues, dont une datant de 1923, sont aujourd’hui dans l’Escalier Gabriel

Le bosquet de la Girandole, créé par Le Nôtre entre 1661 et 1663

« On passera après à la Pyramide, où l’on s’arrêtera un moment, et après on remontera au château par le degré de marbre qui est entre l’Aiguiseur et la Vénus honteuse, on se tournera sur le haut du degré pour voir le parterre du Nord, les statues, les vases, les couronnes, la Pyramide et qu’on peut voir de Neptune, et après on sortira du jardin par la même porte par où l’on est entré. »

Louis XIV

Le bosquet de la Reine,
Le cadre historique de l’Affaire du Collier
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Le Bosquet de la Reine, tel que nous le voyons aujourd’hui, a été créé en 1774 lors de la replantation du Parc ordonnée par Louis XVI.

Plan du bosquet de Vénus

« Je crois qu’il n’y a point d’autre moyen pour le rendre agréable et multiplier l’espace, que d’en faire un Bosquet dans le goût moderne, de le composer de tous les arbres étrangers qui ont quelques agréments. Dans ce lieu il sera nécessaire de varier artistiquement la forme des arbres, celle des feuilles, la couleur des fleurs, le temps de leur fleuraison, et leurs différentes teintes de verdure… »

Gabriel Thouin – 22 octobre 1775  

Il présente l’aspect d’un jardin à l’anglaise qui remplace le fameux Labyrinthe, construit en 1673 par André Le Nôtre et qui était formé d’une multitude de petites allées cachant dans leurs détours trente-neuf fontaines. Ce lieu subit de multiples détériorations qui amènent à sa disparition en 1774.

Remplacé par l’actuel bosquet qui prend d’abord le nom de «Bosquet de l’ancien Labyrinthe», puis «Bosquet de Vénus» avant de devenir «Bosquet de la Reine» en 1835.

Le nouveau tracé, simple mais élégant, avait été conçu pour mettre en valeur des arbres exotiques introduits en France au XVIIIe siècle : séquoia, cèdre du Liban, pin de Corse, noyer noir d’Amérique et marronnier rouge. La salle centrale est plantée de dix tulipiers de Virginie.

Ce bosquet ne comporte ni vase ni statues : son intérêt vient essentiellement de l’essence de ses arbres, pour la plupart nouvellement introduites en France. En pénétrant ces lieux ouverts on a le sentiment d’entrer dans une parfumerie naturelle tant la flore exhale des parfums sensationnels ! 

Un nouveau réaménagement sera réalisé sous Louis-Philippe en 1839.
Une nouvelle campagne de replantation touche tout le parc dans les années 1860-1880.
L’état actuel du bosquet est l’héritier de cette replantation.
Les arbres plantés à cette époque, arrivés à obsolescence, sont décimés par les tempêtes de février 1990 et de décembre 1999.

Une campagne actuelle de replantation a pour but de redonner à ce Bosquet son état XVIIIe siècle.

C’est ici que se déroule la fameuse scène de l’Affaire du collier où la fausse Marie-Antoinette rencontre le Cardinal de Rohan.

 

Voir cet article : 

Le bosquet des Bains d'Apollon

« On entrera dans la petite allée qui va à Flore, on ira aux bains d’Apollon, et l’on en fera le tour pour considérer  les statues, cabinets et bas-reliefs. »

Louis XIV

Les Bains d'Apollon à Versailles par Hubert Robert

En 1778

Le bosquet des Bains d’Apollon,
Le romantisme d’Hubert Robert dans le Parc de Versailles
(texte et photographies de Christophe Duarte ; Versailles-passion)

Les grands travaux de replantation du parc qui ont lieu en 1775 sont le prétexte à des changements dans les bosquets de Louis XIV, dont l’entretien est coûteux et l’état parfois mauvais. On sacrifie ainsi certaines créations de Le Nôtre, dont le Labyrinthe. D’autres sont simplifiées dans leur dessin ou leurs ornements. Un seul bosquet est créé de toutes pièces dans le goût nouveau en 1778/1780 : les Bains d’Apollon, organisé autour des groupes provenant de la Grotte de Téthys. Hubert Robert est chargé de cette remise en scène d’esprit déjà romantique.

La grotte des Bains d’Apollon avec les statues provenant de la grotte de Thétys

Il imagine de placer les trois groupes de marbre blanc dans un décor « sauvage », dominé par un grand rocher au naturel, réalisé par Thévenin.Très prisé à l’époque, ce thème offre une belle méditation sur la nature et le temps.Des jeux d’eau placés à l’intérieur de la grotte, ainsi qu’une cascade complètent le dispositif.

Les statues sont remplacées par des copies en 2009. Les originaux ainsi que les reliques de la Grotte de Téthys sont conservés dans la Gypsothèque à la Petite Écurie.

Le bosquet des bains d'Apollon vers 1775, au moment des travaux ordonnés par Louis XVI
Le bosquet des Bains d'Apollon

Les salles vertes des Jardins de Trianon
(texte et illustrations de Denis Barrow – Versailles- passion )

( Sources : Alexandre Maral & Cyril Pasquier © RMN – Château de Versailles)

En 1707, le dispositif comporte alors huit Salles : la Grande Salle Ronde, la Salle Ronde à Quatre-Niches, la Salle des Deux-Ronds, la Salle Ovale Renfoncée, l’Antisalle de la Salle Ovale, la Salle Triangulaire, une seconde Grande Salle Ronde et la Grande Salle des Portiques.
 
Le plan de Pierre Lepautre de 1711 (ci-dessous), qui situe précisément pour la première fois les Salles Vertes, en recense treize.
Les salles vertes des Jardins de Trianon
L’inventaire de 1722 dénombre neuf Salles Vertes,
 
Un « État des principaux objets faisant décoration dans le jardin de Trianon » de 1775, mentionne encore neuf Salles Vertes : la Salle des Six-Figures, la Salle des Empereurs, la Salle de Mercure, la Salle de Diane, la Salle d’Alexandre, la Salle Triangulaire, la Salle d’Atalante, la Salle des Portiques et la Salle des Deux-Vases.
Vue partielle de la Grande Salle Ronde, 1713
Le bosquet de la Salle des antiques, vers 1685. Dessin de Israël Silvestre

En 1783, seules subsistent la Salle des Six-Figures, la Salle Triangulaire, la Salle de Mercure et la Salle de Diane.

En 1821, le plan de Charles Picquet représente six Salles Vertes : la Salle Ronde (ancienne Salle des Six-Figures), la Salle de Mercure, la Salle des Deux-Vases, la Salle Triangulaire et, dans la partie nord, la Salle de la Table et la Salle des Trois-Salons.

Vue perspective du bosquet de la Salle des antiques, 1688. Huile sur toile de Jean-Baptiste Martin
Le bosquet de la Salle des antiques avec Narcisse se mirant dans un bassin, 1699. Gouache de Jean Joubert
Vue du jardin des Marronniers, 1713 par Charles Chatelain
Comportant peu de structures artificielles, ils ont souffert beaucoup plus que les jardins de Versailles de l’abandon progressif et du manque d’entretien. La végétation domestiquée qui les constituait a repris ses droits et la tempête de 1999 a achevé de détruire les rares vestiges des plantations initiales.
 
Après la tempête de 1999, la Société des Amis de Versailles a participé à la restauration du Parc du Grand Trianon, c’est ainsi qu’une première salle de verdure, la Salle Triangulaire, aux décors strictement végétaux, a pu être inaugurée le 6 octobre 2004.
 
Celle-ci comporte une double haie de charmilles entaillée de « fenêtres », offrant des vues variées sur les orangers en pots qui l’habillaient à la belle saison :
La salle triangulaire
Salle triangulaire - Poteries d'Anduze commandées à la Poterie du Chêne Vert en 2004
La salle Triangulaire inaugurée le 6 octobre 2004

Le bassin du Trèfle

Le bassin du Trèfle est un des bassins les plus grands et des plus méconnus de Versailles. Ici, point de jets d’eaux ou d’effets aquatiques mais du volume. Situé au nord du Grand et du Petit Trianon, sa fonction principale est de servir de réservoir intermédiaire aux autres bassins. Il n’est que rarement accessible en libre promenade dans le parc car situé dans l’espace réservé au service et aux jardiniers.

Le bassin du Trèfle
Les Neiges Royales, glacières de Trianon
 
A l’arrière du jardin du petit Trianon, près du bassin du Trèfle se trouvent les glacières que Louis XIV a fait installer en 1686 ; elles fonctionneront jusqu’en 1909. Ces petites bâtisses rustiques aux larges murs en pierre et au toit de chaume sont la partie d’une installation en profondeur afin de maintenir une température constante en dessous de 0 °C. La glace récoltée en hiver sur les bassins est stockée ici en couches régulières séparées par des couvertures de paille qui garantissent une bonne isolation permettant de la garder cinq ans. 

Elle sert à conserver les aliments sans recourir au salage qui en gâte le goût ou de rafraîchir les boissons en été. On remplit de grandes vasques de marbre comme celles datant de Louis XV, que l’on peut voir dans la galerie des Cotelles au grand Trianon. La glace est également utilisée pour les sorbets confectionnés dans des sarbotières (le terme de « sorbetière » datant du XIXe siècle). Des récipients en porcelaine à double fond : on en tapissait le premier fond avec du sucre ou des sels marins mixture dont la réaction faisait givrer la liqueur de fruits placée dans le second. Ces « neiges » magnifiaient les saveurs des fruits : oranges, pêches, prunes, pommes, groseilles…issus des cultures du domaine, comme celle de la vanille, du safran, des clous de girofle et du cacao importés des pays lointains.

Les Neiges Royales
Les jardins illuminés

Sources : 

  • Antoinetthologie
  • Le Labyrinthe de Versailles de Charles Perrault
  • Versailles – passion ; groupe FB de Christophe Duarte
  • Mémoires de Louis XIV/Mémoires pour l’instruction du Dauphin
Le château et le parc de Versailles

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