La Maison militaire du Roi 

La Maison Militaire du Roi, photographie de Jean-Christophe Peyrard

La maison militaire du Roi de France est le nom donné à la partie militaire de la maison du Roi sous l’Ancien Régime. Elle a pour mission principale d’assurer la protection du Roi et de sa famille. Elle est sous l’autorité du secrétaire d’État à la Maison du Roi, mais dépend de l’ordinaire des guerres, contrôlé par le secrétaire d’État à la Guerre, pour son budget.

Si les rois de France ont toujours entretenu des gardes chargés de leur sécurité, le terme de « maison militaire » n’est véritablement apparu qu’au XVIIe siècle. Elle connaît son apogée sous le règne de Louis XIV et vit un long déclin dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Au Haut-Moyen-Âge

Les Mérovingiens sont les premiers à se doter de gardes pour veiller à la sûreté de leur personne et de leur demeure. La truste constitue la garde personnelle du roi, elle est formée des guerriers les plus fidèles (les antrustions ou leudes). Le roi franc Gontran, serait le premier à avoir pris des précautions afin de se mettre à l’abri de toutes attaques de la part de factions opposées ou d’hommes seuls.

Les Carolingiens n’ont pas d’armée régulière permanente en dehors de la garde personnelle du Roi. Elle est composée de soldats dévoués à la personne royale. Ces gardes du palais, héritiers des prétoriens, sont couramment appelés les «paladins». Le plus souvent ce sont des chevaliers d’élite. Il n’est pas rare que Charlemagne, amateur de natation, invite les soldats chargés de sa garde personnelle à partager avec lui le divertissement du bain.

Sous les premiers Capétiens

La garde du Roi se renforce, en particulier sous les règnes de Philippe Ier et Louis VI. Elle est formée d’hommes choisis, les ostiarii ou custodes, c’est-à-dire «portiers». D’abord viennent les huissiers d’armes, chargés de la garde intérieure des palais. Ensuite il y a les portiers, chargés de la garde extérieure. Initialement, ces gardes ne sont pas considérés comme des militaires, ils ne suivent donc pas le Roi aux armées, ni quand il quitte la capitale. Les huissiers d’armes sont assimilés à des militaires à la longue, ils deviennent les hommes d’armes.

Durant la troisième croisade, en 1191

Philippe Auguste institue, pour la protection de sa personne, les sergents d’armes et les portes masses.

À la fin du XIIIe siècle

Ils forment la compagnie des gardes de la porte.

L'adoration des mages, représentant Charles VII entouré par la Garde écossaise
Au bas Moyen-Âge

Au début du XVe siècle, les rois de France commencent à s’entourer de gardes étrangers, réputés indifférents aux intrigues de cour et partant plus dignes de confiance que les troupes françaises. L’une des unités les plus prestigieuses de la maison militaire est certainement la garde écossaise. Elle est créée par Charles VII pour sceller l’Auld Alliance. Les plus vieux documents mentionnant la garde écossaise datent de 1425.

En 1445

Jacques II envoie un corps de vingt-quatre gentilshommes pour assurer la sécurité rapprochée du Roi de France, ils deviennent les archers de la garde du Roi. En 1453, pour marquer l’estime que Charles VII porte aux soldats de cette nation, il institue la compagnie de gens d’armes écossais. Avec le temps, cette compagnie est placée à la tête de la gendarmerie d’ordonnance.

En 1460

Le Roi intègre les écossais à sa garde, ils forment les cent gentilshommes de l’hôtel du Roi. C’est cette unité qui est habituellement connue sous le nom de « garde écossaise », tandis que les vingt-quatre meilleurs gardes de cette unité sont qualifiés de «gardes de la manche» parce que deux d’entre eux se tiennent en permanence à côté du roi pour le protéger. Les gardes de la manche sont vêtus d’un hoqueton blanc brodé d’or et portent une pertuisane à clous d’or et à frange.

En 1471

Désireux de s’attacher des hommes de confiance, Louis XI crée la compagnie des Cent-Suisses. Elle est constituée exclusivement de mercenaires suisses équipés initialement d’une hallebarde. Ils servent ensuite Charles VIII avec zèle lors de l’expédition de Naples entre 1494 et 1497. Ce corps est très utilisé pour gagner les batailles.

Par édit du 4 septembre 1474

Une compagnie de cent hommes d’armes français est instituée pour la garde du corps du Roi. Cette troupe est longtemps connue sous le sobriquet de «gentilshommes à bec de corbin», parce qu’ils portent, dans le service, une hache équilibrée sur son manche par une pointe recourbée. C’est la «petite garde», qui sert à l’intérieur du palais, par opposition à la «grande garde» (garde écossaise), qui sert d’escorte au Roi à l’extérieur du palais.

En 1479

Satisfait de sa petite garde, Louis XI crée une seconde compagnie française de gardes du corps.

A la Renaissance

C’est sous le règne de François Ier (1515-1547) que les troupes chargées de la garde du Roi commencent à se structurer.
La maison militaire se compose ainsi en 1515 :

Les gardes du corps, unité de cavalerie organisée en quatre compagnies, une écossaise et trois françaises.
Les gardes de la porte, unité à pied chargée de la garde des portes intérieures du palais pendant la journée.
Les gardes de la prévôté, unité à pied chargée de la police à la cour sous les ordres du grand prévôt de France.
Les Cent-Suisses, unité d’infanterie d’élite composée de soldats suisses, instituée en 1471 par Louis XI.

En temps de guerre, les gentilshommes désireux de combattre aux côtés du Roi sont rassemblés dans la cornette blanche. La compagnie des gendarmes écossais, qui fait partie de la gendarmerie d’ordonnance, assume les fonctions d’un corps de la maison du Roi, mais elle n’en fait pas officiellement partie.

Au Grand Siècle

Dès la fin du XVIe siècle

Le nombre d’unités de la maison militaire s’accroît. Sous le règne des derniers Valois et des deux premiers Bourbon, plusieurs unités sont créées :

-Les gardes françaises : unité d’infanterie créée en 1560 par Catherine de Médicis.
-Les chevau-légers de la garde : unité de cavalerie légère créée en 1593. Ses membres remplacent les gentilshommes à bec de corbin.
-Les gendarmes de la garde : unité de cavalerie lourde créée en 1609.
-Les gardes suisses : régiment d’infanterie créé en 1616. Il ne s’agit pas officiellement d’un corps de la Maison du Roi, mais il en assume toutes les fonctions.
-Les mousquetaires : compagnie d’infanterie montée créée en 1622, dissoute en 1646, et reconstituée en 1657en 1660, les effectifs des mousquetaires sont doublés par l’intégration à la Maison du Roi de la compagnie de mousquetaires du cardinal Mazarin.
-Les grenadiers à cheval : compagnie créée par Louis XIV en 1676.
-Les mousquetaires gris à Valenciennes (1677)

Mousquetaires gris à Valenciennes (1677)

C’est sans doute sous le règne de Louis XIII que les troupes de la maison militaire sont divisées en «garde du dedans du Louvre», rassemblant les gardes du corps, les Cent-Suisses, les gardes de la porte et les gardes de la prévôté et «garde du dehors du Louvre» rassemblant les autres unités. Il y a aussi les compagnies à cheval et les compagnies à pied.

Louis XIV transforme la Maison Militaire en un corps d’élite, chargé non seulement de la protection de la personne du Roi, mais également des attaques les plus difficiles. Il faut souligner par exemple l’action des mousquetaires à Maastricht en 1673, où d’Artagnan trouve la mort, celle des gardes du corps à Leuze en 1691 et celle des gardes françaises à Steinkerque en 1692. Le nombre de troupes de la Maison du Roi est augmenté de manière très importante lors du règne du Roi-Soleil.

Le Roi modernise également les uniformes et les équipements, ils se doivent de briller de magnificence et d’éclat. Louis XIV y introduit une milice plus nombreuse et mieux choisie. C’est depuis cette période que le terme de « Maison Militaire du Roi de France » est utilisé. La maison militaire n’est plus composée que de l’élite de la noblesse du royaume, de vieux soldats appelées par leur bravoure à l’honneur de défendre le trône. La Maison du Roi contient des unités composées majoritairement de gentilshommes et des unités tirées de l’élite de l’armée, composées de roturiers. Il est toutefois pratiquement impossible à un roturier de parvenir au grade d’officier dans la Maison du Roi. Cette garde a toujours eu la priorité sur les autres troupes et les postes d’honneur.

C’est sous le règne de Louis XIV que les gardes de la prévôté constituent plutôt une force de police qu’une unité militaire.

En 1674

Les quatre compagnies de gardes du corps, jusqu’alors indépendantes, sont dotées d’un état-major commun. Les gardes du corps sont surnommés la «maison bleue», en référence à la couleur de leur uniforme, distincte du rouge des autres corps.

Gendarme de la garde (1724)
Évocation de la maison militaire par la garde républicaine (2013)

La petite salle des gardes du Roi
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles-passion )

Située au rez-de-chaussée, on accède à cette salle par la porte vitrée ouvrant sur la cour royale.

Sur la cheminée est placé un buste de Louis Thiron de Crosme, lieutenant-général de police par Augustin Pajou en 1788. Pendant la journée, les gardes du corps rangent leurs paillasses dans les deux petits réduits qui encadrent les cinq marches.

Il fallait autrefois passer par cette petite salle des gardes pour emprunter, en haut de ces marches à droite, le Degré du Roi qui conduit à l’Appartement Intérieur du Roi au premier étage et à son Petit Appartement.

La petite salle des gardes du Roi

L’appartement du capitaine des Gardes au château de Versailles : Au service de la sécurité du Roi
( Texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

En 1760, Louis XV fait procéder à un remaniement de la salle-des-gardes. Non pas par convenance personnelle, mais parce que cette partie du château se trouve à nouveau en péril. Le mal provient des récents travaux qui, opérés dans la salle des gardes pour en abaisser le sol et pour y créer l’entresol des capitaines, ont fragilisé la base des murs et compromis l’équerrage des planchers par la suppression des deux fortes poutres jadis posées par d’Orbay. Les capitaines peuvent à leur gré maintenir leurs habitudes dans les deux pièces que le Roi leur laisse à l’entresol. Mais cela ne dure pas, car presque aussitôt, le nouveau gros mur de refend étant venu diminuer leur chambre à coucher et supprimer l’alcôve, ils sont amenés à en limiter l’usage.

Plan de l'appartement du Capitaine des Gardes en 1789

La situation change en juin 1774 peu après la mort de Louis XV. En effet, ils demandent à Louis XVI d’autres pièces à l’entresol :

« Il y a deux pièces qui ont été prises aux capitaines des gardes, de plain-pied à l’entresol du logement de quartier. Ils supplient Votre Majesté de bien vouloir les leur accorder ».

Louis XVI accepte et y ajoute même deux pièces que les capitaines n’ont jamais eues. A la suite de quoi Gabriel peut noter le 7 juin :

« Les petites pièces en entresols sur le passage qui va dans la cour de Mesdames seraient données en augmentation au capitaine des gardes, en rétablissant les communications comme elles étaient autrefois ».

L’affaire étant réglée, certains capitaines reprennent l’habitude d’habiter l’entresol pendant leur quartier, tandis que d’autres continuent à lui préférer l’appartement du rez-de-chaussée.

L’antichambre
Beaucoup plus tard, Louis XVIII, ayant envisagé de se réinstaller à Versailles pendant les mois d’été, fait procéder à une restauration générale du château. Estimant mesquins et insalubres les entresols des capitaines, il les fait intégralement abattre dès 1814.

En 1978, à la faveur de crédits alloués par une importante « loi-programme », la décision peut être prise d’améliorer cette évocation de la fin du XVIIIe siècle en remplaçant les salles du musée de Louis-Philippe par une spectaculaire reconstitution de l’appartement des capitaines et de la salle des gardes.
En 1981, les travaux de gros œuvre ont déjà permis de rétablir la plupart des sols et des murs à leurs niveaux et emplacements de jadis, et en 1986 le nouvel accrochage des collections est achevé.
Ainsi au fond de la cour de Marbre la « salle n°30 », recoupée, fait-elle place à deux pièces. L’une suggère la chambre de Marie-Antoinette, tandis que l’autre, sans prétention historique, remplace les passages, escaliers et entresols occupés par le service de la reine en 1789, puis promis au service des capitaines en 1814.
Le grand cabinet

A côté, la chambre-à-coucher des capitaines ainsi que leur ancienne salle-à-manger retrouvent leurs proportions, avec cheminées de marbre, lambris d’appui et tentures. En arrière, le vestibule est débarrassé de l’escalier qui l’encombrait depuis le temps de Louis-Philippe et, à côté, une pièce un peu trop longue, mais enjolivée par un habillage d’étoffe, est censée évoquer l’ancien cabinet particulier des capitaines.

La chambre
Etat de la chambre en 1965

Quant au vestibule du degré du Roi communiquant avec la salle-à-manger au moyen d’une porte percée en biais, il est recréé, malheureusement sans assez d’attention puisqu’il lui manque son issue sur la cour de Marbre, ainsi que les quatre piliers qui, ponctuant jadis ses angles, justifiaient le passage en biais vers la salle-à-manger.

Le cabinet intérieur
Le réchauffoir

Enfin, grâce au cloisonnement de la salle n° 27, la salle-des-gardes est reconstituée selon son aspect de 1760-1814, avec son plafond bas, un lambris mouluré et une grande cheminée de pierre proche du modèle d’origine. À l’arrière, où le réchauffoir des capitaines des gardes ne fut pas restitué (ni l’entresol au-dessus), se trouve désormais une salle neutre assurant la transition avec le vestibule contigu.

Au siècles des Lumières

Les charges sont plus onéreuses au sein de la maison militaire que dans l’armée régulière :

« il faut débourser 75 000 livres pour devenir colonel propriétaire dans l’infanterie, 100 000 à 120 000 livres dans la cavalerie. Dans la maison du roi les charges sont plus onéreuses : en 1743 un guidon de gendarmes (grade équivalent à celui de maréchal de camp dans les troupes réglées) coûte 100 000 francs, un capitaine des mousquetaires paie sa compagnie 350 000 livres ».

La fin du règne de Louis XIV et celui de ses successeurs voient se succéder les critiques contre la maison militaire. Certains corps, comme les gardes françaises à Port-Royal en 1709, ou encore les mousquetaires, chargés de l’arrestation des parlementaires, jouent de plus en plus un rôle de police, ce qui les décrédibilise militairement et remet en cause leur utilité. Le déclin de leur importance militaire, visible à la bataille de Dettingen ou à celle de Fontenoy en est une autre cause. Le calme politique de la période, exempte de tout soulèvement armé d’importance ne rendait pas nécessaire le maintien d’une garde personnelle pléthorique. Enfin, le coût de ces unités, dont certaines n’avaient plus qu’un rôle cérémoniel, est très relevé dans une période d’endettement de la royauté.

Sous-brigadier des gardes du corps du roi, avec sa pertuisane, ouvrant la marche devant le souverain pour sa promenade.
Louis XV et ses gardes du corps
Promenade du Roi et de sa favorite dans ses jardins du château de Versailles, escorté par les officiers de ses gardes et ses gardes du corps.
Détachement d'un officier, d'un sous-brigadier et de deux gardes du corps de la compagnie écossaise, 1744
Guet des gardes du corps pour l'escorte du roi, à l'occasion de l'entrée du Roi à Mons, le 30 mai 1747
Barthélemy Du Cor De Duprat. Garde Du corps compagnie Gramont. Décoré de l'ordre de Saint Louis
Garde de la porte (1724)
Image de Jeanne du Barry (2023) de Maïwenn Le Besco
Image de l'Eté de la Révolution (1989) de Lazare Iglésis
La chambre du Roi

«Le cérémonial du lever du roi pourra paraître d’autant plus curieux qu’il est déjà plus loin de nous, et que bien des gens demanderaient volontiers si ce lever était réellement l’instant où le roi quittait son lit. Le porte-chaise entrait au lever du roi, quand on appelait la première entrée ; il passait alors dans la garde-robe, près du lit du roi, pour voir s’il n’y avait rien, dans son petit mobilier, qui réclamât sa vigilance et sa sollicitude. C’était là son seul service. Successivement, l’heure se sera trouvée reculée, et le lever était devenu la toilette du roi ; car, sous Louis XVI, qui quittait son lit à sept ou huit heures du matin, le lever était à onze heures et demie, à moins que des chasses ou des cérémonies n’en avançassent l’instant ; et je l’ai vu, dans quelques circonstances, à cinq heures du matin. C’était à l’heure du lever que se rendait au château la foule des courtisans, soit de Versailles, soit de Paris. Les uns venaient se faire remarquer, ceux-ci chercher un regard du prince, d’autres se répandaient ensuite dans les bureaux, chez les ministres, pour y solliciter des faveurs, souvent demander de l’avancement, et n’y obtenir que des refus ou de la hauteur ; car, de tout temps, les subalternes croyaient s’acquérir de la considération par leur fierté, prenant presque toujours la morgue pour le talent.»

Félix d’Hézecques            

Image de Jeanne du Barry (2023) de Maïwenn Le Besco
Images d’une scène de Ridicule (1996) de Patrice Leconte censée se dérouler dans le salon de l’Œil-de-Bœuf
Le salon de l'Oeil de Boeuf

« Tout ce monde attendait le moment du lever dans l’antichambre ou la galerie et ceux que leur service appelait, ou qui avaient ce qu’on nommait les entrées de la chambre, étaient reçus dans l’Œil-de Bœuf, vaste salon qui, comme je l’ai dit, précédait la chambre du roi, ainsi appelé d’une croisée ovale placée dans la voûte. C’était le vrai temple de l’ambition, des intrigues, de la fausseté. Quelquefois, des provinciaux éblouis, des gens distraits ou ignorants, attirés par l’énorme feu de la cheminée ou par la curiosité de voir de plus près cette quantité de cordons bleus, rouges ou verts, qui faisaient groupe près du foyer.»

(…)

« La foule enfin rassemblée, onze heures et demie sonnent. Peu de minutes après, le roi sort de son intérieur en habit du matin et arrive dans la chambre de parade. Un garçon de la chambre se présente à la porte et crie à haute voix : « La garde-robe, Messieurs ! » Alors se glissent les princes du sang, les grands officiers de la couronne, les officiers de la garde-robe, et les seigneurs qui ont obtenu les grandes entrées. De ce nombre sont ceux qui ont présidé à l’éducation du roi.»

Félix d’Hézecques          

Garde du corps du Roi de la compagnie écossaise
Brigadier des gardes du corps du roi, vers 1745
Garde du corps du roi, compagnie écossaise, 1749
La bataille de Fontenoy
« Garniture » extérieure de gardes du corps du Roi de la compagnie écossaise
Garde française (1757)
Photographie de Jean-Christophe Peyrard

A partir de 1764

Les gardes françaises, accusées de plus perturber l’ordre public que de le maintenir, sont reprises en main et encasernées. Sur ordre du Roi, le comte de Saint-Germain, secrétaire d’État à la guerre, taille dans les dépenses de la maison et supprime en 1775-1776 les mousquetaires et les grenadiers à cheval. Il réduit également les effectifs des chevau-légers, des gendarmes et des gardes du corps.

Le 10 mai 1774

Louis XV rend l’âme à l’âge de soixante-quatre ans. Son petit-fils devient Roi, sous le nom de Louis XVI.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis
Plus de détails Grenadier à cheval de la garde (1774)
Garde du corps du roi, compagnie écossaise, vers 1750
Garde du corps (1786)
Louis Cuningham est Louis XVI dans la série Marie-Antoinette (2025, Canal +)
Louis XVI à la chasse à Rambouillet par Benjamin Warlop
Exempt des gardes du corps du roi de la compagnie écossaise; avec sa canne d'ébène aux extrémités en ivoire, symbole de son commandement au sein de la Maison militaire du Roi.

C’est alors que les cérémonies de l’Etiquette liées au Roi et à la Reine se rejoignent : à la fin de la Toilette de la Reine, La voici est entourée de Sa Dame d’Honneur, Sa Dame d’Atours, des quatre Dames du Palais de semaine, de Son Chevalier d’Honneur, de Son Premier Écuyer, Son personnel ecclésiastique, les princesses de la famille royale, tous prêts à l’accompagner pour la messe en traversant la grande galerie y rejoindre le Roi puis le grand appartement, jusqu’au vestibule de la tribune de la famille royale.

La pièce suivante du Grand Appartement de la Reine est l’Antichambre du Grand Couvert de la Reine, dans laquelle nous reviendrons … après la messe !

Le salon des Nobles : la tapisserie représentant Louis XV en costume royal occupe le même emplacement au temps de Marie-Antoinette
Présentations au Roi et à la Reine dans le salon des Nobles dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

À midi et demi

Le cortège pour la messe peut enfin se mettre en route. La porte s’ouvre alors et l’huissier annonce :

« Le Roi ! »

Dimanche – Jour de présentation à la Cour du Roi Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette

« La présentation pour les dames avait lieu jadis avec plus de cérémonie et d’apparat. Après en avoir reçu l’ordre de Sa Majesté, qu’on avait fait prévenir des noms de la dame présentant et de ses deux adjointes, qui devaient toujours être des femmes de la Cour, on arrivait à la porte du grand cabinet, en grand habit, c’est-à-dire en bas de robe étalée sur un panier de quatre et demie aunes (1 aune = 114,3 cm), un long manteau qui s’agrafait à la ceinture, un corset assorti, des barbes tombantes, un pied de rouge et la coiffure à la mode du temps. Il est inutile d’ajouter qu’on avait fait choix des étoffes les plus magnifiques et qu’on avait mis tout autant de diamants qu’on avait pu s’en procurer. Le Roi ne parlait pas toujours, depuis que c’était Louis XVI, mais il faisait toujours un bon signe de véritable amitié paternelle ; ensuite il embrassait la dame présentée, d’un seul côté quand c’était une simple femme de qualité, et sur les deux joues quand elle était duchesse ou Grande d’Espagne, ou bien quand elle portait le nom d’une de ces familles qui sont en possession héréditaire des honneurs du Louvre avec le titre de cousin du Roi. On s’est toujours souvenu que dans sa jeunesse le Roi Louis XVI appuya de si bon cœur en embrassant la marquise de Pracontal, qui était fort jolie, très dévote et très timide, que la pauvre femme en resta dans un embarras prodigieux. Il allait recommencer de l’autre côté lorsque le Duc d’Aumont, qui était de service, se précipita entre le monarque et la jeune dame, en s’écriant qu’elle n’était pas Duchesse! ce qui fit rire tout le monde, à commencer par ce bon Roi.»

Souvenirs de la marquise de Créquy, 1710 à 1802           

Images de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory

Le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette se rendent à la messe.

« Les femmes se rendent, quelques minutes avant midi, dans le salon qui précède la chambre de la Reine. On ne s’assoie pas, à l’exception des dames âgées, fort respectées alors, et des jeunes femmes soupçonnées d’être grosses. Il y a toujours au moins quarante personnes et souvent beaucoup plus. Quelquefois nous sommes très pressées les unes contre les autres, à cause de ces grands paniers qui tiennent beaucoup de place. Ordinairement, Madame la princesse de Lamballe, surintendante de la Maison, arrive et entre immédiatement dans la chambre à coucher où la Reine fait sa toilette. Le plus souvent, elle arrive avant que Sa Majesté la commence…. Au bout de quelques minutes, un huissier s’avance à la porte de la chambre et appelle à haute voix : « Le service ! » Alors les dames du palais de semaine, au nombre de quatre, celles venues pour faire leur cour dans l’intervalle de leurs semaines, ce qui est de coutume constante, et les jeunes dames appelées à faire plus tard partie du service du palais, comme la comtesse de Maillé, née Fitz-James, la comtesse Mathieu de Montmorency et moi, entrent également. Aussitôt que la Reine nous a dit bonjour à toutes individuellement avec beaucoup de grâce et de bienveillance, on ouvre la porte, et tout le monde est introduit. On se range à droite et à gauche de l’appartement, de manière que la porte reste libre et qu’il n’y ait personne dans le milieu de la chambre. Bien des fois, quand il y a beaucoup de dames, on est sur deux ou trois rangs. Mais les premières arrivées se retirent adroitement vers la porte du salon de jeu [Salon de la Paix], par où la Reine doit passer pour aller à la messe. Dans ce salon sont admis souvent quelques hommes privilégiés, déjà reçus en audience particulière auparavant ou qui présentent des étrangers. .. L’audience du dimanche matin se prolonge jusqu’à midi quarante minutes. La porte s’ouvre alors et l’huissier annonce : « Le Roi ! ». La Reine, toujours vêtue d’un habit de cour, s’avance vers lui avec un air charmant, bienveillant et respectueux. Le Roi fait des signes de tête à droite et à gauche, parle à quelques femmes qu’il connaît, mais jamais aux jeunes…. A une heure moins un quart, on se met en mouvement pour aller à la messe. Le Premier gentilhomme de la Chambre d’année, le capitaine des gardes de quartier et plusieurs autres officiers des gardes prennent les devants, le capitaine des gardes le plus près du Roi. Puis viennent le Roi et la Reine marchant l’un à côté de l’autre, et assez lentement pour dire un mot en passant aux nombreux courtisans qui font la haie tout le long de la Galerie. Souvent la Reine parle à des étrangères qui lui ont été présentées en particulier, à des artistes, à des gens de lettres. Un signe de tête ou un sourire gracieux est compté et ménagé avec discernement. Derrière, viennent les dames selon leur rang. C’était un grand art que de savoir marcher dans ce vaste appartement, sans accrocher la longue queue de la robe de la dame qui vous précède. Il ne faut pas lever les pieds une seule fois, mais les glisser sur le parquet, toujours très luisant, jusqu’à ce qu’on ait traversé le Salon d’Hercule.»

Le cérémonial de la cour du dimanche narré par la marquise de La Tour-du-Pin

 

 

Durant la journée, les valets de pieds stationnent dans l’Antichambre et prétendent être les seuls à avoir le droit de se chauffer à la cheminée. C’est devant celle-ci qu’est placée la table et les fauteuils du Roi et de la Reine. On dresse alors la table devant la cheminée. C’est le maître d’hôtel qui couvre la table : il y place des assiettes en or, un couteau et une fourchette, puis des assiettes de vermeil sur les places des invités et une fourchette et un couteau.

Situation de l'Antichambre du Grand Couvert
Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola «Le maître d'hôtel de la Reine tient un grand bâton de six à sept pieds de hauteur, orné de fleurs de lys en or et surmonté de fleurs de lys en couronne. »
Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Au premier rang de l’assistance, des tabourets sont disposés pour les duchesses. Les autres courtisans se tiennent debout.

« Le capitaine des gardes et le premier gentilhomme de la chambre (sont) derrière le fauteuil du Roi ; derrière celui de la Reine, son premier maître d’hôtel, son chevalier d’honneur et le premier écuyer. Le maître d’hôtel de la Reine t(ient) un grand bâton de six à sept pieds de hauteur, orné de fleurs de lys en or et surmonté de fleurs de lys en couronne. Il entr(e) dans la chambre, avec ce signe de sa charge, pour annoncer que la Reine (est) servie. Le contrôleur lui reme(t) le menu du dîner qu’il présente lui-même à la Reine, en cas d’absence du premier maître d’hôtel. Le maître d’hôtel ne quitt(e) point sa place. Il ordonne seulement de servir et de desservir.; les contrôleurs et gentilshommes servants mett(ent) sur table, et re(çoivent) les plats des garçons servants.»

Madame Campan           

Image de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory qui laisse à penser que le Grand Couvert était servi dans le salon de la Guerre

L’après-midi

« Il peut également, s’il fait beau, se promener avec son capitaine des gardes dans les jardins de Versailles et de Trianon, mais il préfère par-dessus tout, s’il en a le temps, se retirer dans ses cabinets particuliers de la cour des cerfs pour consulter ses cartes de géographie et en établir de nouvelles ou réaliser des ouvrages de mécanique de précision comme des horloges ou des serrures à secret ou se plonger dans la lecture de ses livres d’histoire et de géographie qui remplissent les rayonnages de sa bibliothèque particulière située sous les combles.»

Jean-Dominique Bourzat          

Images des Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

À sept heures du soir

D’après la bienséance, pas toujours respectée par Louis XVI, qui mange parfois en privé, le dîner du soir se déroule dans l’antichambre du Roi ou de la Reine en présence de tous les courtisans qui le désirent à condition qu’ils portent une épée et une tenue décente : il s’agit du Souper ou Grand couvert. Le Roi et la Reine dîne en public, devant les princesses, duchesses (assises) et autres dames (debout) et en musique. Au moment de l’annonce du dîner, l’huissier de salle mobilise un garde du corps. Avec eux, le «chef du gobelet» apporte à table la nef (pièce d’orfèvrerie refermant des serviettes et des coussins de senteurs) et d’autres apportent le reste des couverts. L’huissier se rend ensuite à la « bouche» où sont cuisinés les plats. Il se rend ensuite à la salle de repas. Derrière lui, le maître d’hôtel, et les gentilshommes servant les plats entrent. Le plat est alors pris en charge par le gentilhomme «de prêt». Chaque plat est «protégé» par trois gardes armés. Les gentilshommes servants goûtent les plats qu’ils portent puis les déposent sur la table royale. Les membres de la famille royale peuvent alors se servir. Au cours de repas, d’autres gentilshommes apportent à leur boire lorsqu’ils le désirent. Les plats sont présentés à la Reine par Sa première dame d’honneur (la comtesse de Noailles), qui se met à genoux assistée par quatre dames du palais. Lors des grandes occasions, les membres de la famille royale mangent ensemble. Les discussions lors du repas sont quasi inexistantes et souvent entretenues par l’intarissable comte d’Artois. Lors de journées normales, chacun mange dans ses appartements privés.

Inspection d'un poste du guet de gardes du corps du roi, par Louis XV en personne, accompagné du duc d'Ayen, capitaine des gardes

Le coucher du Roi

Le coucher se déroule de façon moins cérémonieuse que le lever et a lieu dans la chambre-à-coucher de Louis XVI et non dans sa chambre d’apparat.

« Le monarque arrivait ; le premier gentilhomme de la chambre recevait son chapeau et son épée, qu’il remettait à un sous-ordre. Le roi commençait, avec les courtisans, une conversation plus ou moins longue, suivant le plaisir qu’il y trouvait, et qui, souvent, se prolongeait trop au gré de notre sommeil et de nos jambes. Après avoir causé, le roi passait dans la balustrade, se mettait à genoux avec l’aumônier de quartier seul, qui tenait un long bougeoir de vermeil à deux bougies, tandis que les princes n’en pouvaient avoir qu’une. L’aumônier récitait l’oraison : Quæsumus, omnipotens Deus ; et, la prière terminée, le bougeoir était remis au premier valet de chambre qui, sur l’ordre du roi, le donnait à un des seigneurs qu’il voulait distinguer. Cet honneur était si fort apprécié en France, que beaucoup de ceux qui y prétendaient ne pouvaient déguiser leur dépit quand ils en étaient privés. Le maréchal de Broglie, le vainqueur de Bergen, cordon bleu et maréchal de France, à quarante ans, comblé de gloire, était plus que personne sensible à cette privation. Sa rougeur, son embarras, décelaient le cruel chagrin qu’il éprouvait, tant le cœur de l’homme est incompréhensible, et renferme de petites faiblesses à côté des plus grandes qualités !»        

Félix d’Hézecques

Images de L'Evasion de Louis XVI d'Arnaud Sélignac

« L’huissier le donnait, en disant : « Passez, Messieurs ! » Il ne restait plus que les princes, le service particulier et ceux qui avaient les petites entrées.»

Félix d’Hézecques  

Prière du Roi dans L'évasion de Louis XVI (2009) d'Arnaud Sélignac

Un huissier, par un sonore « Passez Messieurs ! » fait sortir le service de la garde-robe et les pages. Il ne reste plus que les princes, le service particulier et ceux qui ont leurs petites entrées.

« Après les réformes de Saint-Germain, la défense de la cour n’est assurée que par une compagnie de Cent-Suisses, les gardes de la porte et les gardes du corps ».

Les chevau-légers, les gendarmes de la garde, les gardes de la porte et ceux de la prévôté sont supprimés en 1787, la gendarmerie d’ordonnance en 1788.

Garde suisse (1750)
Chevau-léger de la garde (1786)
Cent-Suisse (1786)
Garde de la prévôté (1786)
Garde de la manche (1786)
Gardes de la manche en faction devant la porte dorée du Château de Fontainebleau.
Le recrutement

La Maison Militaire du Roi étant l’élite de l’armée royale, le recrutement s’opère majoritairement auprès de la noblesse. À la tête des différentes unités, il y a généralement des ducs. Ainsi, le capitaine des Cent-Suisses à la veille de la Révolution est le duc de Brissac. C’est la famille de Noailles qui tient le commandement de la prestigieuse 1re compagnie des gardes du corps depuis 1651.

Le duc de Brissac, capitaine des Cent-Suisses dans son costume de cérémonie

En outre, il n’est pas rare de trouver un prince du sang parmi les colonels généraux ; c’est le cas du comte d’Artois, frère de Louis XVI, qui est nommé colonel général des Suisses et Grisons en 1771.

Les officiers des différents corps de la maison militaire sont presque toujours choisis dans la noblesse. Ceux des gardes du corps font d’ailleurs, depuis au moins 1775, des preuves sur titres devant le généalogiste des ordres du Roi. Il n’y a que chez les gardes de la porte que quelques exceptions à ce principe peuvent être relevées.

Pour les hommes du rang, il faut distinguer en fonction du corps. La plupart du temps, il faut être nobles, ou du moins proches, par leur origine et leur mode de vie, de la noblesse. C’est le cas notamment pour les gardes du corps, les chevau-légers, les mousquetaires et les gendarmes de la garde. Certains corps ne requièrent pas que les hommes du rang soient nobles. Ce sont les gardes de la porte, les grenadiers à cheval et surtout les gardes françaises. À ces corps il est traditionnellement joint celui de la gendarmerie, même s’il ne fait pas réellement partie de la maison militaire. La gendarmerie recrute essentiellement dans la bourgeoisie, mais aussi dans la noblesse.

État du guet d'octobre 1781 des gardes du corps du roi, compagnie de Beauvau (1ère compagnie française)
Entrée des appartements de la Reine, gardée par un sous-brigadier et deux gardes du corps.

La salle des gardes de la Reine

Au débouché de l’escalier de la Reine, on pénètre dans le grand appartement de la Reine par cette salle des Gardes, qui fait office de vestibule, où, jour et nuit, douze gardes du corps accomplissent leur service auprès de la souveraine. À Versailles, seuls le Roi, la Reine et le Dauphin peuvent ainsi disposer d’une garde personnelle composée de soldats appartenant à ces unités d’élite que sont les quatre compagnies des Gardes du corps du Roi.

La salle des gardes de la Reine, château de Versailles

Les gardes de la Reine se trouvent dans cette salle vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toujours prêts à protéger la Reine. Ils y dorment sur les lits dissimulés derrière les paravents pendant la journée. La grande salle suivante, dite aujourd’hui « salle du Sacre » (à cause des tableaux de David relatifs au règne de Napoléon Ier), leur est d’ailleurs affectée. Elle sert de corps de garde.

La salle des Gardes de la Reine est la seule pièce de l’enfilade dont le décor du XVIIe siècle a été conservé ; les transformations des XVIIIe et XIXe siècles n’ont aucunement altéré la parfaite unité : la Reine n’ayant pas l’occasion de s’y tenir, il ne paraîtra jamais nécessaire de la moderniser.

 « Le service des Gardes du corps, au Château, consistait à monter la garde aux portes des appartements, à prendre les armes quand les princes passaient, à garnir la Chapelle pendant la messe et à escorter les dîners de la famille royale. Ils devaient connaître les ducs et pairs, car, à leur passage, la sentinelle devait porter les armes et frapper deux coups du talon droit. De même, cette sentinelle devait ouvrir la porte et ne pas la laisser ouvrir ; mais l’on sent que le garde était lui-même très-aise qu’on l’exemptât de toutes ces fonctions. »

Correspondant au salon de Diane dans le grand appartement du Roi, cette pièce sert quelque temps de salon ou palier à l’escalier de la Reine, sur lequel elle ouvre par la porte située à droite.

Le Plafond de la salle des Gardes de la Reine : Ptolémée II, Philadelphe donnant la liberté aux esclaves juifs d'Alexandrie (1672-1674)

À la splendeur du plafond peint par Noël Coypel répond l’éclat des marbres polychromes enrichis de reliefs en plomb doré. Grâce aux interventions de restauration menées avec brio entre juin 2015 et janvier 2019, sur les peintures alors très dénaturées et sur les décors en stuc, en plomb et en bois doré, la pièce a en effet retrouvé tout son lustre et brille aujourd’hui d’un éclat incomparable.

La salle des gardes du corps de la Reine par Jean-Christophe Peyrard
La salle des Gardes de la Reine
Le salle des Gardes de la Reine : dessus de porte ouvrant sur la salle du sacre, mur est
La salle des gardes de la Reine : porte ouvrant sur le corridor doublant l'Antichambre du Grand Couvert de la Reine, côté cours.
Photographies de Jean-Christophe Peyrard

 

Les Gardes du Corps ont le premier rang parmi les troupes de la Maison du Roi. Ils comptent, en 1789, quatre compagnies, coiffées par un état-major : la compagnie écossaise, la compagnie de Villeroy, la compagnie de Noailles et celle à laquelle appartient François, la compagnie de Luxembourg. Pour être reçu Garde du corps, il faut être né sujet du Roi, de quinze à vingt-deux ans, taille de cinq pieds six pouces, et noble : la preuve doit en être faite devant le généalogiste de la Cour, Jacob-Nicolas Moreau (1717-1808), historiographe de France depuis 1774 ; sont exceptés de cette règle les fils de chevaliers de Saint-Louis qui ont servi dans le corps.

Garde du corps - l'uniforme de la 4e compagnie 1786
Jacob-Nicolas Moreau est incarné par Michel Robin dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Ils font le service auprès de la Reine, du Dauphin, des autres enfants et des Dames de France. Monsieur, et le comte d’Artois ont chacun leurs gardes du corps, formant deux compagnies. Quand ils accompagnent le Roi à cheval, les gardes du Corps portent le mousqueton du côté droit, et la crosse en haut.

Costume de garde du corps du Roi

La caserne des Gardes françaises sur la Place d’Armes
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

En 1771, Louis-François Trouard édifie au sud de la Place d’Armes une caserne pour les Gardes françaises, masquant ainsi partiellement le Grand Commun. Au nord, du côté de la Chapelle, il avait prévu, en pendant, une caserne de même style pour les Gardes suisses.
L’ensemble évoque un campement militaire composé de tentes de toiles colorées.

Étonnante caserne des Gardes Françaises, située sur la place d'Armes du château de Versailles. Érigée à la fin du règne de Louis XV, elle est entièrement en brique, couverte de tôles peintes afin de lui donner ce curieux aspect de tente. Elle fut détruite vers le premier tiers du XIXe siècle

Le bâtiment s’étend sur les deux tiers de la partie de la rue de la Chancellerie située entre les rampes du château et l’entrée de la Petite Ecurie. Il comporte plusieurs étages où se trouvent les chambres et réfectoires des soldats, sergents et lieutenants. La caserne est construite en brique et recouverte d’une structure en tôle peinte à la manière d’un coutil rayé bleu. A l’intérieur comme à l’extérieur, les effets de drapé, le dôme couronné de casques et de faisceaux, les tuyaux de poêle en forme de fût de canon forment un décor à la fois militaire et théâtral. Les tôles peintes d’une partie de la façade sont ôtées, sans doute sous la Restauration et la caserne détruite peu après.

Sur cette gravure, on aperçoit le toit de la caserne
La Caserne des Gardes françaises, Place d'Armes à Versailles par Antoine de Larouzière, (XIXe siècle), peintre ; Musée Lambinet, Versailles
Caporal des Gardes suisses du roi Louis XVI, 1789-1792

En 1788

Il y a environ un tiers de nobles parmi les hommes du rang.

Le 4 mai 1789

On assiste à la procession religieuse du Saint Sacrement à laquelle toute la Cour assiste ainsi que l’ensemble des députés des trois ordres. Avec passablement d’indiscipline, la foule, curieuse, envahit la ville pour voir passer en rangs serrés les 1 139 députés des trois ordres. L’étiquette est de mise pour une telle manifestation et fait ressortir de façon criante l’inégalité des trois ordres et la scission probable du clergé. En effet d’un côté nous trouvons la noblesse dorée et empanachée avec le haut clergé en robe violette et de l’autre le Tiers Etat en habit sombre et les curés en soutane noire. La procession est fermée par Louis XVI.

La procession religieuse du Saint Sacrement dans Lady Oscar de Jacques Demy
Le cortège commence par les députés de la Noblesse
Garde suisse, devant les grilles du château de Versailles

Le 5 mai 1789

Après ces préliminaires, le lendemain, mardi 5 mai à Versailles, a lieu l’ouverture de la séance royale dans une salle aménagée à l’hôtel des Menus Plaisirs et dénommée pour la circonstance «salle des trois ordres» , très vaste, peinte en tons clairs blanc et vert, qui a déjà servi à l’assemblée des notables. Cette date marque le début de la Révolution française.

À l’intérieur, le souverain est alors installé sous un baldaquin, situé devant l’escalier couvert qui assure actuellement la communication entre les deux cours. Les trois ordres sont assis séparément dans les gradins disposés en fer à cheval, tandis de hautes tribunes accueillent le public.

Ouverture des Etats Généraux
Garde du Corps lors de l'ouverture des Etats généraux
Le discours de monsieur Necker
Ouverture des États généraux à Versailles le 5 mai 1789
Jean-François Balmer est Louis XVI dans Les Années Lumière de Robert Enrico
A la Révolution 

La Révolution voit la fin de la maison militaire, malgré les nombreux efforts du Roi à la fin de l’Ancien Régime pour réduire les coûts. La plupart des corps restent fidèles au Roi. Lors des journées des 5 et 6 octobre 1789, le palais est envahi par la foule, deux gardes du corps chargés de la protection des appartements de la Reine sont tués.

Le premier octobre 1789

Les gardes du corps du Roi donnent un banquet en l’honneur du régiment de Flandre arrivé depuis peu pour contenir d’éventuelles émeutes parisiennes. Le Roi, la Reine hésitent à paraître à cette fête qui a lieu dans l’opéra inauguré lors de leur mariage, en 1770.

Le repas des gardes du 1er octobre 1789 dans Les Années Lumière (1988)
Eau-forte, vers 1817, de Paul Jakob Laminit (1773-1831)

Les gardes entonnent alors l’air de «Ô Richard, ô mon Roi» au milieu des vivats.

Cette sympathie devenue si rare depuis des mois émeut tant les souverains que le Roi, la Reine et le Dauphin, même, descendent rejoindre les convives. Dans l’euphorie générale, un Garde demande la permission de placer le petit Dauphin sur l’immense table en fer-à-cheval que celui-ci parcourt de bout en bout sans renverser le moindre verre. La famille royale fait le tour de la table, dit un mot aux uns et aux autres, puis rentre dans ses appartements.

L’alcool échauffant le cœur des militaires ceux-ci redoublent d’ardeur envers leur Roi et arrachent leurs cocardes tricolores pour les fouler aux pieds et les remplacer par des cocardes blanches, symboles de la monarchie ( j’ai aussi lu que ces cocardes étaient noires, à la couleur de la Reine…).

Dès le lendemain, les Parisiens s’alarment de ce qu’ils qualifient d’ «orgie» et pensent que le Roi s’apprêtent à briser la révolution grâce à l’appui de ses troupes… Voilà ce qui va entraîner ce que nous connaissons comme les Journées d’Octobre

Image des Adieux à la Reine de Benoît Jacquot

Le 5 octobre 1789

Des milliers de femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. 

L’assaut du château de Versailles dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

« Les brigands et les femmes qui n’étaient pas occupés à cette boucherie, montèrent par le grand escalier : un garde du corps, nommé Moreau, qui voulait leur fermer le passage, fut maltraité horriblement. Il se dégagea après des efforts inouïs et parvint à joindre ses camarades et à se replier avec eux dans la salle du roi et dans la grande salle. La foule les poursuivit, enfonça un panneau de la porte, et chercha a les percer à coups de pique. Ils se retirèrent dans d’autres pièces ; une partie de la populace se précipita par cette ouverture et se dirigea principalement du côté de l’appartement de la reine, en proférant contre elle des imprécations atroces.»

Les femmes de la suite de la Reine, mesdames de Jarjayes,  Thibault et Auguié ( la sœur de madame Campan), qui ont veillé toute la nuit, ferment à double tour les portes de la salle des Gardes et des deux antichambres, avant de réveiller la Reine. qu’elles arrachent à demi-vêtue (madame Thibault Lui passe une jupe et Elle se trouve dans l’appartement du Roi en tenue du matin très modeste… Elle se changera pour partir vers Paris) et Lui font emprunter, en toute hâte, le passage secret à la tête du lit de Sa chambre officielle qui conduit chez le Roi.

La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. 

 

 

Elle arrive par la porte centrale de la photo suivante dans l’Œil de Bœuf : … Salon qu’Elle doit traverser pour atteindre la porte de la chambre du Roi :

Or… Angoisse!!! La porte est fermée… Il faut à la Reine et Ses femmes attendre quelques minutes terribles avant qu’un domestique, Louis-Antoine Marquand, garçon de garde-robe, ne les entende frapper… quel n'(est) pas son étonnement en voyant sa souveraine à moitié nue, se dérobant aux coups des assassins!

Lorsque la Reine est enfin sauve, nouvelle angoisse ! Le Roi n’est pas là : il a emprunté le passage du Roi pour aller secourir son épouse…

« Cette multitude d’assassins monta l’escalier de marbre, se jeta à droite dans la salle des gardes de la reine, en vomissant des injures les plus atroces contre cette princesse, et en demandant sa tête à grands cris. Les gardes blessés, assommés, se dérobent dans la grande salle. Varicourt, le frère de Mme de Villette, la fameuse Belle-et-Bonne de Voltaire, est entraîné, conduit à l’homme à la grande barbe, et bientôt sa tête est à côté de celle de Deshuttes. Durepaire et Miomandre de Sainte-Marie, après avoir averti par leurs cris les femmes de la reine, donnent le temps, par leur vigoureuse résistance, de barricader la porte. Miomandre reçoit un coup de crosse de fusil sur la tête ; le chien pénètre le crâne ; et sa tête aurait augmenté les trophées sanglants de cette matinée, si plusieurs de ses camarades, réfugiés dans la grande salle, et revenant sur leurs pas pour se soustraire à une autre bande de brigands montés par l’escalier des Princes, ne l’eussent secouru et ne se fussent fait jour jusqu’à l’autre salle qui précédait les appartements du roi. Aux cris de sa garde égorgée, la reine, que la fatigue et l’inquiétude avait forcé à prendre un peu de repos, est réveillée. Son effroi lui permit à peine de prendre un léger vêtement, et de se soustraire au danger, en se réfugiant près de son époux.
(…)
On a dit, dans le temps, que ces monstres, ayant pénétré jusqu’au lit de la reine, avait percé les matelas à coups de baïonnettes. Le fait est faux ; ils n’allèrent pas plus loin que la salles des gardes. La lutte qui s’y engagea donna le temps d’assurer la porte. J’ai examiné moi-même le lit de la reine, deux jours après, sans y trouver aucune trace de violence. Il est à remarquer que les gardes du corps, dans l’intérieur du château, n’avaient point leurs armes chargés, et ne purent, par conséquent, se défendre contre les brigands qu’avec leurs épées ; et que bientôt les portes eussent été enfoncées si le général La Fayette, sorti enfin de son sommeil, ne fût arrivé avec la garde soldée de Paris, et n’eût véritablement sauvé la famille royale, en éloignant ces cannibales.
»

Le comte d’Hézecques

 

 

 

 

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

« Ces bandits, qui n’éprouvaient aucun obstacle, massacrèrent deux gardes du corps qui étaient en sentinelle sous la voûte de l’appartement de Mesdames, tantes du roi, et leur firent couper la tête par un monstre qui les suivait, et qui se faisait appeler Coupe-tête. Ils montèrent ensuite le grand escalier et allèrent droit à l’appartement de la reine. Les gardes du corps, quoiqu’en petit nombre, en défendirent l’accès avec le plus grand courage ; plusieurs furent blessés dangereusement, entre autres MM de Beaurepaire et de Sainte-Marie * ; mais ils eurent heureusement le temps de crier : «Sauvez la reine !»
Madame Thibaut, sa première femme de chambre, qui ne s’était heureusement pas couchée, n’eut que le temps de lui donner une robe et de la faire sauver chez le roi.
A peine Sa Majesté avait-elle quitté la chambre, que ces scélérats en forcèrent l’entrée, et, furieux de ne l’y plus trouver, donnèrent des coups de pique dans son lit, pour ne laisser aucun doute sur le crime qu’ils se proposaient de commettre.
»

Madame de Tourzel

* Note de Mme de Tourzel : M. Miomandre de Sainte-Marie est mort en émigration, et je ne l’ai pas vu depuis cette horrible journée.

Les membres de la famille royale et les ministres arrivent, les uns après les autres, chez le Roi, escortés par des gardes parisiens.

Arrive La Fayette _ qu’il a fallu réveillé, ce qui lui vaudra le surnom de Général Morphée…_ qui conseille au Roi de se présenter au balcon.

Sans hésiter, alors que quelques balles viennent encore de frapper, Louis XVI fait ouvrir les fenêtres et se montre.

Il est acclamé mais perçoit des cris : «A Paris! A Paris!»

La consigne semble venir de Marat qui fait partie de la foule…

Soudain une clameur s’écrit «La Reine au balcon!»… la rumeur de Sa fuite envahit la populace… Marie-Antoinette prend le Dauphin dans Ses bras et Sa fille par la main, et majestueuse , Elle s’avance devant l’adversité …

Un cri jaillit : «Point d’enfants!», d’un geste Elle repousse Louis-Charles et Marie-Thérèse…

On La tire vers l’intérieur, La Fayette, qu’Elle n’aime guère _ et c’est réciproque_ ose La questionner :
« Quelle est l’intention de Votre Majesté?                                                                                                       
–Je sais le sort qui m’attend, mais mon devoir est de mourir au pied du Roi, et dans les bras de mes enfants. 
-Eh bien, Madame, venez avec moi.                                                                                                                 
-Dussé-je aller au supplice, j’y vais.»
On La tire vers l’intérieur, La Fayette, qu’Elle n’aime guère _ et c’est réciproque_ ose La questionner :
« Quelle est l’intention de Votre Majesté?                                                                                                       
–Je sais le sort qui m’attend, mais mon devoir est de mourir au pied du Roi, et dans les bras de mes enfants. 
-Eh bien, Madame, venez avec moi.             
-Dussé-je aller au supplice, j’y vais.»

Elle voit se braquer les fusils. Imperturbable, Elle plonge en une révérence dont Elle a le secret…

La fille des Césars se retrouve sur la scène que forme le balcon avec Gilles César qui apostrophe la foule :

« La Reine reconnaît qu’Elle a été trompée, mais déclare qu’Elle ne le sera plus, qu’Elle aimera Son peuple et lui sera attachée comme Jésus-Christ à son Église.»

Andrée Lionel est Marie-Antoinette dans l'Enfant-Roi (1923)

En signe de probation la Reine lève deux fois la main… mais ne lui pardonnera jamais !

La famille royale est ramenée de force à Paris. 

Le carrosse royal dans L'Enfant-Roi (1923)
Image de Jefferson à Paris (1996) de James Ivory
 Images de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory
Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

 

Voir cet article :

Les gardes françaises prennent majoritairement le parti des révolutionnaires et participent aux évènements de 1789. Ils sont peu après versés dans la garde nationale de Paris. La maison militaire est supprimée en 1791, à l’exception des gardes suisses qui luttent jusqu’à la mort pour défendre le palais des Tuileries en 1792.

La Garde constitutionnelle du Roi succède aux quatre compagnies de gardes du corps, après l’évasion vers Montmédy qui s’achève tristement à Varennes le 21 juin 1791, et malgré la vive opposition de beaucoup de jacobins. Louis XVI retarde la création de cette nouvelle garde pour conserver ses anciens gardes.

En février 1792

Quand elle entre en fonction, le Roi autorise la garde nationale à continuer de servir le plus près de sa personne, pour éviter les jalousies.

Messe de la Famille royale aux Tuileries (1791) par Hubert Robert La scène se situe dans la galerie de Diane du palais des Tuileries, décorée des tapisseries des batailles de Louis XIV d'après Van der Meulen : à gauche Le Siège de Dunkerque, à droite Le Passage du Rhin, le sujet central demeurant pour le moment non identifié. On voit de gauche à droite au premier rang Madame Élisabeth, le Dauphin Louis-Charles, Marie-Antoinette, Louis XVI et Madame Royale. Les autres personnages resteront probablement anonymes, sauf la femme agenouillée derrière Madame Élisabeth qui pourrait être Madame de Tourzel, gouvernante des Enfants de France. S'agissant de la date précise de cette scène à laquelle Hubert Robert qui était proche de la famille royale a pu assister, deux dates sont évoquées : le dimanche 12 juin 1791, fête de la Pentecôte, ou le 9 août 1792, veille de la prise d’assaut du château, le 10 août. On notera que l'appel à mécénat publié au Journal officiel par le ministère de la Culture le 10 juin 2022 fait mention du 12 juin 1791, ce qui semble corroboré par la couleur rouge de la chasuble du célébrant, le rouge étant la couleur liturgique de la fête de la Pentecôte et de l'octave suivant. Par ailleurs cette fête qui célèbre cinquante jours après Pâques la descente du Saint Esprit sur la Vierge et les disciples de Jésus, rapportée dans les Actes des Apôtres, renvoie implicitement à l'ordre du Saint-Esprit, la plus prestigieuse et symbolique des distinctions royales. Il n'en reste pas moins que c'est après la fuite vers Montmédy terminée par l'arrestation à Varennes, les 20 et 21 juin 1791, que le marquis de La Fayette aurait fait installer un autel dans la galerie de Diane afin d’éviter les déplacements du Roi et de ses proches vers la chapelle, située à l’opposé des appartements royaux, ce qui semble par ailleurs confirmé par le Journal de Louis XVI où «la messe dans la galerie» n'est mentionnée qu'à partir du 26 juin. Avant ou après Varennes, la question demeure donc ouverte... C'est un témoignage particulièrement émouvant de la fin de l'Ancien Régime.

Le 10 août 1792

A sept heures du matin, les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale, qui siège dans la salle du Manège, qui se trouve le long du jardin (à l’emplacement de l’actuel carrefour entre les rues de Rivoli et de Castiglione). Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel.

Il ne sert à rien d’aller passer en revue des troupes qui sont tombées dans les bras des révolutionnaires.

Le Roi et la Reine sont perdus.

La famille royale juste avant le départ des Tuileries : à l'arrière-plan on devine le combat des soldats contre les émeutiers
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi

Traversant le jardin des Tuileries, le petit cortège royal pénètre dans la salle où se réunit l’Assemblée, d’ailleurs fort clairsemée. La présidence est occupée ce jour-là par Vergniaud. Louis XVI s’adresse à lui en disant :

« Je suis venu ici pour éviter un grand crime et je pense que je ne saurai être plus en sûreté qu’au milieu de vous. Vergniaud lui répond en ces termes : Sire, vous pouvez compter sur la fermeté de l’Assemblée nationale ; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées.»

L'Assemblée Nationale dans Les Années Lumière de Robert Enrico

 

Louis XVI et sa famille sont conduits jusque dans la loge grillagée du greffier de l’Assemblée nationale (ou loge du logotachygraphe) , où ils restent toute la journée.

La famille royale dans la loge du logographe par Gérard
Images des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

Les Gardes suisses ont été au service des rois de France de 1616 à 1792. Un jour, Louvois, ministre de Louis XIV, se plaint auprès du colonel des Gardes suisses, Giovanni Pietro Stuppa : - Avec tout l’argent que les Suisses ont reçu des rois de France, on pourrait construire un canal allant de Paris à Bâle. - Soit, mais avec tout le sang que les Suisses ont versé pour eux, on pourrait le remplir.

Des 950 Gardes Suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)
Quant au mythe du «cochon caché» dans le monument du Lion de Lucerne , qui commémore les gardes suisses tués lors de l'attentat du 10 août aux Tuileries. Contrairement à la croyance populaire, rien ne prouve que le créateur du monument ait caché une silhouette de cochon comme méthode de vengeance pour non-paiement.
La Prise des Tuileries , par Joseph Navlet
A la Restauration 

 

Après la Première Restauration

Louis XVIII tente de recréer la maison militaire telle qu’elle a pu l’être à son apogée, rétablissant même les unités essentiellement cérémoniales dissoutes par Louis XVI en 1787. Le Roi cherche à confier à des officiers royalistes émigrés un rôle militaire. Cependant, le temps manque pour former une nouvelle garde suisse avant le retour de Napoléon en mars 1815. La maison militaire se désintègre lors de la fuite de Louis XVIII à Gand et il ne reste que 450 hommes pour franchir la frontière.

Louis XVIII

Le 16 septembre 1824

Louis XVIII est le seul Roi de France à mourir aux Tuileries.

Charles X en costume de sacre par François Gérard

Après la Seconde Restauration

Aucune tentative sérieuse n’est entreprise pour restaurer la Maison Militaire du Roi et celle-ci est remplacée, à l’exception des compagnies des gardes du corps et des Cent-Suisses, par une garde royale dont les effectifs se rapprochent de ceux d’une division.

La garde royale se compose de huit régiments d’infanterie, huit régiments de cavalerie et un régiment d’artillerie.

Louis XVIII assiste au retour de l'armée d'Espagne des Tuileries, 2 décembre 1823 par Jean-Louis Ducis

Le 11 août 1830

Elle est licenciée, à la suite des Trois Glorieuses et de l’expulsion de la branche aînée des Bourbons.

Les héritiers de la Maison Militaire du Roi

Sources : 

  • Antoinetthologie
  • BOURZAT Jean-Dominique, Les Après-Midi de Louis XVI (2008) ; La Compagnie Littéraire
  • CAMPAN Henriette, Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette
  • COPPOLA Sofia, Marie-Antoinette (2006)
  • DELANNOY Jean, Marie-Antoinette, Reine de France (1956)
  • DUARTE, Christophe, Versailles passion , groupe Facebook
  • ENRICO Robert, Les Années Lumières (1989)
  • IVORY James, Jefferson à Paris (1995)
  • JACQUOT Benoît, Les Adieux à la Reine (2012)
  • La Maison militaire du Roi , groupe FB
  • LA TOUR DU PIN Henriette (de), Le cérémonial de la cour du dimanche narré par la marquise de La Tour-du-Pin, cité par Pierre de Nolhac, Histoire du château de Versailles (1899)
  • SCHOEFFER Pierre, Un peuple et son Roi (2018)
  • Wikipédia

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