Exposition Des cheveux et des poils

Du 5 avril au 17 septembre 2023

Le musée des Arts décoratifs présente une exposition consacrée aux cheveux et aux poils dans le monde occidental. Ce projet original dont le commissariat est assuré par Denis Bruna, conservateur en chef au département mode et textile, poursuit l’exploration de la mode et de la représentation du corps. Après « La mécanique des dessous » (2013), « Tenue correcte exigée ! » (2017) et « Marche et démarche » (2019), « Des cheveux et des poils » montre comment la coiffure et l’agencement des poils humains participent depuis des siècles à la construction des apparences.

L’exposition explore à travers plus de six cents œuvres, du XVe siècle à nos jours, les thèmes inhérents à l’histoire de la coiffure, mais également les questions liées à la pilosité faciale et corporelle.

Mode de coiffure des dames patriciennes de la moitié du premier siècle après J.C.
Statuette géant ou Poséidon Jameson (3° quart du Il° siècle av. J. C.) – Musée du Louvre

Le musée des Arts décoratifs interroge donc nos pratiques, tout en mettant en lumière les nombreux professionnels et artistes liés à nos cheveux et nos poils. Coiffeurs, barbiers, perruquiers, esthéticiennes… Parmi eux, on retient de véritables stars, qui se sont occupées de la tête et du corps des grandes figures de notre Histoire.

Statuette Aphrodite anadyomène (première moitié du Ier siècle ap. J.-C.) – Musée du Louvre
François Ier (1494-1515-1547) par Jean Clouet
Elizabeth Ière d'Angleterre (1533-1558-1603)
Margot Robbie est Elizabeth Ière dans Mary Queen of Scots (2018) de Josie Rourke

Les métiers et les savoir-faire d’hier et d’aujourd’hui sont mis en avant avec leurs figures emblématiques : Léonard Autier (coiffeur favori de Marie-Antoinette), Monsieur Antoine, les sœurs Carita, Alexandre de Paris et plus récemment les coiffeurs studio.

Les cheveux sont toujours changeants : ils poussent, se font couper, repoussent (la plupart du temps), peuvent changer de couleur, de forme, peuvent être décorés, habillés, cachés… Les poils aussi sont soumis à ces règles évolutives : tour à tour célébrés, détestés, montrés, retirés, ils en disent beaucoup sur notre société. Ces attributs naturels servent à montrer notre pouvoir, notre richesse, renforcent nos critères de genre ou sont utilisés comme symbole de contestation.

Portrait d'un jeune seigneur cuirassé (vers 1575) par Pierre Pourbus
Anne d'Autriche en deuil (vers 1641)
« Portrait de Louis XIV, roi de France » (vers 1662) attribué à Charles Le Brun (1619-1690) – Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Les métiers et les savoir-faire d’hier et d’aujourd’hui sont mis en avant avec leurs figures emblématiques : Léonard Autier (coiffeur favori de Marie-Antoinette), Monsieur Antoine, les sœurs Carita, Alexandre de Paris et plus récemment les coiffeurs studio.

Les cheveux sont toujours changeants : ils poussent, se font couper, repoussent (la plupart du temps), peuvent changer de couleur, de forme, peuvent être décorés, habillés, cachés… Les poils aussi sont soumis à ces règles évolutives : tour à tour célébrés, détestés, montrés, retirés, ils en disent beaucoup sur notre société. Ces attributs naturels servent à montrer notre pouvoir, notre richesse, renforcent nos critères de genre ou sont utilisés comme symbole de contestation.

Chez le perruquier au théâtre (vers 1970-1975) par Suzanne Lalique-Haviland

La pilosité est une caractéristique que l’homme partage avec presque tous les mammifères, et cette proximité n’est pas sans engendrer une certaine gêne. Le seul moyen pour échapper à cet état animal est d’apprivoiser, de dresser, de dompter le cheveu et le poil. Certains noms de coiffures, du XVIIe au XXe siècle – à la Fontange, à la Titus, à la garçonne, à l’iroquoise – révèlent que les cheveux sont l’objet de phénomènes de mode importants, mettant en valeur des codes sociaux et culturels.

Jeune homme portant une perruque in folio  (vers 1670-1680) par Jacob Ferdinand Voet (1639-1689) – Collection Jean-Louis Remilleux

Consacrer une exposition aux cheveux et aux poils s’inscrit pleinement dans nos préoccupations centrées sur des phénomènes de mode et sur les relations qu’entretiennent le corps et sa représentation avec les pratiques sociales. L’idée apparaissait même comme un défi : faire une exposition de mode – et un livre qui l’accompagne et la prolonge – sans pour autant présenter de vêtements et montrer que le corps lui-même, notamment par les cheveux et les poils qu’il produit, participe pleinement à la construction d’une apparence, d’une silhouette, d’une identité. En effet, le cheveu, matériau corporel de loin le plus convertible – il peut en effet être étiré, coupé, tressé, frisé, complété, coloré, orné, caché ou exhibé –, est un médium essentiel de la mise en scène de soi.

Portrait de Pieter van de Poel (vers 1700) par Arnold Boonen, (1690-1729)
Adriana Jacobusdr Hinlopen (1646-1736), épouse de Johannes Wijbrants (1667) par Lodewijk van der Helst : c'est la coiffure des précieuses
Portrait d'Aignan-Thomas Desfriches (1739)
Madame de Montesson (1760) par Guillaume Voiriot

Marie-Antoinette a toute sa place dans cette exposition. En effet, coiffée par Larseneur à son arrivée en France en mai 1770, sa coiffure dite à la Dauphine est conçue dans l’idée d’en faire un modèle. Ce sera pourtant difficilement le cas, madame du Barry ayant à cette date bien plus d’influence sur la mode qu’une jeune fille de quatorze ans qui ne fait que suivre les prescriptions de sa mère puis de ses dames d’atours en la matière.

Portrait de Jean François de Rochedragon (1744-1816)
Une marotte : socle destinée à porter une perruque lorsqu'elle ne coiffe pas la tête de son propriétaire....

Il faudra attendre 1774. Marie-Antoinette est non seulement devenue entretemps Reine de France et sans aucune rivale à l’horizon, mais aussi et surtout une jeune femme de dix-huit ans ravie de devenir le modèle pour toutes les dames de son temps. Ses poufs, d’une hauteur démesurée réalisés par Léonard Autié sont copiés partout, en France mais aussi bien dans la lointaine Amérique jusqu’en Russie.

Portrait d'une femme vers 1775
« Portrait de Jeanne Begouen, née Mahieu » (vers 1780) par Alexandre Roslin (1718-1793) – Maison de l’Armateur (Le Havre) : elle est coiffée à l'enfant
Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse de Provence (1770-1800) – Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Voir cet article : 

Une très intéressante vidéo nous montre trois coiffures, un pouf de 1775, la coiffure à la mode des années 1830 et enfin une perruque masculine du milieu du XVIIIe siècle :

Des souvenirs fabriqués en cheveux nous sont montrés dans une petite salle : bagues, bracelets, médaillons, petites boîtes… Marie-Antoinette ne manquera pas non plus cette mode de conserver près de soi les mèches de cheveux des êtres chers.

Portrait miniature en bracelet tressé de cheveux, première moitié du XIXe siècle

Il est juste dommage de ne pas en montrer Lui ayant appartenu car certains sont encore conservés. Soit Elle les offrait à ses amis ou serviteurs fidèles, soit Elle en a gardés jusqu’à la fin de Sa vie comme souvenirs de ceux qui Lui étaient le plus chers.

Madame Fouler, comtesse de Relingue, née d'Avrange (vers 1810) par Louis-Léopold Boilly
Le Colonel Jean-Baptiste Deban de Laborde
Portrait de femme (1811) par Michel-Martin Drölling (1786-1851)

Rétablis dans les contextes qui ont présidé à leur création, les coiffures féminines, masculines, enfantines, mais aussi les barbes, les moustaches et l’agencement des autres poils corporels – visage, torse, aisselles, jambes, pubis – dévoilent des codes sociaux et culturels que les contemporains savaient décrypter et que nous avons tenté de comprendre et d’éclaircir. S’ils permettent d’afficher l’adhésion à une mode, les cheveux et les poils peuvent incarner une conviction, allant parfois jusqu’à la contestation, et sont porteurs de significations multiples, telle la féminité, la virilité, la force, la négligence ou encore la séduction

Portrait de Madame Crémieux par Xavier Sigalon Français France (1787-1837), elle porte la coiffure à la mode sous Charles X (1824-1830)
Portrait de Madame Achille Flaubert (1839) par Joseph-Désiré Court
Napoléon III (1808-1873), en 1857, par Franz Xaver Winterhalter
Portrait de la comtesse de Saint-Paterne Ange Tissier (1814-1876), vers 1850, Musée de Tessé, Le Mans
Portrait de Madame Louis Pommery (1875) par Edouard Dubufe
« L’impératrice Elisabeth d’Autriche, dite Sissi, aux cheveux défaits » (1933) par Eberhard Riegele (1889-1960) d’après Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) – Fürst Thurn und Taxis (Ratisbonne)
Des coiffures d'Elisabeth d'Autriche (1837-1898), Sissi

LES OBSESSIONS DE LA BEAUTE

Les cheveux de Sissi pesaient 5kg et mesuraient 1m70
– Elle avait de grands maux de tête à cause du poids
– Il fallait trois heures par jour de coiffage (et pendant ces soins elle apprenait le hongrois ou grec ancien)
– Lavage des cheveux : une journée entière toutes les trois semaines avec du cognac et 30 jaunes d’oeufs
– Chaque cheveu perdu valait un regard de reproche de la part de Sissi (et il était aussitôt mis sur un plat d’argent) Pour son corps, Elisabeth d’Autriche se pesait jusqu’à trois fois par jour
– Pour garder sa couleur de peau : une douche froide tous les matins et un bain d’huile d’olive le soir
– Elle dormait sans oreiller sur un lit de métal, pour mieux conserver sa posture verticale
– Pour préserver sa taille, elle dormait avec des chiffons imbibés de vinaigre de cidre sur les hanches
– Son cou était enveloppé de linges trempés dans de l’eau de lavage
– Elle ne mettait qu’une crème sur son visage (Et ne se maquillait pas)
– Sur le visage : masque de fraises écrasées, masque de viande de veau cru
– Elle prenait des bains tous les jours : bains de vapeur et bains froids

Portrait de l'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza (1886) par Alphonse Monchablon
La comtesse Kessler (vers 1886) par Jean-Jacques Henner
Nécessaire de protection et d'hygiène d'un soldat de la grande guerre (1914-1918)
Modes des coiffures des Années Folles (1920)

Des créateurs comme Jean-Paul Gaultier, Alexander McQueen ou Martin Margiela prouvent également que le cheveu peut se transformer en œuvre d’art, en présentant des créations insolites et étonnantes. 

Robe flamboyante en velours perlée (2007) créée par Alexander McQueen

De grands noms de la mode contemporaine tels Alexander McQueen, Martin Margiela ou Josephus Thimister sont présents avec leurs réalisations spectaculaires faites à partir de ce matériau singulier qu’est le cheveu. L’exposition est présentée dans les galeries de la mode Christine & Stephen Schwarzman, dans une scénographie confiée à David Lebreton de l’agence Designers Unit.

Très drôle, pleine de surprises et riche de plusieurs centaines de sculptures, tableaux, objets anciens, publicités ou documents d’époque, cette exposition nous captive à chaque chapitre.

Perruque Origine de Marisol Suarez (2010), cheveux synthétiques tressés à la main

Musée des Arts décoratifs 
107 rue de Rivoli, 75001 Paris
Jusqu’au 17 septembre 2023

Nous regrettons seulement le catalogue. D’une part les informations concernant la période qui nous intéresse sont vraiment légères. D’autre part la qualité du papier et des photos est vraiment très médiocre. Cela ne vaut vraiment pas à nos yeux son prix élevé.

Source :

  • https://madparis.fr/Des-cheveux-et-des-poils

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