Germaine de Staël-Necker

Germaine de Staël par Marie-Éléonore Godefroid (copie du tableau de François Gérard)

Jacques Necker (1732-1804) entreprend une carrière dans la Banque Girardot, où il débute comme simple commis à Genève tout d’abord, puis, à partir de 1748, à Paris, où il tient les livres de compte. Il révèle toutes ses compétences lorsqu’un jour il remplace le premier commis chargé de négociations à la bourse lors d’une opération majeure. Il la mène à bon terme, s’éloignant même des instructions laissées, et procure à la banque un bénéfice de 500 000 livres. Il acquiert ainsi la confiance des banquiers Thellusson & Vernet, dont il devient l’associé en 1756, la maison étant renommée Thellusson, Vernet & Necker.

En 1762, Thellusson lui propose de devenir son associé pour moitié, après le départ de son oncle Isaac Vernet. Ils créent ainsi la banque Thellusson, Necker & Cie, qui gèrera les dépôts et comptes courants d’environ 350 clients étrangers, pour la plupart engagés dans les emprunts de la monarchie française. Ils font rapidement fortune en spéculant sur les effets du Trésor français et sur les fonds anglais au moment de la paix de 1763 qui met fin à la guerre de Sept Ans. En effet, leurs connaissances précoces du projet de paix leur permet de spéculer sur les blés et de prêter à taux avantageux au Trésor public.

Syndic de la Compagnie française des Indes orientales en 1765, après avoir été simple actionnaire représentant les actions acquises par sa maison de banque, il la renfloue au lendemain de la guerre de Sept Ans, devenant l’artisan de sa renaissance via l’établissement d’un fonds de roulement permettant de financer les achats d’indiennes de coton. Il lui permet de renouer avec un partenaire finançant ses paiements aux Indes : la maison de James Bourdieu & Samuel Chollet à Londres. Pendant ses six ans d’existence après la paix de 1763, la compagnie ne perdit qu’un seul navire, et d’après le compte rendu lu par l’abbé Terray, alors syndic à l’assemblée du 12 mars 1768, la dernière vente de Lorient avait rapporté près de 17 millions, avec un bénéfice de 77% à 78% sur la mise dehors de l’expédition. Les actionnaires avaient consenti en 1764 un appel de capital de 400 livres par action, réunissant un fonds de près de 14 millions pour la reprise des opérations, en échange d’un dividende de 5 % par action. Sous Necker, la Compagnie n’a cessé de faire de «petits emprunts» onéreux à court terme pour solder ses échéances: en 1765, elle a emprunté dix millions par voie de loterie à rentes viagères.

Le 30 novembre 1764

Jacques Necker épouse Suzanne Curchod (1737-1794). Le mariage a lieu à Paris, dans la chapelle de l’hôtel des Ambassadeurs de Hollande : les chapelles des ambassades «protestantes» sont les seuls lieux où l’on tolère l’exercice du culte.

Jacques Necker par Duplessis
Suzanne Curchod

Le 22 avril 1766

Naissance de Anne-Louise-Germaine Necker (1766-1817) à Paris, dans l’ancien hôtel d’Hallwyll, rue Michel-le-Comte. Elle est la fille du financier genevois Jacques Necker  (1732-1804) et de Suzanne Curchod (1737-1794).

L'hôtel d'Hallwyll

Enfant déjà, Louise Necker  brille par son intelligence. Élevée par sa mère, fille d’un pasteur calviniste, aux conceptions religieuses dévotes, Germaine reçoit une éducation opposée au système de Rousseau (1712-1778), qui considérait que le développement moral devait suivre le perfectionnement des organes de perception, madame Necker considérant qu’il faut exercer l’intelligence par un afflux précoce d’idées.  Son père la surnomme «M. de Saint-Écritoire» et sa mère se plaint à qui veut l’entendre :

« Ce n’est rien , absolument rien à côté de ce que j’en voulais faire.»

Elle lui donne une instruction encyclopédique et l’enfant suscite rapidement la curiosité des hôtes de ses parents par l’étendue de son érudition.  Minette, comme on l’appelle alors, est admise dans le salon maternel où elle côtoie hommes d’affaires, académiciens, économistes et philosophes.

 Le 16 mai 1770

Le  Dauphin Louis-Auguste épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Gravure du mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin, le 16 mai 1770
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux
Le duc de Choiseul

 

À plusieurs reprises, notamment en 1772, Necker avance des sommes importantes au Trésor royal, ce qui lui vaut d’être remarqué par Choiseul et par l’abbé Terray.

 

Jugeant avoir suffisamment fait fortune et ayant d’autres ambitions, Jacques Necker se retire en 1772, cédant toutes ses affaires à son frère Louis, connu sous le nom de M. de Germany, et associé de Girardot. Sa réussite éclatante comme banquier lui a permis d’accumuler en peu de temps une notoriété et une fortune considérable, évaluée à six millions de livres au moment de son départ, et à sept millions de livres lors de sa nomination au contrôle général des finances en 1776.

Joseph-Marie Terray, abbé de Molesme, ministre par Alexandre Roslin
Un portrait de famille par Adélaïde Labille-Guiard qui évoque la famille Necker
Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit

Le 10 mai 1774

Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles vers quatre heures de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.

Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.

La nouvelle Reine Marie-Antoinette soupire :

« Mon Dieu, guidez-nous, protégez-nous, nous régnons trop jeunes ! »

Dimanche 11 juin 1775

Louis XVI est sacré à Reims.

Louis XVI à Reims par Benjamin Warlop

En 1776

Son père est le financier qui a fait fortune comme banquier à Paris devient ministre des finances de Louis XVI de 1776 à 1781.

 Images de Louis XVI, l’Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti
Camille Guerini est Necker dans Marie-Antoinette de Jean Delannoy (1956) avec Jacques Morel qui incarne Louis XVI

Le 5 septembre 1778
Louis XVI accorde la somme annuelle de 42.000 livres pour l’Hospice de la Charité (Hôpital Necker)

L’état des malades, dans l’hôtel-Dieu (hôpital), était déplorable ; empilés jusqu’à six dans des lits de 4 pieds 4 pouces de large, obligés pour s’y placer de se mettre trois à la tête et trois aux pieds, perchés quelquefois jusque sur le ciel de lit, ces malheureux ne pouvaient goûter ni repos, ni sommeil ; toutes les règles de l’hygiène étaient méconnues. Justement émue de l’aspect de tant d’infortunes et de misères, Suzanne Necker résolut d’utiliser le pouvoir de son mari, directeur général des finances, pour venir en aide aux malheureux.

Camille Guerini est Necker dans Marie-Antoinette de Jean Delannoy (1956)

 

Étant données les idées du jour, Monsieur Necker, alors tout puissant, n’a pas grande peine à obtenir du Roi une somme de 42,000 livres qui devait être prise tous les ans sur les fonds de la loterie royale, pour faire l’essai d’une maison de charité de 120 lits.

Cet établissement est sous la haute direction de madame Necker.

Pour jeter donc quelque lumière sur des questions souvent agitées et jamais résolues, pour mieux connaître la dépense des hôpitaux et le genre de soins qu’ils exigent, on a entrepris par ordre de Sa Majesté de faire l’essai d’un petit hôpital de 120 malades, seuls dans un lit, soignés avec la plus grande propreté, et toutes les attentions nécessaires à leur rétablissement ; placés dans des salles bien aérées, sans odeur, sans bruit, servies par des sœurs de la Charité et par un médecin et un chirurgien logés dans la maison et consacrés à cette seule occupation; nourris avec des aliments les plus salutaires et traités avec les drogues les mieux choisies.

Façade de l'hôpital Necker à Paris, dédié aux enfants malades

L’hôpital Necker est fondé en 1778 dans la rue de Sèvres, à l’emplacement de l’ancien couvent des bénédictines Notre-Dame-de-Liesse, par Suzanne Necker, l’épouse de Jacques Necker, financier genevois et ministre de Louis XVI. Elle le dirige jusqu’en 1788. D’abord appelé hospice de la Charité, il devient hospice des paroisses de Saint-Sulpice et du Gros Caillou, puis hospice de l’Ouest pendant la Révolution. Il compte alors une centaine de lits. En 1802, il reçoit le nom de sa fondatrice et devient l’hôpital Necker.

Hôpital Necker-Enfants malades, rue de Sèvres, à Paris

La capacité d’accueil de l’hôpital Necker augmente régulièrement jusqu’à atteindre 470 lits au début du XXe siècle. Originellement consacré à la médecine et à la chirurgie de l’adulte, sa proximité avec l’hôpital des Enfants Malades modifie finalement son activité. En 1927, les deux hôpitaux fusionnent pour devenir l’hôpital Necker-Enfants Malades.

Histoire de l’hôpital Necker : 1778-1885, Raymond Gervais

L'Hôpital Necker, 1809
Les Cent-Marches

L’hôtel Airelles

Situé au sein du château de Versailles l’hôtel Airelles se trouve au pied des Cent-Marches. Le Grand Contrôle a été aménagé à destination d’une clientèle très haut de gamme. Sans faire de concessions, bien sûr, au détriment du caractère historique et patrimonial des lieux qui abritent les ministres des Finances.

L’hôtel Airelles

L’hôtel du Grand Contrôle était initialement connu sous le nom d’hôtel de Beauvillier, du nom de son premier propriétaire, premier gentilhomme de la chambre et proche de Louis XIV. Sérieusement remaniés au XVIIIe siècle et devenus bâtiments officiels de la Couronne, les deux corps de logis de l’hôtel furent dévolus aux Grand et Petit Contrôles, c’est-à-dire à l’administration financière de la monarchie, accueillant par là même les contrôleurs généraux [autrement dit les ministres] des Finances.

C’est dans cet hôtel que Suzanne Necker tient son prestigieux salon,  l’un des derniers de l’Ancien Régime, où sont reçus nombre d’artistes et d’écrivains célèbres tels Buffon, Bernardin de Saint-Pierre ou les collaborateurs de l’Encyclopédie, Diderot et d’Alembert.

L’hôtel Airelles

 

Dès 1779

Le prestige de son père lui ouvre les portes de ce que l’Europe compte à la fois d’aristocrates et d’intellectuels éclairés. Ses parents ne veulent pas d’un gendre catholique, mais il y a fort peu de protestants dans la noblesse française, et les amis suisses qu’ils fréquentent sont tenus pour trop provinciaux. Elle rejette inlassablement ses nombreux prétendants protestants : Axel de Fersen (1755-1810) , monsieur de Mecklembourg, Louis de Narbonne (1755-1813) qui devient un de ses amants par la suite, et même William Pitt (1759-1806), sont parmi les plus connus.

Madame Necker est très fâchée,  sa santé se dégrade et elle se croit , par la faute de Louise , proche de la mort.

Hans Axel von Fersen par Gustaf Lundberg (1769)
Claude Winter interprète Suzanne Necker dans le téléfilm L'Été de la Révolution (1989) de Lazare Iglesis

William Pitt, membre des communes , chancelier de l’Échiquier à vingt-trois ans … Serait sans doute un excellent parti… et madame Necker est favorable à cette union, mais Louise ( c’est encore le prénom par lequel on l’appelle) oppose un refus obstiné  – elle a rencontré Pitt à Fontainebleau, il ne lui a pas déplu, mais elle ne veut pas quitter son père.

William Pitt
Claude Winter et Guy Tréjean en couple Necker dans L'Été de la Révolution (1989) de Lazare Iglesis

Son mariage qui ne sera pas heureux_ est arrangé avec un Suédois protestant et titré, de dix-sept ans son aîné, ravi d’épouser la dot d’une jeune femme que l’on dit souvent gauche : le baron Erik Magnus Staël von Holstein (1749-1802), ambassadeur du Roi Gustave III de Suède (1746-1792) auprès de la Cour de France à Versailles.

S’étant porté candidat alors qu’elle n’a que treize ans, il saura attendre …

Isabelle Candelier est Suzanne Necker dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

Mademoiselle Necker passe pour l’une des plus riches héritières d’Europe, elle était fille d’un homme illustre qu’entouraient les faveurs de l’opinion publique.

Louise Necker à l'âge de quatorze ans par Carmontelle
Suzanne Curchod, épouse Necker par Joseph-Siffred Duplessis, château de Coppet

 

En 1780

Le goût de la vie sociale parisienne et l’intérêt de sa famille pour la politique la lient à la France. Très jeune, à quatorze ans à peine, elle tient son cercle et sait converser avec les hôtes du salon de sa mère. Elle a appris l’anglais et le latin, l’art de la danse et la musique, la récitation et la diction, est souvent allée au théâtre. Tout fait d’elle une jeune fille différente, par son érudition et sa culture, des jeunes filles de son milieu, élevées de façon plus traditionnelle, qui étonne ses contemporains par la vivacité de son intelligence.

La famille Necker en 1780, aquarelle de Germaine Necker. On y voit la jeune femme accompagnée de sa mère, Madame Necker, et un buste de son père

« Mademoiselle Necker annonce à la première vue l’esprit que tous ses amis s’accordent à reconnaître et à chérir en elle, parce qu’il est d’un genre excellent . Elle est l’idole et le portrait de son père. Cette ressemblance devrait en faire une laide personne et c’est ce qu’elle n’est pas . Sans un seul joli trait son ensemble doit plaire .»

Journal de Bombelles

Carlo Brandt interprète Jacques Necker dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

Louis XVI sait que la question du déficit et donc des impôts est primordiale. S’inspire-t-il de la Reine qui aime le jeu en créant la « Loterie royale de France » ? On peut lire dans les gazettes :

« Le roi s’établit en quelque sorte le chef de tous les tripots de son royaume, leur donne l’exemple d’une abominable cupidité et semble vouloir faire de ses sujets autant de dupes. »

En février 1781

Necker publie un opuscule à couverture bleue, le Compte Rendu au Roi, c’est-à-dire le budget de la France. Mesure révolutionnaire : dépenses et recettes sont présentées et sortent de l’ombre. On sait alors ce que coûtent la maison du Roi, de la Reine, les pensions, rentes et libéralités accordées aux courtisans. On découvre par exemple que la princesse de Lamballe s’était vu attribuer la charge de surintendante de la Maison de la Reine – charge qui avait disparu -, avec cent cinquante mille livres de traitement. Necker dénonce toutes ces prodigalités du Trésor royal au bénéfice de quelques milliers de privilégiés.
« C’est donc à ce genre d’abus, écrit-il, dont on ne peut mesurer l’étendue que j’ai cru devoir opposer les plus grands obstacles. »
De ce compte-rendu au Roi, le public retient surtout le détail des vingt-huit millions de pensions et de gratifications, soit environ un huitième du budget annuel.

Bien entendu, l’opinion s’est précipitée pour acheter le « livre bleu ». Six cent mille exemplaires ont été vendus le premier jour, cent mille en quelques semaines. Le livre est même traduit en anglais, en allemand et en italien. On rêve d’Amérique, d’assemblée, de vote, d’égalité et de justice. Mais les privilégiés s’unissent contre Necker, des Polignac aux parlementaires, des frères du roi aux évêques et aux financiers.

Jacques Alric incarne Necker dans Marie-Antoinette de Guy-André Lefranc (1975)

Le 19 mai 1781

Jacques Necker démissionne. Après l’échec de Turgot, on attendait des miracles de cet étranger, ancien commis de banque et protestant de surcroît. Mais comment assainir les finances de l’État sans s’attirer la haine des parlements, des courtisans et… du Roi ?

« Je ne regrette que le bien que j’avais à faire et que j’aurais fait si l’on m’en eût laissé le temps. »

C’est sur ce regret vertueux que Necker, directeur général des Finances, prend congé de Louis XVI. On accuse la Reine d’être responsable de la démission de Necker et de la faillite de l’Etat. C’est faux, bien entendu, Ses dépenses s’élevant tout au plus à 8% des revenus royaux. Toujours est-il qu’Elle devient Madame Déficit.

Le 5 juin 1782

La baronne d’Oberkirch rencontre la famille Necker et en fait le rapport :

« Après Tivoli, où nous prîmes d’excellent lait des fruits dans de la vaisselle d’or, nous allâmes faire une autre visite, bien plus intéressante, selon moi, chez M. et Madame Necker à Saint-Ouen. Ils avaient là une campagne qui leur appartenait.
Quelle que puisse être ma sympathie pour un protestant, il me faut avouer que M. Necker, après avoir tant parlé de la diminution des impôts, n’a fait que les augmenter. Ses ennemis semblent bien avoir quelque raison en l’accusant de charlatanerie. Quant à moi, M. Necker ne me plut point. Je fus frappée de sa ressemblance inouïe avec Cagliostro, mais sans son étincelant regard, sans sa physionomie étourdissante. C’était un Cagliostro guindé, aux formes roides et désagréables ; un vrai bourgeois de Genève.»

Henriette d’Oberkirch, Mémoires

Jacques Necker par Duplessis
Guy Tréjean est Jacques Necker dans L'été de la Révolution de Lazare Iglésis

« Mademoiselle Necker me parut une toute autre personne que ses parents, bien qu’elle eût aussi son petit coin de genevois et son grand coin de thuriféraire. Ses yeux sont admirables ; à cela près, elle est laide ; elle a une belle taille, une belle peau et quelque chose de parfaitement intelligent dans le regard; c’est une flamme. Je portai d’elle un jugement qui s’est bien réalisé depuis; c’est et ce sera une femme remarquable.»

Henriette d’Oberkirch, Mémoires

On dit pourtant que l’acné de Germaine la poursuivra longtemps sinon toujours…

Le portrait de Jacques Necker trône dans un salon de l’hôtel Nissim de Camondo

Soucieux d’établir leur fille selon leurs goûts et leur foi, les Necker posent tant de conditions qu’il est légitime de se demander s’ils trouveront un homme capable de toutes les satisfaire. Le candidat doit être de confession réformée, car les Necker sont inflexibles sur ce point. Necker ne souhaitait pas se convertir pour servir sa carrière, et son épouse ne supporte pas l’idée d’avoir des  petits-enfants catholiques… Tous deux font donc preuve d’une grande fermeté sur ce principe, ce qui exclut d’emblée tout Français, puisqu’en France, où la foi réformée n’est pas reconnue, aucun mariage avec un protestant ne peut être valide. Comme ils ne veulent pas se séparer de Louise, et qu’elle ne veut pas quitter Paris, son futur gendre doit y résider. Un banquier calviniste de Genève ou de Zurich ferait l’affaire. Ce type d’homme n’est pas rare, même à Paris, mais les Necker nourrissent de plus grandes ambitions pour leur fille et désirent, outre une position sociale brillante, un titre de noblesse. Un ambassadeur conviendrait, mais il faudrait s’assurer qu’il ne soit en poste nulle part ailleurs qu’à Paris. La question financière serait la seule sur laquelle ils seraient disposés à faire des concessions.

Le 11 mai 1783

Marie-Antoinette écrit au Roi de Suède :

« Monsieur mon frère et cousin, M. le comte de Creutz, en quittant la France, emporte les regrets de toutes les personnes qui ont eu l’occasion de le connaître. Je profite de son départ pour témoigner à Votre Majesté ma reconnaissance à l’égard qu’elle a eu à ma recommandation, en faveur de M. de Staël. J’espère que sa conduite justifiera ce choix à la satisfaction des deux cours. Votre Majesté ne doit pas ignorer que, dans la guerre qui est heureusement terminée, les officiers suédois se sont particulièrement, distingués. J’ai applaudi de tout mon cœur à l’éloge public que le roi a fait de leur conduite, et j’ai saisi cette occasion de manifester le sincère attachement avec lequel je suis, monsieur mon frère et cousin, votre bonne sœur et cousine.»

 Marie-Antoinette

Les Necker ont raté une occasion en or : William Pitt (1759-1806), second fils de Lord Chatham, ministre, promis à une carrière aussi brillante que celle de son père depuis sa récente nomination, à vingt-trois ans, au poste de chancelier de l’Échiquier. On ignore si c’est William Pitt qui a remarqué mademoiselle Necker et sa fortune, ou si ce sont les Necker, si attachés à l’Angleterre, qui ont ourdi cette alliance. D’autres prétendants ayant été éconduits, au printemps 1785, les Necker avaient encore, selon les mots de leur ami Gibbon, « un souci des plus embarrassants : marier une jeune baronne… »  Ayant écarté les courtiers en dot, les aventuriers, les vieillards, les imbéciles et les catholiques, il ne restait que si peu de prétendants acceptables qu’ils décidèrent d’accepter une requête faite quelque temps auparavant, en 1778, par un attaché à la légation suédoise, le jeune Staël, beau garçon, criblé de dettes et réputé pour plaire aux femmes, ce qui laissait espérer qu’en échange d’une juste contrepartie, il aimerait l’une des siennes. 

Alice Butaud interprète Germaine Necker dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

En l’année 1785 d’autres candidatures de mariage sont écartées. Le prince Georges Auguste de Mecklembourg (1748-1785) fait soumettre sa proposition par le truchement de M. Stadler :

« Les raisons qui me font désirer l’alliance de Monsieur Necker par la main de Melle Necker, sa fille, sont que, me trouvant cadet de famille et depuis 20 ans au service impérial lequel  est très coûteux, mes affaires pécuniaires se sont extrêmement dérangées et je me suis vu forcé de contracter des dettes considérables…...»

Necker, surpris par cette candidature aussi clairement intéressée, opposa sans en parler à sa fille, un refus aussi ferme que courtois.

Germaine écrit quant à elle :

« M. de Staël est un homme parfaitement honnête, incapable de dire ni de faire une sottise, mais stérile et sans ressort.   Il ne peut me rendre malheureuse que parce qu’il n’ajoutera pas au bonheur, et non parce qu’il le troublera. M. de Staël est le seul parti qui me convienne.»

Originaires du Holstein, dont ils avaient ajouté le nom au leur pour commémorer cette origine, les Staël s’étaient installés en Suède à la fin du XVIIe siècle et y avaient prospéré grâce à des alliances et à leur service. Eric-Magnus est le septième fils du capitaine Mathias-Gustave de Staël et d’Élisabeth Ulfsparre, issus d’une ancienne famille alliée à la dynastie Wasa. Malheureusement, Loddby, où Eric-Magnus est né en 1749, n’existe plus, pas plus que les richesses et les honneurs. Le seul titre que la famille possède alors est celui d’un oncle, le maréchal Georges-Bogislas, ancien compagnon de Charles XII (1682-1718).

Eric Magnus est né le 25 Octobre 1749 en Suède, d’une vieille famille de l’aristocratie;  septième enfant de la famille, il  est destiné à la carrière des armes : à treize ans il fait déjà partie du régiment d’Ostrogothie. Entré comme volontaire au Régiment Ostrogoth à l’âge de seize ans, Eric-Magnus aurait sans doute longtemps végété dans les rangs – le sort habituel des cadets malchanceux – si le coup d’État du 19 août 1772, par lequel Gustave III a restauré l’autorité royale, ne lui avait pas offert l’occasion de se distinguer. Il se fait remarquer par Gustave III, le 19 Août 1772, le jour où en vingt minutes, devenu Roi, il se débarrasse par un coup d’état militaire de la Constitution de son pays et devient un Monarque absolu. Gustave III veut bien s’intéresser à ce jeune officier qui deviendra son « cher Staël ». Il le fait chambellan de la Reine. L’ambition le portant, il est promu capitaine en mars 1776 et demande à Gustave III l’autorisation de se mettre au service du Roi Georges III d’Angleterre, qui se préparait à envoyer un corps expéditionnaire dans les colonies d’Amérique. N’ayant pu obtenir dans l’armée britannique  la situation qu’il souhaitait, il se résout à aller à Paris. L’ambassadeur de Suède, le comte de Creutz (1731-1785), ami des Necker l’apprécie et se l’attache en qualité de secrétaire d’ambassade. A sa mort, le 30 octobre 1785, il lui succède en tant qu’ambassadeur de Suède à Paris.  En récompense de son zèle pour la bonne cause, il a été fait chevalier de l’Ordre de l’Épée et affecté au Régiment de Sudermanie, l’un des premiers de la monarchie. C’est le début de la rébellion des colonies anglaises d’Amérique. S’ennuyant à Stockholm, Staël a demandé l’autorisation de s’enrôler dans l’armée britannique. N’ayant pu obtenir les garanties souhaitées à Londres, il s’est rendu à Paris, où il a reçu un accueil chaleureux du comte Creutz (1731-1785), ministre suédois et ami des Necker. Creutz avait même pris le jeune officier en affection au point de le considérer bientôt comme un successeur potentiel. Cette idée s’est apparemment imposée comme une vérité incontestable puisque le 4 avril 1776, alors que Staël n’est arrivé que depuis trois jours, la comtesse de la Mark, l’une des correspondantes officielles de Gustave III, convoque le prince :

« Le jeune homme a grandement profité de ses voyages ; il est très cultivé, et à cette qualité s’ajoute celle de l’esprit et du bon jugement. Si Sa Majesté songeait à convoquer le comte de Creutz ultérieurement, je crois que le baron de Staël pourrait parfaitement le remplacer ici. »

Dans une autre lettre, le diplomate souligne le succès de Staël auprès des femmes, jeunes et âgées, qui ont une influence considérable sur les réputations. Staël a dépensé tant d’argent pour plaire qu’il est devenu urgent de lui trouver un soutien financier ; sans cela, il n’aurait d’autre choix que de retourner en Suède et de s’y retrancher dans une garnison de province. En 1778, il revient à Stockholm pour un bref séjour, avec pour instruction de remettre à Gustave III une lettre de Marie-Antoinette attestant de sa position à Versailles. Toujours aussi dévoué, Creutz va plus loin, écrivant au Roi :

« La lettre de la reine vous recommandant témoigne de votre talent mieux que je ne saurais l’écrire. Madame de Boufflers vous considère comme son propre fils. »

Facilement persuadé, Staël a profité de son voyage à Stockholm pour s’entretenir brièvement avec Gustave III et lui demander, en attendant une meilleure occasion, de confirmer le titre de baron qui lui a été conféré en France par courtoisie. Le Roi prend soin de ne rien promettre, mais, peut-être pour le préparer à une future fonction, il lui confie la légation à Paris en l’absence du comte de Creutz, qui va bientôt être relevé de ses fonctions d’ambassadeur.

En juin 1779

Staël n’a guère avancé dans ses projets de mariage et ose rappeler au Roi sa liaison. Harcelée par madame de Boufflers, madame Necker répond qu’elle ne donnera sa fille qu’à un homme capable de lui garantir une position en France. Elle espère donc que le Roi aura la bonté d’écrire à madame de Boufflers une lettre qui pourra être montrée à madame Necker, dans laquelle le souverain promet de s’intéresser à son sort.

« Je prie Votre Majesté de garder ce secret », recommanda Staël, « car si nous en étions informés, il y aurait trop de prétendants dangereux pour que je puisse réussir . »

Le 6 août 1779

Dans une lettre à la comtesse de Boufflers, Gustave III daigne approuver le projet, sans toutefois s’y engager formellement.

«… Je suis infiniment intéressé par le bonheur et la fortune du baron Staël ; le mariage en question les unit certainement tous deux, si le jeune homme qu’il recherche a autant de mérite que son père, dont les talents et la réputation inspirent le respect, dans un lieu où même Sully n’a pu éviter la haine et la persécution au moment même où il faisait le bonheur de la France.»

Face à cette bénédiction de la Cour, les Necker indiquent à madame de Boufflers qu’ils seront dans l’incapacité de prendre toute décision pendant plusieurs années, compte tenu de l’âge de leur fille et des changements potentiels de sa situation. Cela se confirme, puisque dix-huit mois plus tard, Necker quitte le bureau du Contrôleur général sans que cette bénédiction n’ait d’incidence sur sa fortune.

Entre 1779 et 1782

Le « grand projet » demeure en suspens. Staël continue d’exercer ses fonctions d’attaché à l’ambassade, une sinécure qui lui laisse amplement le temps de faire la navette entre la Cour et la ville, mais cette existence agréable a un coût, et ses dettes croissantes ne peuvent être résolues que par un mariage fortuné. Reprendre les négociations devient urgent, car mademoiselle Necker grandit et pourrait lui échapper à tout moment. Staël inclut Marie-Antoinette dans ses plans, n’étant pas opposée à l’idée de faciliter le mariage de mademoiselle Necker, dont la dot pourrait attirer un autre Suédois, infiniment plus cher à Son cœur, Axel de Fersen. Sollicitée, la Reine de France profite d’un dîner avec la duchesse de Polignac en janvier 1782 pour faire part à madame de Boufflers de Son opinion sur ce projet.

«…Je m’intéresse au jeune Staël. Je suis furieuse que le roi de Suède ne veuille pas le placer ici de manière avantageuse, seule façon d’assurer son intégration. Il ne pourrait rien faire de mieux que de lui confier le poste d’ambassadeur lorsqu’il sera vacant et, en attendant, de le nommer ministre et assistant de l’ambassadeur. J’ai écrit au roi de Suède, mais en termes vagues, ne voulant pas m’engager au risque d’un refus. Le roi partage mon avis. Il a lu ma lettre et l’a approuvée : nous voulons tous deux Monsieur de Staël.»

Marie-Antoinette

Marie-Antoinette va jusqu’à affirmer que si Gustave III nomme un autre successeur à Creutz, la Cour de France méprisera ce nouveau venu, ce qui nuira aux intérêts suédois. Le complot prend une ampleur internationale, à tel point que Vergennes, le ministre des Affaires étrangères, écrit à Gustave III pour confirmer le souhait de son maître.

Lorsque madame de Boufflers rend visite aux Necker pour leur faire part de l’importance que la Reine de France accorde à l’avenir du jeune de Staël, l’ancien directeur du Trésor se contente de constater que sa fille semble indifférente au jeune diplomate, mais qu’une position aussi prestigieuse que celle d’épouse d’ambassadeur pourrait l’attirer. C’est une réponse prudente, presque dilatoire. Il faut davantage pour décourager l’infatigable entremetteuse. Toutes deux adressent des lettres similaires à Gustave III début avril 1782, que l’on peut résumer ainsi : en accordant à Staël le maintien de l’ambassade de Suède à Paris, le Roi aurait non seulement l’avantage de ne plus avoir à entretenir cette ambassade, la fortune de monsieur Necker le lui permettant, mais il ferait également de Staël l’un des seigneurs les plus riches du royaume, rehaussant ainsi le prestige de la noblesse suédoise, appauvrie depuis un siècle. Il est conseillé au Souverain d’envoyer une promesse qui lui sera retournée si le mariage n’a pas lieu, et on le prie très respectueusement de se hâter, car mademoiselle Necker a plus de seize ans…

Le 28 juin 1782

Le Roi tient sa promesse et envoie à madame de Boufflers la promesse de ne lui remettre que le contrat signé, qu’elle pourra, entre-temps, dissimuler aux Necker. En réalité, le Roi n’accepte d’accorder à Staël que « la charge occupée par Monsieur de Creutz avant sa nomination comme ambassadeur », sans lui promettre le titre d’ambassadeur ni la permanence du poste. Si les Necker aspirent à une haute fonction, il peut sans aucun doute en trouver une pour Staël à sa Cour, ce qui  permet d’attirer des millions de Necker en Suède et d’en faire profiter le pays. Les points de vue des deux parties sont trop divergents pour parvenir à un accord. Loin d’adoucir sa position, Gustave III semble prendre un malin plaisir à décevoir Staël en alternant froideur et bienveillance, donnant d’une main ce qu’il reprend de l’autre. C’est pourquoi il convoque Creutz à Stockholm, mais pour le remplacer par le baron Taube, une nomination qui ruine tous les plans et consterne autant Creutz que Staël. Tous deux écrivent des lettres pathétiques au souverain, Staël terminant la sienne par ce serment :

«…Si Votre Majesté persistait dans sa résolution et que votre cœur sensible, auquel je fais encore appel, restait inflexible à mon égard, alors je me retirerais dans un coin de terre où Vous n’entendriez plus mes supplications ni mes plaintes intempestives, et où je reprocherais en silence au destin d’avoir donné naissance au seul de vos sujets que vous vouliez, Monsieur, pour causer le malheur.»

Ses dettes doivent être particulièrement importantes pour qu’il tienne de tels propos dans une affaire où il est si facile de gagner les cœurs. Gustave III, refusant de se laisser fléchir par ses protestations, maintient ses conditions – à savoir, pas d’ambassade sans mariage préalable – puis semble céder, offrant à Staël une seconde chance : profiter des négociations de paix entre la France et l’Angleterre pour attribuer à la Suède l’une des Antilles, l’île de Tobacco. Gustave III semble y attacher une importance particulière et ne cache pas à Staël que, s’il n’obtient pas Tobacco, il devra se contenter d’une légation.
Staël rlève le défi et se bat si bien qu’il obtient, non sans d’innombrables difficultés, une autre des Antilles, l’île de Saint-Barthélemy. Comme il ne s’agissait pas de Tabago, le Roi, alors en voyage en Italie, considère cela comme un succès partiel et, ne pouvant accorder à Staël la moitié d’un poste d’ambassadeur, se venge en lui garantissant l’ambassade de Paris pour seulement six ans. Cette restriction risque de faire échouer le mariage. Agacés par ces revers, les Necker  rappellent à madame de Boufflers, en mai 1784, les garanties qu’ils souhaitent obtenir de Sa Majesté de Suède : le poste d’ambassadeur à perpétuité, le titre de comte pour le jeune Staël, l’Ordre de l’Étoile polaire, une pension annuelle de 25 000 livres si Staël lui-même est démis de ses fonctions d’ambassadeur, et enfin, l’assurance que leur fille ne sera jamais emmenée en Suède, sauf temporairement et de son plein gré. Les Necker ont une dernière exigence, extravagante, presque impertinente : ils veulent que la Reine de France déclare expressément qu’Elle désire ce mariage.

Ces demandes répétées exaspèrent Gustave III qui, depuis Milan où il a fait escale à son retour de Naples, a envoyé une lettre furieuse à la comtesse de Boufflers le 21 mai 1784 :

«…Quant au mariage du pauvre Staël, il me semble qu’il faut le reporter sine die. Je le plains fort car, sans Mademoiselle Necker, sa grandeur actuelle lui pèsera et sera une grande honte à l’avenir. Les exigences de l’ancien ministre sont exorbitantes, pour le moins. À leur lecture, j’ai cru qu’il s’agissait d’un mariage pour Madame de Rohan ou Madame de Lorraine ; je ne vois pas bien ce qu’elles auraient pu demander de plus, si ce n’est un titre honorifique de naissance, que le rang d’ambassadeur rendrait inutile. Et après ? Veulent-elles que je leur promette un ambassadeur à vie ? N’ignore-t-on pas qu’il est parfois nécessaire de le modifier ? J’ai donc promis quelque chose que je ne voulais ni ne pouvais tenir. Une pension de 25 000 francs est absurde pour une jeune fille qui gagne 500 000 livres par an. Ce serait une injustice, car cela priverait d’autres personnes dans le besoin. »

Lors de sa traversée de la France, Gustave III s’arrête à Versailles et y promet à Marie-Antoinette une pension annuelle de 20 000 francs pour monsieur de Staël si celui-ci est contraint, pour quelque raison que ce soit, de démissionner de son poste d’ambassadeur. Marie-Antoinette est d’autant plus impatiente de conclure ce mariage que, l’année précédente, Axel de Fersen a envisagé de demander la main de mademoiselle Necker, comme en témoigne une lettre à son père datée du 26 avril 1783.

Au printemps 1785

Un an plus tard, la situation est inchangée, à ceci près que Staël est encore plus endetté. À force de manœuvres pour conquérir le cœur de mademoiselle Necker, Éric-Magnus de Staël a fini par tomber amoureux d’elle, ou du moins par éprouver une impatience à atteindre un point que l’on pourrait qualifier de fièvre passionnée.

Les Necker se trouvent donc à Marolles lorsque cette situation confuse s’éclaircit : Gustave III décide enfin de céder l’ambassade pour douze ans, refuse le titre de comte (son emploi du titre de baron dans ses lettres confirmant sa préférence pour celui-ci) et promet l’Ordre de l’Étoile polaire. Comme toute négociation avec un roi est délicate, les Necker se déclarent satisfaits de ces garanties. Leur consentement vaut pour madame de Boufflers, leur assure Gustave III, « une couronne mêlée de lauriers et de myrte pour la victoire » qu’elle vient de remporter. Staël approche du but et peut désormais courtiser Louise, qui l’attend avec plus de curiosité que d’amour. Comment pourrait-elle éprouver des sentiments pour cet homme qu’elle n’a fait qu’entrevoir et qui, malgré sa beauté, a dix-sept ans de plus qu’elle ? Elle désire ardemment se marier, mais sans vraiment savoir qui épouser, ou plus précisément, elle rêve d’un homme à l’image de son père, cet être unique dont elle ne voudrait jamais être séparée.

Beau, digne et formel, Éric-Magnus lui fait bonne impression, sans toutefois la toucher.  

« Monsieur de Staël, admet-elle, est un homme parfaitement honnête, incapable de dire ou de faire une bêtise, mais stérile et sans caractère ; il ne peut que me rendre malheureuse parce qu’il ne contribue pas au bonheur, non parce qu’il le perturbe. »  Pourtant, ces défauts semblent suffisants à sceller son destin, car elle ajoute un peu plus tard : « Monsieur de Staël est le seul qui me convienne. »

Il l’est assurément, et à juste titre, puisqu’il possède toutes les qualités que les Necker recherchent pour le mariage de leur fille. Necker lui-même ne semble guère éprouver de sympathie pour cet étranger un peu sérieux, dont l’obstination dans ses projets de mariage montre que, sinon en termes de sentiments, du moins il est cohérent dans ses idées. Staël se révèle si froid, si réservé, qu’il est difficile de l’imaginer en amant. Il fait sans doute preuve de plus de chaleur lorsqu’il supplie madame de Boufflers d’intercéder auprès de madame Necker pour obtenir la main de Louise.

Un après-midi, lors d’un petit bal à Marolles, monsieur de Staël, qui danse avec Louise, le fait avec un air si contraint que Necker, blessé dans son orgueil paternel par cette erreur, prend la main de sa fille et dit à son futur beau-fils :

— « Tenez, monsieur, je vais vous apprendre à danser avec une fille dont vous êtes amoureux ! »

Et malgré son apparence marquée par l’âge, l’ancien ministre guide Louise en la regardant avec une telle tendresse qu’elle fond en larmes et se réfugie dans un coin de la pièce où il la rejoint, profondément ému :

— « Ma chérie ! Ma charmante fille », s’exclame-t-il, « c’est le plus beau mouvement que j’aie jamais vu ! »

« Oh ! Que ce mouvement me tenait à cœur ! » , note Louise Necker le soir de cette scène, elle qui, durant cette période de fiançailles non officielles, parle plus longuement dans son  journal  du père qu’elle s’apprête à quitter que de l’homme qu’elle se prépare à épouser.

Le 7 octobre 1785

Madame de Boufflers peut enfin annoncer à Gustave III les fiançailles officielles de sa protégée.

Elle n’est pas prête à entreprendre une telle tâche dans l’immédiat.

« Hier, j’ai dîné à Saint-Ouen en famille, et tout s’est très bien passé. J’avoue, bien sûr, que ces négociations m’ont souvent ennuyée et rendue extrêmement impatiente. J’ai fait les premières propositions il y a plus de cinq ans, et depuis trois ans, je n’ai cessé de les réclamer, verbalement ou par écrit… »

Madame de Boufflers

Les Necker ne crient pas victoire, estimant à juste titre qu’une dot de 650 000 livres vaut bien un titre de baron honorifique, un poste d’ambassadeur précaire et une commission que le Roi refuse obstinément de leur accorder. Ils annoncent les fiançailles sans feindre une joie qu’ils ne ressentent pas. Madame Necker écrit simplement à la comtesse de Portes que sa fille souhaite vivre à Paris et que « le baron de Staël (est) le seul protestant qui puisse lui offrir une propriété dans cette ville ». Necker confie à sa chère amie Mouttou le 10 novembre :

« L’affection de ma fille et de sa mère pour Paris, mon désir et mon besoin de ne pas disperser ces objets de ma tendresse ont forcé notre détermination pour le mariage de ma fille et peut-être, sans les tableaux de perfection que nous atteignons si facilement et si rarement, y aurait-il une raison d’être heureux. »

Bien que tout semble réglé, une difficulté de dernière minute surgit. Staël doit fournir un certificat de baptême, qu’il ne possède pas. C’est Gustave III lui-même, en sa qualité de « pape de son Église », qui le lui envoie le 11 novembre 1785, accompagné de ce commentaire ironique :

« Je savais très bien, mon cher Staël, qu’il fallait être aimable, avoir un joli visage et être un ambassadeur pour être le mari de Mademoiselle Necker, mais je ne savais pas qu’il fallait être un bon chrétien et même avoir des initiales. »

Entre-temps, par hasard ou à cause des effets néfastes de ce mariage de convenance, Louise tombe malade d’une fièvre bilieuse qui la cloue au lit tout le mois de novembre 1785. À peine rétablie, de nouvelles difficultés surgissent, menaçant l’accord laborieusement conclu. Au lieu de garantir à Staël une pension de 20 000 francs s’il démissionnait de l’ambassade, Gustave III ne lui promet qu’un poste assorti d’un revenu équivalent. Monsieur Necker, fin connaisseur des contrats, soupçonne cette alternative d’être une ruse du souverain pour se soustraire à ses obligations et ainsi faire des économies. Le duc du Havré, parrain de Staël lors de son initiation maçonnique, intervient pour aplanir cet obstacle de dernière minute qui menaçait de faire dérailler tout l’arrangement. Madame de Boufflers trouve Monsieur Necker excessivement avare et déplore l’esprit mercantile de Gustave III . Plus homme du monde qu’homme d’affaires, le duc de Havré est secondé par un avocat et par l’astucieuse madame de Boufflers, qui s’était chargée de dire la vérité, répétant aux Necker ce que le Roi de Suède lui avait confié lors de sa visite à Auteuil : la promesse d’une pension de 20 000 francs sans aucune restriction. Face aux assurances répétées de la comtesse, qui s’engage solennellement sur la parole du Roi, Necker accepta de tenir la sienne, se contentant de demander une confirmation écrite, qu’il devra attendre jusqu’en juillet 1786.

Un mariage dont la négociation avait occupé deux Cours pendant des années et nécessité l’intervention personnelle de leurs souverains respectifs méritait d’être célébré avec faste.

Le 6 janvier 1786

La famille royale signe le contrat.

Le 14 janvier 1786

La bénédiction nuptiale est donnée dans la chapelle de l’ambassade des Provinces-Unies par le pasteur Gambs, qui jouera quelques années plus tard un rôle encore plus important dans le destin de madame de Staël. C’est le duc du Havré qui, pour la cérémonie, officie comme père de l’ambassadeur.

Au début de 1786
quelques jours avant le mariage

Germaine écrit à Eric de Staël :

Le baron de Staël

« je ne suis pas charmante et je suis sensible. Voilà l’opinion qu’il faut que vous ayez de moi. Tout le monde vous dira la première partie , et par la suite, vous saurez la seconde.»

Selon la tradition, les jeunes mariés passent leur nuit de noces chez les parents de la mariée et y restent jusqu’au 19 janvier 1786. Ce jour-là, madame de Staël quitte enfin ses parents, laissant derrière elle sa mère, et non son père – une lettre qui laisse entendre que ces premiers instants d’intimité conjugale sont moins merveilleux que son imagination ne le lui a fait croire. Après avoir exprimé son affection pour cette mère souvent négligée et promis de se montrer digne d’elle, la jeune mariée soupire :

« Le bonheur viendra plus tard, il viendra par intermittence, ou il ne viendra jamais… »

Coindet, un ami des Necker, note que cette séparation « était extrêmement douloureuse, surtout pour M. Necker, pour qui elle constituait la plus grande privation». 

Le baron de Staël était ambassadeur de Suède en France depuis 1785

Le 17 janvier 1786

Anne-Louise-Germaine Necker épouse Erik Magnus Staël von Holstein dans la chapelle luthérienne de l’ambassade de Suède. Le couple vit dans cette ambassade sis au 470 (actuel 97) de la rue du Bac, de façon discontinue entre 1786 et 1798.

Erik Staël von Holstein
Germaine de Staël -Necker

Selon l’usage, après la cérémonie du mariage, la jeune mariée est retournée passer cinq jours chez ses parents. Au dernier jour, sur le point de partir vivre chez son époux, elle écrit encore à sa mère (avec qui pourtant ses rapports se sont refroidis depuis le projet de mariage avec Pitt qu’elle a refusé) :

« Ma chère maman,
Je ne reviendrai pas ce soir chez vous. Voilà le dernier jour que je passe comme j’ai passé toute ma vie.
Qu’il m’en coûte pour subir un tel changement ! Je ne sais s’il y a une autre manière d’exister ; je n’en ai jamais éprouvé d’autres, et l’inconnu ajoute à ma peine.
Ah ! Je le sais, peut-être j’ai eu des torts envers vous, maman. Dans ce moment, comme à celui de la mort
, toutes mes actions se présentent à moi, et je crains de ne pas laisser à votre âme le regret dont j’ai besoin. Mais je sens en ce moment, à la profondeur de ma tendresse, qu’elle a toujours été la même. Elle fait partie de ma vie et je me sens toute entière ébranlée, bouleversée, au moment où je vous quitte. Je reviendrai demain, mais cette nuit je dormirai sous un toit nouveau. Je prévois des regrets de toutes les minutes !Je  finirais pas : j’ai un sentiment qui me ferait écrire toute ma vie. Agréez, maman, ma chère maman, mon profond respect et ma tendresse sans borne. Ce jeudi matin, chez vous encore… »

Il est curieux qu’au moment de quitter la maison paternelle, la nouvelle madame de Staël n’ait pas la moindre pensée pour lui, comme en témoigne la lettre pathétique qu’elle laisse à sa mère, premier aveu d’une désillusion qui ne fera que s’amplifier.

Le soir de son mariage, en changeant de nom, elle décide de changer aussi son prénom, devenant Germaine de Staël !
Ce mariage arrangé n’est pas un mariage d’amour, pas même un mariage heureux, et la jeune femme cherche ailleurs un bonheur qu’elle n’a pas. Sa vie entière est d’ailleurs une quête perpétuelle d’un bonheur, qu’elle ne trouve guère. Son mari désargenté parvient à se faire nommer ambassadeur de Suède, ce qui lui procure une pension confortable de 25 000 livres alors que sa femme lui apporte une dot identique (de 25 000 livres). La fortune de son épouse permet au diplomate scandinave de mener un train de vie qui rehausse l’éclat de sa patrie aux yeux des Français.

L'ambassade de Suède, rue du Bac

Une autre épreuve attend la jeune femme, plus redoutable encore que le mariage, car elle aura pour témoins tout ce que la France a de plus illustre, et de plus malveillant : ses débuts à la cour. Son statut de fille de monsieur Necker, alors en disgrâce, risque de lui valoir une certaine froideur de la part des souverains ; sa réputation naissante d’esprit ne suffira guère à gagner les faveurs des femmes qui ne manqueront pas de lui faire comprendre, par une phrase, un mot, un simple geste, qu’elle n’est pas vraiment des leurs et que seul son nouveau rang lui a valu cet honneur, en principe réservé à la plus ancienne noblesse du royaume. Avec la cruauté des Romains dans l’arène, les courtisans guettent la moindre maladresse ou le moindre faux pas de la débutante. Ceux qui lui sourient avec le plus de grâce sont les mêmes qui, le lendemain, la mettront en pièces si elle perd son respect ou répond de façon inepte aux souverains. Toute une carrière mondaine pourrait dépendre de cet instant.

La Cour et la ville attendent donc avec impatience la présentation de l’ambassadeur de Suède, considérée comme l’un des moments forts de la saison, et en discutent depuis un mois. Le secret de sa mise en beauté, sans doute révélé par mademoiselle Bertin, la couturière de la Reine, a alimenté toutes les conversations. On nous assure que la célèbre modiste s’est efforcée de représenter « l’innocence de la fille, le génie du père et les vertus de la mère», un symbole dont on peut s’attendre, pour le plus grand plaisir des invités, à quelques fioritures baroques.

Le 1er février 1786

Ayant désormais rang d’ambassadrice, Germaine est présentée à la Cour.

«La présentation pour les dames avait lieu jadis avec plus de cérémonie et d’apparat. Après en avoir reçu l’ordre de Sa Majesté, qu’on avait fait prévenir des noms de la dame présentante et de ses deux adjointes, qui devaient toujours être des femmes de la Cour, on arrivait à la porte du grand cabinet, en grand habit, c’est-à-dire en bas de robe étalée sur un panier de quatre et demie aunes (1 aune = 114,3 cm), un long manteau qui s’agrafait à la ceinture, un corset assorti, des barbes tombantes, un pied de rouge et la coiffure à la mode du temps. Il est inutile d’ajouter qu’on avait fait choix des étoffes les plus magnifiques et qu’on avait mis tout autant de diamants qu’on avait pu s’en procurer. Le Roi ne parlait pas toujours, depuis que c’était Louis XVI, mais il faisait toujours un bon signe de véritable amitié paternelle ; ensuite il embrassait la dame présentée, d’un seul côté quand c’était une simple femme de qualité, et sur les deux joues quand elle était Duchesse ou Grande d’Espagne, ou bien quand elle portait le nom d’une de ces familles qui sont en possession héréditaire des honneurs du Louvre avec le titre de Cousin du Roi. On s’est toujours souvenu que dans sa jeunesse le roi Louis XVI appuya de si bon cœur en embrassant la marquise de Pracontal, qui était fort jolie, très dévote et très timide, que la pauvre femme en resta dans un embarras prodigieux. Il allait recommencer de l’autre côté lorsque le Duc d’Aumont, qui était de service, se précipita entre le monarque et la jeune dame, en s’écriant qu’elle n’était pas Duchesse! ce qui fit rire tout le monde, à commencer par ce bon Roi.

On allait ensuite chez la Reine, devant laquelle on s’inclinait assez profondément pour avoir l’air de s’agenouiller, afin de prendre le bas de sa robe; mais Sa Majesté ne laissait jamais la dame présentée le porter jusqu’à ses lèvres, et la Reine Marie-Antoinette avait toujours l’attention de faire retomber sa robe au moyen d’un léger coup d’éventail. Il est impossible d’exprimer et de se représenter quelle était alors sa physionomie de bienveillance noble, et sa dextérité gracieuse. On s’asseyait un moment devant Sa Majesté, mais seulement quand on était Duchesse ou Grande d’Espagne, et c’est là ce qui s’appelait bourgeoisement avoir tabouret chez la Reine; ensuite on s’en allait à reculons comme on pouvait, en tâchant de ne pas s’entortiller les pieds dans son manteau qui traînait de huit aunes, et finalement on allait se faire présenter à tous les autres princes et princesses de la famille royale, qui vous attendaient poliment à tour de rôle et qui vous recevaient avec une bienveillance adorable.»

Souvenirs de la marquise de Créquy 

Lors de sa présentation à la Cour, elle arrivera en retard. Présentée à la Reine, elle exécute les trois révérences d’usage, mais à la troisième, alors qu’elle se penche davantage pour saisir l’ourlet de la robe de Marie-Antoinette et, comme le veut l’étiquette, le toucher des lèvres, les volants de la traîne cèdent. Cet incident, qui plonge la jeune femme dans l’embarras, contraint Louis XVI à se tenir à l’écart du protocole habituel. Prise de compassion pour la malheureuse, la Reine la conduit dans une loge où mademoiselle Bertin répare à la hâte les dégâts. Loin de nuire à l’opinion de la souveraine, cette maladresse involontaire dissipe les préjugés qu’Elle inspirait et crée un rapprochement inattendu.

Marie-Antoinette au Livre par Elisabeth Vigée Le Brun, 1788
Mademoiselle Bertin est incarnée par Sophie Desmarets dans Si Paris nous était conté de Sacha Guitry (1956)

« Le succès de madame la baronne de Staël a fortement inquiété certaines personnes. Voici quelques détails peu connus sur sa réception. En entrant dans le cabinet de la Reine, elle parut un peu embarrassée, et son trouble augmenta à l’arrivée du Roi. La Reine, cherchant sans doute à excuser l’air gêné de ses révérences, dit qu’elle avait peur.
«.. Si vous avez peur ici, dit obligeamment le monarque à l’ambassadrice, vous aurez donc peur partout.»
Le trait aussi délicat qu’ingénieux remit madame la baronne, à qui Leurs Majestés donnèrent mille témoignages d’intérêt et de bonté. Un falbala de sa jupe s’étant dérangé au moment de la présentation, la Reine fit appeler Mademoiselle Bertin, sa marchande de modes, pour réparer cet accident.»

Jessica Atkins est madame de Pompadour dans Doctor Who (2006)
Image du film Jeanne du Barry (2023) de Maïwenn Le Besco qui relate un fait de 1769, dans un style de 1777, mais qui laisse imaginer l'ambiance protocolaire d'une présentation à la Cour.

Louis XVI aurait alors dit à madame de Staël :

« Si vous ne vous trouvez pas à votre aise chez nous, vous ne le serez nulle part.»

La jeune femme est invitée à un souper formel dont sont absents les souverains et l’on joue pour elle deux petits spectacles.

La baronne d’Oberkirch n’est pas tendre avec Germaine lors de sa présentation à la Cour :

« Elle avait peu de succès, chacun la trouvait laide, gauche, empruntée surtout; elle ne savait que faire d’elle-même et se trouvait très déplacée, on le voyait, au milieu de l’élégance de Versailles. M de Staël au contraire parfaitement beau et de la meilleure compagnie; il a de fort bonnes manières et semblait peu flatté de la compagnie de sa femme. Depuis son mariage Madame de Staël s’est rendue ridicule par sa pruderie; elle prends des airs pincés et prétentieux de Genève, et les airs impertinents des parvenus pour des façons de grande dame…la genevoise se voit à travers la femme supérieure, à travers l’ambassadrice surtout.»

Henriette d’Oberkirch, Mémoires

« Monsieur de Staël, en revanche, est d’une beauté parfaite et d’une compagnie des plus agréables ; il a d’excellentes manières et ne semblait pas flatté par sa femme. Depuis son mariage, Madame de Staël s’est ridiculisée par sa pudibonderie ; elle prend les manières avares et prétentieuses des Genevoises et l’impertinence des parvenus pour les manières d’une grande dame… La Genevoise se voit à travers le prisme de la femme supérieure, et notamment à travers celui de l’ambassadrice. »

La comtesse de Boufflers, principale instigatrice du mariage, semble n’avoir attendu que sa célébration pour enfin ouvrir son cœur et confier à Gustave III, en racontant l’histoire de cette présentation, combien elle méprise ce qui doit rendre Staël heureux :

«…J’espère qu’il en sera récompensé et heureux, mais je ne le souhaite pas autant que je le voudrais : sa femme a été élevée dans le respect de l’honnêteté et de la vertu, mais elle ignore tout du monde et des convenances, et elle est si profondément corrompue à ses propres yeux qu’il sera difficile de lui faire prendre conscience de ses lacunes. Elle est impérieuse et résolue à l’excès ; elle possède une assurance que je n’ai jamais vue, quel que soit son âge ou sa position ; son raisonnement est défaillant en tout, et bien qu’elle ait de l’esprit, notamment pour la formule et la projection, vingt traits d’esprit déplacés valent chaque bon mot dans ce qu’elle dit. L’ambassadeur n’ose pas le mettre en garde de peur de s’aliéner son attention ; je l’exhorte à faire preuve de fermeté dès le départ, sachant que c’est souvent la manière dont on commence qui détermine le reste de sa vie. De plus, comme on pouvait s’y attendre, les partisans de son père la louent et ses ennemis la ridiculisent mille fois ; mais les personnes neutres, tout en reconnaissant son esprit, lui reprochent de trop parler, d’être trop sûre d’elle et de faire preuve de plus d’esprit que de…»

que le bon sens et le tact.

Il est difficile de dissimuler moins ses pensées et de confier avec plus de cynisme au Roi de Suède que son ambassadrice à Paris sera une femme bavarde, indiscrète, maladroite et impulsive, qui mènera son mari par le bout du nez et, pour briller dans les salons, n’hésitera pas à se mêler de tout ce qui ne la regarde pas – en somme, la personne la moins convenable pour être l’épouse d’un diplomate. On peut se demander si ce ressentiment soudain ne trahit pas une certaine déception de la part de la comtesse, qui a le sentiment que ses bons offices n’ont pas été suffisamment remerciés ou qu’elle n’a pas reçu la récompense escomptée. Il est également probable que chacune des parties, se croyant très honorée, ne se soit sentie tenue à aucune reconnaissance. Quant à madame de Boufflers, elle restera persuadée d’avoir flatté des ingrats et ne tardera pas à se montrer très dure envers Necker, n’hésitant pas à le traiter de «prédateur» et à évoquer ses «crimes».

Buste de Jacques Necker
Raymond Gérôme est Necker dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

 

En 1787

Calonne, devant l’Assemblée des notables, accuse Necker d’avoir trompé l’opinion en publiant de faux renseignements dans son Compte-rendu au Roi : selon lui les comptes de l’année 1781, loin de révéler un excédent, comme Necker l’avait affirmé, accusaient en réalité un déficit de 50 millions. Necker réplique en contestant les chiffres de Calonne. Cette réponse lui vaut d’être exilé hors de Paris et est à l’origine d’un vif débat public entre les deux hommes.

Après l’échec de l’expérience Calonne, la monarchie se trouve en état de faillite virtuelle. La nécessité de trouver des fonds contraint alors Louis XVI à rappeler Necker, qui est nommé « directeur général des finances » le 25 août 1788. Deux jours plus tard, Necker reçoit le titre de ministre d’État qui lui donne accès aux Conseils.

Charles-Alexandre de Calonne par Elisabeth Vigée Le Brun

Le 22 juillet 1787

 Naissance de son premier enfant, Gustavine, qui meurt le 8 avril 1789.
Staël compose Jane Gray, tragédie en cinq actes et en vers, publiée en septembre 1790.

Le marquis de Bombelles disait que la conversation de Germaine était comme un feu de billebaude, n’offrant jamais un instant de repos.

« Un soir, elle  est allée porter son flux de paroles chez madame de Polignac, et là, un triple cercle de jeunes gens l’entourait pour entendre ce qu’elle ne cesse de dire d’extraordinaire sur l’amour, qui semble toujours l’occuper et qu’elle n’inspire à personne.»

Par le rang de son père, ministre chéri des Français, madame de Staël côtoie à plusieurs reprises la Reine. Elle parle de Son courage lors des journée d’octobre. Comme Marie-Antoinette, l’écrivain est victime de libelles et de calomnies. C’est que, comme la Souveraine, elle est sortie du rang imparti à la femme. Elle transgresse en écrivant.

Carlo Brandt interprète Jacques Necker dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

En 1788

Erik Magnus Staël est fait baron von Holstein.

Image de Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

Le 8 août 1788

Convocation des États-Généraux pour le 1er mai 1789.

« De par le Roi, Notre aimé et féal.Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour Nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons relativement à l’état de Nos finances, et pour établir, suivant nos vœux, un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets et la prospérité de Notre royaume. Ces grands motifs Nous ont déterminé à convoquer l’Assemblée des États de toutes les provinces de notre obéissance, tant pour Nous conseiller et Nous assister dans toutes les choses qui seront mises sous nos yeux, que pour Nous faire connaître les souhaits et doléances de nos peuples, de manière que par une mutuelle confiance et par un amour réciproque entre le souverain et ses sujets, il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’État, que les abus de tous genre soient réformés et prévenus par de bons et solides moyens qui assurent la félicité publique et qui nous rendent à Nous particulièrement, le calme et la tranquillité dont Nous sommes privés depuis si longtemps. Donné à Versailles, le 24 janvier 1789. »

Raymond Gérôme est Necker dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico
Louis XVI incarné par Jean-François Balmer Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Parallèlement à ces élections, de grands efforts de concertation et de rédaction sont accomplis dans tout le royaume pour apporter une réponse au Roi sur les dysfonctionnements de son royaume et les doléances de ses sujets.

 

 « Sire, nous sommes accablés d’impôts de toutes sortes ; nous vous avons donné jusqu’à présent une partie de notre pain, et il va bientôt nous manquer si cela continue. […] Nous n’en pouvons plus et qu’il faut nous diminuerons impôts. Ce qui nous fait bien de la peine, c’est que ceux qui ont le plus de bien paient le moins. Nous payons la taille, et le clergé et la noblesse rien de tout cela. Pourquoi donc est-ce que ce sont les riches qui paient le moins et les pauvres qui paient le plus ? Est-ce que chacun ne doit pas payer selon son pouvoir ? Sire, nous vous demandons que cela soit ainsi, parce que cela est juste. »

Extrait du cahier de doléances des paysans de Culmont, 1789

Le 26 août 1788

Necker est rappelé aux finances.

Carlo Brandt interprète Jacques Necker dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti
Jacques Necker par David Levine (1977)

En 1789

Germaine est favorable à la Révolution française et à ses idéaux de 1789…

Denise Chalem est Germaine de Staël dans le téléfilm L'Été de la Révolution (1989) de Lazare Iglesis

Dès janvier 1789

Dans toutes les paroisses de France, se rédigent les cahiers de paroisses qui, regroupés, mis en forme et résumés lors des assemblées de bailliage deviendront les cahiers de doléances avec lesquels les députés élus monteront à Versailles.

Plus de 60000 de ces cahiers rédigés par des curés, des notaires, des avocats, des membres de corporations ont ainsi été constitués dans toute la France. Des cahiers parvenus jusqu’à notre époque il se dégage un ensemble de points qui semble faire l’unanimité des trois ordres.

  • On reste, dans l’ensemble, fidèle au Roi mais on souhaite limiter le pouvoir royal
  • On souhaite une constitution garante de la liberté individuelle mais le régime parlementaire est très peu évoqué.
  • On veut l’égalité de tous devant l’impôt. Egalité des personnes mais aussi égalité des provinces.
  • On demande la suppression des abus de justice et une refonte des institutions judiciaires.
  • On demande la suppression de la vénalité des charges

Chaque ordre soulève également un ensemble de points qui lui sont propres.

  • Le clergé reproche l’ingérence de Rome dans l’Eglise de France, et un certain nombre de ses membres trouvent à redire sur le Concordat.
  • Le bas clergé souhaite également restreindre les pouvoirs de l’épiscopat.
  • La principale revendication de la noblesse est la restriction de l’absolutisme royal
  • Certains cahiers du Tiers et de la noblesse proposent l’affectation des biens de l’Eglise à des objets ou oeuvres d’utilité publique.
  • Les paysans revendiquent le droit de chasse
  • Certains demandent la constitution de caisses de secours pour les périodes de disette

Le ton des revendications bourgeoises est donné par la célèbre brochure de l’abbé Sieyès (1746-1836) publiée en janvier 1789.

Le 8 avril 1789

Décès de sa fille Gustavine (1787-1789).

Jacques Necker
Carlo Brandt interprète Jacques Necker dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

« Un homme peut braver l’opinion ; une femme doit s’y soumettre.»

Germainbe de Staël

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la salle des Menus Plaisirs de Versailles.

Ouverture des Etats Généraux

Le discours d’ouverture de Louis XVI, bref et cassant laisse les députés sans réponse sur ce point et surpris tout le monde par son ton. En effet, le Roi précise que les Etats Généraux sont réunis à sa demande et que lui seul sera juge de décider de ce dont ils devront débattre. Barentin (1738-1819), le garde des Sceaux, fait ensuite l’éloge du Roi.

Images de l’Eté de la Révolution (1989) de Lazare Iglésis
Guy Tréjean est Jacques Necker dans L'été de la Révolution de Lazare Iglésis

Necker prononce enfin un très long discours qui fait prendre conscience aux députés de la situation financière désastreuse du royaume. Il fait apparaître que la situation générale en France est beaucoup plus confuse qu’on ne le pensait ; le gouvernement est totalement désorienté.

Discours de monsieur Necker
Raymond Gérome est Necker dans Les Années Lumière

Seul le contrôleur des finances aborde les raisons pour lesquelles les états généraux sont réunis : le déficit du budget. Mais il affirme qu’il sera aisé d’y remédier. Il ne parle pas du problème qui préoccupe le plus les députés : le vote par ordre, ou par tête, à l’issue de la séance solennelle, qui conditionne toute réforme.

« Il n’y a sur cette terre que des commencements.»

Germaine de Staël

Cette première séance se clôture de manière décevante pour les députés. Aucun mot sur une possible constitution, aucune allusion aux milliers de revendications exposées dans le cahier remis au Roi, aucune certitude sur le type de vote; Les députés sortent très déçus. Le Roi, quant à lui, vient de perdre une bonne occasion de mobiliser l’ensemble des députés derrière lui. Avec un discours comme celui de son ancêtre Henri IV aux précédents Etats Généraux, il aurait pu à la fois conserver au trône un pouvoir exécutif fort et doter la nation d’une constitution garante des libertés.

Début juin 1789

Monsieur Necker organise un dîner où a est convié Maximilien de Robespierre, député du Tiers Etat d’Arras.

Maximilien de Robespierre par Labille-Guiard

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David

Le 23 juin 1789

Louis XVI reproche à Necker tout d’abord son inaction depuis bientôt deux mois, puis il proclame que «l’ancienne distinction des trois ordres doit être conservée», que les députés élus par chacun des trois ordres doivent former trois chambres séparées ne pouvant délibérer en commun qu’avec l’accord du Roi que «toutes les décisions prises depuis le 17 juin par les députés sont nulles, illégales et inconstitutionnelles».

Le Roi termine la séance par cette dernière phrase

«je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain matin chacun dans les chambres affectées à votre ordre pour y reprendre vos séances. J’ordonne en conséquence au grand maître des cérémonies de faire préparer les salles.«

Louis XVI dit qu’on devait se séparer, lui-même se lève et sort. La noblesse et le clergé sortent, mais au centre de la salle immobile le Tiers demeure dans le silence. Le grand maître des cérémonies Dreux Brézé s’avance pour faire évacuer la salle. Derrière lui, un piquet de Gardes Françaises et un piquet de Gardes Suisses se sont arrêtés à la porte. Alors Mirabeau se dresse et lui lance :

« Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes».

Bernard Fresson est Mirabeau dans L'été de la Révolution de Lazare Iglésis
Peter Ustinov est Mirabeau dans Les Années Lumière de Robert Enrico

Louis XVI s’indigne :

«N’y a-t-il aucun père parmi eux? »

Image de l'Eté de la Révolution (1989) de Lazare Iglésis

Le 11 juillet 1789

Renvoi de Necker. Le ministre quitte aussitôt la France et rejoint Bruxelles (13 juillet) puis Bâle (20 juillet).

Jacques François est Necker dans Liberté Egalité Choucroute (1985)  de Jean Yanne
La famille Necker dans L'été de la Révolution de Lazare Iglésis

Le dimanche 12 juillet 1789

Vers midi

La nouvelle du renvoi de Necker se répand comme une traînée de poudre…

A trois heures de l’après midi

Au Palais Royal, devant le café de Foy, le jeune journaliste Camille Desmoulins (1760-1794), monté sur une table, harangue la foule :

« Monsieur Necker est renvoyé ; ce renvoi est le tocsin d’une Saint-Barthélémy des patriotes : ce soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu’une ressource, c’est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître. Aux armes, aux armes ! »

François Cluzet est Desmoulins dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Après concertation avec l’assistance

Il est convenu que la cocarde sera verte, couleur de l’espérance. Il est parfois dit que Desmoulins aurait cueilli une feuille de tilleul et qu’il l’aurait placée sur son chapeau, « inventant » une cocarde vert d’espérance.

Dimanche en fin d’après-midi

La foule ne cesse de croître autour de Desmoulins. La foule porte en trophée les figures de cire de Necker et du duc d’Orléans mais se heurte à un détachement du Royal-Allemand qui l’oblige à se disperser. On compte déjà un mort, un garde-française.

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Dès le 

Louis XVI doit se résoudre à rappeler Necker qui prend alors le titre de Premier ministre des finances. C’est la Reine Elle-même qui presse Necker à reprendre sa place dans le gouvernement pour satisfaire la vindicte populaire.

Image de L'été de la Révolution de Lazare Iglésis
Profil de Jacques Necker

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Guy Tréjean est Jacques Necker dans L'Été de la Révolution (1989) de Lazare Iglésis

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Germaine, qui était à l’hôtel Airelles,  se précipite au château lorsqu’elle apprend les événements qui s’y préparent…

La famille royale se replie dans le château…

Présente dans l’antichambre de l’Œil-de-bœuf, madame de Staël raconte :
« La nuit approchait, et la peur augmentait avec l’obscurité, lorsque nous vîmes entrer au palais M. de Chinon, qui dès lors, sous le nom de duc de Richelieu, a si justement acquis une grande considération. Il était pâle, défait, vêtu presque en homme du peuple. C’était la première fois qu’un tel costume entrait dans la résidence du roi et qu’un grand seigneur comme M. de Chinon en était réduit à le porter. Il avait marché quelque temps de Paris à Versailles, confondu dans la foule, pour entendre ce qui s’y disait, et s’était séparé à mi-chemin pour arriver à temps pour avertir la famille royale de ce qui se passait. Quelle histoire que la sienne ! Femmes et enfants armés de piques et de faux se pressaient de tous côtés. Le bas peuple était encore plus stupéfait par l’ivresse que par la rage. Au milieu de cette bande infernale, les hommes… Ils se vantaient d’avoir été appelés… « Décapiteurs » et promettaient de le mériter. La Garde nationale marcha en ordre, obéit à son chef et exprima seulement le désir de ramener le roi et l’Assemblée à Paris.Alors que la foule des courtisans remplissait également la chambre de Louis XIV, elle apprit que le roi refusait d’appeler la force armée et était déterminé à ne pas quitter Versailles : « Tous les yeux étaient braqués sur la route devant les fenêtres. Nous pensions que les canons pourraient être braqués sur nous les premiers, et cela nous effrayait beaucoup, mais néanmoins, dans des circonstances aussi terribles, pas une femme n’eut l’idée de partir. »

Madame de Staël se trouve encore dans l’antichambre de l’Œil-de-bœuf lorsque le marquis de La Fayette passe :

« Enfin, Monsieur de La Fayette entra au château et traversa la salle où nous devions nous rendre auprès du roi. Tout le monde l’entoura avec ardeur, comme s’il eût été le maître des événements […]. Monsieur de La Fayette semblait très calme. Personne ne l’a jamais vu autrement, mais sa délicatesse était affectée par l’importance de son rôle. » Selon le comte de Neuilly , « il fut mal reçu de tous à l’Œil-de-bœuf, excepté de Monsieur Necker, de sa femme et de sa fille. Ce pauvre marquis entendit des épithètes qui ne purent le flatter, mais il resta impassible en attendant d’être présenté au roi, auprès duquel il avait sollicité audience. »

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop
La famille royale éprouvée dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Germaine rejoint son père (et la famille royale) dans la chambre du Roi, et assiste à la fameuse scène «du balcon».

Jane Seymour en Marie-Antoinette, Katherine Flynn en Madame Royale Marie-Thérèse Charlotte, Sean Flynn en Dauphin Louis-Charles au balcon de la Chambre du Roi, le 6 octobre 1789 (La Révolution française, Les Années Lumière de Robert Enrico, 1989)

A Madame Necker, la Reine confie alors :

« Ils vont nous forcer, le Roi et moi, à nous rendre à Paris  avec la tête de nos gardes du corps portées au bout de leurs piques!»

Madame Necker et la Reine dans Louis XVI, l'homme qui ne voulait pas être Roi de Thierry Binisti

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Dès qu’il apprend l’émeute des 5-6 octobre, Gustave III écrit à son ministre des Affaires étrangères : 

« Il me paraît essentiel d’avertir Staël de la conduite qu’il doit tenir, si la personne du roi vient à être ouvertement violentée ou si, la cour se sauvant de Paris, cette ville entre en guerre ouverte avec son roi. Dans l’une et l’autre occasion, Staël ne doit par se séparer de la personne royale, auprès de qui il est accrédité. Dans le premier cas, il doit rester absolument passif vis-à-vis de ceux qui , après avoir enfermé leur souverain, usurperaient l’autorité ; mais je lui ordonne expressément de rendre en secret au roi et à la reine, aux dauphin et aux enfants de Louis XVI, tous les services que les circonstances peuvent permettre. Dans le second cas, il doit sortir de Paris, si cela lui est possible, et, s’adressant au ministre du roi, demander dans quels lieux le prince souhaite que l’ambassadeur accrédité par moi près de sa personne doive se rendre. Il lui laissera un secrétaire à Paris pour m’informer des événements qui se passeront dans cette ville. Je veux donner l’exemple aux autres rois de respecter leur égal dans le malheur….« 

Lettre de Gustave III du 22 octobre 1789

En 1790

Germaine de Staël écrit l’Éloge de M. de Guibert et deux tragédies en cinq actes et en vers, Montmorency  et Rosamonde. Textes qui ne sont pas publiés.

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

« Les fédérés, en attendant qu’elle commence, quittent leurs rangs pour former des rondes immenses au bruit des cris mille fois répétés de : Vive le roi ! Bientôt le roi se place sur son trône. Cette foule se précipite pour le voir de plus près ; les cris, les battements de main redoublent avec une nouvelle ardeur, et ne cessent que pour recommencer encore. Jamais, dans les circonstances les plus belles de son règne, le monarque n’avait été l’objet de transports d’amour aussi touchants. Une voix s’élève pour proférer le cri de : Vive la nation ! Ce cri est accueilli par des huées répétées, et l’amant de la nation se dérobe bien vite à la honte qu’on lui prépare. On crie avec un égal enthousiasme : Vive la reine, vive le dauphin ! La reine, alors, élève son fils dans ses bras. Avec cette aimable figure qui portait déjà dans un âge si tendre l’empreinte du malheur, il répond au peuple par des sourires gracieux et des saluts enfantins. Mais l’humidité le pénètre ; sa mère l’enveloppe de son châle, et ce tableau de l’amour maternel, dans la grandeur et la pompe des rois, redoubla les transports de la multitude. Les yeux sont baignés de larmes, et tout le peuple est ému. Louis XVI, pendant quelques heures, redevint l’idole de ses sujets, le maître de son empire. Les factieux se dérobaient aux remords qui les poursuivaient ; le côté gauche de l’Assemblée nationale, honteux de voir échouer ses sinistres projets, s’était réfugié avec son chef, le duc d’Orléans, à l’extrémité de la tribune. Necker regardait de derrière un lambeau de tapisserie, tandis que, au pied du trône, se tenaient les plus fidèles amis de la monarchie : Cazalès, l’éloquent abbé Maury, le brave vicomte de Mirabeau, le dernier des chevaliers français.»

Mémoires du comte d’Hézecques

Le 31 août 1790

Naissance de son fils Auguste.

Le 1er septembre 1790

Naissance de son fils Ludvig-August de Staël (1790-1827).

Le 3 septembre 1790

Necker démissionne des finances, il se retire en Suisse au château de Coppet.

Le château Necker de Coppet

Le 4 septembre 1790

On commente le départ de Jacques Necker de la manière suivante à la Cour : 

« Une chaise qui tombe dans les Tuileries aurait fait plus de bruit que son départ autrefois adulé ».

En 1791

Germaine adopte une position critique dès 1791 et ses idées d’une monarchie constitutionnelle la font considérer comme une opposante gênante par les maîtres de la révolution. Elle tient un salon politique devenu haut lieu de la pensée « modérée ».

Elle aurait eu un projet pour faire échapper la famille royale mais Montmorin (1746-1792),  lieutenant général pour le Roi, refuse d’y donner suite.

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

Le 21 juin 1791

 Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.

Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte. Dans la berline, les voyageurs sont accompagnés de Barnave et de Pétion, qui pensera avoir séduit la sœur du Roi.

Le Roi est suspendu.                                           

Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

Louis XVI, roi de France en roi citoyen (1791),  par  Jean-Baptiste-François  Carteaux  (1751 - 1813)

Le 16 mars 1792

Au cours du bal masqué de l’Opéra royal de Stockholm, le Roi Gustave III est assassiné par Jacob Johan Anckarström (1762-1792), un soldat suédois, qui tire sur lui un coup de pistolet, dans le dos, au moment où le comte de Horn, son complice, lui désigne la victime, en lui adressant ces mots en français : « Bonsoir, beau masque ».

Le Roi, touché, s’écrie en français « Ah ! Je suis blessé, tirez-moi d’ici et arrêtez-le ».

Le Roi est emporté et les portes de l’Opéra scellées.

Costume porté par Gustave III lors du bal masqué au cours duquel il est assassiné.

Le 29 mars 1792

Gustave III décède après douze jours pénibles d’agonie, la blessure s’étant infectée.

Gustave III est inhumé dans la crypte située sous la chapelle Gustave-Adolphe de l’église Riddarhomen à Stockholm.

Avec Gustave III s’éteignent les lumières du Nord.

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le Roi refuse.

Le peuple de Paris pénétrant dans le palais des Tuileries le 20 juin 1792 par Jan Bulthuis, vers 1800
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.
Image de Marie-Antoinette (1938) de Van Dyke

Germaine assiste aux scènes odieuses de l’assaut du palais des Tuileries par la foule parisienne :

« Leurs visages reflétaient la grossièreté morale et physique, qui engendre le plus sûr et le plus insurmontable dégoût. S’ils étaient venus pour présenter des réclamations justifiées, pour protester contre l’injustice, contre la cherté de la vie, contre l’augmentation des impôts, contre l’enrôlement obligatoire dans l’armée, parce qu’ils portaient des haillons au lieu de vêtements, parce qu’ils avaient les mains noires de travail, parce que leurs femmes vieillissaient prématurément et que leurs enfants étaient terrorisés, alors tout chez eux n’aurait inspiré que de la pitié. Mais leurs horribles jurons et hurlements, leurs gestes menaçants, leurs armes de mort donnaient un spectacle terrifiant, capable d’anéantir à tout jamais le respect que le genre humain devrait inspirer.»

Après avoir évité de peu la mort dans un mouvement de foule place de Grève, Staël quitte Paris pour la Suisse.  Malgré le statut de diplomate de son mari, elle doit se réfugier auprès de son père en Suisse à plusieurs reprises.

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager.  Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles
Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

La Tour du Temple

Le 17 août 1792

Les Parisiens voient la guillotine pour la première fois :

« Elle est installée le 17 août place du Carrousel, derrière le château aux murs noircis et à moitié en ruine. Des soldats et tous ceux que l’on considère comme responsables du massacre des Parisiens sont exécutés. Les portes de Paris sont fermées . Les nobles, les partisans du roi et les ennemis de la Révolution sont pourchassés .
Parmi ces derniers, le ministre de la Guerre destitué … Narbonne … »

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Massacres dans les prisons… Montmorin fait partie des nombreuses victimes…

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

Le 20 septembre 1792

Victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Le 2 octobre 1792

Naissance de son fils, Mattias Albrekt de Staël (1792-1813).

Le 20 novembre 1792

Naissance de son fils Albert.

Le 3 décembre 1792

Pétion (1756-1794) renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

Le 11 décembre 1792

Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refusera. M. de Malesherbes (1721-1794) se portera volontaire.

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Le lundi 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI

Madame de Staël séjourne avec des amis émigrés en Angleterre.

Liaison avec le comte de Ribbing, exilé de Suède, jusqu’en 1795-96.

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie. Elle y est traitée avec une certaine bienveillance par une partie du personnel de la prison, dont surtout Rosalie Lamorlière (1768-1848).

Départ de Marie-Antoinette du Temple
La Veuve Capet par Jean-Louis Prieur

Le 28 septembre 1793

Isabelle de Charrière (1740-1805), épistolière, écrivain et musicienne d’origine hollandaise écrit à Benjamin Constant :

« Nous sommes bien du même avis sur Madame de Staël. Son esprit n’est pas simple, ni toujours juste, et son sentiment n’est que de l’esprit. Avec tout cela, vous l’admirerez si vous la voyez.»

La pauvre madame de Charrière ne croyait pas si bien dire… un an après, Benjamin est conquis et Isabelle de Charrière délaissée.

Le 4 octobre 1793

Marie-Antoinette est entendue par Fouquier-Tinville et les représentants du tribunal révolutionnaire en vue de Son prochain procès qui se déroulera les 14 et 15 octobre…

Image de L'Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre

En octobre 1793

Publication, sans nom d’auteur, des Réflexions sur le procès de la Reine. madame de Staël donne, sous couvert de l’anonymat, des Réflexions sur le procès de la Reine par une femme. Elle y montre une clarté de vision remarquable et offre une analyse lucide du rôle de l’opinion publique dans l’Histoire qui se déroule devant ses yeux.

Tout semblait opposer madame de Staël à la Reine Marie-Antoinette. Pourtant, quand la Convention décide de traduire la Veuve Capet devant le tribunal révolutionnaire, Madame de Staël publie Réflexions sur le procès de la Reine par une femme, un plaidoyer sacrifiée à la logique jacobine. Au-delà de cette défense, l’auteur s’interroge sur la violence révolutionnaire. Elle en dénonce la surenchère, voyant dans le procès de la Reine – et sa condamnation assurée – une démagogie propice au déchaînement de la Terreur. Enfin, après avoir essayé de réfuter certaines accusations portées contre Marie-Antoinette, madame de Staël en appelle aux mères et aux femmes « de toutes les classes de la société » que, dit-elle, on immole à travers la Reine. Ultime argument, ultime recours qui donne à ce texte passionné toute sa modernité.

Madame de Staël prévient le tribunal révolutionnaire :

« En l’immolant, vous la consacrez à jamais »

Le baron de Staël envoie à Fersen un exemplaire des écrits de sa femme sur la détention de Marie-Antoinette. Il lui envoie en ces termes :

« Malgré ton injustice pour moi, malgré ton dessein prémédité de faire mon malheur, je ne puis m’empêcher de t’envoyer un témoignage des sentiments que moi et les miens n’ont cessé d’avoir pour celle qu’on persécute aujourd’hui. Les malheurs affreux que tu éprouves, et que je partage du fond du cœur, m’ont bien facilement fait oublier les chagrins que tu m’avais préparés.»

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

« Si ce n’est pas un sujet de remords, ce doit être au moins un bien grand sujet de regret pour tous les cœurs français que le crime commis dans la personne de cette malheureuse reine. Il y a une grande différence entre cette mort et celle de Louis XVI, quoique, certes, il ne méritât pas son malheur. Telle est la condition des rois, leur vie appartient à tout le monde; il n’y a qu’eux seuls qui ne peuvent pas en disposer; un assassinat, une conspiration, un coup de canon, ce sont là leurs chances; César et Henry IV ont été assassinés, l’Alexandre des Grecs l’eût été s’il eût vécu plus longtemps. Mais une femme qui n’avait rien que des honneurs sans pouvoir, une princesse étrangère, le plus sacré des otages, la trainer d’un trône à l’échafaud à travers tous les genres d’outrages! Il y a là quelque chose de pis encore que le régicide! ».

Napoléon Ier à propos de la mort de Marie-Antoinette

En 1794

1794 : Publication de Zulma sous ses initiales.

Le 6 mai 1794

Mort de Suzanne Necker, née Curchod, sa mère.

Le 27 juillet 1794 (ou le 9 thermidor)

La dernière charrette, emportant cinquante-trois personnes, dont la princesse de Monaco, née Choiseul-Stainville, est plusieurs fois arrêtée lors de son parcours jusqu’à la place du Trône renversé : en effet, au même moment se déroule le complot mettant fin au pouvoir de Robespierre. Mais ce n’est pas suffisant. Ces dernières victimes de la Terreur n’échapperont pas à leur sort.

Image du film de Benoît Jacquot Sade (2000) : l'arrestation de Robespierre

Robespierre, blessé par balle au visage et gisant sur un brancard, rejoint ses compagnons à la Conciergerie emprisonnés dans la nuit ou en début de matinée.

Cinq cent détenus forment une haie, explosant de joie.

Le 18 septembre 1794

Germaine rencontre Benjamin Constant (1767-1830),  écrivain et homme politique franco-vaudois, avec qui elle entretiendra une relation orageuse.

Benjamin Constant

Cette liaison nouvelle éclipse celle que Benjamin entretenait avec Isabelle de Charrière. La cousine de Benjamin Constant résumera bien cette liaison :

« Ils se tiennent par l’esprit. Aucun autre homme ne lui offre les ressources du sien. Elle veut absolument le conserver et le retient plutôt par habitude, tantôt par despotisme, tantôt par des services à lui rendre.
Il reste, mais en murmurant.»

Publication des Réflexions sur la paix adressées à M. Pitt et aux Français.

Anne Brochet incarne Germaine de Staël et Benoît Régent est Benjamin Constant dans Du Fond du Cœur de Jacques Doillon (1994)

En 1795

À la suite de sa mère, elle ouvre un salon dans l’hôtel de Suède, rue du Bac, où elle reçoit les représentants d’une nouvelle génération professant les idées neuves qui sont proches des siennes, contemporains de la guerre d’Indépendance d’Amérique, qui y ont participé parfois d’ailleurs – La Fayette (1757-1834), Noailles (1756-1804), Clermont-Tonnerre (1757-1792), Condorcet (1743-1794), François de Pange (1764-1796) et les trois hommes qu’elle aime le plus à cette époque : Louis de Narbonne, sa première grande passion, Mathieu de Montmorency (1766-1826), l’ami de toute sa vie, Talleyrand (1754-1838), le traître à l’amitié. Elle favorise notamment le retour d’exil aux États-Unis d’Amérique de ce dernier. Ils entretiendront une relation épistolaire fournie tout au long de leur vie.

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

 

 

Le 23 février 1795

Erik Magnus Staël von Holstein est nommé ministre plénipotentiaire suédois auprès de la République française.

                                                                           Publication du Recueil de morceaux détachés.
Retour à Paris avec Benjamin Constant.

Le 8 juin 1795

L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.

Louis XVII agonisant
Le comte de Provence par Adélaïde Labille-Guiard

Impression des Réflexions sur la paix intérieure non mises en vente.
Exilée par le Comité de salut public : Germaine part en Suisse jusqu’en 1796.

Le 19 décembre 1795

Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, quitte sa prison escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’Empereur François II.

En 1796

Publication à Lausanne de De l’Influence des passions sur le bonheur des individus et des nations.

Le 9 mars 1796

Napoléon Bonaparte épouse civilement Joséphine de Beauharnais, La famille Bonaparte n’est pas avertie de cette union, célébrée par le commissaire Collin-Lacombe devant un nombre réduit de témoins.

Joséphine de Beauharnais née Rose Tascher de la Pagerie en 1790 par Michel Garnier

Le 14 août 1796

Erik Magnus Staël von Holstein est renouvelé ministre plénipotentiaire suédois auprès de la République française.

Le 8 juin 1797

Naissance à Paris de sa fille Albertine.

Première rencontre de Germaine avec Bonaparte.

 

Madame de Staël séjourne alternativement à Paris, Saint-Ouen, Coppet et Genève. Elle écrit Des Circonstances actuelles qui peuvent achever la Révolution, qu’elle ne publie pas, et commence De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales.

En 1799

Madame de Staël s’installe à Paris. Constant est nommé au Tribunat d’où il sera exclu le 17 janvier 1802.

« Mme de Staël est de taille moyenne ; grande plutôt que petite, forte sans embonpoint ; sa gorge est haute et bien développée. Sa tête d’un beau galbe est couverte d’une abondante chevelure noire qui, suivant la mode actuelle, descend trop sur un front que l’on aimerait à voir entièrement, chez une personne aussi remarquable. A la façon dont il se détache des tempes et se relie par une courbe élégante à la racine du nez, on juge qu’il est d’un beau contour. Ses yeux pleins de vivacité et d’esprit, dominés par des sourcils noirs assez épais, mais bien dessinés, sont ombragés de longs cils ; tantôt ils expriment la plus aimable bienveillance, tantôt ils étincellent sous le coup du mécontentement. Le nez assez proéminent, légèrement relevé par le bout, est d’un profil hardi. La lèvre supérieure avance naturellement ; lorsque Mme de Staël parle, les dents du haut dépassent sensiblement la mâchoire inférieure ; avec son élocution rapide, il est parfois difficile de saisir chacune de ses paroles – c’est un Allemand qui parle ; quant aux dents, elles sont larges et écartées.»

Benjamin Constant
Gezermaine et sa fille Albertine
Ce portrait de Germaine par Elisabeth Vigée Le Brun montre bien «les dents du haut dépassent sensiblement la mâchoire inférieure» dont parle Reichardt
Madame de Staël par Elisabeth Vigée Le Brun

 

 

 « Le menton est énergique et très bien formé. Son teint brun, marqué de traces de petite vérole, est généralement dissimulé sous une couche de rouge qui ressort d’autant plus, que la coiffure et le costume sont habituellement noirs ou bleu de ciel. La tête repose solidement sur un col un peu court qui se soude à une nuque heureusement modelée. L’ensemble de sa personne donne l’impression d’une nature vigoureuse, animée, plus virile que féminine.Son esprit se distingue par l’énergie et la vivacité qui caractérisent sa physionomie. Mme de Staël sait animer pendant des heures ces grandes réunions au milieu desquelles elle se plaît, de même qu’elle soutient de la façon la plus attrayante un entretien avec un savant, un poète, un artiste, un homme du monde. Son langage abondant et facile est l’écho direct de sa pensée; jamais elle ne cherche le mot, elle emploie l’expression telle qu’elle se présente. Souvent eue vous dit en face, avec le ton souriant et railleur de la grande dame, des choses dont la forme vive et excessive blesserait si elle ne savait les atténuer immédiatement par un mot gra- cieux. Lorsque sa vivacité passionnée paraît avoir offensé, elle se prête facilement à avouer son tort.

Elle adore la discussion et la fait porter particulièrement sur l’amour platonique, sur le protestantisme, sur le progrès et la diffusion des lumières et du goût en matière d’art et de science. Elle creuse volontiers les systèmes philosophiques et se montre curieuse des côtés originaux de notre littérature ; mais elle m’a semblé plus disposée à comparer les résultats de ses recherches avec ses opinions personnelles, qu’à s’identifier avec l’objet de ses études. Aussi je crois que nos littérateurs se convaincront que Mme de Staël ne saurait les apprécier complètement. Son esprit est trop indépendant pour se laisser dominer par un poète ou par un philosophe et se livrer naïvement à l’influence du génie. Elle pourra savoir beaucoup de choses sur l’Allemagne; je doute qu’elle apprenne à connaître à fond Goethe et
Fichte… »

Johann Friedrich Reichardt (1752-1814)

Madame de Staël à côté du buste de son pere, Jacques Necker. Huile sur toile de Firmin Massot. Collection du château de Coppet. ©MP/Leemage
Germaine de Staël

A partir de la fin de l’année 1799

Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

À trente ans, Napoléon Bonaparte devient la personne la plus puissante du pays.
Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres

En 1800

Le couple Staël von Holstein se sépare.

«On a tort de craindre la supériorité de l’esprit et de l’âme ; elle est très morale cette supériorité, car tout comprendre rend très indulgent, et sentir profondément inspire une grande bonté.»

Madame de Staël dans Corinne ou de l’Italie

 

Germaine a surtout un esprit des plus fins, comme le prouve cette très belle anecdote :

Erik Magnus Staël von Holstein en 1796
Juliette Armanet incarne Germaine de Staël aux côtés de Benjamin Constant (Martin Loizillon)
dans la série Carême (2025) de Ian Kelly et Davide Serino

« Un ami s’assoit entre Mme de Staël et la très belle Mme Récamier et soupire :
– On ne saurait mieux être qu’ainsi, entre l’Esprit et la Beauté…
Germaine de Staël se penche alors vers Juliette Récamier pour lui dire :
– C’est la première fois que l’on me dit que je suis belle»

Juliette Récamier (1777-1849) par Gérard

«L’amour est l’histoire de la vie des femmes, c’est un épisode dans la vie des hommes.»

Madame de Staël

Parution de De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales. Une seconde édition, corrigée après la vive polémique, sort quelques mois plus tard.

Les 25 et 26 avril 1800

« Dès qu’une femme est signalée comme une personne distinguée, le public en général est prévenu contre elle. Le vulgaire en juge jamais que d’après certaines règles communes, auxquelles on peut se tenir sans s’aventurer. Tout ce qui ressort de ce cours habituel déplaît d’abord à ceux qui considèrent la routine de la vie comme la sauvegarde de la médiocrité. Un homme supérieur déjà les effarouche ; mais un femme supérieure, s’éloignant encore plus du chemin frayé, doit étonner, et par conséquent importuner davantage. Néanmoins, un homme distingué ayant presque toujours une carrière importante à parcourir, ses talents peuvent devenir utiles aux intérêts de ceux même qui attachent le moins de prix aux charmes de la pensée. L’homme de génie peut devenir un homme puissant, et, sous ce rapport, les envieux et les sots le ménagent ; mais une femme spirituelle n’est appelée à leur offrir que ce qui les intéresse le moins, des idées nouvelles ou des sentiments élevés : sa célébrité n’est qu’un bruit fatiguant pour eux.»

Madame de Staël, De la littérature

Entre-temps, la réputation littéraire et intellectuelle de madame de Staël s’est affirmée grâce à trois essais philosophiques que sont les Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau (1788), De l’influence des passions sur le bonheur de l’individu et des nations (1796) et De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales(1800).

De 1802 à 1805

Napoléon Ier est aussi président de la République italienne.

Bonaparte au Pont d'Arcole par Antoine-Jean Gros (1801)

Napoléon dit à madame de Staël :

« Je n’aime pas les femmes qui s’occupent de politique.
Peut-être, mais dans un pays où on leur coupe la tête, il est naturel que les femmes aient envie de savoir pourquoi.»

Nuit du 8 au 9 mai 1802

Mort d’Eric de Staël, à Poligny, dans le Jura, alors qu’il se rendait aux thermes d’Aix-les-Bains.

Jacques  Necker publie ses Dernières vues de politique et de finances.

Germaine de Staël publie Delphine, mi-décembre, à Lausanne et à Paris.

En 1803

La parution de Delphine, et sa préface, vaut à Staël un ordre d’exil définitif.

Le 23 octobre 1803

Elle part pour l’Allemagne avec Benjamin Constant.

Le 14 décembre 1803

Germaine Staël arrive à Weimar et y reste jusqu’au 1er mars 1804.

Elle rencontre Schiller, Goethe, Wieland.

Le  8 mars 1804

Madame de Staël atteint Berlin où elle séjourne jusqu’au 18 avril. Elle convainc August Wilhelm Schlegel de l’accompagner à Coppet.

«Il faut dans nos temps modernes, avoir l’esprit européen.»

Madame de Staël dans De l’Allemagne

Madame de Staël © Collection Château de Coppet

Le 9 avril 1804

Mort de Jacques Necker, à la suite d’un arrêt cardio-respiratoire survenu en fin de journée, à l’âge de soixante-et-onze ans. L’ancien ministre est inhumé dans les jardins du château de Coppet, aux côtés de son épouse.

Le château Necker de Coppet

« On dirait que l’âme des justes donne, comme les fleurs, plus de parfums vers le soir. »

Germaine de Staël

Retour de Germaine de Staël à Coppet le 19 mai.

Elle publie à l’automne les Manuscrits de M. Necker, précédés par Du caractère de M. Necker et de sa vie privée.

Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814

Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris et couronnement de Joséphine.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

Le 11 décembre 1804

Départ pour l’Italie, elle arrive le 29 décembre à Milan où elle rencontre le poète Vincenzo Monti (1754-1828). Vincenzo Monti est un poète, écrivain, dramaturge, traducteur italien. Il est communément reconnu comme le principal représentant du néoclassicisme italien.

Le 3 février 1805

Madame de Staël arrive à Rome d’où elle repart le 17 février. Séjour de trois semaines à Naples et retour à Rome, où Staël fréquente les élites italiennes et étrangères.

 Du 17 mars 1805 au 11 avril 1814

Napoléon Ier est Roi d’Italie.

Vincenzo Monti
Napoléon en Roi d'Italie, par Andrea Appiani
Germaine de Staël et sa fille Albertine en 1805, par Marguerite Gérard

Le 11 mai 1805

Madame de Staël quitte Rome pour Florence, Venise et Milan.

Le 28 juin 1805

Retour à Coppet. Germaine refuse d’épouser Benjamin Constant. Elle commence la rédaction de Corinne ou l’Italie.
                                Hiver : elle compose à Genève Agar dans le désert.

Le 18 avril 1806

Madame de Staël s’installe près d’Auxerre, puis à Rouen le 18 septembre et près de Meulan, de novembre à avril 1807.

Du 30 avril au 1er mai 1807

Parution de Corinne ou l’Italie.
Fêtes et réceptions à Coppet et Ouchy : Staël écrit et joue plusieurs pièces de théâtre.
                                  Automne : composition de Geneviève de Brabant.

Du 6 juillet au 13 septembre 1807

Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) séjourne à Copper chez Madame de Staël (1766-1817) dont elle commence le portrait.

Le 4 décembre 1807

Départ pour Vienne où Germaine arrive le 28 décembre.

Hiver 1808

A la cour et dans les salons. Liaison avec Maurice O’Donnel. Staël passe du temps avec le Prince de Ligne dont elle prépare une anthologie publiée en 1809, Les Lettres et pensées du Prince de Ligne, avec une préface de Staël.

Germaine de Staël par Marie-Éléonore Godefroid (copie du tableau de François Gérard)

Le 5 juin 1808

Constant épouse secrètement Charlotte de Hardenberg. Germaine l’apprend en 1809.

Juillet 1808

De retour à Coppet, Madame de Staël commence De l’Allemagne.

En octobre-novembre 1808

Elle compose et joue une tragédie biblique, La Sunamite.

En avril 1810

Madame de Staël s’installe au château de Chaumont près de Blois, puis au château de Fossé, pour corriger les épreuves de De l’Allemagne.

Le 24 septembre 1810

 Sur ordre de Napoléon, le ministre de la Police, Rovigo, lui signifie son exil et interdit la publication de De l’Allemagne, dont les exemplaires sont saisis chez Nicolle et pilonnés.

Le 6 octobre 1810

Staël part pour Coppet, passe l’hiver à Genève et y rencontre Albert Jean Michel Rocca (1788-1818).

Albert Jean Michel Rocca

En 1811

Surveillance policière renforcée à l’initiative du préfet Capelle.
Madame de Staël écrit Sapho, drame en cinq actes, commence la rédaction des Dix années d’exil et se documente pour l’épopée qu’elle projette, Richard Cœur de Lion.

Le 7 avril 1812

Naissance de Louis-Alphonse Rocca, fils né de l’union avec Albert-Jean-Michel Rocca.

Le 23 mai 1812

« Grand départ » de Coppet pour Londres, à l’insu des polices napoléoniennes, via Vienne, Saint-Pétersbourg et Stockholm.

Germaine de Staël en 1812 par Vladimir Borovikovski

Le 14 juillet 1812

Germaine de Staël franchit la frontière russe.

Le 1er août 1812

Arrivée à Moscou.

Le 7 août 1812

Arrivée à Saint-Pétersbourg

«Voyager est un des plus tristes plaisirs de la vie.»

Madame de Staël dans  Corinne

Début septembre 1812

Germaine arrive à Stockholm. Elle fréquente la cour de Bernadotte, prince royal qui dirige l’opposition aux armées napoléoniennes et incarne un contre-pouvoir possible en Europe. Elle rédige les Réflexions sur le suicide et commence les Considérations sur la Révolution française.

Le 27 mai 1813

Arrivée de Germaine de Staël à Londres. Son action politique et son influence n’ont jamais été aussi importants.

Le 12 juillet 1813

Mort de son fils Albert, officier dans l’armée suédoise, tué en duel, à Buchtenberg dans le Mecklembourg.

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

En septembre  1813

Parution « libre » de De l’Allemagne chez J. Murray.

Le 6 avril 1814

Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.

Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.

Louis XVIII

Le 12 mai 1814

Retour de madame de Staël à Paris après douze années d’exil. Elle rouvre son salon à Paris, reçoit généraux et modérés, tente d’épouser la cause de Louis XVIII tout en souffrant de l’occupation des troupes étrangères.

Le 19 juillet 1814

Retour à Coppet où Germaine de Staël reçoit de nombreux amis anglais.

Le 30 septembre 1814

Séjour à Paris.

Le 1er mars 1815

La Restauration ne dure pas.

Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.

Retour de Napoléon de l'Île d'Elbe par Charles de Steuben

Le 10 mars 1815

Débarquement de Napoléon au Golfe Juan. Germaine de Staël se réfugie à Coppet.
Constant écrit l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, dont Staël réprouve le rapprochement explicite avec l’empereur.
Après les Cent-jours, Staël se rallie aux Bourbons, part pour l’Italie et passe l’hiver à Pise, pour préparer le mariage de sa fille et soigner Albert-Jean-Michel Rocca, atteint de tuberculose.
Staël obtient le remboursement de la dette de la France envers son père.

Le 19 mars 1815

Napoléon est aux portes de Paris. Louis XVIII et sa Cour prennent la fuite pour Gand.

Louis XVIII à Gand

Le 18 juin 1815

La défaite de Waterloo réinstalle Louis XVIII sur le trône de France.

En janvier 1816

Madame de Staël publie à Milan De l’esprit des traductions.

Le 20 février 1816

Sa fille Albertine épouse à Pise le duc Victor de Broglie.

Printemps 1816

A Florence et retour l’été à Coppet, où Germaine de Staël reçoit plusieurs fois la visite de Byron.

Le 10 octobre 1816

Elle épouse officiellement et discrètement Albert Jean Michel Rocca, elle a cinquante ans, lui en a vingt-huit…

Le 16 octobre 1816

Tous deux s’installent à Paris.

En 1817

Affligée, depuis quelque temps, d’un gonflement œdémateux des jambes, elle consulte, à son retour à Paris, le Dr Portal, son médecin depuis l’enfance, ainsi que celui de son père. Celui-ci constate, outre l’aggravation de l’œdème, que son teint, naturellement sombre, est devenu encore plus sombre, que ses yeux ont même pris une couleur jaune et que sa digestion était douloureuse. Éprouvant une grande agitation et un manque de sommeil, elle a longtemps été incapable de les soulager à l’aide d’un ou plusieurs grains d’opium, qu’elle prenait tous les soirs. L’ennui qui la consumait en Suisse l’a amenée à trop user de l’opium, qui soutenait son génie, mais dont elle a fini par devenir dépendante

Le 14 juillet 1817

Germaine meurt  peu de temps après une attaque de paralysie qui la terrasse au cours d’un bal que donnait le duc Decazes, laissant inachevées ses Considérations sur les principaux événements de la Révolution française, ouvrage posthume publié en 1818, ainsi que ses Dix années d’exil, parues à titre posthume en 1821.

Elle est inhumée dans les jardins du château de Coppet, aux côtés de son père et de sa mère.

Le château Necker de Coppet
Au milieu du panneau central du salon de Copé trône la maîtresse de maison. Ses traits ont été fixés sur la toile après sa mort en 1817, par Gérard, à la demande de ses enfants. Coiffée du fameux turban d'où s'échappent des boucles sombres, elle est vêtue d'un robe brune, de style Empire, à la taille haute, et se drape dans un châle de cachemire noir. Elle tient à la main un rameau vert ainsi qu'elle en avait coutume, racontent les contemporains. Elle s'apprête à parler, semble-t-il, comme lorsque, entourée d'un cercle d'admirateurs, elle charmait ses hôtes par son éblouissante conversation. Sans doute n'est-elle pas, en dépit de ses yeux magnifiques, de ses bras et de ses mains admirables, belle d'une beauté classique, mais comme on comprend le mot d'une contemporaine: «Belle, laide ? je ne sais: elle parlait, je l'écoutais, je crois n'avoir jamais rien vu que ses yeux et sa bouche.»

Telle vivante encore dans lieu où elle a régné, elle nous parle encore aujourd’hui.

Le château Necker de Coppet et son parc vus du ciel

« La poésie doit être le miroir terrestre de la Divinité, et réfléchir, par les couleurs, les sons et les rythmes, toutes les beautés de l’univers. »

Germaine de Staël

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