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Sophie Piper-Fersen

Sophie Piper-Fersen

Le 30 mars 1757

Naissance d’Eva Sophie von Fersen (1757-1816). Elle est la fille du feld-maréchal Fredrik Axel de Fersen (1719-1794) et de la comtesse, née Hedwige-Catherine de La Gardie (1732-1800), et sœur d’Axel de Fersen et de la comtesse Klinckowström.

  Fredrik Axel de Fersen            et         Hedwige-Catherine de La Gardie
Le poisson volant blason des Fersen

Le 7 octobre 1762

Naissance de son frère Fabian Reinhold von Fersen (1762-1818).

Le 12 février 1771

Illustration.Le Roi  Adolphe Ier Frédéric

Le Roi Adolphe-Frédéric (1710-1751-1771) meurt d’une indigestion au palais de Stockholm, après un riche dîner composé de caviar, d’une soupe au chou, de hareng, de homard et de choucroute, le tout copieusement arrosé de champagne.

En août 1772

Son fils, Gustave III (1746-1792) fait un coup d’état au moment où la Suède s’apprête à sombrer dans l’anarchie.  Soutenu par sa mère, Louise-Ulrique de Prusse (1720-1782) l’armée et le peuple, il fait arrêter les membres du Riksdag (Parlement suédois) et du rad. Il règne dès lors en despote éclairé, en réorganisant la justice et les finances, en abolissant la torture.

Gustave III par Pasch

Le prince Frédéric-Adolphe de Suède (1750-1803), duc d’Ostrogothie et frère du Roi  demande sa main à Sophie de Fersen, après avoir essuyé le refus de sa cousine Ulrique de Fersen (1749-1810), mais le comte de Fersen refuse, ne voulant pas lier sa famille à celle du Roi, et sa fille elle-même n’en veut pas.

« Il n’est pas nécessaire de vous dire, ma chère et meilleure amie, tout le plaisir que m’a causé votre aimable lettre. C’est un plaisir que je sens plus vivement que je ne saurai l’exprimer et toutes les expressions les plus fortes ne rendraient que faiblement la joie que j’ai ressentie et que je ressens toujours d’apprendre de vos nouvelles. Elles m’intéressent plus que toutes choses au monde. Je ne cesse de faire des vœux pour le bonheur de ma chère Sophie, et j’aimerais mieux être malheureux moi-même que de savoir que vous n’êtes point heureuse. Vous avez raison de croire que mon amitié pour vous égale celle que vous avez pour moi ; oui, ma chère amie, l’amitié que je vous porte sera éternelle. Les liens du sang qui nous tiennent m’en font un devoir bien cher à mon cœur. »

Axel de Fersen à sa sœur Sophie
Frédéric-Adolphe de Suède, duc d’Ostrogothie

En 1777

Sophie de Fersen épouse le comte Adolf Ludwig Piper (1750-1795), chambellan à la cour, dont la famille est comme la sienne d’origine germanique. La jeune comtesse se lie aussi d’amitié avec le baron Evert Wilhelm von Taube , cousin de la fameuse comtesse von Hessenstein (1714-1744).

Evert Wilhelm von Taube

Elle devient maîtresse de la cour, c’est-à-dire première dame d’honneur, de la duchesse royale, future reine Charlotte (1759-1818), et conquiert son amitié- elle sera Reine de Suède en 1809 et Reine de Norvège en 1814.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsHedwige-Élisabeth-Charlotte de Schleswig-Holstein-Gottorp par Roslin

Les Mémoires de la future Reine de cette époque, écrites sous forme de lettres adressées à la comtesse sont un témoignage de première importance de la société gustavienne d’alors. La duchesse royale considérait que la comtesse Piper était la seule amie qu’elle eût en Suède. Elle écrit d’ailleurs une biographie de la comtesse Piper en 1816.

Sophie Piper

En juillet 1783

Axel de Fersen à Sophie Piper :

J’ai peine à croire tant je suis heureux, j’ai plus d’une raison pour cela, que je vous dirai quand nous nous verrons. ( … )  j’ai pris mon parti, je ne veux jamais former le lien conjugal, il est contre nature ( … ) Je ne puis être à la seule personne à qui je voudrais être, à la seule qui m’aime véritablement , ainsi je ne veux être à personne.

Certains y lisent l’amour proclamé qu’il voue pour Marie-Antoinette… mais il semble évident que c’est de sa sœur qu’il parle là ! Les Fersen ayant déjà fréquenté des couches royales, Axel ne parlerait pas ainsi de la Reine de France…

Portrait de Sophie Piper

En 1785

Gustave III offre à Fersen le poste très discret d’envoyé extraordinaire auprès de Louis XVI et Marie-Antoinette personnellement. Il fait explicitement le distinguo entre France le pays révolutionnaire (Staël reste ambassadeur) et la monarchie (Fersen est l’envoyé personnel du Roi de Suède au Roi de France). Fersen touche à une pension diplomatique qui lui permet de rester en France, Gustave explique à son père qu’il a donné à Axel un poste d’une grande importance.

Mais ce poste est bien caché, et pour ne pas nuire à Staël, ni compromettre sa correspondance diplomatique extrêmement secrète pour le roi et la reine de France, Fersen doit rester aux yeux du monde un simple gentilhomme suédois. Pas de possibilité, donc, pour Sophie d’échapper à ses malheurs domestiques pour vivre à Paris avec son frère, ni de faire la connaissance de Marie-Antoinette.

Le 25 mars 1788

Dans une lettre à sa sœur Sophie Piper de Paris Fersen explique qu’il va se faire percer les oreilles pour améliorer ses problèmes de vue :

« J’ai eu il y a huit jours un peu de faiblesse sur les yeux comme j’en ai quelque fois et tout le monde m’a conseillé de me faire percer les oreilles. Je m’y suis décidé. Il faudra voir ce que cela fera – du moins si  cela ne fait pas de bien, cela ne fera pas de mal. »

Ce traitement est bien sûr inefficace ! Fersen souffrira pour toute sa vie des problèmes de vue (il y en a plusieurs références dans sa correspondance avec sa sœur). Et de nombreux autres maux…

Il commande ses lunettes chez Dollond à Londres.

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

Le 5 octobre 1789

Marie-Antoinette est au Petit Trianon et Louis XVI à la chasse lorsqu’on apprend que des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Films et auteurs prêtent à Axel de Fersen une attitude héroïque en ces jours-là… En réalité, il était parti se coucher fort tard le 5 lorsque le Roi avait sonné le coucher !!!!
Il est arrivé par le grand appartement directement dans le salon du conseil, puis dans la chambre du Roi…. il n’était pas présent dans la chambre de la Reine au moment de l’assaut.

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

J’ai été témoin de tout et je suis revenu à Paris dans une des voitures de la suite du Roi; nous avons été 6 h 1/2 en chemin. Dieu me préserve de jamais voir un spectacle aussi affligeant que celui de ces deux journées. Le peuple paraît enchanté de voir le roi et sa famille. La reine est fort applaudie, et elle ne peut manquer de l’être quand on la connaîtra, et qu’on rendra justice à son désir du bien et à la bonté de son cœur.

Pas de fougueux destrier précédant à bride abattue son aimée, donc, mais le train des courtisans de Versailles, comme tout le monde…

Le 4 avril 1790

Je vous remercie bien aussi de tout ce que vous me dîtes sur le compte de mon amie.  Croyez, ma chère Sophie, qu’elle mérite tous les sentiments que vous pouvez avoir pour elle.  C’est la créature la plus parfaite que je connaisse, et sa conduite, qui l’est aussi, lui a gagné tout le monde et j’entends partout faire son éloge.  Jugez combien j’en jouis.

Axel de Fersen à Sophie Piper
Le 10 avril 1790


“Je commence à être un peu plus heureux, car je vois de temps en temps mon amie librement chez elle et cela nous console un peu de tous les maux qu’elle éprouve, pauvre femme . C’est un ange pour la conduite, le courage et la sensibilité, jamais on n’a su aimer comme cela. Elle est infiniment sensible à tout ce que vous m’avez dit pour elle; elle en a bien pleuré et elle me charge de vous dire combien elle en a été touchée.  Elle serait si heureuse de vous voir quelquefois . Elle s’imagine que si notre projet réussissait, vous pourrez alors venir ici et cette idée la rend bien heureuse. En effet cela serait peut-être possible alors. “

Idem

Le 7 mai 1790

Nous ne cessons de faire des vœux pour votre bonheur, ma chère amie, et elle pense bien à vous. Elle a été touchée jusqu’aux larmes de tout ce que vous me dîtes pour elle.  Quand on est malheureux on est plus aisément affecté, surtout quand on a une aussi belle âme.”

Idem

Le 31 mai 1790


Tout va de même ici, ma chère amie, c’est à dire mal, et vous verrez dans les gazettes les horreurs et les cruautés qui se commettent dans les provinces et dans Paris ( … )   Elle est extrêmement malheureuse mais très courageuse.  C’est un ange.  Je lui ai dit de votre part tout ce dont vous m’avez chargé et cela lui a fait plaisir.  Je tâche de la consoler le plus que je puis, je le lui dois, elle est si parfaite pour moi .”

Idem

L’Assemblée nationale permet à la famille royale de passer l’été au château de Saint-Cloud, domaine de Marie-Antoinette, Fersen écrit à Sophie :

Le 28 juin 1790


“Elle est bien sensible à tout ce que vous dites pour elle. Jamais on ne l’a mieux mérité et jamais on n’a été plus parfaite. Mon seul chagrin, c’est de ne pas pouvoir la consoler entièrement de tous ses malheurs et de ne pas la rendre aussi heureuse qu’elle mérite de l’être.  C’est de chez elle à la campagne que je vous écris. “

Se peut-il que Fersen parle encore de Marie-Antoinette alors qu’il dit être chez elle à la campagne?

Ou alors Trianon est la campagne par rapport au château de Versailles…

Le 31 juillet 1790


“Depuis quelques temps je suis beaucoup à la campagne comme je vous l’ai mandé, chez le comte d’Esterhazy, et demain je vais passer huit jours chez la duchesse de Fitz-James.”

Idem

Le 8 août 1790, au sujet de cette visite :

“Nous n’étions que sept personnes mais nous nous convenions fort et j’y ai été heureux.  Elle manquait cependant à mon bonheur et sans cela il n’y en a pas de parfait pour moi.” 

Idem

Fabian de Fersen à sa sœur Sophie :

Le 30 novembre 1790

“La nouvelle du jour est que l’Assemblée nationale veut que le roi se sépare de la reine, que l’on fasse à elle un procès en adultère, que l’on déclare les enfants bâtards et que l’on punisse la reine très sévèrement. “

Ce n’est qu’une rumeur dont on n’a rien entendu même lors du procès…

Le 15 octobre 1790

“Ce que Taube vous a dit d’elle m’a fait grand plaisir. Elle le mérite, c’est un ange de conduite. Elle m’étonne et je voudrais que tout le monde l’aimât autant qu’elle le mérite et lui rendît justice. Je suis toujours établi à Auteuil et j’y suis très content et heureux.”

 Axel de Fersen à Sophie Piper

Sophie souffre de ce que Gustave III  veut envoyer Taube, blessé pendant la guerre de Russie, en mission à Moscou. Fersen la console du mieux qu’il peut et Marie-Antoinette lui offre une mèche de ses cheveux et une bague.

Le 19 décembre 1790

“Ma chère amie  ( … ) je ferai votre commission pour les cheveux et ce serait pour elle une grande jouissance de le savoir .”

Axel de Fersen à Marie-Antoinette

Le 3 janvier 1791

“Voici les cheveux que vous m’avez demandés.  S’il n’y en avait pas assez je vous en enverrais encore.  C’est elle qui vous les donne et elle a été vivement touchée de ce désir de votre part. Elle est si bonne et si parfaite et il me semble que je l’aime encore plus depuis qu’elle vous aime. Elle me charge de vous dire combien elle sent vos peines et combien elle les partage.  Ah, je ne mourrai content que lorsque vous l’aurez vue. “

Axel de Fersen à Sophie Piper

Le 1er janvier 1791

Projet d’évasion de la famille royale de France (plan de Fersen, Bouillé et Breteuil) …

Le 17  janvier 1791

“Ma chère et tendre Sophie ( … )  Ah, comme je sens et partage vos peines. Elles augmentent toutes les miennes. Elles étaient adoucies autrefois par la certitude de votre bonheur, de votre tranquillité.  J’étais heureux de vous voir heureuse; à présent je n’ai même plus cette consolation et vos chagrins me pénètrent l’âme ( … ). Elle vous dit mille choses et partage bien tendrement vos peines. Elle en pleure souvent avec moi, jugez si je dois l’aimer.  Si vous avez un moyen pour qu’il soit simple que la bague que vous voulez soit faite ici, mandez-le moi et comment vous la voulez. Je la ferai faire.  C’est elle qui le veut et qui veut vous la donner.  Répondez-moi au plus tôt . “

Idem

Le  6 février 1791

“Votre santé m’a donné de l’inquiétude, ma chère amie. Elle l’a vivement partagée, cela l’a un peu adoucie.  Dieu merci, notre ami me mande que cela va mieux. ( … ) Ma santé est bonne, la sienne l’est assez, malgré tous les chagrins qu’elle a .”

Idem

Le 18 avril 1791

La famille royale de France est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud.

Les projets d’évasion se concrétisent grâce, en particulier, à l’entremise d’Axel de Fersen.

Michèle Morgan et Richard Todd dans le film de Jean Delannoy ( 1956)

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

Fersen, déguisé en cocher, escorte lui-même la famille royale  jusqu’à Bondy, mais Louis XVI refusera qu’il les accompagne plus loin. L’objectif du Roi étant d’atteindre Montmédy qui se situe en France, au contraire de ce qu’on supposera, il valait mieux qu’il ne soit alors escorté que par des gentilshommes français… selon Fersen lui-même…

Madame Royale parlera, elle, de fuite …

Le 21 juin 1791

Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.

Chez l’épicier Sauce à Varennes, détail de Prieur

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte.

En décembre 1791

Sophie sermonne son frère et lui fait craindre que la Reine n’éprouve beaucoup de peine si des bruits Lui parvenaient sur sa liaison entre Axel de Fersen et Éléonore Sullivan depuis 1789…

Éléonore Sullivan (1750-1833)

Sophie gronde alors son frère, avec tact mais fermeté :

«Tout le monde vous observe et parle de vous ; songez à la malheureuse Elle ( Marie-Antoinette ) , épargnez-lui de toutes les douleurs la plus mortelle ».

Le 13 février 1792

Visite clandestine de Fersen aux Tuileries.

Le 29 mars 1792
 Gustave III

Gustave III de Suède (1746-1792) est assassiné et, comme tous ses anciens favoris, Fersen se trouve en disgrâce pendant la régence de Charles de Södermanland, futur Charles XIII, frère du feu roi, de 1792 à 1796.

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le Roi refuse.

Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le 10 août 1792

Sac des Tuileries.

Image du film “Un Roi et son peuple”.

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple.

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Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Massacres dans les prisons.

Le 8 novembre 1792

Décès de sa sœur, Hedvig Eleonora (née en 1753) ,   comtesse Klinckowström.

Fredric Philip Klingspor - Hedvig Eleonora von Fersen - S 298 - Finnish National Gallery.jpgHedvig Eleonora,  comtesse Klinckowström

Le 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI.

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

Le 3 octobre 1793

La Reine est déférée au Tribunal révolutionnaire.

Le 14 octobre 1793

Marie-Antoinette comparaît devant le président Herman(1759-1795).

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution .

Le 9 décembre 1793

Décès à Vienne de Yolande de Polignac (née le 8 septembre 1749), “morte de douleur“.

Profil de Yolande de Polignac par Elisabeth Vigée Le Brun

En 1795

Devenue veuve en 1795, la comtesse Piper suit son ancien amant, le baron von Taube, et se rend avec lui en Allemagne en 1798. Mais il meurt à Carlsbad en 1799 et la comtesse retourne en Suède.

Sophie Piper peinte par Hedvig Klinckowström (1777-1810), sa nièce, le 7 juillet 1801

Le 8 juin 1795

Mort de Louis XVII à l’âge de 10 ans. Il était atteint de tuberculose osseuse.

En 1796

Quand Gustave IV  monte sur le trône, Axel de Fersen retrouve ses offices et dignités.

En 1797

Fabian de Fersen

Son frère Fabian épouse sa belle-sœur, Louise Piper (1777-1849)

Louise Piper par Carl Frederik von Breda

En 1801

Elle prend en charge la maison de son frère, le comte Axel de Fersen. Elle est la proche confidente de son frère …

La famille Fersen est l’alliée du parti gustavien lorsque le Roi Gustave IV Adolphe est déposé en 1809 et soutient la cause du fils de ce dernier comme héritier du trône.

Gustave IV

Quand Gustave IV est chassé par un coup d’État militaire, Fersen ne prend pas parti, mais tout le monde soupçonne ses sympathies pour le jeune prince Gustave, fils de Gustave IV.

Le 29 juin 1809

Charles XIII de Suède (1809-1818)

Couronnement de Charles XIII (1748-1818) , fils du Roi Adolphe-Frédéric de Suède, frère cadet de Gustave III (1771-1792) et oncle de Gustave IV (1792-1809) auquel il succéda au détriment des enfants de ce dernier. Il est le dernier Roi de Suède de la dynastie d’Holstein-Gottorp. Il est l’époux de l’amie de Sophie Piper, Hedwige de Schleswig-Holstein-Gottorp (1759-1818), qui devient donc Reine de Suède.

La Reine Hedwige en 1814

Le 7 janvier 1810

Le prince Christian-Auguste, frère cadet de Frédéric-Christian II, duc de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg (1768-1810), de la branche cadette des souverains du Danemark, est finalement choisi par Charles XIII comme successeur .

Le 28 mai 1810

Le Prince Christian-Auguste meurt d’une attaque quelques mois plus tard. Sa mort accidentelle est due à une chute de cheval. Aussitôt les partisans de Charles-Auguste accusent certaines familles de la haute noblesse d’avoir comploté contre lui et de l’avoir fait empoisonner. Les Fersen sont les premiers visés.

Christian-Auguste d’Augustenbourg

La rumeur accuse Axel de Fersen de l’avoir empoisonné.

Le 20 juin 1810

En vertu de ses fonctions de riksmarskalk, Fersen est chargé d’escorter le corps du prince dans Stockholm. Une émeute se forme et Fersen meurt lapidé et piétiné par la foule, en présence de nombreuses troupes qui n’interviennent pas.

Il est probable que Charles XIII ait saisi l’occasion de se débarrasser aisément de l’un des leaders gustaviens.

La comtesse Piper réussit à s’enfuir de Stockholm déguisée en domestique et se réfugie au château de Rydboholm :

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Je commence actuellement, ma chère amie, à revenir un peu de l’amertume de mon esprit, qui jusqu’à ce moment a été dans une espèce d’engourdissement et incapable de rien entreprendre pendant tous ces jours passés. Jamais, non jamais ma chère amie, mon âme n’a été accablée comme elle l’a été dans cette occasion, jamais regrets n’ont été pour moi aussi vifs que ceux que j’ai ressentis à la perte de notre digne ami Axel. Son image ne me quitte pas, et même j’en suis aise car cela me prouve à moi-même combien je lui étais attaché, et c’est un juste tribut que je paie à sa mémoire. … maintenant on lui rend justice, mais hélas trop tard pour lui et pour nous, et l’on sait à présent que tout n’était que calomnie.

Fabian de Fersen à sa sœur Sophie Piper

… et quelques jours plus tard, elle est placée sous protection royale au château de Vaxholm, forteresse royale entourée d’eau, jusqu’en novembre.

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Stockholm, 13 août 1810

“La perte d’un frère et ami n’était pas suffisante pour mettre mes regrets à son comble; l’envie et la méchanceté nous ont encore frappés, mais une justice sûre peut-être tardive restaurera la vertu. C’est l’espoir qui me reste et qui met quelque tranquillité dans mon âme. Il est cruel de voir un frère en butte à des soupçons atroces… qui toute sa vie n’a cherché qu’à rester tranquille et a eu les principes les plus stricts de loyauté et d’équité.”

Idem

Ce 23 août 1810

Je trouve, ma chère amie, que mon frère n’a besoin d’aucune justification. Sa vie entière est une suite de principes d’honneur et loyauté … Toutes les personnes qui réfléchissent n’ont jamais donné dans les fausses opinions qui ont cours chez le public moins pensant et qui ne connaissaient pas mon frère autrement que de nom, et qui toujours jugent les soi-disant grands seigneurs capables de toutes les horreurs uniquement par la raison qu’ils sont d’une classe supérieure à eux et parce qu’ils approchent de la Cour où ils pensent que rien ne se traite que par intrigues; d’autres n’ont jamais été séduits et rendent justice parfaite à notre infortuné frère, et j’ose dire que l’opinion publique même n’a été séduite qu’un instant, mais malheureusement ce seul moment nous a été fatal par la perte du chef de la famille, qui par ses qualités et ses vertus en faisait un si bel ornement.”

 Idem

Le 5 novembre 1810

Jean-Baptiste Bernadotte, futur Roi Charles IV Jean de Suède

Jean-Baptiste Bernadotte (1768-1844) est  adopté par le Roi Charles XIII, il prend le nom de Charles-Jean. Il consent d’abord à seconder la politique de l’Empereur Napoléon Ier, participe au blocus continental et déclare la guerre à l’Angleterre, mais sans entreprendre aucune action concrète. Il sera couronné Roi le 11 mai 1818 à Stockholm.

Ce 4 décembre 1810

Dans ce moment, je reviens de l’église et de l’enterrement de notre digne frère et ami. Tout a été avec la plus grande décence et tranquillité, et la cérémonie finie, la bière a été transportée dans le tombeau où la procession l’a suivie. Ainsi finissent les grandeurs de ce monde, ma bonne amie. A nous il reste les regrets, à lui la tranquillité.”

Fabian de Fersen à sa sœur Sophie Piper
Sophie Piper

Entretemps la comtesse demande à la cour d’examiner son cas et obtient la levée de toute accusation à la fin de l’année. Elle reçoit de nombreuses propositions de mariage pendant sa réclusion à Vaxholm, dont celle du célèbre général-baron von Döbeln (1758-1820) à qui elle refuse sa main, mais avec qui elle entretient une correspondance suivie.

Georg Carl von Dobeln.jpgLe baron Georg Carl von Döbeln

La comtesse était louée pour sa beauté, mais on la craignait aussi pour ses remarques acerbes et son ambition. Elle vécut pendant ses vieux jours au château de Löfstad, près de Norrköping.

Le 6 avril 1814

Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.

Le 24 avril 1814

Le nouveau Roi débarque à Calais.

Le 3 mai 1814

Louis XVIII entre à Paris, par la barrière Saint-Denis, venant du château de Saint-Ouen.

Le 1er mars 1815

La Restauration ne dure pas.

Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.

Le 19 mars 1815

Napoléon est aux portes de Paris. Louis XVIII et sa cour prennent la fuite pour Gand en passant pas Beauvais.

Le 18 juin 1815

La défaite de Waterloo réinstalle Louis-Stanislas sur le trône de France.

Le 2 février 1816

Décès de Sophie Piper au château de Löfstad.

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