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Éléonore Sullivan

Éléonore Sullivan

Eléonore Sullivan

Le 12 juin 1750

Naissance d’Eleonore Franchi , en Toscane. Elle est la fille d’un père costumier d’une troupe de comédiens ambulants.

En 1765

Eléonora épouse, à quinze ans, l’un des danseurs de la troupe, Martini. Devenue comédienne, son mari étant mort, elle devient la maîtresse du duc de Wurtemberg, qu’elle rencontre au carnaval de Venise. Bon vivant, marié contre son gré à une épouse assez laide dont il est séparé, il multiplie les passades … Elle a dix-sept ans, il en en a quarante et est duc régnant du Wurtemberg . Il séjourne dans la cité des Doges pour le temps du carnaval. Éléonore est ravissante, sensuelle, exotique . Il l’ installe dans sa capitale de Stuttgart.

Charles II Eugène de Wurtemberg

Le 5 octobre 1768

Naissance de son fils, Eugen Franchi, qu’elle a du duc de Wurtemberg qui ne le reconnaît donc pas.

Le 17 janvier 1771

Naissance de sa fille Éléonore Franchi, du même père… elle sera créée baronne von Franquemont.

L’idylle tourne court peu après cette deuxième naissance . L’éducation de sa fille étant prise en charge par le duc, Éléonore quitte Stuttgart. D’un duc, elle passe à un empereur .

Elle entre en effet dans l’intimité de l’Empereur d’Autriche lui-même, Joseph II (1741-1790)), jusqu’à ce que Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), mère de celui-ci, lui ordonne de disparaître.

Joseph II

Elle quitte donc Vienne, et va se fixer à Paris, où elle se marie, pour la deuxième fois, avec un certain Sullivan, frère d’un diplomate anglais. Parti avec elle aux Indes, pour faire fortune, Sullivan y fait fortune en effet, mais il y meurt : à nouveau seule, mais cette fois fort riche, elle revient à Paris, où elle tombe amoureuse d’un homme encore plus riche, l’Écossais Quentin Crawfurd (1743-1819).

Sullivan - Anna-Eleonora Franchi, Eléonore Sullivan Craufo10

Quintin Craufurd est né le 22 septembre 1743 à Kilwinninck, dans le comté d’Air, en Ecosse. Cadet d’une famille très ancienne, il s’embarqua à 17 ans dans la Compagnie des Indes pour subvenir à ses besoins, voire, faire fortune. Il n’avait pas encore vingt ans lorsqu’il fut nommé quartier-maître-général à Manilles, où il se lança dans un commerce fructueux. Il fut ensuite chargé de diverses missions qui l’amenèrent à sillonner l’Inde en tous sens, ce qu’il mit à profit pour observer les usages du pays et prendre des notes en vue de plusieurs ouvrages qu’il publiera plus tard…

En 1780

Elle vit avec Craufurd au 18 de la rue de Clichy à Paris, dans une confortable maison que Quintin remplit des œuvres qu’il a ramenées de ses voyages. Leur salon devient incontournable, animé par les grâces d’Éléonore et tenu par le goût tout anglais de Quintin, à cette époque où l’anglomanie fait fureur.

Éléonore Sullivan

En 1780

Éléonore rencontre Axel de Fersen (1755-1810), leur relation est très sensuelle. Elle est décrite par Vincent Meylan avec un peu d’ironie comme une “bombe sexuelle” (“belle à damner un saint…Une Vénus brune, qui s’avançait d’un pas langoureux dans un envol de satin et de dentelles…”)

Axel de Fersen

Le couple Craufurd-Sullivan séjourne en Angleterre, en Hollande, en Allemagne et en Italie avant de se fixer en France, en 1783.

Eléonore Sullivan

En 1783

Bientôt, Craufurd fréquente l’aristocratie, où ses excellentes manières, mais aussi l’argent qu’il prête, font merveille. Il publie ses deux premiers volumes sur l’Inde, qu’il complétera par la suite.

La bonne réputation de Quintin Craufurd parvient à la cour, où Marie Antoinette reçoit beaucoup d’étrangers. Il est admis dans le cercle de la Reine par Lord Strathavon. Dans la notice qu’il écrit plus tard à son sujet, il laisse de Marie Antoinette ce portrait :

Tous ses mouvements avaient une grâce infinie; et cette expression si souvent prodiguée, “elle est pleine de charme”, était celle qui peignait le mieux l’ensemble de sa personne. Elle laissait apercevoir dans son intérieur un caractère de bienveillance très rare, même parmi de simples particuliers. Si Marie Antoinette n’eût eu qu’une carrière ordinaire à parcourir, beaucoup de traits de franchise et de bonté auraient répandu un vif intérêt sur sa mémoire. 

Marie-Antoinette à la rose

Éléonore, femme entretenue, n’est certes pas reçue à la cour . Elle se contente d’apercevoir la Reine de loin au théâtre, à l’opéra, lors de cérémonies publiques. Quentin, lui, est parfois convié à Trianon et même à Versailles. Les deux aventuriers ont même un lien direct avec la souveraine puisqu’ils reçoivent plusieurs fois par semaine, rue de Clichy Axel de Fersen. Pendant des années, Crawfurd ignorera la liaison de sa maîtresse avec le bel officier suédois.
Pourtant, si Fersen est fou de la Reine, il l’est aussi d’Éléonore . Et son journal mentionne souvent ces mots ” resté là ” lors des visites qu’il fait rue de Clichy lorsque Quentin séjourne en Angleterre …

Marie-Antoinette au Livre par Elisabeth Vigée Le Brun, détail, 1788

Un témoin décrit ainsi le salon d’Éléonore :

Sa gaieté était du genre italien criard, elle criait au lieu de parler et riait à gorge déployée. En compagnie du comte de Fersen, elle était cependant silencieuse et observatrice comme lui. Quand Craufurd était là, les choses aussi se déroulaient décemment, mais quand ces deux gentilshommes étaient absents, il y avait jeux et paris, octroi de baisers et énorme hilarité.

Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux à l’hôtel des Menus Plaisirs à Versailles.

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Y sont réunis tous les protagonistes de la révolution future..

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

Le 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 5 octobre 1789

Les femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain au Roi.

Le 6 octobre 1789

Les appartements privés du château sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée.

La famille royale est ramenée de force à Paris.

La famille Royale au balcon de la cour de marbre dans Louis XVI L’Homme qui ne voulait pas être Roi de Thierry Binisti (2011)

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

En 1791

Fervents royalistes tous les deux, Éléonore et Quintin Craufurd sont  des instigateurs de l’évasion de Varennes,  c’est elle qui la finance en partie, elle verse les 300 000 livres nécessaires pour l’achat de la berline et les provisions. Elle met elle même les provisions dans le coffre de la berline et c ‘est également elle qui va à l’ambassade de Russie, récupérer les passeports de Madame de Korff. Cela prouve son attachement à Fersen et son admiration pour la Reine… Elle et son époux font preuve en cette circonstance d’un courage peu commun…. C’est dans les écuries de Craufurd qu’est cachée la berline royale qui doit conduire le Roi et sa famille à Montmédy.

Le 18 avril 1791

La famille royale est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud.

Les projets d’évasion se concrétisent grâce, en particulier, à l’entremise d’Axel de Fersen.

Michèle Morgan et Richard Todd dans le film de Jean Delannoy ( 1956)
En juin 1791

Madame de Saint Priest, qui se consume pour Fersen sans espoir, lui envoie cette petite pique d’acerbe jalousie, en taxant au passage Éléonore de “marchande de pommes”  :

Il ( le prince de Galles ) nous dit qu’il ( l’ambassadeur d’Espagne ) l’avait vu aussi danser une danse espagnole avec les castagnettes avec Mme Sullivan chez M. de Crafford  ( sic ) , et que cela était si ridicule qu’il en avait pensé mourir de rire.  Au surplus il ne nous fit pas l’éloge de Mme Sullivan qu’il traita de marchande de pommes et dont il fit des détails peu agréables.  J’en suis fâchée pour vous de n’avoir pour rival que M. de Reignère.  C’est un peu triste quand on est jeune, aimable et beau comme vous l’êtes. Je ne sais pourquoi je crains, que la confidence que veut me faire le vicomte ne regarde Madame Sullivan, mais je ne songeais plus que je n’ai que de l’amitié pour vous .  Mais badinage à part, vous êtes voué à ce seul sentiment de ma part, et c’est irrévocablement .  ( … )

Eléonore Sullivan
Le 17 juin 1791
Craufurd part à Londres.
Le 18 juin 1791
Fersen, entre deux resté là chez Éléonore, est reçu par la Reine.
Le 19 juin 1791

Fersen est reçu par le Roi. De là, il file chez Éléonore, pour repasser aux Tuileries avant minuit.

Le 20 juin 1791

Au matin, Fersen veille aux dernières dispositions avec les souverains et revient chez les Craufurd vérifier que rien ne manque à la berline.

Éléonore Sullivan  part ensuite pour Bruxelles en toute sécurité tandis que la famille royale part pour Montmédy.

Le 21 juin 1791

Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes

Chez l’épicier Sauce à Varennes, détail de Prieur

Le 22 juin 1791

 Fersen arrive à 6 heures du soir à Mons, où il retrouve Éléonore, Provence et Madame de Balbi.

Le 23 juin 1791

Fersen rencontre Bouillé à Arlon, qui lui annonce l’arrestation de la famille royale.

Le 24 juin 1791

Désespéré, le Suédois dîne avec Madame Sullivan à Bruxelles. Il reste avec elle à l’hôtel Bellevue jusqu’au 28, s’affichant, selon Emile Dard…

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Pendant le voyage du retour, Marie-Antoinette converti Barnave (1761-1793) à Sa cause.

La Reine, le Dauphin, Barnave et le Roi dans la berline du retour de Varennes

Le Roi est suspendu.

Éléonore part en exil avec Craufurd et ils réussissent à passer la frontière sans encombre.
Elle restera en Angleterre pendant dix ans, se séparera de Fersen qui repartira alors en Suède.

Entre-temps, la fille d’Éléonore et du duc de Wurtemberg les a rejoints à Bruxelles. Elle est âgée de vingt ans et aussi jolie que sa mère . Son père lui a conféré le nom de baronne de Franquemont. Elle épouse un aristocrate émigré, le comte d’Orsay . Ils auront deux enfants : Alfred, l’un des plus grands dandys du XIXème siècle, et Ida, qui épousera le duc de Gramont … petit-fils de Yolande de Polignac (1749-1793).

Le 8 octobre 1791

Les Craufurd et Fersen se retrouvent à l’hôtel Bellevue, à Bruxelles. Quintin loue une maison qui devient leur quartier général. C’est là que Fersen chiffrera ses lettres à Marie Antoinette et déchiffrera celles qu’il reçoit d’elle. Il correspondra aussi avec Simolin, Breteuil, Mercy Argenteau, toujours dans le même but : sauver la monarchie française.

Le 19 oct. 91

Je ne puis vous dire combien je suis touchée de ce qu’a fait ce bon M. Crawfurd pour nous, le roi aussi.
Je vous écrirai dans quelques jours ce qu’il faudra lui dire de notre part.
Nous serons bien heureux de pouvoir faire quelque chose pour lui. Il y a si peu de gens qui nous témoignent un vrai attachement ! On sait ici qu’il a été mêlé dans nos affaires, et j’ai eu bien peur pour sa maison . “

Marie-Antoinette à Fersen

Et encore le 31 octobre 1791 :


” J’ai été si pressée la dernière fois que je vous ai écrit, que je n’ai pu vous parler de M. Crawfurd. Dites-lui bien que nous savons la manière parfaite dont il est pour nous, que je me suis toujours plu à croire à son attachement, mais que, dans l’affreuse position où nous sommes, chaque nouvelle preuve d’intérêt est un titre de plus bien doux à notre reconnaissance. “

Idem

En décembre 1791

Les rumeurs sur une liaison entre Axel Fersen et Éléonore Sullivan commencent à courir à Bruxelles : Sophie écrit alors à son frère Axel que

«Tout le monde vous observe et parle de vous ; songez à la malheureuse Elle [Marie-Antoinette], épargnez-lui de toutes les douleurs la plus mortelle ».

A la fin décembre 1791

En dépit du danger, le couple Craufurd revient à Paris . Le lendemain de son arrivée, Quintin est reçu par la Reine. Il le sera encore, soit chez Elle, soit au pavillon de Flore, chez la princesse de Lamballe.

Un jour, la Reine lui montra une lettre affectueuse de son neveu, l’Empereur François II, lui disant :

Mon neveu ne pouvait pas m’écrire autrement. Mais je ne l’ai jamais vu : à peine même ai-je connu son père. Mon frère Joseph, voilà celui qui était véritablement mon ami. Il m’aimait tendrement. Sa mort est un grand malheur pour son pays et pour moi. 

Elle évoqua alors les douces années de son enfance à Vienne, avec une émotion qui gagna l’Écossais.

Le 11 février 1792

Fersen veut se rendre secrètement à Paris. Il doit remettre à Louis XVI un mémoire de Gustav III et tenter d’organiser une nouvelle fuite. Il quitte donc Bruxelles sans prévenir Craufurd.

Le 13 février 1792

Visite clandestine de Fersen aux Tuileries pour tenter d’organiser une autre évasion pour la famille royale. Le Suédois est alors caché par Éléonore Sullivan en utilisant le nom d’Eugen Franchi, son fils illégitime du duc de Wurtemberg.

Le 14 février 1792

Le comte suédois rencontre le Roi de France. Mais celui-ci refuse toute autre tentative d’évasion.

A neuf heures et demie

Fersen prend congé des souverains, annonce qu’il continue sa mission vers l’Espagne, mais se rend en fait rue de Clichy où il retrouve Éléonore.

Fersen reste terré dans une petite chambre sous les toits près de la servante Joséphine. Dard précise que c’est parce qu’il ne paraissait pas son âge qu’on a pu faire croire aux domestiques qu’il était le fils de Madame Sullivan.

Bref, Quintin n’y voit que du feu…

Le 20 avril 1792

La guerre est déclarée à l’Autriche. Craufurd décide de partir. A Paris, les jacobins accusent la Reine de tout, d’adultère, de trahison, et demandent qu’elle soit enfermée dans un couvent. Le Roi n’est-il pas seul inviolable ?

Extrait de la notice écrite par Quintin Craufurd sur Marie Antoinette:

Peu de jours avant mon départ, la Reine, remarquant une pierre gravée que j’avais au doigt, me demanda si j’y étais bien attaché. Je lui répondis que non; que je l’avais achetée à Rome. «Je vous la demande, me dit-Elle. J’aurai peut-être besoin de vous écrire; et s’il arrivait que je ne crusse pas devoir vous écrire de ma main, le cachet vous servirait d’indication. »

Cette pierre représentait un aigle portant dans son bec une couronne d’olivier. Sur quelques mots que ce symbole me suggéra, elle secoua la tête en disant: «Je ne me fais pas d’illusion; il n’y a plus de bonheur pour moi.» Puis après un moment de silence: «Le seul espoir qui me reste, c’est que mon fils pourra du moins être heureux! »

Le 1er mars 1792

Léopold II, le frère de Marie-Antoinette, meurt.

Avènement de Son neveu François II, qui sera couronné Empereur le 19 juillet.

Le 29 mars 1792

Mort du Roi Gustave III de Suède, qui avait beaucoup d’amitié pour Marie-Antoinette.

Le 14 avril 1792

J’allai le soir prendre congé de la reine. Elle me reçut dans son cabinet de l’entresol. Vers neuf heures du soir je la quittai; elle me fit sortir par une pièce étroite où il y avait des livres et qui conduisait à un corridor fort peu éclairé. Elle m’ouvrit elle-même la porte et s’arrêta encore pour me parler; mais, entendant quelqu’un marcher dans le corridor, elle rentra.

Il était tout simple qu’en de pareilles circonstances, je fusse frappé de l’idée que je la voyais pour la dernière fois. Cette sombre pensée me rendit un moment immobile. Tiré de ma stupeur par l’approche de celui qui marchait, je quittai le château et retournai chez moi. Dans l’obscurité de la nuit, au milieu d’idées confuses, son aspect, ses derniers regards se présentaient sans cesse à mon imagination et s’y présentent encore aujourd’hui.

Quintin Craufurd

Après cette dernière entrevue avec Marie Antoinette, les Craufurd quittent la France.

Fin avril 1792

Ils sont tous à Bruxelles, les Craufurd, Fersen et la fille d’Éléonore.

Le 20 avril 1792

Déclaration de guerre au Roi de Bohême et de Hongrie, François II.

Le 27 mai 1792

Décret sur la déportation des prêtres réfractaires.

Le 29 mai 1792

Décret supprimant la garde constitutionnelle du Roi.

Le 8 juin 1792

Décret de formation d’un camp de fédérés à Paris.

Le 11 juin 1792

Louis XVI oppose son veto aux décrets des 27 mai et 8 juin.

Lui et la Reine sont désormais surnommés “Monsieur et Madame Veto”.

Le 20 juin 1792

Escalier monumental des Tuileries (avant sa destruction)

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le Roi refuse.

Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le 21 juin 1792

 Fersen fait porter à sa maîtresse une lettre annonçant son arrivée. Nous jouâmes bien notre rôle, précise Axel dans son journal, il me crut… Je pris le thé et soupai avec eux.

Fersen retourne à Bruxelles, pendant que les Craufurd prolongent leur séjour à Paris. D’après Gouverneur Morris, Quintin aurait proposé à la Reine, d’accord avec le Roi d’Angleterre, de partir seule avec le Dauphin. En vain.

A Paris, une dame italienne, Madame Toscani, proche ou parente d’Éléonore, s’installe dans la maison de la rue de Clichy. C’est elle qui servira dorénavant d’intermédiaire entre Marie Antoinette et Fersen. Les messages seront dissimulés dans des boîtes de thé, de biscottes, de chocolat, ou dans les doublures de vêtements.

Le 25 juillet 1792

Signature du manifeste de Brunswick, une mise en demeure de la France, sommée de respecter la famille royale. Les Parisiens sont outrés par le ton belliqueux du texte lorsqu’il est connu en France quelques jours plus tard.

Le 3 août 1792

Une majorité de sections de Paris demande la déchéance de Louis XVI.

Le 10 août 1792

Sac des Tuileries.

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles: quatre pièces du couvent seulement leur étaient dédiées… pendant trois jours.

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Massacres de septembre dans les prisons de Paris

A Bruxelles, Éléonore Sullivan assiste à une cérémonie funèbre pour les victimes de septembre.

Pauvre femme, note Fersen, elle y a bien pleuré et en a été malade toute la journée.

Le 20 septembre 1792

Victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Repas de la Famille Royale au Temple dans le film de Jean Delannoy (1956)

Le 11 décembre 1792

Louis XVI  comparaît devant la Convention pour la première fois.

Du 16 au 18 janvier 1793

La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.

Le 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI.

Le 26 janvier 1793

Les trois amis apprennent l’affreuse nouvelle de l’exécution du Roi, doublée de celle, fausse, du massacre du reste de la famille. Éléonore console Fersen.

Puisqu’il s’avère que la Reine est sauve, toute l’attention va se concentrer sur Elle. Lorsque Dumouriez s’entend avec le prince de Cobourg, Fersen ne se sent plus : ses armées vont marcher sur Paris et libérer les prisonniers du Temple.

Le régent de Suède constitue Fersen ambassadeur près de Louis XVII. Axel se voit déjà à Paris à la place de Staël. Mieux, d’ailleurs, compte tenu de la confiance dont il jouit auprès de la mère du petit prince, la future régente !

Mais cette éclaircie est de courte durée. Personne ne rentre dans Paris, et Fersen doit se contenter de reprendre sa vie avec ses deux amis dans Bruxelles libérée.

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie. Elle y est traitée avec une certaine bienveillance par une partie du personnel de la prison, dont surtout Rosalie Lamorlière (1768-1848).

Lorsque la Reine est transférée à la Conciergerie, Fersen envoie le financier Ribbes, nous dit Dard, pour négocier Sa déportation avec Danton. Quintin et Éléonore s’embarquent pour Londres en vue d’obtenir du gouvernement anglais l’argent nécessaire.

Le 13 octobre 1793

Fersen et Éléonore Sullivan ont une conversation décisive, que nous connaissons par le journal du comte. Tous deux se rendent bien compte qu’ils ne peuvent pas continuer comme ça, se suivant mutuellement et suivant Quintin. Il faut qu’une décision se prenne. Mais Éléonore a l’air de faire mieux le tri dans ce qu’elle ne veut plus que dans ce qu’elle désire…

Éléonore me parla de sa position; elle en est ennuyée à l’excès; elle me dit être résolue à finir cette vie qui lui était insupportable. Elle m’assura qu’elle viendrait avec moi, mais qu’elle ne pouvait aller en Suède, dont le climat était trop froid, et qu’elle ne pouvait rien finir avant que je me fusse décidé.

Fersen dans son dagbok.

Le 14 octobre 1793

Marie-Antoinette comparaît devant le président Herman(1759-1795)

 Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution .

Quelques jours après ces réflexions où Axel a bien pesé le pour et le contre, il apprend que Marie Antoinette a été guillotinée, et se lamente. Quelque temps encore, ce trio continue sa vie errante, soudé par la douleur et les souvenirs.

Éléonore a dépassé la quarantaine, elle ressent le besoin de se fixer. Sa fille est venue vivre auprès d’elle pendant que son mari guerroie dans les rangs autrichiens. Quintin goûte toujours la compagnie sereine de ses livres. Mais sa récente nomination en tant que commissaire du gouvernement britannique près de l’armée autrichienne le pose en rival de Fersen, qui le trouve ingrat :

… depuis la mort de l’infortunée reine, je n’ai pas à m’en louer, se plaint-il à son journal. Il semble ne m’avoir ménagé que tant que cela pouvait lui être utile. Depuis cette fatale époque il ne m’a jamais parlé des affaires, tandis que c’est à moi qu’il doit d’avoir été assez connu pour pouvoir en être informé et y être employé; encore est-ce à présent d’une manière très subalterne. Mon orgueil en est blessé, mais je regarde au-dessous de moi de le faire paraître.

En octobre 1794

Les amis doivent abandonner Bruxelles, reprise par les Français. Ils se fixent à Francfort auprès de la famille d’Orsay. Fersen apprend la mort de son père et se voit contraint de rentrer en Suède. Sur les biens considérables dont il va hériter, il prévoit une rente viagère pour Éléonore.

En Suède, la beauté nostalgique de Fersen fait tourner toutes les têtes. Mais aucune de ses adoratrices ne lui paraît préférable à Éléonore. Aussi, après un voyage de quelques mois à Vienne pour y rencontrer la duchesse d’Angoulême, rejoint-il le couple Craufurd à Francfort.

Une fois la Terreur passée, Talleyrand, qui est leur ami, obtient leur radiation de la Liste des émigrés : toujours aussi riches, ils s’installent alors à l’Hôtel de Monaco qu’on connaît sous celui de Matignon…

Sullivan - Anna-Eleonora Franchi, Eléonore Sullivan Hatel_10

Matignon devient un nid à espions, Éléonore espionne pour les royalistes et son époux espionne pour les Anglais, ils sont très surveillés par Napoléon.

En 1795

Fersen est de retour au sein du couple Craufurd.

En 1796

L’avènement de Gustav IV voit le retour de la faveur de Fersen.

Le 28 novembre 1797

Nommé plénipotentiaire, Fersen rencontre Napoléon, une visite qui le mortifie.

Ses nouvelles fonctions le tiennent de plus en plus éloigné de Francfort. Et puis, une méprise du vieux Simolin va faire exploser définitivement le trio de vaudeville. Une lettre d’Éléonore à Axel atterrit par erreur entre les mains de Quintin.

Brusquement, au bout de dix ans, les yeux du doux rêveur se décillent. C’est la rupture définitive avec le beau Suédois, mais non point avec la muse italienne. Au bout de quelques années, Quintin épousera en effet Éléonore.

Le 28 mai 1799

Craufurd vieillissant  ne rêve plus que de retrouver Paris, il   demande au Directoire sa radiation officielle de la liste des émigrés, où il figurait depuis le 28 mai 1793. Le département de la Seine accepte, mais le Directoire refuse. Quintin Craufurd n’obtiendra son retour en France que trois ans plus tard.

De 1799 à 1802

Quintin Craufurd se fixe donc seul à Vienne, où il s’adonne à l’étude. Le dévouement qu’il a manifesté à l’égard de Marie Antoinette lui vaut un bon accueil à la cour de François II. A Vienne, il retrouve des amis du bon vieux temps, émigrés eux aussi. Il fréquente notamment le prince de Ligne et Sénac de Meilhan, épris comme lui de belles lettres.

Le 25 mars 1802

Dès la signature du traité d’Amiens, Craufurd réitère auprès du gouvernement consulaire ses démarches pour rentrer à Paris. La protection de Talleyrand empêche que son implication dans l’affaire de Varennes ne fasse du bruit. La police se contente de signaler qu’il vivait autrefois à Paris avec une femme étrangère. La maison de la rue de Clichy a été détruite, Quintin réclame la restitution des meubles, tableaux et objets d’art qu’elle contenait.

C’est alors qu’il épouse Éléonore Sullivan à la municipalité de Paris, à la chapelle protestante de l’ambassade d’Angleterre et à l’église catholique de Saint Germain en Laye. La fille d’Éléonore vient habiter à Paris, elle aussi, avec son mari. Le capitaine d’Orsay avait en effet également obtenu sa radiation de la liste des émigrés.

 En 1806

Napoléon charge Talleyrand de négocier avec l’Angleterre,  Craufurd apparaît comme un intermédiaire naturel. Beaucoup d’Anglais fréquentent en effet son salon de la rue de Varennes. Craufurd y habite l’hôtel de Monaco, alias Matignon.

En 1808

Ils échangent avec Talleyrand leur hôtel de Monaco contre l’hôtel de Créquy, rue d’Anjou, plus petit .

Dans ces deux demeures, ils ont rassemblé de fabuleuses collections d’objets d’art dont une extraordinaire série de six meubles d’appui réalisée par Boulle . Ils sont présentés dans la galerie de la bibliothèque de l’hôtel de Créquy, avec une série de soixante-huit portraits historiques célébrant les gloires de l’Ancien-Régime.

Sullivan - Anna-Eleonora Franchi, Eléonore Sullivan - Page 2 Crawfo16Les meubles de la belle collection Craufurd furent intégrés dans celle de la famille de Vogüe, meublant leur hôtel des Invalides.

Dès 1809

Craufurd bénéficie de l’appui de Joséphine. En effet, l’étoile de Talleyrand a pâli, mais celle de l’impératrice, en dépit de son divorce, n’a rien perdu de sa lumière. Craufurd raconte cette entrevue :

En 1810, peu de temps après son divorce, l’impératrice Joséphine me fit dire par une de ses dames, Mme la Comtesse d’Audenarde, qu’elle serait bien aise de me voir; et que, n’étant plus, elle, qu’une simple particulière, elle ne croyait pas qu’il y eût aucun inconvénient pour moi à venir chez elle. Je me rendis à la Malmaison et nous y dînâmes ensuite, ma femme et moi, tous les lundis, et cela dura jusqu’à sa mort. Elle avait souvent de la musique : en tout, sa maison était fort agréable. Elle était bienfaisante, douce, sensée et se conduisait à l’époque dont je parle avec beaucoup de mesure et de prudence.

Les descriptions des habitués des salons parisiens où elle apparaît sont bien cruelles. En 1810, le prince de Clary rapporte d’elle et de Madame de Talleyrand :

Elle est devenue boule tout à fait. J’ai eu envie de rire en me remémorant ce qu’étaient ces deux dames-là.

Le 28 mai 1810

En Suède, le Prince Christian-Auguste meurt d’une attaque quelques mois plus tard. Sa mort accidentelle est due à une chute de cheval. Aussitôt les partisans de Charles-Auguste accusent certaines familles de la haute noblesse d’avoir comploté contre lui et de l’avoir fait empoisonner. Les Fersen sont les premiers visés.

La rumeur accuse Fersen de l’avoir empoisonné.
Le 20 juin 1810

En vertu de ses fonctions de riksmarskalk, Fersen est chargé d’escorter le corps du prince dans Stockholm. Une émeute se forme et Fersen meurt lapidé et piétiné par la foule, en présence de nombreuses troupes qui n’interviennent pas.

Fersen avait les oreilles percées et portait des boucles, car on les lui arrache alors qu’il est encore bien vivant.

En 1815

Craufurd est toujours à Paris au moment de l’abdication de Napoléon, et toujours proche de Joséphine. Sous la restauration, il retrouve tout à fait sa liberté de mouvements. Mais ses retrouvailles avec la Grande Bretagne ne lui apportent pas que du bonheur : son neveu intente un procès pour tenter de récupérer les bribes de sa fortune.

A la Restauration

Louis XVIII verse une indemnisation au couple Craufurd de l’ordre de 1 700 000 livres de l’époque.

En 1818

Decazes prend contre lui un acte d’expulsion, qui ne sera pas appliqué. Mais, ayant tenté de pénétrer de force dans la maison de la rue d’Anjou, il est condamné à six mois de prison et finalement expulsé en 1821. Il avait menacé Louis XVIII de publier un document relatif à l’affaire Favras

Le 23 novembre 1819

Décès de Quintin Craufurd, au milieu de ses livres et de ses collections dans sa demeure parisienne.

Quintin Craufurd est enterré dans la Cimetière du Père Lachaise.

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Une grande partie de ces collections est dispersée après la mort de Quentin Crawfurd.
Les huit cabinets de Boulle font partie de sa vente après décès . On les retrouve quelque temps plus tard dans les collections de la famille de Vogüe.

Éléonore survivra quatorze ans à Quentin.

Elle est très bien vue des Tuileries, la duchesse d’Angoulême ayant signalé son dévouement, son courage et ses services secrets. Elle était restée en contact avec les fidèles de Marie Antoinette, comme Goguelat et Jarjayes.

C’est une grosse dame, beauté sur le retour, mais qui mène toujours grand train et reçoit fastueusement le tout Paris dans son hôtel de la rue d’Anjou rempli des collections de Quintin Craufurd qu’elle a finalement épousé .
On l’appelle pourtant Madame Sullivan, car c’est sous ce nom  qu’on l’appelait encore dans les milieux royalistes, où le souvenir de son dévouement pour Marie-Antoinette était conservé et honoré .

Elzéar de Sabran la distingue, luttant par l’éclat des bijoux contre l’usure des ans, dans la foule aristocratique qui se pressait à un bal de la duchesse de Luynes:

” …   L’objet le plus frappant de la cohue était Mme Sullivan, qui avait fait conspirer tous les diamants de toutes les couronnes des Indes à dénoncer toutes ses rides et la déconfiture de ses charmes. Elle éclipsait tous les écrins, mais faisait valoir tous les attraits. Son gros visage était surmonté d’une perruque de toison de mouton de Barbarie toute frisée, plus crépue que la barbe de Polyphème et teinte d’un noir de cambouis, d’un noir plus noir que le noir de peur qu’on y soupçonnât un cheveu gris. Par là-dessus était suspendu l’éclatant diadème qui paraissait en l’air et menaçait de rouler par terre, surtout à présent que c’est leur mode de tomber comme la grêle . Elle semblait s’être constitué le lustre de la chambre ( car elle ne pouvait être celui de l’assemblée ) et servait généreusement à éclairer la jeunesse et la beauté des autres . 

Le 14 septembre 1833

Éléonore meurt discrètement.

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