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La Révolution

Les massacres de septembre 1792

Illustration des massacres à l’hôpital de la Salpêtrière

Les massacres de Septembre sont une suite d’exécutions sommaires qui se sont déroulées du 2 au 6 ou au 7 septembre 1792 à Paris. Des massacres semblables ont également eu lieu dans le reste de la France.

Ces exécutions s’inscrivent dans un contexte de panique des révolutionnaires, provoquée par l’invasion austro-prussienne, puis par des rumeurs de complots internes ainsi que de l’éventualité d’une répression et de massacres perpétrés par des royalistes, ou leurs alliés éventuels, s’ils étaient libérés.

Le 1er août 1792

 Le manifeste de Brunswick est publié à Paris par le Moniteur. Signé par le duc de Brunswick (1735-1806), il est rédigé en partie par le comte de Fersen à la demande de Marie-Antoinette, afin, pense-t-Elle, d’intimider Ses ennemis.

En voici des extraits :

« Sa Majesté l’Empereur et Sa Majesté le roi de Prusse appellent et invitent à retourner sans délai aux voies de la raison et de la justice, de l’ordre et de la paix. C’est dans ces vues que moi, soussigné général commandant en chef des deux armées déclare :

Que les généraux, officiers, bas-officiers et soldats des troupes de la ligne française sont tous sommés de revenir à leur ancienne fidélité et de se soumettre sur le champ au roi leur légitime souverain.

Que la ville de Paris et tous ses habitants sans distinction seront tenus de se soumettre sur le champ et sans délai au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté et de lui assurer, ainsi qu’à toutes les personnes royales, l’inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens obligent les sujets envers les souverains ; leurs Majestés impériale et royale rendant personnellement responsables de tous les événements, sur leur tête, pour être jugés militairement sans espoir de pardon, tous les membres de l’Assemblée Nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu’il appartiendra, sur leur foi et parole d’empereur et de roi.

Que si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s’il est fait la moindre violence, le moindre outrage à Leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale, s’il n’est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d’attentats aux supplices qu’ils auront mérités. »

Le manifeste de Brunswick

Le 3 août 1792

Une majorité de sections de Paris demande la déchéance de Louis XVI.

Le 10 août 1792

La journée du 10 août commence en réalité dans la nuit du 9 au 10 août. En pleine nuit, le tocsin sonne au couvent des Cordeliers. Une heure plus tard, toutes les églises de Paris répondent au signal donné par Danton. Ce sont les quarante-huit sections de Paris, dont les révolutionnaires se sont rendus maîtres. Danton lance alors les sections parisiennes à l’assaut de l’hôtel de Ville, met à la porte la municipalité légale et y installe sa “commune insurrectionnelle”, qui s’effondrera le 9 thermidor avec Robespierre.

Geneviève Casile, Marie-Antoinette (1976), observe le ciel rouge de Paris ce matin-là…avec la princesse de Lamballe (Anne Le Fol)

Le deuxième acte se joue alors. Le commandant de la garde Nationale, Galliot de Mandat, favorable à Louis XVI, est convoqué à l’hôtel de ville. C’est un piège. Dès qu’il y pénètre, il est assassiné. Son corps est jeté dans la Seine, et sa tête, plantée sur une pique. Santerre, le roi des faubourgs, le remplace.

Les Tuileries constituent le dernier objectif. Pour défendre le palais, le Roi peut compter sur ses mille à mille deux cents gardes Suisses, sur trois cents chevaliers de Saint Louis, sur une centaine de nobles et de gentilshommes qui lui sont restés fidèles. La Garde nationale est passée dans le camp adverse. Seul le bataillon royaliste des “filles de Saint Thomas” est demeuré fidèle au souverain.

On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide alors de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.

Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Roederer, le “procureur syndic du département” convainc le Roi de se réfugier à l’Assemblée nationale avec sa famille. Ceux qui ne font pas partie de la famille royale ne sont pas autorisés à les accompagner.

Image d’Un peuple et son Roi (2019)

Louis XVI et sa famille sont conduits jusque dans la loge du greffier de l’Assemblée nationale (ou loge du logographe) , où la famille royale reste toute la journée. Louis XVI. en proie à la plus vive anxiété, se réfugie avec sa famille au sein de l’assemblée, où il entre en disant :

« Je suis venu ici pour éviter un grand crime qui allait se commettre. »

Film - La Révolution Française : les années lumière, les années ...
Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico
Dernier ordre de Louis XVI, le 10 août 1792 | Paris Musées
Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses “de déposer à l’instant leurs armes
           
 Images d’Un Peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico: la princesse de Lamballe (Gabrielle Lazure) et Madame Royale

La foule envahit la cour du château et cherche à gagner les étages supérieurs.

Journée du 10 août 1792 — Wikipédia
La prise des Tuileries le 10 août 1792
10 août 1792 - Chute de la monarchie - Herodote.net

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

La Révolution française, c'est la mobilisation des masses et leur  auto-organisation - Matière et Révolution
On August 10, 1792: The royal family taking refuge after the storming of the Tuileries Palace.
Gérard François Pascal Simon, baron (1770-1837)

Le soir du 10 août 1792

La famille royale est logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles : quatre pièces du couvent seulement leur sont dédiées… pendant trois jours.

Le 13 août 1792

La Commune décide de transférer la famille royale au Temple… en passant par la place Louis XV qu’on a déjà rebaptisée Place de la Révolution, on montre au Roi comme la statue de son grand-père est en train d’être déboulonnée pour faire disparaître toutes les marques du régime qui devient dès lors ancien…

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“  The carriage was not allowed to take the shortest road, but was conducted some miles round, that it might be led in triumph down the Champs Élysées, where a vast mob was waiting to feast their eyes on the spectacle, whose display...

Pétion, qui estimait que la grande Tour du Temple était en trop mauvais état, a résolu de loger la famille royale dans la petite en attendant la fin des travaux ordonnés pour isoler la prison du monde extérieur.

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La Tour du Temple

Etant donné la réponse de la révolution au manifeste de Brunswick, les français redoutent les réactions étrangères, et notamment autrichiennes. Qui aurait oublié que Brunswick a annoncé qu’il détruirait Paris si l’on touchait au Roi? En même temps court une rumeur de complot aristocratique visant à aider l’ennemi à l’intérieur même de Paris… or où sont la plupart des nobles en cette période révolutionnaire ? Enfermés dans les prisons depuis le 10 août… ! On vend dans les rues un texte imprimé qui dénonce un complot tramé “par les aristocrates et les prêtres réfractaires aidés des brigands et des scélérats détenus dans les prisons de Paris” pour assassiner “tous les bons citoyens“. Alors à la nouvelle de la prise de Verdun, un cri terrible s’élève partout : ” Aux prisons !

Le 2 septembre 1792, la Terreur révolutionnaire passe à une vitesse supérieure avec le massacre à Paris, en quatre jours, de plus de 1 500 victimes, parmi lesquelles les prêtres François Dardan, originaire d’Isturitz, et Bertrand de Caupenne. Massacre encouragé par Danton et Jean-Paul Marat qui avait incité précédemment à l’assassinat d’Henri de Belsunce qu’il traitait de conspirateur dans sa feuille « Le Moniteur patriote ».

De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! » Danton n'en  manqua point | L'Humanité
Georges-Jacques Danton

Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1792

Suivent le couvent des Carmes et le séminaire de Saint-Firmin, plus de deux cents morts, où sont visés de nouveau des membres du clergé réfractaire et quelques dignitaires.

Massacres de septembre 1792 à la Prison des Carmes
(d’après « Le Carnet historique et littéraire », paru en 1898)
Publié le dimanche 2 septembre 2012, par LA RÉDACTION

S’inscrivant entre la chute de la monarchie — 10 août 1792 — et l’entrée en fonctions de la Convention, éclatant dans un contexte d’invasion austro-prussienne, cette suite d’exécutions sommaires perpétrées du 2 au 7 septembre 1792 au sein de plusieurs prisons de Paris où les «septembriseurs » massacrent les occupants, compte parmi les sommets de la violence révolutionnaire. Une relation du massacre des prêtres à la prison des Carmes, couvent transformé en prison pour y accueillir les «suspects», est retrouvée dans les papiers de l’épouse d’un mousquetaire «pour la garde ordinaire du Roi» : témoignage circonstancié qui saura susciter l’attention des lecteurs sur cette heure sanglante de notre histoire.

Ce récit est communiqué à la rédaction du Carnet historique et littéraire en 1898 par le baron P. de Bourgoing, qui l’a trouvé dans les papiers de sa trisaïeule, Marguerite-Victoire, fille de Joseph-Marie Pascaud, écuyer, conseiller-secrétaire du Roi, mariée en 1764 à Claude-Pierre-Marion de Givry, écuyer, mousquetaire de la première compagnie « pour la garde ordinaire du Roi ».

COUVENT DES CARMES-DÉCHAUSSÉS OU CARMES-DÉCHAUX (Paris) - Tombes ...

Le jour assigné aux brigands pour cette horrible exécution est le dimanche 2 septembre 1792. En ce jour, on a soin, pour soulever le peuple, de répandre la nouvelle de la prise de Verdun, quoique celle ville ne se soit pas encore rendue. Les municipes annoncent à l’Assemblée qu’ils vont inviter les Parisiens à former une armée de soixante mille hommes, que le canon d’alarme sera tiré a midi, pour convoquer au Champ-de-Mars les citoyens disposés à marcher, et qu’à la même heure, le tocsin sonnera. Ce canon et ce tocsin tiennent une partie de Paris dans la tristesse et la consternation, et l’autre dans tous les transports de la rage ; des municipes, au lieu de presser la convocation au Champ de Mars, dispersent et placent leurs bourreaux, leur donnent les dernières instructions.

C’est pendant tous ces préparatifs qu’on sert le dîner aux prêtres détenus dans l’église des Carmes. Un officier des gardes leur dit en ce moment et leur répéta plusieurs fois ces paroles : « Lorsque vous sortirez, on vous rendra à chacun ce qui vous appartient. » Les prêtres dînent tranquillement, et même avec encore plus de gaieté qu’à l’ordinaire. Les bourreaux sont déjà cachés dans les corridors de la maison.

La promenade est différée, les prêtres croient qu’il n’y en aura pas ce jour-là ; non seulement on la permet vers les quatre heures, mais, contre l’usage, on force les vieillards, les infirmes et tous ceux qui continuent leurs prières dans l’église, à passer dans le jardin. Ils trouvent la garde doublée. Ce jardin est un carré, divisé par des allées en quatre compartiments.

Le couvent des Carmes

Au midi

Les murs du couvent, à l’orient, une partie de l’église d’où l’on s’y rend en traversant un corridor. A l’angle du nord et vers le fond est une espèce de chapelle ouverte, soutenue par des barreaux, et dans laquelle toujours quelques prêtres se retirent pendant la promenade pour ne pas cesser de prier en respirant un nouvel air. Elle se trouve aussi fermée contre l’usage.

L’officier de garde l’ouvre à la demande de M. l’évêque de Saintes. Les cent quatre-vingts prêtres réunis dans ce jardin commencent à s’y livrer à leurs exercices ordinaires pendant la promenade, lorsque tout à coup un bruit se fait entendre, au loin ; c’était celui d’une partie des brigands bourreaux qui traversent une rue voisine, en se rendant à l’Abbaye. Ceux qui sont cachés dans le corridor donnant sur le jardin ne se contiennent plus. A travers les barreaux des fenêtres, ils tendent contre les prêtres leurs baïonnettes et leurs sabres ; ils brandissent leurs piques, en criant : « Scélérats ! voici donc l’instant de vous punir », et en ajoutant mille imprécations ; à cet aspect, les prêtres se retirent vers le fond du jardin, se mettent à genoux, offrent à Dieu le sacrifice de leur vie et se donnent mutuellement, la dernière bénédiction.

Fichier:Panneau histoire de Paris, couvent des Carmes, 70 rue de ...

M. l’archevêque d’Arles éest alors auprès de l’oratoire avec l’abbé de la Pannonie, et qui lui dit : « Pour le coup, Monseigneur, je crois qu’ils vont venir nous assassiner. — Eh bien ! mon cher, répond l’archevêque, si c’est le moment de notre sacrifice, soumettons-nous, et remercions Dieu d’avoir à lui offrir notre sang pour une si belle cause. »

Massacre à l'hôpital-prison de la Salpêtrière (3 septembre 1792)

Au moment où il dit ces paroles, les brigands ont déjà enfoncé la porte du jardin. Ils ne sont pas encore plus de vingt, et ne seront jamais plus de trente pour cette boucherie. Les premiers se divisent, s’avancent en poussant des hurlements affreux, les uns vers le groupe où se trouvait M. l’archevêque d’Arles, les autres par l’allée du milieu.

Le premier prêtre que rencontrent ceux-ci est le père Gérault, directeur des dames de Sainte-Elisabeth ; il est à réciter les prières de son bréviaire auprès du bassin, il ne s’est point laissé déranger par les cris des brigands ; un coup de sabre le renverse, comme il priait encore ; deux des brigands se bâtent de le percer de leurs piques. M. l’abbé Salins, celui-là même à qui Manuel avait tant parlé de précautions, des pensions à fixer pour les prêtres avant leur déportation, est le second immolé par les brigands. Il s’avance pour leur parler ; il tombe mort sous le coup d’un fusil.

Ceux des assassins qui ont pris l’allée du côté de la chapelle s’avancent en criant : « Où est l’archevêque d’Arles ? » Il les attend à la même place, sans la moindre émotion. Arrivés près du groupe en avant duquel il était à côté de M. de la Pannonie, ils lui demandent : « Est-ce toi qui es l’archevêque d’Arles ? » M. de la Pannonie joint les mains, baisse les yeux, et ne fait point d’autre réponse. « C’est donc toi, scélérat, qui es l’archevêque d’Arles ! disent-ils en se tournant vers M. Dulau ? — Oui, Messieurs, c’est moi qui le suis. Ah ! scélérat, c’est donc toi qui as fait verser le sang de tant de patriotes dans la ville d’Arles ?Messieurs, je ne sache pas avoir jamais fait mal à personne.Eh bien ! je vais t’en faire, moi, répond un de ces brigands. »

Et en disant ces mots, il décharge un coup de sabre sur la tête de M. l’archevêque d’Arles. Le prélat immobile, et tourné debout vers l’assassin, reçoit le premier coup sur le front, en attendant un second, sans prononcer une parole.

Un nouveau brigand décharge encore sur lui son cimeterre et lui fend presque tout le visage. Le prélat toujours muet et debout sans avoir fait un pas ni en avant ni en arrière, frappé d’un troisième coup sur la tête, tombe sur un de ses bras comme pour empêcher la violence de sa chute. Alors un des brigands armé d’une pique l’enfonce dans le sein du prélat avec tant de violence que le fer n’en put être arraché. Le brigand pose le pied sur le cadavre de M. Dulau, prend sa montre et l’élève en la faisant voir aux autres assassins comme le prix de son triomphe.

Au moment où la porte du jardin avait été enfoncée, quinze à vingt des plus jeunes prêtres ont profité de la facilité pour franchir une partie des murs, élevés seulement à hauteur d’appui, pour s’échapper vers les maisons voisines ; arrêtés par la réflexion que leur fuite peut rendre les brigands plus furieux encore contre les autres prêtres, plusieurs rentrent dans le jardin et se joignent à la troupe des confesseurs. Dans la crainte que d’autres ne s’échappent par le même endroit, un brigand y est mis en sentinelle, tenant un pistolet d’une main, un sabre de l’autre, et menaçant tous ceux qui s’approchent de ce côté.

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En voyant tomber l’archevêque d’Arles, les assassins entonnent leurs chants de cannibales. Le jardin retentit des féroces accents des Marseillais, mêlés à tous les cris, à toutes les injures de la fureur, de la rage, et au bruit de leurs armes. Un grand nombre de prêtres se sont réfugiés dans la chapelle ; là, attendant la mort, dans un profond silence, leur âme toute à Dieu, ils lui offrent leur dernier sacrifice. Une partie des assassins vient les assiéger ; leurs fusils ou leurs pistolets à travers les barreaux, ils déchargent leurs balles sur ce groupe de prêtres à genoux.

Dans cet espace étroit, les victimes tombent les unes sur les autres. En attendant le coup qui doit les frapper, les prêtres encore vivants sont arrosés du sang de leurs frères mourants ; le pavé en ruisselle ; c’est au milieu de cette chapelle qu’une balle atteint Mgr l’évêque de Beauvais. Il est alors à genoux ; sa jambe fracassée du coup, il tombe, et les prêtres à côté de lui le croient mort. Une foule d’autres victimes tombent avec lui dans ce saint asile. M. de la Pannonie s’y est retiré après la mort de Mgr d’Arles. « Je puis attester, nous dit-il, que je n’entendis pas la moindre plainte d’aucun de ceux que je vis massacrer. »

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L’église du couvent des Carmes

Dans un champ moins resserré, le reste des brigands forcenés et ivres de rage poursuivent les prêtres épars dans le jardin ; les chassent devant eux, abattant les uns à coups de sabre, enfonçant leurs piques dans les entrailles des autres, faisant feu de leurs fusils et de leurs pistolets, sans distinction, sur les jeunes, les vieillards et les infirmes. Ce sont vingt tigres affamés et altérés de sang, lâchés dans un enclos contre les victimes innocentes livrées à leur rage. Pour s’étourdir dans leurs fureurs, les uns continuent l’horrible chant de leur Carmagnole, les autres vomissent les grossières injures de «scélérats, de gueux et de voleurs».

La tranquille assurance des prêtres au milieu de ces outrages, sous le coup de la mort, leur piété surtout ajoutent à la fureur des assassins. Ces bandits ne permettent pas même à des victimes si près de la mort de l’attendre à genoux. Pareils à des démons, ils enragent de les voir prier Dieu. « Levez-vous, hypocrites, leur crient-ils, et, en disant ces mots, ils les forcent à se disperser ; ils leur donnent la chasse comme à des bêtes fauves.

Cependant arrivent d’autres assassins, et avec eux un commissaire de la section, nommé Violette. Ou l’entendit crier : « Arrêtez, arrêtez, c’est trop tôt ; ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre. »

Il est en effet, pour ces massacres, un ordre désigné par les chefs, et qu’on suit ailleurs, pour s’assurer du nombre des victimes, pour que la confusion ne favorise pas celles qui chercheraient à s’échapper — Jean-Denis Violette, membre de la section du Luxembourg, régularise les massacres et fait subir aux prêtres une sorte d’appel nominal à l’aide du registre d’écrou.

Massacre des prêtres au couvent des Carmes en septembre 1792

Les mêmes voix, surtout celle du commissaire, appellent les prêtres dans l’église, en leur promettant qu’ils y seront en sûreté. Les prêtres essaient d’obéir ; une partie des brigands cessent de massacrer ; sourds à toutes les voix, même à celle de leur capitaine, d’autres paraissent redoubler de rage, crainte de perdre leurs victimes. Dans cette horrible confusion, les uns poussent les prêtres hors du jardin, d’autres les repoussent dedans. Quelque parti qu’ils prennent, ce sont des baïonnettes et des piques tendues contre eux ; ceux qui arrivent jusqu’à la porte de l’église la trouvent fermée. Enfin il est possible d’entrer ; les premiers arrivés se précipitent à genoux devant le sanctuaire, les autres y courent à travers des brigands qui, partie les y chassent, et partie continuent à faire feu sur eux, à mesure qu’ils s’en approchent.

A l’extrémité du jardin surtout, le massacre ne cesse pas encore. Là même, cependant, se passe une autre scène, qui laisse presque respirer l’humanité. M. l’abbé Dutillet, avec quelques autres prêtres, se trouve resserré contre un mur, et reste immobile. Un des assassins le couche en joue jusqu’à trois fois, sans que l’arme prenne feu. Dans son étonnement : « Voilà un prêtre invulnérable, s’écrie le brigand ; cependant, ajoute-t-il, je n’essaierai pas un quatrième coup. — Je serai moins délicat, dit un second brigand, je vais le tuer. — Non, reprend le premier. Je le prends sous ma protection ; il a l’air d’un honnête homme. » Et en disant ces mots, il le couvre de son corps.

A la faveur du patois marseillais, M. Dutillet, presque regardé comme compatriote par son protecteur, est sur le point d’obtenir la même faveur pour les prêtres qui sont avec lui ; les nouveaux brigands accourus sont même gagnés par le premier ; lorsque deux de ces prêtres s’avancent en disant : « Nous ne demandons point de grâce ; si nos frères sont coupables, nous le sommes comme eux ; leur religion est aussi la nôtre ; et nous sommes prêts à mourir pour elle. — Puisqu’ils veulent mourir, eh bien ! qu’ils meurent », disent les brigands. Et sur-le-champ ils les tuent.

M. Dutillet modère le zèle de ses frères. Quoique forcé ensuite d’entrer avec eux dans l’église, son Marseillais le reconnaît, et il lui doit d’avoir échappé encore au second acte du massacre.

Dans cet intervalle, le reste des prêtres se réfugie dans le sanctuaire ou dans le chœur derrière l’autel ; car on les empêche de se répandre dans la nef. D’autres brigands continuent à faire feu sur les vieillards qui avancent plus lentement. Toujours imaginant qu’on ne cherche qu’à leur ôter le reste de leurs victimes, ils viennent furieux vers l’église ; quelle que soit l’intention du commissaire, il réussit une première fois à leur en défendre l’entrée. Alors ils se portent vers la grille du chœur, et comme des lions rugissants, rôdant autour de cette grille, à travers laquelle ils voient le reste de leur proie, vingt fois ils essayent d’arracher celte cloison de fer.

Ils ne sont pas tous de la lie du peuple, ces bourreaux assassins. Leurs accents, leurs discours, trahissent parmi eux des adeptes dont le philosophisme des clubs et des échos du jour, bien plus que la rustre ignorance, ont fanatisé le cœur contre les prêtres. « Scélérats, assassins, monstres, vils hypocrites », leur crie surtout un de ces hommes qu’on dirait avoir fait son cours d’éducation auprès de Diderot, d’Helvétius ou de Condorcet, « vrais ennemis d’un peuple qu’ont séduit trop longtemps vos leçons ; le jour des vengeances est enfin arrivé. Le glaive de la loi serait trop lent pour vos forfaits et vos attentats. C’est à nous à laver aujourd’hui dans votre sang l’injure des nations, et à venger les vrais amis de la Patrie. Vous comptiez livrer aux hommes et au fer nos possessions, piller, voler et égorger nos maisons, nos femmes et nos enfants. Oui, le glaive de la loi serait trop lent. »

A ces discours, il ajoute un torrent de blasphèmes qu’on dirait copiés d’un recueil de Voltaire, et en vomissant, tout le feu de la rage dans les yeux, tous les frémissements dans son corps agité, grinçant des dents et trépignant des pieds, étendant et lançant un long sabre à travers la grille, il cherche à atteindre de ses coups répétés quelques-uns de ces prêtres en prières, invoquant le ciel pour ces bourreaux mêmes qui rudoient autour d’eux.

Quelque temps après, les nouveaux efforts des assassins semblent devoir être inutiles. Quoique très faiblement, le commissaire fait parler la loi, l’humanité. Il dit à ces brigands que la vengeance du peuple est juste, mais qu’il est des innocents, qu’un assez grand nombre de victimes sont tombées. En ce moment, il se fait un grand silence. Quel étrange mélange que ces tigres encore appelés hommes ! C’est M. l’évêque de Beauvais que ses propres assassins apportent avec une espèce de compassion et de respect ; ils le déposent dans l’église sur des matelas, comme s’ils avaient voulu le guérir de ses blessures. Le frère de ce digne prélat, Mgr l’évêque de Saintes, ignore encore son sort. Entrant dans le chœur, il a dit : « Qu’est devenu mon frère ? Mon Dieu ! je vous en prie, ne me séparez pas de mon frère ! » Averti par M. l’abbé Bardet, qui a entendu ces paroles, il court à son frère, il l’embrasse, il veut lui donner tous les soins de l’étroite et antique amitié. Il ne lui est pas permis de rester longtemps auprès de lui.

La rage des brigands reprend toute sa force. Le commissaire veuf encore faire entendre sa voix : elle est impuissante ; les bourreaux pénètrent dans l’église. L’aspect de tous ces prêtres à genoux devant l’autel, au lieu de les toucher, les révolte encore. Il faut de nouveau qu’ils se lèvent par ordre des bourreaux. Il tarde à la cohorte de consommer le sacrifice ; ils l’auraient fait sur-le-champ même, et au pied de l’autel, et déjà sous les yeux des prêtres, ils aiguisent les sabres et les piques sur la table sainte, sur le marbre de la communion, lorsque le commissaire leur représente qu’au moins ne faut-il pas que tant de sang soit versé dans ce lieu saint.

massacres - Les massacres de septembre 1792 Versai29

Les chefs des massacres viennent d’ailleurs à bout de faire entendre cette marche plus régulière, combinée à loisir par les municipaux ordonnateurs. Pour toute preuve que chacun de ces prêtres doit être mis à mort, les brigands demandent : « Avez-vous fait le serment ? » Les prêtres répondent : « Non. » Un d’entre eux ajoute : « Il en est parmi nous plusieurs à qui la loi même ne le demandait pas, parce qu’ils n’étaient point fonctionnaires publics.»

« C’est égal, reprennent les brigands, ou le serment, ou bien vous mourrez tous. » Ils vont mourir aussi ; mais une scène plus froidement atroce succède aux premiers transports de leurs bourreaux. Afin de procéder plus méthodiquement au massacre des confesseurs, encore au nombre d’environ cent, ce même commissaire, qui les apaise dans l’église, promettant qu’il ne leur serait point fait de mal, établit son bureau d’inspecteur auprès du corridor qui conduit au jardin désigné désormais sous le nom de Parc-aux-Cerfs. C’est devant lui que vont défiler les victimes. Prendre leurs noms et s’assurer qu’elles ont été successivement immolées, sera l’exercice de son autorité. Soit vestige d’humanité, soit lassitude du massacre, il en dérobera cependant quelques-uns à la mort.

Les gendarmes nationaux qui, de garde en ce jour, et supérieurs au nombre des assassins, leur ont laissé le champ libre, sont, partie dans l’église, rangés en haie devant le sanctuaire, pour tenir les victimes entassées sous la main des brigands, et partie distribués dans l’intérieur de la maison, auprès des portes, pour empêcher le peuple de troubler les bourreaux. Ceux-ci ont pris leurs postes au bas et sur le haut de l’escalier qui conduit au jardin. C’est là désormais le champ de l’holocauste. C’est là que, deux à deux, les prêtres sont conduits par ceux des brigands envoyés pour choisir les victimes.

A l’aspect de chacun de ces prêtres sortant du sanctuaire, les bourreaux poussent des cris de joie. C’est à qui portera le premier coup de hache ou de pique, de sabre ou de fusil. La victime assaillie, au redoutable cri de : Vive la Nation ! est tantôt immolée sur le perron, tantôt précipitée au pied de l’escalier, et là, percée de mille coups. Quand elle a cessé de respirer, de nouveaux hurlements de : Vive la Nation ! célèbrent la victoire et donnent le signal pour amener de nouvelles victimes.

En prière dans l’église, les prêtres entendent retentir ces cris de mort. Le ciel ne permet pas que leur constance en soit ébranlée. Aussitôt que leur tour arrive, ces prêtres appelés à la mort se lèvent : les uns avec cette sérénité à travers laquelle perce, la joie d’une âme assurée de l’instant qui va la mettre dans le sein de son Dieu ; les autres avec l’empressement, avec tous les transports de l’innocence invitée par les anges aux noces de l’Agneau. Celui-là, dédaignant d’interrompre le cours de ses prières, a les yeux fixés sur son bréviaire, et jusque sous le glaive des assassins paye à Dieu le tribut de ses louanges. Celui-là avance, les promenades divines, les écritures saintes à la main, et dans ces oracles sacrés puisait toute la force des martyrs dans leur dernier combat. Quelques-uns au front noble, majestueux, jettent sur leurs bourreaux un œil de pitié et courent affronter leurs piques et leurs haches.

Eglise Saint-Joseph-des-Carmes à Paris
Eglise Saint-Joseph-des-Carmes, à Paris

Plusieurs de ces illustres confesseurs ont, dans les chaires publiques, dans de savants écrits, consacré leur génie à défendre la religion, soit contre les sophismes des impies, soit contre les erreurs de la prétendue Constitution civile du clergé ; ils se lèvent en bénissant leur Dieu d’avoir à sceller de leur sang cette foi qu’ils ont soutenue par leurs écrits. D’autres enfin, au moment où on les appelle, jettent, un dernier regard sur l’image de Dieu crucifié, lui disant ce qu’il a lui-même fait entendre à son père : « Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! »

La modestie, une tendre piété, une charité inépuisable, une rare prudence, avaient fait de M. Louis Hébert le père, plus encore que le supérieur, des ecclésiastiques, dans la maison des Eudistes. Il l’a achetée de ses deniers, pour leur servir d’asile contre les dangers de la capitale. Ses vertus le tirant, malgré lui, d’une obscurité chère à son cœur, lui ont mérité l’estime du clergé, dont il est l’exemple ; la vénération de sa congrégation, dont il est le général ; la confiance du roi, dont il a fui la cour, jusqu’au moment où il faut aux prêtres non pas de l’intrigue, mais du courage et de la piété pour y aborder.

C’est là trop de titres à la haine des Jacobins. M. Hébert est recherché par les brigands. Il dédaigne, pour tromper leurs recherches, de se revêtir des habits de laïques. Toute sa modestie le suivit au martyre ; baissant les yeux, tranquille, et ne prononçant pas une seule parole, il tombe sous les coups des brigands, comme la plus douce et la plus innocente des victimes sous la main qui l’égorge. Supérieur des vénérables prêtres retirés dans la maison de Saint-François-de-Sales, M. Louis Menuret, ancien curé de Montélimar, n’a pas moins de titres aux persécutions de la Terreur.

Un esprit ferme et un cœur ennemi de toute dissimulation, une logique rigoureuse, pressante, unie à toutes les connaissances de son état, l’ont rendu bien précieux. Appelé, comme supérieur d’une maison ecclésiastique, pour faire le serment en présence de la municipalité et des paroissiens, il répond : « Messieurs, je sais ce que je puis vous accorder, et ce que ma conscience m’oblige de vous refuser. Puisque vous le voulez, et qu’on ne peut être patriote auprès de vous qu’en jurant le maintien de la nouvelle Constitution, je ferai ce serment ; mais à condition que vous insérerez et que je signerai dans vos registres la double restriction que j’y mets, en exceptant formellement tout ce qui blesse dans ce serment la justice et la religion. »

Il s’élève des réclamations. M. Menuret tient ferme, on ne peut obtenir de lui d’autre serment. Les brigands le menacent, le pillent, le calomnient, ne l’ébranlent pas. Conduit à la maison des Carmes, on dirait qu’il est au comble de ses vœux. Le plaisir de se voir prisonnier pour la foi réveille sa gaieté naturelle ; il la communique à tous ses confrères, il a en effet trop bien prévu le terme de ses persécutions pour s’en affliger. Il a fait son testament peu de temps avant la mort dont il se tient assuré, car depuis ce temps-là, il n’est sur la terre que comme un homme prêt à partir pour les deux.

C’est à lui bien spécialement que l’on peut appliquer ce témoignage de l’homme le moins suspect d’avoir cherché à relever la gloire des martyrs, de ce M. Violette, de ce commissaire qui préside à leur massacre. Ce M. Violette même, parlant deux jours après à ceux des prêtres qu’on a arrachés à leurs bourreaux, mais qui sont détenus à la section, leur dit dans un enthousiasme involontaire : « Je me perds, je m’abîme d’étonnement, je n’y conçois rien, et tous ceux qui auraient pu le voir n’en seraient pas moins surpris que moi. Vos prêtres allaient à la mort avec la même joie et la même allégresse que s’ils fussent allés aux noces. »

M. l’abbé Gagnères des Granges y marche avec un air de patriarche qui commande la vénération. Quelle étendue et quelle variété de connaissances dans cet homme ! Mathématiques, histoire, physique, tout lui est familier. «C’est, écrivaient des gens qui avaient appris à le connaître, c’est un homme qui a tout su, et n’a rien oublié. » Et ce sont ces hommes-là que la Révolution immole ! Avant qu’elle commence, M. Gagnères des Granges en a prévu le terme, et il a dit à quelqu’un : « Vous voyez cet enfant ! en parlant du premier fils du roi, alors bien portant, vous le voyez cet enfant ! il mourra. Vous le voyez cet homme, en parlant du roi, il perdra la couronne. » La trop funeste conjecture était déjà vérifiée quand M. Gagnères verse tout son sang pour le maintien de cette religion, dont les outrages doivent être vengés par tant de malheurs.

Saint Joseph des Carmes, un peu d'Italie au cœur de Paris | Artetvia
TÉMOIGNAGE DE L'ABBÉ FRONTAULT, PRETRE ANGEVIN, ÉCHAPPÉ AU MASSACRE DES  CARMES - La Maraîchine Normande

Une victime volontaire de ce massacre est M. Gallais, supérieur de la petite communauté de Saint-Sulpice. Dans le fond d’une allée vide alors de brigands, il est sur un arbre, sur le point de s’élancer hors du jardin ; il voit passer M. l’abbé Chardet et Mgr l’évêque de Saintes qui se rendent à l’église. Il rougit d’avoir été tenté de se séparer de la compagnie des confesseurs, il descend, se réunit à eux pour aller à l’église, d’où il ne sort qu’en s’estimant heureux d’avoir obéi à l’inspiration qui le conduit au martyre.

M. l’abbé Lefèvre a été aussi sur le point d’échapper au massacre. On l’a retenu à côté du commissaire, il esit sous sa protection, lorsqu’un des brigands lui fait quelques propositions, sur lesquelles il répond qu’il s’expliquera. « Point d’explications, reprend le brigand, sans quoi, avec les autres. — Eh bien ! dit M. Lefèvre, j’aime mieux y aller. » Là-dessus il court se présenter aux bourreaux et est immolé comme les autres.

massacres - Les massacres de septembre 1792 2_sept12

Sous la main des bourreaux tombent aux Carmes bien d’autres ecclésiastiques, d’un mérité reconnu, tels que MM. Le Franc et Bousquet, l’un supérieur des Eudistes de Caen, auteur de deux ouvrages spécialement propres à indiquer les causes de la Révolution ; l’autre, dans sa jeunesse et pour ses essais, annonçant un des hommes les plus versés dans les lois de l’Eglise. Du nombre des victimes sont encore les trois prêtres Thorame, trois frères, tous les trois estimables par leurs talents, tous les trois charmants par la douceur de leur caractère, tous trois, édifiants par leur zèle et par leur piété ; d’autres encore que la prison des Carmes n’a pas effrayés, parce qu’ils ont connu les cachots dès le commencement de la Révolution, et pour la même cause.

Les bienheureux martyrs de septembre 1792 - Diocèse de Paris

Deux frères aussi, MM. de Nativelle, l’un vicaire d’Argenteuil, l’autre, de Longjumeau, ont été conduits aux Carmes. Des habitants de la rue de Bussy, au moment du massacre, courent pour les en délivrer. Ils croient y avoir réussi, en assurant que jamais ces deux prêtres n’ont troublé personne depuis qu’ils se sont réfugiés dans leur quartier, en ajoutant qu’ils n’ont pas la religion constitutionnelle, que la Constitution même leur permet de suivre celle qu’ils veulent. Le commissaire a écouté favorablement ce témoignage ; il en félicite MM. de Nativelle et leur annonce qu’ils vont être délivrés. Les exécuteurs y ont consenti ; les deux prêtres partent, quand on leur dit : « Un instant, Messieurs ; il nous faut le serment de la liberté et de l’égalité. » Nos deux confesseurs ont réfléchi sur ce serment. Ils y ont vu la confirmation des principes de la Révolution, de son anarchie, de ses injustices et de ses horreurs. Ils répondent qu’ils aiment mieux mourir. «Faites vos réflexions », leur dit le commissaire, en les abandonnant pour quelques instants à leurs médiateurs.

L'année 1792, élections et Massacres de septembre

Ceux-ci emploient toutes les ressources de leur esprit pour gagner du temps ; les sollicitations sont inutiles, comme les arguments. MM. de Nativelle, persuadés que ce serment, consommateur de la Révolution, n’est pas moins contraire à leur conscience que celui de maintenir la prétendue Constitution civile du clergé, persistent dans leur refus. Les citoyens honnêtes accourus pour les délivrer pleurent sur eux et les voient expirer sous les coups des bourreaux.

Dans cette légion de martyrs, Messieurs de Saint-Sulpice perdent huit de leurs directeurs ; les Bénédictins, Ambroise Chevreux, leur général, Louis Barreau, et dom Massey ; les Capucins, le père Moru, Suisse ; la Sorbonne, M. Hermès, dont le zèle avait produit d’excellents ouvrages à la portée des plus simples fidèles ; la maison de Navarre, plusieurs de ses confesseurs et M. Kerauru, son proviseur ; les Doctrinaires, M. Félix, leur supérieur ; les Cordeliers, le père Burté, leur gardien ; en un mot, peu de maisons ecclésiastiques qui n’aient l’honneur de compter quelques-uns de leurs membres parmi ces victimes.

Ancien couvent des Carmes, perron des victimes - massacres de ...

Les anciens jésuites ont aussi aux Carmes plusieurs de ces hommes, vénérables débris de leur société. Outre M. Gagnères des Granges, on voit parmi eux ce M. Misson, à qui il ne manque qu’un peu plus de santé pour être le Bourdaloue de son siècle ; Brileyre-Durvey et Légué, encore deux des meilleurs prédicateurs de Paris ; M. Bonneau, connu par ses ouvrages ; M. Delfaut, archiprêtre de Sarlat, député à la première Assemblée nationale, dont toute la consolation était d’en être sorti sans avoir souillé sa conscience par aucun de ces serments. Une demi-heure avant l’entrée de ses bourreaux, il fait répondre à des amis qui lui envoient de quoi se soutenir dans sa prison : « Dites-leur que jamais je n’ai été mieux portant et si heureux. » Avec eux encore sont les deux anciens jésuites Rousseau et Villecroin.

Le premier, directeur des dames de la Visitation, rue du Bac, n’a été conduit en prison que par erreur. La section qui fait chercher un autre prêtre dans la maison reconnaît la méprise : M. Rousseau, en allant au martyre, s’applaudit qu’elle n’ait pas été réparée. Le second, directeur des religieuses de Belle-Chasse, vient de féliciter un de ses amis qui a échappé au comité de surveillance ; il est pris lui-même, et entraîné aux Carmes, où il meurt avec la même constance que ses confrères.

La plus grande partie des autres victimes sont ou de ces respectables curés, vicaires et prêtres des paroisses, que la persécution dispose depuis plus de trois ans à l’honneur de répandre leur sang pour Jésus-Christ, ou de ces vicaires généraux qui savent prouver en ce jour combien ils sont dignes de la confiance dont ils ont joui auprès des évêques. Au milieu de tant de prêtres, et depuis le commencement de leur captivité, est un laïque, dont la foi rappelle toute la ferveur des premiers chrétiens et toute leur ardeur pour le martyre. C’est Régis de Valfon, ancien officier au régiment de Champagne. Dirigé dans les voies du salut par M. Guillemenet, prêtre de Saint-Roch, quand il le voit traîner aux Carmes pour sa religion, il ne veut plus se séparer de lui. Dans cette prison, son assiduité à la prière, sa constante prière égalent celles des plus saints prêtres. Jamais les hommes attachés à la vie ne montrent plus de crainte de la mort qu’il ne montre d’ardeur pour celle qu’il doit subir en preuve de sa foi. Souvent, on lui disait qu’il était facile d’obtenir sa liberté. Il répondait que sa captivité lui était bien plus chère.

Quand il entend appeler au martyre son directeur, il se lève pour y aller avec lui : tous les deux y marchent ensemble, allant d’un pas égal, l’un à côté de l’autre, comme ils ont coutume de le faire aux heures de la promenade, M. Guillemenet récitant son bréviaire, et M. de Valfon lisant l’Ecriture sainte. Une même aspiration vers le ciel les avait tendrement unis, un même instant leur en ouvre les portes.

Ainsi sont d’abord immolés tous ceux qui, en rentrant dans l’église, ont pu trouver place dans le sanctuaire. Les autres, dans le chœur des religieux et derrière l’autel, attendent en prières le moment de leur sacrifice ; un des bourreaux y entre comme pour se délasser, en comptant ces nouvelles victimes, de celles qu’il a déjà égorgées. Voyant ces prêtres à genoux : « Oui, priez, leur dit-il, qu’aucun de vous n’échappe. Souvenez-vous de la journée du dix. Si vous aviez pu nous égorger alors, vous ne nous auriez pas épargnés ; c’est aujourd’hui notre tour. »

Aussi ces mêmes hommes qui, pendant si longtemps et par une conspiration si profondément tramée, ont préparé la catastrophe du 10 août contre Louis XVI, sont venus à bout de la tourner contre les prêtres, de la faire servir de prétexte à leur massacre ; ainsi les scélérats abusent de la stupide crédulité des bourreaux pour faire tour à tour servir leur férocité, tantôt contre le trône, tantôt contre l’autel.

Couvent des Carmes; escalier des Martyrs, rue de Vaugirard, mai ...

Le 3 septembre 1792

Exploring the French Revolution: on the September Massacres of 1792
“ In late summer 1792, news reached Paris that the Prussian army had invaded France and was advancing quickly toward the capital. Moreover, rumors circulated that the Prussians would...

Une foule armée de barres de fer, de piques et de bûches encercle les prisons de Paris, voulant y tuer les royalistes qu’une rumeur accuse d’y avoir caché des armes pour fomenter une contre-révolution.

Sur les huit heures du matin, le 3 septembre 1792, deux gardes nationaux pénètrent dans la chambre de la princesse de Lamballe à la prison de la Force. Sans égard pour son air défait, ils lui intiment l’ordre de les suivre pour être transférée à la prison de l’Abbaye. L’amie de Marie-Antoinette a une mine de déterrée. Elle n’a pas dormi de la nuit. Elle ne veut pas quitter sa cellule.

Prison pour prison, j’aime autant celle-ci.

Les rumeurs des massacres opérés depuis la veille dans les prisons parisiennes sont parvenues jusqu’à elle. Toute la nuit, elle a entendu les cris, les hurlements, les roulements de tambours, les injures et les râles. La tuerie aurait été provoquée par la folle rumeur d’un complot aristocratique.

La princesse, tirée de sa cellule, est, d’après la reconstitution des procès-verbaux de la section des Quinze-Vingts, introduite devant une commission improvisée en hâte par les membres du comité de surveillance de la Commune du 10 août, et sommée de « nommer ceux qu’elle avait reçus à sa table».

Plan situant la prison de La Force
La mort de la princesse de Lamballe - Page 4 Gautie11
Madame de Lamballe par un de ses assassins, un certain Gautier

On lui demande surtout de témoigner sur la réalité de connivences de Louis XVI et Marie-Antoinette avec les puissances de la Coalition. Elle s’y refuse et c’est pour cette raison qu’on l’aurait mise à mort. Il est possible qu’on ait voulu éviter un procès équitable au cours duquel elle aurait pu mettre en cause un certain nombre de pêcheurs en eaux troubles soudoyés par la cour, comme Dossonville, Maillard ou le général Santerre, partie prenante dans les massacres de Septembre avec son beau-frère Panis. Dans les minutes qui suivirent ce semblant d’interrogatoire, elle est « élargie », terme ambigu qui est interprété soit comme une libération, soit comme une mise à mort.

Un épisode du massacre à la prison de la Force - Le blog d'un pèlerin
Lamballe - La princesse Marie Louise Thérèse de Lamballe - Page 9 Tumblr25

La Princesse refuse. Un gendarme lui glisse alors à l’oreille ” Jurez, madame ou vous êtes morte“.
Nouveau refus.

Arrest and Death of the princesse de Lamballe. Circa 1880.
[credit: AKG Images]

Hébert prononce alors la sentence

qu’on élargisse madame…..”

La mort de la princesse de Lamballe Murder10
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Voici les différents témoignages / versions de cet ignoble massacre :

La princesse de Lamballe est conduite à l’extérieur. En franchissant la porte, elle reçoit un violent coup de massue qui l’assomme ou la tue à moitié. Elle est ensuite  traînée jusqu’à un endroit appelé cul de sac des prêtres, où on l’achève  coup de piques et de hache. Alors, l’horreur se déchaîne. Sa tête, coupée, est plantée au bout d’une pique. On plante sur d’autres piques, son cœur et ses parties intimes. Le reste de son corps est traîne derrière le groupe qui se forme pour partir en procession dans les rues de Paris.

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“A quick and horrific scene unfolded before my eyes. On seeing the bodies lying on the ground, the Princess made a gesture of horror and stepped back sharply. The two men who stood beside her seized her by the arms and spoke to her; she replied, with...
Images des Années Terribles (1989) de Richard
Gabrielle Lazure est Marie-Thérèse de Lamballe

Elle est sortie et à la vue de la foule, elle s’est évanouie pendant qu’un tueur l’attrapait par le chignon bas qu’elle portait et lui a coupé la tête en se servant de la borne sise près de la porte protégeant le mur d’entrée des voitures .

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La mort de la princesse de Lamballe Captu522

La tête a été mise sur une pique et portée en triomphe… elle a été trempée dans un seau d’eau fraîche au coin du boulevard Beaumarchais et ensuite recoiffée par un homme de l’art.

La mort de la princesse de Lamballe - Page 4
L’odieux convoi dans L’Anglaise et le Duc (2001) d’Eric Rhomer

Pour le reste du corps… les entrailles ont été prélevées et le cœur aurait été mangé par un homme !!!
Les restes intimes ont été mis sur La garde d’une épée ou d’un sabre avec le geste très intelligent de le porter “‘en moustache” la pilosité ….

Pendant cette promenade un serviteur du duc de Penthièvre avec un sac ramassait les morceaux abandonnés et en fin d’après-midi après le retour du Palais Royal, la fatigue aidant, il a récupéré le reste pour se rendre au Commissariat des 15/20 (faubourg Saint-Antoine) et lesdits restes auraient été retirés et déposés dans le tombeau des Penthièvre.

Le cortège bachique se dirige successivement au Palais-Royal, chez le duc d’Orléans, puis à l’hôtel de Toulouse, pour présenter les trophées sanglants au beau-père de la princesse, le duc de Penthièvre, avant d’arriver au Temple, pour faire contempler les restes de Son amie à Marie-Antoinette. L’entrée du Temple leur est interdite. On a dressé un cordon tricolore comme seule barrière pour les arrêter…

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A l’intérieur de la Tour du Temple, la Famille Royale, tenue dans l’ignorance des événements, ne sait rien du carnage qui se déroule dans Paris…

La mort de la princesse de Lamballe - Page 6 _5710
“ …they had raised the victim’s head so that it could not escape her sight; it was that of the Princesse de Lamballe. Though bloody, it was not disfigured; her blond hair, still curling, floated around the pike.
”
–the journal of Jean-Baptiste Cléry...

Un cri d’effroi est poussé au rez de chaussée : c’est madame Tison, la servante de la famille royale, qui vient de voir la pique sanglante. Cléry, le valet du Roi, qui lui aussi a vu le trophée macabre, est blanc d’effroi mais n’ose rien dire.

Une dispute éclate entre les gardes municipaux, les uns voulant que la Reine se montre, les autres ne le voulant pas. L’un d’eux finit par dire à Marie-Antoinette, qui demande ce qui se passe :

Eh bien madame, puisque vous voulez le savoir, c’est la tête de madame de Lamballe que l’on veut vous montrer….

Évanouissement de la Reine, le 3 septembre 1792 vu par le  Musée Grévin
Extrait des Années Terribles (1989) de Richard Heffron

La Reine tombe évanouie sans entendre la fin de la phrase. Les meurtriers continueront pendant prêt de trois heures à brailler et à réclamer la reine. Marie-Antoinette ne verra pas la tête de Son amie plantée sur la pique.

La mort de la princesse de Lamballe - Page 3 Lambal11
La mort de la princesse de Lamballe - Page 5 Mort_l11
Jane Seymour ( 1989)

Cette tête, aurait finalement été déposée à sept heures du soir sur la table du comité de la section des Quinze-Vingts. Selon certaines versions, les domestiques du duc de Penthièvre auraient suivi de loin l’infâme procession, afin de récupérer les restes de leurs ancienne maîtresse pour lui donner une sépulture descente. Ils auraient même essayé de la sauver en criant à l’acquittement à la Force…. Mais on ignore si c’est vrai.

Voici le témoignage d’un certain Jean Némery, écrivain public, qui se trouvait par hasard dans les environs de La Force ce maudit 3 septembre 1792 au matin :

” Venant de la rue Saint-Paul, je vis de nombreux curieux à l’entrée de la rue des Ballets, et j’appris qu’on massacrait à la Force. Le spectacle ne me tentait guère ; mais, il faut bien avoir vu quelque chose en ces temps où il y a tant de choses à voir. Je me mêlai donc aux curieux et, tout doucement, en me glissant entre les groupes, je réussis à atteindre presque le haut de la rue.

De l’endroit où je me trouvais, j’apercevais, au-dessus des têtes, l’entrée de la demeure du concierge de la prison devant laquelle se tenaient des hommes armés de sabres et de piques. C’étaient évidemment les exécuteurs.

Une femme apparut, encadrée par deux hommes et suivie par le guichetier. J’entendis dire que c’était la princesse de Lamballe, l’amie de la malheureuse Reine. Une scène rapide et atroce se déroula sous mes yeux. En apercevant les corps étendus au sol, la princesse fit un geste d’horreur et recula vivement. Les deux hommes qui l’encadraient la saisirent chacun par un bras et lui parlèrent ; elle répondit en faisant des gestes, mais je n’entendais pas ses paroles. Quelques-uns des exécuteurs s’étaient approchés du petit groupe et riaient, se moquant sans doute de la frayeur de la princesse. L’un deux la menaça de sa pique ; elle recula, leva un bras comme pour se protéger. Les exécuteurs s’étaient écartés et je crus qu’ils allaient la laisser passer.

Je respirais, lorsque, tout à coup, deux de ces démons se placèrent devant elle et la frappèrent, l’un d’une pique, l’autre d’un sabre. Elle poussa un cri, tituba, porta une main sur sa poitrine, puis tomba sur un petit tas de cadavres, un peu à gauche de la porte, vers la rue des Ballets ; elle essaya de se relever, mais elle reçut de nouveaux coups, ses bras s’agitèrent un moment, puis elle ne bougea plus. Les deux hommes qui l’accompagnaient n’avaient rien fait pour essayer d’empêcher ce meurtre. »

Pour autant qu’on puisse considérer ce témoignage comme véridique, je suis choqué du fait que, contrairement à ce que j’ai toujours cru et espéré (la princesse qui s’évanouit juste avant d’être assommée), elle était quand même consciente jusqu’au bout, au moment où on la frappait avec une pique, où on la blessait apparemment à la poitrine, et puis qu’elle tombait, et qu’elle essayait de se relever sans succès (la pauvre !!!) … et puis personne qui venait à son secours (au péril de sa vie évidemment, avec que des hommes saouls et dangereux dans les parages). En même temps, cela ne m’étonne pas qu’elle était restée consciente, face à la terreur d’une mort atroce, afin d’éviter la douleur, coûte que coûte.
Et malgré le fait que Madame de Lamballe savait que ses jours étaient comptés à Paris, dans les récits de Mme de Tourzel et de la marquise de Lâge de Volude (sa dame d’honneur) il s’avère qu’elle restait quand même relativement optimiste jusqu’à la fin, espérant peut-être encore à la Force qu’on allait la ramener au Temple près de la reine.”

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Stanislas Maillard, l’un des criminels de septembre, mort à trente-et-un ans alors que le portrait semble celui d’un vieillard…. On sait ce qu’en dirait la physiognomonie balzacienne !

L’Héritage“, revue d’études nationales, traitant de politique ( science et analyse), de philosophie, d’Histoire, de religion, des “forces occultes”, de poésie, de livres, etc. estime que la mort de Madame de Lamballe est “un atroce assassinat maçonnique“… :

Parlant des Francs-Maçons et de leurs forfaits, dans son admirable encyclique Humanum Genus, le Pape Léon XIII a écrit ces lignes : « Il n’est pas rare que la peine du dernier supplice soit infligée à ceux d’entre eux qui sont convaincus, soit d’avoir livré la discipline secrète de la Société, soit d’avoir résisté aux ordres des chefs ; et cela se pratique avec une telle dextérité que, la plupart du temps, l’exécuteur de ces sentences de mort échappe à la justice établie pour veiller sur les crimes et pour en tirer vengeance. »

Rien n’est plus vrai, en effet.

La Franc-Maçonnerie profite de toutes les circonstances pour frapper ceux dont elle a décidé la mort.

L’Héritage
La mort de la princesse de Lamballe - Page 3 Turgot11
Selon le plan de Turgot on peut suivre dans le détail, les rues conduisant au Châtelet empruntées par les porteurs du corps de Madame de Lamballe :
Départ en haut de l’image rue Saint Antoine- place Beaudoyer – rue de la Tixeranderie – de la Coutellerie -passage devant l’église Saint-Jacques de la Boucherie et Châtelet
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Le 3 septembre 1792, à la prison de l’Abbaye de Saint-Germain des Prés

Mlle de Sombreuil, l'héroïne au verre de sang

L’ancien gouverneur des Invalides, monsieur de Sombreuil (1723-1794), très âgé, comparaît en compagnie de sa fille, Jeanne-Jacques-Marie de Virot Sombreuil, comtesse de Villelume, dite « Marie-Maurille comtesse de Villelume » (1768-1823) .Voyant que les jugent semblent hésiter à condamner un vieillard, celle-ci se jette à leurs pieds et implore leur pitié. Avec des rires, l’un des bourreaux, le cruel Stanislas Maillard (1763-1794) lui tend un verre rempli de sang.

Mlle de Sombreuil, l'héroïne au verre de sang

Si elle le boit, ils épargneront son père. Elle l’avale alors d’un trait en criant « Vive la Nation ! ». Elle sauve ainsi, provisoirement, son père, qui sera guillotiné le 17 juin 1794.

Le dévouement héroïque de Mademoiselle de Sombreuil à la prison de ...
Cet acte héroïque a inspiré cette peinture anonyme aux allures antiques ( musée Carnavalet)

Ce déchaînement de haine va continuer jusqu’au 5 septembre 1792 au petit matin et il s’achèvera à l’hôpital général de la Salpêtrière (distinct de l’hôpital de la Pitié). Il s’agira approximativement d’une dizaine de lieux d’incarcérations improvisés ou identifiés en tant que tel, le plus grand nombre de morts sera parmi des prisonniers de droits communs (environ sept cents), dont une quarantaine d’adolescents. La prison la plus touchée sera celle du Grand Châtelet avec un peu plus de deux cents morts, tous des droits communs.

massacres - Les massacres de septembre 1792 - Page 2 Massac10

Marc-Antoine Thierry de Ville d’Avray (1732-1792), qui fut premier valet de chambre de Louis XVI, fait partie de ces victimes.

Un gentilhomme de Xaintonge, appelé M. de Mey, qui avait trouvé moyen d’échapper aux exécutions de Bicêtre, et qu’on avait incarcéré sur nouveaux frais dans notre prison, nous apprit d’épouvantables choses, et ce fut notamment qu’au château de Bicêtre dont il sortait, le massacre avait duré consécutivement pendant trois jours et deux nuits. Il paraît que les fusils, les massues, les sabres et les piques de la commune ne pouvant suffire à la férocité des meurtriers, on avait eu recours à des pierriers chargés à mitraille, et qu’on s’en servit contre une foule de prisonniers qui s’étaient déterminés à ne pas sortir du grand corps de logis, et qui s’étaient barricadés au fond de la deuxième cour. On fit donc entrer dans un vestibule au rez-de-chaussée, deux ou trois pièces de canon qui furent pointées contre ce noyau de révoltés et qui les pulvérisèrent indistinctement. Quand je dis indistinctement, ce n’est pas sans raison, car tous les fous et toutes les folles de cet hôpital étaient du nombre. Comme on ne leur avait donné rien à manger depuis le 3 septembre, ils avaient fini par aller se déchaîner ou se déverrouiller les uns les autres ; il y en avait un certain nombre à qui la vue du carnage avait fait recouvrer l’usage de la raison, et du reste il n’était pas un de ces aliénés qui ne fût dans les réfractaires à l’égorgement. C’est un fait assez remarquable en psychologie. Rien n’était plus affreux que leur sorte d’épouvante ou d’énergie de pur instinct. Ils n’en furent pas moins mitraillés sans rémission, et Dupont m’a dit que pendant soixante et douze heures de suite, on avait charroyé tous ces cadavres mutilés, de Bicêtre aux carrières de Montrouge, dans les tombereaux de la voirie, que les chiens de Paris, qui n’étaient pas moins affamés que les fous, suivaient à la trace du sang.

Souvenirs de la marquise de Créquy
La mort de la princesse de Lamballe 800px-11

On ouvre les cellules, on se saisit des prisonniers, on les entraîne, parfois on se livre à un simulacre de jugement. On pousse celui ou celle qui doit mourir vers un guichet qu’il lui faut franchir. Au-delà, on l’assomme à coups de bûche, ou bien un sabre lui fend le crâne, une pique l’éventre, un couteau l’égorge.

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Image des Années Terribles (1989) de Richard Heffron

Le 4 septembre 1792

En Seine-et-Oise, à Meaux, une dizaine de prisonniers sont massacrés dans la prison avec l’appui de la municipalité. A Gisors dans l’Eure, la population assassine le duc de la Rochefoucauld, ancien député de la noblesse qui avait rallié le tiers état en juin 1789. A Reims, neuf prêtres réfractaires sont assassinés par des volontaires de la Sarthe et de l’Orne revenus de la place militaire de Verdun, et chassant les aristocrates sur leur route. Les villes de Metz, de Thionville sont assiégées et résistent aux troupes ennemies et émigrées. A Paris, le Conseil exécutif (les ministres) autorise la réquisition de grains pour l’armée. A l’Assemblée, l’on jure une « haine éternelle à la royauté ».

Les septembrisseurs (gravure de 1871)

Dans la soirée et la nuit du 4 au 5 septembre 1792

Les Septembriseurs s’attaquent aux recluses de la Salpêtrière, une cinquantaine de femmes sont tuées, d’autres violées dans une orgie, au milieu de l’ivresse et d’une dernière frénésie de sang.

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Image des Années Terribles (1989) de Richard Heffron

Le 5 septembre 1792 au petit matin

Les massacreurs sortent de la Salpêtrière, ainsi se termine le macabre cheminement de deux à trois cents tueurs pendant quatre jours. Une partie rejoindra le front, les tueurs étant composé de petits-bourgeois de quelques sections et soldats de passage, dont le groupe dit des « tape-dur » attribué à Maillard. Seulement une trentaine de personnes seront poursuivies, les démêlés juridiques se poursuivront jusqu’en 1797. Dans la journée, Maximilien Robespierre est élu député de la capitale par 338 voix sur 525 votants. Les procédures de vote se faisant par appel nominal et le vote à voix haute, les électeurs parisiens ont de nouveau déserté les assemblées primaires.

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Image des Années Terribles (1989) de Richard Heffron

Le 6 septembre 1792

A Thionville, Chateaubriand est blessé lors du siège.

« On se logea sur la voie publique, dans la tête d’un village servant de faubourg à la ville, en dehors de l’ouvrage à cornes qui défendait le pont de la Moselle. On se fusilla de maison en maison ; notre poste se maintint en possession de celles qu’il avait prises. Je n’assistai point à cette première affaire ; Armand, mon cousin, s’y trouva et s’y comporta bien. Pendant qu’on se battait dans ce village, ma compagnie était commandée pour une batterie à établir au bord d’un bois qui coiffait le sommet d’une colline. Sur la déclivité de cette colline, des vignes descendaient jusqu’à la plaine adhérente aux fortifications extérieures de Thionville. »

 Mémoires d’Outre-Tombe, tome 2, pages 64 et 65

Le 9 septembre 1792

A Versailles, les prisonniers venus d’Orléans sous la conduite de Claude Fournier dit l’Américain sont arrachés de force par la foule et sont massacrés, l’on recense cinquante-trois morts. Parmi les tués se trouve l’ancien ministre Valdec de Lessart, il devait à l’origine comparaître devant la haute cour (introuvable) de justice. On compte aussi parmi ces victimes Timoléon de Cossé Brissac (1734-1792), dernier capitaine des gardes du Roi, l’amant de Madame du Barry (1743-1793). Homme de grande force et de grand courage, Brissac résiste longtemps à ses assassins, reçoit plusieurs blessures et est finalement abattu par un coup de sabre. Sa tête ensanglantée est lancée de l’extérieur dans le salon de la comtesse du Barry, sa maîtresse à Louveciennes.

Madame du Barry being shown the head of the murdered duc de Brissac
[source: Archive.org]

Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac

Les dépouilles seront ramenées à Paris, entassées sur des charrettes. Fournier avait eu à prendre en charge cette expédition sur le plan financier et fut indemnisé par le ministre de l’intérieur, c’était un proche de Jean-Marie Roland. Ce dernier commis une de ses plus grosses erreurs politiques, c’est-à-dire, passer pour un des commanditaires des massacres dits de Septembre. Sur cette affaire particulière, plusieurs thèses s’opposent, il semblerait que Danton fut au courant de l’opération, et elle n’aurait eu rien de très spontanée. Un piège tendu possiblement aux airs de vengeance politique.

A Lyon

Onze aristocrates sont massacrés à la prison Saint-Joseph.

Le 11 Septembre 1792

A Saint-Malo, cent vingt-quatre prêtres réfractaires sont incarcérés avant un exil prévu à Jersey.

Danton (1759-1794) qui a été l’un des organisateurs de la chute du Roi le 10 août 1792, est propulsé au devant de la scène politique (ministre de la Justice), a laissé se perpétrer les massacres de septembre dans les prisons, encourageant à la défense de la Patrie face à l’ennemi.

En quatre jours, plus de mille cent personnes ont péri. Les Septembrisseurs ne sont, eux, qu’au nombre de cent cinquante. Si on compte parmi eux des bouchers, recrutés sans doute en tant que “spécialistes”, les autres sont des petits commerçants, des fruitiers, des cordonniers, des coiffeurs, des tailleurs, des orfèvres… qui ont cru faire leur devoir envers la nation en danger. C’était là faire preuve de peu de mémoire de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789, selon laquelle tout homme doit être considéré comme innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable ! Marie-Thérèse de Lamballe était coupable d’être hautement née et mariée au point d’être proche de la famille royale. Son nom était connu : les pamphlets colportaient des rumeurs à son endroit. Sans doute que plus tard le tribunal révolutionnaire aurait trouvé de quoi la condamner. Mais là, en l’occurrence, quelle menace pour la France représentait-elle donc ?

On choisira parmi les meneurs des massacreurs la nouvelle police mise en place peu après, ancêtre de notre quai des Orfèvres.

En 1796

Les assassins de la princesse de Lamballe sont jugés. L’un des principaux, Nicolas Le Grand, franc-maçon, est condamné à vingt ans de fers ; un autre, nommé Charlat, également franc-maçon, s’était engagé pour aller combattre les Vendéens, mais il est tué par ses camarades, à qui il faisait horreur à raison de sa participation au crime.

En 1926

Les « Martyrs des Carmes » sont béatifiés par Pie XI : Salomon Leclercq est alors le premier martyr de sa congrégation, d’où une vénération qui s’étend à tous les lieux lasalliens dans le monde.

En 1970

Après la vente du noviciat à l’Université centrale du Venezuela, en 1970, le tableau du Frère Salomon partira pour le collège La Salle de Caracas avant qu’un prêtre lasallien, d’une grande dévotion pour le bienheureux français, ne demande aux frères de lui offrir pour l’installer dans le petit ermitage qu’il tente de faire revivre pour des groupes de jeunes défavorisés.

« Nous le recevons bienheureux et nous le voulons saint », déclare le prêtre en installant l’image dans la chapelle. Un vœu qui est réalisé en fin d’année 2016 quand, sur la place Saint-Pierre, le pape François célèbre la canonisation de saint Salomon Leclercq.

Le 10 mai 2016

Le Saint-Siège a annoncé mardi 10 mai la prochaine canonisation du Boulonnais Salomon Leclercq, Frère des écoles chrétiennes, mort martyr en 1792.

Sources:

  • BLANC, Olivier, La corruption sous la Terreur : 1792-1794, Robert Laffont, coll. « Les hommes et l’histoire », Paris, 1992, 238 p.
  • BLUCHE, Frédéric, Septembre 1792 : logiques d’un massacre, Robert Laffont, coll. « Les Hommes et l’histoire », Paris, , 1986, 286 p.
  • GIRAULT DE COURSAC, Paul et Pierrette, Septembre 1792 : la mort organisée, F. X. de Guibert, Paris, 1994, 219 p. 
  • Les Chroniques de la Révolution (1988) aux éditions Larousse
  • OZOUF, Mona, « Massacres de septembre : qui est responsable ? »,  L’Histoire, no 342,‎ mai 2009, p. 52-55 
  • SENEZE, Nicolas, “Un nouveau saint français, Salomon Leclercq” La Croix, du 10 mai 2016
  • WALTER; Gérard, Les Massacres de septembre : étude critique, Payot, coll. « Bibliothèque historique », Paris, 1932, 175 p.
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