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Marie Leszczyńska

Marie Leszczyńska

Le 23 juin 1703

Naissance de Maria Karolina Zofia Felicja (Marie Caroline Sophie Félicité) Leszczyńska (1703-1768), à Trzebnica en Silésie. Elle est la  fille du Roi de Pologne Stanislas Leszczyński (1677-1766) et de Catherine Opalinska (1680-1747). Son père occupe alors le trône de Pologne de 1704 à 1709 où il a été placé par les armées de Charles XII de Suède. Il régnera à nouveau sur la Pologne de 1733 à 1736.

                                                                                                                 Stanislas Leszczyński                                                 et                                                  Marie Opalinska

Elle reçoit pour parrain Alexandre Benoît Sobieski ( fils de Jean III Sobieski (1629-1696), Roi de Pologne de 1674 à sa mort) et pour marraine Edwige-Sophie de Suède (1681-1708), fille de Charles IX (1655-1697), Roi de Suède de 1660 à sa mort, duchesse douairière de Schleswig-Holstein-Gottorp.

En novembre 1710

Stanislas Ier est chassé du trône de Pologne. S’ouvre alors une longue période d’exil pour la famille de Marie Leszczyńska.

Stanislas Leszczyński

« Depuis sa naissance, la vie n’avait cessé de la ballotter par monts et par vaux, loin de sa terre natale, et l’avait coupée de ses racines. »

Elle confiera à Voltaire (1694-1778) qu’elle avait failli être oubliée par les femmes chargées de préparer la fuite du Roi, son père : au moment de partir, l’une d’elles avisa un tas de linges qui gisait dans la cour et alla le ramasser – c’était la petite Marie dans ses langes.

«Une autre fois, toujours sur le chemin de l’exil, un domestique la confie à une paysanne. Pour que l’enfant soit en sécurité tant que l’ennemi terrorise et fouille le village, elle la cache dans un four à pain».

Il faut fuir Varsovie. Marie n’est qu’une enfant, mais ses souvenirs diffus conserveront toujours l’angoisse de cette fuite et la peur viscérale des Cosaques qui fouillent rageusement la masure où Marie est cachée sous une pile de torchons.

Le 15 février 1710

Naissance de Louis (futur Louis XV) à Versailles, titré duc d’Anjou.

Il est le troisième fils de Louis de France, duc de Bourgogne (1682-1712), surnommé le Petit Dauphin, et de Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712).

Le 14 avril 1711

Mort de Louis, Grand Dauphin (né en 1661), au château de Meudon. Fils aîné de Louis XIV (1638-1715) et de Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683).

 

Le duc de Bourgogne devient Dauphin.

Le 12 février 1712

Mort de la duchesse de Bourgogne à vingt-sept ans, d’une rougeole épidémique.

Le 18 février 1712

Mort prématurée du duc de Bourgogne, emporté au château de Marly, par la rougeole  qui avait tué son épouse six jours plus tôt (on croit à tort qu’il a été empoisonné).

Le 8 mars 1712

Mort de Louis, duc de Bretagne, frère aîné du futur Louis XV, qui à la mort de son père, était devenu  héritier du trône de France. Il ne lui survit que peu de temps, emporté comme lui et sa mère par la rougeole.

Son frère Louis (futur Louis XV) lui succède comme Dauphin de France.

Marie Leszczyńska (1712) par Johan Starbus

Le 1er septembre 1715

Mort de Louis XIV au château de Versailles.

Louis XV, roi de France, âgé de 5 ans, en costume royal, en 1715, par Rigaud
Louis XV en costume de sacre par Rigaud

Le Dauphin devient le Roi Louis XV.

Louis XV, roi de France, à 6 ans, en 1716, accordant des lettres de noblesse à des échevins de la Ville de Paris, en présence de son cousin Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par Louis de Boulogne
Louis XV, en 1716, accordant des lettres de noblesse à des échevins de la Ville de Paris, en présence de son cousin Philippe, duc d’Orléans, Régent de France, par Louis de Boulogne

Son cousin, Philippe d’Orléans (1674-1723), le Régent, dirige les affaires jusqu’en 1723.

Encyclopédie Larousse en ligne - la Régence
Philippe d’Orléans, Régent, et Louis XV
Louis XV, roi de France, âgé de 13 ans, en costume de sacre, en 1723, par Belle
Louis XV par Alexis-Simon Belle

En 1716

Marie suit son père dans ses exils après avoir connu les ors du trône de Pologne.

Marie Leczinska, reine de France, au moment de son mariage, peut-être d'après un portrait antérieur de Johann Starbus
Marie Leszczyńska- école française du XVIIIe siècle

Exilée d’abord dans la principauté de Deux-Ponts (Zweibrücken) , propriété du Roi de Suède, puis dans la ville alsacienne de Wissembourg, dans le plus grand dénuement matériel.

Le 20 juin 1717

Décès de sa seule sœur aînée, Anne Leszczyńska (1699-1717), morte d’une pneumonie.

Anne Leszczyńska

Ses parents reportent alors leur tendresse sur Marie, qui entre dans sa quinzième année et poursuit son éducation accomplie : elle parle six langues (polonais et français, allemand, italien, anglais et elle maîtrise le latin), possède «des clartés sur tout», sachant danser avec grâce et se tenir à merveille.

À partir de 1720

Marie, qui est en âge de se marier, n’a pas de fortune, les prétendants se font rares. Stanislas passe ses journées en rédaction de lettres pour trouver un parti digne de sa fille, qui elle se sait paysanne dans son quotidien et n’attend pas de miracle.

A la suite de nombreuses tractations politiques, elle est d’abord pressentie pour épouser un jeune officier français. Mais, le prétendant n’étant pas au moins duc, le père de Marie refuse le mariage.

On songe alors au prince de Schwarzenberg, noble de Bohême, mais celui-ci préfère une candidate plus argentée. La jeune femme est alors convoitée par le marquis de Courtanvaux (1718-1781), petit-fils de Louvois (1741-1791), mais le Roi Stanislas refuse à nouveau un prétendant qui n’est pas duc.

Le 9 janvier 1722

Arrivée en France de Marie-Anne-Victoire d’Espagne (1718-1781), fille de Philippe V, future Reine du Portugal, qui est fiancée à Louis XV.

Louis XV, roi de France, âgé de 13 ans, en 1723, avec sa fiancée Marie-Anne-Victoire de Bourbon, infante d'Espagne, par De TroyLouis XV et sa première fiancée, l’infante Marie-Anne

Le 25 octobre 1722

 Louis XV est sacré à Reims.

Louis XV, roi de France, âgé de 11 ans, en costume royal, en 1721, par RigaudLouis XV, en costume royal, en 1721, par Rigaud

Le 2 décembre 1723

Mort du Régent, Philippe d’Orléans (1674-1723), à Versailles.

Un projet de mariage bien plus brillant pour l’ex-Roi Stanislas est enfin envisagé pour Marie Leszczyńska, avec le duc de Bourbon (1640-1710), prince du sang alors Premier ministre du royaume de France.

Louis IV Henri de Bourbon-Condé, duc de Bourbon

Cette idée n’était pas du duc de Bourbon mais de sa maîtresse, la marquise de Prie (1698-1727). Ambitieuse, la jolie marquise pensait qu’une princesse sans influence ne lui porterait pas ombrage.

Jeanne-Agnès Berthelot de Pléneuf, marquise de Prie

En 1725

Le duc de Bourbon rompt les fiançailles du Roi Louis XV (1710-1774) avec Marie-Anne-Victoire (1718-1781) qui retourne en Espagne. Elle épousera le 19 janvier 1729, Joseph Ier (1714-1777), Roi du Portugal. Ils seront tous deux la future marraine et le futur parrain de Marie-Antoinette.

Juliane Lepoureau interprète la petite Marie-Anne d’Espagne dans L’Echange des Princesses (2017) de Marc Dugain
Marie Anne Victoire de Bourbon

 La recherche d’une autre fiancée parmi les princesses d’Europe est dictée par la santé fragile du Roi, qui nécessite une rapide descendance.

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Marie Leszczyńska

Le duc de Bourbon prend alors conscience qu’en cas de décès du Roi, le trône échouerait au duc d’Orléans, son rival. Pour éviter un tel scénario, il est impératif de marier Louis XV au plus vite. Dans ce but, une liste de cent princesses d’Europe à marier est dressée entre le duc de Bourbon et sa maîtresse. Marie Leszczyńska qui remplit les conditions requises – catholique, en âge d’enfanter – figure en tête de liste. Contre toute attente, le Roi, orphelin à peine âgé de quinze ans, et son précepteur, le cardinal de Fleury pourtant rival du duc de Bourbon, acceptent cette alliance sans avantage avec une princesse âgée de vingt-deux ans, soit sept de plus que son futur mari !

Louis XV, roi de France, âgé de 10 ans, en 1720, esquisse, par Rosalba Carriera

Pour Stanislas et sa fille, il s’agit d’un miracle. A la Cour de Louis XV, au contraire, la consternation est générale. Non seulement, la princesse de Pologne n’appartient à aucune des grandes dynasties d’Occident, mais elle est polonaise et plus âgée que le Roi. Dès lors, les rumeurs les plus folles circulent : on dit la future Reine laide, épileptique, stérile…

Le 2 avril 1725

Le duc de Bourbon demande à Stanislas sa fille en mariage au nom de Louis XV.

Marie Leczinska, reine de France, esquisse de Carle Van Loo
Marie Leszczyńska par Carle Van Loo

Stanislas se tourne alors vers Marie et lui dit simplement :

« Ma fille, vous êtes reine de France.»

On devine l’émotion, la joie et probablement l’effroi qui étreignent la jeune fille.

Le dimanche 27 mai 1725

« Le Roi a déclaré après son dîner son mariage avec la princesse royale de Pologne, qui est la princesse Leszczyńska, fille du roi Stanislas. Ce mariage étonne tout le monde, il ne convient en effet en aucune façon au roi de France, d’autant que la maison de Leszczyński n’est pas une des quatre grandes noblesses de la Pologne ; cela fait de simples gentilshommes. C’est une fortune étonnante pour cette princesse

Journal de Barbier

Agnès de Prie livre à Marie une garde-robe digne de son futur statut. Bien que la princesse n’ait jamais manqué de rien, ses chemises étaient bien plus simples que celles qu’on lui ramène de Versailles.

En la cathédrale de Strasbourg, le duc d’Orléans, en sa qualité de premier prince de sang, épouse Marie, accompagnée de ses deux parents, par procuration.

Arrivée de la Reine, dans Louis XV, le Soleil noir de Thierry Binisti

La Reine est revêtue du grand habit de cérémonie, une robe en brocart d’argent semé de pierreries. La longue traîne est portée par la comtesse de Linanges, hommage accordé à cette amie de la famille Leszczyński.

Dès le lendemain

Le cortège prend la direction de Fontainebleau. La longue file de carrosses et de voitures (ces dernières emportant trousseau, bijoux, tapisseries, meubles et objets précieux) s’étend sur plus d’une lieue. Elle est escortée par les Cent-Suisses et les garde du corps. A la sortie de Strasbourg, un régiment rend les honneurs. Par une délicate attention, on a choisi le Royal-Cavalerie cantonné à Wissembourg, qui est commandé par le marquis de Courtenvaux, celui-là même qui avait demandé la main de Marie deux mois plus tôt. Quand le carrosse de la Reine passe devant lui, le colonel marquis, de son épée, salue sa souveraine qui lui répond par un grand sourire.

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L’ex-Roi de Pologne accompagne sa fille jusqu’au lieu dit « le saut du prince Charles» avant de retourner à Strasbourg. La pluie tombe sans cesse, il arrive que les voitures s’embourbent.

Embourbement de carrosses

Le 4 septembre 1725

Après trois semaines d’un périple ralenti par l’état catastrophique des routes détrempées, Marie découvre enfin son royal époux.

Louis XV, roi de France, atelier de Jean-Baptiste Van Loo

Le 5 septembre 1725

Mariage de Louis XV et Marie Leszczyńska

Louis XV épouse Marie Leszczyńska.

Marie Leszczyńska et Louis XV

Marie, parée d’un manteau de velours violet semé de fleurs de lys et de pierreries, embellie d’une traîne de près de dix mètres, porte une couronne sertie de diamants. Louis, vêtu d’un habit de brocart et d’un riche manteau, arbore un chapeau à plumes blanches agrémenté d’un imposant diamant.

Après une cérémonie de plusieurs heures…

Marie Leszczyńska par Gobert

…la journée se poursuit autour d’un festin ponctué par la représentation du « Médecin malgré lui » de Molière, et d’éblouissantes illuminations.

Marie Leczinska, reine de France, à 23 ans, en 1726, par GobertMarie Leszczyńska (1726) par Gobert 
École FRANCAISE du XVIIIe siècle,atelier de Jean Baptiste va
Louis XV- école française du XVIIIe siècle
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Marie Leszczyńska Louis-Michel Van Loo

A dix heures

Le couple royal peut enfin jouir d’une relative intimité…

Jeton de la Reine Marie Leszczyńska. Le revers de ce jeton fait référence au couple royal, l’étoile représentant Marie Leszczyńska et le soleil Louis XV
Marie Leczinska, reine de France, en 1727, gravure d'après un original perdu de Jean-Baptiste Van Loo
Marie Leszczyńska par Jean-Baptiste van Loo, vers 1725
Marie Leczinska, reine de France, par Belle

Le 6 septembre 1725

Le duc de Bourbon savoure sa victoire lorsque le Roi avoue avoir accordé à la Reine « sept preuves de tendresses » au cours de la nuit.

De fait, le duc peut être rassuré : Louis XV sera, en 1727, père à dix sept ans et demi, et le sera neuf autres fois au cours des dix années suivantes.


Marie Leszczyńska en habit de sacre par Louis Tocqué

Lorsque Marie arrive à Versailles, cela fait plus de quarante ans que le château n’a pas connu de Reine – la mort de Marie-Thérèse remonte à 1683 – et, d’une certaine manière, la monarchie semble avoir appris à s’accommoder de cette absence. Désormais, la Reine n’exerce plus un contre-pouvoir – qu’il soit effectif comme celui de la régente, ou de conseil comme celui de la Reine mère –, car

« en réservant au roi seul le devant de la scène politique, l’absolutisme relègue la reine à des fonctions familiales et domestiques qui ne lui permettent plus de mobiliser tous les acquis de la souveraineté ; […] Elle tend à redevenir une princesse ordinaire. »

Fanny Cosandey, La reine de France : symbole et pouvoir (2000)
Marie Leczinska, reine de France, par GobertMarie Leszczyńska par Gobert

Mais très vite, Marie se rend compte que toutes les personnes qui se sont empressées à faire son bonheur et à être ses amis ont fait en elle un investissement. Elle ne peut avoir confiance en personne et se sent perdue à la Cour de Versailles où tout le monde ment et cherche son intérêt dans les rivalités politiques.

Le 17 septembre 1725

La journée tire sur sa fin, et Louis XV qui revient de la chasse dispose d’une heure de temps libre avant de retrouver Fleury en entretien. Marie envoie le marquis de Nangis, son chevalier d’honneur, prier le Roi de passer chez elle. Louis XV ne se le fait pas dire deux fois, et rejoint son épouse dans son cabinet. Quelle n’est pas sa stupeur de la trouver en compagnie du Premier ministre !

     Certainement incapable de discerner le masque de colère froide sue le visage de son mari, Marie Leszczyńska l’assure qu’il lui sera bénéfique de travailler en particulier avec le duc de Bourbon. Ce dernier se lance alors dans la lecture d’une lettre hostile à Fleury puis demande au Roi ce qu’il en pense. Le Roi, muré dans un silence de plomb depuis le début de ce curieux entretien, lance :

– Rien !
– Votre Majesté ne me donne-t-elle aucun ordre ?
– Que les choses demeurent comme elles sont.
– J’ai donc eu le malheur de déplaire à Votre Majesté ?
– Oui.
– Votre Majesté n’a plus de bonté pour moi ?
– Non.
– de Fréjus (Fleury) a seul la confiance de Votre Majesté ?
– Oui.

   La défaite du duc de Bourbon est cinglante. Louis XV regagne ses appartements, laissant Marie en pleurs. Il a vu sa femme être l’instrument des ennemis de son précepteur. Le piège qu’elle lui a tendu, auquel il ne s’attendait pas le moins du monde, l’a mis dans une colère folle !

A la suite de cet épisode, les jours du duc de Bourbon et sa maîtresse à la Cour sont comptés. Ils ne vont y survivre que quelques mois. Ayant perdu beaucoup de crédit, le couple multiplie les égards à l’endroit du Roi, s’applique à ne pas le mécontenter, croyant regagner du terrain. Marie Leszczyńska, qui persiste, intercède en faveur de ceux à qui elle se croit intimement liée. En réalité Louis XV, savamment poussé par Fleury et faisant preuve de grande dissimulation, s’apprête à leur signifier leur congé.

Le 11 juin 1726

Le duc de Bourbon est disgracié. Madame de Prie doit regagner ses terres de Normandie, où elle mourra quelques mois plus tard : le pouvoir était sa raison de vivre !

Et Marie ? Dans cette affaire, elle perd beaucoup. Au moment même où le duc de Bourbon reçoit sa « sentence d’exil », elle se voit remettre une lettre de la main même de Fleury. Louis XV s’adresse à sa femme de façon fort sèche et fort cruelle :

Je vous prie, madame, d’ajouter foi à tout ce que l’ancien évêque de Fréjus (Fleury) vous dira de ma part, comme si c’était moi-même. Louis.

   C’est donc par mentor interposé qu’il informe la Reine de l’infortune de ses protégés. Marie est sous le choc, complètement désemparée par la nouvelle et la brutalité avec laquelle son époux lui en fait part.

Marie n’avait rien vu venir. Partageant l’aveuglement du duc de Bourbon, elle avait pensé que les choses s’apaiseraient et n’avait pas cru devoir prendre ses distances avec madame de Prie, conformément au désir du Roi. La disgrâce du duc la frappe de plein fouet.

Non seulement elle n’a pas mesuré combien le Roi était viscéralement attaché à Fleury, qui va d’ailleurs diriger les affaires de la France jusqu’à sa mort, mais encore se rend-elle compte que l’amour qu’elle porte à Louis n’est pas payé de retour. Du moins pas de la même façon.

 En outre, en brusquant ce grand timide qui déteste les drames et les conflits, distant avec autrui, Marie a commis une faute très grave. Elle dit adieu à ses chances de devenir sa confidente, et de voir s’instaurer entre eux une réelle complicité. Si le Roi pardonne assez vite à sa femme, lui témoigne de l’attention et continue de visiter son lit, «longtemps il lui en gardera rancune et jamais plus il ne s’abandonnera aux confidences avec elle ».

 À partir de ce moment-là et ce pour toute sa vie, Marie aura constamment peur de déplaire au Roi, qu’elle aime plus qu’il ne l’aime. Après ces quelques mois particulièrement éprouvants, elle a compris qu’il la domine et elle se montre plus docile et plus soumise que jamais. Désormais, leurs relations seront dénuées de spontanéité et, irrémédiablement, Louis XV se détachera de sa femme trop douce et trop éprise…

Cette défaite était hélas définitive : elle avait eu quelques mois pour toucher le cœur de son mari et avait échoué.

Le 31 décembre 1725

Marie visite la maison de Saint-Cyr.

Résultat de recherche d'images pour La Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr est un  pensionnat  pour jeunes filles créé en 1686 à Saint-Cyr  
par Louis XIV à la demande de Madame de Maintenon

Dès 1726

La Reine Marie commence à s’aliéner son époux dès le début de son mariage en se mêlant de politique, malgré les mises en garde de son père. 

Louis XV par Van Loo

Marie est sous l’influence de Madame de Prie (qu’elle a accepté comme dame d’honneur) et soutient le duc de Bourbon, qui ne commet que des bourdes. Dans l’ombre, Fleury, ancien précepteur de Louis XV, manœuvre pour faire renvoyer le premier Ministre. Marie se fait bien involontairement l’auxiliaire de Bourbon, en organisant une entrevue entre le Roi et son premier Ministre, hors de la présence de Fleury. N’étant pas née à la Cour, ne connaissant pas encore tout à fait les usages ni l’étiquette de Versailles, Marie « convoque » le Roi dans ses appartements pour lui demander de conserver le ministère à son bienfaiteur, l’impopulaire duc de Bourbon qui risquait alors la disgrâce.                                                                Celui-ci l’apprend, quitte la Cour, plongeant Louis XV dans l’abattement le plus total. Le Roi oblige Bourbon à le faire revenir, et en juin 1726 une lettre de cachet oblige le descendant du Grand Condé à se retirer à Chantilly, et Madame de Prie doit se retirer en Normandie.

Agnès de Prie sous les traits de Charlotte Rampling dans La Dernière Fête (1996)
de Pierre Granier-Deferre d’après Stefan Zweig

Dès cet instant, elle perd toute influence politique sur son mari.

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Louis XV par Maurice Quentin de La Tour

Physiquement, Louis XV est beau, grand (1,77 mètre  selon ses médecins), d’une constitution athlétique, la taille cambrée et le maintien droit ; il émane de sa personne une autorité naturelle qui impressionne fortement ceux qui le voient pour la première fois.  Louis XV est malheureusement rongé par la mélancolie et même la dépression.

Stanley Weber dans Louis XV, le soleil noir de Thierry Binisti (2009)

En réalité, Marie demeurera très attachée à son époux et profondément respectueuse de la fonction royale. Aussi prend-elle son rôle de Reine avec le plus grand sérieux. Elle se plie volontiers aux questions de cérémonial et d’étiquette et assume parfaitement ses devoirs de représentation tout en se ménageant une grande liberté, fait très nouveau pour une Reine de France. Elle réussit d’ailleurs à obtenir de Louis XV un grand appartement privé où elle mène une vie calme, peu tournée vers l’apparat. En fait, la Reine est une femme cultivée qui lit beaucoup, parle et lit six langues dont le latin. Elle est également une grande amatrice de musique et de peinture. Chaque matin, elle consacre plusieurs heures à la peinture et s’est choisie comme maître Jean-Baptiste Oudry. Un des autres plaisirs de la Reine est de rassembler autour d’elle un cercle restreint d’amis avec lesquels elle parle politique, art… et peut-être même cuisine ! Et oui, Marie aime la bonne chère. C’est à elle d’ailleurs que l’on doit les « bouchées à la reine », résultat de son goût immodéré pour les tourtes.

Comme elle n’a aucune influence, les ambitieux ne la recherchent pas.

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Vincent Pérez est Louis XV
dans Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour Robert Davis (2006)

Une Reine de France se doit de passer la plupart de son temps en représentation avec ses dames du palais et les courtisans. Consciencieusement, Marie Leszczyńska se soumet au cérémonial de la cour qui attend d’elle une vie entièrement publique. C’est donc dans les pièces de son grand appartement que la Reine passe ses journées, acceptant d’évoluer parmi tous ceux qui y sont présents par le droit qu’ils ont d’entrer.

Elle ne se déroba pas à ses obligations d’apparat […] elle se fit instruire avec minutie des usages de l’ancienne cour, se pénétra des honneurs qui lui étaient dus et posséda bientôt à fond les subtilités du cérémonial, au point d’en être quelque peu prisonnière [si bien qu’elle] sut forcer le respect par sa dignité de vie et par sa piété.

Michel Antoine, Louis XV, 1989
Marie Leczinska, reine de France, chassant au faucon dans le parc de Fontainebleau, par Jean-Baptiste MartinMarie Leszczynska par Jean-Baptiste Martin, l’Ancien

La chambre de la Reine sous Marie Leszczyńska

( texte et images de Christophe Duarte ; Versailles – passion

Reconstitution du meuble d’hiver de la chambre de la Reine par Dimitri Lointhier

Cette chambre est la pièce la plus importante du Grand Appartement de la Reine. La Souveraine y passait la majeure partie de son temps : chaque matin, à son lever, elle y recevait les Dames de la Cour; elle y accordait ses audiences privées; et surtout elle y mettait au monde l’Héritier du Trône.

Deux Reines, Marie-Thérèse et Marie Leszcyńska, deux Dauphines, Marie-Anne de Bavière et Marie-Adélaïde de Savoie y sont mortes. Dix-huit Enfants de France y sont nés dont Louis XV et Louis XVII.

Reconstitution du meuble d’hiver de la chambre de la Reine par Dimitri Lointhier

Le décor actuel est exécuté pour Marie Leszczyńska, de 1730 à 1735, sous la direction de Robert de Cotte et de Jacques Gabriel. Les boiseries sont de Verberckt.

Reconstitution du meuble d’hiver de la chambre de la Reine
par Dimitri Lointhier

Marie Leszczyńska a souhaité avoir constamment sous les yeux les portraits de ses enfants, alors au nombre de cinq.

Le plafond, dont les divisions sont encore celles du temps de Marie-Thérèse, est orné de grisailles d’or au chiffre entrelacés du Roi et de la Reine.

Élévation de la moitié du plafond

Le mobilier est très riche. On trouve deux fauteuils, douze pliants et un écran de cheminée. Les bois de menuiserie des sièges sont de Foliot et de Tilliard. Le lit est à la duchesse.

Le brocard «fond cramoisi à fleurs, feuillages et compartiments d’or» utilisé est aujourd’hui conservé au Mobilier National.

Brocard « fond cramoisi à fleurs, feuillages et compartiments d’or », aujourd’hui conservé au Mobilier National

La cheminée sera changée en 1786 par Marie-Antoinette. La cheminée de Marie Leszczyńska est aujourd’hui présentée dans la chambre de la Dauphine au rez-de-chaussée du Corps Central à titre d’équivalence.

Le quotidien de la Reine

Vers huit heures du matin

La Reine se lève. Elle reçoit aussitôt la visite de son premier médecin et de son chirurgien.
Après avoir endossé une robe de chambre, elle se dirige accompagnée de son aumônier en quartier vers le petit oratoire qu’elle a fait aménager dans sa chambre en attendant de posséder un véritable sanctuaire.
Après avoir récité ses prières, elle s’assoit dans un fauteuil et la première femme de chambre lui apporte son déjeuner. Il est frugal et consiste en une simple tasse de chocolat ou de café.

Le petit lever

Entrent sa dame d’honneur et la surintendante qui assistent la Reine dans ses ablutions qui seront plus longues et plus complètes quand Marie disposera d’un «salon de bains».

Le grand lever

Sont présentes les dames du palais.
La Reine s’habille ; celle qui est en quartier lui tend sa chemise, mais il faut veiller aux préséances ! Si une princesse du sang survient à l’instant, c’est à elle qu’incombe cet honneur. La princesse du sang salue la Reine, ôte ses gants, prend la chemise. Mais si , par malchance, la duchesse douairière de Bourbon fait son apparition, même jeu de scène: révérence, gant enlevé et chemise déployée.

Le protocole est respecté. Marie Leszczyńska supportera toutes ces incommodités tout le temps de son règne.

On ne peut là que penser au témoignage que fera de ce même protocole Madame Campan à l’époque de Marie-Antoinette… qui sera moins patiente et enverra tout promener, décidant que la première dame présente Lui donnera la chemise…

La «toilette»

Marie se rassied. Toutes les dames du palais, on en voit parfois une douzaine, s’empressent autour d’elle. On lui met le rouge sur les joues. La Reine choisit sa perruque (qu’elle couvrira d’une mantille, d’un fanchon ou d’une marmotte, pour se protéger du froid…).
Après avoir revêtu une robe à queue, la Reine traverse tous les grands appartements et va saluer le Roi, escortée de son chevalier d’honneur, de son écuyer ou de deux dames qui portent la traîne.
L’entretien avec son époux est bref. La Reine revient dans ses appartements ; elle change à nouveau de robe.

En fin de matinée

La Reine demeure dans sa chambre qui, grâce à une nuée de chambrières, a retrouvé son aspect solennel. Elle accorde des audiences particulières. Si elle n’a aucune obligation, elle écrit souvent à son père, bavarde avec les dames du palais ou elle travaille avec un peintre qui tient le rôle d’assistant et qu’elle surnomme son « teinturier ». Il lui prépare sa palette, dessine au crayon les personnages sur la toile et parfois même peint leur visage, ne laissant à la Reine que les morceaux de draperies.

« Là, on trouve des ouvrages de tous les genres, de la tapisserie, des métiers de toutes sortes ; et pendant qu’elle travaille, elle a la bonté de raconter ses lectures.»


Le président Hénault (1685-1770), ami intime de la Reine

Un peu avant midi

Un petit cortège se forme pour accompagner la Reine qui se rend à la chapelle. Elle s’installe dans la tribune où le Roi la rejoint. En présence de tous les courtisans, ils entendent la messe.
La Reine et son escorte reviennent soit dans sa chambre, soit dans l’antichambre ou dans le cabinet.
Tout est préparé pour le repas. Marie dîne seule, entourée d’un demi-cercle de dames et de gentilshommes qui l’observent manger.
La Reine a un vigoureux appétit … Elle se lave les mains avec une aiguière, se lève de table .

Tout le monde s’éclipse. Les dames du palais vont à leur tour se restaurer.

La Reine se repose.

« C’est un autre climat ; ce n’est plus la Reine, c’est une particulière.»

Après midi

Si son emploi du temps ne comprend ni audience solennelle ni cérémonie, Marie sort volontiers. Elle marche bon train.

Vers quatre ou cinq heures

De retour dans ses appartements, Marie consacre le temps qui précède le souper à ses distractions favorites : la musique ou les cartes dans un cabinet appelé le « laboratoire ».

 A huit heures du soir

Le souper en grand couvert dure près de deux heures, il est mortellement ennuyeux. Louis XV simplifiera ce rituel.

Vers dix heures du soir

On retourne dans le salon des jeux. Comme le Roi, la Reine se couche assez tôt.

En 1727

Le Cabinet des Bains de Marie Leszcyńska

(texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles passion )

En 1727, la Reine Marie Leszczyńska souhaite un petit appartement des bains.
La pièce des bains est installée dans l’ancien Grand Cabinet de l’appartement du duc de Bourgogne. Une alcôve de menuiserie en anse de panier, sommée de deux bouquets de plumes, est installée dans le fond du cabinet face aux fenêtres.

Plan de l’Appartement de la Reine en 1725

Les deux petites portes donnaient sur deux placards, servaient de réduits, probablement pour ranger quelques livres.

Plan du Cabinet

L’alcôve sera démontée dans les années 1740, au profit d’une cloison légère sans niche. Derrière seront installés des petites pièces à usage de bibliothèques et d’oratoire pour la Reine.

Élévation du Cabinet

C’est dans cette pièce que la Reine tient son cercle intime, où elle travaille en bavardant, loin de la Cour et à l’abri des importuns.

Tableaux du Cabinets des Bains  :
8 – Noé construit l’arche
9 – Eve présente le fruit défendu à son époux
10 – Le déluge universel
11 – Joseph interprète les songes de Pharaon
12 – Moïse montre au peuple les tables de la loi
13 – Edification de la Tour de Babel

Tableaux de Jean Joubert.

Le balcon de Marie Leszczyńska,
Un bol d’air au cœur de Versailles

(texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles passion )

A Versailles, les cabinets privés du Roi et de la Reine ouvrent sur des cours intérieures.

On reconnaît la cour de marbre à droite en bas et la toiture de la galerie des glaces et du salon de la paix en haut.

Lors de son arrivée au château, Marie Leszczyńska ne peut jouir que d’un nombre très réduit de cabinets privés qui, tous, regardent sur la Cour de « Monseigneur », actuelle Cour de la Reine, appelée ainsi car l’appartement du fils de Louis XIV donnait en partie dans cet espace.

Plan de 1732, on observe le balcon tout autour de la cour avec même une fontaine dans l’angle sud-est

Dès 1726, un balcon extérieur est posé sur des consoles ouvragées permettant à la Reine de sortir et, éventuellement, aux personnes de services de circuler le long des cabinets sans déranger.

Plan de 1753 : les pièces au sud ont été élargies, le balcon est repoussé.
A l’est (en bas de la cour, sur le plan), le balcon est devenu une terrasse
Plan de 1785 : le balcon ne passe pas devant la Méridienne, ni devant la deuxième fenêtre de la bibliothèque.
Fenêtres du cabinet intérieur de la Reine ou du cabinet doré ainsi que celui du supplément de bibliothèque
à droite qui est bien entresolé.
Détails de la double porte fenêtre qui donne sur le vide actuellement.

Ce balcon est agrémenté d’un décor mal connu qui se compose d’une grotte ornée de rocailles et de sculptures de plomb réalisées par Hardy, également auteur de cuvettes en plomb destinées à recevoir de l’eau.

Un reste du fameux balcon. La petite porte donne dans le cabinet des poètes,
la grande à petits carreau donne dans l’antichambre du grand couvert de l’appartement du Roi.

Un treillage en bois peint et des fleurs et plantes en pots, sont installés pour donner encore plus de gaieté à cet univers minéral. La pose d’une volière complète cet univers avant tout conçu pour l’agrément visuel de la Reine.

Une dizaine d’années plus tard, des travaux supplémentaires seront entrepris, consistant à élargir le balcon en créant en hors œuvre une sorte de caisse le longeant sur toute sa longueur. Dans cette caisse seront plantés des fleurs et des petits arbustes si l’on se fie aux détails des deux élévations.
En complément, un treillage d’environ deux mètres et demi de haut est mis en place au pourtour de cet agrandissement, isolant encore plus les Cabinets de la Reine.

Un passage permettant aux domestiques un accès extérieur entre l’appartement du Roi et les cabinets intérieurs de la Reine.

Par cette astuce disposée vis-à-vis des fenêtres, le château disparaît au profit d’une décoration bucolique. Bien qu’occultant encore plus la lumière, cette ornementation dont on ne connaît exactement la longévité, doit particulièrement égayer cet endroit qui n’est assurément pas le plus attrayant de Versailles.

Le 14 février 1727

Naissance de Mesdames Elisabeth et Henriette (Mesdames Première et Seconde)

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louise-et-Henriette-de-France-par-Pierre-Gobert.jpg.
Mesdames Elisabeth et Henriette, les jumelles 
File:Marie Leszczynska by François Albert Stiemart, 1726, Versailles.jpg
Marie, Reine de France, par François Stiémart

En 1728

Marie Leszczyńska décide l’agrandissement de ses appartements privés en y adjoignant une pièce intime qui dispose d’une baignoire individuelle amovible.

Illustration du bain à Versailles au XVIIIème
Illustration du bain à Versailles au XVIIIe siècle

Le 28 juillet 1728

Accouchement de Marie Leszczyńska

Naissance de Madame Louise , Madame Troisième


Portrait de Marie-Louise de France par Pierre Gobert

On désespère de voir la succession au trône assurée, cependant Louis XV accepte très bien la déconvenue et dit à la Reine : « Prenez parole avec Payrat [c’est l’accoucheur] pour un garçon. »

Marie Leczinska, reine de France, par Belle
Marie Leszczyńska, Reine de France, par Alexis Belle

 Le 19 Février 1728 

Mort à Versailles de Marie-Louise de France dite Madame Troisième.

« Âgée de quatre ans et demi, Madame Troisième contracta un mauvais rhume. Un certain Bouillac, un gueux débarqué de nulle part, qui avait à la Cour la protection d’un grand personnage, obtint la charge de Médecin des Enfants de France. La fièvre de Madame Troisième montait en flèche ; après une saignée au bras, trois saignées au pied, des ventouses et des vomitifs, le « traitement » du « médecin » accomplit son œuvre ; la petite Marie-Louise expira à quatre heure du matin.»

Mesdames de France de Bruno Cortequisse
Restauré, le Grand Appartement de la Reine au château de Versailles dévoile sa splendeurChambre de la Reine au château de Versailles

Samedi 3 septembre 1729

Marie Leszczyńska sent, vers onze heures du soir, quelques douleurs qui font croire qu’elle va accoucher. Mais celles-ci ne continuant pas, les princes et les princesses du sang, qui se sont rendus auprès de la Reine, se retirent, et la Reine prend un peu de repos.

Le dimanche 4 septembre 1729

Naissance du Dauphin Louis-Ferdinand (1729-1765), futur père de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

A deux heures, Marie Leszczyńska commence à souffrir beaucoup ; le Roi s’étant levé, on envoie chercher les princes et les princesses du sang, le cardinal de Fleury, le Chancelier de France, M. d’Aguesseau, et le Garde des Sceaux, M. Chauvelin, qui se rendent aussitôt dans la chambre de la Reine. Son appartement est dans l’instant rempli de seigneurs et dames de la Cour.

La Reine sent de grandes douleurs pendant une heure et demie.

A trois heures quarante

La Reine accouche heureusement d’un prince, dont la santé et la force donnent de grandes espérances pour la conservation de ses jours.

Marie Leczinska, reine de France, à 26 ans, avec son fils Louis, dauphin de France, en 1729, par BelleMarie Leszczyńska, Reine de France, et le Dauphin Louis-Ferdinand par Alexis Belle

Louis XV, qui n’a pas quitté la Reine pendant ses douleurs, et qui lui a donné des preuves de sa tendresse, paraît dans le moment de la naissance de Mgr le Dauphin, touché d’une vive joie ; et toutes les personnes qui sont dans la chambre ou dans l’appartement de la Reine, en apprenant cette nouvelle, font paraître leur amour au Roi, et la sincérité de leurs vœux pour la satisfaction de Leurs Majestés.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis-XV-le-soleil-noir-la-naissance-du-Dauphin-1024x576.png.Image de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti

Aussitôt que Mgr le Dauphin fût né, il est ondoyé par le cardinal de Rohan, Grand Aumônier de France, en présence du curé de la paroisse de Versailles. Louis XV assiste à cette cérémonie, après laquelle la duchesse de Ventadour, Gouvernante des Enfants de France, accompagnée des trois sous-gouvernantes, porte M. le Dauphin dans l’appartement qui lui avait été préparé, et dans lequel les personnes, destinées à le servir, se trouvent.

Lorsque Mgr le Dauphin est arrivé dans son appartement, le marquis de Breteuil, commandeur-prévôt et maître des cérémonies des Ordres du Roi, lui porte le cordon et la croix de l’Ordre du Saint-Esprit, qui ne lui avait pas été donné dans la chambre de la Reine, parce que Louis XV, par attention pour la santé de celle-ci, n’avait pas voulu qu’elle peut apprendre trop tôt qu’elle était accouchée d’un prince. Le marquis de Breteuil fait cette fonction à cause l’absence du Grand Trésorier.

Vers quatre heure et demie

Louis XV sort de l’appartement de la Reine. En rentrant dans le sien, il envoie M. Le Fouin, l’un de ses gentilshommes ordinaires, au château de Chambord, porter au Roi Stanislas et à la Reine Catherine Opalinska, son épouse, la nouvelle de l’heureux accouchement de leur fille et de la naissance d’un prince.

Dès que l’on sut à Versailles, que la Reine était accouchée d’un prince, les cours du château et toute la ville retentissent des plus grandes acclamations, et se renouvellent avec plus de vivacité sous les fenêtres du Roi lorsqu’il est éveillé.

A midi

Louis XV va, à midi, entendre la messe, pendant laquelle on chante un Te Deum, en action de grâces de la naissance de Mgr le Dauphin.

L’après- midi

Louis XV reçoit les compliments de Madame la duchesse d’Orléans, des princesses du sang et des dames de la Cour. Après le Salut, il repasse dans sa chambre où il voit les ambassadeurs et ministres étrangers, qui s’étaient rendus à Versailles, sans avoir attendu l’annonce de cette nouvelle.

Louis XV passe plusieurs fois, dans la journée, chez la Reine et va voir son fils.

Le soir après souper

On tire sur l’esplanade, qui est entre la grande grille et les écuries, une grande quantité de fusées, et un feu d’artifice aussi beau que le peu de temps qu’on avait eu pour préparer, et pût le permettre ; et ce feu est accompagné d’une grande illumination formée par des girandoles de lumières, et une grande quantité de terrines ; il y a en même temps dans toutes les rues de Versailles, des illuminations, des feux et toutes les autres marques de la plus grande joie.

Le 20 septembre 1729

La Reine qui est parfaitement rétablie de ses couches, commence depuis quelques jours à voir les seigneurs et dames de la Cour.

Elle reçoit les compliments des ambassadeurs et ministres étrangers.

Le 30 août 1730

Naissance de Philippe, duc d’Anjou, second fils de Louis XV et Marie Lesczczyńska.

Marie Leczinska, reine de France, vers 1730, par Belle
Marie Leszczyńska vers 1730, par Alexis Belle (1674-1734)

Sur ce portrait, Marie Leszczyńska tient une branche de lys, suivie d’une servante vêtue à la polonaise portant sa traîne, au bas un chien portant un collier sur lequel on lit “Je suis à la Reine” .

Marie Lesczczyńska entretient une riche vie intérieure. Elle y puise la force d’affronter le poids de la vie de Cour. Mais elle aime aussi la compagnie. La libre conversation dans un cercle érudit est pour elle le plus doux des plaisirs. Son salon réunit de beaux esprits, dont le président Hénault, jurisconsulte, historien et correspondant de Voltaire, le ministre Maurepas, à la verve piquante, Paradis de Moncrif, lecteur de la Reine, écrivain, philosophe. Parmi ses amis, le duc et la duchesse de Luynes ont sa pleine confiance. Elle passe chez eux de nombreuses soirées, soupant ou faisant des parties de cavagnole, le jeu étant la seule passion avérée de la Reine.

         
Le salon de la Paix est le salon de jeux de la Reine

Le 23 mars 1732

Naissance de Madame Adélaïde, Madame Quatrième.

Le 19 février 1733

Décès de de Madame Louise , Madame Troisième

Le 7 avril 1733

Décès de Philippe, duc d’Anjou.


Philippe de France par Barrière

En 1733

Les sœurs de Nesle sont les cinq filles de Louis de Mailly-Nesle, marquis de Nesle et de Mailly, prince d’Orange (1689-1767) et de son épouse Armande de la Porte Mazarin (1691-1729), elle-même arrière-petite-nièce de Mazarin (1602-1661).

Les Trois Grâces sous les traits des Sœurs Mailly Nesle par Van Loo

Quatre d’entre elles furent les maîtresses successives de Louis XV :


Louise de Mailly-Nesle par Nattier

Le 11 mai 1733

Naissance de Madame Victoire, cinquième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska ( elle sera appelée Madame Quatrième) , dans la chambre de la Reine du château de Versailles.

Restauré, le Grand Appartement de la Reine au château de Versailles dévoile sa splendeur

Durant tout son règne, Marie Leszczyńska se plie aux impératifs du cérémonial dans le Grand Appartement de la Reine, s’appliquant à toujours mener une vie exemplaire dénuée d’intrigues. En ce qui concerne l’aménagement même du Château, elle souhaite, dès 1725, mettre sa chambre au goût du jour : des boiseries, exécutées par Vassé, prennent place au-dessus de la cheminée dont on renouvelle le marbre par le choix d’un sarrancolin. Quant aux virtuoses Verbeckt, Dugoulon et Le Goupil, ils sculptent le décor entre les fenêtres. Les dessus-de-porte, toujours en place aujourd’hui, sont commandés pour la Reine en 1734 : par Jean-François de Troy, La Gloire des princes s’empare des Enfants de France, figurant le Dauphin et ses deux sœurs aînées, et par Charles-Joseph Natoire, La Jeunesse et la Vertu présentent les deux princesses à la France.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis-XV-le-soleil-noir-la-grande-famille-royale-1024x576.png.
Image de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti

Le 27  juillet 1734

Naissance de Madame Sophie (Madame Cinquième), sixième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska, qu’on appellera Madame Sophie.

Les appartements de la Reine

Fig. 3 : Jean-François Blondel, Plan du premier étage et de l’avant-cour du château de Versailles dans lequel sont compris les appartements du Roi et ceux de la Reine (détail), vers 1735, in C.-N. Cochin (graveur) et J. F. Blondel, Architecture françoise […], Paris, C. A. Jombert, 1752-1756 (plan coloré et numéroté par l’auteur).
Plan du premier étage et de l’avant-cour du château de Versailles
dans lequel sont compris les appartements du Roi et ceux de la Reine (détail), vers 1735.

29 Escalier de la Reine
30 Salle des gardes de la Reine
31 Antichambre
32 Grand cabinet
33 Chambre à coucher de la Reine
34 Salon de la Paix servant au Jeu de la Reine

En 1735

Marie Brûlart de La Borde ( 1684 – 1763), duchesse de Luynes par son second mariage, devient dame d’honneur de Marie Leszczyńska. Elle sera sa confidente et meilleure amie…

Marie Brûlart de La Borde, duchesse de Luynes par Louis Tocqué

L’appartement de la duchesse de Luynes,
Des confidences de Marie Leszczyńska aux pâtisseries d’Angelina…

( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Marie Brûlart, duchesse de Luynes est Dame d’Honneur de Marie Leszczyńska. A ce titre, elle possède un appartement au château de 1735 à 1763.

Pour y accéder, il faut franchir quelques marches depuis l’Escalier des Princes.

Ancienne Cour Intérieure aujourd’hui Escalier d’OrléansL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Lappartement-de-la-duchesse-de-Luynes-acces-2-1024x678.jpg.

Cet appartement se compose de neuf pièces et donne sur la Cour des Princes et une petite cour intérieure : une antichambre, un grand cabinet, un petit cabinet, une chambre, un cabinet intérieur, une garde-robe, un cabinet de chaise et une chambre pour la femme de chambre.

Ancien Grand Cabinet

Marie Leszczyńska vient en fin de journée passer quelques heures. Elle y retrouve de vieux courtisans ou parfois ses enfants avec qui, loin des contraintes de l’étiquette, elle discute ou joue aux cartes, activités dont témoignent les vingt-cinq sièges et les sept tables de jeux qui figurent dans le salon.

Ancien Grand Cabinet

En 1780, le duc de Chartres, devenu duc d’Orléans en 1785 (futur Philippe Egalité), son épouse et leurs enfants occuperont cet appartement appelé depuis Pavillon d’Orléans.

Le pavillon d’Orléans

Cet appartement est aujourd’hui occupé par le Café Angelina où subsiste quelques pièces qui ont conservées leurs boiserie datant de 1733 pour la duchesse de Boufflers qui occupa cet appartement au début du règne de Louis XV.

Entrée de l’Appartement

Selon le rapport d’activité du Château de Versailles 2019, les restaurants du Pavillon d’Orléans rejoindraient l’Aile Nord des Ministres et ces espaces seraient consacrés aux expositions temporaires, aujourd’hui dans l’Appartement de Madame de Maintenon.

Ancien petit cabinetL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Lappartement-de-la-duchesse-de-Luynes-3-1024x768.jpg.

En 1735, le plafond est repeint : Apollon au milieu des Heures par Gilbert de Sève disparaît au profit d’un décor géométrique orné des chiffres entrelacés du couple royal. Au même moment, la Direction des Bâtiments du Roi, sur ordre de Louis XV, demande à François Boucher d’orner les voussures de quatre grisailles représentant des Vertus : La PrudenceLa PiétéLa Charité et La Libéralité.

Derrière son appartement de parade, la Reine qui aspire à vivre, ne serait-ce que quelques heures par jour, en simple particulière, fait aménager des cabinets privés où elle se retirait plusieurs heures chaque jour pour prier, méditer, lire et recevoir son cercle le plus intime.

Appartement de la duchesse de Luynes

Le 16 mai 1736

Naissance de sa fille, Thérèse-Félicité, qui mourra le 28 septembre 1744.

Marie Leszczyńska a reçu l’éducation d’une princesse. Elle pratique la danse, le chant, joue du clavecin, de la guitare et de la vielle. Elle organise des concerts dans les salons de la Paix, de Mars, à Trianon et à la Ménagerie. Campra, Rameau, Colin de Blamont… les compositeurs français ont sa préférence. Mais l’histoire retient aussi qu’en 1737, elle fait venir à la cour le castrat Farinelli (1705-1782).

Cantare Farinelli, oggi | Il giornale della musicaFarinelli par Bartolomeo Nazari
Stefano Dionisi est Farinelli dans le film éponyme de Gérard Corbiau (1994)

Le 

 Son père, Stanislas Leszczyński, quitte Königsberg (en Prusse).

Le 4 juin 1736

 Stanislas Leszczyński s’installe au château de Meudon.

Le Bâtiment: Fiche Historique, les Châteaux. Le Château de MeudonRestitution virtuelle du Château Vieux de Meudon (partie aujourd’hui détruite)

En mars 1737

Stanislas Leszczyński et sa femme visitent leur fille à Versailles.

Le 3 avril 1737

Stanislas Leszczyński arrive à Lunéville (en Meurthe-et-Moselle).

Le 27 avril 1737

Baptême des princesses jumelles, de Madame Troisième et du Dauphin Louis-Ferdinand

Marie Leczinska, reine de France

Service à thé et à chocolat de Marie Leszczinska

En décembre 1737, lors de son séjour à la Cour de France, le Comte Maurice de Saxe, futur Maréchal de France, offrit à la Reine un nécessaire à thé et à chocolat

Service à thé et à chocolat de Marie Leszczyńska

en porcelaine de Meissen qui comportait cinquante sept pièces.

Service à thé et à chocolat de Marie Leszczyńska

Le nécessaire, composé de douze bols à thé et leurs soucoupes, douze tasses à chocolat, également munies de leurs soucoupes, un grand bol à rincer, une chocolatière, un pot à lait, deux théières, un support à théière, une boite à sucre et une boite à thé.

Service à thé et à chocolat de Marie Leszczyńska

Les différentes pièces portaient les armes de France et de Pologne, associées à des vues de ports et à des intérieurs richement dorés.

Service à thé et à chocolat de Marie Leszczyńska

Le nécessaire, inventorié après la mort de la Reine dans son appartement intérieur, fut dispersé par la suite.

Service à thé et à chocolat de Marie Leszczyńska

Le 15 juillet 1737

Naissance de sa fille, Louise-Marie, Madame Septième, qu’on appellera Madame Louise.

Reine polyglotte et cultivée, Marie Leszczyńska goûte les occupations de l’esprit, les lettres, la musique et les arts, et tout particulièrement la peinture.  L’une des pièces de son appartement intérieur a d’ailleurs été aménagée en atelier. Son pinceau est alors guidé pendant une quinzaine d’années par son «teinturier», Etienne Jeaurat, tandis qu’elle est conseillée par Jean-Baptiste Oudry. Entre autres œuvres, est attribuée à la souveraine, la copie fidèle d’un tableau de ce maître, intitulé Une Ferme.

Leszczynska Marie, d'après Jean Baptiste Oudry | La ferme | Images d'Art
Une Ferme par Marie Leszczyńska

En juin 1738

Le Cardinal de Fleury envoie les princesses parfaire leur éducation dans le couvent lointain de Fontevraud.

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Images de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti

Seule Madame Adélaïde réussit à attendrir son père et reste à Versailles, où elle sera élevée avec ses deux sœurs aînées Madame Elisabeth et Madame Henriette. Les trois fillettes y vivent dans l’ombre de leur frère le Dauphin Louis-Ferdinand. Louis XV, qui l’aime beaucoup, s’amuse à la surnommer «Madame Torchon» en raison de son goût pour les travaux domestiques.

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Images de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti
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L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis-XV-le-soleil-noir-le-Roi-Madame-Adelaide-et-la-Reine-1024x576.png.
L'ABBAYE ROYALE DE FONTEVRAULT - Avis de voyageurs sur L'Abbaye Royale de Fontevraud, Fontevraud-l'Abbaye - Tripadvisor

Louis XV ne contredit pas son ancien précepteur et Marie Leszczyńska, tremblante, n’ose pas protester devant le vieux ministre despote. Fleury garde probablement une tenace rancune à la Reine d’avoir naïvement aidé le Duc de Bourbon lorsque celui ci tenta de l’évincer. Il se venge en exilant si cruellement les innocentes fillettes à une telle distance de Versailles, que compte tenu de l’Étiquette, une visite royale aurait été une expédition ruineuse, donc impossible.

Image illustrative de l’article André Hercule de Fleury
Le Cardinal André-Hercule Fleury par Hyacinthe Rigaud

Madame Victoire part donc avec ses petites sœurs, escortées de leurs domestiques et de leurs sous-gouvernantes pour la lointaine abbaye angevine. Elle y fera un long séjour , qui durera de juin 1738 à mars 1748. L’abbesse de Fontevraud,  Louise-Françoise de Mortemart-Rochechouart, qui est la propre nièce de Madame de Montespan, sera surintendante de l’éducation des princesses. Ni ses parents, ni des membres de la famille royale n’iront jamais prendre de ses nouvelles. Victoire vit ainsi pendant dix ans., « accoutumée à être peu contrainte », manifestant parfois une humeur impérieuse. On la punissait en l’enfermant dans un caveau dit la « lanterne des morts ». La princesse en gardera sa vie entière des terreurs paniques et irraisonnées.

Nannerl la soeur de Mozart - René Féret
Mesdames Victoire (à gauche), Louise et Sophie (à droite) dans Nannerl, la Sœur de Mozart de René Féret (2010)

Le train de vie de Mesdames en l’abbaye royale de Fontevraud est toutefois fort convenable.

En 1739

Louise de Mailly est supplantée par sa sœur Pauline (1712-1741), comtesse de Vintimille.


Pauline de Vintimille par Nattier

Afin de se réconcilier avec l’Espagne outrée par la rupture des fiançailles du Roi avec l’infante Marie-Anne-Victoire en 1725, Louis XV promet sa chère Babette (Madame Elisabeth) à l’infant Philippe d’Espagne (1720-1765) , un des fils cadets de Philippe V d’Espagne (1683-1746), tandis que le Dauphin doit épouser une sœur de l’infant.


Madame Élisabeth de France, duchesse de Parme, en habit de chasse, par Nattier

 Fin février 1739

Louis XV annonce officiellement la nouvelle. La cour est surprise de cette alliance, car l’infant n’a guère de chance de monter sur le trône espagnol.

Louis XV, roi de France, âgé de 35 ans, en 1745, par NattierLouis XV par Nattier

Le 26 août 1739

La jeune Élisabeth, qui a tout juste douze ans, se marie par procuration. Par ce mariage, elle prend le nom de « Madame Infante ». Les cérémonies fastueuses qui ont lieu pour l’occasion sont passées à la postérité.

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Madame Élisabeth

Madame Henriette est désormais nommée uniquement  « Madame » pour souligner le fait qu’après le mariage de sa sœur jumelle, elle était l’aînée des filles du Roi encore célibataire.

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Madame Henriette

Le 30 août 1739

Madame Élisabeth doit quitter Versailles. Les adieux d’Élisabeth à sa famille sont déchirants. En larmes, elle quitte sa sœur jumelle, Madame Henriette, sur ces mots :

« C’est pour toujours, mon Dieu, c’est pour toujours ! »

En 1741

Louise de Mailly rentre en grâce.

Diane Adélaïde de Mailly-Nesle (1713-1760), duchesse de Lauraguais est remarquée par le Roi, qui en fait sa maîtresse après ses deux sœurs aînées.


Diane Adélaïde de Mailly-Nesle par Nattier

En 1742

Louise de Mailly est supplantée dans le cœur du Roi par sa sœur Marie-Anne (1717-1744), marquise de La Tournelle puis , duchesse de Châteauroux. qui demande son renvoi de la cour en 1742.

Jean-Marc Nattier. poster-marie-anne-de-mailly-nesle-als-eos-1470443.jpg (371×500) | Simbolo
Marie-Anne de Châteauroux par Nattier

Évoquer Marie Leszczyńska, c’est aussi évoquer la religion : Reine de France et polonaise, Marie prend à cœur sa mission de Reine Très Chrétienne. Chaque jour, elle assiste au moins à deux offices et n’abandonne pas la coutume polonaise qui consiste à prier debout, les bras en croix. Elle respecte à la lettre les jeûnes et abstinences, fréquente régulièrement les couvents, n’hésite pas à s’endetter pour secourir les pauvres… Ce n’est pas pour autant que la reine incarne un parti dévot, loin de là. Son souhait serait plutôt d’incarner la piété. Toujours est-il que ce fort sentiment religieux de la Reine dénote dans l’entourage libertin de Louis XV qui ne voit en Marie qu’une bigote égarée à la Cour.

File:La reine Marie Leszczynska en costume de religieuse devant la Maison Royale de Saint-Cyr par Santerre.jpg
Marie Leszczynska en costume de religieuse devant la Maison Royale de Saint-Cyr par Jean-Baptiste Santerre

Marie Leszczyńska dispose alors d’une cassette de 96 000 livres, somme assez médiocre pour une Reine, à affecter à son divertissement, à ses aumônes et à son jeu. Cette passion pour le jeu (surtout pour le cavagnole, un jeu de hasard pur ) lui vaut d’ailleurs quelques dettes, qui sont épongées par le Roi, ou par son père Stanislas.

Le 29 janvier 1743

Mort du cardinal de Fleury.

Marie Leszczyńska par Charles André Van Loo

Le Roi, suivant finalement l’exemple de son prédécesseur, décide alors de gouverner sans Premier ministre. Débute le gouvernement personnel de Louis XV, âgé alors de trente-trois ans, que l’on commence à appeler « Louis le Bien-Aimé ».

Louis XV a connu des années heureuses avec la Reine qui l’adule et lui est entièrement dévouée. Un enfant naît presque chaque année. Cependant, la Reine finit par se fatiguer de ces grossesses à répétition

  « Eh quoitoujours couchertoujours grossetoujours accoucher ! »

autant que le Roi se lasse de l’amour inconditionnel de son épouse. De plus, la plupart de leurs enfants sont de sexe féminin, ce qui finit par indisposer le Roi. Sur leurs dix enfants, ils n’ont que deux garçons dont un seul a survécu, le Dauphin.

Juillet 1743

Madame de Tallard souhaite faire souper avec la Reine, Mesdames et elle-même une des sous-gouvernantes. Marie Leszczyńska refuse, rappelant que cela ne s’est jamais fait en sa présence ou celle du Roi. Elle demande à ce que la sous-gouvernante s’éloigne. Madame de Tallard insiste et la Reine lui demande de ne pas faire scandale et de s’en tenir là. Madame de Tallard cède pour le moment mais rappelle à la Reine que seul le Roi peut prendre une telle décision à qui elle fera part de sa demande. Toujours des chamailleries d’étiquette !

Le 31 juillet 1743

Comme Louis XV qui passe la plupart de son temps hors de Versailles en compagnie des sœurs de Nesle, la plupart du temps au château de Choisy, Marie Leszczyńska quitte aussi très souvent le château de Versailles pour Trianon mais aussi en visite chez ses amis Luynes à Dampierre. La duchesse de Luynes est sa dame d’honneur. A ces occasions, la Reine dîne et soupe avec moins de cérémonie même si la règle d’aucun homme hors de la famille royale à sa table est maintenue.

Détail de Marie Leszczyńska par Charles André Van Loo, huile sur toile, 1747, château de Versailles

Néanmoins, elle doit aussi visiter des princesses de la famille royale. A ces occasions, tout le cérémonial du Grand Couvert est déployé. 

Ce mercredi, elle se rend à Chaillot chez la duchesse d’Orléans qui loge aussi la duchesse de Modène, née Orléans et sa fille aînée qui doit rester incognito (et qui épousera le duc de Penthièvre).

Marie-Thérèse de Modène, future duchesse de Penthièvre (1726-1754), d’après Jean-Marc Nattier, huile sur toile, copie du XIXe siècle, château d’Eu

La duchesse d’Orléans est toujours cette Mademoiselle de Blois rencontrée plus haut que Louis XIV son père réussit à marier à son neveu, le futur Régent. La duchesse de Modène est sa fille, aussi mal élevée que ses sœurs, qui après un scandale avec le duc de Richelieu est mariée rapidement au duc de Modène, petit prince italien à qui on fait l’honneur d’accorder une princesse française, même défraîchie.

Charlotte-Aglaé d’Orléans en Hébé, future duchesse de Modène par Pierre Gobert

La Reine a douze dames avec elle et la duchesse d’Orléans huit. On ne compte pas les écuyers qui évidemment ne peuvent se mettre à table auprès de la Reine et des princesses.

« A la table de la Reine, madame la duchesse d’Orléans à sa droite, madame de Modène à sa gauche ; à la droite de madame la duchesse d’Orléans, madame de Luynes, ayant à sa droite madame la duchesse de Lorges. En tout il y avait dix-sept dames à cette table ; les six autres à deux petites tables. Avant que la Reine se mit à table, le premier maître d’hôtel de madame la duchesse d’Orléans apporta à madame de Luynes la serviette qui devait être présentée à la Reine ; madame de Luynes la présenta à madame la duchesse d’Orléans, qui la donna à la Reine et qui ne voulait pas la rendre à madame de Luynes ; mais madame de Luynes la reprit des mains de madame la duchesse d’Orléans et la rendit au premier maître d’hôtel. Monsieur le comte de La Marche, qui n’a pas encore neuf ans, servit la Reine un moment, ensuite le premier maître d’hôtel servit Sa Majesté ; c’est l’usage dans la maison de Fille ou Petite-Fille de France où il y a un premier maître d’hôtel qu’il ait le droit de servir préférablement à tous autres.»

Mémoires du duc de Luynes

Le jeune comte de La Marche est fils du prince de Conti et d’une autre fille de la duchesse d’Orléans et du Régent, décédée et donc élevé auprès de sa grand-mère. Comme du temps de Louis XIV, c’est le plus haut prince du sang de l’assistance qui a l’honneur de servir au Grand Couvert. L’enfant se prête donc à ce qui lui revient de droit mais le maître d’hôtel de la duchesse d’Orléans reprend vite sa fonction. On constate aussi à quel point les détails d’étiquette sont sources de chamailleries, comme cette histoire de serviette. La Reine termine sa soirée par son habituel cavagnole et ne rentre à Versailles qu’à quatre heures du matin !

Le 4 août 1743

Madame de Tallard annonce à la Reine avant son cavagnole qu’elle a vu le Roi au sujet des sous-gouvernantes afin de déterminer si elles ont le droit ou non de se mettre à table auprès de Leurs Majestés.

Marie Isabelle de Rohan, duchesse de Tallard (1699-1754), Gouvernante des Enfants de France, école française, vers 1750, Drouot

Marie Leszczyńska veut clore la conversation en disant à la gouvernante qu’elle en parlera elle-même au Roi.  Mais madame de Tallard persiste. La Reine coupe court en lui rappelant qu’il ne lui convient pas de connaître les décisions du Roi par un tiers.

Le 5 août 1743

Marie Leszczyńska parle enfin à son époux de ce minime détail d’étiquette mais qui prend des proportions usantes pour la Reine. Louis XV souhaite donner sa réponse plus tard. Il a sûrement d’autres chats à fouetter !

Le 15 août 1743

Même le jour de l’Assomption, jour particulièrement important pour la monarchie française depuis le Vœu de Louis XIII, malgré la messe et les vêpres qu’il suit quand même, Louis XV s’en va souper à Choisy avec sa compagnie habituelle laissant la Reine assurer la procession et le Grand Couvert, seule avec leurs enfants.

Le 25 août 1743

Jour de la Saint Louis. La famille royale se réunit pour le Grand Couvert dans l’Antichambre de la Reine : le Roi, la Reine, le Dauphin et Mesdames. Comme il s’agit d’un jour particulièrement important pour la monarchie car fête du Roi, les vingt-quatre violons de la Chambre jouent durant tout le souper, chaque année. Si Louis XV n’est pas mélomane, sa famille l’est très profondément. C’est Marie Leszczyńska qui au début du règne est la première mécène musicale du royaume. Au dîner, ce sont les tambours des gardes françaises et suisses et au retour de la messe.

Le 16 décembre 1743

A l’occasion du mariage entre le duc de Chartres et mademoiselle de Conti prévu pour le lendemain, Louis XV demande que les fastes soient un peu réduits comparés au mariage de Madame Infante sa fille aînée en 1739.

Le duc de Chartres en mai 1735 (1725-1785) par Jean Daullé, gravure
Louise-Henriette de Bourbon-Conti, duchesse de Chartres puis d’Orléans, d’après Jean-Marc Nattier, 1750, huile sur toile

Madame de Luynes se retrouve à faire installer sept lustres dans l’Antichambre de la Reine au lieu des neufs présents pour les noces de Madame Première. Ce n’est pas la seule contrainte. En effet, les Bouches du Roi et de la Reine se disputent. Le service de la Fruiterie (qui s’occupe de l’éclairage) du Roi estime que puisque c’est la Bouche du Roi qui offre le repas, c’est à sa Fruiterie d’éclairer l’Antichambre. 

Mais les officiers de la Bouche de la Reine réfutent que ce sont ses huissiers qui gardent les portes de l’Antichambre, donc à sa Fruiterie d’assurer l’éclairage. Comme ce point est variable  selon de précédents mariages, monsieur de Maurepas en tant que secrétaire d’état à la Maison du Roi demande à Louis XV de trancher. La Fruiterie de la Reine se charge des lustres, celle du Roi de la table du buffet et celle des noces. Mais ce n’est pas tout ! Madame Mercier, nourrice du Roi et première femme de chambre de la Reine sous prétexte que lui reviennent les bougies de la Chambre de la Reine réclame son dû pour l’Antichambre. 

Détail du portrait de Madame Mercier, nourrice de Louis XV entourée de sa famille, de Jacques Dumont, 1731, huile sur toile, Louvre

Mais les huissiers ne sont pas d’accord et en font part à madame de Luynes qui elle-même transmet le litige à la Reine qui obtiennent gain de cause pour les bougies des lustres, les autres revenant à la Fruiterie du Roi.

Le 17 décembre 1743

La table des noces n’est pas carrée comme à son ordinaire mais en fer à cheval car toute la famille royal est réunie, princesses du sang compris (les princes n’ayant pas droit eux de se mettre à table avec la Reine et les princesses).

« Monsieur le Dauphin présenta la serviette au Roi. Le Roi et la Reine étaient au milieu de la table, Monsieur le Dauphin à la droite du Roi, Madame à la gauche de la Reine, Madame Adélaïde à la droite de Monsieur le Dauphin, madame la duchesse de Chartres à la gauche de Madame, madame la princesse de Conti à la droite de Madame Adélaïde, madame de Modène à la gauche de madame la duchesse de Chartres, Mademoiselle à la droite de madame la princesse de Conti, mademoiselle de Sens la dernière à gauche, mademoiselle de La Roche-sur-Yon la dernière à droite. C’étaient les gentilshommes ordinaires qui servaient. Monsieur le comte de Charolais vit mettre le Roi à table, mais il ne fit aucune fonction. Monsieur de Livry avait le bâton. L’antichambre était éclairée de sept lustres, comme je l’ai déjà dit.»

Mémoires du duc de Luynes

Madame est la fille aînée de Louis XV depuis le départ de Madame Infante sa jumelle, qu’on connaît sous le nom de Madame Henriette.

Madame Henriette (1727-1752) par Jean-Marc Nattier, huile sur toile 1747, château de Versailles

Ce mariage est un véritable calvaire pour cette princesse qui a longtemps cru possible pouvoir épouser le duc de Chartres lui aussi amoureux de la fille du Roi.

Louise-Elisabeth de Bourbon-Condé, princesse de Conti (1693-1775) par Pierre Gobert, huile sur toile, début XVIIIème siècle, château de Versailles

Petite-fille de Louis XIV par sa mère Mademoiselle de Nantes, elle est la mère de la mariée.

Louise-Anne de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Charolais ou Mademoiselle (1695-1758) par Alexandre-François Caminade, huile sur toile, copie de 1840 d’un original du château d’Eu aujourd’hui disparu
Louise-Alexandrine de Bourbon-Condé dite Mademoiselle de Sens (1705-1765), d’après Jean-Marc Nattier, huile sur toile, vers 1740, château de Versailles

Ces deux dernières sont deux sœurs de la princesse de Conti. Elles n’ont guère été mieux élevées que leurs cousines d’Orléans et prêtent tout autant au scandale. De qui tiendra la mariée !

Louise-Adélaïde de Bourbon-Conti, dite Mademoiselle de La Roche-Sur-Yon par Pierre-Gobert, huile sur toile, vers 1710-1715, château de Versailles

Toutes ces princesses d’âge mûr ne sont guère des exemples pour Mesdames et Marie Leszczyńska ne les supportent que par politesse. Le marquis de Livry est le Premier Maître d’Hôtel du Roi qui assure sa charge durant les grandes circonstances, ici un mariage princier. Il se tient à la gauche du fauteuil du Roi et ordonne au service. On constate, selon la règle immuable qu’aucun homme hors de la famille royale ne peut manger avec la Reine et les Filles de France, l’absence du marié à la table de ses noces ! Celui-ci soupe dans son appartement, en compagnie de son père, son beau-frère et tous les autres princes du sang et légitimés.

A la fin du Grand Couvert, ces princes se rendent à l’Antichambre afin de venir chercher le Roi et la Reine pour prendre part à la cérémonie du coucher des jeunes mariés. 

Le 3 février 1744

Marie Leszczyńska annule son souper prévu afin de manger chez le cardinal de Rohan. Son projet est prévu depuis la veille mais tient à ce qu’il reste secret.  Elle y rejoint plusieurs dames de ses amies et les hommes, dont le cardinal, soupent dans une autre pièce.

Le 9 février 1744

Louis XV se plie habituellement au Grand Couvert chaque dimanche. Mais ce jour-là il préfère l’annuler pour retrouver mesdames de Châteauroux et de Lauraguais dans ses petits appartements. C’est un véritable camouflet pour la famille royale et la Cour. 

Le 12 février 1744

La Reine ayant pris médecine, annule le Grand Couvert du mercredi.

Le 13 février 1744

Lors de leur entretien quotidien du matin, Louis XV souhaite, afin de soulager son épouse souffrante, de souper chez elle le soir dans sa Chambre et donc avec un public réduit et non ouvert à tous. Il l’abstient aussi de porter le grand habit. C’est donc la duchesse de Luynes qui doit servir Leurs Majestés car la Bouche n’est pas de service dans la Chambre. C’est donc un souper en Petit Couvert. Sont présentes les dames qui ont droit aux entrées, dont la duchesse de Châteauroux, dame du palais. 

Marie-Anne de Mailly-Nesle, marquise de La Tournelle, duchesse de Châteauroux (1717-1744),
par Jean-Marc Nattier, huile sur toile, 1740, château de Versailles

« La Reine était fatiguée de sa médecine, et ne parut pas de trop bonne humeur : cela a été remarqué.»

Mémoires du duc de Luynes

On peut le concevoir devant cette maladresse de Louis XV qui a sûrement voulu faire preuve de délicatesse envers son épouse mais qui se retrouve quand même à passer la soirée avec sa maîtresse !

Le 16 février 1744

Encore un dimanche où le Roi part pour chasser à La Muette et la Reine qui se fait inviter chez sa dame d’honneur. C’est pourtant le dimanche avant le Carême et par conséquent important  du point de vue  liturgique mais aussi pour le Grand Couvert. Une fois de plus Marie Leszczyńska n’annule son souper prévu dans sa Chambre qu’à la dernière minute et réitère le lendemain pour se rendre en secret chez madame de Villars, sa dame d’atours. 

Le 15 mars 1744

Louis XV est malade ce dimanche, donc le Grand Couvert est annulé. Il rompt le carême en soupant dans ses petits appartements avec les sœurs de Nesles.

Le 2 avril 1744, Jeudi Saint

Jour de la Cène du Roi et de la Reine. A la table du Roi dans son antichambre sont installés treize jeunes garçons pauvres. 

Antichambre du Grand Couvert, château de Versailles, le Boudoir de Marie-Antoinette

Le comte de Charolais assure la charge de Grand Maître. Le Dauphin, le duc de Chartres, le prince de Dombes, le comte d’Eu, le duc de Penthièvre portent les plats.  Chez la Reine sont attablées treize jeunes filles pauvres, Madame porte le pain, Madame Adélaïde le vin. La duchesse de Chartres et les dames du palais portent les autres plats. Ensuite, le Roi et la Reine, accompagnés de la famille royale et des plus hautes charges de la Cour se retrouvent dans la grande Salle des Gardes commune aux deux appartements royaux pour procéder au Lavement de Pieds des enfants qu’ils ont nourris. 

Lavement des pieds jeudi saint par Louis XVI joué par Laurent Laffite, Un peuple et son roi, par Pierre Schoeller, 2017

Le 10 avril 1744

De nouveau Marie Leszczyńska décommande son souper pour se rendre chez les Luynes. Elle prévient son chef de brigadier la veille au soir qu’elle soupera dans sa Chambre le lendemain mais annule seulement le jour même à neuf heures du soir. Tous les soirs suivants elle soupe chez les Luynes ou d’autres amis.

Mois de mai 1744

Durant l’absence du Roi parti combattre, Marie Leszczyńska préfère souper dans son intérieur entourée de ses dames, une dizaine environ, en y ajoutant les dames nommées auprès de la future Dauphine. Ces mêmes dames ont droit de monter en carrosse avec leur souveraine. Marie Leszczyńska joue de la vielle durant ses soirées. A cette occasion, le souper se déroule dans son Grand Cabinet, appelé plus tard Salon des Nobles. 

Salon des nobles, château de Versailles, site Les Trésors de Versailles

Ces soirées n’ont lieu que les jours gras. pour les jours maigres (les vendredis), la Reine soupe seule dans sa chambre.

Image de Jeanne Poisson , Marquise de Pompadour (2006)

Le 7 mai 1744

Une fois de plus, Marie Leszczyńska arrive sans s’annoncer chez ses amis Luynes, la table de son souper dans son appartement pourtant prête. Madame de Luynes n’était tellement pas prévenue qu’elle se déshabillait au moment de l’arrivée de la Reine. 

Le 25 mai 1744, Pentecôte

Après la grande messe, la Reine s’installe au Grand Couvert entourée de ses enfants. Elle seule s’assoit dans un fauteuil au milieu de la table. Le Dauphin s’installe au bout à droite, Madame au bout à gauche et Madame Adélaïde à la droite de leur mère. La gouvernante des Filles de France, madame de Tallard, se place derrière la plus jeune et madame de Luynes derrière la Reine. Le Dauphin a derrière lui un officier des gardes et son gouverneur monsieur de Châtillon. Les princesses et la Reine ont aussi un officier des gardes derrière chacune d’elles. La famille royale se réunit ensuite dans la Chambre de la Reine pour la conversation. La Cour est particulièrement nombreuse ce jour-là. 

Remise de l’ordre du Saint-Esprit sous Louis XV dans la chapelle du château de Versailles, le 3 mai 1724, par Nicolas Lancret, musée du Louvre

Le 30 mai 1744

Comme c’est un dimanche, il y a normalement souper en Grand Couvert. Mais Marie Leszczyńska préfère le prendre au dîner, afin de pouvoir se rendre à souper le soir chez des amis.

Le 5 juin 1744 

Au moment où la Reine passe à table dans sa Chambre après son cavagnole (il s’agit d’un vendredi donc souper maigre), elle reçoit une lettre de son époux lui donnant des nouvelles du front. De joie, elle peut à peine manger. 

Le 7 juin 1744

Mesdames de Châteauroux et de Lauraguais vivent retirées depuis le départ du Roi. Mais venues faire leur cour ce dimanche au jeu de la Reine, celle-ci les prie de la rejoindre à sa table. Ce que la Reine ne sait pas ou en tout cas ce que ces dames lui cachent, c’est qu’elles doivent rejoindre Louis XV à Lille le surlendemain. 

Le 9 juin 1744

Rassurée sur le sort des armes de son mari, Marie Leszczyńska décide de se rendre chez la  duchesse d’Orléans à la Madeleine de Traisnel, couvent huppé de la capitale. Est-ce par politesse pour son grand âge ou par réelle amitié ? Difficile de comprendre sachant que la Reine ne supporte pas les princesses du sang et que leur doyenne a toujours eu une réputation effroyable. Après une entrée pleine de réjouissances dans Paris, la Reine est reçue à souper au couvent avec la duchesse d’Orléans, sa fille la duchesse de Modène, sa petite-fille non officiellement présentée et treize  dames, de la suite de la Reine ou de la duchesse d’Orléans. Même pour une visite familiale dans un couvent, la Reine se déplace avec quatre carrosses et quinze dames, sans compter ses écuyers.

Couvent de la Madeleine de Traisnel, Paris, XIème

Madame de Modène ne se gêne pas à minuit, en plein jeu de la Reine après le souper, de prendre congé afin de partir pour la Flandre. L’étiquette veut pourtant qu’il n’y ait qu’à Versailles où l’on peut prendre congé de ses souverains et certainement pas lors d’une visite privée.

Charlotte de Turckheim est Marie dans Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006)

Marie Leszczyńska est ulcérée. Il faut dire qu’elle et sa sœur la princesse de Conti déjà sur place sont amies avec la favorite qui a rejoint Louis XV aux armées. Malgré sa colère, Marie ne rentre pour Versailles qu’à cinq heures du matin.

Le 14 juin 1744

Lorsque la Reine soupe chez un particulier, rien n’est simple ! Marie Leszczyńska souhaite souper chez son amie la comtesse d’Armagnac, née Noailles à Sèvres. Mais celle-ci lui fait comprendre qu’elle n’est pas assez riche pour donner un souper non seulement à Sa Majesté, mais aussi à toutes ses dames qui l’accompagnent. La situation est encore pire pour les officiers cochers, postillons…. de la suite de la Reine. Les dames du palais au nombre de quatre prient monsieur de Narbonne, chef de brigade d’aller commander un repas au cabaret le plus proche. Le repas arrive trop tard : Marie Leszczyńska est déjà repartie pour Versailles.

Le 17 juin 1744

Marie Leszczyńska part se reposer à Trianon. Ses filles la rejoignent pour le jeu mais repartent souper à Versailles tandis que la Reine soupe en compagnie de ses dames. Durant la soirée, elle dit à sa dame d’honneur combien elle est peinée de l’affaire de Sèvres. Elle réalise les difficultés de chacune de ses sorties privées : pour l’hôte comme pour sa suite.

Le Grand Trianon, côté jardins

Le 7 juillet 1744

Marie Leszczyńska soupe chez la comtesse de Toulouse à Luciennes (Louveciennes aujourd’hui), maison offerte par Louis XV à celle qu’il considère comme une tante adorée. Notons qu’il offrira le même bâtiment bien plus tard à sa dernière favorite la comtesse du Barry.

Le 8 juillet 1744

Marie Leszczyńska et la Cour doivent faire face à un sérieux problème à la fois d’étiquette et de sécurité. Le Roi étant parti avec l’essentiel de sa Maison, il n’y a plus assez de gardes pour elle et ses enfants. Pire : sa mère, la duchesse de Lorraine et reine de Pologne doit rendre visite à sa fille mais sans garde suffisante, la situation est très complexe. La Reine de France ne peut recevoir sa mère dignement à Versailles et la relègue à Saint-Cyr. La situation devient cocasse quand un des gardes tombe malade et du coup, à Trianon, durant le souper de la Reine et de ses enfants, ceux encore présents derrière chaque membre de la famille royale doivent se relayer pour ne laisser ni le Dauphin ni Mesdames seuls et en plus de souper en même temps avant la promenade prévue dans les jardins. Malgré ce manque d’effectifs, les gardes ne font pas attention pour autant : le même jour, un de sentinelle dans l’antichambre de Mesdames s’endort au balcon et tombe de la fenêtre. Il meurt sur le coup. 

Le 30 juillet 1744

Nouvelle visite de la Reine et pour la première fois de son fils à Dampierre chez ses amis Luynes. Comme d’habitude, promenades, souper, jeu… Avec deux tables : celle de la Reine et le Dauphin sur une petite chaise à sa droite avec une dizaine de dames et une table dans une pièce à côté pour les autres dames et les seigneurs.

Le château de Dampierre, département des Yvelines, photographie de Lionel Allorge

Début août 1744

La Reine soupe et joue presque tous les soirs au château de Meudon.

Reconstitution d’une table de la reine Marie-Thérèse et ses dames au château de Meudon, travail de Franck Devedjan
Château de Meudon, revue des troupes sur la terrasse au milieu du XVIIIème siècle, d’après une miniature de l’époque

En août-septembre 1744

Tombé malade à Metz, Louis XV renvoie Madame de Châteauroux dans un accès de dévotion, mais il renoue avec elle une fois rétabli et c’est Maurepas qui est chargé de lui apporter la lettre du Roi qui le lui annonce. La duchesse se propose de le faire renvoyer sans tarder, mais elle n’en a pas le loisir car elle meurt peu après, le 8 décembre 1744 , coïncidence qui amène certains à parler — quoique ce soit bien invraisemblable — de poison.

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Le Roi malade à Metz dans Louis XV, le Soleil Noir (2009) de Thierry Binisti

Du 1er au 7 septembre 1744, Metz

Après la maladie du Roi, la vie de cour reprend ses droits. Il n’y a pas possibilité de Grand Couvert car les dames et la Reine, parties en urgence à l’annonce de l’état de Louis XV, ont oublié leurs grands habits. La Bouche du Roi sert tous les jours entre vingt-cinq et trente tables, dont celles des dames d’honneur et d’atours de Marie Leszczyńska mais celle-ci est obligée de manger seule. Louis XV mange de meilleur appétit mais toujours au lit. 

Louis XV, huile sur toile, 1745 par Jean-Marc Nattier, musée de l’Ermitage

Louis XV au milieu de sa maladie a dû renvoyer sa favorite la duchesse de Châteauroux et sa sœur madame de Lauraguais, toutes deux dames du palais de la Reine. Mais Marie Leszczyńska doit encore supporter une autre sœur de Nesles, madame de Flavacourt dont c’est la semaine. Il est hors de question pour la Reine de visiter le Roi lors de son dîner dans sa chambre accompagnée de cette dame. Marie ne fait donc qu’entrer et sortir, ses dames en dehors.

Le lendemain par contre, elle n’a pas d’autre choix que de la laisser l’accompagner lors du souper du Roi. Celui-ci ne semble pas la remarquer : il est vrai que madame de Flavacourt n’est pas en bonne amitié avec ses sœurs. Mais beaucoup désapprouvent la Reine d’avoir laissé madame de Flavacourt la suivre.

Hortense-Félicité de Mailly-Nesle, marquise de Flavacourt, huile sur toile, d’après Jean-Marc Nattier, musée Cognacq-Jay, Paris

Le 1er octobre 1744, Lunéville

Louis XV toujours en campagne sur les marches est de son royaume rejoint sa famille chez le duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski, père de la Reine et ancien Roi de Pologne. Ce n’est pas une villégiature pour la famille royale et ce n’est que présentations, réceptions…. Mais aussi Petits Couverts pour les soupers. Les dames titrées présentées la veille ou dans la journée y apparaissent au souper du Roi en grand habit mais repartent au bout d’un seul quart d’heure. Elles n’ont pas le droit de s’asseoir. Marie Leszczyńska peut manger avec sa mère, Catherine Opalińska, entourées de leurs dames mais pas avec son père Stanislas Leszczynski qui s’assoit à une table dans une autre pièce avec les seigneurs. 

Catherine Opalińska, reine de Pologne et duchesse de Lorraine,
par Louis-Michel Van Loo,
Portrait de Stanislas Leszczyński, par Jean-Baptiste Van Loo, 1727-28, huile sur toile, château de Versailles

La princesse de Modène a rejoint le couple royal à Lunéville. Elle mange donc avec la Reine et cela occasionne des soucis d’étiquette car les dames des deux reines doivent par conséquent aussi se mettre à table afin d’équilibrer la table. Les dames de la Reine n’ont toujours pas leur grand habit. 

Le 2 octobre 1744

Catherine Opalińska étant incommodée d’un asthme, les deux rois dînent avec Marie et les dames des deux reines. Louis XV est de bonne humeur, fait la conversation, prend des nouvelles de sa belle-mère et fait durer le repas afin de laisser le temps aux autres tables dans les pièces voisines de finir leur propre dîner. 

A midi passé, Louis XV se met en route avec ses officiers et ses troupes pour repartir en campagne. S’il embrasse longuement le roi de Pologne, il ne prend pas la peine de se rendre auprès de sa belle-mère, choquée d’un tel manque de considération.
Marie doit rejoindre Versailles quelques jours après malgré ses supplications de suivre son époux jusqu’à Strasbourg. Louis XV donne ses derniers ordres, à savoir quelles dames de la noblesse lorraine et alsacienne nouvellement présentées ont droit de souper avec la Reine.

Le 28 septembre 1744, Fontevraud

Mort de Thérèse-Félicité, Madame Sixième.

Le 3 octobre 1744, Lunéville

En visite chez ses parents, Marie apprend le décès de sa fille.


Karine Pinoteau est Marie Leszczyńska dans Louis XV le soleil noir (2009) de Thierry Binisti

Elle annule ses dîner et souper publics. Son père l’exhorte à se promener, visiter les beaux jardins de son château mais si elle obéit, elle préfère ensuite s’enfermer.

Thérèse-Félicité, dite Madame Sixième, vers 1745, portrait posthume

Marie Leszczyńska n’avait pas vu sa fille depuis six ans. Tout le monde dit que la princesse est celle qui ressemblait le plus au Roi de Pologne son grand-père.

Le 5 octobre 1744

La Reine reprend sa vie publique, autorise la comédie sans s’y rendre et le jeu qu’elle adore. Les trompettes sont jouées durant son dîner mais aucune musique n’est admise au souper. 

Le 13 octobre 1744 

Retour à Versailles. 

Le 2 novembre 1744

La comtesse de Toulouse et le duc de Penthièvre demandent la permission à la Reine pour le mariage de ce dernier avec mademoiselle de Modène.

Le 3 novembre 1744

La duchesse de Modène demande l’autorisation à son tour pour le mariage de sa fille. Marie Leszczyńska les noces.

Le 14 novembre 1744

Marie Leszczyńska vient dîner aux Tuileries dans la chambre de la Reine donnant sur les jardins. Malgré l’étroitesse des lieux, toute la cour s’y presse, ambassadeurs compris, en attente de l’arrivée prochaine du Roi en guerre depuis plusieurs mois. 

Château des Tuileries vers 1757 par Nicolas Jean-Baptiste Raguenet, musée Carnavalet, Paris

Ses enfants la rejoignent après leur propre dîner à Versailles. 

A neuf et quart du soir, la famille royale en son entier s’installe dans l’antichambre de l’appartement du Roi, bien plus spacieux, après l’arrivée de Louis XV à sept heures et le jeu dans la galerie.

L’appartement du Roi est celui en jaune, celui de la Reine à cette date correspond à ce qui deviendra l’appartement privé de Louis XVI et de ses enfants, Marie-Antoinette préférant finalement s’installer au rez-de-chaussée, juste en dessous. 

« On ne peut pas se représenter la foule excessive qui était dans la galerie et la salle où le Roi mange.»

Mémoires du duc de Luynes

Les vingt-quatre violons jouent plus d’une demi-heure. 

Le Dauphin a perdu son gouverneur le duc de Châtillon en disgrâce après Metz, néanmoins un sous-gouverneur reste derrière lui. Après le repas, la famille royale se réunit seule une demi-heure.

Nuit du 14 au 15 novembre 1744

Louis XV fait une tentative de gratter à la porte de la chambre de son épouse. Les femmes de chambre de la Reine la préviennent mais celle-ci pense, en tout cas affirme, qu’il s’agit d’un mauvais bruit. 

Le 5 décembre 1744

Louis XV ne se montre pas au Grand Couvert : il a appris que madame de Châteauroux est au plus mal et s’est faite saigner.

« Il était d’un changement et d’un abattement extrêmes.»

Mémoires du duc de Luynes

Marie Leszczyńska refuse l’invitation faite par son ami le duc de Luynes à venir passer la soirée dans son appartement auprès de son épouse, dame d’honneur de la Reine, comme presque tous les soirs. En effet, elle ne veut pas montrer au public qu’elle se fait un plaisir du chagrin du Roi et reste enfermée afin de montrer sa solidarité avec son époux. 

Le 28 décembre 1744

Grand Couvert pour le mariage du duc de Penthièvre avec mademoiselle de Modène. 

Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, par Jean-Marc Nattier, huile sur toile
Marie-Thérèse Félicité d’Este, princesse de Modène et duchesse de Penthièvre, anonyme, château de Bizy

La cérémonie suit celle à peu de choses près ce qui s’est passé pour le mariage du duc et de la duchesse de Chartres.  Le duc de Charolais fait fonction de grand maître, aidé par le maître d’hôtel de quartier.

Il y a les mêmes princesses à table que la dernière fois, en plus de la famille royale, en y ajoutant désormais la nouvelle duchesse de Penthièvre. Madame Henriette est absente à cause d’une dent à arracher. Les princes du sang ne peuvent se mettre à table auprès de la Reine et de ses filles, marié compris. La foule, surtout populaire, est importante et des barrières doivent être installées dans l’Antichambre et la salle des gardes de la Reine. Mais aucune barrière ne doit être placée dans la grande salle des gardes, dite magasin. Le Dauphin et Madame Adélaïde ne suivent pas leurs parents et les princes et princesses pour le couchers des mariés dans l’appartement du comte et de la comtesse de Toulouse.  C’est la Reine qui donne la chemise à la mariée. 

Début 1745

Débarrassée de la favorite du Roi, la duchesse de Châteauroux, la famille royale retrouve avec bonheur Louis XV plus assidu aux Grands Couverts et surtout prêt à reprendre la conversation qui les termine chez la comtesse de Toulouse.

Le 7 février 1745

Le Roi impose un bal masqué chez ses filles. Le Dauphin et Madame Henriette n’aiment pas danser mais Louis XV estime «que cela ne faisait rien, qu’à leur âge, on aimait toujours à danser.» Quelques jours auparavant, le Roi est parti à un bal masqué  dans Versailles où la rumeur raconte qu’il y retrouva une dame qu’il ne quitta pas. C’est sûrement la raison pour laquelle il veut ce bal. Le Roi aime être costumé afin de pouvoir passer une soirée incognito. Son épouse vient aussi au bal de leurs enfants, jusqu’à quatre heures du matin mais estime qu’elle ne doit plus porter de masque à son âge. Louis XV fait réellement preuve de maladresse quand il s’agit de ses maîtresses vis-à-vis de sa famille. 

Le 14 février 1744

Nouveau bal masqué chez Mesdames. Le Roi est costumé en paysan mais celui à genoux auprès de la Reine toute la nuit fait certainement diversion pour laisser Sa Majesté incognito. 

Le 22 février 1745, Sceaux

Dîner de la famille royale, de dix-huit couverts : le Roi, le Dauphin à sa droite, la Dauphine à la gauche de la Reine, Madame Henriette à la droite de son frère, Madame Adélaïde à la gauche de la Dauphine, six princesses du sang et madame de Penthièvre, puis madame de Tallard, madame de Luynes et madame de Brancas (dame d’honneur de la Dauphine) et enfin une dame du palais de la Reine et une dame pour accompagner de la Dauphine à la place des deux dames d’atours qui ont refusé l’honneur du Grand Couvert. 

Le château de Sceaux, Hauts de Seine

Le 23  février 1745

Le Dauphin Louis-Ferdinand épouse au château de Versailles  sa cousine l’infante Marie-Thérèse Raphaëlle, deuxième fille de Philippe V et sœur de l’infant Philippe qui avait épousé en 1739 Louise-Élisabeth (1727-1759), sa sœur aînée

L’infante Marie-Thérèse d’Espagne par Daniel Klein

Dans l’après-midi, après la cérémonie religieuse

Grand Couvert dans le grand cabinet de Madame la Dauphine entre le Dauphin, son épouse et Mesdames, les quatre assis dans un fauteuil. Le Roi offre à cette occasion par l’intermédiaire du duc de Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre, des médailles célébrant le mariage.

Offres et enchères terminées - Louis XV - Médaille - Mariage du dauphin  Louis Ferdinand de France et de Marie Thérèse - 1745 - Monnaies d'antan

A cinq heures de l’après-midi

Louis XV vient chercher la Dauphine, accompagnée de son époux et de ses belles-sœurs, afin de la mener au manège assister au ballet La princesse de Navarre, musique de Rameau et livret de Voltaire.

Le château de Versailles ne dispose pas de salle de spectacle digne de ce nom et doit se contenter soit d’un théâtre dans le passage des Princes, soit pour de plus grandes festivités le manège de la Grande Ecurie. La famille royale se rend à l’écurie dans un carrosse de la Reine : le Roi, la Reine, le Dauphin, la Dauphine, Mesdames. Un deuxième carrosse de la Reine transporte six princesses du sang, un troisième les hautes charges féminines des maisons royales. Deux carrosses de la Dauphine conduisent les dames pour accompagner quand les dames du palais ont déjà utilisé un carrosse de la Reine avant l’arrivée de la famille royale. La presse est telle qu’on entend «Bourrez !». Louis XV ne réussit à s’installer qu’à sept heures du soir. Le ballet ne finit qu’à dix heures du soir. Si la musique et le spectacle dansé sont hautement appréciés, ce n’est pas le cas de la pièce, l’histoire étant jugée trop en la faveur de la France, au détriment de l’Espagne. L’Amour qui écrase les Pyrénées est jugé ridicule.

Après le ballet

Grand Couvert dans l’Antichambre de la Reine. 

Antichambre du Grand Couvert, château de Versailles, photographie RMN/Jean-Marc Manaï

Le souper dure jusqu’à minuit et ensuite le Roi passe chez Monsieur le Dauphin et la Reine chez Madame la Dauphine afin de procéder au coucher.  Le Roi donne la chemise à son fils, présentée par le duc de Chartres ; la Reine à sa belle-fille et la chemise présentée par la duchesse de Chartres. 

Louis XV a donné ordre pour cette soirée et les deux suivantes d’illuminer toutes les façades du château à l’aide de terrines. Les ailes des ministres et les écuries sont également éclairées. 

Le 24 février 1745 à six heures du soir

Bal paré au manège. L’arrangement pour les carrosses est le même que la veille.  L’orchestre de cent cinquante musiciens joue sur la scène. Le Roi et la Reine sont du côté de la porte, les danseuses devant des deux côtés, les danseurs en face du Roi. C’est le Roi qui nomme les couples. Pendant une heure ce sont des menuets puis des contredanses. Le bal se termine avant dix heures pour le Grand Couvert. 

Bal paré donné à Versailles pour la mariage du Dauphin en 1745,
par Charles Nicolas Cochin, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

Dix heures du soir

Grand Couvert dans l’Antichambre de la Reine. Il n’y a rien de prévu pour le reste de la soirée.

Le 25 février 1745

C’est au cours des festivités du mariage que le Roi prend comme maîtresse Madame Lenormant d’Étiolles (qu’il fait bientôt marquise de Pompadour) qu’il découvre dans le costume de Diane chasseresse.

A sept heures du soir

Appartement dans la grande galerie. 

A sept heures du soir

Comme à l’accoutumé, il y a «soirée d’appartement» chez le Roi. Exceptionnellement, elle a lieu dans la Grande Galerie, où l’on a disposé, outre une grande quantité de tables de jeux diverses et variées, une grande table rectangulaire destinée à la partie de lansquenet du Roi dans le centre de la Galerie et une autre table, ronde plus petite, devant la porte du Salon de la Paix, réservée au cavagnole de la Reine.

Jeu du Roi dans la Galerie des Glaces, Charles Cochin

Dans le Salon de la Guerre joue un orchestre d’une cinquantaine de musiciens, avec trompettes, timbales, tambourins…

A neuf heures du soir

Le Grand Couvert a lieu comme les autres soirs. Puis chacun se retire chez soi afin de se préparer pour un bal masqué qui doit se dérouler toute la nuit.

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Durant cet intermède, les services des Menus Plaisirs et du Garde meuble font disparaître les tables de jeux de la Galerie afin de la préparer pour le bal.

Le Bal des Ifs, le jour Madame de Pompadour officialise son entrée à la Cour de Versailles
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles Passion)

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Aucune invitation n’a été lancée : «On y entre, nous dit Barbier, sans distinction, en habit de masque à la main». Néanmoins, il a été prévu des filtrages aux deux entrées de ce bal : une à l’escalier de Marbre et l’autre à celui de l’Escalier du salon d’Hercule. Des huissiers demandent qu’une personne des groupes qui rentrent se démasque, se nomma et nommait les autres personnes. La foule devient telle et la bousculade si forte que les huissiers abandonnent et laissent tout le monde entrer. Il y a quatre grands buffets garnis de rafraîchissements de toutes sortes de vins, du saumon frais, des pâtés de truites, des poissons au bleu, des filets de sole et tout ce que l’on pouvait souhaiter la nuit d’un vendredi maigre. Les quantités sont si abondantes qu’on prétend que certains en fourrent plein leurs poches pour les revendre le lendemain au marché. Peu avant minuit, la Reine apparaît, sans masque revêtue d’une robe constellée de bouquets de perles avec sur sa tête, le Sancy et le Régent, les deux plus beaux diamants de la Couronne. Elle accompagne le couple de mariés, le Dauphin costumé en jardinier et la Dauphine en marchande de fleurs. Un quadrille débute le bal avec le Dauphin, non masqué menant la Dauphine, le Duc et la Duchesse de Chartres, Madame d’Andlau et Monsieur de Ségur, tous costumés en bergers et bergères, en robes à paniers enguirlandées de fleurs, une corbeille fleurie à la main, puis on va s’asseoir sur une estrade préparée à leur intention afin de s’amuser à regarder les masques. Mais Louis XV n’est toujours pas là. La Dauphine, surprise par la liberté et l’aisance des manières de la Cour, accepte de danser avec un bel inconnu masqué, qui se déclare espagnol. Visiblement, il a l’allure d’un Grand d’Espagne et est au fait de tous les secrets de la Cour. Intriguée, elle veut savoir qui est le personnage, mais son danseur ne laisse rien paraître et disparaît brusquement. On apprend le lendemain qu’il ne s’agit que du simple cuisinier espagnol de Monsieur de Tessé. Tout Versailles fait les gorges chaudes et la Dauphine, qui ne sut pas tenir sa langue, est assez mortifiée.

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Un autre incident intervient au souper quand la princesse de Conti, fatiguée d’être restée debout, voulue s’asseoir sans trouver de sièges libres. Discrètement, elle se démasque, persuadée qu’en dévoilant son identité, elle trouvera aussitôt un siège mais personne ne se lève, feignant de ne pas reconnaître une princesse du sang. Furieuse, elle quitte le salon en déclarant haut et fort que de «sa vie qui est longue, elle n’avait vu des gens si malhonnêtes, il faut qu’on soit ici de bien mauvaise compagnie». C’est au moment où la princesse quitte l’Œil-de-Bœuf que l’on peut assister à un surprenant spectacle : sept ifs exactement identiques, taillés en topiaires, s’avancent à la queue leu leu, tandis que la foule s’écarte pour les laisser passer. On a immédiatement deviné que le Roi se trouve parmi ces ifs. C’est Louis XV qui, semble-t-il, a eu cette idée originale de déguisement, persuadé que personne ne pourrait le reconnaître.

Résultat de recherche d'images pour Beaucoup d’indiscrétions ont couru sur les liaisons du Roi avec une mystérieuse inconnue et l’on sait que «le mouchoir» va être jeté ce soir-là. Beaucoup de dames meurent d’envie d’être la maîtresse du Roi et ce bal est une chance inespérée pour toutes les prétendantes à la succession de la duchesse de Châteauroux. Madame d’Etiolles, costumée en Diane chasseresse, parle à un if : le règne de Madame de Pompadour (1721-1764)  débute.

Jeanne-Antoinette de Pompadour par Boucher

Ce fameux bal ne devait s’achever que le lendemain vers les huit heures du matin.

Le 28 février 1745

Au cours du bal offert à l’Hôtel de ville de Paris par le corps municipal, une nouvelle rencontre entre Madame d’Étiolles et Louis XV confirme l’intérêt que lui porte le Roi.

Jeanne-Antoinette devient une visiteuse régulière à Versailles.

« C’est une chose sotte que d’être reine ! Pour peu que les troubles continuent, on nous dépouillera bientôt de cette incommodité. »

Marie Leszczyńska
La Reine et ses filles Mesdames Henriette et Adélaïde dans Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006)

Le 10 septembre 1745

Louis XV installe Madame d’Étiolles au château de Versailles dans un appartement situé juste au-dessus du sien, relié par un escalier secret.

Le 24 juin 1745

Le Roi fait don à Madame d’Étiolles du domaine de Pompadour.

Pompadour - La marquise de Pompadour - Page 2 0_f54510
La marquise de Pompadour par Boucher (1756)

« Je n’ai pas besoin de robes quand les pauvres n’ont pas de chemises.»

Marie Leszczyńska

Parmi les peintres favoris de Marie figure sans conteste Jean-Marc Nattier, qui la portraiture en 1748 en «habit de ville ». Mais celui qu’elle distingue entre tous est Charles-Antoine Coypel. Ce dernier exécute pas moins de trente-quatre tableaux religieux pour les cabinets privés de la souveraine. Ils révèlent la dévotion de Marie Leszczyńska pour les saintes martyres des premiers temps de la chrétienté, comme sainte Thaïs. Elle voue encore un culte aux saints jésuites, tel François-Xavier. Une commande à Joseph-Marie Vien en témoigne.

 Le 14 septembre 1745

La présentation officielle de la nouvelle favorite a lieu à Versailles. Cela nécessite une princesse de sang. Pour cette cérémonie très protocolaire, la princesse de Conti accepte d’être la marraine de Jeanne-Antoinette, en échange de l’extinction de ses dettes.


Charlotte de Turckheim incarne Marie Leszczyńska
dans Jeanne Poisson, marquise de Pompadour (2006) de Robin Davis

Madame de Pompadour (1721-1764) s’efforcera d’être pour le Roi une amie et une thérapeute, une présence aimante, toujours enjouée (en apparence) et consolatrice qui lui offre le délassement, l’oubli de ses problèmes. Mais la marquise de Pompadour est détestée par le jeune Dauphin qui, avec ses sœurs, l’appelle par ironie et irrévérence Maman Putain.

Le 22 juillet 1746

La Dauphine meurt, à Versailles. Son époux en éprouve un chagrin extrême.
L’influence politique de Madame de Pompadour croît au point qu’elle favorise le mariage hautement diplomatique entre Marie-Josèphe de Saxe et le Dauphin Louis-Ferdinand.
Marie Leszczyńska éprouve une attirance particulière pour la Chine. En 1747, elle installe un Cabinet chinois dans son « laboratoire », au cœur de son appartement intérieur. Elle décide, dès 1761, de le remplacer par un ensemble de toiles dit Cabinet des Chinois. Les tableaux sont exécutés par cinq peintres du Cabinet du roi : Coqueret, Frédou, de La Roche, Prévost et Jeaurat, ainsi que par la reine elle-même. Ces toiles montrent une Chine pittoresque, inspirée des recueils de voyageurs au pays de Cathay. Préparation du thé, évangélisation des Chinois par les Jésuites, foire à Nankin… sont autant de thèmes abordés par ces représentations. Architectures, costumes et paysages y sont décrits avec minutie ; la perspective à vue d’oiseau s’inspire de la peinture chinoise.

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La foire de la ville de Nankin
Marie Leczinska, reine de France, à 44 ans, en 1747, par Carle Van LooMarie Leszczyńska par Van Loo (1747)

Sur cette toile peinte en 1747 la Reine arbore, suspendu à son collier, le célèbre diamant « Le Sancy ».

Copie du célèbre diamant « Le Sancy »

« Marie Leczinska n’était pas jolie; mais elle avait de la finesse dans l’esprit et dans les traits et ses manières simples étaient relevées par les grâces des dames polonaises.»

Mémoires de Madame Campan

Le 9 février 1747

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Le Dauphin Louis-Ferdinand de France épouse à Versailles Marie-Josèphe de Saxe

Louis-Ferdinand     
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Marie-Josèphe de Saxe

Le 19 mars 1747

Décès de sa mère, Marie Opalińska (1680-1747) à Lunéville. Elle est inhumée à Nancy.

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Marie Opalinska par Lemercier

En mars 1748

Madame Victoire revient à la Cour.


Madame Victoire par Nattier

Très proche de leur mère, la Reine Marie Leszczyńska, le Dauphin Louis-Ferdinand et ses sœurs souffrent avec elle des adultères du Roi, de la rigidité du protocole, de la bassesse des courtisans.

Charlotte de Turckheim incarne Marie Leszczyńska dans Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006), de Robin Davis

Après avoir réalisé des portraits très réussis des plus jeunes filles de Louis XV et Marie Leszczyńska, alors élevées à l’abbaye de Fontevraud, Jean-Marc Nattier (1685-1766) est rappelé à Versailles des années plus tard pour le même travail.

Intraitable, le peintre refuse de travailler avec des prêts et veut toujours que ses modèles posent. Séances accordées. Cependant l’artiste renonce rapidement, exaspéré par la volatilité des jeunes filles, peu assidues à se présenter aux séances de pose et incapable de rester en place. Il se dispense d’achever les portraits, remplacé par Franz Bernard Frey (1716-1806).

Peu rancunière, la Reine Marie Leszczyńska lui demande un jour de bien vouloir revenir pour la peindre. L’artiste accepte à condition de ne pas être dérangé pendant la séance de pose. La souveraine accepte de lui accorder le temps qu’il désire. Le jour dit, la souveraine s’installe, prête à demeurer immobile pendant plusieurs heures. À peine Nattier a-t-il le temps d’attraper son pinceau que Louis XV ouvre la porte. On raconte que, furieux d’être ainsi interrompu, le peintre colérique remballe ses affaires et quitte la pièce !

La reine Marie Leszczynska Marie_21
Marie Leszczyńska par Jean-Marc Nattier

Vêtue d’une robe rouge brodée d’hermine et rehaussée par des manchettes en dentelle, Marie Leszczyńska est assise dans un fauteuil dont le tissu brodé de fleurs de lis rappelle discrètement le statut du modèle. La Reine porte un bonnet de dentelle blanche retenu par une mantille de dentelle noire, symbole d’une félicité domestique étrangère à un portrait d’apparat.

Les regalia habituels, éléments indispensables au portrait d’une reine, ne sont pas présents. Seule la draperie bleue tendue derrière la reine confère une majesté certaine à l’arrière-plan, rythmé par des pilastres doriques ; d’autres objets discrets, tels les bijoux (boucles d’oreilles, collier en pierres précieuses orné d’une miniature représentant saint Jean Népomucène, le saint favori de la Reine), apportent de l’élégance et de la grâce au modèle. Marie Leszczyńska semble être tirée de sa lecture des évangiles par l’arrivée d’un de ses proches ; le sourire qu’elle esquisse à son approche détermine une certaine intimité et laisse apparaître le portrait d’une femme charmante.

Dernier tableau pour lequel Marie Leszczyńska accepte de poser et qui est présenté au Salon de 1748, l’œuvre reçut des critiques enthousiastes tant pour la ressemblance du portrait que pour la « noble simplicité » qui émane de la figure.

Louis XV, roi de France, âgé de 35 ans, en 1745, par La Tour
Louis XV par Maurice Quentin de La Tour

En 1749

Maurepas (1701-1781), secrétaire d’Etat à la Marine, est disgracié en 1749 et exilé à quarante lieues (environ 160 km) de Paris pour avoir répété les libelles répandus contre la marquise de Pompadour.

Louis XV, roi de France, âgé de 37 ans, pendant la campagne de Flandres de 1747, par Carle Van LooLouis XV, pendant la campagne de Flandres de 1747, par Carle Van Loo

La Reine et le Dauphin, appuyés par les milieux dévots, pressent le Roi de faire cesser cette relation adultérine notoire et finissent par le faire céder après de nombreuses années de résistance. Cependant, bien que la marquise de Pompadour cesse de partager l’intimité du roi, sa carrière connaît une nouvelle promotion : elle obtient le privilège royal de loger dans l’appartement du duc et de la duchesse de Penthièvre au rez-de-chaussée du corps central du château de Versailles alors que Mesdames les filles du Roi le convoitent.

De gauche à droite : Adélaide, Victoire et Sophie, par Drouais - Collections du château de Versailles
De gauche à droite : Mesdames Sophie, Victoire et Louise, par Drouais –château de Versailles

Le 5 mars 1749

Marie Leszczyńska demande au Roi de lui permettre, en son absence, d’assister à la messe en robe de chambre et non en grand habit, puisqu’elle se place alors dans la tribune et non au rez-de-chaussée de la Chapelle. Le Roi accepte, la Reine assiste bien à la messe dans la tribune.

La tribune royale de la chapelle du château de Versailles. | Версаль, Картинки
Tribune royale de la chapelle de Versailles

Le costume de cour entre alors dans un cycle tourmenté entre le costume de représentation et le costume citadin à la mode. Plus confortable, témoin du goût du moment. Le remplacement du grand habit par la robe de chambre est particulièrement prisé lors des déplacements de la Cour de Versailles vers les autres résidences royales.

            Les concerts chez Marie Leszczyńska

Les concerts de Marie Leszczyńska représentent la plus importante des activités musicales de la Cour. Les séances commencent dès l’arrivée de la Reine à Versailles en 1725 et se maintiennent tout au long de son règne. A la différence de soirées d’appartement, qui se déroulaient de novembre à mars uniquement, les concerts de la Reine ont lieu tout au long de l’année.
Il y a deux concerts par semaine, composés de deux actes d’opéra et d’une cantate. La séance dure environ une heure.

Carmontelle | Mademoiselle d'Avenart, virtuose de la plus grande force, jouant au concert de la reine | Images d'Art
Mademoiselle d’Avenart, jouant au concert de la Reine par Carmontelle

La Reine arrive au salon à six heures. La musique commence. Pendant que les musiciens jouent, on ne prend pas congé.
A Versailles comme à Fontainebleau, la Reine entend souvent les concerts depuis sa chambre car, si elle était dans la même pièce ou se fait la musique, il faudrait qu’elle soit en grand habit.
D’autres lieux sont utilisés pour les concerts, comme le Salon d’Hercule. L’été, le parc et ses bosquets servent à des «impromptus».

Christophe Duarte – Versailles Passion

Après 1750

Si les relations entre le Roi et sa favorite prennent un tour platonique, voire simplement amical, Jeanne-Antoinette ne quitte pas la cour pour autant et reste dans l’entourage immédiat de la famille royale, ce qui explique qu’après avoir été pendant cinq ans sa maîtresse, elle reste la favorite en titre.

Résultat de recherche d'images pour Les quatre Eléments (1751) par Jean-Marc Nattier : La Terre  a les traits de Madame Elisabeth,
l’Air ceux de Madame Adélaïde, le Feu  ceux de Madame Henriette et L’Eau ceux de Madame Victoire 

Le 13 septembre 1751

Naissance de son petit-fils, Louis-Joseph-Xavier, duc de Bourgogne à Versailles.

Le 10 février 1752

Décès de Madame Henriette, sa douce fille, à l’âge de vingt-quatre ans.

Madame Henriette (1727-1752) par Jean-Marc Nattier, huile sur toile 1747, château de Versailles

Le Roi, dont Henriette était la fille préférée, est anéanti comme toute la famille royale. Le peuple maugrée que le décès de la jeune princesse est une punition divine.

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Image de Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006), de Robin Davis
Louis XV, roi de France, miniature attribuée à RouquetLouis XV, miniature de Rouquet
Marie Leszczyńska , Reine de France 

Dès le mois de mai 1752

Le Conseil du Roi reconnaît « l’utilité de l’Encyclopédie pour les Sciences et les Arts », Madame de Pompadour et quelques ministres peuvent ainsi solliciter d’Alembert et Diderot de se redonner au travail de l’Encyclopédie.


Marie Leszczyńska (1753) par Jean-Marc Nattier

Durant les quinze dernières années de son règne, se développe en France un nouveau courant artistique, connu dès le XVIIIe siècle sous le nom de goût « à la grecque ». Ce courant qui constitue la première phase du mouvement néoclassique se fonde sur le rejet des formes de la rocaille jugées démodées, sur un retour affiché à la simplicité de l’antique et sur l’usage d’un répertoire décoratif et de thèmes puisés dans l’art grec. La Reine participe à sa manière à ce mouvement.

En 1753

Marie commande à celui qui doit devenir le chef de file de ce style dans le domaine de la peinture, Joseph Marie Vien (1716-1809), un dessus-de-porte pour son cabinet, représentant Saint François-Xavier arrivant en Chine.

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Le président Hénault. D’après Gabriel-Jacques de Saint-Aubin

Charles-Jean-François Hénault d’Armorezan (1685-1770), dit le « président Hénault » exerce, de 1753 à 1768, la charge de surintendant de la Maison de la Reine Marie Leszczyńska, qui a pour lui une particulière amitié et contribue à le tourner vers la religion dont une grave maladie, contractée vers 1735, l’avait déjà rapproché. Il se convertit en 1765 et fait une confession générale, déclarant :

« On n’est jamais si riche que quand on déménage ».

Sa dévotion lui vaut des traits satiriques de Madame du Deffand et de Voltaire qui lui reproche sa passion de plaire à tout le monde, dans laquelle il voit la cause de ses palinodies, et le juge désormais « l’esprit faible et le cœur dur ».

Le 23 août 1754

Naissance de son petit-fils, Louis-Auguste, futur Louis XVI.


Louis-Auguste par Frédou

Lettre de Marie Leszczyńska au duc de Penthièvre. à 2 heures [1754?]. Cachet armorié de la reine sur cire rouge.

« Je sais toute l’horreur de ce que je fais, il est affreux pour moi d’adjouter a votre peine mais je ne puis faire autrement, on m’a priée de demander au Roy le Pavillion des thuilleries bien entendu si vous ne voulez pas le garder. je devais vous en faire la question, mais j’étais trop ocuppée de votre malheur je puis meme dire du mien, je l’ay oubliée, et comme d’auttres pourrait le demander je ne veux pas leur en laisser le temps. Ne vous tourmentez pas a me faire d’autre reponse que oui ou non, ce que je vous demande c’est de compter pour ma vie sur ma tendre amitié pour vous ».

Signature de Marie Leszczyńska
Signature de Marie Leszczyńska

Le 17 novembre 1755

Naissance de son petit-fils, Louis-Stanislas Xavier de France, comte de Provence, futur Louis XVIII.

Louis-Stanislas par Maurice Quentin de la Tour

Les princesses vont parfois prendre les eaux à Plombières dans le Duché de Lorraine sur lequel règne à titre nominal et viager leur grand-père Stanislas Leszczyński (1677-1766) qu’elles peuvent ainsi visiter.

Stanislas Leszczynski — Wikipédia
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Le samedi 7 février 1756

Le Roi annonce la nomination de Madame de Pompadour, Dame du palais de la Reine.

Louise Conte de la Comédie Française est la Reine Marie dans la  fiction télévisée Madame Quinze (1973) de Jean Roger CadetBase de données de films français avec imagesL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est image.jpeg.

Le dimanche 8 février 1756

La présentation de Madame de Pompadour en tant que Dame du palais de la Reine a lieu, après les vêpres.

De 1756 à 1763

La guerre de Sept Ans, que les Anglais dénomment « French and Indian War » (la guerre contre les Français et les Indiens), est la principale guerre du XVIIIe siècle. C’est aussi, d’une certaine manière, la première guerre mondiale !

« La miséricorde des rois est de rendre la justice, mais la justice des reines est d’exercer la miséricorde. »

Marie Leszczyńska à Louis XV, pour demander la grâce d’un déserteur

Le 5 janvier 1757

Attentat de Damiens contre le Roi.

En ce 5 janvier 1757, un carrosse attend le Roi dans le passage couvert qui va de la cour royale au parterre nord. Vers six heures du soir, le souverain descend son escalier intérieur et traverse la salle des gardes du corps. Il est accompagné du Dauphin, du capitaine des Gardes du roi, des Grand et Petit écuyers et du colonel des Gardes suisses. Il fait nuit. Au sortir de la pièce, éclairée par des torches, le Roi est assailli par un individu qui le frappe violemment. Ayant conservé son chapeau, le forcené est maîtrisé, car il aurait dû se découvrir devant le Roi.

Portant la main au côté droit, le Roi pense qu’on lui a donné un coup de coude ou de poing, selon les sources. Mais sa main est ensanglantée. Le couteau a pénétré entre la quatrième et la cinquième côte, causant une blessure longue, mais superficielle. On transporte Louis XV dans sa chambre. Il saigne abondamment. Choqué, il finit par s’évanouir. Revenu à lui, il croit qu’il va mourir. Il réclame un prêtre, confie le royaume au Dauphin et demande pardon à la Reine des peines qu’il lui a infligées.

Image de Louis XV, le Soleil noir de Thierry Binoisti

Depuis le début, le Roi sait qu’il s’agit d’un acte isolé. Quoique remis de sa blessure au bout de huit jours, il est toujours commotionné. L’attentat a laissé des séquelles. Devant l’émoi général, Louis XV entend changer d’attitude. Il veut regagner la confiance de ses sujets, renoncer à ses maîtresses et préparer le Dauphin à sa succession. Sages décisions… qui ne dureront qu’un temps : Madame de Pompadour, un temps inquiétée, reprend bien vite sa place et régnera sur l’esprit du Roi jusqu’à sa mort…

Du 12 février au 26 mars 1757

Procès de Robert-François Damiens (1715-1757) qui a quarante-deux ans et a servi plusieurs conseillers au Parlement, très critiques envers le Roi et la marquise de Pompadour. Ces critiques régulières sont montées à la tête de Damiens, au caractère influençable et exalté.


Robert-François Damiens

Le 28 mars 1757

Damiens est exécuté Place de Grève. Son supplice, à l’instar de celui de Ravaillac, compte de nombreuses tortures, avant qu’il soit écartelé et brûlé. Damiens s’est rendu coupable du crime suprême : celui de « parricide commis sur la personne du Roi » et donc de lèse-majesté.

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Le 9 octobre 1757

Naissance de son petit-fils, Charles-Philippe, comte d’Artois, futur Charles X.

Le vase à rocailles,
Un cadeau de Louis XV à Marie Leszczyńska

Ce vase à rocaille était à l’origine accompagné d’un pendant qui n’est plus connu aujourd’hui. Tous deux sont achetés par Louis XV en décembre 1758, lors des ventes de la Manufacture Royale de porcelaine de Sèvres qui se déroulent dans son appartement intérieur.

De forme balustre, le vase repos sur une base polylobée, dotée de coquilles en relief d’un savant décor de rubans roses, bordés d’un filet d’or, noués entre eux, disposés très habillement sur plusieurs registres de taille décroissante. Entre les rubans s’inscrivent des bouquets de fleurs, également de taille décroissante, peints au naturel. La partie supérieure très échancrée se termine par deux volutes en forme d’oreilles. A l’intérieur du vase, on distingue des bouquets de fleurs peints à l’or.

En 1758

La partie de cavagnole ; popularisé en France par Marie Leszczyńska, le cavagnole est sous Louis XV le jeu à la mode parmi les femmes de l’aristocratie, un jeu de hasard similaire au loto.

Modèles et costumes : L’Histoire Retrouvée , Corps Royal d’infanterie de Marine, Les Merciers de l’Histoire, Aurore Souleyras.
Site : Château de Loyat

Le 23 septembre 1759

Naissance de sa petite-fille, Marie-Clotilde de France, qu’on appellera Madame Clotilde, ou plus trivialement Gros Madame, future Reine de Sardaigne.

Photo: The comte d'Artois and his sister Marie-Clotilde in their youth by François-Hubert Drouais Shortly after the birth of Charles-Philippe (the comte d'Artois) in 1757, Louis XV asked Charles III of Spain to be the boy’s godfather. He agreed, and...
Charles-Philippe et Clotilde par Drouais

Le 6 décembre 1759

En 1759, Marie voit mourir dans ses bras son aînée, Madame Elisabeth , duchesse de Parme, alors en visite en France, et qui y avait contracté la petite vérole.


Louise-Elisabeth, duchesse de Parme par Adélaïde Labille-Guiard
Tania Fédor est Marie Leszczyńska dans Si Versailles m’était conté (1954), de Sacha GuitryL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Si-Versailles-metait-conte-Marie-Leszczynska-1024x780.jpg.
Tania Fédor est Marie Leszczyńska dans Si Versailles m’était conté (1954), de Sacha Guitry L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Tania-Fédor-Leszczynska.jpg.

Dès le début des années 1760

La manufacture royale de porcelaine de Sèvres adopte le nouveau style dans le domaine des pièces de service comme dans celui des vases et de la sculpture. Étienne- Maurice Falconet (1716-1791), responsable de l’atelier de sculpture de 1757 jusqu’en 1766, donne de très nombreux modèles de biscuits et de vases, d’allure néoclassique.

Par ses aménagements architecturaux, ses goûts et par dessus tout sa façon d’être Reine, Marie Leszczyńska aura opéré, à sa manière, une révolution discrète.

Le 30 juin 1760

La marquise de Pompadour fait l’acquisition du château et du marquisat de Menars.

Le château de Ménars et son parc - - 28401Le château de Menars

Marie Leszczyńska est interprétée par Nathalie Roussel
dans la série Nicolas Le Floch

À la fin de sa vie, l’étiquette qui règle l’existence de Marie Leszczyńska s’assouplit. La Reine se trouve libérée de certaines obligations publiques, notamment les repas. Elle les prend en effet chez la duchesse de Luynes, sa dame d’honneur. A l’instar de Marie-Antoinette, plus tard, Marie Leszczyńska semble vouloir oublier sa couronne lorsqu’elle se rend chez sa dame d’honneur, comme l’écrit à plusieurs reprises le duc de Luynes :

« La Reine vint souper chez moi avant-hier mercredi. Depuis quelques temps elle nous fait cet honneur deux fois la semaine ; elle veut bien que l’on ne fasse point de préparatifs » ;

ou :

« Elle a la bonté de nous dire souvent que dans ce moment elle n’est point reine. »

Le cérémonial de la Cour se trouve donc bouleversé par les nouvelles habitudes de la Reine :

« Depuis que Sa Majesté ne mange plus chez elle avec les dames, il est d’usage que d’avoir l’honneur de souper chez Madame de Luynes avec Sa Majesté est la même chose. »

Néanmoins, lorsque la duchesse reçoit la reine, l’étiquette n’est pas totalement oubliée puisque la reine et les dames sont assises à table, tandis que les hommes font leur cour debout et mangent dans une pièce voisine.
A l’inverse de Louis XV qui rappelle toujours à ses convives que le Roi est là lors des soupers de ses petits appartements, Marie Leszczyńska souhaite oublier sa couronne sur le seuil de l’appartement des Luynes : «Elle a la bonté de nous dire souvent que dans ce moment elle n’est plus reine».

Marie-Antoinette aura la même attitude, chez Elle, au Petit Trianon…

Presumed portrait of Marie Brûlart de La Borde duchesse de Luynes (vers 1684-1763)
Marie Brûlart de La Borde duchesse de Luynes

En 1761

Le cabinet de Marie Leszczyńska,
Le goût chinois de la Reine

(Texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles Passion )

« Comme le changement à la Cour a toujours été de mode, je m’y suis mise aussi et vous trouverez mes cabinets changés, un du moins, car les autres sont de même».

écrit Marie Leszczyńska à son ami Hénault, le 22 septembre 1758

En 1761

Marie Leszczyńska décide de remplacer son premier Cabinet chinois, installé en 1747, par un nouvel ensemble dit, cette fois, Cabinet des Chinois.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-cabinet-chinois-de-Marie-Leszczynska-plan-724x1024-1.jpg.

Huit tableaux sont exécutés par cinq peintres du Cabinet du Roi, Coqueret, Frédou, de La Roche, Prévost, Jeaurat, ainsi que par la Reine elle-même.

Plan préparatoire des travaux a mener dans le Cabinet

Au cœur de ses cabinets intérieurs, dans cet espace que Marie Leszczyńska appelle son «laboratoire», les toiles sont encastrées dans des lambris.

Reconstitution des boiseries avec incrustation des tableaux peints par Marie Leszczynska

A sa mort, le Cabinet des Chinois sera légué à sa Dame d’Honneur, la comtesse de Noailles. L’ensemble est alors remonté à l’hôtel de Noailles-Mouchy, puis, au milieu du XIXe siècle, au Château de Mouchy.

Boiseries du Cabinet des Chinois au Château de Mouchy au XIXe siècle

C’est d’ailleurs probablement à cette époque que trois des tableaux connus par le Mémoire des peintres, sans doute trop endommagés pour être déplacés, sont remplacés par trois autres qui font désormais partie de l’ensemble : Le Passage de la rivière, La Marchande de fruits, La Pêche.

Dessus de porte gauche : La pêche

Ce cabinet révèle le goût chinois de la Souveraine, qui s’intéresse particulièrement aux missions d’Extrême-Orient et possède des porcelaines ornées de décors chinois. A la cour, cette inclination est largement partagée, notamment par Marie-Josèphe de Saxe et Madame de Pompadour, dont la prédilection pour les porcelaines et les ornements chinois est manifeste.

Dessus de porte droite : Le marchand de fruits

Le Cabinet des Chinois décrit une Chine pittoresque, inspirée des recueils de voyageurs au Cathay. On y découvre notamment la préparation du thé, la rencontre d’un jésuite et d’un mandarin, une foire à Nankin. Architectures, costumes, paysages y sont représentés avec minutie.

Reconstitution des boiseries avec incrustation des tableaux peints par Marie Leszczynska
A gauche de la porte : Des Chinois préparant le thé
A droite de la porte :
Un Chinois s’inclinant devant un grand seigneur

Le Cabinet est meublé de la manière suivante :
– Un canapé de damas vert,
– Un grand fauteuil de moire jaune, un autre de Perse et un de moire,
– Quatre chaises et un fauteuil de pékin,
– Deux rideaux des deux croisées en quatre parties de pékin,
– Un guéridon à deux étages façon de laque travaillé à la grecque,
– Un chiffonnière de laque,
– Une table de bois de palissandre couverte de maroquin vert.

Reconstitution des boiseries avec incrustation des tableaux peints par Marie Leszczynska
A gauche du miroir : Des marchands faisant des ballots, un jésuite et un mandarin conversant ensemble
A droite du miroir :
Des esclaves descendant une barque de marchandises et plusieurs Chinois fumant et prenant le thé
Au-dessus du miroir : Le passage de la rivière
Au-dessus du miroir : La foire de la ville de Nankin

L’espace de ce cabinet est actuellement occupé par la Bibliothèque de Marie-Antoinette.

Le 22 mars 1761

Mort de son petit-fils, Louis-Joseph.

Le Roi érige le marquisat de Menars en duché, ce qui permet à Madame de Pompadour d’accéder au titre de duchesse.

Pendant son « règne » de vingt ans, elle maintient des rapports cordiaux avec la Reine :

« Puisqu’il en faut une ; J’aime autant celle-ci qu’une autre».

Madame de Pompadour entretient aussi des relations avec les ministres qu’elle invite parfois dans ses appartements.

En 1762

Sous l’impulsion de la marquise, Louis XV ordonne la construction d’un nouveau Trianon dans le parc de Versailles. Madame de Pompadour supervise elle-même les plans et la construction de ce qui allait devenir « le Petit Trianon » et devait être sa future résidence à la Cour.

Le 11 septembre 1763

Décès de sa meilleure amie, Marie Brûlart de La Borde ( 1684 – 1763),  duchesse de Luynes.

Au Nouvel An de 1764

Marie converse en allemand avec le jeune Mozart (1756-1791).

Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart jouant à Paris avec son père Jean-Georg- Léopold et sa sœur Maria-AnnaLouis (Carrogis Carmontelle, 1763, Chantilly, musée Condé)
Wolfgang Mozart au clavecin, entouré de son père Léopold et de sa sœur Marie-Anne

En 1764

Marie Leszczyńska aura attendu près de trente ans pour que la dorure de sa chambre, si fanée, soit restaurée sous la direction de François Vernet.

Début  1764

 Madame de Pompadour contracte la tuberculose.

Le 15 avril 1764

La marquise de Pompadour meurt d’une congestion pulmonaire, à l’âge de quarante-deux ans, à Versailles, ultime privilège, puisqu’il est interdit à un courtisan de mourir dans le lieu où résident le Roi et sa Cour.

Le jour où... - La Pompadour est morte au château de Versailles un 15 avril
Jeanne-Antoinette de Pompadour par Boucher

Après la mort de la marquise de Pompadour, enfin, Louis revient à son épouse. « Après tant de chagrins, Dieu exauçait ses prières et lui offrait cette consolation


Marie, gouache peinte sur verre

La Reine est très pieuse et a pour confesseur le capucin Ambroise de Lombez (1708-1778 et pour page et confident Raoul IV de La Barre de Nanteuil (1743-1833). Les capucins sont reçus à la Cour. Initiée à cette dévotion pour le Sacré-Cœur dans le couvent de la Visitation à Varsovie elle en répand la fête et les Offices dans toute la France. Elle fait ériger un autel du Sacré-Cœur dans la chapelle du château de Versailles.

« Tout le bien d’une mère n’appartient-il pas à ses enfants ? »

Marie Leszczyńska à son trésorier, qui jugeait ses aumônes excessives
 
Marie Leczinska, reine de France, en vestale, peinte par son père Stanislas Leczinski, roi de PologneMarie Leszczyńska en vestale, peinte par son père Stanislas Leszczynski

Le 3 mai 1764

Naissance de Madame Élisabeth, future martyre de la révolution.

Madame Elisabeth par Drouais
Marie-Josèphe de Saxe et ses enfants

Suppression de l’ordre des Jésuites en France.

 Le 14 août 1765

La demande de Marie aux évêques de l’assemblée générale du clergé de France à Paris d’établir dans leurs diocèses la fête du Sacré-Cœur est approuvée par un courrier.

Marie Leczinska, reine de FranceMarie Leszczynska

Le 20 décembre 1765

Après une agonie de trente-cinq jours, le Dauphin, Louis-Ferdinand, son frère,  meurt, à l’âge de trente-six ans.

Agonie du Dauphin, dans Louis XV, le Soleil noir de Thierry Binisti L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis-XV-le-soleil-noir-agonie-du-Dauphin-2-1024x576.png.
Le Dauphin par Roslin
Fichier:Lagrenee, Louis Jean - Allegory on the Death of the Dauphin - 1765.jpg — WikipédiaAllégorie de la mort du Dauphin de Lagrenée l’Aîné

Marie se consacre alors aux enfants du Dauphin, petits orphelins qui égayent les vieux jours de la Reine.

Le 5 février 1766

Son père Stanislas Leszczyński trébuche, lorsque sa robe de chambre  que lui a offerte Marie, prend feu accidentellement, au moment où il veut raviver la braise et il tombe dans la cheminée de sa chambre du château de Lunéville. Grièvement brûlé, le duc de Lorraine de quatre-vingt-sept ans va souffrir une douloureuse agonie de dix-huit jours.

Le 23 février 1766

Décès de Stanislas Leszczyński.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Stanislas-1-300x169.jpg.
Stanislas Leszczyński
Statue de Stanislas Leszczyński sur la place Stanislas à Nancy

Le lendemain, on embaume le corps. Conformément à son vœu, ses entrailles et son cœur sont aussitôt transportés en un cénotaphe de l’église Saint-Jacques de Lunéville où ils reposent jusqu’à la Révolution. Son corps est inhumé à l’église Notre-Dame de Bonsecours de Nancy.

Nancy : 250ème anniversaire de la mort de Stanislas Leszczynski, roi de Pologne et duc de Lorraine
JEAN-MARC NATTIER, MARIE LESZCZYNSKA, QUEEN OF FRANCE, READING THE BIBLE, 1748 | Portrait, Photo, Woman painting

En 1766

La chapelle du Lycée Hoche,
Le couvent de Marie Leszczyńska

(  texte  et  photos de Christophe Duarte   –   Versailles Passion )

Marie Leszczyńska désire, à la mort de son père associer son nom à une fondation pieuse. Sans doute aussi pense-t-elle à s’aménager un lieu de retraite si elle doit connaître le veuvage. L’héritage de Stanislas lui en donne les moyens.

La chapelle du Lycée Hoche

Louis XV donne à la Reine une partie de l’ancien domaine que possédait Madame de Montespan à Clagny, un quartier de Versailles. La Reine veut faire de ce couvent une maison d’éducation, et ce sont donc les chanoinesses de Saint-Augustin de la congrégation de Notre-Dame que la Reine appelle de Compiègne à Versailles. Depuis leur création un siècle plus tôt, ces religieuses se chargent de cette mission avec zèle et humilité dans une France où l’enseignement public n’existe pas encore.

La chapelle du Lycée Hoche

Jusqu’à la Révolution, le couvent (actuel lycée Hoche) se consacre, selon les règles de la congrégation et la volonté de la fondatrice, à l’éducation des jeunes filles issues de la petite noblesse de cour. C’est donc un instrument de secours et de promotion sociale, qui doit éviter aux familles des serviteurs de la Cour de tomber dans la misère ou de connaître des destinées avilissantes.

La chapelle du Lycée Hoche

La chapelle forme le cœur de l’ancien couvent de la Reine. Cet ensemble monumental est construit sous la direction de l’architecte Richard Mique (1728-1794) de 1767 à 1772, alors que la Reine est morte depuis plusieurs années.

La chapelle du Lycée Hoche

Le plan choisi pour la chapelle du couvent est celui d’une croix grecque, inscrite dans un carré précédé d’un portail d’entrée, orné d’un péristyle à colonnes ioniques, surmonté d’un fronton triangulaire.

Fronton triangulaire de la chapelle du Lycée Hoche

La chapelle reçoit à l’exécution un soin extrême et est décorée avec beaucoup de prodigalité que seule explique sa fondation royale.

La chapelle du Lycée Hoche

Un programme iconographique important est retranscrit à la fois en sculpture et en peinture.

La chapelle du Lycée Hoche

Ainsi, les reliefs sculptés sur les façades intérieures et extérieures, relatant la vie de la Sainte Famille (Marie et Joseph) sont confiés à Joseph Deschamps.

La coupole centrale et ses pendentifs sont peints par Gabriel Briard et Jean-Jacques Lagrenée.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-chapelle-du-Lycee-Hoche-toitures-1024x678.jpg.

Les pendentifs représentent les quatre Pères de l’Eglise (Saint-Grégoire, Saint-Augustin, Saint-Jean Chrisostome et Saint-Jérôme) tandis que la coupole illustre, entre autres, l’acte de fondation de l’établissement religieux par la Reine.

La chapelle du Lycée Hoche

La chapelle est achevée après la mort de la Reine grâce à la détermination de sa fille, Madame Adélaïde.

La chapelle du Lycée Hoche

Le 13 mars 1767

Mort de sa bru, Marie-Josèphe de Saxe ( née le 4 novembre 1731).

Marie-Josèphe de Saxe
Marie Leczinska, reine de France, par Quentin de La TourMarie Leszczyńska par Maurice-Quentin de La Tour

Durant l’automne 1767

Un rhume négligé donne à Marie de fréquents accès de fièvre qui l’affaiblissent rapidement. Son état devient préoccupant. Le Roi revient à son chevet, suivant les progrès des langueurs et de la tuberculose. La Reine est veillée par sa première femme de chambre, Michèle Perrin.

Agonie de la Reine, dans Louis XV, le Soleil noir de Thierry Binisti
JEAN-MARC NATTIER, MARIE LESZCZYNSKA, QUEEN OF FRANCE, READING THE BIBLE, 1748 | Portrait, Photo, Woman painting 
Karine Pinoteau est Marie dans Louis XV, le Soleil Noir (2009) de Thierry Binisti
Dernier réveillon de Marie Leszczyńska : Une coutume s’était instaurée dans la famille royale : chaque 31 décembre à minuit, Louis XV et son épouse, assis de part et d’autre de la pendule astronomique de Passemant, assistent au changement d’année entourés de leurs enfants et petits-enfants…

Mi-juin 1768

Marie montre une fatigue de vivre à laquelle le docteur Lassonne ne trouve pas de remède… elle n’a pourtant que soixante-quatre ans…

Marie Leczinska | Classique News

« Mon plus grand désir pendant ma vie ayant été de faire du bien à ma Patrie et de donner des marques de ma tendresse aux enfants qu’il a plus à la Providence de me donner, Voilà mes sentiments que j’espère, par la grâce de Dieu, conserver jusqu’au dernier soupir de ma vie. »

Marie Leszczyńska

Le 24 juin 1768

A dix heures du soir

Fichier:Jean-marc-nattier-portrait-of-maria-leszczynska-148451.jpg ...

La Reine Marie Leszczyńska meurt de tuberculose dans la chambre de son appartement de Versailles, au milieu des siens. Elle est la dernière Reine de France à mourir avec sa couronne.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis-XV-le-soleil-noir-mort-de-la-Reine-1024x576.png.
Mort de Marie Leszczyńska dans Louis XV, le Soleil Noir (2009) de Thierry Binisti 

Pour sa piété et ses vertus, le Pape Benoit XIV lui décerne la rose d’or dont il honorait les reines méritantes.

Chambre de la Reine — Wikipédia

Pendant une semaine

On voit le défilé incessant de petites gens venant prier pour elle :

« Voyez, comme elle est aimée »

dit le Roi à ses filles.

« Mais si la voûte céleste s’ouvre infailliblement aux âmes pures, si la phalange des bienheureux se grossit de toutes les vertus de la terre, Marie Leszczyńska prit son vol vers le trône du Très-Haut le 24 juin, à dix heures du soir. 
Jamais existence ne fut plus triste que celle de la reine ; 
jamais un cœur plus candide, plus doux, ne fut abreuvé d’autant d’amertumes. Vieillie dans les privations, dans les chagrins de toute nature, n’ayant pour consolateur que son crucifix aux pieds duquel toutes ses calamités étaient déposées, l’épouse de Louis XV vit approcher la mort avec sérénité : c’était le terme d’une route couverte de ronces, le port entrevu après une longue tourmente. 

On a trouvé les entrailles de la reine gangrenées : les médecins voient la cause de cette maladie dans l’usage immodéré des épices dont les cuisiniers polonais de Sa Majesté relevaient les ragoûts qu’ils lui servaient. Mais les ennemis de M. le duc de Choiseul ont saisi avec ardeur cette occasion pour renouveler les accusations portées contre lui à la mort de la Dauphine.»

Les Chroniques de l’ Œil-de-Bœuf

Le cœur de Marie Leszczyńska est conservé dans l’Eglise Notre Dame de Bonsecours de Nancy.

Marie Leszczyńska, fille de Stanislas et reine de France, pour marquer son affection à Nancy, avait souhaité que son cœur repose à Nancy.

Elle décède le 24 juin 1768 et son cœur est transporté dans le caveau le 23 septembre de la même année. Sur demande de Louis XV le monument est commandé à Claude-Louis Vassé. Le monument de Marie Leszczyńska est de petite dimension, un médaillon de marbre blanc que découvrent deux génies en pleurs, dont l’un présente le cœur en sa main, donne le profil du visage de la reine. Texte traduit :

« Au Dieu très bon, très grand : Marie-Sophie épouse du roi Louis XV, fille de Stanislas (…) Versailles 24 juin 1768 »

Le «règne» de quarante-deux ans de Marie Leszczyńska aura été le plus long des reines de France.

Sources :

  • Louis XV de Michel Antoine
  • Les Reines de France au temps des Bourbons, de Simone Bertière : La Reine et la Favorite 
  • Mesdames de France de Bruno Cortequisse
  • Reines et Favorites : le pouvoir des femmes de Benedetta Craveri
  • Versailles passion, groupe FB de Christophe Duarte
  • Louis XV de Jacques Levron
  • Trois Sœurs pour un Roi de Jacques Levron
  • Madame Louis XV de Jacques Levron
  • Louis XV et Marie Leczinska de Pierre de Nolhac
  • Louis XV de Jean-Christian Petitfils
  • Comment Marie Leszczynska manqua le cœur de Louis XV de Plume d’Histoire
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