Le 13 mai 1742
Naissance à la Hofburg, à Vienne, de Marie-Christine, Jeanne, Josèphe, Antoinette de Lorraine d’Autriche (1742-1798), le jour des vingt-cinq ans de sa mère. On dira souvent qu’elle est l’enfant préférée de sa mère à cause de cet anniversaire partagé. Elle est le cinquième des seize enfants qu’auront François Ier (1708-1765), Empereur du Saint-Empire et Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), Reine de Hongrie et de Bohême.
Dans la famille, on l’appelle Marie ; sa mère la surnomme affectueusement «Mimi» ou «Mimerl» dans le dialecte viennois et pour François-Etienne, elle est «Madame Mimi».
La nouvelle archiduchesse est confiée à une demoiselle de chambre, la princesse Trautson, veuve d’une quarantaine d’années, qui a toute la confiance de Marie-Thérèse et déjà en charge de l’archiduchesse Marianne et de l’Archiduc Joseph.
Marie-Christine devient une charmante jeune fille, gâtée par sa mère en jouissant également de l’affection de son père. A cause de ce favoritisme, elle est jalousée par ses frères et sœurs et presque exclue de la communauté fraternelle. Marie-Christine est jolie, spirituelle, intelligente et douée, mais également capricieuse et méchante vis-à-vis de ses frères et sœurs. On ne peut lui confier un secret sans que sa mère en prenne connaissance, elle traite ses frères et sœurs ainsi que les domestiques avec dédain et arrogance.
Plus sa mère favorise sa fille préférée, plus les frères et sœurs la condamnent, avec amertume, et ce même encore à l’âge adulte, la position privilégiée de leur sœur. On comprend mieux la méfiance qu’a Marie-Antoinette envers cette sœur qui pourtant est Sa voisine, la seule qu’elle ne recevra pas à Versailles avec grâce. Chouette ambiance au sein de la famille impériale dont Marie-Thérèse est la seule coupable.
Le 17 mai 1742
Défaite à Chotusitz en Bohême.
Le 2 janvier 1743
Sa mère, Marie-Thérèse, organise un grand carrousel au Manège espagnol du palais de la Hofburg afin de célébrer ses victoires (et malgré les défaites qu’on tente d’oublier). On distingue un enfant au coin de la loge au fond, certainement l’héritier du trône, auprès de son père et de sa grand-mère, assistant à la célébration de sa mère :
Le
Naissance de sa sœur Marie-Elisabeth (1743-1808).
Les enfants impériaux reçoivent une éducation conforme à leur rang qui se doit d’être avant tout religieuse. Celle-ci commence à leurs trois ans. Très vite, les petits Archiducs et Archiduchesses se doivent d’accompagner leur mère à l’église, aux processions et aux pèlerinages dont Marie-Thérèse est très férue. De part la multiplicité des langues au sein des vastes territoires Habsbourg, ils doivent apprendre l’allemand, en plus du dialecte viennois, le français, la langue maternelle de leur père, l’italien, mais aussi le latin, le hongrois et le tchèque. Les touts-petits, nés à peu d’intervalle sont logés dans ce qu’on appelle la «Kindskammer» («la chambre d’enfant») où ils sont généralement confiés aux soins d’une femme de chambre et de ses assistantes.
La princesse Trautson, demoiselle de chambre des quatre premiers enfants (notamment Joseph jusqu’au son passage aux hommes) se plaint de la charge qui lui tombe dessus :
« A peine un embarras fini (…) qu’un nouvel embarras survient, la Mimi tombe malade. (…) Tout cela tombe sur moi, me cloue dans la prison et m’exclut de ma propre maison.»
Archives de la seigneurie de Schwertberg
Mais la confiance que lui accorde Marie-Thérèse permet de supporter ces embarras.
Le 1er février 1745
Naissance de son frère Charles-Joseph (1745-1761).
Le 28 février 1745
Marianne, Joseph et Christine jouent une petite pièce écrite par la princesse Trautson devant un public restreint.
Le 13 septembre 1745
Son père François-Etienne est élu empereur du Saint-Empire Romain Germanique sous le nom de François Ier.
Le 4 octobre 1745
Couronnement de son père à Francfort. Leur mère ne vient qu’en tant que simple spectatrice, refusant la couronne. Pour l’occasion elle entame une correspondance qui ne cessera plus avec la princesse Trautson restée à Vienne qui est en charge des enfants.
Le 26 février 1746
Naissance de sa sœur Marie-Amélie (1746-1804).
Le 29 mai 1746
Audience du chambellan russe Tschoglokloff. Le petit Joseph s’adresse à lui en français tandis que Marie-Christine lui parle en allemand avec une réponse en français.
Le 16 juillet 1746
Marie-Christine accompagne ses parents à Mannersdorf chez la comtesse Fuchs, la «Mammi» de Marie-Thérèse.
1747
Dès l’âge de cinq ans, chaque enfant se voit attribuer un appartement, composé de plusieurs pièces.
Une éducation générale leur est donnée, mais ensuite chaque petit prince et princesse développe avec des professeurs particuliers des spécificités propres, en fonction de leurs talents, mais aussi de leur avenir envisagé. Outre les langues, on y trouve la lecture et l’écriture, l’histoire, la géographie, la géométrie, les mathématiques, la musique et la danse. Marie-Thérèse et François-Etienne veulent développer le plus possible chez chacun de leurs enfants des talents artistiques. Des rapports quotidiens, sur chacun de ses enfants sont donnés à la souveraine qui répond point par point. Ceci permettant de compenser les absences de la mère, trop occupée par les affaires d’Etat.
Le 27 janvier 1747
Représentation théâtrale de Joseph, Marianne et Marie-Christine.
Le 5 mai 1747
Naissance de son frère Léopold (1747-1792).
A l’occasion de la fête de leur père, les petits archiducs et archiduchesses montent sur scène à Schönbrunn sur un petit théâtre inauguré pour l’occasion. De telles représentations dont raffolent les parents deviendront très courantes.
Le 17 juillet 1747
Marianne et Marie-Christine accompagnent leurs parents chez la comtesse Fuchs.
Le 7 décembre 1747
Pour l’anniversaire de leur père, les trois enfants aînés jouent L’Heureuse Epreuve de Saint-Foix.
Le 18 avril 1748
Signature du traité d’Aix-la-Chapelle qui met fin à la Guerre de Succession d’Autriche.
Marie-Thérèse et François-Etienne sont reconnus dans leurs droits mais perdent définitivement la Silésie.
Le 17 septembre 1748
Naissance et mort de sa sœur Marie-Caroline.
De par son statut d’héritier du trône, Joseph vit à l’écart de ses frères et sœurs. Les premiers sont trop jeunes pour partager ses jeux et son éducation, les secondes de son âge, sont des filles qui n’ont rien à faire avec le petit prince. Cette éducation va finir par isoler l’hériter du trône du reste de sa fratrie et provoquer des tensions qui ne cesseront avec les années.
Marie-Christine est élevée avec Marie-Anne et Marie-Elisabeth. Si Marie-Thérèse s’occupe de chaque détail de l’éducation de ses enfants, elle n’en est pas moins une mère terrible.
Une miniature qui représente le régime disciplinaire de Marie-Thérèse :
Les enfants sont soumis à un strict emploi du temps, rédigé de la main de l’Impératrice :
–Huit heures du matin, réveil et prière «élévation à Dieu» et se lever du lit.
–Neuf heures, prière du matin, toilettes et petit déjeuner.
–Neuf heures et demie : la kammerfrau (la femme de chambre) fait répéter et apprendre par cœur le catéchisme
–De neuf heures et demie à dix heures, permission de jouer.
–Onze heures : une demi-heure d’écriture et de nouveau récréation
–De onze heures à onze heures et demie: confession
–Midi : heure du déjeuner et de la liberté
–A deux heures après midi : de nouveau récréation
–A quatre heures après midi : cours de français
–A cinq heures du soir : amusement avec les jeux de cartes, livres et enseignement des mots français par des images ou danse.
–A six heures du soir : réciter le Noster Pater pour rappeler toujours la présence de Dieu.
–A sept heures et demie du soir : dîner
–A huit heures et demie du soir : nettoyage du soir et lit.
« Quand le temps le permettra, nous modifierons les horaires afin qu’on puisse sortir en calèche en hiver et se promener dans le jardin en été.»
Les heures d’études sont complétées par les professeurs de musique, de dessin et de langues. Chaque matin, l’impératrice reçoit le rapport médical du Docteur Van Swieten, qui lui rapporte l’état de santé de ses enfants. L’Impératrice voit les enfants tous les huit ou dix jours.
La demoiselle de chambre est autorisée à punir et à fouetter les jeunes princesses.
Le 20 mai 1749
D’après Blondel, le chargé d’affaires français, tous les enfants impériaux parlent aussi bien l’allemand que le français.
Le 4 février 1750
Naissance de sa sœur Marie-Jeanne-Gabrielle (1750-1762).
Le 17 juillet 1750
Marie-Christine est atteinte de convulsions. Au point que le couple impérial annule son séjour prévu à Schönbrunn.
L’envoyé de la cour de Saxe écrit :
« On doit être en peine de cette princesse, surtout Sa Majesté l’empereur qui a une espèce de prédilection pour elle.»
Du secrétaire de légation Otto au premier ministre Brülh
De préférée de l’Empereur enfant, l’Archiduchesse deviendra celle de sa mère adulte.
Le 19 mars 1751
Naissance de sa sœur Marie-Josèphe (1751-1767).
Le 11 août 1751
Marie-Thérèse en voyage en Hongrie puis en Bohême écrit à Mimi.
Le 13 août 1752
Naissance de sa sœur Marie-Caroline (1752-1814).
En 1753
Départ de Bartenstein, remplacé par Wenceslas Antoine, comte de Kaunitz (1711-1794), jusque-là ambassadeur en France.
Le 8 juin 1753
La princesse Trautson, jusque-là demoiselle de chambre des premières archiduchesses est nommée officiellement aya de Marianne, Marie-Christine et Marie-Elisabeth.
La princesse Trautson ne cache pas sa préférence pour l’aînée Marianne.
Le 1er juin 1754
Naissance de son frère Ferdinand (1754-1804).
Le 1er juin 1754
Naissance de son frère Ferdinand (1754-1804).
Si Marie-Thérèse adore ses enfants, elle ne leur accorde que peu de temps, peu de place dans sa vie. Les affaires d’état passent avant tout. Et ensuite, son mari. Après viennent les enfants. Et selon ses prédilections marquées.
Le 4 septembre 1754
Marie-Thérèse encore en voyage écrit à Mimi.
Le 2 novembre 1755
Naissance de sa sœur Marie-Antoinette (1755-1793).
Le 12 février 1756
A l’occasion de l’anniversaire de leur père, tous les Archiducs et Archiduchesses sont déguisés, y compris la plus jeune, Antonia, trois mois, recouverte de fleurs.
Le 1er mai 1756
Signature à Versailles du traité d’alliance entre la France et l’Autriche, mettant fin à plus de deux cent cinquante ans de rivalité entre les deux puissances.
Le 25 mai 1756
Ratification du traité à Vienne.
Début de la guerre de Sept ans.
Le 25 juillet 1756
Portant peu d’affection à madame Trautson très attachée à l’archiduchesse Marianne, Marie-Christine, quatorze ans, ose demander à sa mère de changer d’aya. Marie-Thérèse, contrairement à ses habitudes, cède, certainement contrainte par son mari qui adore sa fille chérie.
Marie-Christine est alors confiée à la maréchale von Vasquez.
Le 8 décembre 1756
Naissance de son frère Maximilien (1756-1801).
Joseph se sentira beaucoup plus à l’aise avec ses frères et sœurs les plus jeunes : Marie-Caroline, Ferdinand, Marie-Antoinette et Maximilien. Tous, au contraire de leurs aînés, l’aimeront beaucoup.
Le 19 janvier 1757
L’héritier du trône est atteint de petite vérole. On craint pour sa vie et on craint que l’épidémie se répande au sein de la famille impériale.
On parle de petite vérole «copieuse». Joseph s’en sort très amaigri et le visage grêlé.
Le 29 janvier 1757
Si l’héritier est évidemment l’objet de toutes les attentions, sa soeur Marie-Christine atteinte à son tour se démarque réellement pour la première fois du reste de sa fratrie :
« Tout est en grande alarme à la cour, l’archiduchesse Marie a pris ce matin la petite vérole. (…) Il serait bien dommage pour elle et aussi pour son beau visage, car vous ne sauriez croire comme elle s’est changée à son avantage, avec cela une affabilité charmante. Tous les étrangers en sont épris.»
Caroline Khevenhüller à son fils Sigismond
Sa deuxième fille sort réellement de sa chrysalide et c’est certainement à ce moment-là que commence le fort attachement que ressentira toute sa vie Marie-Thérèse pour Mimi. Malgré l’épidémie, Marie-Thérèse ne perd alors aucun de ses enfants.
Février 1757
Séjour de quelques mois à Vienne du prince Louis-Eugène de Wurtemberg (1731-1795).
Marie-Christine en tombe amoureuse.
En mai 1757
Refus du couple impérial de voir leur fille chérie épouser un prince d’un rang inférieur au sien, cadet de surcroît, et pour ne rien arranger libertin.
« Dans une lettre de 1757, Marie-Thérèse évoque Marie-Christine comme la fille chérie de l’empereur.»
BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 94
Le 13 mai 1758
La Reine d’Espagne très malade, on commence à évoquer un possible remariage du Roi Ferdinand VI avec Marie-Christine, son aînée Marianne ne pouvant se positionner sur le marché du mariage. Marie-Thérèse refuse : sa fille (seize ans) est trop jeune et ne peut vivre dans une cour aussi sérieuse que celle d’Espagne.
Elle rajoute qu’elle ne souhaite aucunement se séparer de ses filles.
Le 14 août 1758
Choiseul revient à la charge :
« S. M. I. me semble avoir de la répugnance à donner une de ses filles au roi catholique en cas qu’il désirât en épouser une. Il n’y en a qu’une qui puisse être dans ce cas, qui est la seconde, mais aussi c’est celle que Leurs Majestés Impériales aiment le mieux, parce qu’elle est aussi aimable de caractère que de figure et que sa société leur est infiniment agréable.»
Lettre du duc de Choiseul au cardinal de Bernis
Le 5 septembre 1758
A l’annonce de la mort de la Reine d’Espagne, Marie-Thérèse réaffirme son refus de se séparer de sa fille Mimi.
Début 1760
Albert de Saxe (1738-1822), quatrième fils du Roi de Pologne Auguste III, électeur de Saxe, et frère de la Dauphine Marie-Josèphe, arrive à Vienne pour entrer dans l’armée de Marie-Thérèse.
L’Impératrice tombe rapidement sous le charme de ce charmant jeune prince et souhaite lui procurer un bel avenir. Marie-Christine ne semble pas encore le connaître.
Le 10 mars 1760
Marie-Thérèse écrit au duc de Choiseul qu’elle ne mariera jamais ses quatre filles aînées car il n’existe aucun parti digne d’elles.
Mimi aura finalement son mariage d’amour…
Le 7 septembre 1760
Mariage par procuration à Parme. Marie-Thérèse envoie le prince de Liechtenstein épouser la princesse au nom de l’Archiduc Joseph.
Le 6 octobre 1760
Célébration du mariage à Vienne en grandes pompes. Marie-Thérèse souhaite les fêtes les plus extraordinaires, à la hauteur de l’événement, et décide de les faire immortaliser par son peintre préféré Martin van Meytens aidé de son atelier.
L’artiste n’achèvera l’ensemble qu’en 1765.
Pour cette dernière composition, Marie-Thérèse demande à l’artiste de rajouter ses derniers enfants qui n’avaient pu assister aux cérémonies car alors trop jeunes : les archiducs Ferdinand, Maximilien et leurs sœurs Marie-Caroline et Marie-Antoinette. Il place aussi le jeune prodige Wolgang Gottlieb Mozart que l’on peut repérer dans la foule. Il n’était au moment des faits qu’un simple bambin de quatre ans parfaitement inconnu mais qui était depuis devenu une célébrité internationale.
Contre toute attente Joseph devient follement amoureux de sa femme. Il n’aimera qu’elle.
Malheureusement pour lui ces sentiments ne sont pas du tout réciproques même si en apparence Isabelle joue à la plus parfaite des épouses. Elle a très vite cerné sa psychologie, compris les angoisses et complexes du jeune homme. Bien plus supérieure à lui intellectuellement, elle lui fait croire à chaque instant que c’est lui le maître, comblant ainsi sa misogynie exacerbée. Elle voue par contre très rapidement une passion dévorante pour sa belle-sœur Marie-Christine.
Le 22 décembre 1760
Fausse couche d’Isabelle ou simple «petite incommodité» selon Marie-Thérèse.
Le 26 décembre 1760
Nouvelle épidémie de variole au sein de la famille impériale.
L’Archiduc Charles-Joseph, frère puîné de Joseph tombe malade.
Le 18 janvier 1761
Mort de son frère Charles-Joseph.
Février 1761
Sa belle-sœur Isabelle contribue à attiser les tensions entre les frères et sœurs, certainement dans l’idée de plaire à son mari. Elle sait qu’elle peut tout se permettre car comme son mari, ses beaux-parents l’adorent absolument. Et Isabelle est suffisamment fine pour ne jamais se retrouver en porte à faux.
La robe Brunswick était un ensemble deux pièces : une version courte de la robe à la française, avec capuche et manches amovibles, portée avec un jupon assorti. Inspirée à l’origine des vêtements de voyage allemands, elle devient une mode informelle dans les années 1760. Marie-Antoinette et ses sœurs la portent à Vienne.
Elle s’amuse notamment aux dépens de l’aînée Marie-Anne, Archiduchesse handicapée aussi orgueilleuse qu’intellectuelle, qui n’a pas supporté de perdre son statut d’Archiduchesse aînée avec le mariage de Joseph.
Néanmoins, vis-à-vis de Marie-Christine, Isabelle est obligée de cacher ses sentiments à Joseph qui ne supporte pas plus cette sœur et demande donc à sa belle-sœur d’entrer dans son jeu. Et dans l’idée également que Joseph puisse davantage apprécier à son tour Mimi :
« Je ne peux m’empêcher, à cause de l’extrême tendresse que j’ai pour vous, de vous écrire ces lignes, mais je vous conjure, au nom de cette même tendresse, de faire attention à ce que je vais vous dire. Vous savez l’aventure d’hier ; elle est capable d’entraîner après des suites si vous tenez votre parole. J’ai convaincu l’Archiduc de son tort, quoique à la vérité vous en ayez autant l’un que l’autre, mais c’est ce qu’il doit ignorer. Je vous supplie donc, quand vous le verrez, d’en agir absolument comme de coutume, que s’il est froid envers vous, de faire semblant de ne vous en pas apercevoir, que si l’on vient à parler de l’aventure en question, de lui en faire une sorte d’excuse en plaisanterie. Non que je prétende par là lui prouver qu’il avait raison, mais je m’en servirai au contraire pour lui faire sentir son tort et pour vous rendre plus estimable dans son esprit ; que si il badine encore ne faites semblant de rien, tâchez de lui céder, d’en rire ; j’aurai soin de relever tout ce que vous ferez de la sorte, et de vous en faire un mérite devant lui, ce qui ne manquera pas de redoubler son amitié pour vous. Pardon de tout ce que je vous dis ; cela ne vient que de mon amitié. Je vous conjure encore d’y faire attention. Croyez que ce n’est que pour notre satisfaction mutuelle que je vous parle. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur et attends votre réponse comme un criminel la sentence, car vous savez que la tête me tourne de vous. A propos, qu’il ne soit pas question vis-à-vis de lui que je vous ai écrit aujourd’hui.»
Isabelle de Bourbon-Parme à l’Archiduchesse Marie-Christine
Les conseils d’Isabelle paraissent avoir porté leurs fruits. En effet, des années plus tard, alors que Joseph exile ses sœurs Marie-Anne et Marie-Elisabeth dans des couvents de province suite à la mort de leur mère, il éloigne également Marie-Christine, mais avec la charge prestigieuse de gouvernante des Pays-Bas autrichiens.
Marie-Christine s’intéresse particulièrement aux arts graphiques devenant l’une des plus grandes collectionneuses d’Europe de son temps, mais aussi en pratiquant le dessin avec assez de talent. Ce sont essentiellement des œuvres d’après d’autres artistes ou dessinateurs. C’est à dire qu’elle reproduit des œuvres déjà existantes. Et ce grâce à la diffusion de nombreuses gravures qui circulent dans toute l’Europe éclairée du XVIIIe siècle.
Le 20 mars 1762
Naissance de Marie-Thérèse, fille de Joseph et d’Isabelle. Malgré la déception du sexe de l’enfant, les parents, les grands-parents, les nombreux oncles et tantes sont tous heureux, persuadés que la petite Archiduchesse est annonciatrice de nombreux frères et sœurs. L’Impératrice devient la marraine de l’enfant. Désormais, toutes ses petites-filles aînées de chacun de ses enfants seront ses filleules.
C’est une rare occasion qui montre Joseph exprimer ses sentiments. A son beau-père :
« C’est avec la plus grande joie du monde que je donne part à V. M. et très cher beau-père que ma très chère femme vient d’accoucher dans cet instant d’une fille. Elle a beaucoup souffert et moi de même par conséquent, ayant toujours été présent.»
Bicchieri
Le 13 octobre 1762
Visite de la famille Mozart à Schönbrunn.
La famille impériale est très férue de musique et au grand bonheur du couple impérial et de Joseph, Isabelle joue merveilleusement bien du violon.
En décembre 1762
Marie-Thérèse s’oppose à son mari qui souhaite voir Marie-Christine épouser le duc de Chablais, fils du Roi de Sardaigne et de sa sœur décédée Elisabeth.
Ce portrait de Marie-Thérèse et de sa famille célébrant la Saint-Nicolas, peint par Marie-Christine, est essentiellement une copie d’une gravure populaire de l’année précédente :
Le 22 décembre 1762
Mort de sa sœur Marie-Jeanne-Gabrielle.
La même année, Marie-Christine apprend le mariage de Louis-Eugène de Wurtemberg avec Sophie de Werthern, comtesse de Beichlingen (1728 -1807).
En janvier 1763
La princesse Trautson, aya des trois premières archiduchesses, prend sa retraite après vingt-deux ans de bons et loyaux services, sans interruption.
Si l’Impératrice et Marianne continueront une relation épistolaire avec elle, ce ne sera pas le cas de Marie-Christine et de Marie-Elisabeth, certainement jalouses de la relation particulière entre leur ancienne aya et leur sœur aînée.
Nuit du 26-27 novembre 1763
Mort d’Isabelle de Bourbon-Parme. Chagrin immense de la famille impériale. Isabelle laisse une correspondance riche et étonnante avec Marie-Christine.
Leur correspondance témoigne des sentiments exacerbés qu’éprouvait Isabelle, jeune femme étrangère, très intelligente mais fragile voire dépressive envers sa belle-sœur.
Il est toutefois difficile de leur donner une signification précise selon les conceptions actuelles de l’homosexualité.
Les expressions de tendresse exaltées qu’on trouve dans cette correspondance sont tout à fait conformes à la mode de l’époque (telles qu’elles abondent, par exemple, dans la correspondance – littéraire – entre Julie et Claire de La Nouvelle Héloïse, ou dans celle – authentique – entre la duchesse du Devonshire et Lady Foster)…
Face à l’exaltation amoureuse d’Isabelle, Marie-Christine semble avoir montré une attitude plus compassée, s’efforçant en vain de remettre Isabelle dans un état d’esprit plus raisonnable (les lettres de Marie-Christine n’ont jamais été retrouvées, mais on déduit leur contenu des réponses d’Isabelle, qui souffre de la non-réciprocité de ses sentiments).
Au surplus, précisément à cette époque, Marie-Christine après avoir vécu un chagrin d’amour avec le duc de Wurtemberg commence à fréquenter Albert de Saxe pour qui elle éprouve de plus en plus de sentiments. Lui aussi est un cadet issu d’une famille bien inférieure aux Habsbourg ! Mais son père est Roi et sa sœur Dauphine.
Images de Marie-Thérèse d’Autriche (2021) téléfilm de Robert Dornhelm
Marie-Christine, face aux effusions croissantes d’Isabelle, finit par se résoudre à éviter soigneusement de se trouver seule avec elle, ne la rencontrant plus qu’en public dans les cérémonies de la Cour. Enfin, elle choisit de s’éloigner définitivement en s’établissant à Prague. De cette époque datent les lettres les plus désespérées d’Isabelle, qui se livre alors avec Marie-Christine à un véritable chantage au suicide. À quoi Marie-Christine répondit froidement (une de ses rares lettres subsistantes) :
« Votre désir de mort est une chose entièrement mauvaise, et qui témoigne de votre égoïsme ou d’une prétention aux résolutions héroïques ».
Au demeurant, « Isabelle était déchirée entre ses sentiments pour sa belle-sœur, son devoir envers son mari, et sa foi catholique ardente. Elle se sentait mourir de honte et de culpabilité (« Dieu connaît mon désir de fuir une vie par laquelle je L’offense chaque jour », écrit-elle ailleurs). Son sentiment de faute est impressionnant. Marie-Thérèse semble ne s’être jamais aperçue de rien. »
Après la mort d’Isabelle, dont Joseph II est désespéré, Marie-Christine elle-même offre à son frère, pour le consoler par un souvenir de sa femme, l’ensemble des lettres qu’elle a reçues de la défunte, et ce dernier les conservera soigneusement dans ses propres papiers.
Isabelle juge très sévèrement son mari, l’empereur et l’impératrice qui l’ont aimée plus que tout.
Elle juge ainsi la mère :
« Pour ce qui regarde les enfants, l’Impératrice les aime mais elle a un principe faux qui est le trop de rigueur. Il faut toujours tâcher de les soutenir vis-à-vis d’elle, les excuser sans cependant vouloir cacher leurs défauts, ce qui serait trop dangereux, et tâcher de l’engager à prendre le parti de la douceur. Mais il faut surtout prendre un terme par-devant soi bien long, et plus long même qu’il ne le faut, car sans cela l’impatience s’en mêle et regâte tout. Il ne faut pas craindre de lui parler des défauts de ses enfants, c’est leur rendre service : on empêche par là qu’elle ne s’en ouvre à d’autres, ou du moins l’on prévient le tort qu’on pourrait leur faire.»
Isabelle de Bourbon-Parme à l’Archiduchesse Marie-Christine, novembre 1763
A suivre ces conseils, Marie-Christine deviendra réellement l’enfant chérie de l’Impératrice, à qui elle peut tout demander.
Mais si elle n’hésite pas à rien cacher des défauts de ses frères et sœurs, en particulier des trois derniers, elle ne l’engagera jamais à prendre le parti de la douceur vis-à-vis d’eux.
Toute sa vie, elle gardera dans son livre de prières, un portrait d’Isabelle, derrière lequel elle avait écrit les mots suivants : « Portrait de ma belle-sœur, Isabelle, décédée au grand regret de tous, mais surtout tous les miens qui ont perdu la meilleure et la plus véritable amie qu’il y ait au monde. Cette femme était dotée de toutes les vertus, qualités et attraits imaginables. Ayant vécu comme un ange, elle est morte comme un ange… ».
Le 15 août 1764
Marianne n’hésite pas à marcher sur les plates bandes de sa sœur :
« L’archiduchesse aînée souhaiterait bien de pouvoir enlever le prince Albert à madame sa sœur. (…) Il y a longtemps que le prince Albert a des vues sur cette seconde princesse.»
Archives bavaroises d’état
Le 25 janvier 1765
Le mariage de Joseph II avec Maria Josepha de Bavière.
Lors de cette cérémonie, les Archiducs et Archiduchesses donnent un spectacle…
Le 4 juillet 1765
Départ de Marie-Thérèse, de François-Etienne, de leurs deux fils aînés et de leurs deux filles aînées pour Innsbruck. Les plus jeunes ne les accompagnent pas. L’Empereur souhaite voir Marie-Christine épouser le duc de Chablais, fils cadet du roi de Sardaigne et d’Elisabeth-Thérèse de Lorraine sa soeur. Un appartement prestigieux lui est donc préparé pour les festivités. De son côté, Marie-Thérèse choisit celui qu’aime sa fille préférée, le cadet de l’Electeur de Saxe, Albert. La comtesse Enzenberg, amie de l’impératrice et épouse du gouverneur local est chargée de lui fournir un appartement clandestin.
Le 5 août 1765
Mariage de l’Archiduc Léopold avec Marie-Louise d’Espagne à Innsbruck.
A cette occasion, Marie-Thérèse décide de réaménager la galerie du palais de la Hofburg d’Innsbruck avec les portraits de tous ses enfants, auxquels on rajoutera en fonction conjoints et petits-enfants.
Le 18 août 1765
Mort de Son père, l’Empereur François Ier, lors des festivités du mariage de Léopold à Innsbruck.
Marie-Antoinette racontera, en 1790, à Mesdames de Tourzel, de Fitz-James et de Tarenteaux que l’Empereur François Ier, partant pour l’Italie, d’où il ne devait jamais revenir , rassemble ses enfants pour leur dire adieu :
« J’étais la plus jeune de mes sœurs, mon père me prit sur ses genoux, m’embrassa à plusieurs reprises, et, toujours les larmes aux yeux, paraissant avoir une peine extrême à me quitter. Cela parut singulier à tous ceux qui étaient présents, et moi-même je ne m’en serais peut-être pas souvenue si ma position actuelle , en me rappelant cette circonstance, ne me faisait voir pour le reste de ma vie une suite de malheurs qu’il n’est que trop facile de prévoir.»
Avènement de Joseph II qui partage le pouvoir avec Marie-Thérèse.
Le 29 novembre 1765
La mort inopinée de son père plongeant l’impératrice Marie-Thérèse dans une dépression profonde, Marie-Christine profite de cette faiblesse momentanée pour arracher à sa mère l’autorisation de se marier par amour plutôt que par raison d’État.
Madame de Trautson, heureuse pour sa pupille, évoque une «union entre deux cœurs».
Il est évident que les sœurs de Marie-Christine, et en particulier Marianne, ne se réjouissent pas autant.
Janvier 1766
Marie-Thérèse adore ce jeune homme à qui elle accorde le duché de Teschen afin de le doter un peu plus convenablement pour convoler avec une archiduchesse :
« Je suis capable de vous la sacrifier, vous aimant autant que mes propres enfants.»
L’Archiduchesse écrit au duc Albert de Saxe-Teschen, son fiancé, en attendant l’arrivée du peintre Marcello Bacciarelli pour se faire peindre avec le désir de faire ce qui plaît à son futur époux. Elle porte une robe rouge , couleur très aimée par le duc, bien que cela «l’ ennuyait à mort» de poser pour un portrait. L’Archiduchesse préférait des robes avec des couleurs plus sombres.
Le 6 février 1766
Course de traîneaux et carrousel à Schönbrunn.
Marie-Christine faillit entrer dans la maison de Savoie. En effet, son père désirait lui faire épouser Benoît de Savoie, duc de Chablais (1741-1808), fils de Charles-Emmanuel III de Sardaigne (1701-1773), mais Marie-Christine réussit à épouser l’élu de son cœur Albert de Saxe-Teschen.
Le 8 avril 1766
Mariage de Marie-Christine avec Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), frère de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe, mère du duc de Berry, au château de Hof.
Le 18 avril 1766
Marie-Thérèse est en extase devant ce couple :
« Je vous aime autant que votre chère Mimi.»
Marie-Christine est ainsi la seule à être épargnée par la politique de mariage de sa mère et à pouvoir, avec l’aide de Marie-Thérèse, épouser l’homme de son choix, futur fondateur de la collection d’art graphique de l’Albertina à Vienne.
Un goût commun pour les arts les a certainement rapprochés.
Albert n’est ni fortuné, ni puissant et se surnomme lui-même le «pauvre cadet».
L’amour presque exclusif que porte Marie-Thérèse à ce couple va rapidement arranger sa situation financière.
De 1765 à 1780
Albert est nommé gouverneur de Hongrie par Marie-Thérèse, fonction assortie d’un siège à Presbourg (en Slovaquie actuelle) , puis à Bruxelles, conjointement avec son épouse.
La confiance de l’Impératrice est donc totale.
Le 13 mars 1767
Mort de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe ( née le 4 novembre 1731), sa belle-sœur.
En 1767
L’Archiduchesse Marie-Elisabeth (1743-1808) est atteint de petite vérole. Elle s’en sort mais enlaidie, elle ne peut plus prétendre au mariage.
Le 16 mai 1767
Marie-Christine accouche d’une fille, Marie-Thérèse de Saxe-Teschen ; sa grand-mère est sa marraine, comme pour l’aînée de tous ses frères et sœurs… mais la princesse meurt le lendemain.
Albert et Marie-Christine seront sans postérité…
Marie-Christine ne pouvant plus avoir d’autres enfants, le couple adoptera un neveu de Marie-Christine, l’archiduc Charles-Louis (1771-1847), grâce à une généreuse décision de son père Léopold II (1747-1792).
Le 28 mai 1767
Mort de Marie-Josepha de Bavière, seconde épouse de l’Empereur Joseph II. Elle quitte la vie sans déplaisir, n’étant plus appréciée de personne depuis la mort de son beau-père. Joseph II voit ce décès comme un soulagement…
Le 15 octobre 1767
Mort de l’Archiduchesse Marie-Josèphe (1751-1767), sœur de Marie-Christine.
Le 12 mai 1768
Mariage de l’Archiduchesse Marie-Caroline avec Ferdinand Ier des Deux-Siciles.
Le 27 juin 1769
Mariage par procuration de l’Archiduchesse Marie-Amélie avec Ferdinand Ier, duc de Parme.
Le 23 janvier 1770
Mort de sa nièce Marie-Thérèse, fille de Joseph II.
Le 19 avril 1770
Mariage par procuration de sa sœur Marie-Antoinette et du Dauphin à l’église des Augustins de Vienne:
A six heures après-midi, à la sonnerie des trompettes et au son des tympans, toute la Cour de Marie Thérèse, se rend à l’église des Augustins de Vienne.
L’Archiduchesse, toute souriante, porte une robe de drap d’argent. L ‘Archiduc Ferdinand qui a dix-sept mois de plus que Marie-Antoinette, habillé en soie blanche, avec une bande bleue drapée sur la poitrine, remplace le Dauphin. L’église des Augustins est une église paroissiale, une vaste structure reliée à l’aile Leopoldina de Hofburg (les appartements privés de la famille royale) par un long couloir.
Joseph II conduit le cortège, puis l’Impératrice Marie Thérèse et derrière elle l’Archiduc Ferdinand qui donne la main à Marie-Antoinette. Pour l’occasion de Gluck a créé une composition pour orgue qui résonne dans l’église. La messe est dite par le nonce du pape, Monseigneur Visconti, assisté par le curé de la Cour, Briselance. Les prie-Dieu des » mariés » sont recouverts de velours rouge brodé d’or ; quand les deux mariés s’agenouillent, ils répondent à la question du nonce, une formule latine: « Vol et ita promis » (c’est ce que je veux et promets). Les anneaux, dont l’un sera livré par Marie-Antoinette au Dauphin, sont bénis ; Ferdinand glisse au doigt de sa sœur l’anneau de rubis du Dauphin et la fait ensuite se lever pour l’embrasser sur les joues ; après quoi Briselance s’apprête à prononcer l’acte Nuptial, Kaunitz l’authentifie et Durfort le légalise (en fait, ce dernier acte aurait dû revenir au beau-frère de Marie-Antoinette, Albert de Saxe Teschen, mais Versailles a fait savoir au prince qu’il ne fallait pas qu’il se dérange et qu’il pouvait laisser sa place à l’ambassadeur). Albert n’a pas objecté, mais pour le dîner de mariage, il ne veut pas entendre de raison, donc Durfort n’assiste pas au banquet et reste chez lui. Le comte de San Giuliano, grand maître des cuisines impériales, a accompli des merveilles ce soir-là. Cent cinquante invités sont admis, non pas à dîner, mais à admirer les neuf princes convives qui mangent dans de la vaisselle d’or.
Le 16 mai 1770
Le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin est célébré dans la chapelle royale de Versailles.
Ainsi Marie-Christine devient par alliances la tante de sa sœur…
Le 8 septembre 1772
« Vous me reprochez, ma chère Christine, de ne pas t’avoir parlé de mes belles petites sœurs Clotilde et Elisabeth ; c’est vrai que je n’en ai pas eu l’occasion. Leur éducation n’est pas encore finie, elles sont confiées à une dame, Madame de Marsan, et en été, je les vois peu, alors que je les vois souvent quand elles sont à Versailles. Madame, c’est-à-dire Clotilde, reste ce qu’elle était, une petite fille très gentille, souriante, ouverte, qui veut plaire à tout le monde et peut être aimée par tout le monde. À treize ans, elle est raisonnable comme si elle avait vingt ans. Elisabeth a huit ans et demande beaucoup d’attention à son éducation. Clotilde a enchanté tout le monde à la fête [il s’agit d’une fête offerte par les deux sœurs] saluant toutes les dames avec un bisou sur la joue l’une après l’autre, alors qu’Elisabeth leur a offert sa main à embrasser.
Au revoir chère sœur, je vous embrasse sur les deux joues.»Marie-Antoinette à Sa sœur Marie-Christine
On remarque l’affection de Marie-Antoinette pour Sa sœur Marie-Christine. La relation entre Christine et Marie-Antoinette deviendra plus compliquée au fil des ans, mais leur correspondance est restée affectueuse pendant un certain temps…
Le 10 mai 1774
Mort de Louis XV.
Le Dauphin devient Roi sous le nom de Louis XVI…
…et sa sœur Marie-Antoinette, Reine de France !
Marie-Christine étant gouvernante générale des Pays-Bas, où paraissent la majorité des pamphlets satiriques dirigés contre Elle, Marie-Antoinette est persuadée que Sa sœur envoie à leur mère tous les ragots à Son propos imprimés à Bruxelles.
Ainsi, lorsque Marie-Thérèse écrit à Marie-Antoinette pour Lui reprocher une dépense exorbitante consacrée à l’achat de bracelets de diamants, Marie-Antoinette écrit aussitôt à l’ambassadeur Florimond de Mercy-Argenteau (1727-1794) son opinion sur la façon dont Marie-Thérèse avait eu vent de cette affaire :
« C’est sûrement encore la Marie [Christine], c’est de la jalousie, c’est bien dans son goût… »
Le 4 juillet 1780
Décès du prince Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), gouverneur général des Pays-Bas autrichiens. Albert de Saxe est nommé à sa succession. Il est confirmé dans ses fonctions par son beau-frère l’empereur Joseph II (1741-1790) après la mort de l’impératrice (1781).
Le 29 novembre 1780
Mort de sa mère, l’Impératrice Marie-Thérèse, après une courte maladie.
Joseph II est désormais seul à la tête de l’Empire.
Après la mort de sa mère, Marie-Christine a elle aussi à subir la rancœur de Joseph II.
En 1781
Albert et Marie-Christine restés sans enfant sont envoyés aux Pays-Bas autrichiens en 1781 en tant que gouverneurs généraux.
Ni Marie-Christine ni Albert ne se font d’illusions sur le caractère et les ambitions de Joseph II. Bien que l’Empereur soit sincère jusqu’au fanatisme dans sa détermination à entreprendre des réformes et à améliorer la vie de ses sujets, il et tout aussi résolu à imposer sa volonté, quel qu’en soit le prix. Le besoin de Joseph de démontrer sa supériorité, même dans les affaires les plus insignifiantes, est flagrant aux yeux de sa sœur, tout comme son amertume et son manque de compassion, qui ont tendance à se manifester par la vengeance. Mimi sait qu’elle s’est aliénée son frère en s’opposant ouvertement à sa récente guerre mal conçue et finalement infructueuse pour la Bavière, et qu’elle et son mari seront probablement punis pour cela, même si Albert a fait son devoir et participé loyalement à une campagne menée contre sa propre famille.
Ses soupçons ne sont pas infondés. Joseph n’attend pas la fin des premières semaines de deuil avant d’entreprendre des changements radicaux à la Cour de Vienne. N’ayant jamais caché son agacement face à la présence de ses deux sœurs célibataires, il les renvoie, presque aussitôt les funérailles terminées, dans leurs couvents respectifs. Ces deux abbesses, réticentes et n’ayant jamais vécu ailleurs qu’au palais de la Hofburg, s’y installent à contrecœur. En un mois, il dépouille la Cour de tout cérémonial, aboli le port du costume (qu’il déteste) et réduit considérablement les jours fériés, les fêtes religieuses et autres divertissements fastueux qui ont jadis fait la renommée de la capitale de sa mère.
En février 1781
Après avoir examiné les termes du testament de Marie-Thérèse, il refuse plusieurs de ses legs à ses frères et sœurs, dont deux maisons en Hongrie et les quelques deux cents tableaux qu’elle avait offerts à Marie-Christine (qui est alors contrainte de les restituer à Joseph), avant de finalement s’intéresser à la charge héréditaire de gouverneurs généraux des Pays-Bas autrichiens, un héritage que sa mère avait spécifiquement attribué à Mimi et à son mari dans leur contrat de mariage.
Le poste de gouverneur général des Pays-Bas autrichiens (correspondant en grande partie à la Belgique actuelle) est une nomination exceptionnelle. Bruxelles et ses provinces limitrophes, notamment la Flandre et le Hainaut, sont prospères et paisibles. La population, majoritairement catholique, est depuis longtemps habituée à la domination des Habsbourg. Les gouverneurs généraux vivent confortablement dans un palais et leurs fonctions sont essentiellement honorifiques. Ce poste était si prestigieux qu’en 1744, Marie-Thérèse l’offrit à sa sœur cadette, Marie-Anne, et à Charles de Lorraine comme cadeau de mariage. À la mort de Marie-Anne en couches la même année, Charles conserva le poste, tout en étant entendu qu’il assumerait également les fonctions de commandant en chef de l’armée autrichienne. Il demeurera gouverneur général de Bruxelles pendant les trente-six années suivantes.
« C’est avec la plus grande satisfaction que je m’acquitte d’un ordre reçu de feu Sa Majesté l’impératrice, en conférant à Votre Altesse et à son époux le stadhourat des Pays-Bas autrichiens. Les Pays-Bas ont de nombreux avantages sur la plupart des autres contrées de l’Europe, les habitants y sont aisés, la noblesse s’y distingue par son aménité et son instruction; le commerce y est florissant; le peuple a de l’attachement pour notre maison, que notre oncle Charles Alexandre de Lorraine a su faire adorer des bons et estimables Belges. »
Joseph II, Lettre à Marie-Christine, de janvier 1781
Le 28 février 1781
« Je crois, ma chère sœur, que vous vous frappez beaucoup trop de la franc-maçonnerie pour ce qui regarde la France. Elle est loin d’avoir ici l’importance qu’elle peut avoir en d’autres parties de l’Europe, par la raison que tout le monde en est. Ce n’est qu’une société de bienfaisance et de plaisir ; on y mange beaucoup, et l’on y parle, et l’on y chante…
Ce n’est nullement une société d’athées déclarés, puisque Dieu y est dans toutes les bouches ; on y fait beaucoup de charités. La princesse de Lamballe m’a raconté toutes les jolies choses qu’on lui a dites, mais on y a vidé plus de verres encore qu’on y a chanté de couplets.»Marie-Antoinette à Marie-Christine
Le 10 juillet 1781
En conséquence, Marie-Christine et Albert acceptent le poste et ils font leur entrée officielle à Bruxelles, où ils sont chaleureusement accueillis par une foule en liesse, avec festins et feux d’artifice. Trois semaines plus tard, devant une assemblée distinguée représentant l’Église et l’aristocratie de la région, Albert prête solennellement serment de «maintenir les privilèges, franchises, usages, coutumes, terres et propriétés» de ses sujets lors d’une cérémonie émouvante à la cathédrale de Gand… (Marie-Christine est présente, mais, pour les besoins de la cérémonie, son époux les représente tous deux. Chacun sait que le pouvoir lui vient de par sa lignée ; le couple est généralement désigné comme «la princesse Marie-Christine, sœur de l’Empereur, et son époux» ).
Le 17 juillet 1781
Les gouverneurs font leur joyeuse entrée comme duc de Brabant, au nom de l’Empereur. Après le serment d’usage, le cardinal de Frankenberg célèbre la messe dans l’église Sainte-Gudule. Cependant, lors de la fête en soirée, un accident se produit à l’occasion du feu d’artifice et coûte la vie à vingt-quatre personnes.
Le pouvoir réel se trouve dans les mains du ministre plénipotentiaire et non plus dans celles des gouverneurs ; c’est la décision de Joseph II. Le prince Starhemberg rédige un plan pour le budget des Pays-Bas, puis est choisi comme grand maître à Vienne par l’Empereur. À la suite du serment prêté en son nom par le duc Albert de Saxe-Teschen, Joseph II s’engage à respecter les privilèges des Pays-Bas, comme ses prédécesseurs. Cependant pendant son règne, Joseph II promulgue plus spécifiquement dans les Pays-Bas de nombreux édits ou ordonnances qui vont à l’encontre des us et coutumes des habitants.
Les nouveaux gouverneurs généraux s’installent à Bruxelles, où ils conquièrent immédiatement l’affection de la population et contribuent à l’embellissement de la ville en faisant construire à leurs frais l’élégant palais de Laeken. Comme ils l’ont fait durant leurs années en Hongrie, Marie-Christine et Albert encouragent les arts et la culture et apportent un charme certain à leur environnement. «Les vertus de ces princes, dont ils ornèrent la cour de Bruxelles et dont ils donnèrent un bel exemple d’amour conjugal, leur courtoisie et leur affabilité, ainsi que l’affection qu’ils avaient toujours manifestée pour les Flamands, dont ils connaissaient bien le caractère, leur valurent la pleine estime et la confiance de la nation», raconte un chroniqueur de l’époque. «Nul ne craignait que les conseils de ces princes n’aient proposé des mesures susceptibles de porter atteinte aux droits du peuple.»
« Nous nous trouvons réduits à faire connaître très humblement à Vos Altesses Royales que le cri de notre conscience ne nous permet pas de porter notre consentement à la continuation ordinaire des impôts aussi longtemps que les infractions faites à la Joyeuse Entrée ne seront pas redressées & que les Règlements projetés ne seront pas réformés conformément à la Constitution. »
Les États du Brabant , Lettre du 19 avril 1787 à leurs Altesses Royales
L’époux de Marie-Christine, Albert de Saxe Teschen, est d’ailleurs lui-même franc-maçon.
En 1782
Les gouverneurs généraux des Pays-Bas autrichiens, le duc Albert de Saxe-Teschen et son épouse, Marie-Christine d’Autriche, charmés par la beauté du site, firent l’acquisition du domaine de Schoonenberg afin de leur servir d’habitation de plaisance, car leur ancienne résidence d’été de Tervueren était détruite par décret de l’Empereur Joseph II.
Le château sera construit entre 1782 et 1785 d’après les plans de l’architecte Charles De Wailly sous la supervision de Louis Montoyer.
Le «Temple du Soleil » au jardin du château ; une construction néoclassique qui rappelle un peu le pavillon français près du Petit-Trianon :
Le 7 mai 1783
Joseph II nomme alors un nouveau ministre plénipotentiaire, le comte Louis de Barbiano et Belgiojoso par lettres patentes. Celui-ci informe Vienne de toutes les décisions du Conseil du gouvernement, regroupant les conseils collatéraux et de la secrétairerie d’état et de guerre, qu’il préside et dans lequel les deux gouverneurs ne siègent pas.
Le 4 août 1786
Fêtes au Petit Trianon pour le voyage de l’Archiduchesse Marie-Christine (1742-1798), gouvernante des Pays-Bas et sœur de Marie-Antoinette.
Marie-Antoinette prévient Mercy très nettement qu’Elle n’a pas envie de supporter la présence de sa sœur au quotidien et qu’il a à s’arranger pour prévoir un emploi du temps qui La débarrasse de Marie-Christine le plus souvent possible. De fait, si Louis XVI et son beau-frère s’entendent très bien (rappelons qu’Albert était le dernier frère de Marie-Josèphe de Saxe, la propre mère de Louis XVI), les rapports entre Marie-Christine et Marie-Antoinette sont d’une froideur glaciale, et Marie-Antoinette, contrairement à l’usage, ne fait organiser pour Sa sœur ni réception à Trianon, ni aucune soirée de gala particulière.
Le palais Albertina, ancienne résidence des archiducs d’Autriche (jouxtant le palais impérial de la Hofburg ), abrite un magnifique cadeau produit par la manufacture de Sèvres et offert par Marie-Antoinette à Sa sœur, l’Archiduchesse Marie Christine, fille préférée de l’Impératrice Marie-Thérèse. Ce guéridon représente dans son panneau central les amours de la sorcière Armide et du chevalier Rinaldo, d’après le poème du Tasse, La Jérusalem délivrée. Ce panneau de porcelaine peint serait le plus grand produit par la manufacture de Sèvres avant 1789.
Le guéridon est présenté dans le cabinet doré de l’appartement de Marie-Christine et de son mari, le duc Albert de Saxe Taschen.
Le cabinet doré des appartements d’Albert et Marie-Christine au palais Albertina
Le 1er septembre 1786
Marie-Antoinette écrit cependant à Sa sœur Sa réaction aux répercutions de l’affaire du collier :
« Je n’ai pas besoin de vous dire, ma chère sœur, quelle est toute mon indignation du jugement que vient de prononcer le Parlement pour qui la loi du respect est trop lourde; c’est une insulte affreuse et je suis noyée dans les larmes de désespoir. Quoi, un homme qui a pu avoir l’audace de se prêter à cette sotte et infâme scène du bosquet, qui a supposé qu’il avait un rendez-vous de la reine de France, de la femme de son roi, que la reine avait reçu de lui une rose et avait souffert qu’il se jetât à ses pieds, ne serait pas, quand il y a un trône, un criminel de lèse-majesté, ce serait seulement un homme qui s’est trompé! C’est odieux et révoltant, plaignez-moi, ma bonne sœur, je ne méritais pas cette injure, moi qui ai cherché à faire tant de bien, qui ne me suis souvenue que j’étais fille de Marie-Thérèse, que pour me montrer ce qu’elle m’avait recommandé en m’embrassant à mon départ, française jusqu’au fond du cœur, être sacrifiée à un prêtre parjure à un intriguant impudique! Quelle douleur! Mais ne croyez pas que je me laisse à rien d’indigne de moi, j’ai déclaré que je ne me vengerais jamais qu’en redoublant le bien que j’ai fait. Je n’ai pas besoin de vous dire que le roi est indigné, il exile le cardinal à la Chaise Dieu et Cagliostro est chassé de France. Adieu, mes enfants se portent bien, nous vous embrassons tous et vous serrons sur notre cœur.»
Marie-Antoinette
Le 19 juillet 1787
Le général comte Joseph de Murray est nommé, par lettres patentes de l’Empereur datée du 3 juillet, gouverneur général par intérim durant l’absence de l’Archiduchesse Marie-Christine et du duc Albert de Saxe-Teschen. Il est remplacé, le 27 octobre par le comte Ferdinand von Trauttmansdorff, nommé ministre plénipotentiaire pour le gouvernement des Pays-Bas et président du conseil dudit gouvernement, par lettres patentes de l’Empereur du 11 octobre 1787.
Le couple de gouverneurs Marie-Christine d’Autriche et Albert de Saxe-Teschen et le ministre plénipotentiaire, le comte Louis de Barbiano et Belgiojoso ont un rôle inconfortable ; ils n’ont pas été consultés par l’Empereur pour la mise en place des nouvelles réformes et ils doivent les faire appliquer ! C’est pourquoi, dès le 30 mai 1787, sous la pression du mécontentement du peuple, les gouverneurs s’engagent à faire marche arrière et décident de postposer tous les édits incriminés tandis que le ministre plénipotentiaire quitte le pays. Joseph II n’est pas à Vienne, il est actuellement en Russie auprès de Catherine II et le prince de Kaunitz, chancelier à la cour de Vienne, temporise. Informé de la situation, Joseph II est irrité, la faiblesse des gouverneurs et du comte de Belgiojoso l’exaspère, mais il consent à suspendre l’exécution de ses derniers édits en attendant de se concerter avec les gouverneurs généraux et les députés des États de toutes les provinces à Vienne. Au total trente-deux députés sont ainsi choisis pour se rendre à Vienne début août. Tandis que les gouverneurs sont provisoirement remplacés par le comte Joseph de Murray aux Pays-Bas pour la durée du séjour en Autriche. Le 15 août 1787, à la première entrevue au Hofburg, Joseph II montre son mécontentement tandis que le député hennuyer Petit exprime le point de vue des États de provinces. Par après la position de l’Empereur semble plus conciliante, il annonce le remplacement du comte de Belgiojoso par le comte de Trauttmansdorff comme ministre plénipotentiaire et le retour à la situation du 1er avril 1787 avec la suspension des deux diplômes du 1er janvier 1787, mais sans retourner à la situation promise par les gouverneurs et moyennant des « Préalables indispensables ». Les députés des États, quant à eux, exigent un retour à la situation initiale. Le chancelier Kaunitz présente aux députés les « Préalables indispensables », à savoir le paiement des subsides, l’abolition des compagnies militaires, des uniformes et des cocardes et la réintégration des fonctionnaires destitués.
Le 26 décembre 1787
Le général Richard d’Alton arrive dans les Pays-Bas, avec la particularité que ce nouveau commandant général des troupes impériales est indépendant de tout pouvoir des Pays-Bas; il prend directement ses ordres auprès de Joseph II. Sous prétexte de maintenir l’ordre, le général fait envoyer des patrouilles dans les différents quartiers de Bruxelles. Le premier incident grave survient lorsqu’un détachement de militaires du régiment de Ligne ouvre le feu sur la foule après quelques huées tuant quelques bourgeois. L’Empereur soutient le général d’Alton dans sa politique de fermeté.
Le 5 mai 1789
En France : ouverture des États généraux.
En juin 1789
Les deux premiers ordres des États du Brabant, la noblesse et le clergé, sont réunis (comme à Versailles le mois précédent !) de force pour prendre connaissance et approuver un diplôme de l’Empereur réglant les subsides annuels. Vu leur refus, le comte de Trauttmansdorff leur annonce la révocation de la Joyeuse Entrée et des privilèges du Brabant ainsi que la suppression de la députation des États et du conseil de la province comme cela a été fait six mois plus tôt dans la province de Hainaut !
Le 14 juillet 1789
Prise de la Bastille.
Dès le 20 juillet 1789
La situation devient explosive. Fin juillet, des émeutes surviennent à Bruxelles, des pillages à Tirlemont, Tournai et Diest, tandis qu’un début d’insurrection se produit à Louvain. Le général D’Alton décide d’agir par la force. Les rassemblements de volontaires se créent aux frontières avec les Provinces-Unies et la Principauté de Liège. Des armes et de la poudre circulent de la Principauté de Liège vers les Provinces-Unies au profit des rebelles.
Le 5 octobre 1789
Des milliers de femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. Marie-Antoinette s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
La famille royale est ramenée de force à Paris. Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
« Nous déclarons l’Empereur Joseph II, duc de Brabant ipso jure déchu de la souveraineté, domaines, droits & prérogatives dudit Duché & Pays…. »
Henri van der Noot, Manifeste du peuple Brabançon
Au début d’octobre 1789, dans le but d’encadrer ses patriotes, Jean-François Vonck propose au colonel retraité Van der Mersch de prendre le commandement des troupes à Bréda. Le 24 octobre 1789, ceux-ci décident de mener une double incursion dans les Pays-Bas, un premier groupe conduit par le colonel Ranssonet et le major Philippe Devaux s’empare du Fort Lillo, au nord d’Anvers tandis qu’une bande de 2 500 rebelles armés dirigés par le général Van der Mersch marche sur Turnhout et s’y installe le 25 octobre 1789. Mais le commandement militaire impérial sous estime l’armée patriote. Le général d’Alton réagit en envoyant le général Schroeder avec 4 000 hommes pour rétablir la situation. Cependant dans les combats dans les rues de Turnhout, les soldats autrichiens lachent pied et se retirent en désordre en abandonnant quelques pièces d’artillerie. Après cette humiliation, le général d’Alton envoie une seconde troupe de 7 000 soldats, mais les patriotes font une retraite prudente vers les Provinces-Unies le 8 novembre 1789.
Le comte von Trauttmansdorff, rejette la responsabilité sur le général d’Alton et demande à l’Empereur d’envoyer des troupes en renfort. Mais Joseph II est occupé dans une expédition en Orient et menacé par la Prusse. De plus, sur place, les troupes impériales sont confrontées à la désertion des militaires locaux.
Le 20 février 1790
La mort à Vienne de Joseph II. Léopold II (1747-1792), son frère, devient Empereur des Romains. Sans la révolution belge, cette mort aurait débridé le pouvoir d’Albert et Marie-Christine …
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale. Le Roi part avec la Reine, le Dauphin, Madame Royale, Madame Élisabeth et madame de Tourzel.
Le 21 juin 1791
Le Roi de France (enfin… des Français) et la famille royale sont arrêtés à Varennes.
En 1791
Albert et Marie-Christine doivent fuir en 1791 devant la «Révolution brabançonne».
Le 1er mars 1792
Léopold II, le frère de Marie-Christine, meurt.
Avènement de son neveu François II, qui sera couronné Empereur le 19 juillet 1792.
Le 20 juin 1792
Le peuple des faubourgs de Paris, encadré par des gardes nationaux et ses représentants, comme le brasseur Santerre (10 à 20 000 manifestants selon Roederer), pénètre dans l’assemblée, où Huguenin lit une pétition. Puis elle envahit le palais des Tuileries.
La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.
Le 10 août 1792
Le château des Tuileries est envahi par la populace parisienne. La famille royale doit se réfugier à l’Assemblée nationale qui siège dans la salle du manège des Tuileries afin de se préserver d’être massacrée.
Le 13 août 1792
La Commune décide de transférer la famille royale au Temple…
Du 29 septembre au 8 octobre 1792
Après que le 20 avril 1792, l’Assemblée législative de France, sur une proposition de Louis XVI, a déclaré la guerre au «Roi de Bohême et de Hongrie», cette expression désignant l’Empereur du Saint-Empire et ses États, treize mille Impériaux, commandés par Albert de Saxe-Teschen mettent le siège devant Lille.
Le 29 septembre 1792
Le duc de Saxe -Teschen envoie une sommation à la place indiquant qu’il est disposé à épargner la ville contre reddition. Le général Ruault et André Bonte, maire de Lille, répondent que Lille et ses habitants ont renouvelé leur serment de fidélité à la nation, de vivre libres ou de mourir, et qu’ils ne se rendront pas.
Aussitôt que ces réponses parviennent au général ennemi, le bombardement commence le lendemain 30 septembre, et le feu se manifeste aux casernes de Fives, à Saint-Étienne et dans divers quartiers de la ville. Celui de Saint-Sauveur surtout devint le foyer d’un vaste incendie. Marie-Christine s’empresse de venir trouver son mari et d’assister joyeusement à ce spectacle déchirant. On assure qu’elle pointe elle-même plusieurs mortiers sur la ville. Les Impériaux entament, de jour comme de nuit, un violent bombardement qui détruit et incendie des maisons du centre-ville dont l’église Saint-Etienne.
La vieille cité prouve qu’elle n’a rien perdu de son antique vertu, quand le duc Albert de Saxe-Teschen vient mettre le siège devant elle et y jette, dans l’espace de neuf jours, trente mille boulets rouges et six mille bombes. La garnison — les quatre mille hommes de Ruault — n’aurait jamais pu suffire à la défense des remparts; mais Lille a encore six mille gardes nationaux, parmi lesquels figurent les célèbres canonniers…
Le 5 octobre 1792
À bout de munitions et sous la pression des armées révolutionnaires, les Impériaux finissent par lever le siège après avoir mis la place à feu et à sang.
Fin 1792
Les Français envahissent les Pays-Bas autrichiens et chassent les gouverneurs. Ils s’emparent du château de Laeken; saisi comme bien étranger, le domaine sera laissé à l’abandon. Dégradé, les ornements intérieurs pillés, sa vente par lots sera décidée.
Le château, déjà vendu, faillira être démoli quand Napoléon le fera racheter et remettre en état.
Devenu empereur, il y résidera plusieurs fois. En 1812, il offrira le château à sa première épouse, Joséphine de Beauharnais, en compensation de l’Élysée qu’elle occupera alors et qu’il souhaitera récupérer. Bien qu’elle imaginera des plans pour l’embellissement du domaine, Joséphine n’y séjournera jamais
Le 21 janvier 1793
Exécution de Louis XVI
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution.
Albert et Marie-Christine reviennent définitivement à Vienne.
Leur fils adoptif, Charles, leur succède à la tête des Pays-Bas autrichiens, mais, malgré un talent militaire incontestable, il doit se retirer devant l’armée ennemie l’année suivante.
Le 19 décembre 1795
Madame Royale, l’Orpheline du Temple, est délivrée et envoyée dans sa famille maternelle à Vienne.
Au contraire de sa mère, Marie-Thérèse sera très proche de sa tante pendant son exil à Vienne jusqu’au décès de cette dernière en 1798.
Il est même question de lui faire épouser son fils adoptif, le cousin de la célèbre orpheline, mais elle refuse d’épouser un « ennemi de sa patrie ».
Le 24 juin 1798
Décès de Marie-Christine, du typhus.
Marie-Christine est inhumée à Vienne, dans la crypte impériale de l’église des Capucins, habituelle nécropole des Habsbourgs. Mais en outre, dans l’église des Augustins, paroisse de la famille impériale, à côté de son palais, son mari lui fait élever un beau monument par le grand sculpteur italien Canova (1757-1822), avec une simple inscription :
« Uxori optimae. Albertus »
(« À la meilleure des épouses. Albert »).
Albert vivra retiré du monde jusqu’à sa mort en 1822… le duc sexagénaire se consacrera alors à sa collection d’art, qu’il léguera à son neveu et fils adoptif.
Le 10 février 1822
Décès de son époux, Albert de Saxe-Teschen à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
Sa dépouille est placée dans la crypte impériale à côté de celle de son épouse. Le couple repose dans les tombes 111 et 112.
Sources :
_Antoinetthologie
_BADINTER, Elisabeth, Le pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), Paris, Flammarion, 2016, 800 p.
_BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, 270 p.
_BLED, Jean-Paul, Marie-Thérèse d’Autriche, Paris, Fayard, 2001, 448 p.
_BOURBON-PARME, Isabelle, Je meurs d’amour pour toi, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine 1760-1763, édition établie par Elisabeth Badinter, Paris, Tallandier, 2008, 206 p.
_ La révolution brabançonne de 1789 et ses rapports avec la révolution liégeoise
https://hachhachhh.blogspot.com/2017/02/la-revolution-brabanconne-de-1789-et.html