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Marie-Antoinette aujourd'hui

Marie-Antoinette, série sur Canal +


L’affiche fait-elle voler Marie-Antoinette ou La fait-elle seulement se renverser de façon prémonitoire ?

Marie-Antoinette n’est qu’une toute jeune femme quand elle quitte l’Autriche pour épouser le dauphin en France. Arrivée à Versailles, elle souffre de devoir se plier aux règles de la Cour.

Dans la veine d’autres programmes historiques que l’on a pu suivre sur Canal+, comme Versailles ou encore Borgia, Marie-Antoinette nous invite à nous replonger dans une période charnière de notre pays, juste avant la Révolution française. Cette nouvelle création originale de la chaîne cryptée, proposée depuis le 31 octobre 2022, fait comme son nom l’indique le choix de s’attarder plus spécifiquement sur le sort de Marie-Antoinette. Un personnage historique qui fascine encore aujourd’hui, à la fois pour sa personnalité, son destin tragique, mais aussi sa force de caractère et son modernisme. Incarnée par Emilia Schüle dans la série, le personnage de Marie-Antoinette revêt des allures définitivement contemporaines.

À l’instar d’Anne Boleyn, de Jodie Turner-Smith, la série propose une vision féministe de la vie de Marie-Antoinette, qui épousa le Dauphin de France à l’âge de quatorze ans et devint reine avant son vingtième anniversaire. Au cœur de l’intrigue, son adaptation à la cour française et l’immense pression qu’elle a subie pour donner naissance à un garçon afin de perpétuer la lignée des Bourbons (la naissance tardive de son premier enfant, huit longues années après son mariage avec Louis XVI, donnera une image très négative de leur union dans l’opinion publique française). Parmi les lieux historiques filmés, les châteaux de Versailles, de Fontainebleau (surtout !) et de Vaux-le-Vicomte.

Cette série que la chaîne cryptée annonçait avec panache semblait promettre de par les sommes investies. Malgré la série Versailles qui nous avait déçus dans le fond historique comme dans la forme des costumes ou des décors, on se disait qu’en s’attaquant à Marie-Antoinette, les scénaristes ne pouvaient qu’avoir révisé leur manière de penser l’Histoire de France. Nous nous leurrions amplement comme nous allons vous le montrer en commentant chacun des épisodes :

Episode 1 : la gifle

Marie-Antoinette n’est encore qu’une adolescente lorsqu’elle est contrainte de quitter l’Autriche pour épouser Louis, le dauphin. Elle doit enfanter l’héritier Bourbon afin de garantir l’alliance entre la France et l’Autriche, mais elle est aussi peu préparée à ce qui l’attend que son mari, un adolescent maladroit. Comment cet esprit libre va-t-il réagir à Versailles et à ses ridicules règles d’étiquette ?

0’10 : Des boules de couleur sont répandues partout dans une chambre qui semble bien vide. Marie-Antoinette sous les draps se rappelle qu’on les lui a jetées la nuit précédente. Une ambiance dérangeante s’installe.

0’35 : L’impression de cauchemar s’accentue. Marie-Antoinette regarde le plafond peint représentant Neptune. La peinture bouge et des gouttes de sang en tombent sur sa main. Nous voilà dans un Marie-Antoinette qui se veut fantastique, certainement pour concurrencer la série sur la Révolution française qui a si bien fonctionné sur Netflix.

1’00 : Nous voilà directement plongés dans un film d’horreur. Marie-Antoinette se sent prisonnière, frappe à toutes les portes cloisonnées en hurlant « Guten Morgen ». La musique contribue à l’ambiance horrifique. Les scénaristes semblent avoir oublié que la Dauphine avait une Maison importante et que les dames de service de la Chambre n’étaient pas postées loin ce matin-là. Ni les autres matins du reste de sa vie d’ailleurs. De plus, si une expression allemande aurait pu lui échapper à son arrivée à Versailles, la jeune Dauphine avait quand même compris qu’il ne lui servait à rien de communiquer dans son ancienne langue avec ses nouveaux serviteurs.

Le page de Versailles grimé comme le Joker de Batman …. le premier épisode a été diffusé le 1er novembre 2022, c’était le jour d’Halloween !

1’26 : Un huissier ouvre enfin. Nous avons carrément droit au Joker ! Il lui répond « Guten Morgen », ce qui est totalement improbable, et elle se met à hurler.

1’30 : Marie-Antoinette s’échappe enfin de sa chambre et se retrouve directement dans la Galerie des Glaces. Apparemment, les scénaristes ne se sont même pas donnés la peine de regarder un plan du château de Versailles. A part cinq à six courtisans et quelques gardes, la Galerie est complètement vide. Ce qui n’a jamais été le cas et ne risquait pas de l’être un matin de noces royales. Même dans Les Adieux à la Reine de Benoît Jacquot, à un moment où la Cour de France se disperse, la Galerie des Glaces est bien plus remplie.

1’45 : Nous avons droit ensuite à une course poursuite des gardes qui essaient d’attraper la Dauphine qui tente de s’échapper. Au moment où ils l’attrapent enfin, elle se met à hurler et à les taper. A ce stade, le fou rire est obligatoire. On croit halluciner de devoir faire face à une telle scène. Evidemment, nous attendons toujours les membres de la Maison de la princesse qui sont censés ne jamais la quitter. La «foule» de courtisans regarde cela comme si cela était normal. Ce n’est plus la Dauphine mais une folle furieuse du commun que des gardes essaient de maintenir, malgré ses coups et ses cris.

La musique, minimale, n’arrange rien à cette sensation d’oppression.

2’10 : le générique. Ces deux minutes ont déjà été très longues à supporter. Cependant, le concept d’une fillette prisonnière d’un labyrinthe est il faut l’admettre une bonne idée. C’est bien ce qui résume la vie de Marie-Antoinette d’un bout à l’autre. Nous avons toujours l’impression d’être dans un film fantastique d’horreur. Mais qui n’aurait pas du tout la qualité d’un Tim Burton ou d’un Guillermo Del Toro. De toute façon, quel rapport avec Marie-Antoinette ? Parce qu’elle a mal fini ? Rassurons-nous Marie-Antoinette enfant n’avait pas conscience du terrible destin qui l’attendait.

3′ : La Hofburg, Vienne, six mois plus tôt. La photo pourrait être belle. Hormis que flotte le drapeau autrichien d’aujourd’hui. Celui de la république. La production n’a même pas les moyens de photoshoper. Encore faudrait-il avoir conscience de cette erreur !

3’05 : Nouvelle scène d’horreur. Marie-Antoinette doit subir une rectification abominable de ses dents. Les instruments de chirurgie de l’époque devaient, nous n’en doutons pas, être affreux, mais il est clair que c’est ici plus démonstratif qu’historique. Sa mère lui rappelle son devoir. Envers l’Autriche, envers elle. Avant tout. Ce n’est pas faux.

Reconnaissons que l’actrice a une merveilleuse chevelure dont la couleur ne devait pas être éloignée de l’originale. Dommage pour les yeux marrons que nous verrons très souvent en gros plan, afin d’insister sur ce regard de biche apeurée, ou plutôt ici de faon perdu.

Nous passons ensuite à des scènes d’éducation qui fera de Marie-Antoinette une véritable princesse française : la coiffure, dite à la Dauphine (mais le coiffeur Larseneur qu’elle gardera auprès d’elle jusqu’à la fin restera ici anonyme) et la danse. Noverre, le grand Noverre, ne sera pas non plus nommé. Les scénaristes ont oublié de préciser que Marie-Antoinette maîtrisait la danse bien avant l’annonce de son mariage.

3’50 : Marie-Thérèse se confie à Mercy qui est déjà en poste comme ambassadeur à Paris. Or non, il entre en fonction justement pour le mariage. Elle regrette sa fille Charlotte (Marie-Caroline) qu’elle aurait jugé idéale pour cette position «mais c’est Naples qui lui a mis la main dessus». Comme si ce n’était pas Marie-Thérèse elle-même qui réglait les mariages de ses filles !

Mercy est interprété par Nathan Willcocks

La scène suivante montre une Marie-Antoinette malhabile pour la révérence. Ce qui est bien un défaut que personne ne se permettra de faire à son égard, elle était au contraire suprêmement douée pour ce type de représentation !

Nous nous étonnons de l’absence de l’abbé de Vermond qui est vraiment celui qui l’éduque à la française. Les scénaristes n’ont certainement pas voulu faire de doublon avec l’ambassadeur Mercy. Le grand public a dû être jugé peu apte à comprendre les rôles complémentaires de mentors des deux acolytes. Mercy s’inquiète des imperfections de cette éducation. Dommage, il est trop tard.

4’34 : Marie-Thérèse annonce à Mercy que Marie-Antoinette n’est toujours pas réglée. En effet, six mois avant le mariage ce n’était toujours pas le cas. Seulement, elle le sera le 7 février 1770 ( à 17h45 ! ) et donc prête à être mariée. Il aurait été inconcevable sinon de la marier sans être nubile. Et d’imposer du coup la consommation du mariage. C’était une condition sine qua none de l’Eglise catholique. Mais les scénaristes ont préféré ignorer ce détail. Effectivement, à faire le choix d’une actrice bien plus développée que l’originale (qui paraissait avoir douze ans), on se retrouve avec des artifices scénaristiques absurdes.

Aux yeux de Mercy dans cette série, un tel contretemps fâcheux ne doit pas empêcher le mariage, donc l’Alliance. Sauf que c’est bien l’absence de règles qui est risque majeur de détruire l’Alliance !

5’38 : Marie-Antoinette est en voiture, seule, avec Mops son petit chien, afin de partir pour la France. Rien, pas une fête viennoise en l’honneur du mariage de la dernière archiduchesse. Pas un seul de ses frères et soeurs pourtant encore nombreux à Vienne.

La caravane qui L’amène en France se résume en une seule et unique voiture … (comme Coppola …). Alors que Marie-Antoinette disposait d’une suite imposante, de deux voitures du plus grand luxe rien que pour elle qu’elle interchangeait chaque jour, de voitures transportant uniquement sa vaisselle et sa chambre à coucher complète… La voiture ici, noire et très simple est caractéristique du XIXème siècle, en aucun cas du XVIIIème. A défaut de moyens, autant au moins rester juste chronologiquement.

Le voyage dure normalement vingt-quatre jours, avec des relais dans toutes les villes importantes de l’Empire où à chaque fois l’attendent réceptions et sujets du plus haut rang de sa mère. Ici, on traverse des forêts, sur des routes désertes. Personne ne s’inquiète que durant près d’un mois Marie-Antoinette traverse une partie de l’Europe accompagnée seulement d’hommes ? Elle n’a aucune femme de chambre avec elle ? Précisons que même les révolutionnaires auront plus de décence que les concepteurs de cette série lorsqu’à son tour Madame Royale, fille de Marie-Antoinette, partira pour l’Autriche.

Dans cette version, Marie-Antoinette totalement seule, a le temps de se souvenir des derniers moments passés avec sa mère. Marthe Keller campe une Marie-Thérèse (trop) mince et froide malgré les quelques scènes de complicité familiale qu’on essaie de nous pondre … ( la série Versailles avait droit à sa grande actrice, en la personne de Dominique Blanc, pour incarner Anne d’Autriche ) Dans la version française on tutoie tout le monde. Et l’impératrice appelle continuellement sa fille «Toinette». Ceci sans réalité historique. Si on voulait absolument voir la mère donner un petit nom à sa fille, cela aurait été «l’Antoine». Certes, cela a moins de charme, mais au moins c’est attesté. Antonia aurait été le plus adéquat. Marie-Antoinette ne s’est appelée Marie-Antoinette qu’une fois en France. Les Toinette ne viendront que dans les pamphlets.

7’21 : Sa mère lui donne quelques conseils conjugaux, plutôt légers, et lui rappelle son devoir de mettre au monde un héritier, un devoir envers elle avant tout. Une pression qui fut bien réelle mais il est dommage de ne pas rappeler que Marie-Thérèse a eu une vie de couple épanouie et mis au monde seize enfants. Si on voulait insister sur la pression maternelle, celle-ci suffisait. Là le public ignore quelle mère imposante elle fut. Et on ne voit pas non plus du tout quelle femme de pouvoir elle a été. C’est dommage. Le modèle maternel perd dans cette série nettement de sa puissance.

8’38 : Conception de l’unique robe que portera Marie-Antoinette tout le long de l’épisode. Alors certes Marie-Antoinette à quatorze ans n’a pas encore la passion qu’elle portera plus tard pour la mode, mais il va de soi que sa mère lui a conçu un trousseau digne d’une Dauphine. Pas d’une petite bourgeoise provinciale ! «Ai-je l’air d’une princesse française ?» demande-t-elle à sa mère. Avec les épaules dénudées, cela parait difficilement concevable et anachronique : on a plus affaire à une robe d’inspiration XIXème

Robe de la Reine Victoria de 1840

8’46 : Suit une scène assez pertinente, à savoir si elle doit devenir une princesse française ou rester une Archiduchesse autrichienne. Ce sera bien le dilemme de sa vie. Et elle comprend aussi qu’elle risque d’être haïe pour ses origines.

9’15 : On a droit ensuite à une scène déchirante, qui peut s’avérer aussi pertinente mais malheureusement rien ne l’atteste. On peut concevoir son énorme chagrin de devoir partir pour un royaume inconnu qui la déteste d’avance. S’il n’y avait eu que cela comme trait accentué pour romancer les faits, je l’aurais accepté. Mais malheureusement, ils ont fait bien pire.

11’20 : Le pavillon de passage d’Autriche en France devient une cabane ouverte à tous vents sur un pont. On pourrait même penser à une structure de repère pour les comédiens qui serait substituée en images numériques par la suite … mais cette étape a vraisemblablement été oubliée. Nous sommes censés être sur le Rhin, tout près de Strasbourg. C’est pathétique de médiocrité.

On ne vous ment pas ! La série si !

La comtesse de Noailles, dame d’honneur de la Dauphine (et non pas Première dame d’honneur, au moins renseignez-vous sur les charges de la Cour !) l’attend au bout, accompagnée seulement de deux valets. Est-il besoin de préciser que même la propre femme de chambre de la comtesse de Noailles n’aurait jamais toléré un tel traitement ?

La comtesse de Noailles qu’on essaie de faire passer pour la Tante Lydia de la Servante Ecarlate ….

Nous cherchons encore les salles dédiées respectivement aux deux couronnes et le salon commun au centre représentant la frontière. Sans oublier les tapisseries décrites par Goethe. Le pavillon était si magnifique que de nombreux visiteurs, de France ou d’Allemagne étaient venus l’admirer. On en savoure l’ironie.

Plan de la structure construite pour la remise ou cérémonie de remise de Marie-Antoinette. La structure est conçue avec deux salles autrichiennes et françaises égales de chaque côté du salon de remise.[crédit: Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg]

Dans cette série, Marie-Antoinette n’a pas à changer ses vêtements autrichiens ni à laisser quoi que ce soit d’autre derrière elle. Alors pourquoi le chien ne peut-il pas venir aussi ? Cela donne l’impression que Noailles fait partir Mops parce qu’elle est une garce, pas à cause des règles mesquines de l’étiquette française.

Nous pouvons à juste titre regretter l’actrice incarnant la comtesse de Noailles dans la version de Coppola. Elle inspirait avant tout la rigueur de l’étiquette à défaut de sympathie. Ce qui est donc parfait pour le rôle. Ici, nous avons juste une affreuse duègne bien éloignée de la réalité :

La comtesse de Noailles, future maréchale de Mouchy, en costume de bal masqué, dame d'honneur de la Dauphine Marie-Antoinette
La comtesse de Noailles, future maréchale de Mouchy, dame d’honneur de la Dauphine Marie-Antoinette

Les sources nous disent qu’en effet Marie-Antoinette s’est jetée dans ses bras, de désarroi de franchir la frontière. Si la comtesse en a été surprise, rien n’indique qu’elle a réagi avec la violence montrée ici.

«Une princesse française ne manifeste pas ses émotions. Et ne pleure jamais en public.»

Ah bon ? D’où cela sort-il ? Si le contrôle de leurs émotions faisait évidemment parti de leur éducation, l’étiquette ne leur interdisait pas. Au contraire, de ne jamais en montrer était très mal perçu, comme si elles auraient été dénuées de tout sentiment. Cela rendait les princesses plus attachantes, plus proches de leurs sujets. Même Louis XIV pouvait pleurer en public. Ce n’est plus Madame l’Etiquette mais Madame l’Inhumaine !

13’48 : De là ( Strasbourg ) on passe à pied au château de Compiègne !

Promenade dans les bois … de Compiègne

Il ne leur manque plus qu’une machette. La suite française est encore plus réduite que l’autrichienne. Alors qu’en plus celle-ci en grande partie l’a accompagnée et est restée à la Cour de France encore un bon mois. Non, nous avons là quatre promeneurs qui ont l’air de tout sauf d’une grande princesse censée épouser l’héritier du trône de France et de dignitaires nombreux et prestigieux des deux cours les plus importantes d’Europe. Une grille d’un parc qui semble abandonné depuis longtemps est ouverte, sans gardes, rien qui n’indique que nous pénétrons dans une résidence royale.

Sur le chemin, la comtesse de Noailles donne quelques conseils de comment s’adresser aux membres de la famille royale. On ose espérer qu’une fille et soeur d’empereurs, une soeur et belles-soeurs de nombreux souverains ait été un peu au courant des titulatures royales françaises avant son mariage. La ficelle est non seulement grossière pour informer le public mais en plus les appellations sont toutes plus erronées les unes que les autres.

Pour Louis XV «Sire», nous pouvons respirer. C’est assez simple pour tout le monde, concepteurs de la série comme public pour comprendre. Pour son petit-fils le Dauphin, le futur époux, nous avons droit à «Monsieur» alors que tout le monde sait que c’est ou «Monsieur le Dauphin» ou «Monseigneur». «Monsieur» tout court, c’est pour son frère puîné quand il deviendra Roi. Il est aussi qualifié d’«héritier apparent», un concept purement anglo-saxon qui n’a jamais existé en France. Chez nous c’est la primogéniture mâle absolue qui permet de n’avoir aucun doute sur la succession. Puis le frère du Dauphin, le comte de Provence qui devient «Monsieur de Provence» et «héritier présomptif». Appellations que je n’ai jamais vue. C’est «Monsieur le comte de Provence» ou plus simplement «le comte de Provence» jusqu’à l’accession au trône de son frère où il deviendra en effet «Monsieur» et il est héritier en second. C’est tout.

14’10 : Vue sur un château de briques qui n’a strictement rien à voir avec le château de Compiègne. Nous pouvons comprendre que cet établissement ait pu refuser d’être ridiculisé dans cette production.

Serait-ce le château de Saint-Vrain qu’on fait passer pour celui de Compiègne ?

Suivent des cris de «Monsieur», tous les domestiques (le peu qu’il y en a) étant à la recherche du Dauphin. Louis XV qui arrive sur la terrasse demande «Où est Louis ?». On savoure la vraisemblance de la scène. Un valet s’approche du Roi et l’appelle aussi «Monsieur». Pauvre public qui ne doit plus rien y comprendre entre tous ces «Monsieurs» et «Louis». Heureusement que la monarchie avait créé les titulatures pour s’y retrouver, concept jugé inutile par les concepteurs de la série.

James Purefoy incarne un Louis XV peu convaincu et peu convaincant !

14’28 : Marie-Antoinette se présente à Louis XV et la famille royale. On regrette la descente du carrosse d’une toute jeune fille courant dans les bras de son nouveau grand-père. Non, ici, nous avons une petite bourgeoise présentée à un gentilhomme campagnard. L’acteur incarnant le Roi est bien trop jeune pour son rôle. Certes Louis XV à soixante ans était toujours fringant mais on a du mal à croire ici qu’il puisse être grand-père de jeunes garçons en âge de se marier. C’est lui ici qui se montre (trop ?)affectueux dès le départ, malgré les rappels à l’étiquette de la comtesse de Noailles.

Marie-Antoinette est présentée ensuite au comte de Provence mais qui sans nom passe au départ à ses yeux pour son futur mari. Il est beau, galant. Elle est visiblement sous le charme. Sauf que ce n’est pas le bon. Est-il besoin de préciser qu’en aucun cas le frère cadet du Dauphin aurait été présenté à la Dauphine avant le Dauphin lui-même ? Car évidemment ici on insiste sur son absence mais en réalité, qu’il ait voulu ou non se marier, en aucun cas il n’aurait pu s’abstenir de ce devoir.

«Non, non lui c’est Provence», rectifie Louis XV. Nous apprécions de nouveau les appellations. Qu’entre eux, au sein de la famille royale, ils se soient appelés ainsi en toute intimité, pourquoi pas. Mais nous ne sommes pas face à une scène familiale ! Y assistent des centaines de courtisans, des ministres, des ambassadeurs… Enfin normalement ! Et pour la présentation entre la Dauphine et les membres de sa nouvelle belle-famille, les vrais titres étaient évidemment de rigueur !

Puis de nouveau un «Louis» de la part de Louis XV :

Louis Cunningham est Louis-Auguste. Il est grand et maigre, le casting est donc intéressant, mais il faut voir de quelles tares on l’affuble !

Le regard de Marie-Antoinette est alors éloquent : elle passe d’un beau prince qui semble charmant à un homme des bois !

Pour le jour de sa présentation à son épouse, le Dauphin a préféré chasser. Tout seul en plus ! Il est couvert de boue, un lièvre à la main, complètement étranger à ce qui se passe. Tout va bien… Marie-Antoinette embarrassée se met alors à lui faire des génuflexions. En réalité, elle s’est empressée de l’embrasser en dépit de l’étiquette ! Des trois filles de Louis XV (avec une quatrième tout juste rentrée au Carmel), nous n’en avons plus que deux. Elles font aussi vieilles que leur père qui les appelle «Adélaïde» et «Victoire». Plus rien d’étonnant à ce que les «Madame» de rigueur aient disparu.

C’est autour du duc de Chartres d’être présenté. On se demande alors pourquoi son père le duc d’Orléans est absent. Ou d’autres princes du sang. Surtout ne pas surchargé le public ! Là encore, pas de chance pour Marie-Antoinette décidément, ce prince est beau et galant. «Je suis un cousin.» Marie-Antoinette a eu le temps à Vienne de le savoir, d’autant qu’il s’agit autant de son cousin que celui de son mari. Mais une fois de plus, on cherche à tout simplifier pour le public. Quand on voit la complexité des généalogies de Game of Thrones, quelle insulte de réduire celles des familles historiques ! Pas besoin d’aller trop loin pour savoir d’avance que cette série n’aura pas le même succès !

Puis c’est le tour de la princesse de Lamballe. Nous sommes donc encore plus étonnés de l’absence des autres princes du sang : comment aurait-elle pu venir aux noces royales, sans son beau-père le duc de Penthièvre ? Et encore plus absurde : le duc de Chartres paraît célibataire alors qu’il est déjà marié à la fille du duc de Penthièvre. L’absence de la duchesse de Chartres interdit de fait la présence de sa belle-soeur, la princesse de Lamballe. Comme si cela ne suffisait pas dans l’absurde, Louis XV s’empresse de la présenter comme «un membre italien de notre famille.» Elle est en effet membre de la maison cadette des Savoie-Carignan, information qui aurait amplement suffi. Par la suite, Louis XV insiste lourdement sur ces origines italiennes. Alors que sa propre mère est aussi une princesse savoyarde ! Un rappel qui aurait été pertinent mais qui a été jugé inutile. Non autant rester dans les clichés et les gros traits passés à la brosse : la princesse de Lamballe est italienne donc forcément brune. Or sa mère était allemande et blonde, issue de la famille des meilleures amies d’enfance de Marie-Antoinette. Un détail qui a paru aussi inutile d’indiquer. Et qui pourtant a forcément eu son importance dans le début de leur amitié. Celle-ci est pour une fois agréablement montrée. La princesse de Lamballe est la seule pour l’instant qui semble apparaître comme un être humain dans ce festival de personnages cauchemardesques.

Plus que tous les princes du sang, c’est l’absence du comte d’Artois et de madame Clotilde qui peut largement surprendre. A la rigueur pour cette dernière, mariée justement en Savoie cinq ans plus tard, elle n’aura pas un impact majeur dans la vie de Marie-Antoinette. Mais le comte d’Artois devenu par la suite un de ses compagnons préférés, se partageant la même société ? Qui est aussi le premier des trois frères Bourbon a obtenir un héritier, ce qui causera à Marie-Antoinette un affront considérable. Coppola avait considérablement réduit son rôle, accordant au comte de Provence une paternité qu’il n’aura pourtant jamais. Les scénaristes ici ont encore préféré davantage simplifier.

16’33 : «Allons déjeuner.»Faut-il rappeler que jusqu’au XIXème siècle, le repas du milieu de journée était notre dîner et celui de fin de journée, notre souper ? Le déjeuner se prenait dans la matinée, c’est-à-dire à la fin du jeûne imposé par le sommeil de la nuit… Même cela, les concepteurs de la série l’ignorent !

James Purefoy est Louis XV

Ces seize minutes et demi ont déjà été atroces. La scène qui suit sera encore pire. C’est possible.

Les concepteurs avaient le choix entre deux types de service pour ce repas : un Grand Couvert, qui oblige de présenter un large public, un décor fastueux et une étiquette rigoureuse ou un repas familial en toute intimité sans faste mais qui exige néanmoins un grand luxe, la table de Louis XV étant le summum du raffinement à la française . N’ayant les moyens ni financiers, ni techniques, ni intellectuels de trancher, on a droit à un mélange des deux, dans un décor, ni fastueux, ni raffiné ! La famille royale est placée comme si elle devait faire face à un public. Restreint à deux valets ! Même Sofia Coppola a su mieux montrer ce que pouvaient être les repas à la Cour de France.

Mesdames mangent comme des gorettes. On veut pourtant prouver qu’il s’agit d’une table du plus grand luxe : on nous présente donc un plat de homard sur un lit d’huîtres. C’est pitoyable ! L’ambiance est lourde et Marie-Antoinette ne peut s’empêcher de rire des manières de Mesdames. Qui rappelons-le savaient manger en public depuis leur première communion. Et sans fourchette ! Il était temps que Louis XV fasse la leçon à ses filles approchant la quarantaine ! Et demande au duc de Chartres de montrer à tous les bonnes manières. On se demande pour quelles raisons ce prince en particulier. Le comte de Provence répond «Il me tarde.» de manière ironique. Et son cousin de répondre par un geste d’une obscénité inimaginable chez n’importe qui ! D’un coup les princes de la famille paraissent beaucoup moins charmants ! Nous comprenons donc d’autant moins la demande du Roi.

Nous pensions avoir atteint le maximum en vulgarité. Non.

17’40 : Arrive maintenant en calèche (XIXème) la comtesse du Barry. Son attitude est éloquente. Elle n’a rien de la douceur qui caractérisait la vraie. Autant faire pire encore que celle du Coppola. Ou celle de Lady Oscar. Pendant ce temps, Marie-Antoinette tente de détendre l’atmosphère et de communiquer avec son promis. Qui lui répond par un rot. No comment.

L’entrée de la favorite est tonitruante : «Je vous en prie, ne vous levez pas.». Non en effet, cela ne risquait pas. Là encore des règles basiques d’étiquette ont été oubliées (quand d’autres sont inventées !). Personne n’a le droit de s’asseoir en présence du Roi et de sa famille, sauf rares exceptions comme les princesses du sang et les duchesses. C’est tout. La phrase de la favorite inverse donc les rôles. N’importe quoi. Et de s’asseoir ensuite sur les genoux de Louis XV ! Et de se bécoter !

Marie-Antoinette pose alors la fameuse question à savoir qui est cette dame. Normalement à la comtesse de Noailles. Car pour cette rencontre, elles sont ensemble à une table de jeu (pas pour dîner !), non plus à Compiègne mais à La Muette. Le comte de Provence, bien plus entendu sur les affaires féminines qu’il ne l’a été en réalité, lui explique et la réponse ingénue de la jeune fille se retrouve carrément plongée dans le sordide le plus complet ici.

Marie-Antoinette demande alors à Louis-Auguste de la faire manger comme le font Louis XV et madame du Barry, ce qu’elle doit trouver apparemment romantique. Le Dauphin éclabousse tout le monde en voulant casser le homard et le comte de Provence de s’exclamer : «Crétin d’empoté !». S’il a pu le penser, il est évident que cela n’a pu se déclarer en public. Et certainement pas devant leur grand-père. Qui évidemment de son côté ne faisait pas gouzi-gouzi devant sa famille. On veut montrer une certaine ambiance, certes peu agréable dans la réalité, mais l’exagération est grotesque.

20’05 : Marie-Antoinette est maintenant à une fenêtre avec la princesse de Lamballe et joue avec une punaise. On aurait pu trouver un insecte plus ragoûtant ! Pour ceux qui l’ignorent, cet insecte dégage une odeur abominable qui peut vous imprégner un long moment. C’est clairement à l’image de cette série !

Les deux princesses regardent le Dauphin et le comte de Provence se battre pendant que les valets chargent les voitures. C’est un écho lointain d’une fameuse lettre de la comtesse de Provence qui raconte une échauffourée entre les deux frères lors d’un départ pour une résidence royale. Mais ici, on ne voit pas du tout deux frères adolescents qui jouent comme tout garçon à se battre. Non, la jalousie de Provence est présentée ici sans aucune subtilité. Et Marie-Antoinette inquiète devant tant de sauvagerie de demander à la princesse de Lamballe si son mari se lave. Sauf que c’est bien la jeune Dauphine à son arrivée en France qui a dû apprendre certains principes hygiéniques encore ignorés à Vienne et répandus dans la famille royale française depuis un moment !

La princesse de Lamballe de répondre : «Disons que Louis vit dans son monde.» On peut se demander pourquoi elle l’appelle Louis elle aussi puisque c’est le prénom le plus répandu au sein de la famille royale ! Le pauvre Louis-Auguste est présenté comme quasi muet et presque autiste. Si des hypothèses ont pu être avancées comme pouvant avoir été atteint du syndrome d’Asperger, rien ne l’atteste avec certitude et personne ne peut établir un diagnostic aussi délicat à près de deux-cent-cinquante d’intervalle. C’est un parti-pris de la série plus que contestable ! Et d’ailleurs il n’était en aucun cas mutique. Il refusait juste de parler quand les personnes face à lui n’en valaient pas la peine.

La princesse de Lamballe ajoute qu’il chasse tous les matins. Non, pas à ce moment. Il se mettra à chasser régulièrement, avec son grand-père d’ailleurs, qu’au lendemain de son mariage. Pas avant. Ce n’est pas parce qu’il chasse que son mariage sera voué à l’échec. C’est parce que son mariage est un échec qu’il va se mettre à chasser. Les scénaristes qui n’ont visiblement jamais lu une seule biographie de Marie-Antoinette ne se sont pas plus embarrassés d’en lire une sur Louis XVI. A quoi bon ?

Mesdames en prennent aussi pour leur grade. Elles passent comme si de rien n’était devant leurs neveux toujours en train de se rouler dans l’herbe. Neveux dont elles se sentaient la charge morale depuis la mort de leurs parents. Notamment madame Adélaïde en tant que marraine de Louis-Auguste. Si celle-ci a un rôle néfaste auprès de Marie-Antoinette car la première à l’appeler l’Autrichienne, Marie-Antoinette a mission de la part de sa mère d’être au mieux avec les tantes de son mari, les seules qui peuvent l’aider à comprendre sa nouvelle famille et cette nouvelle cour. Mais là encore, toute subtilité a disparu. Elles sont présentées comme d’affreuses sorcières. Des personnages non manichéens, c’est apparemment impossible.

On se demande aussi comment est-il possible que toute la famille royale s’en aille et que pendant ce temps, Marie-Antoinette reste avec la princesse de Lamballe à la fenêtre ? Tout le monde s’en va pourtant pour célébrer son mariage ! La principale intéressée ne bouge pas. Elle fera le voyage avec qui ? En toute logique, c’est soit avec le Roi et son mari, soit avec Mesdames. Ou tous ensemble dans la même voiture. Certainement pas avec la princesse de Lamballe.

22’18 : Nouvelle traversée d’une forêt broussailleuse censée montrer le voyage entre Compiègne et Versailles. Avec étape (oubliée !) à La Muette à l’ouest de Paris. C’est pathétique de voir aussi peu de moyens techniques. Louis XV seul en voiture avec le Dauphin lui demande ses impressions sur sa future épouse. Celui-ci répond en la comparant à une pouliche ! On veut nous faire croire que le futur Louis XVI vouait une passion démesurée aux chevaux, a priori pour lui plus intéressants que les êtres humains. Alors certes il aimait beaucoup l’équitation, mais pas plus que son grand-père ou n’importe quel autre Bourbon. Jamais on l’a vu comparé des personnes, encore moins sa femme, à des équidés !

Un léger bon point, mais alors tiré aux forceps : la relation entre le grand-père et son petit-fils est plutôt bien rendue.

On passe une fois de plus à du grand n’importe quoi : le comte de Provence et la comtesse du Barry ensemble dans la même voiture ! Les règles d’étiquette sont vraiment jetées aux orties. La moindre bienséance également. Madame du Barry lui liste méchamment tous les défauts physiques de Marie-Antoinette (ce qu’elle pense la valoriser d’autant plus, on se croirait au collège) et nous découvrons en plus que leur relation n’est guère innocente. A cette date le prince n’a que quatorze ans, rappelons-le. Pourquoi un tel rajout qui ne sort de nulle part ? Et qui apporte un aspect non seulement vulgaire (le petit-fils qui se tape la compagne de son grand-père !) mais en plus pédophile ! Et ce ne sera pas la dernière fois !

Le comte de Provence (Jack Archer) et la comtesse du Barry (Gaïa Weiss)

D’autant que le comte de Provence était homosexuel.

Plus madame du Barry est abominable jusqu’à en faire une femme d’expérience attirée par des très jeunes adolescents, plus Marie-Antoinette est perçue comme pure et innocente, plongée dans l’immonde le plus total. Or, tous les témoignages prouvent le contraire sur madame du Barry. Tous ceux qui l’ont approchée de près l’ont décrite comme un véritable ange de douceur et de bonté, parfaitement bien élevée et au goût exquis. Louis XV a pu l’élever au rang où elle s’est trouvé parce qu’elle le méritait. Ce sont celles et ceux qui n’ont pu supporter ses origines populaires qui sont à blâmer.

Dans la galerie des personnages odieux qui ne font que renforcer artificiellement la perfection de Marie-Antoinette, nous retrouvons Mesdames dans leur voiture, Madame Victoire massant les pieds de sa sœur et elles aussi à critiquer leur nouvelle nièce, telles un mauvais pastiche des Dupond-Dupont.

Il n’y a que Louis-Auguste qui semble tout aussi étranger à cette famille et cour frelatées. Ce qui n’était pas faux mais est montré de manière grossière. Quand il dit qu’il ne se sent pas prêt à être père, il a en effet quinze ans. Là on croit voir un handicapé qui ne sait pas ce qu’on attend de lui avec son épouse.

La scène du voyage se termine avec le comte de Provence qui fait mine de viser la Dauphine d’un pistolet imaginaire. Certes, il n’était pas à son avantage qu’elle donne un héritier qui le rétrograderait dans la succession, mais il n’avait certainement pas des idées de meurtre à son encontre. Ni contre son aîné. En tout cas, pas en 1770. Nous voilà devant des intrigues de cour d’une platitude affligeante qui nous font grandement regretté une fois de plus Game of Thrones.

24’25 : Marie-Antoinette et la princesse de Lamballe sont installées sur un lit d’une laideur extrême comme deux adolescentes normales d’aujourd’hui. Marie-Antoinette s’étonne à juste titre de ne pas être partie avec le reste de la famille. La princesse de Lamballe lui répond : «C’est le protocole français.» Lequel ? En tout cas pas celui qui était en place sous l’Ancien Régime.

Suit une conversation, une fois de plus normale chez deux adolescentes d’aujourd’hui, mais certainement pas entre deux princesses qui en plus ne se connaissaient pas du tout la veille encore, à savoir ce qui va se passer lors de la nuit de noces. «Vous, vous devez le savoir, vous êtes mariée.». Voilà où va l’incohérence de cette série : à ne montrer aucun autre prince du sang, Marie-Antoinette ne s’étonne pas de la présence unique de sa nouvelle amie qui doit l’informer de son veuvage. Il y aurait eu l’ensemble des princes du sang réunis, la nouvelle Dauphine aurait compris et n’aurait pas par conséquent commis un tel impair. Il y a peu de chances d’ailleurs que son mari manque à la princesse compte tenu de son regard, juste avouons-le de la part de l’actrice. Si la série souhaitait faire à tout prix dans le scandaleux, cela aurait été le bon moment à l’évocation de feu le prince de Lamballe. Et pas besoin d’inventer des fausses scènes de débauche.

25’26 : Toujours dans ce lit abominable qui provoquerait les pires cauchemars à n’importe qui, la princesse de Lamballe et la comtesse de Noailles bordent Marie-Antoinette de manière extrêmement rigoureuse. Certainement pour le gage de sa vertu. Une Cour de France correctement rendue aurait évité une telle ficelle scénaristique complètement absurde. D’ailleurs la princesse de Lamballe n’a pas encore à gérer la Chambre de la Dauphine. Elle n’est ni première princesse du sang (c’est alors sa belle-soeur la duchesse de Chartres inexistante ici), ni surintendante de sa Maison.

Une fois parties, Marie-Antoinette se libère de ses draps et découvre une vieille boîte à bijoux, tout à fait dans le style gothique XIXème siècle du reste de la chambre. Elle l’ouvre et y prend un collier de perles (moche, il faut le faire !), se moque des révérences qui lui ont été imposées toute la journée et aperçoit alors un message lui disant de se méfier de tout le monde à Versailles et que les murs ont des oreilles. Et là elle entend des chuchotements venus de partout, nous plongeant une fois de plus dans cette atmosphère de film d’horreur raté. On la voit alors rêver se noyer à cause du collier décuplé. Est-ce une métaphore du fameux collier qui n’apparaîtra dans sa vie que quinze ans plus tard ?

Plus vraisemblablement, c’est un tout petit rappel de sa nuit à La Muette où Louis XV lui a remis les bijoux de Marie-Josèphe de Saxe.

27’41 : Arrivée à Versailles. Ce matin du 16 mai 1770, il y a peu de chances qu’on ait eu l’idée de présenter les jardins à la nouvelle Dauphine. Peu importe ! Il est vrai que cela devait être trop coûteux à la production de montrer l’avenue de Paris telle qu’elle devait être sous Louis XV. Dommage ! Comme si de ces reconstitutions en 3D n’étaient pas possibles aujourd’hui. Il était donc plus logique de faire un énorme détour par les jardins alors que le temps pour les cérémonies de la journée est compté. Surtout si après on se retrouve dans la Cour Royale donc du côté ville. Aucune cohérence. Et une fois de plus une insulte pour le public trop ignorant évidemment pour se rendre compte de la supercherie. Et surtout aucune raison de lui apporter des informations de qualité.

A sa descente devant la Cour de Marbre, Marie-Antoinette est accueillie par une Cour de France réduite à sa plus simple expression. On a trois pauvres acteurs à un ou deux balcons et fenêtres. C’en est pathétique. Apparemment les producteurs ne connaissent pas la fonction copier-coller du moindre logiciel d’effets spéciaux. Dix hommes tout en noir (on dirait les futurs députés du Tiers-Etat de 1789 !) sont de part et d’autres de la cour. Il n’y a que des hommes entre ceux-ci, les douze gardes et un ou deux valets et cocher. Marie-Antoinette n’est donc entourée que d’hommes. A quoi bon alors nous avoir imposé la scène du lit bordé à l’extrême ? !

On a voulu nous donner une belle photo avec les formes géométriques de la Cour de Marbre vue en plongée. C’est juste que nous ne savons pas qui sont ces hommes à qui Marie-Antoinette fait une révérence et qu’ils saluent à leur tour en s’inclinant et enlevant leur chapeau. Des ministres ?

Louis-Auguste regarde la scène avec un télescope. De l’appartement de madame du Barry ! Alors certes c’est bien ce que fera plus tard le futur Louis XVI, à observer les arrivants à Versailles. Mais quand il aura réquisitionné ces pièces pour son usage devenu roi ! Une quinzaine de courtisans se presse sur le balcon de la Chambre du Roi à l’observer eux aussi. Ce qui paraît peu probable puisqu’il s’agit d’un balcon éminemment symbolique. Qui connaîtra un dernier moment de gloire le 6 octobre 1789. Il n’était certainement pas utilisé comme poste d’observation pour des courtisans curieux. Sauf sur invitation du Roi. Qui serait donc forcément présent aussi. On imagine mal de simples courtisans sur le fameux balcon de Buckingham Palace uniquement réservé aux grands moments de la famille royale britannique !

Au fond de la cour l’attend l’ambassadeur Mercy qui lui présente le duc de Choiseul. Elle avait pourtant normalement rencontré l’artisan de son mariage avant même la famille royale. Il est vrai que le trajet entre Strasbourg et Compiègne vu par la série ne s’y prêtait guère.

Il est qualifié de Premier ministre ce qui est une erreur grossière ! Ah certes il en rêvait ! Mais non. S’il dominait le Conseil du Roi, si la moitié de la Cour était sous ses ordres, ainsi que la plupart des personnes d’importance à Paris, il n’en a jamais reçu le titre. Il ne ressemblait d’ailleurs en rien à ce monsieur bienveillant qui nous est présenté ici. Il tente de rassurer la Dauphine qui commence à s’inquiéter de l’attitude froide de son époux. Choiseul au contraire n’a en rien arrangé les relations entre les jeunes époux.

3’50 : Nous voilà dans ce qui semble être les Grands Appartements du château de Versailles. Mais ce qui est visiblement celui de Fontainebleau. La Dauphine est présentée à la Cour, toujours très réduite, la famille royale mêlée au reste, histoire de densifier l’ensemble. Les acteurs incarnant les futurs comtesse de Provence et le comte de Fersen sont nettement visibles. Le casting en est réduit à cela. C’est un non-respect total pour le public.

En tout cas, nous sommes très loin de cette vision de la famille royale réunie :

Présentation du portrait de l'archiduchesse Antonia à la famille royale
Présentation du portrait de l’archiduchesse Antonia à la famille royale

Ce qui aurait aussi été le bon moment de présenter la toute jeune Madame Elisabeth à la Dauphine. Or, encore un membre de la famille royale passé à la trappe. Sa nouvelle petite soeur est pourtant d’une importance capitale dans la vie de Marie-Antoinette. Notamment à la toute fin. Mais non, il a été jugé plus pertinent de laisser toute la place à madame du Barry lors de cette scène. On la voit là dans un rôle qui n’a jamais été le sien et qu’on ne lui aurait surtout jamais permis, de conseillère auprès de la jeune débutante effrayée.

Artois disparaît : c’est Provence qui devient un beau-frère un peu trop séduisant, qui se love dans les bras de madame du Barry ( brune ! ) dont la série fait une Pompadour assise au bureau du Roi , doublée d’une Merteuil : elle se propose de préparer la Dauphine à Sa nuit de noces et l’embrasse sur les lèvres pour l’initier à la séduction.

Provence trop bellement incarné par Jack Archer
Madame du Barry est interprétée par la française Gaïa Weiss

Le mariage a lieu à Fontainebleau (hommage à Louis XV ?). 

La chapelle du château de Fontainebleau

Les costumes sont grotesques. A Vienne, les coiffures ressemblent aux poufs de 1776. Mesdames (exit Madame Sophie, ne restent que Mesdames Adélaïde et Victoire) sont deux vieilles harpies qui se disputent pour dominer leur père en le remariant à la princesse de Lamballe.

Madame Adélaïde ( Krystal Sheperd-Cross ) et Madame Victoire ( Caroline Piette )

Versailles dans cette série est dépourvu de règles, d’étiquette, et par conséquent l’insistance de la série à nous montrer que Marie-Antoinette se sent « piégée » et « altérée » par Versailles n’a pas beaucoup de poids.

Ambiance qui semble avoir inspiré les scénaristes …

Les décors, sont moches. On savait que ce serait un remake du film de Coppola mais à ce point : le cabinet de la Méridienne est déjà existant en 1770 …. alors qu’il est construit en 1781 pendant la seconde grossesse de Marie-Antoinette.

Danse du couple delphinal pendant les fêtes de leurs noces.

Emilia Schüle arrive à être émouvante en jouant la naïve maladresse de la jeunesse…

On la voit écarquiller les yeux, croiser les mains sur sa poitrine… mais pourquoi ? 
La série ne nous montre pas vraiment une cérémonie d’habillage.

Louis-Auguste est vu comme un autiste.

Noailles est une sorcière qui gifle la Dauphine parce qu’Elle n’a pas consommé Sa nuit de noces («la gifle» est le titre du premier épisode….).

Mops ne joue même pas bien : lors de son retour auprès de Marie-Antoinette, il est placide dans Ses bras…

La du Barry gifle le Roi qui la regifle en retour. Louis XV ne me convainc absolument pas, je le trouve inspiré de Rip Torn !

Madame du Barry ( Gaïa Weiss ) et Louis XV (James Purefoy )

Et la figuration est si menue, que ça fait cheap !!! De part et d’autre de la chapelle (de Fontainebleau !!! ) une vingtaine de costumés assez espacés pour occuper tout l’espace…. c’est d’un triste…. Coppola au moins a su y mettre le nombre !

Deuxième épisode
Reines rivales

Lorsque Louis refuse de partager son lit avec elle, Marie-Antoinette prend conscience qu’il sera plus difficile de porter l’héritier Bourbon que ce qu’elle imaginait. Elle se tourne vers madame du Barry pour obtenir de l’aide. Mais la favorite commence à percevoir la dauphine comme une rivale pour l’attention du roi. Il ne peut pas y avoir deux reines à Versailles, et du Barry n’est pas près de tirer sa révérence.

Madame de Noailles annonçait : « Nul ne peut toucher à la dauphine que la maîtresse de maison, les membres de la famille royale ou une princesse du sang.»

Madame de Noailles laisse pourtant la du Barry toucher les cheveux de Marie-Antoinette, la laisse baisser sa chemise de nuit, la maquiller, etc.

C’est même Madame du Barry qui forme la Dauphine à l’art du baiser… encore un fantasme à la façon de La vie d’Adèle
Jasmine Blackborow est une princesse de Lamballe complice et pleine de compassion pou sa nouvelle amie écrasée par son rôle.

Dépoussiérer Marie-Antoinette, la faire dialoguer avec notre époque… Sofia Coppola avait déjà osé dans son film de 2006, où les fastes de Versailles racontaient l’insouciance – innocente ou coupable ? – des jeunesses privilégiées. Plus récemment, on a revu une Marie-Antoinette intime dans Les Adieux à la reine, de Benoit Jacquot. Comment raconter l’histoire encore une fois ? Dans l’esprit du temps, la Britannique Deborah Davis, nommée aux Oscars pour le scénario de La Favorite, réinvente la princesse autrichienne devenue reine de France en figure d’émancipation féminine. Envoyée à Versailles pour épouser le futur Louis XVI et lui donner un héritier, la jeune fille de 14 ans voit sa bonne volonté se briser sur une contradiction : le protocole exige qu’elle enfante, mais le dauphin ne veut pas la toucher.
Il y a là une belle idée : dépeindre Marie-Antoinette et Louis sous les traits de deux enfants – elle ado romantique, lui geek épris de chasse et de serrures –, sacrifiés aux impératifs de la monarchie. Dans les premiers épisodes, certaines scènes, tirant vers l’horreur, capturent la violence de la cour, de la nuit de noces devant témoins à la paranoïa nocturne d’une Marie-Antoinette scrutée jusque dans son sommeil. Mais l’ensemble, faussement novateur, reste empesé par les clichés de la modernisation historique. Un peu de stupre avec Mme du Barry, des intrigues familiales à la succession… La série ne pousse assez les curseurs et, faute d’idées vraiment originales, peine à rendre convaincante sa relecture féministe de l’histoire.

Critique par Caroline Veunac publiée le 24/10/2022 dans Télérama

La semaine prochaine arrivera la comtesse de Provence qu’on nous annonce redoutable. Redoutable, ça a été le cas de cette expérience de découverte de cette création vide, dont le scénario est inepte !!!!

Troisième épisode
Le choix d’une princesse

La famille royale passe des vacances à Fontainebleau afin d’échapper au climat étouffant de Versailles. Marie-Antoinette apprend le plan de du Barry, qui cherche à trouver une fiancée à Provence. Le deuxième prétendant au trône de France arrivera-t-il à enfanter l’héritier Bourbon avant que Louis et Marie-Antoinette n’accomplissent leur devoir ? Les hostilités croissantes de Marie-Antoinette à l’égard de du Barry menacent la relation que la dauphine entretient par ailleurs avec le Roi.

Provence honore la du Barry pendant qu’elle choisit sa femme d’après les portraits… à ce moment, Le Dauphin fait un méchoui… gare à Sandrine Rousseau ! Finalement , Provence choisit lui-même sa femme … comme si … Il suit l’influence de ses tantes.

Louis XV a du mal à cacher une érection en embrassant la Dauphine dans le cou, alors qu’il est en robe de chambre …

Le Dauphin porte son alliance à l’index …

Fontainebleau ressemble à la petite maison de Lady Violet dans Dowton Abbey, du moins dans les proportions :

Maison de Lady Violet dans Dowton Abbey, dans le sud ouest de Londres, à Surrey

La du Barry fait la grève du sexe tant que la Dauphine ne lui adressera pas la parole en public… est-ce en cela que la série se dit féministe ? Il semble que Deborah Davis pense décidément la politique avec la plus basse partie d’elle-même !

pour l’accueil de Marie-Joséphine de Savoie la famille royale se présente devant ce qui est censé être Fontainebleau tels les domestiques de Dowton Abbey…

Les domestiques ce l’excellente série Dowton Abbey (depuis 2010), créée et co-écrite par Julian Fellowes
Marie-Josèphine de Savoie ( Roxane Duran ) et Louis-Satanislas de Provence ( Jack Archer )

La du Barry épile à la cire la moustache de la comtesse de Provence … Le passé de Jeanne était-il donc celui d’une geisha ?

Louis XV menace la Dauphine qui refuse d’adresser la parole à madame du Barry … et la jette d’un fiacre donc Lady Edith ne voudrait pas … Marie-Antoinette tombe sur le pavé.

«  Il y a bien du monde aujourd’hui à Versailles»  est prononcé à Fontainebleau… où ce qui tient lieu de ce château … Les appartements de la Dauphine se résument à une chambre d’hôtel…

Tout le monde appelle Louis XV papa-roi….

On assiste à l’examen de La Martinière …. c’est étonnement sobre.

Louis XV agonise en prononçant la phrase de Louis XIV et en tutoyant le Dauphin :

« Tu m’as cru immortel ?»

Agonie de Louis XV

Un petit château est censé être le petit Trianon. Ca promet pour la suite …. On n’aura pas de belles reconstitutions !

Fersen apparaît…. (mais pas recensé dans le casting) lors de la découverte de Paris par le couple delphinal… le 8 juin 1773, la date est annoncée par Louis XV ! 8 juin 1773 / 30 janvier 1774, les deux en une !

Louis XV annonce à sa famille qu’il a demandé Madame du Barry en mariage et qu’elle a accepté. Mais la mort de Louis XV nous épargne de ce remake du mariage de Louis XIV et Madame de Maintenon.

Louis XVI est sacré illico à la mort de son grand-père, à Fontainebleau !!! Ils tournent tout le temps à Fontainebleau et ne sont pas foutus de le mettre quand c’est là qu’on est censé être !!!!

La couronne est trop petite, mais au lieu de la tenir bien au-dessus de la tête du Roi, ce qui aurait permis de ne pas constater le problème, on la lui pose bien haut sur la tête que Louis Cunningham tient bien droite car le moindre mouvement la ferait basculer…

Malgré tout, la série parvient à combler les quelques critiques sélectionnées pour être affichées

Episode 4
Reine de France

Episode 5
Reine Rebelle

Marie-Antoinette souhaite organiser un bal d’investiture somptueux et convaincre Louis de choisir un candidat pro-autrichien (Choiseul) comme premier ministre.

Les siècles (les vieilles courtisanes) viennent faire leur cour à la nouvelle Reine dans le cabinet de la Méridienne étonnamment grand … et existant ! Elle fait monter la princesse de Lamballe sur une chaise pour annoncer sa nomination au titre de surintendante de Sa maison. Evidemment la comtesse de Noailles s’en indigne !

La comtesse de Provence est crâneusement enceinte….

Roxane Durand (la comtesse de Provence)

Debout sur la balustrade du lit de Sa chambre Marie-Antoinette célèbre la princesse de Lamballe et annonce un bal. C’est là sans doute leur fierté d’innover …. n’empêche qu’il y a de bonnes raisons si ça n’avait jamais été fait ! La Reine veut promulguer le chevalier de Saint-George, au grand dam de la Cour, qui reflète la France d’éric zemmour. Ils font des Provence des racistes par rapport au musicien qui suit la Reine avec son violon comme un André Rieux de la Cour… Il leur faut des méchants dignes de Dallas, hop, ils sont tout trouvés !

On fait dire à Madame Adélaïde « aucune reine de France n’a osé prendre le devant de la scène depuis Catherine de Médicis»  … et Marie de Médicis ? et Anne d’Autriche ? Si ce n’est pas une insulte envers le public qu’on désinforme et dont on suppose qu’il ne saura jamais démentir ce leurre !

Leur Trianon est d’un moche …. même Marion Sarraut, pour La comtesse de Charny, y tournait vraiment ! La comtesse de Provence est embrigadée dans la coterie de Mesdames pour remplacer Marie-Antoinette….

Le Roi et la Reine se tutoient …

Beaumarchais conseille le Roi ( Louis XVI ! ) pour désigner ses ministres.

La coiffure à l’enfant est portée dès 1774.

Yolande de Polignac apparaît dès 1774 … seulement un an d’avance ….

Yolande de Polignac (Liah O’Prey)

Le repas de famille est suggéré… ah non c’est le cabinet du Conseil ! Avec Mesdames …. et Chartres … mais ils y mangent bien ! Un mélange donc de la salle-à-manger de la comtesse de Provence et le cabinet du Conseil …. COn assiste à la nomination de Maurepas …

Mercy conseille à Marie-Antoinette d’emménager dans les appartements de Madame du Barry pour être à proximité du Roi …

Yolande annonce faire ménage à trois avec Vaudreuil …. Elle appelle la Reine la patronne ….

Bon c’était une fausse couche …. on l’apprend car c’est fictif … bien sûr il n’y avait calors que les Provence … et Beaumarchais qui espionnait dans la chambre et qui n’a eu que le temps de se cacher sous le lit de la comtesse … En fait la comtesse de Provence était faussement enceinte d’où la fausse fausse-couche…. Hommage à Bree Van de Kamp de Desperate Housewives

Sixième épisode
Deus ex machina

Joseph II rend visite à sa sœur Marie-Antoinette, afin de sauver le mariage royal. Il ne tarde pas à comprendre qu’il a du pain sur la planche.

On prévoit de faire divorcer Louis XVI de Marie-Antoinette en mal de procréer.

Joseph arrive en impromptu comme s’étant rendu à pas de loup dans le cabinet de la Méridienne où sa sœur joue du clavecin… ils n’ont assurément vu que la version coppolienne de cette pièce qui mesure 15 m ! Le grand frère un peu trop jovial prend le couple royal en particulier et les considère comme deux gosses ignorants sur les choses du sexe….

Jonas Bloquet incarne un élégant Joseph II, un rien trop décontracté …

Joseph reçoit Mercy depuis son bain. Il semble accepter de signer le divorce pour récupérer sa sœur. Puis il l’accompagne à l’opéra écouter la star du moment : le chevalier de Saint-George …. Elle arbore un masque de gaze emprunté à Kirsten Dunst alors que nulle autre personne n’est masquée … On est censé être à Paris, la Reine et Joseph occupent la loge d’honneur côté jardin… Mais la scène est tournée dans l’opéra de Versailles ! On ne l’a pas reconnue malgré le masque transparent. Lorsqu’elle l’enlève et qu’on la reconnaît, la foule l’applaudit, Joseph comprend que sa sœur a Paris de Son côté, il lui dit comment conquérir le Roi, car il sent que la partie n’est pas jouée !

Louis Cunningham (Louis XVI)

On assiste aux dérives conjugales des Provence : Monsieur reproche à sa femme d’être « le pire des laiderons, la plus imbaisable salope » et la violente afin qu’elle lui demande pardon pour son supplice marital.

On suit le Roi jusqu’à un couvent, où sa femme devrait être tenue enfermée, car la Reine en sait trop (quoi, au juste ? ) pour être rendue à l’Autriche. Maurepas, secondée par sa nièce, Madame de Polignac, tente de faire signer le Roi pour la répudier. Finalement, ces manigances largement encouragées par Mesdames, incitent seulement Louis XVI à se rapprocher de sa femme.

L’Empereur convoque son beau-frère dans ce qui semble être le pavillon français et va chercher la Reine dans le Petit Trianon, où l’on découvre des ébats orgiaques avant de parvenir à ce qui devrait être le salon de musique où Marie-Antoinette joue à perdre haleine en lançant les dés. Madame de Polignac invite Joseph au jeu, et se fait littéralement pousser et la Reine est emportée pour rejoindre Louis . Elle porte à nouveau un pouf … c’est vraiment faire fi de l’origine de ces coiffures, qui ne sont pas que des lubies capillaires ! Le frère s’instaure conseiller matrimonial.

Puis, Beaumarchais transmet au Roi le mode d’emploi qu’il lui a demandé : ce sont des gravures pornographiques … Canal+ oblige !

Louis XVI visite un bordel, pour s’entraîner… la prostituée est-elle Françoise Boze ?

Louis Cunningham (Louis XVI), Emilia Schüle (Marie Antoinette)

Les époux s’avouent finalement leur amour dans ce qui se voudrait le Salon doré…

S’ensuit une partie de croquet de la princesse de Lamballe avec Mesdames, qui vise comme par inadvertance Madame de Polignac qui flirte avec ses deux hommes ( son mari et Vaudreuil), allongés dans l’herbe, le tout est arbitré par Joseph et sa sœur qu’il réprimande pour ses fréquentations. Les jardins à la française n’ont ici que la pelouse du jardin, mais rien à la française. La pauvreté des décors auraient pu être rattrapée par un épanouissement floral qu’on trouve dans n’importe quel parc municipal, mais non, on nous en prive encore.

Mesdames (Caroline Piette et Crystal Sheperd) et la princesse de Lamballe (Jasmine Blackborow)

Le couple Provence galère au lit, comme une punition infligée aux très méchants ! Je vous épargne les métaphores pour désigner le membre de Monsieur …

Le couple royal continue à se rapprocher pendant la messe dans la chapelle Saint-Saturnin de Fontainebleau.

La chapelle Saint-Saturnin

Pour signifier la fragilité de sa couronne, la comtesse de Provence lui demande la préséance, qui lui est heureusement refusée : elle est encore Reine ! Marie-Antoinette parvient à conquérir parfaitement le Roi par le chant qu’elle entonne le soir dans un salon – je ne reconnais pas celui auquel le décor fait allusion…

Comment ne pas voir dans cette robe une morne reconstitution d’une de celles que Norma Shearer portait en 1938,
mais sans les paniers volumineux de la production hollywoodienne ?
Norma Shearer dans le film de Van Dyke

Joseph conclue le soutien militaire de la France avec Louis, surveillés par Mercy, caché en haut d’un escalier en colimaçon qui fait songer à celui de la bibliothèque de Napoléon à Fontainebleau.

La bibliothèque de Napoléon Ier

Le Roi et la Reine s’ébattent (de manière plus entière que précédemment) sur le tapis d’un salon, puis paradent victorieux dans la galerie des Glaces applaudis par la Cour, toujours cadencés par la musique de Joseph de Saint-George. Marie-Antoinette se pense enfin légitimement reine.

Yoli Fuller est le chevalier de Saint-George

Septième épisode
L’Autrichienne

Marie-Antoinette est enfin enceinte. Mais sa réputation est attaquée quand des pamphlets pornographiques se propagent à la Cour de Versailles.

Les courtisans sont fouillés pour repérer qui a pu divulguer les pamphlets qui visent à brocarder l’infidélité de la Reine qui est enceinte…. on se croirait dans une cour de récréation, car chaque membre de la Cour est emmené par deux gardes devant Maurepas qui s’improvise Nicolas Le Floch pour punir le coupable : on ordonne même de fermer le château que personne n’en sorte.

Louis XVI mesure tendrement le ventre de Marie-Antoinette avec un mètre ruban, qui ne sera inventé qu’en 1847, par Alexis Lavigne (1812-1886), le costumier-amazonier de l’Impératrice Eugénie, et créateur de l’école ESMOD (1841).

La princesse de Lamballe s’initie aux pratiques soignantes du docteur Mesmer.

Chartres flirte secrètement avec la Reine qui lui recommande la discrétion : ils ne peuvent être vus ensemble. Les scénaristes veulent faire de Louis XVI un cocu magnifique en le rendant jaloux de qui regarde sa femme de trop près. On ne se demande pas quels auteurs ils ont pu lire pour entretenir pareille supercherie historique…

Durant l’accouchement du premier enfant royal, les sens de la Reine sont si exacerbés qu’elle en vient à avoir des visions comme ici de la consommation de substances illicites : Mesdames deviennent une gorgone à deux têtes, madame de Noailles une vieille poule caquetant, Chartres un Phoenix ou autre animal mythologique, quant à la tête de la princesse de Lamballe elle est plantée sur une pique, elle-même flanquée dans son col… une prémonition d’un goût douteux !

Est-ce madame Campan qui arbore cette tenue de soubrette ?

Madame Royale vient de naître. C’est madame de Polignac qui fait la saignée (sous le pied !) pour que la Reine revienne à elle. Elle découvre que c’est la comtesse de Provence qui dessine les caricatures pamphlétaires en fouillant dans ses appartements…. Madame Royale est baptisée dans la chapelle royale …. de Fontainebleau encore !

L’Impératrice Marie-Thérèse se réjouit que son prénom ait été donné à sa petite fille…. comme si cette tradition dans la famille était une surprise. Elle déplore que l’enfant ne soit pas mâle : une fille ne sert à rien. C’est ignorer la politique (dont Marie-Antoinette est l’illustration même) de l’Autriche que de lui faire dire ou écrire cela !

Madame de Polignac devient gouvernante de Madame Royale dès 1778 … exit la princesse de Guéménée !

Louis XVI donne un coup de poing à Provence, venu en vain lui demander pardon pour sa femme, et il paraît à la Cour avec un œil au beurre noir…

Huitième épisode
Reine de cœur

En guise de cœur, l’épisode commence avec le couple royal copulant selon la position sensuelle de l’équerre : pendant ce temps, la Reine pense à ses projets pour la méridienne du salon (au lieu du salon de la méridienne…) et le Roi pense à sa politique.

La Reine reconnaît Fersen rencontré lors du bal de l’opéra en 1774

Madame de Polignac apporte à Fersen (dans sa chambre de bonne à Versailles) l’invitation de la Reine à une soirée à Trianon… Elle lui recommande de savoir tirer partie de Marie-Antoinette comme eux tous.

Le portrait de Marie-Antoinette que l’Impératrice Marie-Thérèse reçoit est celui de Madame de Polignac au chapeau de paille

Madame de Polignac au chapeau de paille par Elisabeth Vigée Le Brun (1782)

C’est bien sûr ce portrait qui fut envoyé à l’Impératrice en réalité :

Premier portrait de Marie-Antoinette par Elisabeth Vigée Le Brun

Madame de Polignac fait des plans à trois avec son mari et Vaudreuil qui se caressent lorsqu’elle les rejoint au lit dans une nuisette courte de la collection printemps-été de je ne sais quel catalogue actuel …. dans l’ancienne chambre de la Reine à Trianon, car Marie-Antoinette s’est installée au grenier. Lamballe déchante d’être supplantée par Yolande de Polignac qui prend son rôle dans l’habillement de la Reine.

Madame Royale dort dans la chambre jouxtant celle de Marie-Antoinette qui se lève elle-même pour s’occuper d’elle la nuit.

Encore et toujours, le chevalier de Saint-George fait partie des intimes de la Cour, avec sa perruque punk poudrée.

Le comte de Provence surprend une femme nue dans le lit de son épouse… qui lui reproche son inaptitude maritale.

Axel de Fersen est interprété par Martijn Lakemeier, un acteur néerlandais

Chartres déclare sa flamme à la Reine qui le rejette et rit de lui, il la gifle et la brusque pour lui signifier qu’elle ne pourra éviter ses sentiments… # ME TOO ! Le Roi s’aperçoit du manège de son cousin autour de la Reine : il l’exile de la Cour. C’est lui encore qui envoie Fersen combattre en Amérique pour défendre les idées que Benjamin Franklin est venu défendre à Versailles. La Reine apparaît coiffée à la Belle Poule… quelques années trop tard : toujours cette alternance entre coiffure à l’enfant et pouf …

L’Impératrice Marie-Thérèse s’éteint, en rentrant de déplacement (à Fontainebleau) Marie-Antoinette, déjà enceinte de son fils qui doit naître un an plus tard (le 22 octobre 1781), l’apprend en découvrant Mercy et Lamballe en deuil pour l’accueillir.

Marthe Keller interprète Marie-Thérèse d’Autriche

Ils font clairement de Fersen le père de Louis-Joseph …

La famille royale et la cour dans la galerie des glaces

Canal+ a prévu de développer la série sur trois saisons
Après avoir raconté l’arrivée de la princesse autrichienne, qui déchante rapidement en découvrant la rigueur de l’étiquette de Versailles et la froideur de son époux Louis XVI, Deborah Davies compte étayer le portrait de Marie-Antoinette jusqu’à sa fin tragique. La première saison se conclut sur l’image de la reine tenant dans ses bras le dauphin. La naissance d’un héritier était le principal enjeu de ce premier opus, et les producteurs et Deborah Davies ont l’intention d’aborder la révolution dans la suite de la série.

«On est en train d’écrire la deuxième saison, a confirmé Claude Chelli, notre thèse et celle de Deborah, est que les germes de la révolution française viennent de l’intérieur de la famille royale, et notamment des opposants royaux ou princiers. Provence, le frère du roi et particulièrement Chartres, qui s’installe au Palais dans la deuxième saison, vont organiser une sorte de contre royauté. C’est là-dessus que s’articulera la saison 2».

Claude Chelli, producteur

Le producteur confirme également que Marie-Antoinette comptera en tout « trois saisons »…

Les Américains ont une histoire modeste puisque récente aussi s’attaquent-ils à la nôtre ! Encore eut-il fallu que Deborah Davis s’en imprègne un minimum. Mais elle n’a décidément fait aucun progrès depuis Versailles !
A voir cette image du tournage :

Image du tournage de la série de 2022

On a idée que cette série est pour Marie-Antoinette ce que le pigeon est pour notre président ( de 2012 à 2017 ) François Holland :

Pour plus d’exactitude historique (ce qui est peu difficile, on vous l’a montré), nous ne pouvons que vous recommander de voir la série La Guerre des Trônes, proposée par France télévision avec tellement moins de tapage que Canal + :

https://www.france.tv/france-5/la-guerre-des-trones-la-veritable-histoire-de-l-europe/

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