Madame Henriette de France

Madame Henriette par Jean-Marc Nattier

Le 14 février 1727

Naissance de Mesdames Élisabeth et Henriette, premières filles jumelles de Louis XV (1710-1774) et de Marie Leszczyńska (1703-1768). Ondoyée à sa naissance, Louise-Élisabeth reçoit la dénomination de « Madame Première ». Henriette reçoit la dénomination de « Madame Seconde » car elle est venue au jour après sa sœur, elle est considérée comme fille puînée.

Louis XV par Maurice Quentin de La Tour
Mesdames première et seconde
Marie Leszczyńska par Alexis Belle

Louis XV, père à dix-sept ans, s’exclame :

«On m’avait dit incapable d’engendrer et j’ai fait coup double»

et il demande à haute voix à la Reine de donner rendez-vous à son accoucheur pour l’année suivante.

« L’an mil sept cent trente sept le vingt septième d’avril Louise Elizabeth fille de très haut très excellent et très puissant Prince Louis quinze par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, et de très haute très excellente et très puissante Dame madame Marie Princesse de Pologne son épouse, née et ondoyée le quatorze du mois d’aout mil sept cent vingt sept par messire Henry Hubert de Couravel de Pesé conseiller aumonier du Roy abbé de Beaupré, a reçu les cérémonies du baptême par haut et puissant Prince évêque de Strasbourg monseigneur Armand Gaston de Rohan cardinal et grand aumonier de France ; en présence de nous curé soussigné, le parrain a été très haut et puissant Prince monseigneur Philippe d’Orléans duc de Chartres Prince du sang, et la marraine très haute et très puissante Princesse madame Louise Elizabeth de Bourbon Princesse douairière de Conty qui ont signés. Le Roy et la Reine présents qui ont bien voulu signer.»

Extrait du registre de la paroisse Notre-Dame de Versailles

 

 

Le 28 juillet 1728

Naissance de Madame Louise , Madame Troisième.

 

Le 4 septembre 1729

Naissance du Dauphin Louis-Ferdinand, futur père de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Portrait de Marie-Louise de France par Pierre Gobert
Marie Leszczyńska, Reine de France, et le Dauphin Louis-Ferdinand par Alexis Belle
La Gloire des Princes s'empare des Enfants de France, par De Troy La France confie ici à la Gloire les trois premiers enfants du Roi : Louis, dauphin de France, Madame Élisabeth (de dos), et Madame Henriette.
Philippe de France par Barrière

Le 30 août 1730

Naissance de Philippe, duc d’Anjou, second fils de Louis XV et Marie Leszczyńska.

Le 23 mars 1732

Naissance de Madame Adélaïde, Madame Quatrième.

Le 19 février 1733

Décès de de Madame Louise , Madame Troisième.

Le 7 avril 1733

Décès de Philippe, duc d’Anjou.

Le 11 mai 1733

Naissance de Madame Victoire, cinquième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska ( elle sera appelée Madame Quatrième) , dans la chambre de la Reine du château de Versailles.

Le 27  juillet 1734

Naissance de Madame Sophie (Madame Cinquième), sixième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska, qu’on appellera Madame Sophie.

Le 16 mai 1736

Naissance de Thérèse-Félicité qui mourra le 28 septembre 1744.

 

Madame Elisabeth est élevée par la gouvernante des Enfants de France, madame de Ventadour celle-ci même qui éleva le jeune Louis XV, jusqu’en 1735 remplacée peu à peu par sa petite-fille la duchesse Tallard,  au château de Versailles, avec ses frères et sœurs . Elle est soumise, dès son plus jeune âge, à l’Étiquette, qui gère la vie quotidienne des princes, quel que soit leur âge. Madame Elisabeth a de nombreuses sœurs, qui encombrent peu à peu le château de Versailles, car la naissance répétée des filles de France fut une véritable tragédie pour l’Etat. Cette pouponnière royale coûte une dépense terrible si l’on juge l’énorme effectif de la Maison des Enfants de France.

Chaque princesse dispose, dès sa naissance, de huit femmes de chambre, soit rien qu’une cinquantaine de caméristes pour les seules filles du Roi !

Le 27 avril 1737

Baptême des princesses jumelles, de Madame Troisième et du Dauphin Louis-Ferdinand.

Elle devient Henriette, appelée «Madame Henriette».

Le Dauphin Louis-Ferdinand par Louis Tocqué

Acte de baptême :

« L’an mil sept cent trente sept le vingt septième d’avril Anne Henriette fille de très haut et très excellent et très puissant Prince Louis quinze par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre et de très haute très excellente et très puissante Dame Marie Princesse de Pologne son épouse, née et ondoyée le quatorze du mois d’aout mil sept cent vingt sept par messire Henry Hubert de Couravel de Pesé conseiller aumônier du Roy abbé de Beaupré, a reçu les cérémonies du baptême par haut et puissant Prince de Strasbourg monseigneur Armand Gaston de Rohan cardinal et grand aumônier de France, en présence de nous curé soussigné, le parrain a été très haut et puissant Prince monseigneur Louis Henry de Bourbon Prince de Condé duc de Bourbon Prince du sang, et la marraine très haute et puissante Princesse mademoiselle Louise Anne de Bourbon, Princesse du sang, qui ont signé. Le Roy et la Reine présents qui ont bien voulu signer.»

Le prince de Condé

 

 

Son parrain est le prince de Condé (1692-1740), alias le duc de Bourbon et sa marraine est Mademoiselle de Charolais (1695-1758).

 

Le 15 juillet 1737

Naissance de Louise-Marie, Madame Dernière, qu’on appellera Madame Louise.

Mademoiselle de Charolais en bure de franciscain par Jean-Marc Nattier (vers 1730), par Nattier
Image de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti

En juin 1738

Le Cardinal de Fleury envoie les princesses cadettes parfaire leur éducation dans le couvent lointain de Frontevraud. En 1736, l’éducation des filles cadettes du Roi fut confiée à l’abbesse de la prestigieuse abbaye de Fontevraud tandis que les aînées restent avec leur frère (…et Madame Adélaïde (1733-1800) qui parvient à émouvoir son père pour ne pas partir !) à Versailles.

Images de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti
L'abbaye de Fontevraud

Madame Henriette est élevée à Versailles dans l’aile des Princes, avec sa jumelle Élisabeth, sa sœur Adélaïde et son frère le Dauphin Louis-Ferdinand (1729-1765). D’un caractère réservé et doux, elle est la fille préférée du couple royal.

Afin de se réconcilier avec l’Espagne outrée par la rupture des fiançailles du Roi avec l’infante Marie-Anne-Victoire en 1725, Louis XV promet sa chère Babette à l’infant Philippe d’Espagne (1720-1765) , un des fils cadets de Philippe V d’Espagne (1683-1746), tandis que le Dauphin doit épouser une sœur de l’infant. Les souverains Espagnols avaient été humiliés par la rupture des fiançailles de Louis XV avec l’infante Marie-Anne en 1725.

Louis XV et sa première fiancée, l'infante Marie-Anne
Louis XV interprété par Igor Van Dessel dans L'Echange des Princesses (2017) de Marc Dugain
Juliane Lepoureau interprète la petite Marie-Anne Victoire dans L'Echange dew Princesses de Marc Dugain

 Fin février 1739

Louis XV annonce officiellement la nouvelle. La cour est surprise de cette alliance, car l’infant n’a guère de chance de monter sur le trône espagnol.

Le 23 août 1739

Demande en mariage de Madame Elisabeth et signature des articles

Le comte de Marsan et le chevalier de Sainctot, introducteur des ambassadeurs, vont, dans les carrosses du Roi et de la Reine, à l’Hôtel des Ambassadeurs Extraordinaires, prendre le marquis de La Mina, ambassadeur extraordinaire du Roi d’Espagne, pour le conduire, à Versailles, à sa première audience publique du Roi. La marche se faite dans l’ordre suivant : le carrosse de l’introducteur des ambassadeurs, celui du comte de Marsan, celui du Roi précédé des deux suisses de l’ambassadeur à cheval, de ses officiers et valets de chambre à cheval, le carrosse de la reine, et les cinq carrosses de l’ambassadeur ferment la marche, et qui sont remplis de plusieurs seigneurs espagnols. L’ambassadeur trouve, à son passage, sur l’avant-cour du château, les compagnies des gardes françaises et suisses sous les armes, les tambours appelants ; dans la cour, les gardes de la porte et ceux de la prévôté, en haie et sous les armes, à leurs postes ordinaires. Il descend à la salle des Ambassadeurs, au rez de chaussée de la Vieille Aile, où il se repose jusqu’à l’heure de l’audience du Roi.
Lorsqu’il y va, il est reçu, au bas de l’escalier de la Reine, par le marquis de Brézé, Grand Maître des Cérémonies ; les Cent Suisses étant sur les escaliers en habit de cérémonie, la hallebarde à la main. Il est reçu, dedans de la salle des gardes du corps, par le duc de Villeroy, capitaine des gardes du corps en quartier. Les gardes du corps sont en haie et sous les armes. L’ambassadeur, après avoir complimenté le Roi dans son Cabinet, fait au nom du Roi d’Espagne, la demande de Madame, pour Don Philippe, Infant d’Espagne, et Louis XV la lui accorde ave des témoignages de satisfaction. Le Roi porte, ce jour-là, un habit de camelot d’or, glacé d’or, avec des boutons et boutonnières d’or, et la veste d’une très riche étoffe d’or. L’ambassadeur est ensuite conduit à l’audience publique de la reine. Elle a un habit gros de tour, vert et argent, chamarré de raizeaux d’or et de pierreries ; à celle de M. le Dauphin, qui est en habit de droguet de soie et d’argent, le fond couleur de feu, galonné d’argent en pompons, la veste d’étoffe d’argent, fond blanc, avec des boutons de rubis ; à celle de Madame qui a un habit de gros de tours et or, chamarré de raizeaux d’or et de pierreries ; et à celle de Madame Henriette et de Madame Adélaïde. Après avoir été traité par les officiers du Roi, il est reconduit dans les carrosses du Roi et de la Reine à l’Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires. L’après-midi, le marquis de La Mina revient, à Versailles, chez la Chancelier de France. Les articles du mariage sont signés par le Chancelier de France, M. d’Aguesseau ; par le comte de Maurepas, ministre et secrétaire d’Etat à la Maison du Roi et à la Marine ; par M. d’Angervilliers, ministre et secrétaire d’Etat à la Guerre ; par M. Orry, ministre d’état et contrôleur général des finances ; et par M. Amelot, ministre et secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères. Ils avaient été nommés par le Roi pour signer les articles. Le marquis de La Mina signe les articles au nom du Roi Philippe V d’Espagne.

Le 25 août 1739 

Cérémonies des fiançailles de Madame Elisabeth

Le comte de Marsan et le chevalier de Sainctot, introducteur des ambassadeurs, vont dans les carrosses du Roi et de la reine, à l’Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, prendre le marquis de La Mina, et le conduisent à Versailles. L’ambassadeur est accompagné du même cortège qu’il avait eu le jour de son audience publique, et reçoit les mêmes honneurs que ce jour-là. Il est traité par les officiers du Roi, et après la cérémonie des fiançailles, il sera reconduit à l’Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires dans les mêmes carrosses. Quelques temps avant l’heure marquée par le Roi pour les fiançailles, le marquis de La Mina, précédé de son cortège et suivi de plusieurs seigneurs espagnols, sort de la salle des Ambassadeurs pour se rendre chez le duc d’Orléans. Son appartement se trouve au rez de chaussée de l’Aile du Nord, et donne sur le parterre du Nord. Le duc d’Orléans doit, durant la célébration du mariage, représenter Don Philippe, Infant d’Espagne, et auquel le marquis de La Mina avait remis la procuration de ce prince, autorisée par le Roi et la Reine d’Espagne. L’ambassadeur, qui a le comte de Marsan à sa droite, et l’introducteur des ambassadeurs à sa gauche, prie le duc d’Orléans, après lui avoir fait un compliment, de venir chez le Roi pour les fiançailles. Le duc d’Orléans est en habit et veste d’étoffe d’or, le manteau de même, garni de dentelles d’or.
En allant chez le Roi, le duc d’Orléans marche à la droite de l’ambassadeur ; le comte de Marsan est à leur droite, et l’introducteur des ambassadeurs à la gauche. Depuis le grand escalier, le duc d’Orléans et l’ambassadeur sont précédés par le Grand Maître et par le maître des Cérémonies, et lorsqu’ils sont entrés dans le Cabinet, le Roi est avec les princes. Le duc d’Orléans va prendre sa place auprès du Roi, qui est au bout d’une table, qu’on avait mise dans le fond du Cabinet. L’ambassadeur s’approche de Louis XV, puis le complimente et vient ensuite se mettre après les princes.
L’habit du Roi est d’étoffe d’or, brodée en or, la veste d’une autre étoffe d’or à fond vert, brodé de même. Celui de M. le Dauphin est en droguet de soie, brodé en or et soie, la veste d’étoffe d’or, brodée de même. La Reine ayant été avertie par le marquis de Brézé, Grand Maître des Cérémonies, que le Roi était dans son Cabinet. Elle sort de son appartement pour s’y rendre, sous la conduite du marquis de Nangis, son chevalier d’Honneur, et du comte de Tessé, son premier écuyer. Elle a un habit de taffetas gris de lin, chamarré de raizeaux d’argent et de pierreries en grand nombre. Madame, qui en passant de son appartement, au premier étage de l’Aile des Princes donnant sur le parterre du Midi (appartement des Enfants de France), chez la Reine, avait été accompagnée par les princesses et par un grand nombre de dames de la Cour, et marche après la Reine. Elle a un habit de gros de tours, brodé d’argent, noué de couleurs, avec quantité de pierreries, diamants et rubis. le Dauphin lui donne la main, et Mme Henriette, sa sœur jumelle, porte la queue de sa mante, qui est en gaz d’or. Madame Adélaïde marche ensuite ; la duchesse de Tallard, gouvernante des Enfants de France, est auprès de Madame. Les princesses suivent la Reine ainsi que la duchesse de Luynes, sa dame d’honneur, la duchesse de Mazarin la dame d’atours, les dames du palais ; ainsi que les dames d’honneur des princesses, et un grand nombre de dames de la Cour. Marie Leszczyńska se place à la gauche du Roi, à l’autre bout de la table.  le Dauphin et les princes se mettent du côté du Roi ; Madame, Madame Henriette, Madame Adélaïde et les princesses du côté de la Reine. A la droite du Dauphin était le duc de Chartres en habit de gros de tours, gris blanc et argent, garni de raizeaux d’argent, la veste jaune et argent, garnie de même. Suivi de Monsieur le Duc en habit de moire de soie, avec des points d’Espagne d’argent sur les coutures, la veste d’étoffe d’argent.
Vient ensuite le comte de Charolais, son frère, en habit de drap d’argent garni de points d’Espagne en or, la veste en gros de Naples citron, brodé en or en plein. Le comte de Clermont, son second frère, en habit de camelot d’argent, fond brun, garni d’un point d’Espagne, à raizeaux sur toutes les coutures ; les parements et la veste d’étoffe d’argent à fond jaune. Suivi du prince de Conti en habit de moire moucheté garni de points d’Espagne, d’argent à raizeaux, avec des houpes. Ensuite le prince de Dombes, en habit de cannelé brun, avec des points d’Espagne d’or à raizeaux sur toutes les coutures, la veste d’aun glacé d’or, fond vert en quadrille, garni de petites fleurs de pensées, avec des franges d’or et fleurs de jasmin. Son frère le comte d’Eu en habit de lustrine gris de perle, avec une broderie en or appliquée, la veste d’étoffe d’or nuée, à fond blanc, garni de frange d’or, aussi née, les parements de l’habit comme la veste.
Enfin, le duc de Penthièvre, en habit d’étoffe d’or, et la veste de drap d’argent, le tout garni de points d’Espagne d’or, avec des raizeaux d’or au bas de la veste et aux parements, et un nœud d’épaule enrichi de diamants. Du côté, était Madame la Duchesse douairière, fille légitimée du feu Roi Louis XIV, d’un tabis noir, et sa jupe d’un gros de tours à fond pistache or et argent, avec une mantille de raizeaux d’or et d’argent, tissus en mosaïque. Ensuite, la princesse de Conti douairière en habit de tabis noir, Mademoiselle en habit d’étoffe d’argent, chamarrée de diamants, Mademoiselle de Clermont en habit d’étoffe d’or, avec beaucoup de pierreries, la jupe de gaze fort riche. Mademoiselle de Sens, en habit de tabis noir, la jupe de gaze rayée d’or et d’argent, avec des pierreries. Mademoiselle de La Roche sur Yon, en habit de gaze, petit jaune et ragent, chamarrée de glands et de lilas en argent mademoiselle du Maine, en habit chamarré de raizeaux d’or, enrichi de roses de diamants. Lorsque les princes et princesses ont pris leurs places, et que les seigneurs et dames de la Cour se sont rangés des deux côtés du cabinet, monsieur Amelot, ministre et secrétaire d’état aux affaires étrangères, s’avance près de la table, du côté du Roi, et le comte de Maurepas, ministre et secrétaire d’état à la Maison du Roi, se met à l’autre bout. Monsieur Amelot lit le commencement du Contrat, qui est signé par le Roi, la Reine, M. le Dauphin, par Madame, par Madame Henriette et par Madame Adélaïde ; la plume leur ayant été présentée par M. Amelot. Les princes et les princesses du sang signent ensuite le Contrat dans la même colonne que le Roi. L’ambassadeur signe seul dans la seconde colonne, vis-à-vis du duc d’Orléans. Dès que le contrat est signé, S.E. le cardinal de Rohan, Grand Aumônier de Frace, en rochet et en camail, accompagné de deux aumôniers du Roi, du père Lignières, confesseur du Roi, et de quelques ecclésiastiques de la chapelle du Roi, entre dans le Cabinet du Roi, et se place devant la table. Madame s’approche et le duc d’Orléans s’étant mis à sa droite, le cardinal de Rohan fait les fiançailles. Après cette cérémonie, le duc d’Orléans est reconduit dans son appartement par l’ambassadeur, dans le même ordre qu’à son arrivée.

Madame Henriette par Liotard
Madame Élisabeth de France, duchesse de Parme, en habit de chasse, par Nattier

Le 26 août 1739

La jeune Élisabeth, qui a tout juste douze ans, se marie par procuration.

Par ce mariage, elle prend le nom de « Madame Infante ». Les cérémonies fastueuses qui ont lieu pour l’occasion sont passées à la postérité.

Madame Henriette est désormais nommée uniquement  « Madame » pour souligner le fait qu’après le mariage de sa sœur jumelle, elle était l’aînée des filles du Roi encore célibataire.

La cérémonie de mariage par procuration de Madame Elisabeth

Louis XV se rend, à midi, dans la chapelle du château, qui avait été préparée pour cette cérémonie. Toutes les travées sont remplies par les ambassadeurs, par les ministres étrangers et par les membres les plus considérables de la Cour. Louis XV est précédé : du duc d’Orléans, du duc de Chartres, de Monsieur le Duc, du comte de Charolais, du comte de Clermont, du prince de Conti, du prince de Dombes, du comte d’Eu et duc de Penthièvre ; il y a aussi deux Huissiers de la Chambre portant leurs masses. Les principaux officiers du Roi sont aussi présents. Le cortège est ouvert par le Grand Maître et le Maître des Cérémonies. Des banquettes contiennent la foule des spectateurs, qui laissent un espace suffisant pour le passage du Roi et de la Cour.
Marie Leszczyńska suit accompagnée des princesses et dames de la Cour, comme la veille. Le Dauphin donne la main à Madame, qui marche après la Reine, et suivie par Madame Henriette et Madame Adélaïde. La Cour est brillante, magnifique et variée, relevée par la richesse des pierreries et des habits des seigneurs et dames de la Cour, sans compter les seigneurs étrangers qui sont en grand nombre. Tous remplissent la Galerie et le Grand Appartement jusqu’à la Chapelle. Louis XV porte un habit d’étoffe d’argent brodé d’argent en coquilles, les boutons de diamants, la veste d’étoffe d’argent, richement brodée et un gros diamant au chapeau. Le Dauphin a un habit de brocard d’or, brodé sur toutes les coutures, et la veste brodée en mosaïque, enrichie de rubis. Le duc d’Orléans a le même habit que pour les fiançailles. Le duc de Chartres a un habit de drap de couleur noisette et or, brodé d’or et la veste de même. Monsieur le Duc a un habit de pluie d’argent, brodé d’or, la veste d’étoffe d’argent brodée en or. Le comte de Charolais a un habit brodé d’or en plein, la veste d’une étoffe verte et or. Le comte de Clermont porte un habit d’Avanturine d’or, fond agathe à gerbes d’or ; la veste glacée d’argent en quadrille d’or, ainsi que les parements de l’habit, avec un bleuet dans le milieu, orné d’une broderie à fond avec des raizeaux en or, et des frangerons sur toutes les coulures. Le prince de Conti porte un habit de camelot d’argent, fond brun, enrichi partout de raizeaux d’or, avec houpes. Le prince de Dombes a un habit de droguet d’argent, fond gris de perles, brodé d’argent, et la veste aussi droguet, fond cerise et brodée de même. Le comte d’Eu a un habit d’Avanturine, couleur de noisette claire, à un fond d’or, avec fleurs et cornes d’abondances en or ; la veste d’étoffe d’argent, fond violet, brodée en soie nuée. Le duc de Penthièvre porte un juste-au-corps d’étoffe d’or, brodé d’argent né, la veste de même ; le bas garni d’un raizeau d’or né ainsi que les parements d’habit avec nœud d’épaule, enrichi de diamants.
Marie Leszczyńska a un habit de gaze, fond noir et or, très riche, l’étoffe posée sur un fond de couleur rose, avec raizeaux d’or en falbala, et quantité de pierreries, glands de perles et de diamants… Le diamant « le Régent » faisait le principal ornement de la coiffure de la Reine. «Le Sancy» est employé à son collier, et quantité d’autres de très grands prix, ainsi que de très belles perles aux boucles d’oreilles, pendeloques, coulans, nœuds de diamants. L’habit de Madame est d’un tissu d’argent à fond blanc, brodé avec des points d’Espagne en argent, et enrichi d’une quantité prodigieuse de diamants, de perles et de rubis. Les habits de Mesdames Henriette et Adélaïde sont des plus riches étoffes, ornés de point d’Espagne en argent, enrichis d’une quantité prodigieuse de pierreries. Le cortège descend le grand escalier de marbre ; arrivés à la chapelle, le Roi et la Reine s’avancent jusqu’au prie-dieu. Madame va se mettre à genoux sur les marches qui montent au sanctuaire. Le duc d’Orléans s’y met aussi, et à la droite de Madame, S.E. le cardinal d’Auvergne, Premier Aumônier du Roi, est à la droite du prie-dieu, et après lui se placent S.E. le cardinal de Polignac et plusieurs ecclésiastiques.
S.E. le cardinal de Rohan, qui est sorti de la sacristie au moment où Louis XV arrivait dans la chapelle, va présenter l’eau bénite au Roi et à la Reine. Il monte ensuite à l’Autel duquel le Roi, la Reine,  le Dauphin, Madame Henriette, Madame Adélaïde, les princes et les princesses du sang s’approchent.
Le marquis de Lamina, qui était entré dans la chapelle un moment avant celle du Roi, est placé entre le comte de Marsan et l’introducteur des ambassadeurs, sur un banc à droite du prie-dieu du Roi, puis s’approche aussi de l’Autel pour être témoin du mariage. S.E. le cardinal de Rohan commence la cérémonie par la bénédiction de treize pièces d’or et d’un anneau d’or, et les réunit au duc d’Orléans, qui met l’anneau au quatrième doigt de la main gauche de Madame, et lui donne les treize pièces d’or en foi de mariage, au nom de l’Infant d’Espagne.
Lorsque le cardinal de Rohan demande au duc d’Orléans, si comme procureur de Don Philippe, il prenait Madame Louise Elisabeth de France pour sa femme et légitime épouse ; le duc d’Orléans se tourne du côté du Roi, et il lui fait une profonde révérence. Madame ne répond aussi qu’après en avoir demandé la permission au Roi et à la Reine. Les cérémonies du Mariage ayant été achevées, et Madame et le duc d’Orléans ayant reçu la bénédiction nuptiale, le Roi et la Reine reviennent à leur prie-dieu, et le cardinal de Rohan commence la messe. Après l’Offertoire, Madame va à l’Offrande, et ensuite le duc d’Orléans. A la fin du Pater, deux aumôniers du Roi étendent au-dessus de la tête de Madame et du duc d’Orléans, un poêle de brocard d’argent, et ils ne l’ôtent qu’après que le cardinal de Rohan eu achevés les oraisons ordinaires. La messe étant finie, le cardinal de Rohan vient au prie-dieu du Roi et de la reine, et leur présente les registres ordinaires des mariages de la paroisse de Versailles, qui avaient été apportés par le curé de la paroisse, le père Jomard, lequel avait assisté à la cérémonie du mariage ainsi qu’aux fiançailles. Le Roi, la Reine, le Dauphin, Madame, Madame Henriette, le duc d’Orléans, et Madame la Duchesse douairière signent les registres. Après les signatures, le Roi et la Reine remontent dans leurs appartements dans le même ordre qu’à leur arrivée à la Chapelle.
Vers dix-huit heures, Louis XV et Marie Leszczyńska passent dans la grande galerie, qui est magnifiquement éclairée, ainsi que le Grand Appartement, par trente lustres à six, à huit et à douze bobêches, sans compter une très grande quantité de girandoles nouvelle et très ingénieuse, dont le brillant des cristaux fait un effet prodigieux. Ils tiennent «Appartement», et jouent au lansquenet.  le Dauphin, Madame et Madame Henriette jouent à une autre table. Il y en a d’autres pour les princes et les princesses du sang, et les seigneurs et les dames de la Cour. A la fin du jour, la décoration élevée à l’extrémité de la terrasse qui est en face de la grande galerie, et qui s’étend jusqu’au de là de fontaines qui sont au bout de celle-ci, est illuminée. Cela forme un très beau spectacle. A vingt-et-une heures, le Roi et la Reine, ayant quitté le jeu, se placent à la croisée du milieu de la galerie, pour voir tirer le feu d’artifice, dont l’exécution et la variété répondent à la magnificence de l’illumination. Après le feu d’artifice, le Roi et la reine soupent dans l’appartement de la Reine ; Madame, Madame Henriette, Madame la Duchesse douairière, la princesse de Conti douairière, Mademoiselle, mademoiselle de Clermont, mademoiselle de Sens, mademoiselle de La Roche sur Yon et Mademoiselle du Maine ont l’honneur de souper avec eux. Le marquis de Lamina, que le comte de Marsan et l’introducteur des ambassadeurs étaient allés chercher, le matin à l’Hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, dans les carrosses du Roi et de la Reine, pour la messe à Versailles, est traité par les officiers du Roi, et le soir, il est reconduit, à Paris, dans les mêmes carrosses.

Le 30 août 1739

Madame Élisabeth doit quitter Versailles. Les adieux d’Élisabeth à sa famille sont déchirants. En larmes, elle quitte sa sœur jumelle, Madame Henriette, sur ces mots :

« C’est pour toujours, mon Dieu, c’est pour toujours ! »

À la différence de sa sœur, Madame Henriette ne sera jamais mariée, ni même fiancée.

 

On lui prête pourtant une idylle avec son cousin le duc de Chartres (1725-1785), père du futur Philippe Egalité… :

 

En 1740

En 1740, peu de temps après le mariage de sa jumelle Élisabeth avec un prince de rang modeste, on parle de marier Madame au duc de Chartres. D’après le marquis d’Argenson, les deux jeunes gens s’aimaient et auraient été encouragés par Louis XV, désireux de conclure cette alliance mais deux visions dynastiques s’opposent une fois encore. Les Orléans cherchent à assurer leurs droits sur le trône. En effet, le traité d’Utrecht, en donnant la couronne d’Espagne au duc d’Anjou, petit-fils de Louis XV, l’a contraint à renoncer à ses droits sur la couronne de France, ce qui fait des ducs d’Orléans les héritiers légitimes de la couronne en cas d’extinction de la branche aînée. Or la branche espagnole ne semble pas avoir perdu tout espoir de la succession française. Le duc d’Orléans pense donc qu’un mariage de son fils avec Madame Henriette attacherait plus solidement celui-ci à la succession.

Le duc d'Orléans par Alexandre Roslin.

Le refus du Roi, influencé par le cardinal de Fleury, s’explique vraisemblablement par le refus de voir Madame Henriette déchoir : elle passerait du rang de fille de France à celui de princesse du sang, sans aucune assurance, à moins que son frère ne meure sans enfant, de reprendre son rang. Quelques années plus tard, le futur Philippe-Égalité voudra à son tour obtenir la main de Marie-Thérèse de France pour son fils mais il essuiera lui aussi un refus. Cet épisode illustre la situation complexe, voire paradoxale, dans laquelle se trouvent les filles de France au XVIIIe siècle en raison de la sacralisation accrue du sang royal. D’une part, on considère les filles de France comme détentrices d’une partie de la légitimité royale, alors même qu’elles ne peuvent ni monter sur le trône ni transmettre la couronne.

En 1743

Le Roi, qui pose d’abord sur cette idylle un regard bienveillant, doit finalement, pour des raisons diplomatiques, s’opposer à ce mariage qui aurait trop élevé le futur chef de cette branche cadette de la maison de France et aurait indisposé le Roi d’Espagne, Philippe V (1683-1746) , plus proche successeur du Roi au cas où le Dauphin Louis-Ferdinand ( 1729-1765) mourait sans descendance mâle survivante.

Le 16 décembre 1743

A l’occasion du mariage entre le duc de Chartres et mademoiselle de Conti prévu pour le lendemain, Louis XV demande que les fastes soient un peu réduits comparés au mariage de Madame Infante sa fille aînée en 1739.

Le duc de Chartres en 1735 par Jean Daullé

 

 

Le 17 décembre 1743

La table des noces n’est pas carrée comme à son ordinaire mais en fer à cheval car toute la famille royal est réunie, princesses du sang compris (les princes n’ayant pas droit eux de se mettre à table avec la Reine et les princesses).

Louise-Henriette de Bourbon-Conti, duchesse de Chartres par Jean-Marc Nattier

« Monsieur le Dauphin présenta la serviette au Roi. Le Roi et la Reine étaient au milieu de la table, Monsieur le Dauphin à la droite du Roi, Madame à la gauche de la Reine, Madame Adélaïde à la droite de Monsieur le Dauphin, madame la duchesse de Chartres à la gauche de Madame, madame la princesse de Conti à la droite de Madame Adélaïde, madame de Modène à la gauche de madame la duchesse de Chartres, Mademoiselle à la droite de madame la princesse de Conti, mademoiselle de Sens la dernière à gauche, mademoiselle de La Roche-sur-Yon la dernière à droite. 
C’étaient les gentilshommes ordinaires qui servaient. Monsieur le comte de Charolais vit mettre le Roi à table, mais il ne fit aucune fonction. Monsieur de Livry avait le bâton. L’antichambre était éclairée de sept lustres, comme je l’ai déjà dit.»

Mémoires du duc de Luynes

Madame est le titre porté par Madame Henriette depuis le départ de sa jumelle considérée comme l’aînée.

Ce mariage est un véritable calvaire pour la princesse qui a longtemps cru possible pouvoir épouser le duc de Chartres lui aussi amoureux de la fille du Roi.

Madame Henriette (1727-1752) par Jean-Marc Nattier, huile sur toile 1747, château de Versailles

Toutes ces princesses d’âge mûr ne sont guère des exemples pour Mesdames et Marie Leszczyńska ne les supportent que par politesse. Le marquis de Livry est le Premier Maître d’Hôtel du Roi qui assure sa charge durant les grandes circonstances, ici un mariage princier. Il se tient à la gauche du fauteuil du Roi et ordonne au service. On constate, selon la règle immuable qu’aucun homme hors de la famille royale ne peut manger avec la Reine et les Filles de France, l’absence du marié à la table de ses noces ! Celui-ci soupe dans son appartement, en compagnie de son père, son beau-frère et tous les autres princes du sang et légitimés. A la fin du Grand Couvert, ces princes se rendent à l’Antichambre afin de venir chercher le Roi et la Reine pour prendre part à la cérémonie du coucher des jeunes mariés.  Les Filles de France se retirent.

Le 9 février 1744

Louis XV se plie habituellement au Grand Couvert chaque dimanche. Mais ce jour-là il préfère l’annuler pour retrouver mesdames de Châteauroux et de Lauraguais dans ses petits appartements. C’est un véritable camouflet pour la famille royale et la Cour. 

Le 8 avril 1744

Le Dauphin et ses sœurs assurent seuls le Grand Couvert.

Le 25 mai 1744, Pentecôte

Après la grande messe, la Reine s’installe au Grand Couvert entourée de ses enfants. Elle seule s’assoit dans un fauteuil au milieu de la table. Le Dauphin s’installe au bout à droite, Madame au bout à gauche et Madame Adélaïde à la droite de leur mère. La gouvernante des Filles de France, madame de Tallard, se place derrière la plus jeune et madame de Luynes derrière la Reine. Le Dauphin a derrière lui un officier des gardes et son gouverneur monsieur de Châtillon. Les princesses et la Reine ont aussi un officier des gardes derrière chacune d’elles.

La Cour est particulièrement nombreuse ce jour-là. 

Remise de l'ordre du Saint-Esprit sous Louis XV dans la chapelle du château de Versailles, le 3 mai 1724, par Nicolas Lancret, musée du Louvre

En juin 1744

Le mariage de son frère avec Marie-Thérèse-Raphaëlle d’Espagne est imminent.

Tandis que le Dauphin est en conversation avec Madame Henriette sur ses projets de promenades avec sa future épouse, la jeune princesse assise sur un canapé et se sentant négligée par ses aînés, s’ennuie et du coup pointe l’insolence. Madame Henriette toujours douce et aimable dit à son frère combien elle a entendu parler des grâces de l’infante, de son air noble et de son beau teint.

A ces derniers mots, la benjamine intervient enfin : «Je crois bien qu’elle est blanche car elle est extrêmement rousse.»

Et continue à brosser un affreux portrait. Madame Henriette tente tant bien que mal à calmer sa sœur. Le Dauphin clôt le débat en disant qu’il savait que sa future épouse avait bon caractère et que cela lui suffit.

Le 17 juin 1744

Marie Leszczynska part se reposer à Trianon. Ses filles la rejoignent pour le jeu mais repartent souper à Versailles tandis que la Reine soupe en compagnie de ses dames.

Le Grand Trianon, côté jardins

Le 8 juillet 1744

Marie Leszczyńska et la Cour doivent faire face à un sérieux problème à la fois d’étiquette et de sécurité. Le Roi étant parti avec l’essentiel de sa Maison, il n’y a plus assez de gardes pour elle et ses enfants. Pire : sa mère, la duchesse de Lorraine et Reine de Pologne doit rendre visite à sa fille mais sans garde suffisante, la situation est très complexe. La Reine de France ne peut recevoir sa mère dignement à Versailles et la relègue à Saint-Cyr.

La situation devient cocasse quand un des gardes tombe malade et du coup, à Trianon, durant le souper de la Reine et de ses enfants, ceux encore présents derrière chaque membre de la famille royale doivent se relayer pour ne laisser ni le Dauphin ni Mesdames seuls et en plus de souper en même temps avant la promenade prévue dans les jardins.  Malgré ce manque d’effectifs, les gardes ne font pas attention pour autant : le même jour, un de sentinelle dans l’antichambre de Mesdames s’endort au balcon et tombe de la fenêtre. Il meurt sur le coup. 

Le 28 septembre 1744, Fontevraud

Mort de Thérèse-Félicité, Madame Sixième. On ne connaît pas la réaction de sa fratrie restée à Versailles.

Le 14 novembre 1744

Marie Leszczyńska vient dîner aux Tuileries dans la Chambre de la Reine donnant sur les jardins. Malgré l’étroitesse des lieux, toute la cour s’y presse, ambassadeurs compris, en attente de l’arrivée prochaine du Roi en guerre depuis plusieurs mois. 

Le château des Tuileries vers 1757 par Nicolas Jean-Baptiste Raguenet, musée Carnavalet, Paris

Ses enfants la rejoignent après leur propre dîner à Versailles. 

A neuf et quart du soir, la famille royale en son entier s’installe dans l’antichambre de l’appartement du Roi, bien plus spacieux, après l’arrivée de Louis XV à sept heures et le jeu dans la galerie.

« On ne peut pas se représenter la foule excessive qui était dans la galerie et la salle où le Roi mange.»

            Duc de Luynes, Mémoires

Les vingt-quatre violons jouent plus d’une demi-heure.  Le Dauphin a perdu son gouverneur le duc de Châtillon en disgrâce après Metz, néanmoins un sous-gouverneur reste derrière lui. 

Après le repas, la famille royale se réunit seule une demi-heure.

L'appartement du Roi est celui en jaune, celui de la Reine à cette date correspond à ce qui deviendra l'appartement privé de Louis XVI et de ses enfants, Marie-Antoinette préférant finalement s'installer au rez-de-chaussée, juste en dessous.

Le 17 novembre 1744

Louis XV demande à ses filles de le rejoindre à la chasse au daim au bois de Boulogne où il tient à les voir monter à cheval.  Mesdames se sont beaucoup entraînées durant l’absence de leur père. Louis XV montre un attachement particulier envers Madame Henriette. 

Le 28 décembre 1744

Grand Couvert pour le mariage du duc de Penthièvre avec mademoiselle de Modène. 

Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, par Jean-Marc Nattier

 

 

La cérémonie suit celle à peu de choses près ce qui s’est passé pour le mariage du duc et de la duchesse de Chartres.  Le duc de Charolais fait fonction de grand maître, aidé par le maître d’hôtel de quartier. Il y a les mêmes princesses à table que la dernière fois, en plus de la famille royale, en y ajoutant désormais la nouvelle duchesse de Penthièvre. Madame Henriette est absente à cause d’une dent à arracher. Les princes du sang ne peuvent se mettre à table auprès de la Reine et de ses filles, marié compris. 

Marie-Thérèse Félicité d'Este, princesse de Modène et duchesse de Penthièvre, anonyme, château de Bizy

La foule, surtout populaire, est importante et des barrières doivent être installées dans l’Antichambre et la salle des gardes de la Reine. Mais aucune barrière ne doit être placée dans la grande salle des gardes, dite magasin.  Le Dauphin et Madame Adélaïde ne suivent pas leurs parents et les princes et princesses pour le coucher des mariés dans l’appartement du comte et de la comtesse de Toulouse. 

Le 30 décembre 1744

Louis XV offre à ses filles pour leurs étrennes, à l’une une paire de boucles d’oreilles de diamants et à l’autre une cave de cristal de roche. 

Le 31 décembre 1744

Louis XV offre quelques colifichets à sa fille pour la consoler de son absence au mariage de son cousin.

Début 1745

Débarrassée de la favorite du Roi, la duchesse de Châteauroux, la famille royale retrouve avec bonheur Louis XV plus assidu aux Grands Couverts et surtout prêt à reprendre la conversation qui les termine chez la comtesse de Toulouse.

Le 7 février 1745

Le Roi impose un bal masqué chez ses filles. Le Dauphin et Madame Henriette n’aiment pas danser mais Louis XV estime «que cela ne faisait rien, qu’à leur âge, on aimait toujours à danser.»

Quelques jours auparavant, le Roi est parti à un bal masqué  dans Versailles où la rumeur raconte qu’il y retrouva une dame qu’il ne quitta pas.  C’est sûrement la raison pour laquelle il veut ce bal. Le Roi aime être costumé afin de pouvoir passer une soirée incognito. Son épouse vient aussi au bal de leurs enfants, jusqu’à quatre heures du matin mais estime qu’elle ne doit plus porter de masque à son âge. 

Louis XV fait réellement preuve de maladresse quand il s’agit de ses maîtresses vis-à-vis de sa famille. 

Le 14 février 1744

Nouveau bal masqué chez Mesdames. Le Roi est costumé en paysan mais celui à genoux auprès de la Reine toute la nuit fait certainement diversion pour laisser Sa Majesté incognito. 

Le 22 février 1745, Sceaux

Dîner de la famille royale, de dix-huit couverts : le Roi, le Dauphin à sa droite, la Dauphine à la gauche de la Reine, Madame Henriette à la droite de son frère, Madame Adélaïde à la gauche de la Dauphine, six princesses du sang et madame de Penthièvre, puis madame de Tallard, madame de Luynes et madame de Brancas (dame d’honneur de la Dauphine) et enfin une dame du palais de la Reine et une dame pour accompagner de la Dauphine à la place des deux dames d’atours qui ont refusé l’honneur du Grand Couvert. 

Le château de Sceaux, Hauts de Seine

Le 23  février 1745

Louis-Ferdinand épouse au château de Versailles  sa cousine l’infante Marie-Thérèse Raphaëlle, deuxième fille de Philippe V et sœur de l’infant Philippe qui avait épousé en 1739 Louise-Élisabeth (1727-1759), sa sœur aînée.

Marie-Thérèse-Raphaëlle de Bourbon, infante d'Espagne, Dauphine de France en 1745, par Daniel Klein

Dans l’après-midi, après la cérémonie religieuse

Grand Couvert dans le grand cabinet de Madame la Dauphine entre le Dauphin, son épouse et Mesdames, les quatre assis dans un fauteuil.  Le Roi offre à cette occasion par l’intermédiaire du duc de Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre, des médailles célébrant le mariage.

A cinq heures de l’après-midi

Louis XV vient chercher la Dauphine, accompagnée de son époux et de ses belles-soeurs, afin de la mener au manège assister au ballet La princesse de Navarre, musique de Rameau et livret de Voltaire.

Le château de Versailles ne dispose pas de salle de spectacle digne de ce nom et doit se contenter soit d’un théâtre dans le passage des Princes, soit pour de plus grandes festivités le manège de la Grande Ecurie.  La famille royale se rend à l’écurie dans un carrosse de la Reine : le Roi, la Reine, le Dauphin, la Dauphine, Mesdames. Un deuxième carrosse de la Reine transporte six princesses du sang, un troisième les hautes charges féminines des maisons royales. Deux carrosses de la Dauphine accompagnent les dames pour accompagner quand les dames du palais ont déjà utiliser un carrosse de la Reine avant l’arrivée de la famille royale.

La presse est telle qu’on entend «Bourrez !». Louis XV ne réussit à s’installer qu’à sept heures du soir. 

Le ballet ne finit qu’à dix heures du soir. Si la musique et le spectacle dansé sont hautement appréciés, ce n’est pas le cas de la pièce, l’histoire étant jugée trop en la faveur de la France, au détriment de l’Espagne. L’Amour qui écrase les Pyrénées est jugé ridicule.

Après le ballet

Grand Couvert dans l’Antichambre de la Reine. 

Antichambre du Grand Couvert, château de Versailles, photographie RMN/Jean-Marc Manaï

Mesdames vont ensuite se coucher, ne pouvant assister à la bénédiction du lit nuptial. 

Louis XV a donné ordre pour cette soirée et les deux suivantes d’illuminer toutes les façades du château à l’aide de terrines. Les ailes des ministres et les écuries sont également éclairées. 

Le 24 février 1745

A six heures du soir

Bal paré au manège. L’arrangement pour les carrosses est le même que la veille.  L’orchestre de cent cinquante musiciens joue sur la scène. Le Roi et la Reine sont du côté de la porte, les danseuses devant des deux côtés, les danseurs en face du Roi. C’est le Roi qui nomme les couples. Pendant une heure ce sont des menuets puis des contredanses. Le bal se termine avant dix heures pour le Grand Couvert. 

Dix heures du soir

Grand Couvert dans l’Antichambre de la Reine.     Il n’y a rien de prévu pour le reste de la soirée.

Le 25 février 1745

C’est au cours des festivités du mariage que le Roi prend comme maîtresse Madame Lenormant d’Étiolles (qu’il fait bientôt marquise de Pompadour) qu’il découvre dans le costume de Diane chasseresse.

A sept heures du soir

Appartement dans la grande galerie. 

Bal paré donné à Versailles pour la mariage du Dauphin en 1745, par Charles Nicolas Cochin, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

A sept heures du soir

Comme à l’accoutumé, il y a «soirée d’appartement» chez le Roi. Exceptionnellement, elle a lieu dans la Grande Galerie, où l’on a disposé, outre une grande quantité de tables de jeux diverses et variées, une grande table rectangulaire destinée à la partie de lansquenet du Roi dans le centre de la Galerie et une autre table, ronde plus petite, devant la porte du Salon de la Paix, réservée au cavagnole de la Reine.

Restitution de Philippe Le Pareux
Restitution de Philippe Le Pareux

Dans le Salon de la Guerre joue un orchestre d’une cinquantaine de musiciens, avec trompettes, timbales, tambourins…

Jeu du Roi dans la Galerie des Glaces, Charles Cochin

A neuf heures du soir

Le Grand Couvert a lieu comme les autres soirs. Puis chacun se retire chez soi afin de se préparer pour un bal masqué qui doit se dérouler toute la nuit.

Durant cet intermède, les services des Menus Plaisirs et du Garde meuble font disparaître les tables de jeux de la Galerie afin de la préparer pour le bal.

Le Bal des Ifs, le jour Madame de Pompadour officialise son entrée à la Cour de Versailles
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Versailles Passion)

Aucune invitation n’a été lancée : «On y entre, nous dit Barbier, sans distinction, en habit de masque à la main». Néanmoins, il a été prévu des filtrages aux deux entrées de ce bal : une à l’escalier de Marbre et l’autre à celui de l’Escalier du salon d’Hercule. Des huissiers demandent qu’une personne des groupes qui rentrent se démasque, se nomma et nommait les autres personnes. La foule devient telle et la bousculade si forte que les huissiers abandonnent et laissent tout le monde entrer. Il y a quatre grands buffets garnis de rafraîchissements de toutes sortes de vins, du saumon frais, des pâtés de truites, des poissons au bleu, des filets de sole et tout ce que l’on pouvait souhaiter la nuit d’un vendredi maigre. Les quantités sont si abondantes qu’on prétend que certains en fourrent plein leurs poches pour les revendre le lendemain au marché.

Peu avant minuit, la Reine apparaît, sans masque revêtue d’une robe constellée de bouquets de perles avec sur sa tête, le Sancy et le Régent, les deux plus beaux diamants de la Couronne. Elle accompagne le couple de mariés, le Dauphin costumé en jardinier et la Dauphine en marchande de fleurs. Un quadrille débute le bal avec le Dauphin, non masqué menant la Dauphine, le Duc et la Duchesse de Chartres, Madame d’Andlau et Monsieur de Ségur, tous costumés en bergers et bergères, en robes à paniers enguirlandées de fleurs, une corbeille fleurie à la main, puis on va s’asseoir sur une estrade préparée à leur intention afin de s’amuser à regarder les masques. Mais Louis XV n’est toujours pas là. La Dauphine, surprise par la liberté et l’aisance des manières de la Cour, accepte de danser avec un bel inconnu masqué, qui se déclare espagnol. Visiblement, il a l’allure d’un Grand d’Espagne et est au fait de tous les secrets de la Cour. Intriguée, elle veut savoir qui est le personnage, mais son danseur ne laisse rien paraître et disparaît brusquement. On apprend le lendemain qu’il ne s’agit que du simple cuisinier espagnol de Monsieur de Tessé. Tout Versailles fait les gorges chaudes et la Dauphine, qui ne sut pas tenir sa langue, est assez mortifiée.

Un autre incident intervient au souper quand la princesse de Conti, fatiguée d’être restée debout, voulue s’asseoir sans trouver de sièges libres. Discrètement, elle se démasque, persuadée qu’en dévoilant son identité, elle trouvera aussitôt un siège mais personne ne se lève, feignant de ne pas reconnaître une princesse du sang. Furieuse, elle quitte le salon en déclarant haut et fort que de «sa vie qui est longue, elle n’avait vu des gens si malhonnêtes, il faut qu’on soit ici de bien mauvaise compagnie». C’est au moment où la princesse quitte l’Œil-de-Bœuf que l’on peut assister à un surprenant spectacle : sept ifs exactement identiques, taillés en topiaires, s’avancent à la queue leu leu, tandis que la foule s’écarte pour les laisser passer. On a immédiatement deviné que le Roi se trouve parmi ces ifs.

C’est Louis XV qui, semble-t-il, a eu cette idée originale de déguisement, persuadé que personne ne pourrait le reconnaître.

Bal masqué donné par le roi Louis XV dans la Grande Galerie à l'occasion du mariage de Louis, Dauphin de France, avec Marie-Thérèse, infante d'Espagne, du 25 au 26 février 1745
Jeanne-Antoinette de Pompadour par Boucher

Beaucoup d’indiscrétions ont couru sur les liaisons du Roi avec une mystérieuse inconnue et l’on sait que «le mouchoir» va être jeté ce soir-là. Beaucoup de dames meurent d’envie d’être la maîtresse du Roi et ce bal est une chance inespérée pour toutes les prétendantes à la succession de la duchesse de Châteauroux.

Madame d’Etiolles, costumée en Diane chasseresse, parle à un if : le règne de madame de Pompadour (1721-1764)  débute. Ce fameux bal ne devait s’achever que le lendemain vers les huit heures du matin.

La marquise de Pompadour (1721-1764) est détestée par le jeune Dauphin qui, avec ses sœurs, l’appelle par ironie  et irrévérence Maman Putain.

Le 22 juillet 1746

La Dauphine meurt, à Versailles. Son époux en éprouve un chagrin extrême.

Le 9 février 1747

Le Dauphin Louis-Ferdinand de France épouse à Versailles Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767)

Le Dauphin Louis-Ferdinand en 1745 par Maurice Quentin de la Tour
Marie-Josèphe de Saxe

Madame, qui ne se console pas de son histoire d’amour avortée, se prend d’affection pour sa jeune belle-sœur, Marie-Josèphe de Saxe,  intelligente et pleine de tact et, avec succès, s’emploie à faire changer les sentiments de son frère, qui restait attaché au souvenir de sa première épouse. Le couple delphinal est un des couples princiers les plus unis de l’Histoire de France et aura une nombreuse descendance.

Madame Henriette par Jean-Marc Nattier
Etude pour le portrait de Marie-Josèphe par Nattier
Madame Henriette par Jean-Marc Nattier
La Reine et ses filles Mesdames Henriette et Adélaïde dans Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006)
Chloé Stephani (à gauche) est Madame Henriette dans Jeanne Poisson, marquise de Pompadour de Robin Davis (2006)
Chloé Stephani (à droite) est Madame Henriette dans Jeanne Poisson, marquise de Pompadour de Robin Davis (2006)

Le 11 décembre 1748

Prétextant le devoir de remercier son père pour le Traité d’Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748), Madame Infante en profite pour revenir à la cour de France avant de se rendre à Parme. Le Roi éprouve « une joie parfaite, noble et aisée de se voir ainsi avec sa famille », selon le duc de Croÿ. Il écrit également que « l’infante rapporte un très grand accent gascon qui faisait, avec sa vivacité, un plaisant effet ».

A gauche, Magdalena Mielcarz est Madame Henriette dans Fanfan la Tulipe de Gérard Crawczyk (2003)
La marquise de Pompadour par François Boucher (1756)
Louise-Elisabeth, duchesse de Parme par Adélaïde Labille-Guiard

 

Fine politique, au cours de son séjour, Madame Élisabeth se rapproche de madame de Pompadour (1721-1764), l’appui de cette femme à la faveur éclatante pouvant se révéler judicieux pour elle, s’aliénant le parti dévot, où figurent sa mère et ses frères et sœurs.

Madame Henriette en Vestale (1749) par Jean-Marc Nattier

Comme ses frères et ses sœurs (qui revinrent à la cour entre 1748 et 1750, une fois leur éducation terminée), Henriette se passionne pour la musique. En témoigne le portrait de Jean-Marc Nattier, Madame Henriette jouant de la basse de viole, instrument qu’elle étudie avec Jean-Baptiste Forqueray (1699-1782).

Madame Henriette jouant de la basse de viole par Jean-Marc Nattier (1754)
Image de Louis XV, le soleil noir de Thierry Binisti
Réplique de la robe (et du portrait) de Madame Henriette par Emmanuel Courau
Image de Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006)

En octobre 1749

Madame Infante, bien plus heureuse à Versailles, avec sa fille Isabelle qui l’a suivie, qu’auprès de son époux « qu’elle n’aime point », ne se résolut à se rendre à Parme qu’en octobre 1749. Elle y apporte la culture française et impose le style versaillais dans son palais.

Sylvie Pelayo est Henriette de France dans Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque (1952)
Le Feu sous les traits de Madame Henriette par Jean-Marc Nattier (1751)
La Terre a les traits de Madame Elisabeth, L'Air ceux de Madame Adélaïde et L'Eau ceux de Madame Victoire
Madame Henriette par Jean-Marc Nattier

 

Le 13 septembre 1751

Naissance de son neveu, Louis-Joseph-Xavier, duc de Bourgogne à Versailles.

 

Le 29 novembre 1751

Mesdames, le Dauphin et son épouse soupent dans les délicieux petits appartements du Roi. C’est la première fois qu’il prend ce repas en ces lieux avec ses sept enfants réunis.

Louis-Joseph de Bourgogne par Jean-Marc Nattier (1754)
Image de Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour (2006)

Le 10 février 1752

Décès de Madame Henriette à l’âge de vingt-quatre ans: la petite vérole emporte la fille favorite de Louis XV, après une existence solitaire et effacée. Le Roi, dont Henriette était la fille préférée, est anéanti comme toute la famille royale. Le peuple maugrée que le décès de la jeune princesse est une punition divine.

Image de Jeanne Poisson, marquise de Pompadour (2006) de Robin Davis

La famille royale est très affectée par la mort de la princesse. Madame Adélaïde, la sœur suivante, est à son tour appelée Madame par le protocole.

Madame Elisabeth , duchesse de Parme par Jean-Marc Nattier

Le 6 décembre 1759

Madame Élisabeth meurt à son tour de la petite vérole, à Versailles.

Le 27 mars 1760

Elle est inhumée à Saint-Denis, auprès de Madame Henriette, sa jumelle bien aimée.

La basilique Saint-Denis

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