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Marie-Anne de Habsbourg-Lorraine


Marie-Anne, Archiduchesse d’Autriche, par Martin van Meytens

Le 6 octobre 1738

Naissance de Marie-Anne Josèphe Antoinette d’Autriche à la Hofburg, Vienne, deuxième enfant du couple archiducal, plus tard impérial, Marie-Thérèse (1717-1780), Archiduchesse d’Autriche, fille de Charles VI (1685-1740), Empereur du Saint Empire Romain Germanique et de François-Etienne (1708-1765), ancien duc de Lorraine et depuis grand-duc de Toscane.

François-Etienne de Lorraine et Marie-Thérèse d’Autriche, école autrichienne

Sa mère, comme pour la plupart de ses enfants, lui donnera un surnom, Marianne dans ses diverses correspondances et même “La Marianne“, à l’allemande.

Sa marraine est la sœur cadette de Marie-Thérèse, l’archiduchesse Marie-Anne (1718-1744).

Sa naissance est peu appréciée puisque tous espéraient un garçon. Les Lorrains, anciens sujets de son père devenus français contraints et forcés, ne cachent pas leur dépit ainsi que l’écrit la marquise de Stainville :

“(…) cela est pitoyable que cette maussade Allemande ne fasse que des filles. Elle est bien assez sotte pour en faire jusqu’à cent ans.”

Correspondance de madame de Graffigny, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 87.

Le 12 janvier 1740

Naissance de sa sœur Marie-Caroline (1740-1741).

Le 7 juin 1740

Mort de sa sœur aînée Marie-Elisabeth. Dès lors, l’archiduchesse devient héritière après sa mère des terres héréditaires des Habsbourg.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsMarie-Élisabeth, archiduchesse d’Autriche (1737-1740)

Le 20 octobre 1740

Décès de son grand-père Charles VI, empereur du Saint-Empire Romain Germanique.

L’empereur Charles VI par Martin van Meytens

De par la Pragmatique Sanction, sa fille aînée Marie-Thérèse lui succède, Marie-Anne devenant l’héritière en second. Cependant, très rapidement Frédéric II (1712-1786) envahit la Silésie et les autres puissances européennes dont la France, attaquent Marie-Thérèse à leur tour, lui refusant la couronne impériale.

Dès lors, Marie-Thérèse doit lutter pour sauver son trône et l’héritage de ses enfants. C’est le début de la Guerre de Succession d’Autriche. Elle ne trouve secours qu’en Hongrie.

Marie-Thérèse en Roi de Hongrie

Désormais, en charge des affaires de l’état et bientôt aux prises avec une guerre de succession qui l’oppose aux puissances européennes, Marie-Thérèse ne sera plus aussi présente pour ses filles.

Le 25 janvier 1741

Décès de sa sœur Marie-Caroline.

La même année, Marie-Thérèse recrute la princesse Caroline Trautson, veuve de quarante ans, comme demoiselle de chambre particulière de Marianne. Elle deviendra rapidement une amie intime pour la souveraine et une mère de substitution pour Marianne.

Les petites princesses reçoivent une éducation conforme à leur rang qui se doit d’être avant tout religieuse. Celle-ci commence à leurs trois ans.

Très vite, les petits Archiducs et Archiduchesses se doivent d’accompagner leur mère à l’église, aux processions et aux pèlerinages dont Marie-Thérèse est très férue.

De part la multiplicité des langues au sein des vastes territoires Habsbourg, ils doivent apprendre l’allemand, en plus du dialecte viennois, le français, la langue maternelle de leur père, l’italien, mais aussi le latin, le hongrois et le tchèque.

Les touts-petits, nés à peu d’intervalle sont logés dans ce qu’on appelle la “Kindskammer” (“la chambre d’enfant”) où ils sont généralement confiés aux soins d’une femme de chambre et de ses assistantes.

Le 13 juin 1741

Naissance de son frère l’archiduc Joseph (1741-1790), futur Empereur Joseph II. Marie-Anne n’est plus l’héritière des trônes des Habsbourg.

Durant leur enfance, Marianne et Joseph seront la priorité de Marie-Thérèse, beaucoup plus que tous les autres venant par la suite.

Le 13 mai 1742

Naissance de sa sœur Marie-Christine (1742-1798).

Le  

Naissance de sa sœur Marie-Elisabeth (1743-1808).

L'Impératrice Marie-Thérèse - Page 14 02311Les Archiduchesses Marie-Anne, Marie-Christine et Marie-Elisabeth, vers 1744 par Martin Van Meytens

Les enfants, nés à peu d’intervalle sont logés dans ce qu’on appelle la “Kindskammer” (la chambre d’enfant) où ils sont généralement confiés aux bons soins d’une demoiselle de chambre et de ses assistantes.

Les Archiduchesses reçoivent une éducation conforme à leur rang qui se doit d’être avant tout religieuse. Celle-ci commence dès leurs trois ans.

Très vite, les petits Archiducs et Archiduchesses se doivent d’accompagner leur mère à l’église, aux processions et aux pèlerinages dont Marie-Thérèse est très férue.

De part la multiplicité des langues au sein des vastes territoires des Habsbourg, elles doivent apprendre l’allemand, en plus du dialecte viennois, le français, la langue maternelle de leur père, l’italien, mais aussi le latin, le hongrois et le tchèque.

Des rapports quotidiens, sur chacun de ses enfants sont donnés à la souveraine qui répond point par point. Ceci permettant de compenser les absences de la mère, trop occupée par les affaires d’Etat.

L’Archiduchesse Marie-Anne

Dès l’âge de cinq ans, chaque enfant se voit attribuer un appartement, composé de plusieurs pièces. En plus de l’aya (l’ayo pour les archiducs), qui est la personne responsable, plusieurs professeurs et un confesseur particulier assument l’éducation des enfants.

Une éducation générale leur est donnée, mais ensuite chacun des petits princes et princesses développe avec des professeurs particuliers des spécificités propres, en fonction de ses talents, mais aussi de son avenir envisagé.

Outre les langues, on y trouve la lecture et l’écriture, l’histoire, la géographie, la géométrie, les mathématiques, la musique et la danse.

Marie-Thérèse et François-Etienne veulent développer le plus possible chez chacun de leurs enfants des talents artistiques.

Des rapports quotidiens, sur chacun de ses enfants sont donnés à la souveraine qui répond point par point. Ceci permettant de compenser les absences de la mère, trop occupée par les affaires d’Etat.

Marie-Thérèse exige que seule la musique soit particulièrement enseignée à sa fille aînée qui saura développer d’autres talents par la suite. 

Le 16 septembre 1744

Grâce à Dieu, la petite archiduchesse Marianne qui a été fort mal d’une fièvre, commence à se mieux porter depuis un couple de jours. La reine surtout qui l’aime à l’idolâtrie, et tout le monde en général y prend beaucoup de part. Il est sûr qu’elle le mérite et je crois qu’il n’y a guère de plus aimable enfant dans le monde.

Archives de la famille de Weinberg, Dominique Hauger, soeur de madame Trautson à son mari le comte Türheim, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 80.

De vive et aimable, Marianne va bientôt devenir une enfant éternellement malade, à devoir passer des semaines au lit régulièrement.

Car un peu plus tard, la comtesse Trautson se confie à sa soeur :

Mon archiduchesse, maladive et changeante d’un jour à l’autre et la plupart du temps au lit. Je suis accablée de cette vie et des alternatives de crainte, d’espoir et de rechute.”

Archives de la seigneurie de Schwertberg, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 81

Le 1er février 1745

Naissance de son frère Charles-Joseph (1745-1761).

Le 20 février 1745

François-Etienne donne au chambellan de sa soeur cet avis vis-à-vis de Marianne :

“La fille est gentille.”

BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 81

Le 28 février 1745

Marianne, Joseph et Christine jouent une petite pièce écrite par la princesse Trautson devant un public restreint.

Le 1er mars 1745

Madame Trautson ne cache pas sa fierté car malgré son état, l’aînée des enfants brille sur scène :

“La comédie de mon archiduchesse fait la nouvelle du jour. On en parle en tout temps et en tout lieu. Vous ne sauriez croire comme cette charmante enfant s’en est acquittée hier en présence d’un monde infini. Elle a récité et fait tous ses mouvements que son rôle exige en actrice et elle a dansé de la meilleure grâce du monde. “

Madame Trautson à sa soeur Dominique Hager, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 81

Le 2 mars 1745

La gouvernante de l’archiduchesse continue à louer les qualités de sa pupille :

Cette actrice de six ans a fait merveille encore plus pour la seconde fois que pour la première, et tout le monde en est enchanté.”

Madame Trautson à sa soeur Dominique Hager, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 81

Le 13 mai 1745

Marianne, sept ans, danse avec des dignitaires de la cour lors d’un bal.

Le 13 septembre 1745

Son père François-Etienne est élu Empereur du Saint-Empire Romain Germanique sous le nom de François Ier.

L’Empereur François Ier

Le 4 octobre 1745

Couronnement à Francfort de son père.  Leur mère ne vient qu’en tant que simple spectatrice, refusant la couronne.

Pour l’occasion elle entame une correspondance qui ne cessera plus avec la princesse Trautson restée à Vienne qui est en charge des enfants.

Le 26 février 1746

Naissance de sa sœur Marie-Amélie (1746-1804).

Le 5 mai 1747

Naissance de son frère Pierre Léopold (1747-1792).

Juin 1747

La princesse Trautson doit aussi s’occuper des autres archiduchesses et archiducs si leurs ayas manquent à l’appel. 

“Le petit Charles menace toujours de consomption (…). L’aya s’est trouvée mal tout d’un coup (…). Elle est mieux aujourd’hui. En attendant je suis directrice Proforma et j’en ai jusqu’aux oreilles.”

Archives de la seigneurie de Schwertberg BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 64

Ce n’est pas une sinécure car Marianne est déjà très souvent malade :

“enfant maladive et la plupart du temps au lit (qui) me met absolument hors d’état de satisfaire à mes inclinations. Je suis si accablée de cette vie.”

Archives de la seigneurie de Schwertberg, sans date
BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 64

Elle doit aussi s’occuper des enfants qui suivent Marianne, notamment Joseph jusqu’à son passage aux hommes :

“A peine un embarras fini (…) qu’un nouvel embarras survient, la Mimi tombe malade. (…) Tout cela tombe sur moi, me cloue dans la prison et m’exclut de ma propre maison.”

Archives de la seigneurie de Schwertberg, sans date,
BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 64

Mais la confiance que lui accorde Marie-Thérèse permet de supporter ces embarras.

Le 17 juillet 1747

Marianne et Marie-Christine accompagnent leurs parents chez la comtesse Fuchs, ancienne aya puis grande maîtresse de l’Impératrice.

Le 5 octobre 1747

A l’occasion de la fête de leur père, les petits Archiducs et Archiduchesses montent sur scène à Schönbrunn sur un petit théâtre inauguré pour l’occasion.

De telles représentations dont raffolent les parents seront très courantes tout le long de ces années.

Si Marie-Thérèse s’occupe de chaque détail de l’éducation de ses enfants, elle n’en est pas moins une mère terrible.

Une miniature qui représente le régime disciplinaire de Marie-Thérèse :

Artiste inconnu (1750) – Musée National de Varsovie.

Les enfants sont soumis à un strict emploi du temps, rédigé de la main de l’Impératrice :

Huit heures du matin, réveil et prière “élévation à Dieu” et se lever du lit.
Neuf heures, prière du matin, toilettes et petit déjeuner.
Neuf heures et demie : la kammerfrau (la femme de chambre) fait répéter et apprendre par cœur le catéchisme
De neuf heures et demie à dix heures, permission de jouer.
Onze heures : une demi-heure d’écriture et de nouveau récréation
De onze heures à onze heures et demie: confession
Midi : heure du déjeuner et de la liberté
A deux heures après midi :  de nouveau récréation
A quatre heures après midi : cours de français
A cinq heures du soir : amusement avec les jeux de cartes, livres et enseignement des mots français par des images ou danse.
A six heures du soir : réciter le Noster Pater pour rappeler toujours la présence de Dieu.
A sept heures et demie du soir : dîner
A huit heures et demie du soir : nettoyage du soir et lit.
Quand le temps le permettra, nous modifierons les horaires afin qu’on puisse sortir en calèche en hiver et se promener dans le jardin en été.”

Les heures d’études sont complétées par les professeurs de musique, de dessin et de langues. Chaque matin, l’impératrice reçoit le rapport médical du Dr Van Swieten, qui lui rapporte l’état de santé de ses enfants. L’Impératrice voit les enfants tous les huit ou dix jours.
La demoiselle de chambre est autorisée à punir et à fouetter les jeunes princesses.

Le 7 décembre 1747

Pour l’anniversaire de leur père, les trois enfants aînés jouent L’Heureuse Epreuve de Saint-Foix.

Le 18 avril 1748

Signature du traité d’Aix-la-Chapelle qui met fin à la Guerre de Succession d’Autriche.

Marie-Thérèse et François-Etienne sont reconnus dans leurs droits mais perdent définitivement la Silésie.

Le 13 mai 1748

A l’occasion de l’anniversaire de leur mère, Joseph ouvre le bal avec sa tante Charlotte de Lorraine, tandis que Marianne danse avec un dignitaire russe du nom de Bestucheff.

Le 17 septembre 1748

Naissance et mort de sa sœur Marie-Caroline.

L’Archiduc Joseph au centre, Marie-Anne à sa droite, reconnaissable en tant qu’aînée de la fratrie

Malgré ces nombreux portraits collectifs dont raffole Marie-Thérèse, où semble régner l’amour fraternel, de nombreuses tensions existent au sein de la fratrie.

En effet, Marie-Thérèse n’accorde aucune tendresse à sa fille aînée, son attention étant plutôt portée sur ses sœurs Marie-Christine, sa préférée, et Marie-Elisabeth à la beauté réputée. Quant aux garçons, du fait de leur sexe, ils ont la primauté, Joseph le premier de part son statut d’héritier.

De ce fait, de nombreuses tensions existent parmi les frères et les sœurs, et seul leur père François-Etienne réussit à maintenir un certain équilibre, apprenant à ses fils à respecter leurs sœurs et accordant davantage d’attention à sa fille aînée, comblant ainsi le manque affectif maternel.

Etude du visage de l’Archiduchesse Marie-Anne par Meytens

Marie-Anne traduit ses carences affectives de différentes manières.

L’Archiduchesse a une santé fragile, multipliant les maladies, ce qui est certainement un signe de détresse.

Il est difficile d’apporter un réel diagnostic sur ses différents troubles physiologiques. On a parlé de nanisme mais cela paraît peu probable, comme de déficiences mentales. Or l’avenir prouvera largement le contraire pour ce dernier point. . Elle souffre d’un léger handicap à l’épine dorsale qui la rend bossue et lui vaut un bras atrophié. Une pneumonie, pendant l’adolescence, l’a conduite à pâtir d’un essoufflement permanent.

Elle est aussi peut-être boiteuse.

Marie-Thérèse et son entourage évoquent fréquemment “la terrible constitution” de l’Archiduchesse Marie-Anne.

Il est en tout cas certain qu’une malformation existe dès sa petite enfance qui n’a pu que s’accentuer avec le temps.

Les sources demeurent contradictoires. Il semble en tout cas qu’elle ait accumulé les problèmes de santé tout au long de sa vie mais il y a peu d’informations sur leur évolution.

Par contrecoup, elle impose à tous un orgueil démesuré qui ne peut que rebuter encore plus son entourage. En effet, n’étant pas bien vue de sa mère qui ne peut la marier et qui du coup la juge inutile pour l’Etat, les courtisans n’ont aucun intérêt à être bien avec l’aînée des Archiduchesses.

Enfin, Marie-Anne se plonge dans les études, certainement le meilleur moyen de plaire, au moins à son père, mais aussi pour être considérée comme la meilleure dans un domaine.

Marie-Anne au milieu de son père, l’Empereur François-Etienne et de sa sœur Marie-Christine par Martin Van Meytens (détail)

Le 20 mai 1749

D’après Blondel, le chargé d’affaires français, tous les enfants impériaux parlent aussi bien l’allemand que le français.

Le 4 février 1750

Naissance de sa sœur Marie-Jeanne-Gabrielle (1750-1762).

Le 19 mars 1751

Naissance de sa sœur Marie-Josèphe (1751-1767).

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1752 : Marie-Anne se trouve près de son père, tenant un petit singe dans sa main droite.

Le 29 juillet 1752

L’envoyé de Saxe écrit à sa cour :

“L’archiduchesse aînée m’a paru la moins jolie de sa figure et avoir en même temps peu de santé. Il est vrai qu’elle répare ce défaut, si c’en est un, par son esprit et les manières pleines de grâces et de bonté.”

Le comte Flemming au ministre Brühl, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 82

Le 13 août 1752

Naissance de sa sœur Marie-Caroline (1752-1814).

1753

Création de la serre aux palmiers et du jardin botanique dans le parc de Schönbrunn par l’empereur François Ier.

Serres du parc du château de Schönbrunn

Marie-Anne partage avec son père une grande passion pour les sciences naturelles, en particulier pour la numismatique et la minéralogie. Ces serres sont donc certainement un lieu de promenade commun entre le père et la fille aux goûts si proches.

Elle montre aussi de plus en plus de dons pour le dessin et la gravure.

Pour l’année de ses quinze ans, et avec peu de perspectives de se marier, l’archiduchesse aînée a droit désormais à sa propre Cour.

Le 8 juin 1753

La princesse Trautson, jusque-là demoiselle de chambre des premières archiduchesses est nommée officiellement aya de Marianne, Marie-Christine et Marie-Elisabeth.

Madame Trautson considère Marianne comme sa fille de coeur.

Le 1er juin 1754

Naissance de son frère Ferdinand (1754-1806).

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1754, même pose.

Le 2 novembre 1755

Naissance de sa sœur Marie-Antoinette (1755-1793).

Le 3 novembre 1755

L’Archiduchesse Marie-Anne et l’Archiduc Joseph portent l’enfant sur les fonds baptismaux, représentant le Roi et la Reine du Portugal.

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1755, même pose.

Le 12 février 1756

A l’occasion de l’anniversaire de leur père, tous les archiducs et archiduchesses sont déguisés, y compris la plus jeune, Antonia, trois mois, recouverte de fleurs.

Le 1er mai 1756

Signature à Versailles du traité d’alliance entre la France et l’Autriche, mettant fin à plus de deux cent cinquante ans de rivalité entre les deux puissances.

Le 25 mai 1756

Ratification du traité à Vienne.

Début de la guerre de Sept ans.

Le 8 décembre 1756

Naissance de son frère Maximilien (1756-1801).

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1756, même pose.

Les derniers enfants du couple impérial, beaucoup plus solidaires entre eux que les aînés, craignent tous cette sœur aînée peu agréable et ne la fréquentent guère.

Le 19 janvier 1757

L’héritier du trône est atteint de petite vérole. On craint pour sa vie et on craint que l’épidémie se répande au sein de la famille impériale.

Début mars 1757

Marianne se plaint plusieurs jours de violents maux de tête et est victime d’une très forte fièvre.

Etant très souvent alitée pour les mêmes raisons, personne ne s’en inquiète vraiment.

Le 6 avril 1757

L’état de l’archiduchesse s’aggrave.

Marie-Anne est victime d’une terrible pneumonie qui laisse peu d’espoirs. Elle souffre d’une fièvre continue avec de grands maux de tête. Elle ne peut plus se nourrir que de lait de nourrice et de bouillons.

Fragile depuis au moins l’année 1744, le diagnostic de sa maladie ressemble à un secret d’état. Personne ne décrit réellement l’état de la princesse : on parle de malformations, d’être boiteuse ou bossue, qu’elle est donc immariable. Or il n’y a aucun nom précis sur sa maladie.

Le 9 avril 1757

Marie-Anne reçoit l’extrême-onction.

Marie-Thérèse écrit à son ami Tarouca :

“Ma pauvre fille est presque sans espérance. Elle souffre on ne peut plus et dit des choses très touchantes (…) pleines de tendresses pour moi (…). Rien ne la trouble que de m’abandonner. (…) Je vous avouerai que c’est cette enfant que j’aimais le plus (…).

Lettre de Marie-Thérèse au  comte Silva-Tarouca, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 82

Marie-Thérèse parle déjà de sa fille au passé…

Elle n’a perdu pour l’instant que trois enfants en bas âge. Les perdre à l’adolescence est pour elle une horrible perspective :

“Le bon Dieu m’a épargné depuis longtemps de telles pertes et je sens revivre toutes celles que j’ai faites.”

A madame de Lerchenfeld,
BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020,  p. 33

Le 23 avril 1757

Lettre de Khevenhüller à son fils :

“La santé de l’archiduchesse Marianne est à peu près la même depuis qu’on l’a mise au lait de femme. Elle prend le sein régulièrement quatre fois par jour (…). Jusqu’à présent, on n’ose encore se flatter d’une reconvalescence, la conformation du corps étant un des plus grands obstacles, les côtes sont si recourbées d’un côté qu’on ne peut pas savoir si elles ne perceront pas les poumons.”

Fonds particuliers, Khevenhüller/Riegersburg, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020,  p. 83

Marianne survit malgré tout mais ses capacités respiratoires en restent définitivement affaiblies, et ses vertèbres fusionnent ce qui la rend bossue. L’idée d’un mariage est définitivement abandonné. On craint désormais pour sa vie au moindre rhume.

Elle n’en continue pas moins à exiger ce qui est dû à son rang, à assister à toutes les cérémonies publiques de la cour.

En privé, Marie-Anne approfondit ses études scientifiques et ses talents artistiques ne font plus de doutes.

La famille impériale en 1758, Marie-Anne est certainement l’Archiduchesse au clavecin, en tenue de “vieille fille”…

L’empereur François Ier s’attache de plus en plus à sa fille aînée, partageant une très grande complicité avec elle, tant artistique que scientifique.

De son côté, Marie-Thérèse n’a cessé de veiller sa fille durant sa terrible maladie, pendant que François-Etienne n’hésite pas à participer à des parties fines après les chasses à courre qu’il organise.

Une fois guérie mais restée fragile, Marie-Thérèse s’en détachera, ennuyée de voir cette fille en permanence souffreteuse, non seulement de plus en plus imbue de sa personne mais aussi terriblement intellectuelle, ce que l’impératrice déteste, surtout chez les femmes.

Pensant mieux se faire respecter, elle use et abuse de son statut d’archiduchesse aînée, même vis-à-vis de son frère Joseph, pourtant héritier du trône, qui très susceptible ne supporte plus du tout cette sœur orgueilleuse.

Elle est dû moins reconnue par toute la famille comme celle ayant le plus d’esprit.

tiny-librarian:
“Miniature of Maria Anna of Austria, the second born but eldest surviving daughter of Maria Theresa and Francis I.
”

Le 25 juin 1759

Marie-Thérèse accepte de passer un séjour à Laxemburg avec ses filles Marie-Anne, Marie-Elisabeth, Marie-Amélie et son mari, en compagnie de la princesse Auesperg, maîtresse de celui-ci.

La princesse von Auersperg, maîtresse de l’Empereur François Ier, artiste inconnu

Le 6 octobre 1759

Marie-Thérèse évoque sa fille aînée  dans une lettre à son ami Tarouca :

“Marie-Anne m’a presque touchée aux larmes en l’entendant chanter, et j’ai senti que je l’aime mieux que les autres, étant encore un enfant de la grande-duchesse et non de cette malheureuse reine.”

(Le Pouvoir au Féminin, Elisabeth Badinter, édition de Poche p. 235)

Sa fille aînée est la seule de sa fratrie à représenter ce temps béni où Marie-Thérèse et François-Etienne n’étaient encore que grand-duc et grande-duchesse de Toscane, avant la mort de l’empereur Charles VI, sans avoir à gérer le poids des guerres et un immense Etat.

Epoque surtout où son mari n’aimait qu’elle…

En tout cas, la suite montrera que Marie-Anne n’aura pas plus que cela de place privilégiée avec sa mère.

Le 10 mars 1760

Marie-Thérèse écrit au duc de Choiseul qu’elle ne mariera jamais ses quatre filles aînées car il n’existe aucun parti digne d’elles.

Il est évident que Marianne ne peut convoler.

Octobre 1760

Mariage de son frère l’Archiduc héritier Joseph avec Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), petite-fille du roi de France Louis XV et premier mariage scellant l’alliance de 1756 entre les Bourbon et les Habsbourg.

Réunion de la famille impériale à l’occasion des fêtes du mariage de l’archiduc héritier Joseph et d’Isabelle de Parme ; le couple impérial est au centre, entouré par les nouveaux mariés, Joseph près de son père, Isabelle près de sa belle-mère. Les quatre autres archiducs se répartissent ensuite, deux par deux, puis les archiduchesses se divisent en deux groupes de quatre, chaque série commençant par une des aînées, soit Marie-Anne, soit Marie-Christine, suivies ensuite de leurs cadettes par ordre décroissant.

Marie-Anne perd par ce mariage son rang de première des Archiduchesses, ce qu’elle vit très mal.

L’artiste place aussi le jeune prodige Wolgang Gottlieb Mozart que l’on peut repérer dans la foule. Il n’était au moment des faits qu’un simple bambin de quatre ans parfaitement inconnu mais qui était depuis devenu une célébrité internationale.

Détail montrant le jeune Mozart devenu en quelques années une véritable “star”.

Le 18 janvier 1761

Mort de son frère Charles-Joseph, héritier en second et fils préféré de Marie-Thérèse.

L’Archiduc Charles-Joseph par Johann Christoph von Reinsperger

Février 1761

Marie Isabelle de Parme, par Jean-Marc Nattier (1758)

Afin de complaire à son mari et à sa chère Marie-Christine, Isabelle de Parme s’ingénie à exacerber davantage les tensions familiales au détriment de Marie-Anne, que ce soit devant la cour mais aussi devant l’impératrice qui laisse tout passer à sa belle-fille adorée.

Extrait d’un lettre d’Isabelle à Marie-Christine  :

“Il faut que je vous conte le beau tour que j’ai joué à ma sœur Marie-Anne. Elle était au cercle dans un coin avec l’Impératrice parce qu’elle s’était assise, mon frère Léopold à côté mais un peu plus loin. Ma Sœur Marie-Anne faisait des visages mystérieux en parlant de la pluie et du beau temps, je crois du moins au visage de l’Impératrice. Je me suis approchée et elle m’a fait asseoir à côté pour me parler. Mon Frère Léopold est tout de suite parti, l’autre a voulu rester, l’Impératrice l’a un peu regardée du coin de l’œil et s’est mise à me parler plus bas. J’ai aperçu sa fureur et j’en ai ri sous cape.”

(Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’Archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, p. 86).

Charmante ambiance !

Février 1762

Les relations ne s’améliorent guère :

“[…] Je vous conjure de ne pas laisser transpirer ce que je vous ai dit hier au sujet de la LL (?) sans cela, rien n’irait et nous manquerions le coup qui vous tient tant à cœur, surtout vis-à-vis de ma sœur Marie-Anne. Gardez-vous en bien. Au reste, prenez garde à ma sœur Marie-Anne, car je ne puis vous cacher que nous aurons encore quelque scène au premier jour, j’en serais désolée, mais plus encore si vous vous y trouviez mêlée peut-être sans le savoir. Outre le train qu’elle a fait dernièrement avec la Lehner, je sais de très bonne part qu’elle écrit à la Princesse. Peut-être cela est-il faux, je le souhaite, mais il est certain que celle-ci s’en est vantée. Je suis persuadée qu’il n’y a rien que de très innocent, mais vous savez les défenses. L’Impératrice l’ignore ; si elle vient à l’apprendre, elle sera furieuse. La Vasquez ne veut pas le croire, ainsi ne lui en parlez pas, je ne vous le dirais pas si je ne craignais qu’on puisse vous accuser d’y avoir eu part. Ainsi fuyez, au nom de Dieu, tout entretien avec ma Sœur Marie-Anne, n’ayez pas l’air de chercher à lui parler car même vous éloigner de tout le monde, peut-être par mégarde sans peut-être lui rien dire, ferait naître des soupçons. A la fin, tâchez, quand vous revenez de chez l’Impératrice avec elle, qu’une femme de chambre vous suive jusqu’à ce que vous soyez chacune chez vous. Ce n’est pas que je vous crois capable de rien faire de mal, mais si la moindre plainte s’élevait contre elle, pour que vous ayiez des preuves en main pour tout ce qui peut arriver. Les précautions sont toujours bonnes. Pardon de mes inquiétudes, je vous aime trop pour n’en pas avoir lorsque je crains qu’on ne vous joue quelque mauvais tour. Adieu, je vais m’habiller pour aller chez vous où j’espère que nous pourrons encore parler plus clairement.”

(Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’Archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, p. 114).

Le 20 mars 1762

Naissance de sa nièce Marie-Thérèse (1762-1770), fille de Joseph et d’Isabelle.

Juin-novembre 1762

Le peintre suisse Liotard dessine au pastel tous les membres de la famille impériale.

Marie-Anne par Liotard, 1762

A la même période, malgré les tensions, Marie-Christine copie les portraits de Liotard afin de complaire à sa mère et s’amuse également à réaliser quelques petits portraits et saynètes de la famille impériale :

Marie-Anne par Marie-Christine

Dans ces deux portraits, Marie-Anne apparaît à la fois comme une intellectuelle, un livre à la main, mais aussi en habit et coiffure d’intérieur, telle une vieille fille malade.

Si ses malformations ne sont visibles dans aucun de ses portraits, nous ne pouvons que constater la maigreur du modèle.

Octobre 1762

Nomination de la comtesse de Salmour comme grande maîtresse de sa maison, en remplacement de la princesse Trautson.

Le 22 décembre 1762

Mort de sa sœur Marie-Jeanne-Gabrielle.

L’Archiduchesse Marie-Jeanne-Gabrielle par Pierre Benevaux

Sa sœur, l’Archiduchesse Marie-Josèphe, est alors pressentie pour devenir la future Reine de Naples.

Résultat de recherche d'images pour "Marie-Jeanne Gabrielle d'Autriche"L’Archiduchesse Marie-Josèphe

1763

François-Etienne et ses enfants, en particulier Marie-Anne et Marie-Christine toutes deux douées pour les arts, se lancent dans la décoration de salles du château de Schönbrunn.

Salon des porcelaines décoré de 213 gouaches réalisées par les enfants du couple impérial d’après des modèles de Boucher et Pillement

En janvier 1763

La princesse Trautson, aya des trois premières archiduchesses, prend sa retraite après vingt-deux ans de bons et loyaux services, sans interruption.

Marianne ne cessera une correspondance suivie avec celle qui fut sa mère de coeur.

Mars 1763

 Isabelle et Marie-Christine décident d’inviter Marie-Anne à dîner avec elles.

Le 10 avril 1763

Marie-Anne et une partie de la famille attrapent la rougeole. Sa vie ne paraît pas en danger malgré sa mauvaise santé habituelle. Marie-Thérèse décrit ainsi cette rougeole des années plus tard à sa benjamine Marie-Antoinette :

“Vous l’avez eue comme votre sœur Marianne, avec un grand mal de gorge, des aphtes à la bouche et surtout à la langue.”

(Correspondance de Marie-Antoinette, édition établie par Evelyne Lever, p. 354).

Automne 1763

La comtesse de Vasquez, première dame d’honneur des Archiduchesses Marie-Anne et Marie-Christine n’arrive plus à assurer sa mission auprès des deux jeunes femmes qui objectivement se partagent les torts.

Isabelle console son amie :

[…] Croyez-vous que la Vasquez connaît ma Sœur Marie-Anne et toutes ses faussetés ? J’ose la trahir ici pour votre repos : elle n’ignore pas que ma Sœur Marie-Anne la hait, la craint, la trompe. Elle m’en a parlé assez clairement pour savoir qu’elle n’en est point la dupe. Elle a plus fait : elle a dit à l’Impératrice qu’elle se faisait une conscience de la garder, qu’elle voyait qu’elle était inutile et qu’elle était obligée à l’impossible, l’étant à répondre de sa conduite vis-à-vis de Dieu, de l’Impératrice et du public. La Vasquez est plus avec ma Sœur Marie-Anne qu’avec vous, elle ne se fie pas à elle, elle voudrait, tant qu’elle y est encore, ne la pas abandonner un instant pour n’avoir rien à se reprocher. Elle est souvent outrée, affligée des scènes qui se passent chez elle, j’en ai mes nouvelles. Elle veut vous cacher qu’elle a lieu d’être de mauvaise humeur à cause de votre haine pour elle, de là vous en portez la peine. D’ailleurs, si elle vous abandonne souvent pour ma sœur Marie-Anne, c’est qu’elle est sûre de vous et pas d’elle, c’est parce qu’elle compte sur vous, et je puis vous assurer qu’elle sera enchantée de se voir enfin délivrée de ma sœur Marie-Anne. […]

(Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, p. 183).

Si nous sommes bien obligés d’en conclure que Marie-Anne est décidément très difficile à vivre, il est clair que ni Isabelle, ni Marie-Christine, ni même Marie-Thérèse ne cherchent à arranger les choses !

Isabelle tente pourtant une réconciliation tardive entre les deux sœurs, qui repose sur tout sauf sur une véritable amitié mais sur l’obligation de se supporter ad vitam aeternam:

“A propos, et quant à ma sœur Marie-Anne vous l’aurez à jamais. De même, j’aurais pu profiter d’un moment favorable auprès de l’Impératrice pour lui faire avoir quelqu’un, mais j’ai réfléchi que vous n’aimeriez plus la Vasquez si vous l’aviez seule, ce qui serait le plus grand des malheurs. J’ai donc jugé qu’il valait mieux vous laissez un sujet de jalousie que de tout risquer. D’ailleurs, comme ma mort est prochaine, ma sœur Marie-Anne va reprendre. Son caractère est plus fait pour le vôtre que ceux qui peuvent me ressembler s’ils ne sont, pour comble de malheur, pas ardents. […]”

(Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, p. 184).

En conclusion : si vous ne deviez pas partager votre vie avec votre sœur détestée, vous vous ennuieriez grandement !

Marie-Anne, Marie Élisabeth, François Ier et Léopold par Meytens (1763)

Octobre-novembre 1763

Rhume de Marie-Anne.

Marie-Christine et Isabelle s’en réjouissent, pouvant ainsi sortir en ville sans elle. (Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, p. 188).

Le 18 novembre 1763

Isabelle est atteinte de la petite vérole. Son époux Joseph, son amie Marie-Christine mais aussi Marie-Anne, malgré tous les conflits, s’enferment avec la princesse. Les trois avaient déjà attrapé la terrible maladie.

Nuit du 26-27 novembre 1763

Mort d’Isabelle de Bourbon-Parme. Chagrin immense de la famille impériale. On ignore quels furent les sentiments de Marie-Anne à ce sujet compte tenu des tensions très vives entre les deux.

La famille impériale par Van Meytens, en 1764-1765  Marie-Anne est toujours auprès de son père mais a perdu son petit singe.

Le 31 juillet 1764

Marianne rejoint son père à Holitsch :

Ville d’Holitsch, alors en Hongrie, aujourd’hui en Slovaquie.

L’empereur lui prépare une petite surprise : déguisé en paysan local, il l’accueille en musique avec le reste de la population, lui offre un bouquet de glaïeuls qui entourent vingt-quatre gros brillants. Du coup l’archiduchesse reconnaît celui à qui elle venait de donner sa main à baiser…

Le 15 août 1764

Marianne n’hésite pas à marcher sur les plates bandes de sa soeur Marie-Christine :

“L’archiduchesse aînée souhaiterait bien de pouvoir enlever le prince Albert à madame sa soeur. (…) Il y a longtemps que le prince Albert a des vues sur cette seconde princesse.”

Archives bavaroises d’état, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, 270 p. 100

Le 25 janvier 1765

Second mariage de Joseph avec Maria Josepha de Bavière (1739-1767).

Spectacle à l’occasion du second mariage de l’archiduc Joseph, Marie-Anne est au premier rang

A cette occasion les frères et sœurs de l’héritier montent sur scène afin de célébrer l’événement. Marie-Anne n’y participe pas.

Juillet 1765

Déplacement de la cour pour Innsbruck afin de célébrer le mariage du deuxième archiduc Léopold.

La famille impériale fait halte à Klagenfurt dans la province de la Carinthie. Marie-Anne y visite le petit monastère des sœurs hospitalières dédié à sainte Elisabeth de Hongrie.

Il s’agit d’un tournant dans la vie de l’Archiduchesse jusque-là seulement préoccupée des égards dus à son rang. Son apparence physique n’a pas d’importance pour les religieuses, seule compte la spiritualité.

Couvent des hospitalières de sainte Elisabeth de Hongrie à Klagenfurt

Le 5 août 1765

Mariage à Innsbruck de son frère Léopold avec une infante d’Espagne.

A cette occasion, Marie-Thérèse décide de réaménager la galerie du palais de la Hofburg d’Innsbruck avec les portraits de tous ses enfants, auxquels on rajoutera en fonction conjoints et petits-enfants.

L’archiduchesse Marie-Anne dans la galerie du palais impérial d’Innsbruck. Si elle n’est pas accompagnée d’un mari au-dessus de son portrait en pied, de nombreux attributs scientifiques et artistiques montrent les véritables “amours” de la princesse.

Le 18 août 1765

Mort de son père l’Empereur François Ier lors des festivités du mariage d’une crise d’apoplexie.

François Ier par Pompeo Batoni, en 1771

Marie-Anne perd son meilleur soutien au sein de sa famille.

Image associéeMarie-Thérèse en deuil d’après Joseph Ducreux

Sa mère, accablée de chagrin, s’enferme et donne l’impression de ne plus pouvoir assumer la charge de l’Etat. Néanmoins, elle reprend très vite le dessus et accepte son fils aîné devenu l’Empereur Joseph II comme co-régent. Marie-Thérèse, désormais tout de noir vêtue, est encore plus distante vis-à-vis de  ses enfants et n’a plus pour objectif que leur établissement qui se doit d’être des plus prestigieux, en lien avec le Renversement des Alliances que  combattait l’ancien Empereur.

Joseph II par Anton von Maron (1775)

Les tensions ne font que s’accentuer avec Joseph II, entre la mère et le fils d’une part et entre le frère et les sœurs de sa génération d’autre part.

Le 7 décembre 1765

La princesse Trautson rend compte à sa soeur du chagrin de l’archiduchesse :

“La pauvre princesse est encore abattue du coup qui lui a enlevé son cher père.”

Famille Bentink, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 86

Janvier 1766

Départ de son frère Pierre-Léopold pour Florence en tant que nouveau grand-duc de Toscane.

Mariage de sa sœur Marie-Christine avec Albert de Saxe-Teschen (1738-1822).

Le 1er février 1766

Marie-Anne, de par ses disgrâces physiques ne pouvant prétendre au mariage, est nommée par sa mère Abbesse du chapitre impérial des Dames Nobles (Frauenstift) de Prague avec la promesse d’une rente de 80 000 florins par an :

“Le 1er de ce mois, jour de la Purification, l’Archiduchesse Marie-Anne reçut des mains de l’Impératrice-Reine Douairière les marques de Chanoinesse et le diplôme d’Abbesse du Chapitre Noble des Dames Chanoinesses de Prague, fondé par S.M. depuis quelques années. Cette cérémonie qui avait été précédée de sa nomination, en qualité d’Abbesse, se fit en présence de L. M. Imp. et de toute la Famille Royale. Les Grandes Maîtresses et les Dames de la Clé d’Or y assistèrent, ainsi que les quatre Grands Maîtres, le Prince de Kaunitz-Rittberg, Chancelier de la Cour et de l’Etat, le Comte Rudolphe de Choteck, en sa qualité de Grand Chancelier du Royaume de Bohême et le Comte Adam de Sternberg, Chargé jusqu’à ce jour de l’administration du Chapitre et destiné à porter à Prague le diplôme, et enfin, la Doyenne et les Dames Chanoinesses de ce même Chapitre qui se trouvaient en cette capitale. L’Impératrice-Reine ayant pris des mains du Comte de Choteck le diplôme, le remit à son auguste fille avec les expressions les plus tendres, et en lui recommandant de veiller désormais au bien-être de son Chapitre. Alors, l’Archiduchesse baisa la main de S.M., lui demanda sa protection pour elle et les Chanoinesses, et rendit au Comte de Sternberg le diplôme qu’elle venait de recevoir. Une Dame de la Clé d’Or présenta à S.M. les marques de Chanoinesse qu’elle donna à S.A.R. avec les mêmes témoignages de tendresse de part et d’autre. Ces marques consistent en une médaille d’or garnie de brillants, ayant la forme d’une Croix, sur laquelle l’on voit d’un côté l’image de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, et de l’autre, on lit le nom de Marie-Thérèse. Ce jour-là, l’Empereur et l’Impératrice régnante, les Archiducs, les Archiduchesses, et le Prince Albert de Saxe dînèrent en public, et il y eut grand appartement.”

(Gazette des gazettes ou Journal politique pour l’année 1766, première quinzaine de février).

Marie-Anne n’y a pas obligation de résidence et continue à vivre essentiellement à Vienne près de sa famille.

 
Ancien palais Rosenberg devenu chapitre des Nobles Dames à Prague
Intérieur du palais, l’aménagement a été conçu par Marie-Thérèse

Le 8 avril 1766

Mariage entre Marie-Christine et Albert de Saxe-Teschen.

On conçoit le ressentiment de Marianne…

Le 5 mars 1767

Admission de l’Archiduchesse Marie-Anne comme membre honoraire à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Vienne, en reconnaissance de ses talents pour la gravure sur cuivre.

Marie-Anne mène une vie de plus en plus ascétique et pieuse, se consacrant entièrement à l’étude et au dessin.

Elle commence une collection d’insectes et de minéraux.

Parallèlement, elle continue la collection numismatique initiée par son père, collection qui sera le cœur du Museum d’Histoire naturelle, établi un siècle plus tard par l’empereur François-Joseph (1830-1916).

Museum d’Histoire naturelle de Vienne

Marie-Anne choisit rapidement de ne plus être Abbesse du chapitre des Nobles Dames de Prague, malgré les revenus conséquents qui l’aident à financer ses expériences scientifiques et collections.

Elle préfère le petit couvent de Klagenfurt où elle peut trouver une solitude si chère à son cœur meurtri de princesse disgraciée mais aussi de savante.

Marie-Anne par Van Meytens

Les revenus sont nettement inférieurs et cet établissement ne convient pas à une princesse de si haut rang. L’Impératrice accepte difficilement la décision de sa fille.

En attendant, Marie-Anne vit toujours à Vienne et conserve son titre d’Abbesse du chapitre des Nobles Dames de Prague et donc ses riches revenus.

Cette activité importante est le seul recours qu’elle a trouvé pour sortir de son chagrin depuis la mort de son père :

“Dieu me retira si soudainement et d’une façon si terrifiante mon père tant aimé. Il était mon seul soutien, la seule joie que j’avais et Dieu me l’avait subitement arraché. Cette mort me jeta à terre, cette mort mit fin pendant toute une année à toutes les joies et à tous les divertissements que je connaissais et ce fut une année durant laquelle j’avais eu le temps de faire les réflexions les plus déprimantes. Je le reconnais, j’étais si affligée dans mon chagrin que je ne pouvais m’en détacher.”

Adolf Innerkofler, Une grande fille de Marie-Thérèse. L’archiduchesse Marianne, Innsbruck, 1910

Le 28 mai 1767

Mort de Marie-Josepha de Bavière, seconde épouse de l’Empereur  Joseph II.

Le 15 octobre 1767

Mort de sa sœur Marie-Josèphe (1751-1767).

Le 12 mai 1768

Mariage de sa sœur Marie-Caroline avec Ferdinand Ier (1751-1825), Roi des Deux-Siciles depuis 1759.

Marie-Caroline avec Ferdinand Ier

1769

Marie-Anne est admise à l’Académie grand-ducale de Florence.

Elle décide la construction d’un petit palais près du couvent de Klagenfurt, aujourd’hui palais épiscopal. Elle passe commande auprès de l’architecte le plus important du règne de Marie-Thérèse: Nicolò Pacassi qui s’est déjà chargé du château de Schönbrunn, du palais de Buda, du château de Prague, etc.

Nicolò Pacassi

Le 27 juin 1769

Mariage par procuration de sa sœur Marie-Amélie avec Ferdinand Ier (1751-1802), duc de Parme.

En septembre 1769

Marie-Anne passe une nuit avec Sa mère et Ses sœurs, Antonia et Elizabeth, au Château de Goldegg.

L’image contient peut-être : ciel, maison, plein air et nature

Toutes les quatre se rendent à Mariazell, le sanctuaire dédié à la Vierge, auquel Marie-Thérèse est particulièrement attachée: c’est le lieu de pèlerinage le plus important en Autriche.

L’image contient peut-être : montagne, ciel, arbre, plein air, nature et eau

Avant le départ de Marie-Antoinette pour la France, l’Impératrice voulait emmener sa fille en pèlerinage et prier pour Son avenir.

L’image contient peut-être : 1 personneMarie-Antoinette ( école autrichienne)

Février 1770

Mort de sa nièce Marie-Thérèse, fille de Joseph II.

Le 19 avril 1770

Mariage par procuration de sa sœur Marie-Antoinette avec Louis-Auguste (1754-1793), Dauphin de France.

Le 16 mai 1770

Le Dauphin Louis-Auguste, épouse sa sœur Marie-Antoinette d’Autriche.

 Gravure du mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin

Octobre 1770

Marie-Anne est alitée, comme le rapporte sa mère à la nouvelle Dauphine.

Très vite, l’Archiduchesse repart à la chasse qu’elle aime beaucoup, surtout au sanglier, et se promène.

Miniature sur ivoire.Marie-Christine est à l’extrême gauche, en compagnie de son époux Albert de Saxe, duc de Teschen… Maximilien, Marie-Elisabeth, Marie-Anne et Joseph II  autour de Marie-Thérèse… L’oeuvre est de Marie-Christine !
L’Archiduchesse Marie-Anne par sa sœur Marie-Christine (détail)

Novembre 1770

Envoi d’un présent de Marie-Anne à sa sœur Marie-Antoinette, resté inconnu, certainement réalisé de sa main.

1771

Mariage de son frère Ferdinand avec Marie-Béatrice d’Este-Modène (1750-1829).

Il ne reste que cinq enfants auprès de Marie-Thérèse à Vienne et chacun d’eux a son rôle à jouer auprès de l’Impératrice, mais avant tout au service de l’empire.

La famille impériale avec, autour de Marie-Thérèse, Marie-Christine et son mari Albert de Saxe, Maximilien, Marie-Anne, Marie-Elisabeth et Joseph II (Heinrich Füger, 1776)Marie-Thérèse entourée de ses enfants : Joseph II derrière elle, Marie-Christine et son époux Albert de Saxe-Teschen, Léopold, Marie-Anne et Marie-Elisabeth

Detail from Maria Theresa with her Children by Heinrich Füger, 1776.

Marie-Thérèse compte de plus en plus sur l’érudition de sa fille en plusieurs domaines : elle la charge de correspondances, d’ouvrages scientifiques et même un autre consacré à la politique de l’Impératrice !

Le 15 février 1773

Marie-Anne est malade mais continue à écrire à sa sœur Marie-Antoinette. Ce qui laisse supposer qu’elle mène pareilles correspondances avec tous ses frères et sœurs éloignés car rien n’indique une particulière relation entre les deux sœurs. Néanmoins toutes les correspondances entre les frères et sœurs connues passent par leur mère et ont toutes pratiquement disparu.

Marie-Antoinette semble régulièrement s’inquiéter de la santé délicate de sa sœur aînée auprès de leur mère :

“J’ai été pénétrée de l’amitié de ma sœur Marianne, qui malgré sa maladie, m’a écrit par ce courrier. Heureusement cette vilaine maladie ne paraît pas de nature à revenir.”

(Correspondance de Marie-Antoinette, édition établie par Evelyne Lever, p. 133).

Le 3 mars 1773

Marie-Thérèse répond à Marie-Antoinette  :

“La Marianne va mieux, mais a bien de la peine à se refaire.”

(Correspondance de Marie-Antoinette, édition établie par Evelyne Lever, p. 138).

Le 29 août 1773

Marie-Thérèse charge Marie-Anne de rédiger une relation du séjour de la famille impériale chez le prince Esterhazy (1740-1805) pour Marie-Antoinette (et certainement pour les autres frères et sœurs éloignés).

Le 10 mai 1774

Mort de Louis XV.

Le Dauphin devient Roi sous le nom de Louis XVI.

Fichier:Louis XVI en costume de sacre - Joseph-Siffred Duplessis ...
Louis XVI par Duplessis

Sa sœur Marie-Antoinette devient Reine de France.

Marie-Antoinette en 1775, par Jean-Baptiste Gautier D'AgotyMarie-Antoinette au Globe par Gauthier-Dagoty

1776

Marie-Thérèse fait appel au grand savant Ignaz von Born, spécialisé à la fois dans la métallurgie, la minéralogie et la malacologie, de quoi plaire à Marie-Anne. La princesse lui confie la mise en ordre de ses diverses collections.

Vivant précédemment à Prague, il est difficile de savoir s’ils se connaissaient auparavant lors d’un séjour de l’archiduchesse dans cette ville et si elle a ensuite demandé à sa mère de faire installer le savant à Vienne.

Ignaz von Born

Grand savant, mais aussi franc-maçon réputé, il est très probable qu’il initie l’archiduchesse dans cette voie.

Elle aide également financièrement le savant pour ses propres recherches. Celles-ci ont une large part dans la révolution industrielle des terres des Habsbourg du siècle suivant.

La même année est achevé le palais commandé par Marie-Anne à Klagenfurt.

Palais commandé par  Marie-Anne à l’architecte Nicolò Pacassi, aujourd’hui palais épiscopal

Le 14 mai 1780

Marie-Antoinette à sa mère :

La santé de Marianne m’inquiète. Il me semble qu’elle a beaucoup plus souffert cette année que les autres. Je souhaite qu’elle puisse bientôt aller à Schoënbrunn, qui serait aussi bon pour que ma chère maman puisse se promener et se dissiper un peu.”

(Correspondance de Marie-Antoinette, édition établie par Evelyne Lever, p. 383)

Le 3 novembre 1780

Marie-Thérèse à Marie-Antoinette :

“Je suis inquiète pour la Marianne, qui est tourmentée par une dureté à l’estomac causée par sa terrible conformation, qui lui fait rendre tout ce qu’elle mange, sans effort, mais à la longue cela ne saurait se soutenir. Elle a pris un rhume, ce qui l’incommode beaucoup. Au premier accident à l’estomac, il n’y a rien à faire, provenant d’une cause pareille. Je la vois souffrir avec peine, et son courage, que vous lui connaissez, commence presque à l’abandonner. […]

(Correspondance de Marie-Antoinette, édition établie par Evelyne Lever, p. 396)

Le 29 novembre 1780

Mort de l’Impératrice Marie-Thérèse. Marie-Anne, malgré ses propres soucis de santé est restée avec sa mère jusqu’au bout.

Marie-Thérèse sur son lit de mort entourée de ses enfants restés à Vienne : Marie-Anne se trouve certainement à gauche de la scène avec sa sœur Marie-Elisabeth, Marie-Christine tenant la place d’honneur auprès de leur mère, en tant que préférée.

Le 10 décembre 1780

Marie-Antoinette tout à son chagrin de la perte de sa mère n’en pense pas moins à ses sœurs vivant à Vienne, en particulier Marie-Anne et Marie-Elisabeth lorsqu’elle écrit à son frère Joseph II. Marie-Christine étant en puissance d’époux a moins de soucis à se faire quant à son avenir :

“Accablée du plus affreux malheur, ce n’est qu’en fondant en larmes que je vous écris. Oh ! mon frère, oh ! mon ami, il ne me reste donc que vous dans un pays qui m’est et me sera toujours cher ! Ménagez-vous, conservez-vous. Vous le devez à tous. Il ne me reste qu’à vous recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi. Elles seraient bien malheureuses. Adieu ! je ne vois plus ce que j’écris. Souvenez-vous que nous sommes vos amis, vos alliés. Aimez-moi. Je vous embrasse.”

Malgré ces touchantes recommandations, provenant tout de même de la Reine de France, Joseph II n’en a cure et décide de se débarrasser de ses sœurs qu’il n’a jamais supportées.

L’Empereur Joseph II et ses sœurs Marie-Anne et Marie-Elisabeth

Une fois de plus, les portraits familiaux cachent une triste réalité. Si on peut croire ici que l’Empereur emploie les talents de ses sœurs, au moins dans le domaine musical, passion commune à toute la famille, il n’en est rien. En effet, la mort de leur mère est le prétexte idéal pour éloigner ses sœurs.

1781

Si Marie-Christine et son époux peuvent encore prétendre servir les intérêts autrichiens en devenant gouverneurs des provinces belges, Marie-Anne et Marie-Elisabeth sont invitées par leur frère à quitter Vienne et à rejoindre les couvents où elles ont été nommées abbesses par leur mère.

Le 19 avril 1781

Marie-Anne fait le choix de vivre près de son cher couvent de Klagenfurt, à la place du Chapitre des Nobles Dames de Prague et s’installe dans son petit palais qu’elle avait conçu quelques années auparavant.

A cette occasion, elle écrit à celle qui est devenue son amie, Xaviera Gasser :

« Gott hat mir die Gnade gegeben, die Welt und ihre Eitelkeit zu erkennen, und dadurch mir die Stärke erteilt, mein Leben nicht als Klosterfrau, doch in der Einsamkeit und im Dienste der Nächsten zu schließen. Ich habe dazu Klagenfurt ausgewählt, und zwar Sie und ihre frommen Schwestern, hoffend, dass mein unvollkommener Wert durch Ihre guten Beispiele angeeifert, meine Seligkeit mir gewiss versichert wird. »

(« Dieu m’a donné la grâce de connaître le monde et sa vanité, et m’a donc donné la force d’enfermer ma vie non pas en tant que nonne, mais dans la solitude et le service de mes voisins. J’ai donc choisi Klagenfurt, et particulièrement vous et vos pieuses sœurs, espérant que, ma valeur imparfaite une fois polie par vos bons exemples, mon salut me soit certainement assuré. »)

Xaveria Gasser

Le 25 avril 1781

Xaviera Gasser est élue Abbesse du couvent des élisabéthaines.

En effet, si Marie-Anne porte le titre d’Abbesse dévolu par sa mère, elle ne suit pas la règle et vit dans son petit palais, toute consacrée à ses études.

1782

La princesse fait agrandir l’hôpital dont sont chargées les religieuses et son médecin personnel dirige l’établissement. Elle dote également généreusement l’ensemble de la ville qui voit l’archiduchesse comme une bienfaitrice bien plus proche que l’empereur.

Sa sœur Marie-Elisabeth qui devait rejoindre son couvent d’Innsbruck s’installe aussi à Klagenfurt. Les deux sœurs disgraciées sont devenues très proches.

Marie-Anne créée autour d’elle un cercle d’érudits : les religieuses, mais aussi des poètes, des savants dont l’industriel en métallurgie  Maximilian Thaddäus von Egger.

Marie-Anne profite aussi de sa réclusion pour entamer un inventaire sur les médailles du règne de Marie-Thérèse dont elle fait les dessins avec l’aide du graveur Bratsch.

1783

Marie-Anne fonde une loge maçonnique à Klagenfurt, appelée « la charitable Marianne » (Zur wohltätigen Marianna).

1784-1788

L’Archiduchesse commande également des fouilles dans la plaine de Zollfeld  dans la province de Carinthie, offrant près de 30 000 florins de sa cassette. Il s’agit d’un lieu majeur de la domination romaine.

Vestige romain découvert dans la plaine de Zollfeld

Marie-Anne n’hésite pas à prendre part elle-même aux fouilles.

Si l’Empereur a longtemps soutenu les francs-maçons, il y voit de plus en plus des opposants latents à son absolutisme et ne voit donc pas d’un bon œil la protection que leur donne sa sœur. Il souhaite également centraliser toutes  les activités scientifiques et culturelles de ses états. Le petit cercle intellectuel présidé par sa sœur lui déplaît donc. Enfin sa politique religieuse, appelée le joséphisme, combat les monastères et couvents comme celui dont Marie-Anne est la protectrice.

De ce fait, même éloignée de Vienne, Marie-Anne continue à s’opposer à son frère.

Hiver 1788

L’éternelle malade voit son état se dégrader, respire de plus en plus mal et se trouve désormais obligée de se déplacer en fauteuil roulant.

Le 19 novembre 1789

Marie-Anne meurt entourée de ses amis.

Ses derniers mots selon les témoins sont :

« Es ist wohl ein gutes Land, ich hab es immer lieb gehabt. Es sind gute Menschen, mit denen ich vergnügt lebte und die ich hart verlasse. »

(« C’est un bon pays, je l’ai toujours aimé. Ce sont de bonnes gens, avec qui j’ai vécu heureuse, et que je quitte avec regret. »)

Elle laisse 150 000 florins d’héritage à son cher couvent des sœurs élisabethaines. Joseph II y prélève la taxe des droits de succession.

Le 23 décembre 1789

Marie-Antoinette rend compte de manière laconique du décès de sa sœur, certainement de la main d’un de ses secrétaires :

“La reine prie M. de Mercy de passer aujourd’hui à six heures chez elle dans son appartement d’en bas, et pour qu’elle n’oublie pas comme la semaine dernière, elle lui envoie d’avance cette lettre, en le priant d’y faire réponse pour elle et de remercier M. d’Enzenberg de l’exactitude avec laquelle il a écrit et donné des nouvelles jusqu’à la fin de sa malheureuse sœur.”

Sources :

_BADINTER, Elisabeth, Le pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), Paris, Flammarion, 2016, 800 p.

_BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, 270 p.

_BLED, Jean-Paul, Marie-Thérèse d’Autriche, Paris, Fayard, 2001, 448 p.

_BOURBON-PARME, Isabelle, Je meurs d’amour pour toi, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine 1760-1763, édition établie par Elisabeth Badinter, Paris, Tallandier, 2008, 206 p.

_INNERKOFLER, Adolf, Une grande fille de Marie-Thérèse. L’archiduchesse Marianne, Innsbruck, 1910

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