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Ailleurs dans le monde...L'entourage de Marie-AntoinetteLa Cour de FranceMaison des Enfants de FranceSa famille de France

Madame Clotilde de France, Reine de Sardaigne

Madame Clotilds, soeur de Louis XVI, mariée au prince héritier de Piémont-Sardaigne
        Madame Clotilde musicienne par François-Hubert Drouais

Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1759

Il s’en faut de peu que Marie-Josèphe de Saxe accouche sans l’aide de personne. Ressentant quelques petits douleurs, elle se lève tout doucement pour ne pas réveiller le Dauphin Louis-Ferdinand. La contraction passée, elle se recouche, et quelques instants plus tard, elle consent à éveiller son époux et ses femmes.

 Le 23 septembre 1759

à cinq heures quarante-cinq du matin.

Naissance de Marie-Adélaïde-Clotilde-Xavière, dite Madame Clotilde (1759-1802),  sixième enfant du Dauphin Louis-Ferdinand (1729-1765) de France et de Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

                           Louis-Ferdinand           et          Marie-Josèphe de Saxe

L’enfant est ondoyé par l’évêque d’Autun et remis à sa nourrice. Il n’y a ni Te Deum ni fête, ce qui “n’est pas étonnant pour une fille qui a quatre frères vivants! ” note Barbier.

La montée de lait est enrayée sans incident.

Le Dauphin se félicite de la rapidité de l’accouchement de sa femme:

Jamais, elle n’a eu de couches si heureuses…”.

Immédiatement après l’ondoiement, l’enfant est remise aux mains de la Gouvernante des Enfants de France, la comtesse de Marsan (1720-1803), de sa nourrice et de ses femmes de chambre, avant tout chargées de bien la conserver en vie, en un temps ou la mortalité infantile est encore forte. La naissance de l’enfant n’est saluée par aucune réjouissance publique, pas de Te Deum, pas la moindre fête !
Dans son Journal, le bourgeois Barbier, ne marque aucune surprise:

Ce n’est pas étonnant, pour une fille qui a quatre vivants !“.

Quatre jeunes princes contemplent leur nouvelle petite sœur : Louis-Joseph, huit ans, duc de Bourgogne, Louis-Auguste, cinq ans, duc de Berry, Louis-Stanislas-Xavier, trois ans et demi, comte de Provence, et Charles-Philippe, un an et demi, comte d’Artois.

“Clotilde, remains what she was, a very kind child, smiling, open, who wants to please everyone and succeeds in being loved by everyone. [At] 13 she is as reasonable as if she was 20.
”
–Marie Antoinette on her teenager sister-in-law, in a letter to...Madame Clotilde par Drouais (détail)

Une semaine après la naissance de Clotilde, le Dauphin écrit à son beau-frère, François-Xavier, comte de Lusace :

Pepa se porte à merveille ; elle a changé aujourd’hui de linge et de lit et reçoit la visite de sa fille qui est une petite miniature très élégante.”

La famille royale donnait alors le doux surnom de “Pépa” à la Dauphine Marie-Josèphe…

Madame Clotilde par Katherine Read

tiny-librarian:
“Miniature of a young Marie Clotilde of France, future Queen of Sardinia.
”

En novembre 1760

L’état de santé du duc de Bourgogne son frère aîné, s’aggrave néanmoins et on lui diagnostique  une double tuberculose (pulmonaire et osseuse). La Cour doit se rendre à l’évidence : la mort du prince est aussi imminente qu’inéluctable. Ses parents se trouvent dans « un accablement de douleur qu’on ne peut se représenter».

Dessin du duc de Bourgogne malade Le duc de Bourgogne, malade, par Frédou

Le 29 novembre 1760

Dans l’urgence, l’enfant est baptisé et il fait sa première communion le lendemain.

Le 16 mars 1761

Le duc de Bourgogne reçoit l’Extrême-onction.

Dans la nuit du 20 au 21 mars 1761

Le duc de Bourgogne meurt, en l’absence de son petit-frère, Louis-Auguste, alité lui aussi par une forte fièvre.

La mort du duc de Bourgogne est vécue comme un drame pour le Dauphin et la Dauphine.

Marie-Josèphe déclarera : « rien ne peut arracher de mon cœur la douleur qui y est gravée à jamais ».

Résultat de recherche d'images pour "Le comte d'Artois et sa sœur Madame Clotilde par François Hubert Drouais"Charles d’Artois et Madame Clotilde par François Hubert Drouais, 1763

Clotilde vit la première partie de sa vie sous la responsabilité et les soins de sa gouvernante, Madame de Marsan, de sous-gouvernantes, la comtesse de Breugnon et la baronne de Mackau (1723-1801), et de femmes de chambre et de service, chargées de pourvoir aux besoins de l’enfant royal.

Marie-Angélique, baronne de Mackau (1723-1801)

La fillette loge dans l’appartement des Enfants de France au rez-de-chaussée de l’Aile du Midi.

Résultat de recherche d'images pour "appartement des Enfants de France au rez-de-chaussée de l'Aile du Midi Versailles"Aile du Midi du château de Versailles

L’Appartement de Madame Clotilde au château de Versailles

( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Au château de Versailles, Madame Clotilde n’eut jamais d’appartement personnel au sens propre du terme.

Elle grandit avec sa sœur, Elisabeth, au rez-de-chaussée de l’Aile du Midi, dans l’appartement des Princesses. Il s’agit d’une enfilade d’une dizaine de pièces composées d’antichambres et salons d’éducation.

Peut être une image de monumentFaçade de l‘aile du Midi

Mais au fur et à mesure que Mesdames grandissent, des pièces plus personnelles leurs sont attribuées. Ce qui est le cas pour Madame Clotilde.

Aucune description de photo disponible.Plan du rez-de-chaussée de l’Aile du Midi

Madame Clotilde dispose, dès 1766, d’une petite pièce lui servant de Salon de musique (2 sur le plan), d’une Garde-Robe (3) et de sa Chambre (4).

On sait très peu de chose sur la décoration de cet appartement. En 1771, le Garde-Meuble de la Couronne renouvelle une partie du mobilier. Un troisième renouvellement eut lieu quand la princesse atteint ses douze ans, au moment de sa première communion.

Portraits de famille de Louis XV sur une tabatière Barrie12

Le 3 mai 1764

Naissance de sa petite sœur Madame Élisabeth (1764-1794) au château de Versailles.

Clotilde n’a pas encore cinq ans, mais elle intègre rapidement son rôle de grande sœur aînée, responsable et délicatement protectrice.

Dès lors, les petites-filles de Louis XV et de Marie Leszczynska sont appelées à Versailles “Les petites Mesdames” afin de les différencier de leurs quatre tantes, filles de Louis XV, dites “Mesdames de France”.

Il semble que la Dauphine assista aux premières leçons de Clotilde. Très cultivée mais assez intransigeante en matière d’éducation, Marie-Josèphe se réserve l’enseignement de la religion et de l’histoire.

Avec son époux, elle reçoit ses enfants deux fois par semaines dans ses appartements privés afin de bien juger de leurs progrès et de leurs bonnes mines… Mais il est malaisé de restituer l’état d’esprit du couple delphinal envers sa progéniture.

Aucune description disponible.Marie-Josèphe de Saxe et ses enfants

 Le 11 août 1765

Le Dauphin Louis-Ferdinand, son père, fait une visite à l’abbaye de Royallieu et revient à Versailles sous la pluie. D’une santé déjà précaire et affublé d’un rhume, il est pris d’une violente fièvre.

Il parvient à faire transporter la Cour au château de Fontainebleau pour changer d’air, mais rien n’y fait, son état empire au fil des mois.

Louis de France (1729-1765), Dauphin, fils de Louis XV, attribué à Anne  Baptiste Nivelon (actif de 1750 à 1764) | Dauphin, Portrait hommes,  Portraits masculinsLe Dauphin Louis-Ferdinand par Roslin

Le 20 décembre 1765

Après une agonie de trente-cinq jours, le Dauphin meurt, à l’âge de trente-six ans.

Au cours de ses premières années de développement, la petite princesse donne satisfaction à tout le monde, à Louis XV, à Marie Leszczynska, ses parents, sa gouvernante et ses précepteurs.
Elle révèle très tôt un tempérament placide et doux, foncièrement bon et généreux. Ses maîtres en font ce qu’ils veulent. Son enseignement religieux auquel ses parents tenaient beaucoup et les règles de la bienséance élevées à haut degré de perfection inhérent à son rang royal lui donnent le sens de la rectitude mais sans ostentation , le souci d’apprendre, la charité, l’ignorance du vice et la volonté constante de rester occupée. Ces principes d’éducation inculqués dès le plus jeune âge dans l’esprit de la fillette imprègnent durablement le déroulement de sa vie à venir.

Le 23 février 1766

L’arrière-grand-père de Madame Clotilde, Stanislas Leszczynski, Roi de Pologne détrôné placé sur le trône de Lorraine par son gendre Français meurt. La Lorraine perd alors son indépendance et devient une province Française.

Stanislas Leszczynski

En 1767

La princesse de Guéménée est nommée gouvernante des Enfants et petits-enfants de France, alors que Madame Clotilde a sept ans.

Le 8 mars 1767

Marie-Josèphe de Saxe reçoit les derniers sacrements.

Le 9 mars 1767

Marie-Josèphe fait appeler ses trois fils.

“Elle leur donna sa bénédictions en versant des larmes. Son confesseur (l’abbé Soldini) s’acquittant en son nom de devoir que son attendrissement ne lui permettait pas de remplir, leur dit :

_Monseigneur, Madame la Dauphine m’ordonne de vous dire qu’elle vous donne sa bénédiction de tout son cœur et  qu’elle prie le Seigneur de vous combler de toutes les siennes. Elle vous recommande de marcher devant Dieu dans la droiture de votre cœur, d’honorer le Roi et la Reine, de les consoler en retraçant à leurs yeux les vertus de votre auguste père ; de ne vous écarter jamais des sages avis que vous donnent les personnes qui sont chargées de votre éducation, et de vous souvenir de Dieu pour elle.”

L’abbé Soldini

Les trois enfants sortent en larmes d’auprès de leur mère.

Le 10 mars 1767

Atteinte de tuberculose, comme son défunt mari, Marie-Josèphe de Saxe veut voir à son chevet ses filles pour la dernière fois. Peut-être leur mère leur dit-elle qu’elle ne pourra plus les voir, car Clotilde qui approche de ses huit ans, perçoit intuitivement le drame et remplit la chambre de ses cris. On doit l’arracher à sa mère pou ne pas augmenter au déchirement des adieux.

Aucune description disponible.

Le 11 mai 1766

Elle revoit ses fils pour la dernière fois.

Le 13 mars 1767

Mort de sa mère Marie-Josèphe de Saxe ( née le 4 novembre 1731).

Fichier:Maurice Quentin de La Tour, Marie-Josèphe de Saxe, dauphine  (1749).jpg — WikipédiaMarie-Josèphe de Saxe

Désormais doublement orphelines, les princesses Clotilde et Elisabeth se rapprochent instinctivement de la personne qui leur est la plus proche dans leur vie quotidienne, leur gouvernante, la comtesse de Marsan (1720-1803).

Certains décrivent Madame de Marsan comme une femme hautaine, voire comme une intrigante sans grand cœur. D’autres louent son dévouement dans ses fonctions. Nous savons qu’elle aime se faire appeler par ses pupilles “La petite chère amie“et que le comte de Provence qui l’aime beaucoup la présente comme sa “chère petite chère maman”. Le nouveau Dauphin, futur Louis XVI, lui reproche secrètement d’avoir donné une préférence marquée à son aîné, le duc de Bourgogne, décédé à dix ans en 1761, puis au comte de Provence, que Madame de Marsan affectionne trop visiblement.
Il semble bien que Madame Clotilde la respecte et l’écoute beaucoup. Est-elle une sorte de “mère de substitution“? On ne le sait.

 
Aucune description disponible.Dernier réveillon de Marie Leszczyńska : Une coutume s’était instaurée dans la famille royale : chaque 31 décembre à minuit, Louis XV et son épouse, assis de part et d’autre de la pendule astronomique de Passemant, assistent au changement d’année entourés de leurs enfants et petits-enfants…

Le 24 juin 1768

La Reine Marie Leszczynska, sa grand-mère, meurt à Versailles.

Fichier:Jean-marc-nattier-portrait-of-maria-leszczynska-148451.jpg ...Marie Leszczynska par Jean-Marc Nattier

Le Roi qui vient de faire acheter la Corse à la république de Gênes pour affermir la présence française en Méditerranée, trouve également une nouvelle et somptueuse favorite, la comtesse du Barry (1743-1793).

Résultat de recherche d'images pour "Madame du Barry"

                                                                                    Louis XV                              et                        Jeanne du Barry

Clotilde de France grandit donc au sein d’une famille divisée et en deuil.

Reçoit-elle un peu d’affection de son grand-père Louis XV, “Grand-Papa Roi” comme l’appellent ses petits-enfants ? Elle se présente à lui tous les matins quelques instants, mais ce rituel représente plus un devoir d’Étiquette qu’un réel témoignage de tendresse.

Résultat de recherche d'images pour "Madame Clotilde" La petite Madame Babet avec son carlin, par Drouais, vers 1770

Dès que la petite Madame Elisabeth (1764-1794) prend quelques années, elle vit davantage dans le sillage de Clotilde et les deux sœurs complices vivent l’une près de l’autre presque quotidiennement.

Cette connivence ne se développe pas sans nuages !                Elisabeth a cinq ou six ans se révèle  comme le contraire de Clotilde:  coléreuse, têtue, un brun rebelle… Madame de Marsan lui désigne alors l’exemple de sa sœur Clotilde si docile et obéissante. Cette comparaison risquée produit son effet. Elisabeth nourrit de la jalousie envers Clotilde si “parfaite” et se récrie un jour alors qu’elle n’obtient pas une faveur qu’elle demandait :

“Si c’était ma sœur Clotilde qui l’eut demandée, elle l’eut obtenue !”

Cet antagonisme passager disparaît lorsque Clotilde qui a de l’affection pour deux, apprend les rudiments de l’alphabet à sa petite sœur.

En 1769

Clotilde entoure également Madame Elisabeth de sa bienveillante sollicitude lorsqu’elle tombe malade. A partir de ce moment, tout rentre dans l’ordre et les deux sœurs s’unissent dans une complicité à toute épreuve.

Le 23 septembre 1769

Clotilde atteint dix ans.  Ce n’est qu’une princesse-enfant, mais déjà se profile à son sujet d’informels projets de mariage. Sans doute n’a-t-elle encore aucune connaissance de ce que l’on projette pour elle. Plus concrètement, son entrée officielle à la Cour avance à grand pas et il appartient à la comtesse de Marsan de l’instruire dans les moindres détails sur le protocole en vigueur à Versailles. La jeune princesse doit savoir tenir son rang en toute occasion et en toute circonstance sur ce grand théâtre qu’est la Cour.

Vraisemblablement, la princesse reçoit des marques de contentement de sa gouvernante. Clotilde, depuis toujours, est d’une nature aimable, soucieuse de complaire à son entourage. Une conduite si lisse révèle-t-elle un manque de caractère ?

Au contraire, la fillette instruite par de solides principes moraux et religieux démontrera au cours de sa vie une grande volonté altruiste, un courage égal à sa naissance et un dévouement rare.

En revanche, vers l’âge de dix ans, l’apparence de Clotilde ne prête pas à son avantage. Ses traits trop pleins manquent de finesse bien qu’empreinte d’une grande aménité soulignés par des yeux ombragés d’une évidente douceur. L’ensemble du visage reflète un menton lourd, un ovale incertain, le nez un peu long légèrement épaté, la bouche mince. Le seul apanage de beauté que la princesse peut s’enorgueillir de posséder repose en sa chevelure qu’elle a blonde et abondante comme sa défunte mère.
A l’aube de l’adolescence, Clotilde est anormalement ronde et dodue, d’une corpulence telle qu’elle semble avoir choqué les contemporains. Madame Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette le confirme :

Cette princesse était dans son enfance d’une si énorme grosseur que le peuple lui avait donné le sobriquet de Gros Madame.”

Madame Clotilde, détail du tableau de présentation du portrait de la future Dauphine

Le 23 janvier 1769

Un visiteur étranger, le comte Von Zizendorf, consigne dans son journal la note suivante :

Le matin, un moment chez le peintre Ducreux, rue Dauphine, que le Roi envoie à Vienne. Il avait chez lui le portrait de Madame, assez ressemblant, à la graisse près qu’il a un peu diminuée.”

Madame Clotilde par Ducreux (1768)

Ce surnom de “Gros Madame” lui reste comme un stigmate…

On a dit aussi qu’un garde suisse de Versailles aurait lancé malencontreusement ce surnom colporté de bouche en bouche comme une traînée de poudre !

Un jour, une dame de la Cour s’abaisse dans l’irrespect jusqu’à prononcer les deux mots fatals en présence de la jeune altesse. C’est alors que l’omniprésente comtesse de Marsan s’interpose avec toute l’énergie dont elle est capable en réprimandant la dame de ne plus se présenter devant la petite-fille du Roi…  Madame Clotilde, parée de son inaltérable sollicitude fait revenir la dame congédiée en lui disant :

Ma gouvernante a fait son devoir et je vais faire le mien ; revenez nous faire votre Cour, et ne vous rappelez plus une étourderie que j’ai moi-même oubliée.

Le 10 septembre 1769

Cérémonie de la prise de voile de Madame Louise (1737-1787) au carmel de Saint Denis , afin de prier pour l’âme de son père, Louis XV.

Madame Louise est proche de sa jeune nièce sur laquelle elle aura une certaine influence, elle y mourra en 1787.  Déjà fortement habitée par la foi religieuse, Clotilde l’interprète comme un geste de grandeur.

A portrait of Marie-Clotilde de France by Jean-Laurent Mosnier, circa 1775.

Le 16 avril 1770

Elle écrit à la princesse carmélite,  une lettre assez émouvante, sans doute en partie dictée par Madame de Marsan :

“Ma chère tante,
Je ne puis vous dire le chagrin que j’ai eu de votre retraite à Saint-Denis. La seule pensée que je ne vous verrai plus que très rarement me fait frissonner ; cependant j’espère que l’on me permettra d’aller quelquefois à Saint-Denis, et que j’aurai le plaisir de vous y voir ; ce sera certainement le plus grand que l’on puisse me faire. Le roi nous a promis de souper dans ses petits cabinets mardi prochain ; je puis vous assurer ma chère tante, qu’il ne me me paraîtra pas si agréable, puisque vous n’y serez pas. Ce sera aussi ce jour là que je ferai ma première communion. Je vous prie, ma chère tante, de demander à Dieu que je la fasse dignement. Pour moi, je m’acquitterai de votre commission de prier pour vous, quoique je pense que vous n’en ayez nullement besoin. Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur, ma chère tante.”

Marie-Adélaïde-Clotilde-Xavière.

Cette lettre nous renseigne sur deux points importants: à dix ans et demi, Clotilde est autorisée à souper avec la famille royale dans les appartements de son grand-père, et elle s’apprête à sa première communion.

Le 16 mai 1770

Son frère Louis-Auguste épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.

Le saviez-vous ? Le mariage de Louis XVI et Marie-Antoinette a fait 132  morts

Sofia Coppola Maga Ettori – MAGÀ ETTORIImage de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Résultat de recherche d'images pour "plan table mariage Marie-Antoinette"

Par le plan de table du souper du jour du mariage de son frère le Dauphin, on constate que Madame Clotilde y a sa place entre son frère Provence et sa  tante Madame Victoire… Elisabeth, elle, est encore trop jeune pour y paraître…

Le public est témoin de sa boulimie gargantuesque …

La duchesse de Northumberland s’en fait l’écho :

La petite Madame mangeait avec une voracité et un empressement que je n’ai jamais vu égaler. Tandis qu’elle avalait tout ce qu’il y avait dans son assiette, elle semblait dévorer des yeux tout le reste de ce qui était sur la table.

   
Mesdames Clotilde et Elisabeth

Marie-Antoinette fait la connaissance de Ses nouvelles belles-sœurs. Elles sont plus jeunes qu’Elle, l’aînée n’a pas encore onze ans tandis que la cadette en a six. La fille de l’Impératrice Marie-Thérèse et naturellement bonne, prévenante et compatissante avec les enfants. Cependant, les jeunes princesses vivent sous le contrôle tatillon de leur gouvernante jalouse de ses prérogatives et la lourdeur de l’Étiquette empêche le naturel de prendre le dessus. Mais quelques paroles maladroites de la Dauphine aliènent la comtesse de Marsan qui selon Madame Campan “donnait une préférence marquée à Madame Elisabeth” :

“La gouvernante qui cherchait à faire valoir celle des deux princesses que la nature avait traitée moins favorablement, sut mauvais gré à Madame la Dauphine de son affection particulière pour Madame Elisabeth, et par des plaintes indiscrètes elle refroidit l’amitié qui existait cependant entre Madame Clotilde et Marie-Antoinette. Il s’éleva même quelque rivalité sur l’article de l’éducation et on s’expliqua assez haut et très défavorablement sur celle que l’impératrice Marie-Thérèse avait fait donner à ses filles.
L’abbé de Vermond se crut offensé, prit part à cette querelle et unit ses plaintes à celles de Madame la Dauphine sur les critiques de la gouvernante, et s’en permit à son tour même quelques unes sur l’instruction de Madame Clotilde. Tout se sait dans une Cour. Madame de Marsan fut à son tour instruite de ce qui c’était dit chez la dauphine et lui en sut très mauvais gré. A partir de ce moment, il s’établit un foyer d’intrigues, ou plutôt de commérages contre Marie-Antoinette dans la société de Madame de Marsan
.”

Portée en dérision la comtesse de Marsan représente un parti risqué ! Elle est apparentée à la très illustre famille de Rohan qui compte parmi l’une des toutes premières à la Cour. Les Rohan ont droit au titre de princes par des attaches avec le Saint Empire Romain Germanique, et c’est sans compter le nombre d’amis, de fidèles et de solliciteurs dont cette maison est pourvue. La nature même de Madame de Marsan peut inquiéter :

dévote, fanatique et violente. Ses moindres affections sont des passions. Elle ne connait point les sentiments intermédiaires, tout est pour elle ou haine ou amour.”

Entre Marie-Antoinette et la Gouvernante des Enfants de France, s’établit dès lors une rivalité durable à fleurets mouchetés. Il résulte de ces intrigues de Cour beaucoup de bruit pour des motifs véniels.  La Dauphine est en fait bien trop jeune pour juger de l’éducation à donner à une princesse. Il s’agit sans doute d’une rivalité entre les maisons de la Dauphine et des Enfants de France ou la jalousie concourt beaucoup à semer la discorde.

Marie-Antoinette

D’octobre à fin novembre 1770

Séjour de la Cour à Fontainebleau

Château de Fontainebleau — Wikipédia

Le 29 novembre 1770

Le comte de Mercy-Argenteau à sa souveraine le 17 décembre 1770 :

Le 29 novembre, Mme l’archiduchesse avait mené avec elle Mme Marie, sa belle-sœur, à la chasse dans les environs de Versailles, où le roi devait chasser ce jour-la. Mme la dauphine, par attention pour la jeune princesse sa sœur, avait quitté la chasse une heure avant le roi. En revenant et passant sur un pont, le postillon de son carrosse tomba, et fut assez malheureux pour que quatre chevaux de l’attelage lui passassent sur le corps. On le retira couvert de sang et sans connaissance. M”10 la dauphine s’arrêta sur la place pendant plus d’une heure elle envoya de tous côtés chercher des chirurgiens en attendant, un exempt des gardes, qui la suivait, descendit de cheval et pansa le malade avec tout le zèle et l’attention possible. On voulut emmener le blessé dans une chaise Mme la dauphine s’y opposa, en remarquant très-judicieusement l’inconvénient de cahoter un malheureux moulu de contusions enfin on amena un brancard, dans lequel le malade fut porté à Versailles, accompagné de deux chirurgiens et de plusieurs personnes du cortège de Madame la dauphine. Lorsque S. A. E, fut de retour, jamais elle n’a inspiré tant de respect et d’admiration. Elle fit venir les chirurgiens pour savoir l’état du blessé, et marqua un sentiment de joie en apprenant qu’il pourrait n’en pas mourir. Elle ordonna à son, premier chirurgien d’en prendre soin et de lui en rendre compte tous les jours. Elle remercia l’exempt des gardes du corps, qui dans les premiers moments avait donné des secours au malade. Lorsque Mme l’archiduchesse conta les détails de cet accident devant toute la cour, elle ajouta « Je disais à tout le mondé qu’ils étaient mes amis, pages, palefreniers, postillons.” Je leur disais : “Mon ami va chercher les chirurgiens mon ami! cours vite pour un brancard ; vois s’il parle, s’il est présent.»

Le comte de Mercy-Argenteau évoque la princesse sous le nom de Madame Marie sans que nous puissions en comprendre les raisons. En tout cas, à cette date il ne peut s’agir que de Madame Clotilde.

Le 14 février 1771

Mariage du comte de Provence et de Marie-Josèphe de Savoie (1753-1810), dès lors rebaptisée Marie-Joséphine à partir de là.

Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais -

Les 11, 12 et 13 mai 1771

Petit séjour à Fontainebleau pour accueillir Marie-Joséphine de Savoie.

Fichier:Marie Josephine de Savoie.png — Wikipédia

Du 7 octobre au 19 novembre 1771

Séjour de la Cour à Fontainebleau

En septembre 1772

A partir de ses treize ans , la vie officielle de Clotilde s’accélère avec des obligations de Cour, des plaisirs mondains et dans sa vie personnelle.
Des concerts sont donnés dans ses appartements ou malgré la présence “de fort peu de monde“, la Dauphine Marie-Antoinette “chante toutes les semaines” ce qui ravit sa belle-sœur. Ces concerts ont aussi l’avantage de réunir la jeune génération de la famille royale. Versée très jeune dans les arts d’agrément, “Gros Madame” excelle à la mandoline et accompagne de cet instrument le comte d’Artois qui  chante à ses cotés.
Le théâtre, très en vogue dans la haute société du XVIIIe siècle, fait également partie de l’éducation intellectuelle des “Petites Mesdames”.

Leur gouvernante leur organise de petites pièces, des “berquinades” censées développer leurs principes de morale et les mouvements du cœur.

Résultat de recherche d'images pour "buste de Madame Clotilde"Buste de Boizot représentant Madame Clotilde

Madame de Marsan se fait également un devoir de familiariser ses élèves avec la Maison d’Education de Saint-Cyr crée par la marquise de Maintenon (1635-1719) un siècle plus tôt, où les jeunes princesses découvrent une liberté d’action inconnue. Elles sont ravies de déambuler gentiment dans les cuisines, une entorse inouïe à l’Étiquette formellement impossible à Versailles !

Le 8 septembre 1772

Vous me reprochez, ma chère Christine, de ne pas t’avoir parlé de mes belles petites sœurs Clotilde et Elisabeth ; c’est vrai que je n’en ai pas eu l’occasion. Leur éducation n’est pas encore finie, elles sont confiées à une dame, Madame de Marsan, et en été, je les vois peu, alors que je les vois souvent quand elles sont à Versailles.

Madame, c’est-à-dire Clotilde, reste ce qu’elle était, une petite fille très gentille, souriante, ouverte, qui veut plaire à tout le monde et peut être aimée par tout le monde. À treize ans, elle est raisonnable comme si elle avait vingt ans. Elisabeth a huit ans et demande beaucoup d’attention à son éducation.

Clotilde a enchanté tout le monde à la fête [il s’agit d’une fête offerte par les deux sœurs] saluant toutes les dames avec un bisou sur la joue l’une après l’autre, alors qu’Elisabeth leur a offert sa main à embrasser.

Au revoir chère sœur, je vous embrasse sur les deux joues.”

Marie-Antoinette à Sa sœur Marie-Christine

On remarque l’estime de Marie-Antoinette pour Clotilde.

 

Du 6 octobre au 17 novembre 1772

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Le 20 février 1773

Résultat de recherche d'images pour "Charles-Emmanuel III"Charles-Emmanuel III de Savoie

Mort de Charles-Emmanuel III, Roi de Sardaigne (1701-1773). Victor-Amédée III (1726-1796), le père de la comtesse de Provence, monte sur le trône.

Victor-Amédée III de Savoie

En mars 1773, l’ambassadeur de Victor-Amédée II, le marquis de La Marmora, écrit à son souverain :

“A la grosseur de la taille et de la figure près, il n’y a pas de plus aimable princesse que Madame Clotilde, soit par les traits soit par la douceur, les grâces,l’aménité de son esprit et de son caractère.”

En juillet 1773

Mesdames Clotilde et Elisabeth découvrent Paris. A cette occasion, la gouvernante et sa fille, la princesse de Rohan-Guéménée, leur font présider dans les jardins des Tuileries une grande distribution de gâteaux aux petits Parisiens riches ou humbles. Pour les princesses, cette visite dans la capitale représente leur premier contact avec l’immensité bigarrée et tapageuse de la foule parisienne.

En septembre 1773

Madame Clotilde assiste à une grande fête au château de Saint-Cloud chez son cousin le duc d’Orléans pour l’inauguration des cascades au milieu de jardins “où cent beautés ne se rencontrent pas ailleurs” selon l’architecte Blondel.

Résultat de recherche d'images pour "château de Saint-Cloud"

Du 6 octobre au 14 novembre 1773

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Château de Fontainebleau — Wikipédia

A l’instar de Marie-Antoinette pour sa famille, la comtesse de Provence est appelée à servir les intérêts de la maison de Savoie. Ses parents encouragés par son brillant mariage, nourrissent l’espoir le marier leurs autres enfants avec des princes français afin de renforcer l’alliance franco-savoyarde. Or, Marie-Joséphine éprouve une vive affection pour Clotilde qui lui rappelle peut-être ses petites sœurs Marie-Thérèse, Marie-Anne et Marie-Caroline restées à Turin. Sans même que l’innocente “Gros Madame” ne se doute de l’audacieuse ambition de sa belle-sœur, Marie-Joséphine avise personnellement son père du parti à prendre de la princesse Clotilde, le 17 mars 1773 :

Si Madame épouse mon frère, j’en aurais grande joie, car outre que je l’aime beaucoup, c’est une excellente acquisition à faire. On a raconté ici que vous l’aviez promis à feu M. le dauphin, mon beau-père, se cela est, je ne doute pas que le mariage se fasse.
Pour la figure, elle est très bien, une belle physionomie, de beaux cheveux blonds, de belles dents, des yeux bleus bien taillés et un teint admirable. Elle est fort grandie depuis que je suis ici et même un peu maigrie, de plus elle est parfaitement réglée. Voila ce qui en est.
Elle est élevée dans la plus grande perfection, une humeur égale et toujours gaie, avec beaucoup de douceur et d’esprit. Enfin, on peut dire que c’est une princesse accomplie, et heureux qui la possédera ! Pour moi, je l’aime à la folie… Pardonnez mon impertinence de me mêler où je n’ai que faire, mais il me paraît que ce serait charmant et même plus commode, qu’il fut en même temps que l’autre, soit pour la dépense, soit pour tout. On avait dit, comme vous savez, que Madame était petite, je vous assure qu’il n’en est rien, au contraire, elle est plus grande que moi et elle est fort développée pour son âge, enfin elle a toute la raison possible.
..”.

Il répond à sa fille par une lettre assez franche mais circonspecte:

Je vous parlerai, non comme à la comtesse de Provence, mais comme à Joséphine, c’est-à-dire entre nous deux… Je dis plus, l’éducation que Madame a eue à votre cour est surement celle qui conviendrait le mieux à la nôtre. Son excellent caractère et son visage doivent faire le bonheur d’un mari… , si je ne me trouvai pas dans le cas de vous avouer avec la même sincérité que son grand embonpoint m’épouvante pour plusieurs raisons. La crainte du défaut de succession serait le moindre puisque j’ai beaucoup d’enfants ; mais dans ce pays-ci toutes les Françaises qui y viennent y prennent de l’embonpoint, or vous n’ignorez pas la préférence marquée de Piémont, dès son enfance, a eu pour les femmes minces et élancées et son éloignement décidé pour les femmes grasses ! Il est vrai que cela peut changer, mais en attendant, puis-je consciencieusement risquer de rendre deux personnes malheureuses toute leur vie ?“.

Le 23 septembre 1773

Dès ses quatorze ans qui officient définitivement l’entrée de Clotilde dans la vie de la Cour, un service d’honneur de cinq dames pour accompagner lui est constitué afin de la suivre partout. Parmi elles, se distingue la marquise d’Usson ou la comtesse de Sorans avec qui “Gros Madame” restera longtemps liée d’amitié.

Le 16 novembre 1773

Charles d’Artois épouse Marie-Thérèse de Savoie, sœur de Marie-Joséphine, comtesse de Provence.

Jean-Baptiste-André Gautier d'Agoty, Marie-Antoinette, reine de ...

Le 29 avril 1774

Les médecins font savoir que Louis XV a contracté la variole. Pour éviter la contagion, le dauphin et ses deux frères sont maintenus à distance de la chambre royale.

Le 10 mai 1774

Mort de Louis XV.

 

Aucune description disponible.On reconnaît la jeune Elisabeth aux côtés de la nouvelle Reine venant soutenir Louis XVI effrayé par le poids de sa couronne

Aussitôt après la mort de Louis XV

Le nouveau Roi Louis XVI désigne ses sœurs en leur disant :

“Nous ne nous séparerons pas. Je vous tiendrai lieu de tout.”

La Cour se réfugie provisoirement au château de Choisy.

Plongée 3D au château de Choisy-le-Roi à l’époque de Louis XV

C’est à cette occasion que le nouveau Roi prend l’une de ses premières décisions : celle d’inoculer l’ensemble de la Famille Royale contre la variole.

L’avènement de Louis XVI modifie peu la vie et la position officielle de Madame Clotilde. Certes de petite-fille de Roi, elle devient sœur de Roi régnant, mais sur le fond, son quotidien reste inchangé. Elle reste sous l’influence et les conseils de Madame de Marsan. La princesse, qui depuis sa naissance, avait toujours vécu dans le sillage de sa gouvernante, ne semble pas avoir montré des signes d’impatience afin d’obtenir plus d’indépendance. Pourtant, dans les coulisses, la question de son mariage avec le prince de Piémont continue d’agiter la famille royale et les bureaux ministériels.

Joseph DUCREUX
Madame Clotilde par Ducreux

A Versailles, le nouveau ministre des affaires étrangères, le comte de Vergennes (1719-1787), se montre favorable à une troisième alliance avec la maison de Savoie. Il pense que la présence d’une princesse française à Turin permettra de contrebalancer l’influence expansionniste des Habsbourg dans la péninsule italienne.

L’Impératrice Marie-Thérèse a en effet placé deux de ses filles sur les trônes de Parme et de Naples tandis que deux archiducs occupent des positions souveraines stratégiques en Toscane à Florence, à Modène et à Milan.

Pour sa part, la Maison de Savoie échappe par choix politique aux ouvertures de l’Autriche, le Roi Victor-Amédée III donnant la priorité à l’alliance française en ayant accordé deux de ses filles aux Bourbons. Au milieu de l’année 1774, l’enjeu est de savoir si le Roi de Piémont-Sardaigne va se décider pour la princesse Clotilde.

Louis XVI, tout comme son ministre Vergennes, est acquis à cette alliance, mais de l’autre côté des Alpes, Victor-Amédée II hésite toujours sur le parti à prendre. Ce ne sont pourtant pas les informations qui lui manquent !

De cela, Victor-Amédée ne nourrit guère de doute, mais la solide corpulence de Clotilde le laisse perplexe et le fiancé visé, le jeune Charles-Emmanuel de Savoie présente quelques objections. Le souverain piémontais dit qu’il “n’exigerai jamais des autres ce que j’aurais été fâché qu’on exigeât de moi”...

Ce sont donc les formes opulentes de “Gros Madame” qui suscitent tant d’hésitations à la Cour de Turin !

Mais à peine Louis XVI monté sur le trône, la comtesse de Provence intrigue en sous-main. Marie-Joséphine de Savoie qui porte désormais le titre officiel de Madame est alors entrée dans la confiance du nouvel ambassadeur de Sardaigne, le comte de Viry. Ces deux protagonistes se rendent bien compte des préventions de Marie-Antoinette, hostile par principe à un troisième mariage savoyard et “des tracasseries que la reine ne demandait pas mieux que de (leur) susciter.

” Marie-Joséphine craignait manifestement l’hostilité de la reine pour sa famille et souhaitait très fort que la souveraine ne se doute de rien. Le comte de Viry estimait pour sa part que Madame se trouvait dans une “circonstance délicate” “à cause de la jalousie que la reine a conçue d’elle et qu’elle ne peut s’empêcher de laisser entrevoir.” Au début du règne, en effet, Louis XVI appréciait assez sa belle-sœur qui selon Viry se trouvait “même gêné, dans les occasions ou il voudrait lui donner des marques de son amitié et de sa confiance.”

Les rumeurs de son mariage avec le prince Charles-Emmanuel de Savoie, incite Madame de Marsan à préparer son élève à son futur rôle d’épouse de prince héritier dans un monarchie étrangère. Clotilde est astreinte à un programme journalier de sept heures d’études et il est vraisemblable que ses cours se démarquent de ceux de sa sœur Elisabeth, trop petite. On relève parmi ses maîtres, quelques professeurs célèbres, comme Leblond, mathématicien réputé ou encore le docteur Le Monnier, savant botaniste chargé de lui enseigner les sciences naturelles.

Madame Clotilde par DucreuxMadame Clotilde par Ducreux

En mai 1774

Séjour de la Cour au château de Compiègne.

Visite du Château impérial de Compiègne

Conversation entre Madame Clotilde et Madame Elisabeth, alors âgées de quinze et dix ans. 
“Lors de la venue de l’envoyé du Pacha de Tripoli, les deux princesses se trouvent dans la Galerie des Glaces où passe l’ambassadeur qui va être reçu en audience. Elisabeth le suit des yeux, soupire et paraît troublée.
A quoi pensez-vous ? s’informe Clotilde.
Je pense à son âme.
Pour la fillette, la chrétienne, cet homme qui pratique la religion islamique ne peut-être qu’en danger de perdre son âme : c’est un “païen”.
La miséricorde de Dieu est infinie, répond Clotilde. Ce n’est pas à notre pensée à lui poser des limites. Prions pour cette âme, cela vaudra mieux.
– Vous avez raison, reprend Elisabeth après avoir réfléchi un instant. C’est aux chrétiens de prier pour ceux qui ne le sont pas, comme c’est aux riches de donner pour les pauvres.
 
Extrait de Madame Elisabeth  de Monique de Huertas

Du 17 juin au 1er août 1774

Séjour de la Cour au château de Marly.

Depuis plusieurs années la Cour de France caresse l’espoir de marier la petite Clotilde avec un prince savoyard. Le projet est ancien et c’est la correspondance de la feue Dauphine Marie-Josèphe de Saxe à son frère le comte de Lusace qui nous renseigne :


“A l’égard de l’article du mariage, je ne puis vous dire autre chose si ce n’est que Monsieur le Dauphin avait d’autres vues pour sa fille, qu’il avait lui-même commencé à y travailler, et que le roi semble vouloir les suivre et que je ne m’y refuserais certainement pas..
.”

En effet, le Dauphin Louis-Ferdinand escomptait marier sa fille Clotilde avec le jeune prince Charles-Emmanuel de Savoie, fils du prince de Piémont Victor-Amédée et de l’infante Marie-Antoinette-Ferdinande et petit-fils du vieux Roi Charles-Emmanuel III.

La mort du Dauphin en 1765 puis de la Dauphine, en 1767, avaient relégué ce projet à l’arrière-plan, mais Louis XV était informé et conservait probablement des dossiers à ce sujet…

Clotilde a donc été psychologiquement préparée à un éventuel déracinement familial…

L’Impératrice Marie-Thérèse écrit à Marie-Antoinette :

 “Ce que vous me marquez sur le mariage du comte d’Artois m’étonne : deux sœurs de la même maison ! On parlait d’une princesse de Saxe. J’avoue, ce grand empressement de marier encore le troisième fait faire des réflexions pas du tout agréables. La partie devient forte.”

Dans la foulée, la Dauphine confirme les craintes de Sa mère :

“On espère de faire le mariage de ma sœur avec le prince de Piémont”.

Du 10 octobre au 10 novembre 1774

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Clotildee de France (1759-1802) (attr.). Francois-Hubert DrouaisMadame Clotilde par François-Hubert Drouais

A la fin de 1774 et au début de l’année 1775

Les négociations diplomatiques avec la Savoie sont très avancées.

Afin de se fixer une opinion définitive, Victor-Amédée III délègue à Versailles deux personnes de confiance pour juger de “Gros Madame”. Les conclusions de M. de Saint-Germain et de M. d’Aglié, gouverneur et écuyer du prince de Piémont, convainquent le Roi de Sardaigne qui considère “que si la seule objection était un excessif embonpoint, un excellent caractère compenserait bien cela.”

Dans les premiers jours de février 1775

De Turin à Versailles, le mariage est décidé. le comte de Viry en tant que ministre plénipotentiaire de Sardaigne, demande la confirmation de principe à Louis XVI qui l’accorde de bonne grâce.

Le 13 mars 1775

Victor-Amédée III donne son accord définitif pour accueillir Madame Clotilde dans sa famille.

Madame de Marsan insiste pour que Clotilde puisse naturellement tenir une Cour : elle organise ainsi des réunions de dames formant cercle autour de la princesse où l’art de la conversation de Cour doit former l’ingrédient principal. Il est cependant dommage que la gouvernante n’a pas élargi ce cercle à des femmes venant de milieux plus conformes à la société savante des salons parisiens.

Le 11 juin 1775

Louis XVI est sacré à Reims.

Aucune description disponible.

Le sacre de Louis XVI à Reims est la dernière grande apparition publique de la princesse juste avant son mariage.

Aucune description disponible.Louis XVI à Reims

Avec les frais du sacre et le mariage imminent de Clotilde, la facture risque d’être bien lourde pour l’Etat… Le contrôleur des Finances, Turgot (1727-1781), insiste auprès du Roi pour que les noces de sa sœur comportent moins de fêtes que prévu. Louis XVI est de cet avis et il est décidé que l’on se limitera à trois grandes journées à Versailles. La cérémonie religieuse, la réception du Grand Appartement et le Grand Couvert auront lieu le même jour, suivis dans la semaine d’un grand bal paré et de la représentation d’une tragédie. De son côté, l’ambassade de Sardaigne prend en charge un immense bal masqué pour la Cour.

En juillet 1775

Départ de Monsieur et de Madame autorisés à suivre la nouvelle princesse de Piémont dans sa patrie d’adoption et le séjour “de quinze jours dans le plus grand incognito à Chambéry“.

La Reine écrit “qu’il est affreux pour moi, de ne pouvoir espérer le même bonheur.”

Marie-Antoinette piquée au vif s’enferme dans Ses appartements pour pleurer à Son aise d’autant que le comte et la comtesse de Provence expriment bruyamment leur joie. Elle ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Marie-Joséphine ravie de revoir sa famille, alors que Joseph II tarde à La visiter…

Début août 1775

Le département des Menus-Plaisirs chargé de l’organisation du mariage s’active fiévreusement… Malgré la réduction des dépenses, l’apparat et le rituel codifié des mariages royaux reste immuable.

Le 6 août 1775

Naissance de son neveu Louis-Antoine, duc d’Angoulême, fils du comte et de la comtesse d’Artois.

Le duc d’Angoulême

Le 8 août 1775

Le comte de Viry fait la demande officielle au nom du Roi Victor-Amédée III. M. de Tolozan, introducteur des ambassadeurs à Versailles et le prince de Marsan accueillent l’ambassadeur en grande pompe encadrés par les haies d’honneur des gardes françaises et des gardes suisses. L’Étiquette donne ensuite le relais au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des Cérémonies. De la salle Ambassadeurs, Viry encadré de sa suite piémontaise et escorté des gardes de la Porte, accède à l’Escalier de Marbre pour pénétrer dans le Cabinet du Roi. Louis XVI et Viry échangent les formules d’usage de “gracieuseté” mais la solennité de cette cérémonie est malgré tout tempérée par les sentiments du Roi qui …

…”lorsque le comte de Viry a fait dernièrement la demande publique et l’a prié de fixer le jour du départ, Sa Majesté n’a pu s’empêcher de laisser couler des larmes d’attendrissement. La corbeille des présents est magnifique, il y a pour 1 500 000 livres de diamants.”

Ce jour là, l’ambassadeur offre à Madame Clotilde au nom de son fiancé, le prince de Piémont, deux bracelets de diamants ornés de sa miniature.

Le 11 août 1775

Afin de rendre hommage aux Parisiens avant son départ, Madame Clotilde est présentée par Marie-Antoinette à l’Opéra qui produit pour elles “Cythère assiégée” de Gluck.

Le 16 août 1775

La cérémonie de fiançailles se déroule selon un rituel semblable à celui de la présentation. En présence du Souverain, de la Reine, des princes et des princesses et de leurs services d’honneur, Madame Clotilde est le centre de tous les regards dans le Cabinet du Roi. Elle entre en donnant la main au comte d’Artois tandis que Madame Elisabeth porte la queue de sa mante de gaze d’or. Pour sa part, Monsieur représente Charles-Emmanuel de Savoie en tant qu’époux procureur de la fiancée. Deux ministres, Messieurs de Vergennes et de Malesherbes rendent publique la lecture du contrat de mariage. La dot de “Gros Madame” est fixée à trois millions de livres. Ensuite, le ministre des Affaires Etrangères tend la plume à toute la famille royale pour les signatures et le cardinal de la Roche-Aymon, Grand Aumônier de France officie les fiançailles.

Tous les assistants peuvent voir l’émotion de la Princesse :

Madame Clotilde a pleuré plusieurs fois notamment en signant le contrat de mariage. Tous ceux qui ont l’honneur de l’approcher et qui la connaissent la regretteront infiniment.”

A la veille de l’événement, circule dans Paris un quatrain à double sens sur l’alliance de la sœur du Roi :

Le bon savoyard qui réclame
Le prix de son double présent
En échange reçoit Madame
C’est le payer bien grassement !

En l’occurrence, “le double présent” concerne les comtesses de Provence et d’Artois, sœurs du prince de Piémont et la fin de l’épigramme fait malicieusement référence aux formes rebondies de la mariée…

Le 15 août 1775

Madame Clotilde participe aux côtés de Louis XVI et de Marie-Antoinette à la fête de l’Assomption.

Le 21 août 1775

Résultat de recherche d'images pour "le comte de Viry"François Marie Joseph Justin Comte de Viry (1736-1813)

Le mariage par procuration se déroule selon une codification invariable à la Cour de France depuis des générations. La veille, le comte de Viry a remis une grande parure de diamants à Clotilde au nom de son fiancé,  prince de Piémont, futur Charles-Emmanuel IV de Sardaigne (1751-1819), frère des comtesses de Provence et d’Artois, et du Roi de Sardaigne, Victor-Amédée II.

Aucune description disponible.

Comme pour les mariages des frères de Clotilde les années précédentes, la réception du Grand Appartement accueille les courtisans dans les salons de parade du château. La fureur du jeu s’empare bientôt des invités. Le grand public est admis à défiler dans la Galerie des Glaces, heureux de saisir un instant la tête d’un illustre personnage. Ensuite, toujours sous l’œil attentif de la foule, la famille royale se réunit dans la soirée à l’Opéra de Versailles pour le souper du Grand Couvert sous les airs de la musique du surintendant Dauvergne.

Le lendemain, 22 août 1775

Les festivités publiques reprennent, Madame Clotilde n’a plus un moment de répit ! Le duc de Cossé, gouverneur de Paris et les corps municipaux de la capitale présentent leurs compliments à la mariée avant de déposer de somptueux cadeaux. Par la suite, le corps diplomatique défile devant la sœur du Roi. Le soir, un grand bal paré, dans la salle de l’Opéra accueille six cent vingt quatre dames titrées.
Un visiteur étranger de marque, Horace Walpole, a laissé un témoignage sur cette grande fête versaillaise, on devine à travers ses mots l’éblouissement de la soirée :

La nuit dernière, je me suis glissé au bal paré et comme j’ai une foule d’amis, on m’a placé sur le banc des ambassadeurs, juste derrière la famille royale. Le bal avait lieu dans la salle de spectacles la plus brillante de l’univers et où le goût l’emporte encore sur la richesse… Quant à la nouvelle princesse de Piémont, son visage est éclatant de fraîcheur et le reste à peu près de la dimension de lord Holland, ce qui ne fait pas bien dans une robe à corsage raide…“.

Ainsi, malgré ce splendide bal paré donné pour elle, Madame Clotilde paraît bien éclipsée par sa belle-sœur… Ni son charme juvénile, ni ses doux yeux candides, ni la splendeur de ses atours ne peuvent rivaliser avec la majesté innée de Marie-Antoinette.

A portrait of Madame Clotilde, sister of Louis XVI, by Charles Leclerc.
image: Royal Palace of TurinMadame Clotilde, portrait conservé au palais de Turin

Le 25 août 1775

L’ambassadeur de Sardaigne, le comte de Viry, donne une grande fête à Paris au Vauxhall à la barrière de Vaugirard. Un feu d’artifice et un bal masqué accueillent “l’univers entier”, 6000 personnes !

Le chroniqueur Bachaumont remarque que

Madame la nouvelle princesse y est restée fort tard ainsi que Mesdames. On ne s’est point aperçue que la première ait aucun regret de quitter la France. Elle avait cette joie naïve d’une jeune personne dont les sens commencent à s’ouvrir à tous les plaisirs.

C’est ignorer les larmes abondantes qu’elle laisse couler lors de la signature de son contrat de mariage, celles de son frère Louis XVI, l’attendrissement de sa famille, en particulier de Madame Elisabeth …

Le 26 août 1775

La représentation d’une tragédie “Le Connétable de Bourbon” de M. de Guibert clôture les fêtes.

Madame Clotilde assure à Victor-Amédée III qu’elle se trouve …

… “parfaitement heureuse de devenir sa belle-fille et que l’occupation de sa vie sera de contribuer au bonheur de Monsieur le prince de Piémont que ses qualités aimables lui rendront toujours cher.”

Clotilde écrit de Versailles à la Reine de Sardaigne, Marie-Antonia-Ferdinande, que “le moment approche où je vais me donner entièrement à l’étude de plaire à Votre Majesté et à lui offrir tous mes soins.”

Le 27 août 1775

La princesse et la famille royale quittent Versailles pour le château de Choisy.

Le 28 août 1775

C’est à Choisy, le lendemain, que Madame Clotilde quitte les siens pour prendre la route de Chambéry où doit avoir lieu la deuxième phase de son mariage et de nouvelles festivités.

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La séparation lui est pénible.
La Reine de France écrit pourtant à l’Impératrice que sa belle-sœur est “médiocrement affligée” et que cela était “assez naturel” car “elle vivait peu avec nous et Madame de Marsan, qui était de nom et de cœur “sa chère petite amie” l’avait totalement subjuguée“.

Le chroniqueur Bachaumont déclare que “Gros Madame” a beaucoup pleuré et se serait même évanouie !

A Choisy, Madame Elisabeth s’accroche tant à Madame Clotilde au moment du départ, que Marie-Antoinette doit doucement la séparer de sa sœur…

Alexandre Moitte : Marie-Antoinette et Mme Elisabeth s'embrassant ?Marie-Antoinette embrassant Madame Elisabeth par Alexandre Moitte; Musée de Lille

La princesse de Piémont part enfin, mais un long voyage commence avant d’atteindre la Savoie. Comme de coutume, les services de la Maison du Roi ont organisé tous les préparatifs. Plus d’une centaine de personnes accompagnent la sœur de Louis XVI, des dames du service d’honneur au plus humble marmiton de cuisine.
En tant que gouvernante, Madame de Marsan suit son élève, mais sa tâche se termine. Après les noces de Clotilde, elle s’en retournera en France pour se retirer. De plus, trois femmes du service des dames pour accompagner, les comtesse de Bonnac, de Sorans et de Breugnon sont désignées à la suite de leur maîtresse.  Clotilde fait ses adieux à sa famille, à Versailles, à la Cour, à la France.

Plusieurs étapes sont nécessaires avant d’atteindre la capitale du duché de Savoie, d’autant plus que le cortège avance lentement et qu’à chaque étape Clotilde a droit à une kyrielle de solennités.

On atteint successivement Montargis, Nemours, Briare, Nevers, Moulins et Roanne. Dans toutes les villes où elle fait son entrée et ou elle couche, la princesse reçoit l’hommage des corps municipaux, les incontournables discours de bienvenue, les tirs de canon et les salves de la milice.

tiny-librarian:
“ Marie Clotilde of France, Queen of Sardinia, by Giovanni Panealbo.
Source
”Marie Clotilde de France par Giovanni Panealbo

Le 2 septembre 1775

La caravane fait un arrêt à Lyon pour deux jours.

La deuxième ville du royaume ne lésine pas en frais de représentation pour honorer son illustre invitée. Cinq grands carrosses de parade entrent d’abord dans l’ancienne capitale des Gaules, Clotilde occupe le cinquième avec ses dames. Ensuite, c’est le tour des voitures plus ordinaires; cette procession représente plus de deux cent personnes à accueillir et à loger, sans compter le double de chevaux !

Pour la jeune mariée, le rythme des manifestations est pour le moins épuisant…

Quand elle se maria, en 1775, on fit le quatrain suivant :

Le bon Savoyard qui réclame
Le prix de son douille présent.
En échange reçoit Madame,
C’est le payer bien grassement.

Mémoires de la baronne d’Oberkirch

A partir du 5 septembre 1775

Madame Clotilde entre dans la seconde phase de son mariage. A Pont-de Beauvoisin, sur le Guiers, qui marque la frontière naturelle entre la France et le duché de Savoie, a lieu la rituelle cérémonie de remise de la sœur de Louis XVI aux dignitaires diligentés par Victor-Amédée III.
Afin de donner plus d’apparat à cette cérémonie, un détachement de la maréchaussée et cent dragons de Lorraine se joignent au corps des Cent Suisses et aux gardes du corps de l’escorte. En sa qualité de commissaire plénipotentiaire, le comte de Clermont-Tonnerre a l’insigne responsabilité de remettre la princesse aux dames de sa suite piémontaise.

Soirée du 5 septembre 1775

Présentation de la nouvelle maison d’honneur de la nouvelle princesse de Piémont. De grandes dames de la Cour de Turin plongent en révérences devant Clotilde : la marquise de La Mourre, dame d’honneur, la marquise Ferrero, dame d’atours, puis vient de défilé des dames du palais, la comtesse Carri, la marquise de Salzey, la marquise de Condré, la comtesse d’Audrogne…

On fait tirer un feu d’artifice et un grand dîner réunit les suites française et piémontaise.

Le 6 septembre 1775

La cérémonie de remise se fait dans toutes ses formes. Des deux côtés de la frontière, alors qu’officiers français et piémontais rendent les honneurs et que Clotilde passe sous un arc de triomphe sur le pont de Ghiers qui marque l’entrée en territoire savoyard, le comte de Clermont-Tonnerre remet la sœur du Roi de France au comte de Viry, ambassadeur de Sardaigne. Du “palais” temporaire que l’on édifié pour la circonstance, la princesse entre dans la pièce préposée à sa toilette afin de se faire parer à la piémontaise par ses nouvelles dames.
C’est lors de cette toilette d’apparat ou peu après, que vient la rejoindre son époux, son époux, Charles-Emmanuel de Savoie, prince royal de Piémont.

Charles-Emmanuel de Savoie

De cet instant, le contemporain Bachaumont nous rapporte une anecdote piquante, mais probablement édulcorée :

On a nouvelle de la séparation douloureuse de Madame la princesse de Piémont au Pont-de-Beauvoisin . Elle a été telle qu’elle s’est évanouie et que son auguste époux arrivé au devant d’elle a été obligé d’attendre un instant pour la voir. Revenue à elle, il est entré et a voulu lui baiser la main.
Elle s’est jetée à son cou et l’a embrassé maritalement en lui disant :
– “Vous me trouvez bien grosse ?
– ” Je vous trouve charmante, vous ferez mon bonheur” a répondu le prince
– puisse-je faire le vôtre !

 

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Le même jour

Le cortège quitte Pont-de-Beauvoisin pour atteindre Les Échelles où Clotilde voit pour la première fois ses beaux-parents le Roi Victor-Amédée III (1726-1796) et la Reine Marie-Antonia-Ferdinande (1729-1785).

                                                                    Victor-Amédée III                           et                              Marie-Antoinette d’Espagne

La journée est ponctuée par un nouveau départ à Chambéry où se déroule la ratification du mariage. Vers huit heures, à la tête du corps des Chevaliers-Tireurs et des Uhlans du Petit-Bugey, l’imposant défilé de carrosses atteint Chambéry. Pour illustrer royalement les noces, Victor-Amédée III a redonné tout le lustre nécessaire au vieux château de Chambéry, partiellement détruit par un incendie en 1743.

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Le 6 septembre 1775

L’entrée de Clotilde à Chambéry est célébrée pompeusement avec ses rues tendues de tapisseries, ses illuminations, ses bougies tendues sous toutes les fenêtres, mais c’est la ratification du mariage qui importe le plus. Sous les regards de la dynastie et des grandes familles de Savoie et du Piémont, l’archevêque de Turin donne sa bénédiction. Le précédent mariage par procuration du 21 août était dorénavant entériné par celui réel du 6 septembre : Clotilde de France devient pleinement l’épouse du prince de Piémont.

Victor-Amédée III manifeste son contentement à qui veut l’entendre en déclarant:

Nous sommes Français au moins pour trois générations.”

Le Roi a appris quelques jours plus tôt, l’heureux accouchement à Versailles de sa fille, la comtesse d’Artois qui lui a donné un petit-fils, le duc d’Angoulême.

 
 
 
                                       
                                 Le comte de Provence par Joseph Boze   et   Marie-Joséphine de Savoie par  Frédou

Après Clotilde, Victor-Amédée III attendait impatiemment l’arrivée de Monsieur et de Madame. Ces derniers, on s’en souvient, ont obtenu de Louis XVI la grâce d’accompagner la jeune princesse en Savoie et d’y séjourner durant les fêtes du mariage. Par ce geste, le Roi de France remercie sa belle-sœur de son habile diplomatie familiale. Pour des raisons de protocole, les princes  voyagent “incognito” sous le nom de duc et de duchesse d’Alençon et à l’exception d’un séjour commun à Lyon, ils ont toujours suivi “gros Madame” à distance, encadrés de leur propre cortège.

Résultat de recherche d'images pour "marie clotilde reine de sardaigne"Clotilde de France, Reine de Sardaigne

La gouvernante de Clotilde, Madame de Marsan, est l’une des premières à prendre congé, bien satisfaite de sa mission accomplie :

Notre ouvrage a le plus grand succès écrit-elle au comte de Viry. Notre princesse est déjà adorée comme elle l’a été partout où elle a passé. Le roi et la reine de Sardaigne l’accablent de caresses ; le prince en est très amoureux et elle m’en paraît fort contente. Je partirai dans quelques jours avec la consolation de la savoir heureuse, ce qui adoucira beaucoup une séparation qui me coûte infiniment.”
Dans son for intérieur, la princesse de Piémont assurait les mêmes sentiments élogieux à sa dame de compagnie et amie, la marquise d’Usson, restée à Versailles en s’estimant “que je serai parfaitement heureuse ; le ciel m’a douée d’un époux qui est charmant, très aimable et bien occupé de moi. Le roi et la reine me comblent de bontés et d’amitié.”

Cette lettre expédiée en France devient rapidement l’enjeu d’une combinaison de Cour, car elle est renvoyée à Turin pour être lue par la Reine de Sardaigne !

Dès lors, la pieuse épouse de Victor-Amédée III considère Clotilde comme sa véritable fille. La sœur de Louis XVI s’attire prestement l’estime exaltée de la famille royale au point de rassembler toute la Cour autour d’elle.

Il est temps cependant de rentrer en Italie et Turin, la capitale, s’impatiente de voir sa nouvelle princesse française. C’est là, désormais, que se déroulera l’essentiel de sa vie.

Le 23 septembre 1775

Clotilde fête ses seize ans au sein de sa nouvelle famille. Dès son séjour à Chambéry, elle a fait preuve avec une facilité déconcertante d’un pouvoir d’adaptation étonnant. Son tempérament amène, sa franche bonté, son raisonnement toujours juste lui gagnent instantanément les cœurs de son époux et de ses beaux-parents.
Evidemment sa dévotion marquée et sa conduite profondément chrétienne sont immensément appréciées dans une Cour austère où les règles d’une religiosité presque absolue constituent l’un des fondements principaux. La désignation de Madame Clotilde paraît parfaitement appropriée, elle ne commettra pas d’impair. En peu de temps, à la Cour de Piémont, elle devient une sorte d’icône où tout le monde ne jure que par elle au point d’oublier son obésité.

Le 25 septembre 1775

Le cortège franchit les Alpes.

Le 30 septembre 1775

L’immense cortège entre dans Turin.

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Clotilde voit et salue des milliers de Turinois qui se pressent devant son carrosse de gala. L’enthousiasme bon enfant des Italiens n’est pourtant pas aveugle face aux formes rebondies de leur future Reine !
Dans un vacarme assourdissant, Clotilde perçoit ses paroles :

– “Qu’elle est grosse !.”

C’est alors que sa belle-mère, la Reine Marie-Antonia-Ferdinande, lui dit en guise de philosophie :

– “Ce n’est rien ma fille ! Quand je suis arrivée ici, ils criaient : “Dieu qu’elle est laide !”.

La capitale du royaume se doit de fêter l’épouse de son prince héritier et Victor-Amédée III décrète deux semaines de festivités supplémentaires qui s’achèvent  par un bal paré donné par le baron de Choiseul-Beaupré, ambassadeur de France à Turin :

Ce bal, le plus long dont on se souvienne à Turin, commença à dix heures du soir, à l’issue de l’opéra et n’a fini que le surlendemain à cinq heures du matin que par l’impossibilité de remplacer les musiciens fatigués“…

On discerne cependant chez elle un terrain avant-coureur d’angoisse à travers sa volonté constante à ne déplaire à personne et une attitude toujours irréprochable au point de paraître compassée. La quasi-totalité de sa suite qui l’a accompagnée jusqu’à Chambéry s’en est retournée en France. Sa “chère petite amie“, la comtesse de Marsan, n’est plus là pour la guider et la conseiller, il lui faut désormais composer avec un entourage essentiellement italien…

Clotilde donne à la Cour de Turin, l’image de la princesse parfaite et accomplie. Le tempérament contrasté de Charles-Emmanuel ne semble pas l’avoir beaucoup déconcertée, du moins officiellement… Toute la famille royale de Savoie se déclare enchantée de sa présence sous la plume de la princesse Félicité :

Elle fait notre joie à tous. Et les quatre jeunes frères du prince de Piémont n’y contredisent pas.”

Le chevalier Roze qui a l’occasion de l’observer à Turin confie dans son Journal qu’elle a alors

une figure très gracieuse, son air est vif et sa taille bien prise, mais son embonpoint excessif la dépare et rend sa démarche pesante et son attitude gênée.”

tiny-librarian:
“Portrait of Marie Clotilde of France, Queen of Sardinia.
”

Le 19 décembre 1778

A Versailles. Après un accouchement difficile, Marie-Antoinette donne naissance de Marie-Thérèse-Charlotte, dite Madame Royale, future duchesse d’Angoulême. L’enfant est surnommée “Mousseline” par la Reine.

Clotilde parle désormais l’italien, sans difficulté car la cour de France l’enseigne à ses princes et un de ses maîtres rapporte qu’elle

avait une facilité étonnante et avait une mémoire très heureuse… Mon auguste écolière malgré toutes ces interruptions mettait son temps à profit ; elle prononçait fort bien l’italien et le lisait encore mieux.”

Son goût pour la musique ne se dément pas à Turin.

Résultat de recherche d'images pour "Turin gravure"Le palais royal de Turin

Clotilde collectionne les œuvres des plus grands maîtres de son temps et le prince de Piémont s’ingénie à lui offrir les plus rares en exclusivité.

La harpe et le chant ont sa prédilection.

Elle entreprend ce sacerdoce intimement lié avec son intense foi religieuse. Elle patronne vraisemblablement des maisons de bienfaisance pour les pauvres, des hôpitaux, des orphelinats et des hospices et elle donne délibérément sa protection au Couvent de la Compagnie des dames de la Visitation de Turin.

Clotilde, dans l’épreuve de stérilité, confie à son entourage que

si Dieu voulait, pour la consolation de la famille royale, lui accorder la grâce de donner le jour à un fils, elle se soumettrait volontiers à souffrir dans son corps, les plus grandes souffrances.”

Avec les ans, son embonpoint excessif ne se réduit pas, et sur les conseils des médecins de la Cour, elle commence courageusement à respecter leurs prescriptions pour le moins désastreuses ! La princesse prend ainsi des bains d’eau minérale, censés évacuer de l’intérieur ses mauvaises humeurs.
Devant l’inefficacité de ce traitement, on lui inflige des remèdes qui feraient tressaillir d’indignation nombre de médecins et de diététiciens modernes ! La pauvre femme doit se soumettre à des lavements incalculables, mais aussi à l’absorption de boissons purgatives peu ragoutantes qui effraient jusqu’à ses domestiques… Avec le nombre de jeûnes et de mortifications que s’impose  Clotilde en accord avec sa foi mystique, toutes ces effarantes prescriptions ne facilitent en rien l’arrivée de l’enfant tant désiré. Elles n’ont pour conséquence que de détraquer la santé et le système digestif de la princesse de Piémont. Au prix de tels désagréments, elle commence à maigrir, mais non sans mal.

Clotilde de France par Johann Ernst Heinsius (vers 1780)

Le portrait de Clotilde, signé du peintre allemand Heinsius, est remarquable par sa transparente vérité. La jeune femme a alors vingt-et un ans et malgré le régime de vie très austère qu’elle s’ impose, la princesse apparaît empreinte de fraîcheur et dans l’épanouissement de sa vie d’épouse. Certes, il serait vain d’y chercher les attributs de son rang illustre, les bijoux, les riches étoffes ou les colonne à l’antique. La princesse, peinte de profil, apparaît dans un dépouillement délibéré, ou seule la lumière bienveillante de son regard attire l’attention.
Une touche discrète de rouge rehausse la blancheur de la carnation, mais ses cheveux longs et abondants portés au naturel ont beaucoup foncé. Heinsius a superbement rendu l’aménité de ses yeux expressifs qui rappelaient ceux de sa grand-mère paternelle Marie Leszczynska.

Le 22 octobre 1781

A Versailles. Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François (1781-1789), son neveu.

Marie-Antoinette accouche enfin d'un premier Dauphin, le 22 ...

Clotilde de France par Leclerc (1781)

Dans ce tableau du peintre flamand Leclerc, la princesse de Piémont pose davantage en conformité avec son rang. La robe  parée, les rubans, les précieux bracelets, la richesse du canapé où elle est assise rappellent son sang royal. Quelques détails toutefois trahissent cette volonté de figurer selon son statut. La jeune femme, nourrissant fort peu les innovations de la mode, dissimule sa gorge sous une garniture de dentelle, et ses cheveux sont surmontés d’un bonnet peu seyant pour son âge. De plus, le livre qu’elle tient de la main gauche, ressemble à une bible ou à un missel, éternel retour à ses aspirations religieuses.

En 1781

La baronne d’Oberkirch, amie intime de la grande-duchesse Maria Fedérovna qui est en visite à la cour de Sardaigne décrit  Clotilde

comme un ange de piété et de vertu, et certainement les catholiques ont dans leur calendrier, bien des saintes qui ne la valent pas.”

Le 2 mars 1782

Mort de Madame Sophie, sa tante.

Sophie de France, dite Madame Sophie, tante de Louis XVI

De tous les membres de la famille royale de Savoie, il en est un qui prédomine désormais dans la nouvelle vie de Clotilde. C’est son époux, Charles-Emmanuel de Savoie, prince royal de Piémont, l’héritier du trône. Le fils aîné des souverains piémontais a alors vingt-quatre ans, soit huit ans de plus que sa fraîche épouse. Cette différence sensible a un rôle important dans la vie des jeunes mariés, du moins au début. Le rang éminent de Charles-Emmanuel à la Cour de Turin et la sollicitude protectrice de son rôle d’aîné  rassurent Clotilde, éloignée de sa famille française.

Le prince de Piémont est d’une taille avantageuse et plus élevée que la moyenne de l’époque. Son visage très allongé s’accentue avec le temps au point de paraître émacié et l’expression du regard ne manque pas de charme en dépit d’une myopie très basse. En revanche, les proportions mal équilibrées du corps révèlent les déficiences de sa santé fragile, il est maigre et l’âge venant, il se décharnera davantage au point de susciter l’apitoiement chez les visiteurs étrangers.

Le fils aîné de Victor-Amédée III mène précocement une vie intérieure ascétique, voire mystique, à l’instar de sa femme Clotilde, on note une tendance schizophrénique entre son état de futur Roi et celui de son repli dans les austérités religieuses les plus marquées. Charles-Emmanuel de Savoie ne manque pas d’esprit d’à-propos, ni d’un humour ironique cinglant qui peut déconcerter.

Madame Élisabeth, sœur  de Louis XVI - Page 3 Mme_el10Sa sœur, Madame Élisabeth, et ses frères Provence et Artois.

En 1782

Madame la comtesse du Nord s’était intimement liée, pendant son voyage d’Italie, avec madame la princesse de Piémont ; elle voulut donc accorder cette distinction
à celle qui avait formé le cœur et l’esprit si distingué
de son amie.

Madame la princesse de Piémont est un ange de
piété et de vertu, et certainement les catholiques
ont dans leur calendrier bien des saintes qui ne la
valent pas.

En 1785

Turin reçoit les souverains de Naples, Ferdinand IV et Marie-Caroline (1752-1814), sœur de Marie-Antoinette.

Le 27 mars 1785

A Versailles. Naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, Dauphin en 1789 et futur Louis XVII.

Louis-Charles, duc de Normandie par Élisabeth Vigée Le Brun

Le 22 juin 1785

Clotilde passe du temps avec Marie-Caroline de Naples qui témoigne :

Je fus beaucoup avec la princesse de Piémont qui est extrêmement aimable et douce

Le 19 septembre 1785

La Reine Maria-Antonia d’Espagne expire à cinquante-six ans.

De la seconde place, Clotilde accède au premier rang à la Cour de Turin.

Le 9 juillet 1786

A Versailles. Naissance de la princesse Sophie-Hélène-Béatrix, dite Madame Sophie, dernier enfant de Louis XVI et Marie-Antoinette.

Sophie-Hélène-Béatrix de France par Élisabeth Vigée Le Brun

L’intérêt dynastique du mariage de Clotilde et Charles-Emmanuel reste muet sur sa consommation, aucun indice n’ayant été divulgué. Le ménage princier s’estime tendrement et leurs vingt-sept années d’union corroborent ce sentiment par de nombreux indices mais le domaine conjugal est resté hermétiquement clos, faute de témoignage contemporain.

On évoque parfois l’obésité de Clotilde comme une source de stérilité, mais aussi la santé fragile du prince ayant entraîné une impuissance sexuelle.

Clotilde et Charles-Emmanuel n’ayant pas eu d’enfant, des bruits circulent à leur endroit, mais les arguments manquent sur la non-consommation, la stérilité ou l’impuissance de son mari.

Le 18 juin 1787

A Versailles. Mort de Madame Sophie avant son premier anniversaire.

D’année en année, le sacerdoce de Clotilde et son adoration de Dieu deviennent de plus en plus absolus, elle sacrifie tous les privilèges de son âge et de sa position éminente à sa foi.

Le 23 décembre 1787

En France. Mort, au Carmel de Saint-Denis, de Madame Louise ( née le 15 juillet 1737), tante de Madame Clotilde, qui se nommait Sœur Thérèse de Saint-Augustin.

1788

En France. Dès le début de l’année, on note une nette aggravation de la santé du Dauphin. Il a de la fièvre et des douleurs articulaires. Au fil des mois, son état empire encore.

Peu à peu, inexorablement l’apparence de Clotilde se modifie. D’obèse, ses rondeurs fondent au point de se métamorphoser en une jeune femme à la maigreur inquiétante et desséchée. Son teint, encore lumineux vers 1780, se ternit. Ses dents ne résistent pas à ses habitudes spartiates ou à des maladies mal soignées. Pour paraître devant la Cour, elle accepte à regret les vêtements d’apparat et les joyaux, mais sitôt rentrée dans ses appartements, elle se défait de tous ces harnachements qu’elle considère comme frivoles. Cette revendication devant une extrême simplicité frappe ses contemporains, et jusqu’à la famille royale de Savoie.

On sait que son beau-père, Victor-Amédée III aime le décorum, et le Roi de Sardaigne impose sans doute certaines bornes à la modestie excessive de sa bru.

Au début de l’année 1789

La Maison de Savoie est occupée par le mariage de Victor-Emmanuel, duc d’Aoste (1759-1824). Pour marier son fils cadet, Victor-Amédée III a fixé son choix sur une Archiduchesse d’Autriche, Marie-Thérèse d’Autriche-Este (1773-1832), fille de Ferdinand d’Autriche-Este (1754-1806) et après les trois alliances françaises de la décennie 1770, le souverain opère un rapprochement avec la Maison de Habsbourg, démentant ainsi les rumeurs qui ont courues sur un projet d’union entre le prince Victor-Emmanuel et Madame Élisabeth.
En effet, si cette idée avait peut-être germé dans l’esprit de la princesse Clotilde et des ambassadeurs de Sardaigne à Versailles, Madame Élisabeth marqua semble-t-il peu d’enthousiasme à cette éventualité et d’autre part la sœur de Clotilde n’aurait eut droit qu’à la seconde place à la Cour de Turin.
Le projet tomba à l’eau.

Le 5 mai 1789

A Versailles. Ouverture des États-Généraux.

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Le 4 juin 1789

En France. Mort du Dauphin, Louis-Joseph, son neveu, à Meudon.

Mort du Dauphin dans les Années Lumières de Robert Enrico (1989)

Pour la première fois, depuis son accession au trône en 1773, le Roi de Piémont-Sardaigne est confronté à une crise politique majeure. La Cour de Turin constate que les difficultés s’amoncellent désormais de jour en jour et elle n’est pas complètement rassurée par la présence de deux de ses princesses en France, les comtesses de Provence et d’Artois, malgré le ton confiant de leur frère Charles-Félix, duc de Genevois :

Lecture d’une lettre de Madame. Dans cette horrible révolte qui a éclaté en France, nos deux sœurs, grâce à Dieu, n’ont rien à craindre, moyennant la bonne conduite qu’elles y ont toujours tenue.

Le 20 juin 1789

A Versailles. Serment du Jeu de paume

Reproduction du Tableau LE SERMENT DU JEU DE PAUME de Jean Louis DAVID | Jeu  de paume, Le serment, Jean louis davidTableau de Jacques-Louis David

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La-Révolution-française-Un-texte-Un-jour

Le 16 juillet 1789

Fuite en exil du comte d’Artois et ses fils, les ducs d’Angoulême et de Berry quittent la France. Tous les cousins Condé suivent le même sort, de même que le prince et la princesse de Conti.
Avec l’accord de Louis XVI, Victor-Amédée III qui aime par nature se montrer bon, accepte d’accueillir près de lui son gendre et sa famille, ainsi que les Condé.

Le comte Charles-Philippe d'Artois, futur Charles X - Page 5 Danlou11Charles d’Artois

Malgré les revers des siens, qui mieux que Clotilde de France peut se réjouir de l’arrivée d’un frère adulé, peut-être son préféré ? Elle n’a rien oublié de ses origines françaises.

Le 17 juillet 1789

Réception de Louis XVI à l’Hôtel de Ville de Paris.

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

4 août 1789 : abolition des privilèges et droits féodaux | RetroNews - Le  site de presse de la BnFLa Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 — Wikipédia

Le 14 septembre 1789

Le comte d’Artois est reçu officiellement au château de Moncalieri, résidence estivale de la Maison de Savoie.


Le prince Charles-Felix a observé la scène des retrouvailles de Clotilde et de son frère :

Le Roi le conduisit chez la princesse de Piémont et nous l’y avons suivi. Elle attendait dans son cabinet avec la duchesse d’Aoste et Madame Félicité, parce qu’elle ne se sentait pas la force de soutenir cette entrevue en présence de tout le monde. D’abord qu’elle l’aperçut, elle se jeta à son col et s’écria “Ha ! mon frère !”. Ils restèrent tous les deux fort longtemps embrassés et se donnèrent les marques de la plus grande tendresse.” tandis que le prince Joseph-Benoit, comte de Maurienne, ajoutait :                                                                                                       “Ils s’embrassèrent si serrés qu’ils en devinrent cramoisis.” !

Le 20 septembre 1789

La famille royale de Sardaigne accueille la comtesse d’Artois visiblement submergée d’émotion de retrouver ses parents après seize ans de séparation :

Elle se précipita comme elle put, n’ayant plus ni jambes, ni voix, dans l’excès de sa joie. Elle embrassait tout le monde, sans les connaitre distinctement.”

Princesse à la santé physique et psychologique fragile, elle sollicite les conseils de Clotilde et puise chez sa belle-sœur la force qui lui manque dans une confiance sans malice.

Dès le 26 septembre 1789

Le prince héritier se plaint “de la trop grande familiarité du comte d’Artois” tandis que le duc de Genevois reconnaît “s’être horriblement emporté sur l’impertinence des Français“!.

La Maison de Savoie supporte mal le ton et les manières du frère de Louis XVI qu’elle considère comme désinvolte, hautain, “étourdi et insolent.” D’ailleurs, la présence de sa maîtresse, la comtesse de Polastron, pose d’insolubles problèmes et le comte d’Espinchal prévient que

le prince doit user de beaucoup de ménagements. Il se trouve au milieu d’une Cour très sévère sur le chapitre des mœurs. Le séjour de Madame de Polastron ferait un mauvais effet s’il se prolongeait trop longtemps. Tout cela est très embarrassant.

Le 27 septembre 1789

La princesse de Piémont que nous avons vue en France sous le nom de Madame Clotilde et que vu son embonpoint on appelait “Le Gros Madame” aurait à peine été reconnue d’aucun de nous, tant elle est changée, vieillie, maigrie. Elle a perdu ses dents et toute apparence de fraîcheur. Elle a cependant aujourd’hui seulement trente ans. Elle n’a point d’enfants. Cela manque à son bonheur car elle est parfaitement heureuse avec son mari qui a pour elle la plus grande vénération, sentiment qu’elle a inspiré à toute la Cour. Elle est d’une extrême dévotion et très scrupuleusement attachée à l’étiquette de cette Cour qui n’en est que plus triste.

Journal du Comte d’Espinchal

Après le comte d’Artois, Clotilde retrouve avec une particulière émotion “son amie intime dès la plus tendre enfance” Louise de Bourbon-Condé, abbesse de Remiremont (1757-1824). Près de vingt ans plus tôt, les deux princesses s’appréciaient déjà beaucoup et la longue parenthèse qui les a séparées n’altère en rien leur complicité. Celle qu’on appelait jadis “Hébé” pour la délicatesse de ses charmes accuse alors un singulier changement et se présente alors comme “une grosse fille, fort grande qu’on dit avoir été fort jolie, mais à cette heure elle ne l’est plus. Elle est fort timide et parle peu.

Louise Adélaïde de Bourbon by Franque.jpgLouise Adélaïde de Bourbon par Richard Cosway

Les deux cousines semblent nées pour s’entendre et partager une amitié réciproque à toute épreuve et il est public dans tout Turin que la princesse de Condé ont une “conduite, des goûts, une façon de penser et des sentiments entièrement conformes” avec la princesse de Piémont

Le 5 octobre 1789

Des milliers de femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE ...

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

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La famille royale est ramenée de force à Paris.

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Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Depuis Turin, Clotilde perçoit dans une émotion pessimiste et fataliste, qui correspond bien à son tempérament nostalgique les  événements qui ébranlent le trône de Louis XVI, son frère aîné, ainsi que l’impopularité de Marie-Antoinette .

L’entourage du comte d’Artois ne pense pas s’éterniser à Turin, mais malgré tout Victor-Amédée III se montre très généreux envers son gendre en lui assurant une pension, la disposition du palais Cavaglia, des serviteurs, des voitures et des chevaux.

En privé, Victor-Amédée III apprécie peu le rôle de son beau-fils, il craint surtout pour les conséquences que peuvent susciter ses intrigues politiques entre l’Etat Piémontais et l’Etat Français, la Révolution lui inspire de la peur.

En 1790

Les relations de la famille royale de Savoie continuent de se dégrader. Certes, Victor-Amédée III s’efforce de maintenir un semblant de concorde et il affiche publiquement sa tendresse pour ses petits-fils, les ducs d’Angoulême et de Berry qui l’appellent familièrement “Grand Papa”. Mais s’il ne déteste pas son gendre, ses manœuvres politiques ne cessent de l’inquiéter. Le prince héritier Charles-Emmanuel joue un rôle équivoque au point que sa famille lui laisse…

…”apercevoir que sa liaison avec cet étranger nous offensait beaucoup

Le témoignage  d’un agent de renseignements autrichien révèle l’esprit et l’état de vie spartiate que s’impose Charles-Emmanuel, en inadéquation avec son statut royal :

“Il se lève avant le jour et reste quatre heures en prières. Il porte un cilice, il se donne la discipline, jeûne et se nourrit de légumes, même au temps non prescrits. Il vit dans la pénitence et la contemplation. Il est trop absorbé par le salut de son âme pour trouver le temps de songer à l’État.

Le seul parent que la princesse de Piémont côtoie assidûment est son amie, Louise de Condé qui “va fréquemment à la Cour autant pour y accompagner ses parents que pour voir Mme la princesse de Piémont“. Aussi longtemps qu’elle le pourra,  Clotilde soutiendra sa compagne d’enfance dans toutes sortes de services et de recommandations.

Aux yeux de la plupart des émigrés de marque en contact avec la Cour de Turin, Clotilde de Piémont déstabilise les personnes non averties par l’extrême discrétion de sa vie quotidienne.

En dehors du rituel royal et des cérémonies officielles, elle demeure invisible, plongée dans ses appartements dans l’humilité d’une piété rigoureuse. La Cour elle-même semble pétrifiée par le sérieux intransigeant de sa future Reine et n’ose pas se démarquer de cette attitude hiératique :

Pour plaire à la princesse de Piémont et à son époux, on fréquente les églises et on remplit avec ostentation les devoirs de la religion. Je crois que si on consultait les goûts de ce pieux ménage, il n’y aurait pas de carnaval en Piémont. “

Le 12 juillet 1790

Constitution civile du clergé en France.

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération à Paris.

Le 26 décembre 1790

Louis XVI sanctionne le décret sur la Constitution civile du clergé.

Le 20 février 1791

Départ de Mesdames Adélaïde et Victoire, ses tantes, qui partent pour Rome.

Louis XVI doit intervenir pour qu’elles soient autorisées à quitter le territoire français.

Le 12 mars 1791

Victor-Amédée III se fait un devoir d’accueillir les tantes de sa belle-fille. L’arrivée des filles survivantes de Louis XV avive la curiosité intéressée des Turinois car “un peuple immense et plus d’un millier de carrosses bordaient le chemin des princesses” ! Toutefois, les vicissitudes d’un voyage éprouvant altèrent beaucoup leur bonhomie et leur spontanéité, le duc de Genevois ayant remarqué “qu’elles parlèrent peu et parurent fort embarrassées.

Au printemps 1791

Le comte d’Artois prend définitivement congé de sa belle-famille, ce prince ne disposant plus des moyens politiques qu’il juge nécessaires dans ses visées contre-révolutionnaires. Il part s’installer à Coblence en Allemagne Rhénane, chez son oncle maternel, le prince Clément-Wencesclas de Saxe, Électeur de Trèves.

Le 14 mars 1791 

J’ai déjà parlé plus d’une fois de la grande et stricte étiquette observée à cette Cour, mais ce qui la rend encore plus triste est l’extrême dévotion du prince et de la princesse de Piémont, ce qui occasionne à Turin beaucoup d’hypocrisie.

Journal du Comte d’Espinchal

Ainsi, tous les Français de passage à Turin paraissent déçus et accablés par l’impression de tristesse du couple héritier. Madame Vigée Le Brun obtient une audience de la princesse dans l’espoir de la peindre …

…”mais qu’ayant entièrement renoncé au monde, elle ne se ferait pas peindre. Ce que je voyais d’elle en effet, me semblait parfaitement d’accord avec ses paroles et ses résolutions ; cette princesse s’était fait couper les cheveux ; elle avait sur la tête un petit bonnet qui de même que toute sa toilette était le plus simple du monde. Sa maigreur me frappa d’autant plus que je l’avais vue très jeune avant son mariage, et qu’alors son embonpoint était si prodigieux, qu’on l’appelait en France appeler Le Gros Madame. Soit qu’une dévotion trop austère, soit que la douleur que lui faisaient éprouver les malheurs de sa famille, eussent causé ce changement, le fait est qu’elle n’était plus reconnaissable.

Autoportrait d’Elisabeth Vigée Le Brun, 1789

De l’apparence de son mari, Charles-Emmanuel, l’observation n’est pas plus rassurante :

Ce prince était si pâle, si maigre, que tous deux faisaient peine à voir.”

Pourtant, si le couple héritier paraît atypique par son style de vie et la grande parcimonie de ses actes et de ses paroles -la princesse “ne parle qu’à très peu de monde“-, il ne manque assurément pas de discernement, de culture et de bonté.
L’ambassadeur de Russie à la Cour de Sardaigne, le prince Belosel’skyj décrit le prince Charles-Emmanuel comme “un homme plein d’esprit, qui pourrait émettre des opinions utiles et élevées, mais il les expose rarement.

Résultat de recherche d'images pour "Charles-Emmanuel IV de Sardaigne"Charles-Emmanuel de Piémont

Malgré ses réelles qualités, Charles-Emmanuel est à quarante ans un dépressif chronique que la médecine de l’époque est bien sur incapable de soigner et de soulager. Hypersensible, ses nerfs le plongent parfois dans des crises violentes qui le laissent prisonnier de ses accès d’angoisse et de mélancolie. De fait, cette santé psychologique fragile explique peut-être une volonté d’effacement et de discrétion dans sa vie : “on le connaissait peu, son caractère sombre et défiant l’avait tenu dans l’ombre.”

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale. Le Roi part avec la Reine, le Dauphin, Madame Royale, Madame Élisabeth et Madame de Tourzel.

La fuite à Montmédy et l'arrestation à Varennes Louis_55

Départ de Monsieur et Madame ( le comte et la comtesse de Provence) qui prennent la route de Gand.

Le 21 juin 1791

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Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.

akg-images - Arrestation de Louis XVI.Chez l’épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Les Provence passent la frontière.

Le 25 juin 1791

 La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

Madame Élisabeth refusera toujours, même après Varennes, d’émigrer, alors que l’Assemblée ne se serait sans doute pas opposée à son départ (à l’instar de ce qui s’est passé par Mesdames Tantes, autorisées à quitter le territoire).

Les conséquences de la fuite avortée de Louis XVI convainquent Victor-Amédée III que la monarchie française est plus que jamais en danger et que de surcroît ses propres États courent un risque réel de propagation révolutionnaire. Dans le secret feutré des appartements royaux, le Journal du prince Charles-Félix nous renvoie quelques bribes du climat anxieux de la Maison de Savoie :

“... Le Roi entra et nous annonça que Louis XVI, Marie-Antoinette avec le dauphin, la petite Madame et Madame Élisabeth avaient été arrêtés et qu’on les reconduisait à Paris… La pauvre princesse de Piémont s’est mise à pleurer et nous avons tous été très affligés de cette triste nouvelle.”

Le 14 septembre 1791

Louis XVI prête serment à la Constitution.

Le 11 novembre 1791

Louis XVI oppose son veto aux décrets des 31 octobre et 9 novembre.

Le 29 novembre 1791

En France, décret faisant des prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé des “suspects”.

Le 19 décembre 1791

Louis XVI oppose son veto au décret sur les prêtres insermentés.

Avec Varennes, les relations diplomatiques franco-sardes marquent un tournant. Louis XVI et Marie-Antoinette demeurent en termes cordiaux avec la famille royale de Savoie, mais le gouvernement et l’Assemblée émettent des divergences plus nuancées.
En premier lieu, le Roi de Sardaigne rappelle son ambassadeur en France, le marquis de Cordon, ce qui ne produit pas un bon effet à Paris. Ces inquiétudes sont fondées, le souverain sarde ayant demandé l’aide militaire de l’Autriche en cas d’invasion de ses états, le risque de conflit généralisé entre la France et les puissances européennes se confirmant en 1792.

Le général Dumouriez, ministre de la Guerre, le fait lourdement remarquer à Turin en écrivant que …

les rassemblements de troupes qui se font dans le Piémont et le Milanais, le transport d’un gros train d’artillerie en Savoie, sont des circonstances selon lesquelles vous pouvez demander des réponses franches et promptes.”

De son côté, Victor-Amédée III confie ses opinions dans sa correspondance avec le prince Belosel’skij, nouvel ambassadeur de Russie à sa Cour :

Vous ne pouvez pas douter de la haine profonde que doivent inspirer à tout être pensant les menées criminelles des scélérats français. Mais vous voyez vous-même que je suis dans la gueule du loup. Je suis contraint de dissimuler jusqu’à ce que notre Cour de concert avec celle de Vienne et de Prusse, les obligent à trembler jusque dans leurs foyers. Ah ! si votre impératrice régnait plus près de nous, un désastre pareil serait-il jamais arrivé ? Croiriez-vous que je suis occupé depuis deux ans, qu’à repousser les traits envenimés de la politique de ces malheureux. Tous les jours, on arrête des émissaires qui sèment l’argent et des lettres incendiaires pour soulever ici le peuple et même l’armée.

Au printemps 1792

La France commençait à savoir à quoi s’en tenir avec son voisin sardo-piémontais, la Cour de Turin refuse d’accréditer son ambassadeur, Monsieur Sémonville. Toutefois, de Paris, la menace austro-prussienne paraît d’autant plus urgente, et pour gagner du temps Victor-Amédée III use de toutes les subtilités diplomatiques.

Pour sa part, le prince héritier Charles-Emmanuel n’opine pas dans la direction de son père sachant que la France est de loin bien supérieure en hommes et en moyens en blâmant l’augmentation ruineuse des dépenses militaires préconisées par son père.

Pour la première fois, à quarante ans, le mari de Clotilde avoue son désaccord avec la politique royale, mais son tempérament contemplatif et son manque d’ambition limitent la portée de son influence. Conscient des bouleversements politiques à venir en Europe, face au ferment révolutionnaire, il  dit :

Ceux qui ont envie de régner, n’ont qu’à se dépêcher...”.

Au printemps de 1792

La princesse Marie-Joséphine de Savoie, comtesse de Provence fait son entrée à Turin, suscitant l’intérêt de ses proches qui ne l’ont vue depuis des années. Son père, ses frères et sœurs sent qu’elle n’a pas été heureuse à Versailles, entre un époux avec qui elle partage peu de choses et une famille d’adoption où Marie-Antoinette plus brillante et charismatique occupe toute la scène de la Cour de France. Déçue dans la faillite de son mariage, sans influence, la princesse a sombré peu à peu dans une mélancolie chronique, une sorte de dépression nerveuse.

De complexion nerveuse, comme son frère le prince de Piémont et la comtesse d’Artois, elle a sombré peu à peu dans un alcoolisme peu reluisant occasionnant “quelques scènes dégoûtantes” selon le comte de Mercy-Argenteau. Le scandale avait été général à Versailles affaiblissant encore son peu de crédit.
En 1789, Madame avait été impliquée dans une ténébreuse affaire de mœurs révélant ses penchants pour les femmes. Affaire qui avait même provoqué l’envoi d’une lettre de cachet contre son amie et lectrice Madame de Gourbillon.

La première impression est favorable pour son frère Charles-Félix :

Elle a beaucoup d’esprit et de fermeté et est de ces personnes faites pour jouer un rôle”.

La princesse de Piémont assiste dans son exil la comtesse d’Artois. Installée à Turin dès 1789, elle assiste dans la douleur aux départs de son mari et de ses enfants à Coblence. Bonne par nature, mais sans esprit et peu liante, elle vit depuis longtemps une existence étriquée à travers de graves alertes de santé. Elle est fragile sur tous les points. Toutefois, une grande piété la soutient, mais le goût de vivre la quittant, elle fait part de se retirer de toute vie publique. Elle est parvenue assez loin dans ce projet pour que son frère Charles-Félix confie :

Elle nous a dit qu’elle avait pris la résolution de ne plus retourner en France quand même les choses se seraient accommodées en France et qu’elle se retirerait dans un couvent.

Curieusement, Clotilde qui mène par bien des égards la vie d’une carmélite, convainc sa belle-sœur de ne pas entrer en religion, lui démontrant que sa famille la désire près d’elle et que mère de deux fils, ces derniers sont trop jeunes pour la voir derrière la clôture.
Mais en religion ou pas, la comtesse d’Artois continue à broyer du noir en confiant un jour à sa dame d’honneur, la duchesse de Lorge :

Je deviens d’une sauvagerie terrible, je suis prête à tomber dans le découragement et l’apathie...”.

Le 27 mai 1792

Décret français sur la déportation des prêtres réfractaires.

Le 29 mai 1792

Décret supprimant la garde constitutionnelle de Louis XVI.

La vie de la Cour de Sardaigne s’inspire largement de l’existence dévote et maniaque de sa famille royale ; le charme, la gaieté, la grâce et la spontanéité en sont bannis ! La réunion du cercle de la Cour ne prête pas à rire sous la plume du comte d’Espinchal ! :

“… Mme la princesse de Piémont et les princesses reçoivent le soir les dames. Voici ce qui se passe à ce sujet. Les princesses en grand habit sont assises, ayant derrière elles leurs dames de compagnie et leurs écuyers. Le roi et les princes se tiennent dans la pièce voisine, dont les portes sont ouvertes. On fait entrer toutes les dames. Au bout de quelques minutes, les princesses se lèvent et vont parler à toutes les dames, derrière laquelle se tiennent tous les hommes. Le cercle dure environ une heure. Je ne connais rien de si dignement ennuyeux. Quand on y a été une fois, on en a assez, à moins qu’un attachement pour une belle dame que l’on est bien aise de rencontrer, ne vous y ramène.”

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.   Le Roi refuse.

““I am the queen.” A depiction of assault on the Tuileries of June 20th, 1792; several people in the mob allegedly believed Madame Elisabeth to be Marie Antoinette and Elisabeth, to protect the queen, stepped forward and attempted to stop a man from...

Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le 10 août 1792

Sac des Tuileries. On craint pour la vie de la Reine. La famille royale se réfugie à l’Assemblée législative où Elle est  placée dans la loge grillagée du logotachygraphe.

Journée du 10 août 1792 — Wikipédia

Le Roi est suspendu.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles.

Contrairement aux alarmes, ce n’est ni Louis XVI, ni Marie-Antoinette, ni les enfants royaux, ni Madame Élisabeth qui sont d’abord touchés dans leurs vies, mais une parente éloignée, la princesse de Lamballe:

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

La fin du mois de septembre 1792

 En peu de jours, et avec une facilité déconcertante, la France républicaine arrache le duché de Savoie et le comté de Nice, des possessions ancestrales de la Maison de Savoie.

Le 24 septembre 1792

Le général piémontais Lazary quitte la place de Chambéry et renonce au contrôle de la Savoie face aux troupes du général de Montesquiou.

En quelques jours

Toute la province cède devant l’avance des “Soldats de La Liberté”. La retraite et la débandade de Lazary sous la pluie et dans la boue ulcère Victor-Amédée III au point de mettre le général aux arrêts et de le présenter devant un tribunal militaire.

Nice cède aussi rapidement.

Le général Anselme franchit le Var tandis que la flottille de Truguet jette l’ancre devant le port.

Le 29 septembre 1792

Nice ouvre ses portes et les forts de Mont-Alban et de Villefranche capitulent devant la cavalerie française.

Le Roi de Piémont-Sardaigne déclare alors à l’ambassadeur de Russie :

Vous voyez que pour le présent, je suis isolé…je ne suis pas assez fort… l’étendue de mes frontières de Genève à Nice est énorme, la Savoie et le comté de Nice sont des pays ouverts… Au surplus, chez nous il y a beaucoup de têtes gagnées par les idées insensées des français. Quant à mes troupes, elles sont dans un état satisfaisant. Je les ai disposées aussi bien que j’ai pu, pour l’avantage des armées Allemandes. Le corps autrichien qu’on m’a envoyé est très faible. Si je lui donne à présent l’ordre de marcher, Montesquiou en l’apprenant ne tarderait pas à faire irruption en Savoie avec sa bande de brigands. J’attends toujours des nouvelles de quelque victoire importante du duc de Brunswick, et provisoirement je reste suspendu comme l’araignée au fil de sa toile.”

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Le 6 décembre 1792

Marie-Thérèse d’Autiche, duchesse d’Este, accouche de son premier enfant , Marie-Béatrice de Savoie (1792-1840).

Sans la duchesse d’Este, le mari de Clotilde n’aurait pas suscité les tensions et les jalousies qui naissent dans la famille royale. Les relations de Clotilde avec sa belle-sœur semblent avoir évolué dans le temps. Elle n’a pas de rancœur lorsque la jeune femme donna des enfants à la dynastie et la duchesse écrit un jour

qu’elle n’oublierait jamais tout ce qu’elle a fait pour moi et pour nous tous, peut-être en secret, car elle a sans doute empêché bien du mal et fait du bien dans sa vie.”

Le 11 décembre 1792

Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois.

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Du 16 au 18 janvier 1793

La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.

Le 21 janvier 1793

Exécution de son frère Louis XVI qui a pu prendre congé de sa famille la veille et être accompagné à l’échafaud par un prêtre insermenté, l’abbé Edgeworth de Firmont (1745-1807).

Louis XVI et l'Abbé Edgeworth au pied de l'échafaud le 21 Janvier 1793 /  Auteur : Charles Benazech en 1793. | Art historique, Louis xvi, Révolution  française

 Le 4 février 1793

Clotilde apprend l’exécution de son frère Louis XVI et “faisait pitié et montrait une grande vertu” selon son beau-frère Charles-Felix… mais il poursuit :

En allant chez le roi, nous avons su que la triste nouvelle de la mort du roi de France se confirmait de toute part. Après la messe du roi, nous sommes montés tous chez la princesse, laquelle était au lit. Elle pleurait beaucoup, mais elle était d’une force et d’une vertu dont on ne se fait pas idée.”

C’est à cette époque que le comte de Provence, gendre de Victor-Amédée III, parvient à Turin . L’accueil de la Maison de Savoie est correct, mais sans chaleur marquée, le Roi de Piémont-Sardaigne  préférant éviter l’hospitalité à un prince aussi politiquement gênant que l’est Monsieur.
Sans doute le Roi ne désire-t-il pas le retour dans sa capitale d’une coterie d’émigrés comme celle du comte d’Artois quelques années plus tôt. Mais en 1793, la situation des princes émigrés est diamétralement opposée à celle de 1789 : le comte de Provence n’a plus d’argent, compte ses soutiens politiques sur les doigts d’une main et ne parvient pas à imposer son titre fictif de “Régent de France” auprès des souverains de l’Europe.

Même son beau-père refuse de le reconnaître !

Le 3 juillet 1793

Louis-Charles, Louis XVII, est enlevé à sa mère et confié au cordonnier Antoine Simon (1736-1794).

Exposition "Heurs et malheurs de Louis XVII", musée de la … | Flickr

Le 2 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE ...

Le 16 octobre 1793

Marie-Antoinette est exécutée.

Marie-Antoinette sortant de la Conciergerie, le 16 octobre 1793 | Paris  Musées

Le 10 mai 1794

Exécution de sa sœur Madame Élisabeth.

“ … Madame Élisabeth was placed nearest the steps to the scaffold, but she was the last of the twenty-five called to ascend them; she was to see and hear the killing of them all before her turn should come. During that time she never ceased to say...

Sa sœur cadette incarnait la mémoire de son enfance à Versailles, sa confidente et sa compagne de jeux autant que le miroir de son adoration mutuelle envers Dieu. De fait, déjà profondément éprouvée par la mort du Roi et de la Reine, la disparition de sa sœur cadette ne peut que dévaster davantage Clotilde.

C’est l’époux de Clotilde qui se charge de l’ingrate mission de lui annoncer l’exécution d’Elisabeth. Le prince héritier Charles-Emmanuel entre dans les appartements de sa femme, un crucifix à la main, puis contemplant Clotilde dans le fond des yeux, il a le courage de lui dire :

 Il faut faire à Dieu un grand sacrifice.

La princesse comprend, mais rompue par l’émotion, elle s’évanouit.

Buste de Clotilde ciselé en 1794 par Felice Festa

Le buste de Clotilde ciselé en 1794 par Felice Festa  est terrible !
A trente-cinq ans, la princesse de Piémont présente un visage fermé, sans expression, comme comprimée dans une douleur sourde et douloureuse. Toutefois sa réputation d’extrême maigreur attestée en 1789 par d’Espinchal et en 1791 par Mme Vigée-Lebrun ne semble pas totalement corroborée avec ce buste de 1794. Certes, le visage et le cou ont fondu de l’amas de graisse qui faisait la particularité de celle qu’on appelait autrefois “Le Gros Madame”. Si les contours se distinguent, les traits semblent encore forts et le menton un peu lourd. Ses cheveux qui représentaient vingt ans plus tôt sa plus belle couronne ont été coupés courts, peut-être jusqu’à la nuque, et seul quelques mèches dissimulent les oreilles. Clotilde porte le bonnet sans prétention et son fichu est rabattu très haut sur la poitrine. On ne s’étonnera pas à travers ses douleurs et son extrême pitié de ne voir dans ce buste aucune coquetterie, aucun rappel de sa naissance et de son avenir proche de Reine de Piémont-Sardaigne…

Les années 1793 et 1794 représentent pour Clotilde une période d’indicible douleur et l’impriment à jamais dans une souffrance et une résignation morbide. Elle ne peut surmonter vraiment tous les chocs répétés dont son corps et son psychisme sont victimes.

En 1793-1794

Le danger est tel que seule l’Autriche paraît suffisamment puissante pour protéger le trône de la dynastie, mais d’une part, la chancellerie de Vienne n’a envoyé que 10 0000 hommes, effectif insuffisant pour dissuader les français, et de l’autre Victor-Amédée III a dû accepter que son armée soit commandée par des généraux autrichiens !

 

Le 5 juin 1794

Une députation de la commune de Sens annonce que les corps des père et mère de Capet ont été exhumés du temple où ils étaient déposés et rappelés, après leur mort, à une égalité qu’ils n’avaient pas pu connaître pendant leur vie ; la députation a présenté les plaques qui étaient sur les cercueil qui, converties en balles, serviront à détruire nos ennemis.

Moniteur du septidi 17 prairial an II

Les pauvres restes ne sont heureusement pas dispersés. La commune de Sens les fait enfouir au cimetière.

Le 29 mai 1794

Pour conclure cette étroite collaboration, le Roi signe avec l’Autriche le traité de Valenciennes.

A l’exception du prince héritier Charles-Emmanuel, peu porté sur les armes et à la santé vacillante, les princes de Savoie ne restent pas inactifs. Les ducs d’Aoste et de Montferrat commandent des unités dans les Alpes, tandis que le duc de Chablais stationne sur les hauteurs de Nice.
Pour l’époux de Clotilde, ce retrait de la scène militaire dans un contexte de crise, ne peut que le desservir…

Le 28 juillet 1794

En France, avec la chute de Robespierre le 9 Thermidor et la fin de la Terreur, une page de l’histoire politique de la Révolution s’achève. La Convention Nationale, épurée de ses organes les plus extrémistes décide de traiter avec certains Etats monarchiques dans le but de les séparer de leurs alliances avec l’Autriche et l’Angleterre qui représentent alors les ennemis les plus puissants de la République Française.

En 1795

Le prince de Piémont, doué d’un jugement sain et profond, annonce toute la sagesse, toute la mesure qui manquent à Victor-Amédée. Juste et bienfaisant, il a blâmé souvent en secret les opérations désastreuses de l’administration de son père. L’amour du peuple qu’il va commander l’appelle depuis longtemps au trône : objet de toutes les espérances, de tous les vœux de la nation. Un espoir si flatteur ne serait pas trompé peut-être si Charles-Emmanuel, moins paresseux et moins dévot, pouvait triompher de cette inactivité à laquelle ses préjugés religieux semblent le condamner, mais dont la véritable source est plutôt dans la faiblesse extrême de sa vue, qui lui permet à peine de se livrer aux moindres travaux de cabinet.”

Rapport d’un agent de renseignement, le citoyen Desportes

Le 8 juin 1795

L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes.

Histoire : qui a volé le coeur de Louis XVII ? - Le Parisien

Clotilde appelle  “Mon bon, cher et adorable frère” celui qui devient en 1795, “Roi de France” en exil sous le nom de Louis XVIII. A Turin, son embonpoint colossal le fait paraître “gros comme un ballon” et accablé par les crises de goutte, il rend visite à sa belle-famille en chaise à porteurs. Monsieur reste que quelques mois à Turin, car dès le mois de mai 1796 il s’installe à Vérone.

Pour Marie-Joséphine de Savoie, ce titre de reine reste purement honorifique et symbolique et lors de sa vie d’exilée, elle ne le portera que très rarement…

Le 19 décembre 1795

Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, sa nièce, quitte sa prison vers quatre heures du matin le jour de ses dix-sept ans, escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’empereur François II.

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Son séjour forcé à Vienne la rend froide et maussade tandis que le comte de Provence, alors en exil à Vérone, ne se résout pas à la voir entre les mains de l’empereur.

En 1796

Louis-Stanislas séjourne à Blankenberg en Belgique.

Au début de 1796

La France et le royaume de Piémont-Sardaigne activent leurs préparatifs de guerre ; elle est inévitable, Turin ayant finalement décliné toutes les propositions d’alliance de Paris.

Le 2 mars 1796

Le Directoire nomme Bonaparte (1769-1823) Commandant en Chef de l’Armée d’Italie.

Le 26 mars 1796

 Le général Bonaparte arrive à Nice et s’apprête à entrer en campagne, la situation paraît bien contrastée pour le royaume sardo-piémontais et l’avenir de sa dynastie incertain.

Le 25 avril 1796

Bonaparte établit son quartier-général à Cherasco, à une trentaine de kilomètres de Turin.

Le 15 mai 1796

Français et Piémontais signent le traité de Paris. La dynastie en sort très affaiblie : elle doit reconnaître la cession de la Savoie, de Nice et d’Oneille conquises les années précédentes, les places de Coni, Tortone et Alexandrie sont occupées, les fortifications de Suze, d’Exilles et de La Brunette seront démolies.

La République Française songe à faire abdiquer Victor-Amédée III pour le remplacer par le duc d’Aoste sur le trône. Dans cette hypothèse, l’époux de la princesse Clotilde, le prince de Piémont, Charles-Emmanuel de Savoie serait écarté de la succession.

Le 16 octobre 1796

Mort de Victor-Amédée III.

L’ époux de Clotilde, Charles-Emmanuel ( 1751-1819),  qui s’est vu dépossédé de tout son royaume à l’exception de la Sardaigne estime qu’il est de sa dignité de ne pas rester à Turin.

La princesse Clotilde de France, dite Madame Clotilde, "Gros Madame"

L’état psychique de Charles-Emmanuel s’aggrave lors de son règne désastreux en 1796-1798 puis au cours de son exil les années suivantes, mais les conditions de cette déchéance semblent avoir été en germe bien avant son accession au trône. Il souffre d’accès nerveux qui ressemblent à des crises d’épilepsie.

Charles-Emmanuel IV de Savoie, Roi de Sardaigne

Charles-Emmanuel IV est donc  considéré comme peu apte pour conduire l’appareil du gouvernement piémontais ou ce qu’il en restait. Clotilde n’aime pas son beau-frère, le duc d’Aoste, et condamne son tempérament très influençable qui peut le conduire à des erreurs et des inconséquences sur le plan politique. Depuis 1789, date de son mariage avec une princesse autrichienne, le duc d’Aoste s’impose à la Cour comme l’héritier successoral et politique de la Maison de Savoie.

Charles-Emmanuel IV multiplie les protestations d’amitié pour la première république française. Il est associé aux infortunes de la famille des Bourbons, à laquelle il était allié par Clotilde, il fait d’infructueux efforts pour comprimer dans son royaume les menées des agents révolutionnaires venus de France.

En 1798

Le général Joubert (1772-1843), aidé par des agents français sur place, envahit et d’occupe les Etats de Savoie continentaux (la Savoie, le comté de Nice et le Piémont) sur ordre du Directoire (1795-1799).

A l’automne 1798

Deux ans après leur accession, le trône est miné de toutes parts et bien près de s’effondrer.

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1798

Ce dernier événement oblige Charles-Emmanuel IV, ainsi que la Reine Clotilde, ses frères, sa belle-sœur, Marie-Thérèse (1773-1832), son demi-oncle et beau-frère, le duc de Chablais et sa nièce, Marie-Béatrice, à partir vers Parme.

Un observateur, Blondeau, commente :

Je n’ai jamais vu qui ressemblât autant à un convoi funèbre que ce départ. Environ trente voitures, ayant chacune deux domestiques derrière ou sur les cotés, portant des torches à la main ; un grand nombre de dragons, chasseurs à cheval d’escorte, en portant eux-mêmes. Le plus profond silence régnait dans les rangs,  une nuit obscure et le temps le plus affreux, tel était le spectacle dont j’ai été témoin.

Une autre source fait état de vingt voitures avec cent-vingt hussards français et quatre-vingt cavaliers piémontais.

De Parme, la famille ducale et royale rejoint Florence où elle bénéficie de l’hospitalité du grand-du Ferdinand III de Toscane (1769-1824), qui met à la disposition du souverain de Savoie et de ses proches la Villa di Poggio Imperiale.

File:Villa del poggio imperiale, esterno 06.jpg - WikipediaLa Villa di Poggio impériale de FlorenceVilla-del-Poggio-Imperiale - Mondointasca

Quelques mois après son arrivée à Florence, Charles-Emmanuel IV embarque avec la Cour pour la Sardaigne sur le vaisseau amiral de la flotte militaire des États de Savoie venu le chercher, face à l’avancée des troupes françaises partout dans ses États continentaux, troupes françaises qui d’ailleurs ne tardent pas à envahir puis à occuper la Toscane à son tour, en y destituant le grand-duc.

Le 2 juin 1799

Des impératifs familiaux contraignent Marie-Joséphine de Provence à rejoindre son époux installé sur le territoire russe. Elle entre à Mittau, résidence de Courlande généreusement prêté par le tsar au prétendant du trône de France. Au château, Louis XVIII fait un accueil très aimable à son épouse.

Le 7 juin 1799

Sa tante Madame Victoire meurt à Trieste, d’un cancer du sein.

Madame Victoire, 1787 de Adelaide Labille GuiardMadame Victoire par Adélaïde Labille-Guiard, 1787

Le 9 juin 1799

La fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Marie-Thérèse, sa nièce , épouse Louis-Antoine, duc d’Angoulême (1775-1844), son neveu, fils du comte d’Artois,  en présence du comte de Provence et de son épouse. La cérémonie est célébrée par l’évêque de Metz, grand aumônier de France.

Description de cette image, également commentée ci-après
Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, Dauphin de France

Après le coup d’Etat du 18 Brumaire ( 9 novembre 1799)  et la mise en place du Consulat, Louis XVIII entre en négociations avec Napoléon Bonaparte en vue du rétablissement de la monarchie.

Dès 1800

Charles-Emmanuel sollicite du pape Pie VII (1742-1823) que la Compagnie de Jésus soit autorisée dans son royaume de Sardaigne, et que les jésuites puissent y vivre en communautés sans autre signe extérieur que ceux des prêtres diocésains.

La demande est prématurée et reste sans suite.

Le 27 février 1800

Sa tante, Madame Adélaïde, meurt  à l’âge de 68 ans, à Trieste.

File:Heinsius - Adélaïde of France.jpg - Wikimedia CommonsMadame Adélaïde par Heinsius

En 1801

Le comte de Provence quitte Mittau pour Varsovie.

Le 7 mars 1802

 La Reine de Sardaigne, Clotilde de France, meurt d’une fièvre putride.

Pierre tombale de la vénérable Clotilde de France à Naples
Artois - Marie-Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois - Page 4 1547490024-clotilde-jpgLe tombeau de Clotilde de France à Naples
Par Jean-Pierre Franque, XIXe siècle
Commande du roi Louis XVIII en 1818 pour les collections royales

En 1802 après la mort de la Reine

Charles-Emmanuel IV abdique en faveur de son frère Victor-Emmanuel Ier (1759-1824) et reste attaché à la Compagnie de Jésus.

Le 19 mars 1802

Charles-Emmanuel IV, désespéré de la mort de son épouse, écrit à son frère le duc de Genevois  :

“Il a plu cher frère au souverain Maître toujours juste et aimable pour sévère qu’il puisse paraître, de me redemander un trésor qu’il ne m’avait que prêté. Oui, cher frère, j’ai perdu le 7 mars ce que j’avais de plus cher au monde d’une fièvre putride en peu de jours.

En 1802

Lorsque la duchesse d’Este devient Reine de Sardaigne dans des circonstances tragiques, elle révèle une nature “fantasque, imprévue, livrée à ses impressions, obstinée dans ses idées” ou encore habitée par “une volonté implacable, une haine éternelle, toute ambition inextinguible. De sa mère, Béatrice d’Este, elle tenait la souplesse et l’intrigue, de son père, l’Archiduc Ferdinand d’Autriche, le froid et inflexible orgueil des Habsbourgs.”

Marie-Thérèse d'Autriche-Este — WikipédiaMarie-Thérèse d’Autriche, duchesse d’Este, Reine de Sardaigne

En 1808

Clotilde de France est reconnue “vénérable” par l’Eglise catholique .

Marie Clotilde de France, later queen of Sardinia, died on March 7th, 1802. After the execution of her sister Elisabeth during the French Revolution, Clotilde resolved to live in a state of penitence, and cut her hair short, wore only wool clothing,...La Reine Clotilde en prière.

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En 1814

Pie VII

La Compagnie de Jésus est restaurée universellement par Pie VII , l’ancien souverain demande à y être admis.

Le 11 février 1815

Il devient jésuite et vit dès lors comme simple religieux au noviciat de Saint-André du Quirinal, à Rome.

L’ex-roi vers la fin de sa vie.

Le 6 octobre 1819

Charles-Emmanuel meurt et comme il le souhaite, il est enterré  habillé d’une simple soutane noire.

Charles-Emmanuel IV est inhumé à l’église Saint-André du Quirinal à Rome où il repose toujours, sous une dalle marquée de la croix de Savoie gravée dans le marbre, blanche sur fond rouge, surmontant son nom (dépouillé de tous ses anciens titres) et avec la seule mention

Charles Emmanuel de Savoie,

Fils de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine.

Saint André du QuirinalL’église Saint-André du Quirinal à RomeEglise Saint André du Quirinal - San Andrea al Quirinale de Rome.

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