Louis Larivière

Il n'existe pas de portrait de Louis Larivière (image issue de L'Homme au Siècle des Lumières [2011] de Florent Véniel ; éditions errance)

Vers 1771 ?

Naissance de Louis Larivière. Il est le fils de Jeanne Larivière qui est née dans les années 1730. Ses parents sont au service du duc de Penthièvre, grand-amiral de France, qui les nomme concierges à l’Amirauté du Palais.

La famille du duc de Penthièvre

Le duc de Penthièvre sachant que Louis veut apprendre la pâtisserie dans toute la perfection possible, le fait recommander au chef d’office chez le Roi.

En 1785

Dès l’âge de quatorze ans, Louis est apprenti pâtissier chez le Roi même, à Versailles. Comme ses parents habitent Paris, il est à supposer que Louis loge dans le Grand Commun de Versailles.

Situation du Grand Commun par rapport au château lui-même
Réfectoire du Grand Commun dans des images des Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

 On peut supposer qu’il occupe une chambre dans les soupentes du dernier étage du bâtiment étant donné son jeune âge et son rang.

Images des Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Voir cet article : 

Ambiance de cuisines dans Jefferson à Paris (19965) de James Ivory
Si le film de Sofia Coppola (2006) n’est pas exact quant à l’appétit de Marie-Antoinette,
il est peut-être un hommage à l’office culinaire de Louis Larivière
Fête à Versailles avec Louis XVI et Marie-Antoinette , aquarelle et gouache
Image d'une manifestation de la Compagnie de l'Histoire et des Arts
Image issue de L'Homme au Siècle des Lumières (2011) de Florent Véniel ; éditions errance
Image de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory

Le 5 octobre 1789

Malgré la pluie,  les Parisiens… ou plutôt les Parisiennes_elles sont 7 à 8000, les « 8000 Judith»  évoquées par Camille Desmoulins, avec parmi elles des hommes déguisés en femmes_, sont sur le pied de guerre, afin de «marcher sur Versailles», pour empêcher le Roi de s’enfuir à Metz, comme le bruit commençait à se répandre depuis l’arrivée du régiment de Flandre. Elles sont conduites par le clerc d’huissier Maillard, l’un des vainqueurs de la Bastille.

Images d’Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Images des Années Lumière de Robert Enrico

Vers quatre heures de l’après-midi

Versailles voit arriver les premières femmes …

Voilà le cortège populaire que Louis  Larivière voit arriver depuis le château en fin d’après-midi.

Image des Années Lumières de Robert Enrico

La route est longue de Paris à Versailles . Il s’agit d’une marche exaltée, irraisonnée qui mêle les mères de familles, les épouses à des mégères qui aiguisent leurs couteaux sur les bornes de la route en menaçant la vie de la Reine à laquelle on attribue les débordements du banquet des gardes du corps, d’être défavorable à la Révolution et de mal conseiller le Roi…

Images de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

A leur arrivée à Versailles en fin d’après-midi. Une délégation de parisiennes est aussitôt accueillie dans la salle des séances où elles siègent parmi les députés.    

Images d’Un Peuple et son Roi (2018)  de Pierre Schoeller 

Le Roi non plus n’est pas au château, il chasse dans les bois de Versailles, non loin de la porte de Châtillon. Il vient d’inscrire soixante-quatorze pièces à son tableau de chasse lorsqu’accourt un messager, M. de Cubières. Louis XVI lui ordonne d’aller prévenir la Reine, puis, sans attendre sa voiture, descend à bride rabattue les pentes de Meudon.

Chasse du Roi Louis XVI dans L'évasion de Louis XVI (2009) d'Arnaud Sélignac

Déjà, les premières «dames» débouchent dans l’avenue.

Image des Années Lumières de Robert Enrico

Marie-Antoinette est au hameau de Son cher Trianon.

Images du Versailles secret de Marie-Antoinette de Sylvie Faiveley et Mark Daniels (2018)

La foule investit la cité royale: des femmes envahissent l’Assemblée, d’autres tentent de se loger dans les auberges, mais la plupart des émeutiers s’installent sur la place d’Armes pour y passer la nuit.

L'émeute se fait en chanson dans Si Versailles m'était conté (1954) : c'est Edith Piaf qui chante le «Ah ! Ca ira !»
C'est par la grille centrale que la foule de femmes entre dans Si Versailles m'était conté (1954) ... en réalité c'est une grille de côté qui est restée ouverte

Depuis le Grand Commun, Louis doit apercevoir cette horde de femmes parisiennes qui ont envahi les rues de Versailles et qui campent tant bien que mal en attendant le lendemain.

Image des Années Lumières (1989) de Robert Enrico

A minuit

La Fayette, parti de Paris à cinq heures de l’après-midi, est enfin annoncé :

«Sire, j’ai pensé qu’il valait mieux venir ici, mourir aux pied de Votre Majesté, que de périr inutilement place de Grève.» 

      
Et Marie-Antoinette de rétorquer :

«Monsieur de La Fayette veut nous sauver, mais qui nous sauvera de Monsieur de La Fayette?»

Image de l'Enfant-Roi de Jean Kemm

Le 6 octobre 1789

Comme mus par un signal convenu, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes se rassemblent en rangs serrés. Menaçante, la foule s’approche du château et un groupe s’engouffre dans la cour par la grille de la chapelle, restée mystérieusement ouverte.

 Les journées d’octobre dans Les Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop
Les Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Arrive La Fayette _ qu’il a fallu réveillé, ce qui lui vaudra le surnom de Général Morphée…_ qui conseille au Roi de se présenter au balcon.

La famille royale est ramenée de force à Paris. 

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

La famille royale s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Les deux tiers du service royal sont supprimés. Louis Larivière perd alors sa charge de pâtissier royal et retourne à Paris au sein de sa famille. Son père, par la suppression de l’Amirauté, perd aussi, quelque temps après , son emploi ; mais comme son logement à la Conciergerie n’est ni commode, ni agréable, on ne songe pas à le lui retirer. Les croisées de ce logement, fermées d’énormes grillages, sont un deuxième et s’éclairent sur l’intérieur de la Conciergerie, grande cour du Préau.

Plan de la Conciergerie
La Conciergerie

Le concierge Richard venant un jour chez le père Larivière, aperçoit Louis dans un coi n de l’appartement, où faute d’occupation, il a les bras croisés.


« Que faites-vous de ce grand paresseux qui me paraît fort et robuste ? demande-t-il aux parents Larivière. S’il sait écrire comme je n’en doute pas, vous allez me le donner : j’ai besoin d’un bon guichetier, de confiance. Je lui serai bon maître ; et de cette manière, vous pourrez le voir souvent.»


Les Larivière acceptent bien volontiers les propositions de Richard, et Louis prends un emploi dans cette Conciergerie profonde, que, jusqu’alors il n’avait vu qu’à travers leurs barreaux.

Image issue de L'Homme au Siècle des Lumières (2011) de Florent Véniel ; éditions errance
La Conciergerie

A partir de la fin de 1789

Louis Larivière est porte-clefs de la Conciergerie.

Le 13 juillet 1793

Transfert de la prison de l’Abbaye à celle de la Conciergerie de la jeune Charlotte Corday (1768-1793) qui a assassiné Jean-Paul Marat (1743-1793).

L'Assassinat de Marat, par Jean-Joseph Weerts (1880) Musée de la Piscine de Roubaix
Charlotte Corday
Charlotte Corday partant pour l'échafaud. On devine Larivière dans la pénombre de ce tableau...

Dans la nuit du 1er au 2 août 1793,
à deux heures quarante du matin

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

Départ de Marie-Antoinette du Temple

Louis Larivière est de service, au premier guichet de la Conciergerie. Assis dans le grand fauteuil de cuir, il dort, quoique étant de garde, lorsqu’il entend frapper à la porte, non avec le marteau, mais à grands coups de crosses de fusil. Il ouvre promptement la grille de fer, puis le guichet d’entrée. Il voit une grande et belle femme que plusieurs officiers et administrateurs amènent.

Arrivée de Marie-Antoinette dans Ils ont jugé la Reine (2019) d’Alain Brunard

A peine est-elle éclairée par toutes les lumières du vestibule, que Louis reconnaît son ancienne maîtresse, la veuve du Roi de France. Elle est vêtue d’un long vêtement noir, qui donne encore plus d’éclat à sa blancheur extraordinaire. Il ne la trouve guère changée dans ce moment là, parce que le trouble qu’on vient de lui donner lui a rendu toutes ses couleurs.

Contrairement aux usages, c’est dans cette cellule que le guichetier Lui demande de décliner Son identité. Elle répond froidement :

«Regardez-moi

Ceux qui conduisent Marie-Antoinette ont d’abord l’intention de l’écrouer au greffe de la prison, qui jouxte le vestibule d’entrée ; mais ils changent d’avis promptement, et, prenant à droite par le corridor noir, ils conduisent Sa Majesté dans sa chambre. Elle est accueillie par Madame Richard et sa cuisinière, Rosalie Lamorlière.

Le 2 août 1793

Au grand jour, vers les six heures du matin, le concierge prend Louis à part et lui demande d’aller trouver sa mère qu’il a résolu de placer auprès de la Reine, pour un petit nombre de jours. Quoique avancée en âge, sa mère a de la santé. Les administrateurs l’ont acceptée sur la peinture que Richard en a faite.

Marie-Antoinette dans sa cellule, séparée des deux gendarmes par un simple paravent.

Louis va, à l’instant, porter les propositions à sa mère qui s’afflige en apprenant que la Reine de France est menacée d’un prochain jugement ; mais pour toutes sortes de raisons, elle ne balance point à descendre à la Conciergerie.

On nous présente généralement Jeanne Larivière comme une vieille femme de quatre-vingts ans passés. Elle devait avoir les cheveux blancs, d’où cette croyance ( certains la présentent même parfois comme la grand-mère de Louis … ), mais elle devait avoir une petite soixantaine d’années pour pouvoir coudre dans l’atmosphère obscure de la Conciergerie, et pour s’activer à la tâche comme on le lui demande alors… même si ce n’est que pour une durée limitée.

Placée auprès de Sa Majesté (nous sommes à l’époque de la Restauration lorsque Lafont d’Aussonne recueille le témoignage de Larivière), avant l’arrivée des deux gendarmes, madame Larivière a le temps de se faire connaître pour ce qu’elle est ; et comme elle est d’un bon esprit, et que, dès son bas âge, elle a vécu auprès des grands, elle dit à la Reine de ces paroles bien placées, qui la font estimer aussitôt et même considérer. Jeanne Larivière a été belle autrefois. Sa vieillesse n’est ni choquante ni désagréable ; Sa Majesté la traite beaucoup mieux qu’il ne lui est dû.

Madame Larivière apprend à la Reine que son fils a été à son service, et que, maintenant, il est réduit à servir dans cette prison.

Marie-Antoinette dans Sa cellule de la Conciergerie par Benjamin Warlop
Marie-Antoinette en habit de veuve par Kucharski

Grâce à Michonis Marie-Antoinette obtient qu’on Lui envoie du Temple un colis de la part de Madame Élisabeth contenant des chemises, deux paires de bas de soie noire, une cape et une paire de chaussures à la «Saint-Huberty», dont Elle avait besoin d’urgence, car les Siennes étaient pourries par l’humidité…

Le 3 août 1793

Madame Larivière sort un instant de chez la Reine et charge son fils d’aller acheter une demi-aune de voile, ou d’étamine, pour rapiécer la robe de deuil de Sa Majesté, qui est rompue sous les deux bras et usée dans la partie inférieure, à cause du frottement continuel sur le pavé. Sa commission porte aussi d’acheter du fil de soie, du fil ordinaire, des aiguilles et de revenir promptement.

Louis se présente chez la Reine avec tous ces petits objets, et comme il les remet à sa mère, la Reine le remercie par un mouvement de tête gracieux.

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M. Emery est à son tour transféré à la Conciergerie, venant des Carmes ; tout de suite, il apprend la présence de Marie-Antoinette et ne tarde pas à pouvoir correspondre avec elle : s’il ne trouve pas le moyen de l’approcher, il parvient du moins à lui faire remettre un billet laconique, ainsi conçu :

« Préparez-vous à recevoir l’absolution ; aujourd’hui, à minuit, je serai devant votre porte et je prononcerai sur vous les paroles sacramentelles…»

La Dernière Communion de Marie-Antoinette par la marquise de Bréhan
La dernière communion de la Reine idéalisée par Michel-Martin Drolling

À l’heure dite, en effet, le prêtre peut descendre de sa chambre, située à l’étage supérieur, s’approcher du cachot de la Reine et, à travers la porte, l’entendre soupirer, s’entretenir quelques instants avec elle, lui donner enfin l’absolution, — après quoi il s’éloigne, sans être inquiété.

Le 5 ou 6 août 1793

Le quatrième ou cinquième jour, les administrateurs disent à la mère Larivière que son emploi est trop pénible pour son âge, et l’on installe une jeune femme nommée Marie Harel.

Les rigueurs de la Conciergerie sont encore supportables. Les porte-clefs, au nombre de huit, servent sept jours consécutifs, et disposent librement du huitième.

Du temps de sa mère

Louis Larivière entre un jour au cachot vêtu en garde national, parce que, malgré son nouvel emploi, il se trouve inscrit pour ce service. La Reine dit à sa mère :

« Engagez, s’il vous plaît, votre fils, notre ancien serviteur, à ne plus mettre sous mes yeux cet uniforme, qui me rappelle le 6 octobre et tous les malheurs de ma famille.»

Uniforme de la garde nationale (porté ici par Joseph Guillotin)

Quand sa mère le revoit dans leur demeure, elle lui en dit deux mots avec tristesse ; et pour obéir à Sa Majesté, Louis ne remettra plus son habit dans la prison.

Du temps de Richard

On emploie quelquefois Louis Larivière à la cuisine. Sachant qu’il peut faire quelque chose d’utile pour la Reine, il se charge de préférence des plats que Rosalie lui destine.

Vers le 25 août 1793

Monsieur Gilbert-des-Voisins, président du Parlement, prend Larivière dans un recoin, et lui dit :

« Larivière, j’ai cru reconnaître en toi un brave garçon. Il dépend de toi de faire ta fortune et de me sauver la vie, je ne puis t’expliquer ici mes intentions, mais après demain, c’est ton jour de sortie, mon valet de chambre ira te joindre chez toi. Je te supplie de ne pas rejeter les propositions que je l’ai chargé de te faire.»

Le quai de l'Horloge

 

Ils se séparent, de crainte d’être remarqués ; et le surlendemain, le valet de chambre du président vient joindre Louis, dans la petite chambre qu’il loue, pour sa liberté, sur le quai de l’Horloge. Il lui parle ainsi :

« Larivière, tous les biens immenses de monsieur Gilbert-des-Voisins sont saisis et séquestrés ; il y a des garde-scellés dans son hôtel ; on a juré sa mort, c’est un homme perdu si vous ne lui prêtez assistance. J’ai eu le bonheur de soustraire et de mettre en sûreté un somme de dix-huit mille francs en or. Mon maître me charge de vous l’offrir (en attendant mieux ), si vous consentez à le faire évader par le passage obscur de la chapelle, qui tombe sur le petit escalier tournant et aboutit à la cour extérieure de la Sinte Chapelle. »

Louis lui répond que tous les trésors du monde ne peuvent rendre possible l’évasion qu’il lui propose, attendu que les énormes verrous de toutes ces portes anciennes sont enchaînés pour les rendre immobiles ; et à moins de faire égorger la sentinelle du dehors, le moindre bruit dans l’intérieur décèlerait la tentative.

Le Quai de l'Horloge par Eugène Galien-Laloue

Peu de jours après, l’événement de la fleur a lieu chez la princesse.

Le 28 août 1793

Déroulement de l’affaire de l’Œillet dans laquelle Louis Larivière ne joue pas un rôle essentiel…

Voir cet article :

Fouquier en est instruit, à sa visite ordinaire du soir.

Le 29 août 1793

Toutes les permissions sont annulées ; tous les guichetiers et employés sont consignés jusqu’à nouvel ordre.

Comme on sait que les gendarmes Lamarche et Prudhomme reçurent tous deux la communion de l’abbé Magnin lorsqu’il l’administra à la Reine, cela s’est passé après le 5 septembre, puisque c’est la date à laquelle ces deux gendarmes succédèrent à Gilbert et Dufresne.

Le 9 septembre 1793

Les gendarmes Gilbert et Dufresne quittent la cellule de Marie-Antoinette.

Le 11 septembre 1793

C’est au tour de Marie Harel de quitter la Reine. Elle aura été sa dernière femme de chambre et celle qui aura le plus longtemps connu son intimité. Marie-Antoinette est désormais totalement seule dans sa cellule, complètement mise au secret, jusqu’à l’ouverture de son procès.

Le couple Richard et leur fils, compromis dans l’affaire de l’Œillet, sont incarcérés.

Dominique Zardi incarne un Louis Larivière âgé dans L'Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre

Le 12 octobre 1793 
à six heures du matin

Deux heures après le coucher de Marie-Antoinette, les juges du tribunal révolutionnaire viennent Lui faire subir le grand interrogatoire secret destiné à préparer l’audience devant débuter le surlendemain..

Ute Lemper est Marie-Antoinette dans L’Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre

Le 14 octobre 1793

Marie-Antoinette comparaît devant le président Herman (1759-1795).

Ute Lemper dans L’Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre

Une série de témoins défile sans apporter de preuves convaincantes de Sa culpabilité, et pour cause.

Daniel Mesguich est Fouquier-Tinville dans L'Autrichienne de Pierre Granier-Deferre

Fouquier-Tinville requiert alors la peine capitale.

Marie-Antoinette devant le tribunal (1851) par Paul Delaroche

Le 16 octobre 1793

De retour dans Sa cellule, Marie-Antoinette demande du papier, de l’encre et une bougie pour écrire une sublime lettre d’adieu à Madame Elisabeth qui ne la recevra jamais. 

Puis Elle s’allonge toute habillée sur Son lit.                                                 

Au petit matin, Rosalie Lui apporte un bol de bouillon qu’Elle accepte de prendre par égard à l’attention qu’y a mise la petite servante. 

Depuis sept heures

Trente mille hommes des gardes nationales sont sur pied et forment une double haie le long du parcours que doit emprunter la charrette. On a placé des canons aux extrémités des ponts, sur les places et aux carrefours.

A huit heures

Puis vient le moment où Elle désire changer de linge. On Lui a demandé de ne pas aller à la mort en deuil du Roi, ce qui serait provocateur… Alors, Elle sera en blanc, la couleur du deuil des Reines et revêtira le déshabillé qu’Elle porte habituellement le matin, une jupe blanche au dessus d’un jupon noir.

« Il lui a fallu recourir à la femme du geôlier pour avoir des vêtements un peu convenables, car ses abjects précurseurs, épuisant sur elle les raffinements de la haine et de la barbarie, n’oubliaient aucune persécution de détail. Elle est vêtue toute de blanc, un bonnet de mousseline ordinaire, une camisole de coton, un jupon de la même étoffe. »

Rosalie Lamorlière

 

Elle veut se changer sans témoin, mais le garde n’y consent pas : il doit avoir le regard sur tous Ses faits et gestes…. Alors Rosalie s’impose en paravent de la Reine pour Sa dernière toilette de représentation ultime. Marie-Antoinette quitte la chemise ensanglantée qu’Elle tente de dissimuler dans un recoin du mur qui jouxte le lit. Elle est prête.

Rosalie La quitte pour toujours….

A neuf heures

Arrive l’abbé Girard, un prêtre jureur, qui propose en vain ses services à la Reine.

La Reine et l'abbé Girard (Rufus) dans L'Autrichienne

Le concierge Bault commande à Louis Larivière d’aller l’attendre dans le cachot de la Reine, et d’enlever la vaisselle, s’il y en a. Selon Louis, Bault lui a donné cet ordre pour qu’il soit témoin de ce qui va alors se passer et pour qu’il puisse lui en rendre compte : ce qui eut lieu.

A dix heures

Ce sont d’abord les juges qui arrivent et lisent à la Reine la sentence, en présence de Louis Larivière, le porte-clefs de la Conciergerie.

Le dernier matin de la Reine par Louis Marie Baader
On y aperçoit Louis Larivière

« –Cette lecture est inutile , je ne connais que trop cette sentence.
– Il n’importe, il faut qu’elle vous soit lue une seconde fois

Avant de partir pour mourir, Marie-Antoinette entend une seconde fois la sentence du tribunal révolutionnaire ; Michèle Morgan dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Les pesantes formules n’en tombent pas moins de la bouche du greffier. Mais à peine a-t-Elle subi ce premier supplice d’un homme jeune et athlétique fait son entrée. C’est Henri Sanson, le fils de l’exécuteur qui, neuf mois plus tôt, a guillotiné Louis XVI. A lui revient aujourd’hui d’exercer l’office de bourreau. Il voudrait se montrer courtois, mais Hermann le rappelle à l’ordre : « Fais ton devoir !»

Il s’incline, demande à la condamnée de présenter ses mains.

« – Oh ! mon Dieu ! Voulez-vous les lier ? On ne les a point liées à mon mari…
J’y suis obligé.»

 

Dominique Zardi (au centre) est Larivière dans L'Autrichienne (1990) de Pierre Granier-Deferre
Larivière doit être des personnes au second plan à gauche de cette image ...

Alors, comme elle esquisse une résistance, il lui saisit les deux bras qu’il attache fortement derrière le dos, à la hauteur des coudes. Il sert si fort que Marie-Antoinette ne peut réprimer Sa douleur. Puis il sort de gros ciseaux. Elle blêmit… Va-t-il L’achever ici dans la prison? Puis, Sanson qui domine Marie-Antoinette de sa haute taille Lui enlève brusquement Son bonnet qu’Elle a mis tant de soin à arranger et armé d’une grosse paire de ciseaux, taille à grands coups les cheveux devenus blancs, mais où se devinent encore des reflets blond cendré.

Elle passe devant le porte-clefs :

« Larivière, vous savez qu’on va me faire mourir? … Dites à votre respectable mère que je la remercie de ses soins, et que je la charge de prier Dieu pour moi. »

Adieux à Larivière dans de L'Autrichienne de Pierre Granier-Deferre
Il semble que la vieille dame à gauche soit Jeanne Larivière, car on sait qu'elle assiste au départ de la Reine pour l'échafaud.

« Voilà ce que j’ai vu; voilà ce que j’aurais aimé ne jamais voir ; voilà ce que je n’oublierai jamais de toute ma vie.»

Louis Larivière à propos des dernières semaines de Marie-Antoinette à la prison de la Conciergerie.

Le 30 octobre 1793

Condamnation à mort des girondins. Valazé préfère se suicider dans la salle du tribunal plutôt que d’affronter l’échafaud le lendemain.

Le 31 octobre 1793

Départ des girondins pour l’échafaud.

Gravure de Duplessis-Bertaux, Tableaux historiques de la Révolution française, Paris, BnF, département des estampes, 1802

Le 2 novembre 1793

Le duc d’Orléans (1747-1793), cousin régicide de Louis XVI, est ramené à Paris après plusieurs mois prisonnier dans le Midi où il laisse ses deux plus jeunes fils : on l’enferme à la Conciergerie.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre 1793

Olympe de Gouges passe son unique nuit à la Conciergerie, après son procès qui la condamne à mort.

Le 6 novembre 1793

Celui qui s’est fait appeler Philippe Egalité est guillotiné.

Olympe de Gouges
Philippe Egalité à l'échafaud dans L'évasion de Louis XVI, d'Arnaud Sélignac, 2009)

Le 28 novembre 1793

Après un procès de deux jours, Barnave est condamné à mort. Au moment de lui lier les mains, Barnave rappelle à Sanson que celles-ci furent les premières à signer la Déclaration des Droits de l’Homme…

Antoine Barnave

Le 4 décembre 1793

Jeanne Bécu, comtesse du Barry (1743-1793) est transférée de la prison de Sainte-Pélagie à la Conciergerie.

Madame du Barry par Élisabeth Vigée Le brun 

 

Le 7 décembre 1793

Jeanne du Barry est condamnée à la guillotine.

 

Le 8 Décembre 1793

Marie-Jeanne Bécu de Vaubernier, comtesse du Barry est guillotinée à Paris, place de la Révolution, anciennement place Louis XV.

« Elle est la seule femme, parmi tant de femmes que ces jours affreux ont vues périr, qui ne put avec fermeté soutenir l’aspect de l’échafaud ; elle cria, elle implora sa grâce de la foule atroce qui l’environnait, et cette foule s’émut au point que le bourreau se hâta de terminer le supplice.»

Souvenirsd’Elisabeth Vigée Le Brun

On imagine que la peur de madame du Barry devant la mort a impressionné Louis Larivière…

Image du film Le Hussard sur le Toit (1965) de Jean-Paul Rappeneau

Le gendarme Gilbert, malgré les parents Larivière, se fait aimer de la sœur de Louis, Julie, qu’il épouse et rendra la plus malheureuse femme du monde étant le plus corrompu gendarme qui existe. Un jour, il ira jouer tout l’argent de sa compagnie, et puis se brûlera la cervelle de désespoir.

Le 24 mars 1794

Après un procès de trois jours, les hébertistes sont envoyés à la guillotine, Hébert hurlant de terreur.

Hébert sur la charrette des condamnés par Vivant Denon

C’est au tour de Georges-Jacques Danton (1759-1794) et ses amis à être en état d’arrestation.

Après une mise au secret au Luxembourg, ils sont tous envoyés à la Conciergerie.

Georges Danton

Le 5 avril 1794

Danton et ses amis sont guillotinés après trois jours de procès.

Danton conduit à l'échafaud
Camille Desmoulins

Le 9  mai 1794 au soir

On extirpe Madame Élisabeth, la soeur de Louis XVI, du Temple, on la conduit à la Conciergerie où à son arrivée personne ne lui dit ce qu’il est advenu de la Reine.

Le 10 mai 1794

Exécution de Madame Élisabeth

Louis Larivière est représenté appuyé sur la table, on voit ses clefs, pendant l'ultime toilette des condamnés.

Le 17 juin 1794

Michonis, que Larivière a fréquemment croisé à la Conciergerie, est dans la liste des cinquante-quatre condamnés portant la fameuse chemise rouge des «régicides», accusés d’avoir voulu assassiner Collot d’Herbois et Robespierre, mais aussi comme ennemis du peuple en général, conjurés avec l’étranger, trafiquants…

Le 12 juillet 1794

Transfert à la Conciergerie des seize carmélites de Compiègne.

Le 17 juillet 1794

Condamnation à mort des Carmélites.

Les Carmélites quittant la Conciergerie

Le 23 juillet 1794

Alexandre de Beauharnais est condamné à mort.

Le 28 juillet 1794,
à onze heures du matin

Robespierre, blessé par balle au visage et gisant sur un brancard, rejoint ses compagnons à la Conciergerie emprisonnés dans la nuit ou en début de matinée.

Cinq cent détenus forment une haie, explosant de joie.

Le même jour, à une heure après midi

Les vingt-deux robespierristes comparaissent devant le tribunal révolutionnaire. Ils sont tous condamnés à mort, des mots mêmes de leurs compagnons, Fouquier-Tinville et Coffinhal, président.

à quatre heures et demie après midi

Les charrettes transportant les condamnés traversent la cour de Mai. Il faut une heure et demi à celles-ci pour rejoindre la place de la Révolution où la guillotine a été spécialement ramenée tant la foule est dense et soulagée de savoir la fin du cauchemar. Il a fallu ménager les douleurs de certains condamnés : Robespierre n’en a plus pour longtemps, enveloppé de pansements, Couthon est quant à lui infirme et Robespierre le jeune, estropié après son suicide raté.

Saint-Just (Christopher Thompson) et Robespierre (Andrzej Seweryn) conduits à l'échafaud dans Les Années Terribles (1989) de Richard Heffron
L'exécution de Robespierre

Le chagrin ou les souffrances des condamnés, Robespierre hurlant de douleur lorsque Sanson l’installe sur la planche, n’entame en rien l’allégresse de la foule.

Le 28 mars 1795

S’ouvre enfin le procès de Fouquier-Tinville. Depuis le mois d’août dernier, il passe de prison en prison tant ses codétenus ne cachent pas leur envie de meurtre à son égard. Il revient enfin à la Conciergerie où il se considère chez lui.

Le procès dure trente-neuf jours !

On est loin des procédures expéditives mises en place par l’accusé lui-même !

Le 7 mai 1795

Fouquier-Tinville et quinze de ses acolytes du tribunal révolutionnaire, dont Herman, partent à la guillotine.

Le 31 mai 1795

Suppression du tribunal révolutionnaire.

On peut imaginer que cela libère Louis Larivière de ses obligations à la Conciergerie et qu’il en revient alors à ses premières amours culinaires.

Louis Larivière restera en relation avec Rosalie Lamorlière jusqu’à sa mort dont il reste l’ami fidèle. Certains lui attribuent la paternité de l’enfant de Rosalie.

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres

Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814

Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris et couronnement de Joséphine.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

Le 6 avril 1814

Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.

Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.

Louis XVIII par François Gérard

Le 1er mars 1815

La Restauration ne dure pas.

Le 18 juin 1815

La défaite de Waterloo réinstalle Louis XVIII sur le trône de France.

En 1824

Louis Larivière est pâtissier à Saint-Mandé

Façade de la magnifique boutique de gaufres Meert à Lille

Le 16 septembre 1824

Louis XVIII (1755-1824) meurt à Paris.

Charles X monte sur le trône et décide de renouer avec la tradition du sacre.

Charles X en costume de sacre par François Gérard
Albert Pillette était Larivière dans Je m'appelais Marie-Antoinette (1993) de Robert Hossein. A l'inverse du lieutenant de Busne qu'on représente toujours fort jeune dans les reconstitutions, Louis Larivière est souvent vu comme un homme âgé.

J’ignore encore la date du décès de Louis Larivière … mais cet article, en devenir permanent, saura peut-être répondre à ces interrogations …

Sources :

  • Antoinetthologie
  • CASTELOT, André, Marie-Antoinette, Perrin, Paris, 1953, 588 p.
  • LAFONT D’AUSSONNE, Gaspard-Louis, Mémoires secrets et universels des malheurs et de la mort de la reine de France, édition en ligne Gallica, Paris, 1824, 442 p. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k680395/f270.item#
  • LENOTRE GOSSELIN, Louis Léon Théodore, Le Vrai Chevalier de Maison-Rouge, A.D.J. Gonzze de Rougeville (1761-1814), librairie académique Perrin, Paris, 1894, 331 p.
  • https://histoire-image.org/etudes/halles-paris-travers-histoire
  • MISEROLE, Ludovic, Rosalie Lamorlière : Dernière servante de Marie-Antoinette (2010) ; Les éditions du Préau
  • SAPORI, Michelle, Rougeville de Marie-Antoinette à Alexandre Dumas, Le vrai chevalier de Maison-Rouge, éditions de la Bisquine, Paris, 2016, 383 p.

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