Sous le Second Empire, l’immense palais de Compiègne où se retrouve, chaque année, mêlé de façon intime à la vie des souverains, l’élite du monde officiel, artistique et mondain. Tous les invités y sont reçus confortablement et avec une authentique bienveillance. L’arrivée de tout ce beau monde, qui a pris deux heures plus tôt un train spécial à Paris, cause dans la ville un brouhaha indescriptible, les femmes amenant avec elles « un tel débordement de caisses qu’on aurait pu croire une armée en campagne ». L’étonnement, l’embarras des nouvelles venues, l’inquiétude de celles qui tremblent pour leur bagage ou simplement un détail à la toilette qui manque au dernier moment, tout cela donne lieu, parfois, à de petites scènes réjouissantes. Et les maris, eux, chargés de menus bagages, nécessaires à bijoux, sacs et tartans, grommèlent d’un air maussade au milieu de ce déploiement. Vers sept heures, on commence à se réunir au salon, les femmes en toilettes de bal, les hommes en habit noir. Alors arrivent Leurs Majestés pour recevoir et saluer leurs hôtes avec la meilleure grâce possible. Pendant les instants qui s’écoulent entre la réunion au salon et l’entrée des souverains des groupes se forment. On se reconnaît, on examine les nouveaux venus, ce qui donne lieu à des échanges divertissants. La première fois que Madame Rouher paraît à Compiègne, personne ne la connaissait alors que son mari était déjà compté au nombre des familiers. Madame Rouher, petite et très brune, avait une physionomie agréable et piquante.
En la voyant enter, la comtesse de La Bedoyère, qui cause avec un groupe d’amis dont Monsieur Rouher fait partie, la fait remarquer en demandant : « Qui est donc ce petit pruneau ? »
M. Rouher s’incline et répond en souriant : « C’est ma femme ! »
Souvenirs de madame Carrette, lectrice de l’Impératrice Eugénie