Si l’on en croit ses mémoires, elle serait née en 1765
Naissance de Grace Dalrymple , fille de Hew Dalrymple (né entre 1713 et 1733-1774) et Grisel Craw (née entre 1713 et 1733-1765). Grace Dalrymple est la fille d’un avocat d’Édimbourg qui porte un nom illustre en Écosse.
Ses parents se séparent alors que Grace est enfant et elle est envoyée dans un couvent en France où elle grandit. Elle y acquiert de bonnes manières et une éducation raffinée. D’une grande élégance, elle se fait connaître dans divers cercles et participe aux événements mondains.
Si l’on se fie aux portraits que l’on fait d’elle, elle est grande et mince, extrêmement séduisante, avec un charmant visage aux traits réguliers. Elle sait utiliser sa beauté de statue et son intelligence lorsqu’elle devient une courtisane dans l’entourage de la famille royale. Il semble, cependant, que la « grande Dally » était loin d’être aussi belle qu’elle l’affirmait.
En 1765
Décès de sa mère Grisel Craw.
En 1771
Elle fait ses débuts (elle a probablement 17 ans) dans la bonne société d’Édimbourg, où sa beauté est grandement admirée.
Le 19 octobre 1771
Elle épouse le très vieux et richissime docteur John Elliott la même année, devenant Mrs Grace Elliott.
Le couple doit ressembler à celui de Lady Lyndon avec son premier mari, dans le film de Stanley Kubrick (1975)
L'église Saint-Pancras de Londres où Grace épousa John Elliott
En 1774
écès de son père Hew Dalrymple.
Grace fuit Édimbourg en compagnie du vicomte Valentia, Arthur Annesley (1744-1816), après un scandale. Elle finit par obtenir le divorce et 12 000 livres à titre de dédommagements.
Grace Elliott par Gainsborough (1778)
Image de L'Anglaise et le Duc d'Eric Rohmer
Comme elle est encore mineure, son frère la fait enfermer dans un autre couvent en France.
Cependant George Cholmondelev (1749-1827), un de ses nombreux bienfaiteurs, vient à sa rescousse et la ramène à Londres où elle mène une vie de demi-mondaine, entretenue par un certain nombre d’hommes riches et influents.
Le 30 mars 1782
Elle a une brève liaison avec le Prince de Galles, le futur George IV (1762-1830) et donne naissance à une fille connue sous le nom de Georgina Seymour (1782–1813) qui est cependant baptisée à Marylebone Georgina Frederica Augusta Elliott, fille de Son Altesse Royale George, Prince de Galles & Grace Elliott.
George, marquis de Cholmondelev
Le prince George de Galles par R. Cosway (v. 1780)
Le prince George de Galles interprété par Rupert Everett dans La Folie du Roi George (1995) de N. Hytner
Grace Dalrymple Elliott (1778) par Thomas Gainsborough
Georgiana-Augusta-Frederica Elliott
D’autres la supposent fille de l’homme politique écossais George Selwyn. Lord Cholmondeley cependant, l’élèvera, la mariera en 1808 à lord Charles Bentick et, à sa mort, en 1813, prendra soin de l’enfant qu’elle laissera.
En 1784
Le prince de Galles la présente à Philippe d’Orléans (1747-1793), alors duc de Chartres, elle devient sa maîtresse.
Grace Elliott par Gainsborough (1778)
Philippe, duc d'Orléans
En 1786
Après une jeunesse tumultueuse en Angleterre, Grace s’installe à Paris.
Pendant la révolution
Elle reste sur place.
Images de L’Anglaise et le Duc (2001) d’Eric Rohmer
Philippe d'Orléans incarné par Jean-Claude Dreyffus dans L'Anglaise et le Duc
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Le matin du 14 juillet 1789
Orléans reçoit dans sa chambre, à Monceau, la Fayette et Bailly. Survient Mrs. Elliott qu’il prie à rester déjeuner avec « ses amis » et lui. La conversation ne roule que sur les événements dans la capitale en ébullition, perturbée bientôt par le son du canon. On vient annoncer la chute de la Bastille. Au moment où la Fayette et Bailly prennent congé en tout hâte, arrivent le duc de Biron (ex Lauzun) et le vicomte de Noailles.
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Avant de s’en aller elle-même, Grace Elliott supplie le duc de se rendre auprès de son cousin le Roi et de lui prêter son secours :
«Il se fâcha contre moi, me demanda si j’étais payée par ses ennemis pour lui donner de pareils conseils et me quitta sur-le-champ.»
Grace Elliott
Image de l'Anglaise et le Duc d'Eric Rohmer
Effectivement, ce qu’on entend de chez le duc d’Orléans, c’est la prise de la Bastille…
La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico
Le 4 août 1789
Abolition des privilèges.
La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)
Le 26 août 1789
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Le 5 octobre 1789
Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
La famille royale se replie dans le château…
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop
La famille royale est ramenée de force à Paris.
Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Le 14 juillet 1790
Fête de la Fédération.
Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.
Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Le 20 juin 1792
La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.
Le Roi refuse.
Le 10 août 1792
Sac des Tuileries.
On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide alors de gagner l’Assemblée nationale.
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi
La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles
Le Roi est suspendu de ses fonctions.
La famille royale dans la loge du logographe par Gérard
Le 13 août 1792
La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants.
La Tour du Temple
Le 3 septembre 1792
Assassinat de son amie, la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.
Massacres dans les prisons…
Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre
Grace Elliott indique dans ses mémoires qu’elle a vu passer la tête de madame de Lamballe au niveau des Portes Saint-Martin et Saint-Denis.
Lucy Russel est Grace Elliott dans L'Anglaise et le Duc d'Eric Rohmer (2001)
L'odieux convoi dans L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Dame non identifiée, considérée comme Grace Dalrymple Elliott par John Hoppner, British Museum
En 1792
Le Duc, qui soutient les idées révolutionnaires, prend le nom de «Philippe-Égalité».
Le 15 septembre 1792
Élu à la Convention nationale par le département de la Seine, Philippe d’Orléans siège avec les Cordeliers, au milieu de la Montagne, sous le nom de Philippe Égalité.
Philippe d'Orléans dit Egalité
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Le 21 septembre 1792
Abolition de la royauté.
Peu à peu la Famille Royale adopte un rythme de vie régulier.
Repas de la famille royale au Temple entre le 13 août 1792 et le 11 décembre 1792 (film Marie-Antoinette de Jean Delannoy, 1956)
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Grace aide un ardent royaliste condamné à mort, le marquis de Champcenetz (1754-1822), gouverneur des Tuileries en 1792, qui a échappé aux massacres de septembre. Grace Elliott le cache entre deux matelas de son lit personnel et elle dupe la troupe lors d’une visite domiciliaire, puis elle le déguise pour lui permettre de fuir Paris.
En janvier 1793
Philippe-Égalité vote la mort du Roi, son cousin, et attise la haine contre la Reine Marie-Antoinette. Grace, quant à elle, soutient la monarchie et reste fidèle à Louis XVI et sa famille.
Gérald Cesbron est Philippe Egalité dans Un Peuple et Son Roi de Pierre Schoeller (2018)
Le 21 janvier 1793
L’exécution du Roi anéantit Grace… qu’elle attribue en partie à Philippe Egalité, et pour cause…
Image de L'Anglaise et le Duc (2001)
Pendant quelques semaines elle refuse de recevoir le régicide.
Dans la nuit du 2 au 3 août 1793
Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.
Le 17 septembre 1793
C’est le début de la Terreur et la loi des suspects est adoptée.
Départ de Marie-Antoinette du Temple
La Veuve Capet par Jean-Louis Prieur
Devant les difficultés politiques du duc d’Orléans, Grace lui rouvre sa porte sinon son cœur…
Caricature figurant Philippe Egalité ramassant la tête de Louis XVI
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution.
Plus tard, Grace écrira que « la grandeur et le courage » de la Reine inspira à tous les prisonniers la volonté de suivre son exemple pour faire face à leur propre mort avec dignité.
Le 2 novembre 1793
Accusé, Philippe Égalité est ramené à Paris et envoyé à la Conciergerie.
La Conciergerie
Dernière entrevue entre Grace Elliott et Orléans dans L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Le 6 novembre 1793
Malgré l’appui qu’il a apporté à la Révolution, le duc d’Orléans est exécuté.
Philippe Egalité à l'échafaud dans L'évasion de Louis XVI, d'Arnaud Sélignac, 2009)
Son fils (le futur Louis-Philippe (1773-1850) est passé à l’ennemi de la première république française à la suite du général Dumouriez.
Grace est emprisonnée, comme beaucoup d’autres « ci-devant » : elle est anglaise et royaliste déclarée.
En outre, elle a en sa possession une lettre suspecte de Charles James Fox (1749-1806).
L’accusation portée contre elle, la possession d’une lettre écrite par un Anglais, est abandonnée, aux motifs qu’elle n’avait pas été ouverte (Grace Eliott devait simplement la faire parvenir à l’amiral français Latouche-Tréville ) et que, lors de son ouverture par le tribunal, on découvre qu’elle commente la récente victoire de la marine française à Naples et loue la révolution.
Charles James Fox
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
L'accusateur public dans Joséphine ou la comédie des ambitions (1979) de Robert Mazoyer
De décembre 1793 au 4 octobre 1794
Grace est emprisonnée à la Conciergerie.
Dans ses mémoires, elle rapporte qu’elle se trouvait dans la même cellule que madame du Barry (1743-1793), ce qui n’est pas vrai …
Il semble cependant qu’elle s’y lie d’amitié avec Joséphine de Beauharnais (1763-1814)…
Marie-Rose, future Joséphine, durant la Révolution, est enfermée à la prison de Carmes en 1794. Là, elle y croise un certain général Lazare Hoche. Encore auréolé de gloire suite à ses victoires dans l’est de la France, il a été emprisonné comme traître. Sous la terreur, époque fort troublée, une simple dénonciation vous conduit en prison ou pire à la guillotine. Bel homme, il ne laisse pas Marie-Rose indifférente. Elle devient sa maîtresse. Après le 9 Thermidor, ils seront libérés. Marie- Rose demandera à son amant de divorcer et de l’épouser. Le beau général refusera en disant : –On peut bien faire passer un moment une catin pour sa maîtresse, mais non la prendre pour femme.
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Dans ses mémoires, Barras parle de cette liaison en soulignant que la belle ne se contentait pas du général mais couchait ave son aide de camp et d’autres en passant…
Entrée de Joséphine de Beauharnais à la prison des Carmes dans Joséphine ou la comédie des ambitions (1979) de Robert Mazoyer
Joséphine de Beauharnais
La citoyenne Fontenay (future citoyenne Tallien, puis princesse de Chimay) dans sa prison 1793
Danièle Lebrun est Joséphine de Beauharnais dans Joséphine ou la comédie des ambitions (1979) de Robert Mazoyer
Le 8 décembre 1793
Exécution de Jeanne du Barry.
Jeanne du Barry par Elisabeth Vigée Le Brun
Quotidien en prison dans Joséphine ou la comédie des ambitions (1979) de Robert Mazoyer
L’appel à aller mourir dans Joséphine ou la comédie des ambitions (1979) de Robert Mazoyer
Grace Elliott échappe de justesse à la mort, à la différence de nombre de ses amies de la noblesse.
Elle endure la prison avec mesdames de Grammont et du Châtelet.
Elle a connu quatre prisons différentes en tout, affirme-t-elle, dans ses Mémoires, bien qu’il n’en soit pas trouvé trace sur les registres d’écrou…
« […] une fois ou deux je demandai à ce geôlier un peu d’eau chaude pour me laver. “ Cela n’a pas le sens commun, m’avait-il répondu, rien ne peut vous sauver des mains du bourreau, et comme elles sont fort sales, vous n’avez pas besoin de vous laver ”. »
Jeune femme en prison. Peut être Térésa Cabarrus, ci devant marquise de Fontenay et future madame Tallien qui attendait le moment de son exécution à la prison des Carmes en juin-juillet 1794.
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer
Lucy Russel est Grace Elliott : un véritable Vigée Le Brun vivant dans le film d'Eric Rohmer (2001)
Le 10 décembre 1813
Décès de sa fille Georginana Augusta Frederica Cavendish-Bentinck (Seymour).
Au début du XIXe siècle, Grace retourne en Angleterre . Elle habite la partie centrale de Brompton Park House à Londres, avec son amie Sophia Seneschall, qu’elle considère comme sa fille.
Brompton Park House
Le 15 juin 1819
Décès de Sophia Seneschall.
Le 16 mai 1823
Mort de Grace Dalrymple Elliott à Ville-d’Avray, riche et entretenue par le maire de la ville, P.-J.Dupuis (maire de 1816 à 1826).
Elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Publication de son autobiographie très romancée, Ma vie sous la Révolution (Journal of My Life During the French Revolution), publiée à titre posthume. Malheureusement, la plupart de ces événements hauts en couleurs de cette autobiographie n’ont pas d’assises réelles, selon l’historien anglais Horace Bleackley.
Image de L'Anglaise et le Duc (2001) d'Eric Rohmer