Dominique Berthollet dit Campan

Ce portrait d'homme époque Louis XVI n'est pas celui de Dominique Campan mais son allure aristocratique correspond à celle du secrétaire de Marie-Antoinette qui se comportait en petit maître.

En 1722

Naissance de Pierre Dominique Berthollet dit Campan. Il est petit-fils et fils d’employés à Versailles. Son père, Pierre Berthollet, est valet de pied de la maison de Ventadour ; sa mère, Marie-Anne Hardivilliers, sera attachée à Mesdames de France.

Charlotte de La Motte Houdancourt, duchesse de Ventadour, gouvernante de Louis XV qui l'appelait Maman Ventadour, par Pierre Mignard

Campan est le nom de la vallée d’origine de la famille qui est située au confluence de l’Adour et de l’Adour de Payolle.

Le 5 septembre 1725

Louis XV (1710-1774) épouse Marie Leszczyńska (1703-1768).

Mariage de Louis XV et Marie Leszczyńska à Fontainebleau

Le 14 février 1727

Naissance de Mesdames Elisabeth et Henriette (Mesdames Première et Seconde).

Mesdames Elisabeth et Henriette, les jumelles, par Pierre Gobert

 

Le 28 juillet 1728

Naissance de Madame Louise , Madame Troisième.

 

 Le 19 Février 1728 

Mort à Versailles de Marie-Louise de France dite Madame Troisième.

 

Le 4 septembre 1729

Naissance du Dauphin Louis-Ferdinand à Versailles.

Portrait de Marie-Louise de France par Pierre Gobert
La Reine Marie et le Dauphin, son fils
Image de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti

Anne Gonet, la tante de Dominique Berthollet, devient la nourrice du Dauphin.

Dominique Campan dispose déjà de soutiens consolidés par les alliances réalisées par ses parents, pour entrer au service de la famille royale, auprès de laquelle sa famille a consolidé son assise depuis plusieurs générations.

Le 30 août 1730

Naissance de Philippe, duc d’Anjou, second fils de Louis XV et Marie Lesczczyńska.

Le 23 mars 1732

Naissance de Madame Adélaïde, Madame Quatrième.

Le 19 février 1733

Décès de de Madame Louise , Madame Troisième

Le 7 avril 1733

Décès de Philippe, duc d’Anjou.

Le 11 mai 1733

Naissance de Madame Victoire, cinquième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska ( elle sera appelée Madame Quatrième) .

Le 27  juillet 1734

Naissance de Madame Sophie (Madame Cinquième), sixième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska, qu’on appellera Madame Sophie.

Le 16 mai 1736

Naissance de Thérèse-Félicité, sixième fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska, qui mourra le 28 septembre 1744.

Le 15 juillet 1737

Naissance de sa fille, Louise-Marie, Madame Septième, qu’on appellera Madame Louise.

Image de Louis XV, le Soleil Noir (2012) de Thierry Binisti

En 1739

Dominique Campan devient garçon de chambre de la Reine, autrement dit valet de robe de la Reine Marie Leszczyńska, il a dix-neuf ans.

Le 23  février 1745

Louis-Ferdinand épouse au château de Versailles  sa cousine l’infante Marie-Thérèse Raphaëlle, deuxième fille de Philippe V et sœur de l’infant Philippe qui avait épousé en 1739 Louise-Élisabeth (1727-1759), sa sœur aînée.

Le Dauphin Louis-Ferdinand en 1745 par Maurice Quentin de la Tour
L'infante Marie-Thérèse d’Espagne par Daniel Klein
Mariage du Dauphin Louis de France avec l'Infante d'Espagne, célébré dans la chapelle de Versailles le 23 février 1745 Charles-Nicolas Cochin le Jeune

Le 19 juillet 1746

Finalement, la princesse met au monde une petite fille que le Dauphin, profondément épris, fait baptiser sous le nom de Marie-Thérèse pour rendre hommage à son épouse adorée.

La Dauphine se remet d’abord bien de son accouchement, mais son état se dégrade brutalement …

Le 22 juillet 1746

La Dauphine meurt, à Versailles. Son époux en éprouve un chagrin extrême.

Le 9 février 1747

Le Dauphin Louis-Ferdinand(1729-1765) épouse Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767) à Versailles.

Le Dauphin Louis-Ferdinand par Liotard
Marie-Josèphe de Saxe par Jean-Marc Nattier
Le couple delphinal

Le 11 avril 1747

Dominique Berthollet Campan épouse Antoinette Gonet de Longueval, née vers 1720, à Versailles. Il devient Maître de la Garde Robe de Madame Adélaïde de France.

Madame Adélaïde par Maurice Quentin de La Tour

Le 12 février 1749

Naissance de leur fils Pierre Dominique François Berthollet dit Campan (1749-1797), baptisé le lendemain à la paroisse Saint-Louis de Versailles. L’enfant sera maître de la Garde Robe de la comtesse d’Artois et secrétaire du cabinet ; officier de la chambre de la Dauphine.

En 1751

Dominique Campan acquiert une sous-ferme de commis aux descentes des sels.

Ce portrait d’homme époque Louis XVI n’est pas celui de Dominique Campan
mais son allure aristocratique correspond à celle du secrétaire de Marie-Antoinette qui se comportait en petit maître.

Le 21 décembre 1751

Naissance de leur fille Aglaé Marie Bertholet dit Campan, baptisée le jour-même à la paroisse Saint-Louis de Versailles.

En 1767

Son fils François Berthollet Campan épouse Amable Gentil, qui est femme de chambre de la Dauphine.

Le 13 mars 1767

La Dauphine Marie-Josèphe meurt de tuberculose, âgée de trente-six ans, laissant orphelins ses enfants.

Durant l’automne 1767

Un rhume négligé donne à Marie Leszczyńska de fréquents accès de fièvre qui l’affaiblissent rapidement. Son état devient préoccupant. Le Roi revient à son chevet, suivant les progrès des langueurs et de la tuberculose.

Dominique Campan assiste la Reine dans ses derniers instants.

Mi-juin 1768

La Reine Marie montre une fatigue de vivre à laquelle le docteur Lassonne ne trouve pas de remède… elle n’a pourtant que soixante-quatre ans…

Agonie de la Reine, dans Louis XV, le Soleil noir de Thierry Binisti
Mort de Marie Leszczyńska dans Louis XV, le Soleil Noir (2009) de Thierry Binisti 

Le 24 juin 1768
A dix heures du soir

La Reine Marie Leszczyńska meurt de tuberculose dans la chambre de son appartement de Versailles, au milieu des siens. Elle est la dernière Reine de France à mourir avec sa couronne.

La chambre de la Reine à Versailles

En récompense, Dominique reçoit la place de premier valet de chambre de la Dauphine, charge qu’il cumule avec celle de maître de la garde-robe de Madame Adélaïde.

Le 16 mai 1770

Le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin est célébré dans la chapelle royale de Versailles.

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux
Image du film de Sofia Coppola (2006)

Secrétaire de cabinet, Campan est chargé de toute la partie correspondance qui ne regarde pas les secrétaires des commandements ou l’abbé de Vermond. Il possède la confiance de sa maîtresse.

Marie-Antoinette Dauphine (vers 1773) par Joseph Hickel
L'abbé de Vermond par Benjamin Warlop

Le 14 février 1771

Mariage du comte de Provence, frère du Dauphin et de Marie-Joséphine de Savoie.

Louis-Stanislas de Provence par Drouais
Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse de Provence, par Drouais

En 1772

Marie-Antoinette demande à Gabriel que soit aménagée, dans Son appartement intérieur, une bibliothèque pour accueillir Ses livres. Elle souhaitait des armoires fermées par des glaces blanches et ornées de sculptures.

A la fin du mois d’octobre 1772

Les travaux étaient bien avancés.

Le 30 avril 1773

Décès d’Amable Gentil, avec qui François Campan a vécu six ans. Elle était femme de chambre de la Dauphine.

Le 16 novembre 1773

Mariage du comte d’Artois, frère du Dauphin et de Marie-Thérèse de Savoie, sœur de la comtesse de Provence.

Charles-Philippe, comte d'Artois par Antoine Callet
Marie-Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois par Joseph Ducreux, 1775

François Campan devient maître de la Garde Robe de la comtesse d’Artois.

Le ménage du comte d’Artois se joint à ceux du Dauphin et du comte de Provence pour former une petite société où l’on s’amuse en dehors de toute contrainte. Ils prennent ensemble leurs repas chez la comtesse de Provence avec Mesdames tantes, à l’exception des jours où leurs dîners sont publiques.

La salle-à-manger de la comtesse de Provence par Benjamin Warlop

Comme ils raffolent des spectacles, ils décident de jouer eux-mêmes la comédie. Il faut cependant «tenir cet amusement aussi secret qu’une affaire d’Etat» car Louis XV ne tolérerait sûrement pas un tel divertissement. Avec la complicité de Dominique et François Campan, ils se réunissent dans un cabinet d’entresol désaffecté où «une espèce d’avant-scène se détachant et pouvant s’enfermer dans une armoire forme tout le théâtre».

Images de Marie-Antoinette (1989) de Caroline Huppert

La compagnie princière s’adjoint le concours des Campan, père et fils, aussi bien pour la régie que pour jouer. Seuls le Dauphin et la comtesse de Provence ne montent pas sur les planches : ils font le public. Pendant des semaines, ils répètent et jouent sans que personne ne devine cet innocent amusement.

Mais un jour, la Dauphine demandant à monsieur Campan de passer par l’escalier dérobé qui mène à Son cabinet de toilette pour rapporter un accessoire oublié, il se trouve nez à nez avec un valet de la garde-robe. Surpris par cette vision de carnaval (Campan est grimé en Crispin), le garçon jette de hauts cris et Campan a toutes les peines du monde à le faire taire. Il lui fait jurer ses grands dieux qu’il ne répétera rien de ce qu’il a découvert. Les jeunes princes avertis de cette mésaventure jugent prudent d’abandonner ce genre de distraction.

Scène du Mariage de Figaro qui illustre bien l'anecdote de Campan grimé en Crispin...
Image du Versailles Secret de Marie-Antoinette (2018)
Image de Marie-Antoinette (1989) de Caroline Huppert

Le 8 mai 1774

Le contrat de mariage d’Henriette Genêt et François Berthollet-Campan est signé chez un notaire parisien, selon la communauté de biens de «la coutume de Paris». Henriette est lectrice de Mesdames filles de Louis XV, et deviendra la première femme de chambre de Marie-Antoinette.

Henriette Campan lectrice par Benjamin Warlop

Le 10 mai 1774

Mort de Louis XV.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis

Le Dauphin devient Roi sous le nom de Louis XVI.

Marie-Antoinette au Globe (1775) par Jean-Baptiste Gautier-Dagoty

Le 11 mai 1774
le lendemain de la mort de Louis XV… le premier jour du règne de Louis XVI

Son fils, François Berthollet (1749-1797) dit Campan, maître de la garde-robe de la comtesse d’Artois et officier de la chambre de la Dauphine, devenue Reine la veille, épouse Henriette Genêt…en l’église Saint-Louis de Versailles .

La fiancée est pourvue d’une dot de seize mille livres , dont une partie repose sur des «espérances».

Portrait de Pierre Dominique François Berthollet dit Campan, maître de la garde-robe de la comtesse d'Artois et officier de la chambre de la Dauphine, époux de madame Campan
Par rapport au portrait avéré de son fils, François, celui-là pourrait être celui de Dominique Campan. Mais il est anonyme.

Sa bru, Henriette, devient dès lors la seconde femme de chambre de Marie-Antoinette, elle devient vite aussi Sa secrétaire, Sa confidente.

 Le 24 mai 1774

Le Roi offre le Petit Trianon à Marie-Antoinette qui souhaite avoir une résidence de campagne où échapper aux contraintes de Son rang. Elle y engage de grands travaux.

Le Petit Trianon

Le 6 juin 1774

Marie-Antoinette pend la crémaillère de Sa nouvelle possession, en compagnie de Madame Clotilde (1759-1802), les Provence et les Artois, Ses belles-sœurs et beaux-frères et son royal époux qui, peu de temps après, lui remet la clef du domaine sertie de 531 diamants, exécutée par le serrurier François Brochois et l’orfèvre joaillier Michel Maillar.

Images de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

En juillet 1774

Les jeunes époux Campan accomplissent un Grand Tour à Rome, Naples et la Sicile, en guise de voyage de noces.

Dimanche 11 juin 1775

Louis XVI est sacré à Reims.

Louis XVI lors de son sacre à Reims par Benjamin Warlop

 

En juillet 1775

Marie-Antoinette fait rétablir pour madame de Lamballe la charge de Surintendante de la Maison de la Reine, qui avait été abolie par Louis XV en raison de son coût.

 

Le 15 septembre 1775

« La comtesse de Noailles a donné sa démission. Le roi m’accorde Madame de Lamballe pour surintendante, Madame de Chimay qui était Dame d’atours, pour Dame d’honneur, et Madame de Mailly, qui était Dame à moi, pour Dame d’atours.»

Marie-Antoinette

La princesse de Lamballe par Callet

Automne 1775

Marie-Antoinette se lie d’amitié avec la comtesse de Polignac (1749-1793).

Le 18 avril 1777

Visite de Joseph II en France. Il voyage en Europe sous le nom de comte de Falkenstein. A la requête de l’Impératrice , il rend visite à sa sœur pour tenter de comprendre la stérilité du couple royal.

L’Empereur prend le temps de s’entretenir des lectures de sa sœur avec Campan père et Henriette. Durant une heure, il l’entretient « des livres qui doivent naturellement composer la bibliothèque de la reine», déplorant qu’il n’y trouve pas d’ouvrage sur la finance ou l’administration.
                                                    Il croit bon de donner à Dominique une leçon sur le gouvernement français.

 

En août 1778

Pierre-Dominique Campan devient secrétaire du cabinet de bibliothèque de la Reine, quoiqu’Elle en laisse le titre à Jacob-Nicolas Moreau  (1717-1803).

Joseph II
La bibliothèque de la Reine

Moreau a été nommé historiographe de France en 1774. Il est ensuite le bibliothécaire et le confident de Marie-Antoinette. Il entreprend une œuvre cohérente pour faire triompher l’État de droit contre les coutumes et les inégalités, et entend justifier la légitimité de l’absolutisme attaqué par les parlementaires et les nobles.

Portes de la Bibliothèque

Le Supplément de Bibliothèque est une pièce utilitaire servant à compenser le manque de rangement de la bibliothèque principale. Il sert également de pièce de passage pour accéder au Cabinet Doré. C’est pourquoi son traitement est d’une grande sobriété, sans dorure, sans sculpture et à simple crémaillères en bois.

Catalogue des livres de la Reine, par ordre alphabétique de matières et de noms d'auteurs, 1781

Campan a sans doute intérêt à ces accroissements ou transformations car c’est lui qui achète les livres de la Reine ; il tient à ce droit, qui doit être lucratif, si l’on songe que les mémoires du relieur de la Reine, Martial, même lorsque celui-ci fournit aux Bâtiments les dos de livres destinés à garnir les portes de passage, so nt transmis par les soins de Campan.

Le supplément de la bibliothèque de la Reine
Michel Robin interprète Jacob-Nicolas Moreau dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

 

La bibliothèque comprendra de plus en plus de volumes, car monsieur Campan remplit allègrement ses fonctions et achète ce qui lui convient. Lorsqu’on connaîtra la composition de cette bibliothèque, bien de bons esprit s’indigneront d’y voir figurer Crébillon. La Reine, comme beaucoup de femmes de Son temps, feuillette plutôt les écrits légers que les compilations historiques ou les grands classiques de la littérature française. Si l’on trouve sur Ses rayons les œuvres de Racine, celles de Bossuet, il y a fort à parier qu’Elle ne les ouvrit jamais ou se contenta de les parcourir d’un œil distrait. Quant aux philosophes, bien qu’ils aient leur place dans cette bibliothèque (Marie-Antoinette possède les œuvres complètes de Voltaire, celles de Rousseau et quelques ouvrages de Diderot), ils ne Lui inspirent pas le moindre intérêt.

 

Marie-Antoinette dans Sa Bibliothèque par Benjamin Warlop

La Reine ne lit pas beaucoup, mais Ses lectrices ( Henriette Campan, puis mademoiselle Laborde ) Lui font la lecture en début d’après-midi. Sa bibliothèque est désorganisée. Rangée par taille de livres et non par thème, on ne s’y retrouve pas bien, et c’est surtout Louis XVI qui l’exploite. Lorsqu’il y a démolition de la Bibliothèque antérieure, comme en 1781, on voit Dominique Campan remander à racheter boiseries, glaces et tablettes de marbre après estimation conclue avec Richard Mique.

Les Campan paraissent être fort bien en Cour . Cela explique « les grands airs », selon le mot de Jacob Nicolas Moreau, que se donne le garçon de la chambre, Dominique Campan .

Trianon dispose aussi de sa bibliothèque où Campan exerce sa charge.

La bibliothèque de la Reine,
Les romans de Trianon
( texte et photographies de Christophe Duarte – Versailles passion )

La Reine dispose d’une lectrice, Louise Quetpée de Laborde (1760-1837), qui Lui amène un livre quand Elle en exprime le désir, mais Elle ne vient jamais elle-même en cet endroit, ce qui aurait été inconvenant.

Les armoires grillagées, disparues au XIXe siècle, ont été restituées en 2008 selon les plans de l’architecte Mique datés de 1780. La bibliothèque contient surtout des ouvrages de littérature, dont beaucoup de théâtre, mais aussi quelques livres de botanique. La bergère et les deux chaises, par Georges Jacob, vers 1785, portent la marque du Château de Trianon. Ces sièges furent vraisemblablement livrés pour l’une des Maisons du Hameau.

Le mobilier de la bibliothèque se compose d’une bergère et de trois sièges garnis à carreaux recouverts de gros de tour broché fond vert, qui a inspiré la restauration des sièges. La table à écrire en acajou, par Jean Henri Riesener, est livrée en 1784 pour la Maison de la Reine. Elle porte la marque au fer du Garde-Meuble de la Reine et, au pinceau, celle du château de Trianon.

Marie-Antoinette (Diane Krüger)et Sa lectrice, mademoiselle Laborde (Léa Seydoux) dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Le 19 décembre 1778

Après un accouchement difficile, Marie-Antoinette donne naissance de Marie-Thérèse-Charlotte, dite Madame Royale, future duchesse d’Angoulême. L’enfant est surnommée «Mousseline» par la Reine.

Courtisan dans l'escalier de la Reine

En 1779

Dominique Campan devient huissier, sa charge reviendra à son fils en 1783. Il allie ses fonctions de haute domesticité à des charges plus lucratives comme celle d’administrateur de la loterie royale de France, dont l’idée a été suggérée par Giacomo Casanova (1725-1798).

Le bureau de la Loterie est alors installé par Campan dans l’Escalier de la Reine ou dans la galerie dans Princes.

Heath Ledger dans le rôle de Casanova

Ces charges, contrairement à celles exercées par Edmond Genet, le père de sa bru, demandent plus d’habileté et d’intrigue que de savoir. Campan n’hésite pas à piétiner les plates-bandes d’autrui : il dépossède l’ami d’Edme, Jacob-Nicolas Moreau, de la charge de bibliothécaire de la Reine et, selon le témoignage du titulaire «obtient qu’on attribu[e] à cette place des appointements considérables». S’il n’a pas l’érudition de Moreau, Campan occupe ses loisirs à la littérature et versifie : il est atteint de métromanie. Il a même composé quelques romans dans le goût du temps. Il publiera même un roman intitulé Le Mot et la Chose.

Comme nombre de ses contemporain, il appartient à une loge maçonnique. Il a été reçu par la Mère-Loge écossaise de France, sous le signe du «Contrat social de Saint-Jean d’Ecosse». Là, il retrouve plusieurs des officiers de la Cour ; à commencer par Antoine Gentil, premier valet des garde-robes du Roi, parent d’Amable, sa première bru (leur frère est porte-manteau de Madame Victoire). Il partage les agapes fraternelles avec Guillaume Bignon, bibliothécaire du Roi, et Etienne Morel de Chapdeville, premier valet de garde-robe de Monsieur avec qui il s’associera. L’architecte Brongniart fréquente également celle loge, ainsi que le peintre François Ménageot.

Henriette apprend à apprécier son beau-père dont elle devient proche. Grâce à son expérience auprès de la feue Reine et de Madame Adélaïde, il prodigue à sa bru des conseils : attention de tous les instants, discrétion, réserve. Ne jamais s’autoriser à recevoir de confidences qui pourraient être regrettées. Ne pas sortir de sa place et pratiquer l’art d’ignorer. Edmond Genet avait donné à sa fille une formation intellectuelle et morale. Campan lui transmet un savoir-faire. Henriette aime l’écouter raconter des anecdotes sur le règne de Louis XV et sur le précédent. Lui-même les a apprises de son propre père.
Henriette fait son apprentissage : elle découvre peu à peu que, dans ce « pays-là », petits et grands font tout pour préserver leur influence et n’hésite pas à nuire à ceux qui chassent sur leurs terres.

Au printemps 1779

Le nombre d’ouvrages composant la bibliothèque ne cesse de croître.

Fin mars 1779

Marie-Antoinette attrape une rougeole très douloureuse, cause de violents maux de gorge et d’aphtes. Elle se retire donc à Trianon afin de préserver Sa petite fille et Son mari de tout risque de contagion.

Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Du 12 au 21 avril 1779

Séjour de la Reine à Trianon.

Fin août 1779

Afin de satisfaire Son goût prononcé pour les arts, et plus particulièrement pour le théâtre, Marie-Antoinette confie à l’architecte Richard Mique l’édification d’un théâtre dans Son nouveau domaine : le Petit Trianon. On utilise l’emplacement d’une ancienne serre du jardin botanique de Louis XV, à quelques mètres à l’est de la ménagerie. Habilement dissimulé dans les jardins du Petit Trianon, le Théâtre de la Reine est achevé en été 1779.

L’intérieur est richement décoré, du moins en apparence car les sculptures de Deschamps sont de carton-pâte ou de plâtre avec des suspentes en fil de fer et les peintures en trompe-l’œil. La Reine a en effet promis que la dépense serait minime et le Roi n’avait d’ailleurs pas hésité à faire usage de sa cassette personnelle, sans doute aux fins de participer aux frais de tentures et menuiseries, dont la dépense, non connue, revenait au garde-meuble, Bonnefoy du Plan.

En 1780

Lorsque Richard Mique reprend en main le projet de modification de la bibliothèque, celle de Gabriel de 1772 est toujours en place. Les travaux de lancement est considérablement repoussé dans le temps, sans doute à cause des idées changeantes de la Reine. Un énième changement vient contrarier le nouveau projet de Mique.

Début avril 1780

Les Bâtiments du Roi travaillent à la création d’un nouveau boudoir de la Reine (le Cabinet de la Méridienne) offert par Louis XVI en prévision de la naissance du Dauphin. La Reine refuse que l’on puisse passer directement du boudoir à la bibliothèque. Elle voulait pouvoir être seule dans ces deux espaces.

Bibliothèque de la Ville de Versailles : corps d'armoire, portes et dessus de portes de la Bibliothèque de la Reine de 1772

Cette exigence implique un déplacement de la porte axiale de la bibliothèque. La rupture de symétrie entre les deux portes de la pièce ne permet plus de conserver les deux portes. Leur déplacement oblige à réduire la profondeur des corps d’armoire. Campan obtient l’autorisation de racheter l’ancienne bibliothèque. L’ensemble est remonté dans son appartement dans le Pavillon Le Tellier rue de Satory à Versailles. Ce décor réapparaîtra au XIXe siècle à la bibliothèque municipale de la Ville de Versailles où les dessus-de-porte, les deux portes et les corps d’armoire.

Corps d'armoire, portes et dessus de portes de la Bibliothèque de la Reine de 1772
Bibliothèque de la Ville de Versailles : corps d'armoire, portes et dessus-de-portes de la Bibliothèque de la Reine de 1772.

Du 10 au 20 septembre 1780

Séjour de la Reine à Trianon.

Du 10 au 12 octobre 1780

Séjour de la Reine à Trianon.

Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

 Le 29 novembre 1780

Mort de l’Impératrice Marie-Thérèse (1717-1780) après une courte maladie.

L'Impératrice Marie-Thérèse
Homme à l'habit de velours brodé par Alexandre Roslin ... Dominique Campan ressemblait probablement à ce modèle inconnu...

Du 25 au 30 juin 1781

Séjour de la Reine à Trianon.

Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Du 15 juillet au 2 août 1781

Séjour de la Reine à Trianon.

Lettre de Marie-Antoinette à Dominique Campan « Je ne crois pas qu'il y ait à s'occuper d'avantage, mon cher Campan, des etranges reclamations de mr de fronsac Richelieu [fils du maréchal]. Je suis chez moi, c'est mon lieu d'intimité, les services n'y on rien a faire hors le mien et quand je le veux. Laissé donc dire, c'est le seul moyen d'en finir, et l'on alimenteroit la discussion si l'on en tenoit conte d'avantage. Vous preparerez le spectacle avec un peu plus de soin que la derniere fois. Le roi doit s'y trouver et l'assemblée sera plus nombreuse qu'à l'ordinaire, autour de moi l'on sait surveiller [...]»

Cette lettre y parle d’une pièce de théâtre que Marie-Antoinette va jouer incessamment . Les acteurs seront nombreux autour d’Elle et monsieur Campan doit veiller à ce que les effets de lumières soient parfaits, parce que lors d’une précédente représentation un incident technique sans doute a fait rire au moment le plus pathétique. Campan doit donc être sévère avec l’éclairagiste apparemment toujours content de lui mais qui a fait rire le Roi à ses dépens . Ce qui va être joué est du genre sérieux et touchant et si quelque chose prête à rire, le spectacle sera perdu .

L’organisation du plaisir favori de la Reine, les représentations théâtrales données au Petit Trianon dans la stricte intimité de sa cour, engendra une intense rivalité entre Campan, le mari de Sa Première femme de chambre, Son bibliothécaire enthousiaste et Son souffleur sur scène, et le duc de Fronsac, fils du maréchal de Richelieu, estimant que cette fonction lui revenait de droit en tant que Premier gentilhomme de la Chambre, qui y voit un abus de pouvoir insupportable.
C’est probablement à cette date que Marie-Antoinette choisit de déclarer au duc de Fronsac :

« Le petit Trianon est ma propriété particulière ; elle est gardée par des gens à moi ; le roi lui-même n’y vient que comme invité (…) Renoncez donc à toute prétention à cet égard, elle me serait désagréable. »

Etienne-Léon Lamothe-Langon, Souvenirs sur Marie-Antoinette

Selon madame Campan, Elle aurait ajouté en aparté :

 « Il est affligeant de trouver un si petit homme dans le fils du maréchal de Richelieu. »

Mémoires de Madame Campan

Images du Versailles Secret de Marie-Antoinette (2018)
Madame Campan est interprétée par Coraline Clément dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

Le 11 septembre 1781

Décès de son ami, Edmond Genet (1726-1781), à Versailles.

Le 22 octobre 1781

Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François (1781-1789).

 

Le 2 mars 1782

Mort de Madame Sophie, tante de Louis XVI.

Au discret Campan, la Reine confie toutes sortes d’inquiétudes : Elle lui empruntes des sommes importantes (quatre-vingt mille livres ! ) , Elle lui parle de Sa difficulté à faire revenir aux commandes le ministre Choiseul, qu’Elle apprécie : il est l’auteur de Son mariage. Sur-le-champ, l’abbé de Vermond, Son mentor, La réprimande : Comment ? Bouleverser la hiérarchie et se confier à un simple officier de chambre ? Alors qu’il considérait Dominique Campan comme son allié, Vermond le menace :

« La reine ne doit avoir ici que moi pour confident des choses qui doivent être ignorées

Madame Sophie (vers 1775) par François Dumont 

Un bon observateur de la Cour, le marquis de Bombelles, comprend que, dans l’ombre, Campan jouit auprès de la Reine d’un «crédit qui effraie souvent les favoris». On doit compter avec lui.

Début d’année 1782

La Reine se coince le pouce droit dans une porte ce qui L’empêche d’écrire pendant plusieurs jours. Elle lira donc probablement ou se fera lire des ouvrages par mademoiselle de Laborde, des ouvrages que monsieur Campan Lui aura choisis.

Du 7 au 18 mai 1782

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 14 mai 1782

Lettres d’anoblissement de Pierre Dominique Berthollet Campan (registrées en juin par d’Hozier).

Du 7 au 21 juillet 1782

Séjour de la Reine à Trianon.

 Du 15 au 24 août 1782

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 1er octobre 1782

Banqueroute des Guéménée.

Le 20 octobre 1782

Démission de la princesse de Guéménée dans sa charge de gouvernante des Enfants de France.

La princesse de Guéménée par Benjamin Warlop
Yolande de Polignac Au chapeau de paille par Élisabeth Vigée Le Brun (1783)

 Le 24 octobre 1782

La Reine donne à madame de Polignac la place de gouvernante des Enfants de France en remplacement de madame de Guéménée, victime de la faillite de son mari (d’un passif de trente-trois millions de livres).

Dans le courant de l’année 1783

Retour d’Italie de François Campan, très endetté.

Du 2 au 7 juin 1783

Premier séjour de la Reine à Trianon avec Madame Royale.

Sa bru, Henriette Campan, née Genêt

Le 5 juin 1783

Louis XVI chasse à Bellevue, chasse le chevreuil à l’avenue de Trivaux, puis il soupe à Trianon où il y a spectacle.

Le 6 juin 1783

Louis XVI chasse et ne prend rien. Il dîne et soupe à Trianon où il y a petite comédie.

Le 19 mars 1784

Spectacle à Trianon : L’Amitié sur le trône  de Linières  et Les On-dit (du chevalier de Boufflers.

Du 20 juillet au 8 août 1784

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 31 juillet 1784

Spectacle à Trianon : Le Comédien bourgeois de Carmontelle, Les Amours d’été de Piis et Barré  et Berlingue de Despréaux. 

Du 28 août au 19 septembre 1784

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 18 septembre 1784

Spectacle à Trianon : Dardanus de Sacchini.

Le 15 septembre 1784

Spectacle à Trianon : Le Barbier de Séville de Paisiello.

Le 31 octobre 1784

Naissance de son petit-fils, Henri Berthollet-Campan (1784-1821).

Le 1er novembre 1784

Baptême d’Henri Berthollet-Campan à l’église Saint-Roch.

En 1785

Dominique Campan signe un bail de location à Bauldry de Marigny pour une vaste maison, entourée de beaux arbres, à Croissy-sur-Seine. Il pense au bien-être de son petit-fils pour qui le climat aéré des berges de Seine sera meilleur que la moiteur estivale de Versailles.

Le 27 mars 1785

Naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, surnommé «Chou d’Amour» par Marie-Antoinette, Dauphin en 1789 et déclaré Roi de France en 1793 par les princes émigrés sous le nom de Louis XVII.

Le 26 mai 1785

Séjour de la Reine à Trianon pour quelques jours.

Louis-Charles, duc de Normandie par Élisabeth Vigée Le Brun
Image des Adieux à la Reine de Benoît Jacquot

Du 19 juin au 12 juillet 1785

Séjour de la Reine à Trianon.

Du 1er au 24 août 1785

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 19 août 1785

Spectacle à Trianon. Le Barbier de Séville de Beaumarchais (joué à la Comédie-Française dès 1775) est donné à Trianon dans le théâtre privé de Marie-Antoinette : le comte d’Artois joue encore Figaro, le comte de Vaudreuil (amant de madame de Polignac) interprète Almaviva et… Marie-Antoinette Rosine.

Raphaëlle Agogué est Marie-Antoinette en Rosine dans Louis XVI, L'homme qui ne voulait pas être Roi, de Thierry Binisti (2011)

C’est le dernier spectacle représenté dans le théâtre de la Reine sous l’Ancien Régime ( on n’y rejouera que sous Louis-Philippe).

Le 13 juillet 1786

Henriette Campan est nommée  «Première femme de chambre» (en survivance de madame de Misery) de la Reine, avec un complément de trois mille livres.

Madame Campan par Joseph Boze

 

Du 1er au 24 août 1786

Séjour de la Reine à Trianon.

 

Le 9 juillet 1786

Naissance de la princesse Sophie-Hélène-Béatrix, dite Madame Sophie, dernier enfant de Marie-Antoinette. Selon les usages le bébé est immédiatement baptisé.

Sa santé sera toujours fragile…

Du 29 août au 24 septembre 1786

Séjour de la Reine à Trianon.

Henri Bertholet-Campan à l'âge de deux ans et sa chienne Aline (1786) par Wertmüller

En 1787

La confiance de la Reine a fortifié en Campan le sentiment de sa propre importance, qui lui fait parler parfois de manière théâtrale. Madame Vigée Le Brun, qui aime le naturel, trouve qu’il s’exprime « d’une voix de stentor ». Un jour qu’il a été invoité dans son atelier rue de Cléry, Elisabeth rapporte à sa fille Julie :

« Ce monsieur Campan parlait toujours de la reine. Un jour qu’il dînait chez moi, ma fille qui avait alors sept ans, me dit tout bas : maman, ce monsieur, est-ce le roi ? »

Derrière les airs qu’il se donne, épinglés par la portraitiste, Dominique Campan cache une âme sensible et serviable pour ses amis. Il fait profiter le poète Parny de la franchise postale de la Loterie royale.

Madame Sophie par Elisabeth Vigée Le Brun

 

Le 18 juin 1787

La mort de Madame Sophie avant son premier anniversaire, éprouve la Reine qui s’inquiète aussi pour la santé de Son fils aîné.

Le 24 juin 1787

Séjour de la Reine à Trianon pour quelques jours (?).

Diane Krüger dans Les Adieux à la Reine de Benoît Jacquot (2012)

Du 1er au 25 août 1787

Séjour de la Reine à Trianon.

Du 15 juillet au 14 août 1788

Séjour de la Reine à Trianon.

Diane Krüger est Marie-Antoinette dans Les Adieux à la Reine

En mars 1789

François Campan, son fils, endetté, est de retour à Paris.

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

Ouverture des Etats Généraux

Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

 Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David

Le 11 juillet 1789

Renvoi de Necker

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 16 juillet 1789

Louis XVI se rend à l’assemblée, en compagnie de ses deux frères. Il revient au château à pied, entouré des députés et du peuple qui l’accompagnent jusque dans la cour de Marbre. Le Roi, la Reine, la Famille Royale paraissent au balcon, mais sans madame de Polignac, à qui on a demandé de ne pas se montrer. cette dernière aurait dit à madame Campan :

« Ah ! Madame! quel coup je reçois

L’absence de la duchesse est remarquée.

A minuit, madame de Polignac et sa famille montent en carrosse pour s’enfuir. Dominique Campan apporte à la duchesse une bourse de cinq cents louis et un billet de la Reine:

« Adieu la plus tendre des amies, le mot est affreux ; voilà l’ordre pour les chevaux. Adieux. Je n’ai que la force de vous embrasser.»

Le départ des Polignac par Benjamin Warlop

La Reine a demandé à Son secrétaire d’assister au départ de Son amie.

De même, la Reine invite l’abbé de Vermond à fuir.

Dominique Campan remplace l’abbé de Vermond qui émigre le 17 juillet 1789, jusqu’à la fin de sa vie.

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le sang de Dominique Campan tourne entièrement dans la nuit du 5 au 6 octobre, à Versailles, et les premiers symptômes d’une hydropisie de poitrine se manifestent le lendemain.

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

Un instant avant Son départ, la Reine, le visage congestionné par les pleurs, aurait demandé avec insistance à Henriette et à son beau-père :

« Venez, de fidèles serviteurs dans des moments semblables deviennent d’utiles amis.»

Elle promet de leur trouver un logement aux Tuileries.

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Si Henriette Campan loge dans une maison près du Carrousel, son beau-père est hébergé dans les Tuileries même.

A l’automne 1789

Dominique Campan se rend à une représentation particulière, celle d’Aspasie de Grétry, dont le livret est signé par son ami proche Morel de Chefdeville, qui peut être fier des six représentations. Etrangement, dans une partie de la noblesse, on ne semble pas avoir pris conscience du partage de l’opinion : «On parlait, on discutait à table sans penser que tous les valets appartenaient à l’armée ennemie.» rapporte madame de Tourzel qui confirme qu’une grande partie des domestiques avait été gagnée par les «factieux». Les vieux serviteurs royaux, fidèles, ne savent plus à qui se fier.

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

La santé de Dominique Campan se dégrade. Depuis le transfert de la famille royale aux Tuileries, le secrétaire de la chambre est miné par le chagrin. Ce vieux serviteur sent tous ses repères vaciller.

Le 20 février 1791

Départ de Mesdames Adélaïde et Victoire qui partent pour Rome Leur fuite est incités par les lois de France contre l’Église.

Mesdames Adélaïde et Victoire de France

Le 18 avril 1791

La famille royale est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud.

Départ de Louis XVI pour Saint-Cloud par Joseph Navlet

Campan est alors molesté dans la cour des Tuileries par les gardes, qui lui arrachent son épée. Mais il est toujours là, à soixante-neuf ans, fidèle au poste.

A la fin du moi de mai 1791

La Reine demande à monsieur Vicq d’Azir, Son médecin, de faire ordonner à monsieur Campan une cure aux eaux de Mont-Dore et à Henriette de l’y accompagner.

Le 1er juin 1791

Marie Antoinette donne ordre à madame Campan de quitter Paris, et d’emmener son beau-père souffrant, Dominique Campan, secrétaire du cabinet et bibliothécaire de la Reine, prendre les eaux du Mont-Dore. Ils quittent Paris pour le Mont-Doré où ils arrivent après cinq jours de voyage. Dominique est bien trop faible pour suivre la famille royale lors du voyage vers Montmédy. On le met donc à l’abri.

Ils y attendront les nouvelles et se mettront en route pour rejoindre les souverains.

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

Le 24 juin 1791

Un roulement de tambour fait sursauter Henriette qui court à la fenêtre : d’une voix forte, l’officier de la municipalité annonce l’échec de la tentative d’évasion de la famille royale et l’interception de la berline à Varennes. Que va-t-il advenir?

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Voici le récit de Henriette Campan :

« Le jour que l’on attendait le retour des infortunés voyageurs, les voitures ne circulaient pas dans les rues de Paris. Cinq ou six femmes de la reine, après avoir été refusées à toutes les portes, se trouvaient à celle des Feuillants avec une de mes sœurs qui avait l’honneur d’être attachée à Sa Majesté, (Madame Auguié) insistant avec force pour que la sentinelle leur permît d’entrer. Les poissardes les attaquèrent sur l’audace qu’elles avaient de résister à une consigne. Une d’elles va saisir ma sœur par le bras en l’appelant esclave de l’Autrichienne.  » Ecoutez, lui dit ma sœur d’une voix forte et avec le véritable accent du sentiment qui l’inspirait, je suis attachée à la reine depuis l’âge de quinze ans ; elle m’a dotée et mariée ; je l’ai servie puissante et heureuse. Elle est infortunée en ce moment : dois-je l’abandonner ? – Elle a raison, s’écrièrent ces furies, elle ne doit pas abandonner sa maîtresse ; faisons-les entrer. » A l’instant elles entourent la sentinelle, forcent le passage et introduisent les femmes de la reine, en les accompagnant jusque sur la terrasse des Feuillants. »

Le Roi est suspendu.

En arrivant dans Ses appartements des Tuileries, Marie-Antoinette se décoiffe de Son chapeau et Elle découvre l’outrage des angoisses intenses vécues pendant le retour de Varennes : Ses cheveux «sont devenus blancs comme ceux d’une femme de soixante-dix ans

Geneviève Casile dans la série Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc

Le 27 juin 1791

Un billet de la Reine parvient à Henriette. Il lui intime d’attendre sur place un signal de sa part.

La santé de Dominique Campan se dégrade. Henriette parvient à le faire monter en voiture pour prendre la route sinueuse qui longe les lacs d’Auvergne. Arrivée au bourg de Clermont, elle appelle en consultation de docteur Monestier (il fait partie de la loge maçonnique «Saint-Maurice»), qui est, de notoriété publique, jacobin, mais elle l’ignore.

Installé au chevet du malade, le médecin commente en s’esclaffant les propos injurieux pour la famille royale qu’il lit dans Le Moniteur. Henriette bondit et ne peut s’empêcher de protester. La voilà dénoncée à la section locale et jugée suspecte. Un premier ordre d’arrestation est déjoué, puis un second, mais elle est placée sous la surveillance du procureur de la commune. Quinze mortels jours s’écoulent en attendant l’ordre de retour de la Reine.

Dominique Campan est au plus mal. Henriette ne supporte plus l’éloignement, elle veut revoir son fils.

Le 25 août 1791

Madame Campan rentre d’Auvergne avec son beau-père. Il n’est pas question de l’installer aux Tuileries. L’un de ses meilleurs amis, Etienne Morel de Chefdeville (1751-1814), lui offre l’hospitalité dans sa maison de La Grande-Briche, où il le soigne.

Le 1er septembre 1791

Henriette reprend son service aux Tuileries.

Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

Louis XVI, roi de France en roi citoyen (1791),  par  Jean-Baptiste-François  Carteaux  (1751 - 1813)

Le 20 septembre 1791

Décès de  Pierre-Dominique Berthollet dit Campan, dans la maison de La Grande-Briche d’Etienne Morel de Chefdeville, dans la paroisse de Saint Médard à Épinay-Champlâtreux dans le Val-d’Oise en Île-de-France, à l’âge de soixante-neuf ans

La Reine verse des larmes à sa mort occasionnée par la douleur que ce serviteur fidèle éprouve pendant les scènes sanglantes de la révolution.

Portrait anonyme qui figure l'homme mûr qu'est alors Dominique Campan

Le 21 septembre 1791

Pierre-Dominique Campan est inhumé au cimetière d’Epinay. Ses cousins Travers de Beauvert, Delapoix de Fréminville et les beaux-frères d’Henriette, Auguié et Pannelier d’Arsonval, ont fait le déplacement ; mais son fils ne rentre pas d’Italie pour ses obsèques.

Après le 10 août 1792

Les fouilles des Tuileries étant restées sans résultat, Roland suppose que Campan père, homme de confiance du Roi, a été dépositaire d’une correspondance entre Louis XVI et le comte d’Artois. Le ministre imagine que dans l’obsession du complot, le bibliothécaire s’est fait passer pour mort, et qu’il est caché et bien vivant. Robespierre demande les preuves de son décès. Trouvant que les soupçons se rapprochent d’elle, Henriette Campan fournit dans la journée un certificat d’inhumation.

Bel hommage, finalement !

Le prêt consenti par Dominique Campan à la Reine de quatre-vingt mille livres n’aura jamais été remboursé. C’est sans doute ce qui explique la ruine du vieux secrétaire. Lors de la Restauration, Henriette demandera aux héritiers de Morel de Chefdeville de retrouver le document attestant la somme fournie, une reconnaissance de dette, afin de la faire valoir auprès de la famille régnante. Chimère !

Sources :

  • Antoinetthologie
  • Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette d’Henriette CAMPAN
  • André CASTELOT Marie-Antoinette (1953)
  • Bruno CORTEQUISSE Mesdames de France
  • Geneviève HAROCHE-BOUZINAC, La Vie mouvementée d’Henriette Campan (2017),; Flammarion
  • Pierre VERLET, Le Château de Versailles (1988), Fayard

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