Critique de «Marie-Antoinette» de Charles-Eloi Vial

Pour commencer, pour le choix de la couverture, pourquoi avoir préféré cette version du tableau d’Elisabeth Vigée Le Brun à celle-ci si fraîche ? :

Marie-Antoinette en gaulle, par Elisabeth Vigée Le Brun, 1783

Ce 13 janvier 2024, je termine à peine cet ouvrage avec une impression de manque et de déception tant les médias vantaient ce livre. On ne lira jamais rien de plus élogieux que l’introduction où Charles-Eloi Vial semble confirmer tout ce qu’on attend…. J’avais beaucoup apprécié son livre sur La Famille Royale au Temple ( Paris, Perrin, 2018). Quelle ne fut donc pas mon contentement en n’apprenant rien de spécifiquement nouveau dans ces lignes où l’auteur se vante de détromper le lecteur en reprenant tout depuis les sources … Mais quelles sources ! Beaucoup que nous connaissons déjà bien, mais qu’il cite au conditionnel, histoire d’émettre certains doutes qu’on a finalement toujours eus.
Certaines sources, notamment autrichiennes, permettent de connaître d’où viennent certaines informations qu’on a lues et relues, et parfois de corriger certaines idées, mais surtout ici de préciser certains traits de vie de la petite Archiduchesse.

Il suffit de voir que pour la question «Fersen», il ne s’appuie essentiellement que sur le travail d’Evelyn Farr, (dont il mentionne les analyses d’après Dorset …) qui n’a rien d’objectif, puisque selon ses aveux-mêmes, elle se base sur une conviction première et pioche dans les mémoires, libelles et informations diverses tout ce qui entre dans le point de vue de sa théorie. C’est un travail anti-scientifique qui jure avec la belle scientificité de Vial. Il n’a pas cru devoir reprendre les propos d’Alma Soderhjelm, ni même l’excellent récent travail d’Isabelle Aristide-Hastir, Farr lui a suffit. Une telle suffisance m’est insuffisante ! L’archiviste se vante de couper court aux légendes et rumeurs en se fiant seulement aux archives ! Il parle de la nuit de Fersen aux Tuileries en février 1792 comme «la dernière qu’ils passèrent ensemble»…. donc au lieu d’évincer les rumeurs, les pamphlets de l’époque, il les compte comme des sources fiables. Tu parles d’une révolution ! Il affirme dans sa conclusion que «l’amour de Marie-Antoinette et Fersen ne fut ni tout à fait chaste, ni vraiment platonique»… en somme il ne conclue rien de bien neuf ! Une conclusion pleine de doutes qui en reste à ce que disaient André Castelot ou Jean Chalon. Ou même Evelyne Lever. Donc aucune évolution malgré les lettres décaviardées ! Il a une thèse qu’on lui a peut-être demandé de défendre d’une Marie-Antoinette cérébrale, politique, tacticienne donc une histoire d’amour là-dedans, ça jure !
En fait, il est aussi néophyte sur Marie-Antoinette qu’une Sophie Herfort qui m’avait promis monts et merveilles de nouveautés (elle ne mentait certes pas : elle découvrait tout ce que je lui depuis bientôt quarante ans) … La suffisance de sa présentation ne me rend pas indulgent !

«Marie-Antoinette fait partie de ces personnages sur lesquels on projette beaucoup de nous-même»
Charles-Éloi Vial publie une magistrale biographie de la dernière reine de l’Ancien Régime et en profite pour tordre le cou à de nombreuses idées reçues.

PAR HUGO WINTREBERT

https://www.vanityfair.fr/article/marie-antoinette-fait-partie-de-ces-personnages-sur-lesquels-on-projette-beaucoup-de-nous-meme

Charles-Eloi Vial qui s’emble se déclarer comme la nouvelle référence absolue, fait des erreurs : il parle, par exemple, du «baron Pierre de Besenval»… passe encore à l’oral, mais à l’écrit, surtout quand on est archiviste, on parle de «Pierre, baron de Besenval»…. et il fait ça pour tous. Il évoque Guines, sans î … On connaît toutes ses citations. Mais à part quelques éléments sur Judith de Brandeiss au début, j’ai appris peu de choses.

Il revient à présent sur le phymosis comme une chose incertaine que rien ne semble pouvoir certifier…. Chacun sait pourtant que si c’est effectivement un petit-fils (peu porté sur l’hygiène) de Louis XV, effectivement marié à une fille de Marie-Thérèse d’Autriche, qui était touché de phymosis, c’est Ferdinand de Parme (1751-1802), fils d’Elisabeth de France (1727-1759), époux de Marie-Amélie d’Autriche (1746-1804).

Il cite l’anecdote de Didon seulement au conditionnel…. Sans la contrer complètement… Alors que c’est issu de mémoires apocryphes d’un faux seigneur anglais forgés au début du XXe siècle !

En fait Marie-Antoinette est absente du livre tant le descriptif est plat et peu vivant … Il ne rencontre pas Marie-Antoinette, il La décrypte, il pense L’analyser.
Mais il ferait honte à Jacob-Nicolas Moreau !

Au final, il utilise des archives; il ne traite pas son sujet !

Le propos d’archiviste de Vial se veut objectif, il manque donc totalement d’empathie, il l’évite même volontairement, ce qui rend son texte assez froid. Evidemment, il est dénué des adverbes et autres exclamations inutiles dont usent certains auteurs pour personnaliser leur réemploi de textes précédents. Dans ce cas, il aurait fallu que le choix des sources soit irréprochable, or y rencontrer les mémoires d’Adèle de Boigne, même si prévenus de les prendre avec des pincettes, est décevant.

Décidément ce livre m’apparaît comme inutile !

Sur le plateau de Quotidien, Il évoque Fersen comme «Son amant probablement»…. L’archiviste n’a lu que Farr sur le sujet…. alors en terme de sources c’est limite en qualité comme en quantité !!! Il cite Marie-Antoinette qui aurait écrit à Fersen en lui tutoyant Son amour… s’il n’est fiable dans la forme il ne l’est pas davantage dans le fond.

https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/invite-charles-eloi-vial-devoile-les-secrets-de-marie-antoinette-04970719.html

Il dit des choses intéressantes notamment l’aspect politique et Son caractère beaucoup moins frivole qu’on se l’imagine mais commencer par Fersen et terminer par Fersen c’est vraiment très mal résumer sa vie ! Et pour le coup de la brioche, au lieu de couper court direct, avec preuves à l’appui qu’il a, il affirme qu’Elle aurait pu le dire !

«Fersen raconte danss son journal codé et caviardé qu’on lui a dit que…» est-ce une manière de procéder digne de l’école des Chartes ?

Décidément, ces trois ans de travail ne semblent pas avoir été suffisants pour connaître l’ensemble de la personnalité de Marie-Antoinette. J’invite l’auteur à se procurer le livre d’Isabelle Aristide-Hastir pour concevoir le manque dans son analyse qui n’en aurait été que meilleure, puisque les deux auteurs vont dans le même sens d’une Marie-Antoinette cérébrale, politique et tacticienne. ( cette omission le faisant apparaître comme «un savant de la veille», pour reprendre le terme proustien) « Une femme politique, donc, dont l’échec a fini par se transformer en victoire posthume», conclue-t-il subtilement son introduction.

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