Aglaé de Guiche-Polignac

Aglaé de Guiche-Polignac par Elisabeth Vigée Le Brun

Le 7 mai 1768

Naissance d’Aglaé Louise Françoise de Polignac, fille de Jules de Polignac  (1746-1817) et de Yolande de Polastron (1749-1793).

Jules de Polignac
Madame de Polignac par Louis-Auguste Brun
Le médaillon du pot à onguent représente la duchesse de Polignac, et celui du couvercle, sa fille Aglaë de Polignac
Fond blanc à décor polychrome dans des médaillons ovales cerclés
d’un mince filet or garni de guirlandes de feuillages reliées par un ruban noué rose.

Le 16 mai 1770

Le  Dauphin Louis-Auguste (1754-1793) épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793).

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux

Ce mariage ramène un temps les Polignac à la Cour. Yolande est cousine de Louise Honorine Crozat du Châtel (1737-1801), l’épouse du duc de Choiseul, instigateur de l’union franco-autrichienne. La comtesse Jules est nommée par Louis XV pour danser durant un des bals donnés à l’occasion des noces. Yolande s’y fait remarquer par sa grâce et sa fraîcheur.

Mais la jeune femme est ravie de retrouver le calme de Claye où elle mène une grossesse paisible.

Le 11 janvier 1771

Naissance de son frère, Armand de Polignac à Paris (il mourra le 1er mars 1847 à Paris).

Le 10 mai 1774

Mort de Louis XV.

Le Dauphin devient Roi sous le nom de Louis XVI.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis

Louis XV à peine mort, les courtisans se ruent vers le nouveau Roi.

En juin 1775

La Reine donne au château de Versailles une fête qui ouvre la saison d’été. Ce soir-là,  le beau-père de Yolande l’emmène au château de Versailles. Il fait une chaleur étouffante. Dans un coin du salon, Marie-Antoinette remarque des jeunes gens qui ne dansent pas. Agacée comme peut l’être une maîtresse de maison qui s’occuperait du bon déroulement du bal, Elle les invite un peu brusquement à sortir. L’intervention jette un froid, si bien que même ceux qui dansaient s’arrêtent. Marie-Antoinette semble ne pas comprendre cette soudaine bouderie. Yolande, qui a assisté à la scène, s’approche de la Reine et Lui explique avec naturel et douceur :

« – Madame, Votre Majesté, en faisant à ces dames l’honneur de les admettre à ces bals n’a sûrement pas eu l’intention de leur donner la mortification, comme elle vient de le faire, d’en chasser leurs maris et leurs frères dont la plupart sont des danseurs.
– Non, madame, je n’ai pas dit cela pour eux, mais pour beaucoup de personnes qui ne dansent pas. »
Se rendant compte de sa bévue, la Reine s’empresse de rappeler les jeunes gens. Le salon se remplit à nouveau. L’incident est clos. Reconnaissante, Marie-Antoinette va vers Yolande de Polignac, Elle prend ses mains dans les Siennes :
Je n’oublierai jamais que vous m’avez donné une marque d’estime et d’attachement en me faisant apercevoir d’une action qu’on aurait pu interpréter contrairement à mon action… Je désire votre amitié, faites-moi le plaisir de venir demain déjeuner avec moi. »

Corinne Le Poulain est madame de Polignac dans la série de Guy-André Lefranc (1975)

Le 19 septembre 1775

Marie-Antoinette octroie à la princesse de Lamballe le titre très lucratif de « surintendante de la Maison de la Reine », dont la charge consiste à organiser les plaisirs de celle-ci. Ce titre avait été aboli par Louis XV en raison de son coût. Elle a lassé la Reine mais s’impose dans Sa vie par ce titre.

La princesse de Lamballe par Callet

La princesse de Lamballe et Yolande ont l’intelligence de cohabiter, la comtesse étant toujours d’un calme olympien.

En 1778

Aglaé rejoint Louise d’Esparbès de Lussan (1764-1804), sa future tante, au couvent de Penthemont, à Paris, comme sa mère avant elle. Situé au cœur du faubourg Saint-Germain, il se compose de vastes bâtiments entourés de grands jardins à la française ombragés d’épaisses charmilles.

Image de Valmont (1989) de Milos Forman
Image de Valmont (1989) de Milos Forman
Image de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory
Image de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory

Marie-Catherine de Béthisy de Mézières est l’abbesse de Penthemont à Paris de 1743 à 1790. 
Le couvent est devenu célèbre pour l’éducation des femmes de haute naissance, y compris les filles de protestants : alors qu’il était ambassadeur en France, Thomas Jefferson y envoie ses filles Martha et Mary. Les conditions sont spartiates et les règles sont strictes. L’abbaye a également fourni des appartements aux femmes en quête d’indépendance vis-à-vis des familles ou des mariages difficiles.

Façade de l'abbaye de Penthemont, sur la rue de Grenelle

Pourtant le séjour d’autant plus plaisant que les règles de vie sont loin d’être austères : lever tardif, choix de la toilette, promenades, exercices de piété, divertissements, musique, dessin et danse… Pas l’ombre d’une sévérité de cloître à l’horizon ! C’est que le couvent abrite de petits trésors dont il faut prendre soin…

« N’étaient-elles pas toutes, en effet, destinées par leur naissance à faire dans un temps rapproché le plus bel ornement de la Cour de Versailles ?»

Images de Valmont (1989) de Milos Forman
 Images de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory

Aglaé peut parfois quitter le couvent pour rejoindre ses parents à Versailles.

Charlotte de Turckheim et Michael Lonsdale sont Marie-Antoinette et Louis XVI dans Jefferson à Paris (1995) de James Ivory
Image de Jefferson à Paris (1995) de James Ivory

Les Polignac occupent, à Versailles, un très bel appartement, proche de ceux de la Reine. Louis XVI aime aussi à passer du temps avec les Polignac, mais sa présence rend les choses tout de suite plus guindées, et le Roi ayant pour habitude de se retirer vers dix heures du soir, il n’est pas rare que les horloges soient avancées pour hâter son départ.

Yolande de Polignac habite quatre pièces et arrivera, vers 1780, à créer un grand appartement en annexant l’appartement du duc d’Aumont et l’appartement du pavillon occupé par le prince de Conti.

Aile Vieille aujourd'hui. L'appartement de madame de Polignac occupe tout le premier étage

Cet appartement se compose de deux antichambres dont une sert de salle à manger, un grand cabinet, plusieurs chambres et cabinets ainsi que des pièces de service comme une cuisine avec un potager et des gardes robes. Une partie des pièces à l’arrières qui donnent sur la Cour des Princes disposent d’un balcon en encorbellement.L’appartement voisin qui a été occupé par le duc d’Antin puis le duc de la Rochefoucauld, est occupé par le mari de madame de Polignac.

Le 1er septembre 1777

Madame de Polignac ayant refusé la place de dame du palais comme celle de dame d’atours, avec les dividendes qui vont avec , la Reine fait attribuer à monsieur de Polignac la survivance de la charge de premier écuyer, au détriment du duc de Lauzun auquel la place avait été proposée.

Dès sa position de premier écuyer établie, Jules semble pris de la folie des grandeurs. Il demande à la Reine d’augmenter son écurie de quarante chevaux, avec les voitures et personnels y afférant. Alors qu’on lui attribue quatorze «gens de livrée» pour son service, il en demande le double et décide de passer leur traitement de 503 livres à 759 livres. Il fait passer son écurie personnelle de dix-huit à vingt-cinq chevaux et ses voitures de quatre à six.

Ruth Hussey est madame de Polignac dans Marie-Antoinette (1938) de Van Dyke

Mercy et Vermond L’ont maintenue dans Son rôle d’Archiduchesse, prioritaire à leurs yeux.  Madame de Polignac en fait la Reine de France. On comprend que Maurepas, son oncle, y soit vigilant.

Emmanuelle Béart est Marie-Antoinette pour Caroline Huppert, en 1988. Léa Gabrielle est madame de Lamballe et Isabelle Gélinas madame de Polignac

Le 7 mai 1778

Sa tante, Diane de Polignac, qui était jusqu’alors dame pour accompagner la comtesse d’Artois, est nommée Dame d’honneur de Madame Élisabeth par Louis XVI.

Diane de Polignac par H.P. Danloux

Le 19 décembre 1778

Après un accouchement difficile, Marie-Antoinette donne naissance de Marie-Thérèse, dite Madame Royale.

En 1779

Quand Aglaé a onze ans, la Reine, «avec Sa grâce ordinaire» a dit au comte de Polignac :

« Dans peu de temps, sans doute, vous penserez à marier votre fille ; lorsque votre choix sera fait, songez que le Roi et moi nous nous chargerons du présent de noce.»

Mémoires de Diane de polignac

Le 14 mai 1780

Naissance de son frère Jules Auguste Armand Marie de Polignac (1790-1847) , et les mauvaises langues répandent des bruits :

« Madame Jules de Polignac fait ses couches tout bonnement dans l’appartement de M. de Vaudreuil.  Antoinette ne quitte pas le chevet de son lit et lui sert de garde accoucheuse. Les ignorants et ceux qui ne se connaissent pas plus aux intrigues de la Cour qu’aux différents motifs qui les déterminent, trouvent singulier que Mme Jules n’ait pas fait ses couches au château de Versailles, et ne se soit pas mise à portée de son amie : cela paraît plus naturel, plus décent. Ces gens là ne savent pas que cela n’eût pas convenu. Ces fréquents voyages de Paris, ces visites, ont un but qui n’eût pas été rempli autrement. Madame de Polignac a fait un garçon; Vaudreuil sait donc faire des garçons …  A la fin de tout cela, nous aurons un Dauphin .»

Henri d’Alméras : Marie Antoinette et les pamphlets royalistes et révolutionnaires

Des libelles circulent sur la nature saphiques de ses relations avec la Reine…

Toujours manipulée, Yolande augmente ses demandes et obtient enfin le paiement de la dot ainsi qu’une rente juteuse pour Vaudreuil.

Le 5 juin 1780

Le demi-frère de Yolande, Adhémar de Polastron (1758-1821) épouse Louise d’Esparbès de Lussan (1764-1804) à Versailles.

Adhémar de Polastron et Louise d'Esparbès de Lussan

La Reine et Yolande de Polignac sont très occupées du mariage d’Aglaé. Il se tisse tout autour de l’événement tout un écheveau d’intrigues dont Mercy fait le rapport circonstancié :

« Par un effet de son grand crédit, la comtesse est au moment d’obtenir une nouvelle grâce «qui excitera quelques rumeurs à Versailles» : le duc de Villeroy, un des quatre capitaines des gardes du corps, « se trouvant par défaut de santé hors d’état de remplir sa charge, a demandé pour survivancier le duc de Lorges, fils du duc de Civrac, ci-devant marquis de Durfort et ambassadeur de Vienne. Le duc de Lorges ayant été ancien menin du Roi, étant d’ailleurs très bien vu de ce monarque et le méritant par une très bonne réputation et conduite, méritait à tous égards la place susdite. Le duc de Civrac va implorer la protection de la Reine qui trouve d’abord sa demande fort juste et daigne y applaudir.


Sur ces entrefaites, la comtesse de Gramont, dame du palais, et dont le fils doit épouser la fille de madame de Polignac, pense procurer au jeune homme la survivance en question. La comtesse Jules est d’abord un peu effrayée de la difficulté de cette entreprise, le comte de Gramont n’ayant que vingt-deux ans, car il  s’agit d’une des premières charges de la Cour, cependant la Reine est vivement sollicitée et très facilement amenée aux désirs de Son amie. Sa Majesté fait venir le comte de Maurepas et exige qu’il concoure à cet arrangement. 

Le ministre ne fait pas d’objections bien fortes, et vraisemblablement la place ne tardera pas à être accordée à monsieur de Gramont, ce qui sera un grand dégoût pour la famille de Civrac, ainsi que pour un nombre d’autres gens de la Cour qui sont plus en mesure d’espérer une pareille faveur. Il est vrai, en même temps, que la Reine ne s’est engagée à rien envers le duc de Civrac, et que les dispositions qui vont se faire auront quelque apparence d’être émanées de la seule volonté du Roi et des insinuations de son ministres.»

Comte de Mercy Correspondance secrète

Le comte de Mercy semble ignorer que madame de Civrac avait projeté le mariage de son fils avec Aglaé de Polignac, c’est madame de Boigne qui nous l’apprend :

« Tout avait réussi à l’ambitieuse Mme de Civrac, mais elle était insatiable. Déjà fort malade, elle croyait avoir mené à un terme prochain le mariage de son fils, le duc de Lorge, avec mademoiselle de Polignac dont la mère était alors toute puissante, et y mettait pour condition la place de capitaine des gardes pour ce fils encore tout jeune encore. Au moment de conclure, Mme de Gramont, également intrigante, alla sur ses brisées. elle avait auprès de la Reine le mérite d’avoir été exilée par Louis XV pour une insolence faite à Mme du Barry. Ses prétentions étaient soutenues par les Choiseul ; la Reine donna la préférence de son fils et fit pencher la balance.
Mme de Civrac apprit subitement que le jeune Gramont, sous-lieutenant dans un régiment, était arrivé à Versailles, qu’il était créé duc de Guiche, capitaine des gardes, et que son mariage avec mademoiselle de Polignac était déclaré. elle en eut une telle colère que son sang s’enflamma et, en quarante-huit heures, elle expira d’une maladie qui n’annonçait pas une terminaison rapide.»

Mémoires de madame de Boigne

Et ce n’est pas tout, on se bouscule vraiment au portillon pour obtenir la main d’Aglaé : 

« Je vous ai dit, il y a quelques temps, que les amis du duc d’Aiguillon, Mme de Maurepas en tête, se mettent en quatre pour arranger un mariage du comte d’Agénois, son fils, avec la fille de la comtesse Jules de Polignac, dit la Correspondance Secrète. Le parti contraire, effrayé des suites que pourrait avoir ce projet en ce qu’il rapprocherait l’ex-ministre de la Reine, a mis tout en œuvre pour le faire manquer et y a réussi puisque la Reine vient d’arrêter et de faire agréer au Roi, le mariage de cette jeune personne avec le comte de Gramont, fils du duc et de leur faire accorder des grâces et des avantages très considérables.»

Aglaé de Polignac que l’on mariera donc très bientôt, a treize ans.

Le 11 juillet 1780

Aglaé épouse, Antoine, duc de Gramont et de Guiche (1755-1836). La famille royale assiste au mariage et Aglaé reçoit une dot de 800 000 livres sur le trésor royal. Elle devient ainsi duchesse de Guiche et est surnommée « Guichette » par sa famille. Le marié se voit décerner un brevet de capitaine et un an plus tard, une propriété qui rapporte 70.000 ducats de rentes.. Cela contribue à cimenter la position de la famille Polignac comme l’un des chefs de file de la haute société à Versailles.

Antoine, duc de Gramont et de Guiche
Aglaé de Polignac
Image de Valmont (1989) de Milos Forman

Antoine est entré au service du régiment Royal-Piémont de cavalerie à l’âge de dix-sept ans. Deux ans, en 1774, plus tard il en est devenu capitaine. À vingt trois ans, il est devenu colonel du Régiment d’infanterie de la Reine. Sa carrière est en effet considérablement influencée par la proximité que sa mère entretient avec Marie-Antoinette. 

La famille de Guiche vit entre Versailles, le château de la Muette et l’hôtel des Polignac, à Paris. Musicienne, Aglaé s’adonne aussi au théâtre, tenant volontiers des rôles dans des comédies jouées au Petit Trianon.

Louise de Polastron se prend, dès leur première rencontre, d’une vive amitié pour Aglaé. Sentiment partagé : « La Guichette raffolait sa petite tante Polastron », tante que tout le monde surnomme Bichette tant elle est douce et bonne. Ensemble, elles se rendent chez Yolande, devenue la favorite officielle de Marie-Antoinette, où la société de la Reine se réunit.

Guichette, à peine mariée, semble avoir été convoitée par le comte d’Artois.

« M. le Comte d’Artois fait une cour très assidue à la duchesse de Guiche, qui, comme vous le savez, est la fille de la favorite de la Reine. Elle n’est pas encore nubile et son mari n’a pas encore habité avec elle. Les malins prétendent que ce n’est pas lui qui en aura les prémices et qu’elles sont réservées à Monseigneur. Je le croirais volontiers.
Convenez, Monsieur, qu’il est bien extraordinaire, et, quoiqu’on en dise à la Cour, bien désagréable d’être c… avant d’avoir couché avec sa femme ! Un simple bourgeois aurait bien de la peine à s’y faire. La providence apparemment a doué les demi-dieux de la terre d’une façon de penser et d’une humeur plus endurante .»

La Correspondance Secrète de Lescure

Portrait d'Aglaé de Polignac, duchesse de Guiche, allongée dans les jardins de Trianon, 1780

Le  8 septembre 1780

Aglaé de Guiche et un très petit nombre de privilégiés sont acteurs et spectateurs dans L’Anglais à Bordeaux. On a refusé l’entrée à beaucoup de courtisans qui avaient été admis aux autres représentations de la troupe royale.

Le 20 septembre 1780

Jules de Polignac est élevé au rang de duc héréditaire de Polignac. La comtesse de Polignac devient ainsi duchesse. L’érection de la vicomté de Polignac en duché héréditaire n’a rien d’une faveur extraordinaire car la famille de Polignac figure parmi les plus anciennes familles nobles de la monarchie ( noblesse immémoriale).

Le 22 octobre 1781

Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François premier Dauphin

Marie-Antoinette et le Dauphin Louis-Joseph par Benjamin Warlop
Yolande de Polignac par Jean-Laurent Mosnier, Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d'Alençon

Le 27 décembre 1781

Naissance, à Versailles, de son dernier frère, Camille Henri Melchior de Polignac ( qui mourra le 2 février 1855 à Fontainebleau).

Ecole française. Portraits d'Aglaé de Polignac, duchesse de Guiche, et de ses frères. Aquarelle et gouache sur ivoire. XVIIIème siècle. Paris, musée Cognacq-Jay.

Note du musée Cognacq-Jay :
Dans cette scène à l’antique, sur le thème de la visite à l’oracle, une jeune fille en voile virginal se tient à l’entrée d’un temple où brûle de l’encens, accoudée à une colonne sculptée d’une procession de vestales.
Deux enfants en amours l’encadrent. Une figure drapée apparaît à droite sous la colonnade, la tête dans la fumée.
Selon une inscription ancienne, la miniature montrerait Louise-Gabrielle-Aglaé de Polignac et ses frères, à droite Jules, né en 1780 et à gauche Camille-Henri-Victor, dit Melchior, né en 1781.
Ce dernier paraissant déjà capable de marcher, la miniature pourrait dater de 1783. Aglaé de Polignac avait épousé, le 2 juillet 1780, Antoine-Louis-Marie de Gramont, créé duc de Guiche le 16 avril 1780.
Elle eut trois enfants dont l’aîné, Antoine-Héraclius-Geneviève-Agénor, naquit à Versailles le 15 juin 1789. Elle ne peut donc être représentée ici avec ses enfants comme cela était écrit dans le répertoire de la collection Cognacq.
Entré dans la collection Cognacq sous une attribution à Vestier, ce portrait semble plutôt l’œuvre d’un amateur doué, de l’entourage des Polignac.
La miniature était un passe-temps couramment pratiqué dans les milieux aristocratiques de l’époque.

Mesdames d'Artois, de Provence, de Polignac, de Lamballe, Vigée Le Brun et de Bourbon au hameau de Trianon par Benjamin Warlop

En 1782

Aglaé de Guiche accouche de son premier enfant, Sophie Léonie de Gramont (1782-1865).

Le 24 octobre 1782

Selon l’idée du baron de Besenval, la Reine donne à madame de Polignac la place de gouvernante des enfants de France en remplacement de madame de Guéménée, victime de la faillite de son mari ( d’un passif de trente-trois millions de livres).

La princesse de Guéménée par Benjamin Warlop

Paris,  28 octobre 1782

« Sire
Madame la Duchesse de Polignac a été nommée Gouvernante des Enfants de France. Cette dame qui a toujours avec une modération rare joui de la haute faveur où elle est a peut-être beaucoup d’envieux mais pas un ennemi. Elle prêtera dimanche serment.»

Le comte de Creutz, ambassadeur de Suède à la cour de France

Quand la princesse de Guéménée donne sa démission de la charge de gouvernante des enfants de France, la duchesse de Polignac, nommée à sa place, vient habiter l’appartement de l’aile aux premiers jours de novembre 1782. On réserve au mari un petit logement comprenant antichambre, cabinet et chambre à coucher. La chambre de la gouvernante est séparée de celle du Dauphin par une porte de glace sans tain, qui permet de voir de l’une dans l’autre.

Le chevalier de l’Isle, écrivant au prince de Ligne que leur amie, madame de Polignac, reçoit « toute la France », les mardis, mercredis et jeudis, ajoutait : « On habite durant les trois jours, outre le salon toujours comble, la serre chaude dont on a fait une galerie, au bout de laquelle est un billard. »

Le rez-de-chaussée de l'Aile du Midi où madame de Polignac habite à partir de 1782 quand elle devient gouvernante des enfants de France

La galerie de bois sera, jusqu’à la fin, le coin des réunions intimes de la duchesse.

Nommée gouvernante des enfants de France et duchesse, madame de Polignac emménage dans le logement des gouvernantes, au rez-de-chaussée de l’aile du Midi, sous les appartement de Madame Elisabeth. Secondée par une équipe de sous-gouvernantes, Yolande est responsable de la santé et de l’éducation des jeunes princes et veille sur eux comme s’ils étaient ses enfants. Madame Royale est une enfant difficile et la duchesse lutte avec peine contre ses caprices. Louis-Joseph est un bébé, avec les réveils nocturnes que cela implique. En outre, Yolande a un devoir de représentation lié à sa fonction, puisqu’elle est présente lors des visites faites au Dauphin et à sa sœur. Elle reçoit d’ailleurs les visites avec ses propres enfants sur les genoux !

Yolande montant l'escalier de la Reine par Benjamin Warlop

Du mardi au jeudi

Ce sont les visites officielles, la Cour et les ambassadeurs se pressent chez l’héritier du trône.

Du vendredi au lundi

Ce sont les visites des intimes. Le rythme de vie de la duchesse l’épuise. De constitution fragile, elle voit sa santé diminuer. Celle du Dauphin également, ce qui ne manque pas de l’alarmer. Elle se consacre presque entièrement à Louis-Joseph, qu’elle entoure de tendres soins.

Yolande de Polignac Au chapeau de paille par Élisabeth Vigée Le Brun (1783)
Aglaé de Guiche par Pierre Adolphe Hall

En 1784

La talentueuse Elisabeth Vigée Le Brun peint la jeune Aglaé de seize ans dans une robe simple et pastorale popularisée dans les années 1780 par l’essor des modes d’inspiration country et hameau.

La duchesse de Guiche en 1784 par Elisabeth Vigee Le Brun

Le 27 mars 1785

A sept heures et demi du matin,  naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, qui sera Dauphin en 1789.

Louis-Charles, duc de Normandie par Élisabeth Vigée Le Brun
Yolande, ses deux fils, Armand et Melchior, et Louise de Polastron par Benjamin Warlop
Melchior de Polignac par Élisabeth Vigée Le Brun
Armand de Polignac par Élisabeth Vigée Le Brun

En 1786

Lorsqu’il rentre dans sa septième année, le Dauphin Louis-Joseph «passe aux hommes» pour recevoir une éducation de futur souverain dans laquelle il met toute son application malgré ses douleurs physique. C’est avec un pincement au cœur que Yolande remet le Dauphin malade, âgé de six ans, entre les mains de son précepteur, le duc d’Harcourt. Opposé à la duchesse de Polignac, il va influencer son pupille afin de le retourner contre sa gouvernante, provoquant une peine infinie à Yolande.

Sophie-Hélène-Béatrix de France par Élisabeth Vigée Le Brun

Le 9 juillet 1786

Marie-Antoinette met au monde Son dernier enfant, une petite fille qui reçoit les prénoms de Marie-Sophie-Hélène-Béatrix, couramment appelée Sophie-Béatrix ou la Petite Madame Sophie.

Le 17 janvier 1787

Aglaé de Guiche accouche de son deuxième enfant, Aglaé Angélique Gabrielle de Gramont (1787-1842), future comtesse de La Porta.

En avril 1787

Le duc et la duchesse de Polignac (1749-1793) et le comte de Vaudreuil passent deux mois en Angleterre dont six semaines à Bath.

Le 19 juin 1787

La petite Sophie décède sans doute atteinte d’une tuberculose pulmonaire. La cause de son trépas est un peu mystérieuse mais il semble s’agir d’une grave infection pulmonaire.

Cette alerte provoque le retour précipité des Polignac à Versailles.

A leur retour, les Polignac trouvent leur appartement repeint et meublé à neuf par les soins de la Reine.

Cet appartement est , à l’origine, celui de la Dauphine. L’objectif est de faire un appartement unique pour le Dauphin et Madame Royale avec des salles d’études, un dortoir unique, etc..Le plan montre l’appartement en 1786 où celui-ci avait encore la forme de celui que nous connaissons aujourd’hui : Madame Royale occupe l’appartement le long de la façade sud et le Dauphin, l’angle du bâtiment.

Canapé de style Louis XVI, recouvert de tapisserie d'Aubusson (représentant les fables de La Fontaine et d'autres scènes pastorales) réalisé par Henri Jacob et ayant appartenu à Yolande de Polignac.
Le plan montre l'appartement en 1786 où celui-ci avait encore la forme de celui que nous connaissons aujourd'hui : Madame Royale occupe l'appartement le long de la façade sud et le Dauphin, l'angle du bâtiment.
La duchesse de Polignac debout auprès d'un piano-forte par Élisabeth Vigée Le Brun (1787)

Une nuit de 1786

Un jeune homme de bonne mine enjambe prestement une fenêtre du château, saute dans les bras des sentinelles éberluées. C’est le neveu de l’archevêque de Reims, M. d’Archambault !!!! Il était en train de jouer au papa et à la maman avec Aglaé quand survient le duc de Guiche.
Ce dernier dit philosophiquement à sa femme un peu décoiffée :  

« Il fallait me prévenir, je ne serais pas rentré .»

Telle est la rumeur .

Le duc de Guiche provoque Archambault en duel, et, comme il n’y a pas de justice, c’est lui qui reçoit une blessure ! Et l’on colporte que Louis XVI, ayant appris l’incident, déclara goguenard :

-Puisqu’il faut absolument que nous soyons entourés de p… qu’au moins on les loge au rez-de-chaussée ! On ne courra plus le risque de se casser le cou si, en allant les voir, on est obligé de passer par la fenêtre !

Image du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick (1975)

Le galant est Archambault de Talleyrand, le frère cadet du Diable boiteux . Dans la Correspondance Secrète de Lescure :

« On parle beaucoup de l’aventure scandaleuse dont le comte d’Archambault, fils du chevalier de Talleyrand, a été le héros. La fenêtre du château par laquelle il descendait précipitamment lorsqu’on l’a arrêté, se trouvait être celle de l’appartement de la duchesse de Guiche, fille de La duchesse de Polignac, et l’une des plus jolies personnes de la cour. Les deux familles prennent beaucoup de soin pour donner le change sur cette anecdote, à laquelle leurs efforts ne font que procurer plus de célébrité.»

Le 17 janvier 1787

Naissance de sa fille Aglaé Angélique Gabrielle de Gramont (1787-1842), future comtesse de La Porta.

La Révolution survenant, Guichette n’a pas eu le temps d’avoir une charge à la Cour.

Le 29 mai 1789

«J’étais entre la comtesse Diane et le comte de Vaudreuil. La comtesse est, dit-on, l’esprit de la famille ; elle en a effectivement. Le comte est charmant ; je n’ai point vu d’homme plus aimable. […] La duchesse de Polignac ne parle pas et a l’air ennuyée. Sa jolie fille, la duchesse de Guiche ne dit pas non plus grand chose.»

Le marquis de Ferrières

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le Roi et la Reine se retirent à Marly pour le pleurer. Il est enterré avec un cérémonial réduit à Saint-Denis compte tenu le contexte économique difficile.

Le 7 juin 1789

Aglaé de Guiche (1768-1803) accouche d’un garçon, Antoine IX Héraclius Agénor de Gramont, duc de Guiche (1789-1855).

Le 14 juillet 1789

Le peuple prend la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 15 juillet 1789

On met le Roi au courant.

Le 16 juillet 1789

Louis XVI se rend à l’assemblée, en compagnie de ses deux frères. Il revient au château à pied, entouré des députés et du peuple qui l’accompagnent jusque dans la Cour de Marbre. Le Roi, la Reine, la Famille Royale paraissent au balcon, mais sans madame de Polignac, à qui on a demandé de ne pas se montrer. cette dernière aurait dit à madame Campan : « Ah ! Madame! quel coup je reçois.»

L’absence de la duchesse est remarquée.

« Ah dit une femme désappointée, la duchesse n’est pas avec elle !
– Non, répondit un homme, mais elle est encore à Versailles ; elle est comme les taupes ! Elle travaille en dessous, mais nous saurons piocher pour la déterrer !»

Yolande Folliot incarne madame de Polignac dans L'Eté de la Révolution (1989)

Madame Campan a entendu ce discours et, affolée, l’avait rapporté à Marie Antoinette. Depuis la matinée, on  rapporte à la souveraine nombre d’avertissements du même genre. Cette dernière s’était donc résolue à demander à Son amie bien aimée de quitter Versailles et la France pour se mettre à l’abri.

Madame de Polignac quitte Versailles et la France parce que c’est que le Roi le lui ordonne. Et en s’éloignant de Marie-Antoinette qui lui donne une bourse de 500 louis, elle croit sincèrement que les esprits échauffés contre la Reine vont se calmer. Par ailleurs, elle n’a pas le choix, son mari et sa belle-sœur décident (toujours) pour elle, en l’occurrence il s’agit de sauver sa tête mise à prix . Et puis, et ce n’est pas la moindre des raisons : madame de Polignac est mère. Elle se doit à ses enfants. Jules et Melchior sont encore très jeunes et à sa charge .

Yolande Folliot / de Polignac quittant Versailles dans L'Eté de la Révolution

C’est ainsi que, le 16 juillet au soir, la famille Polignac quitte le château dans un désordre indescriptible. Comme la Reine sait Ses amis désargentés, en dépit de leurs charges, Elle fait porter à Yolande une bourse de 500 louis. Tout le monde s’entasse dans une berline. Il n’avaient pu emporter chacun que le strict nécessaire. A minuit, un courrier apporte à la duchesse un mot d’adieu de Marie Antoinette :

«Adieu la plus tendre des amies, le mot est affreux ; voilà l’ordre pour les chevaux. Adieux. Je n’ai que la force de vous embrasser.»

Le départ des Polignac par Benjamin Warlop

« Un jour, j’étais à jouer chez les petites de Guiche; on vint me chercher beaucoup plus tôt que de coutume. Au lieu du domestique ordinairement chargé du soin de me porter, je trouvai le valet de chambre de confiance de mon père. J’avais une bonne anglaise qui parlait mal français; on lui remit un billet de ma mère. Pendant qu’elle le lisait, je rentrai dans la chambre de mes petites compagnes et déjà tout y était sans dessus dessous: on pleurait et on commençait des paquets. On m’enveloppa dans une pelisse; le valet de chambre me prit dans ses bras, et, au lieu de me ramener chez mes parents, il m’installa avec ma bonne chez un vieux maître d’anglais qui habitait une petite chambre au quatrième dans un quartier éloigné.
La nuit suivante, on vint me chercher, et je fus menée à la campagne où je restai plusieurs jours sans nouvelles de personne. J’étais déjà assez âgée pour souffrir beaucoup de cet exil. C’était lors des troubles du mois de juin et à l’époque du départ de monsieur le comte d’Artois, de ses enfants et de la famille Polignac. À mon retour, je trouvai l’aînée des petites de Guiche partie et sa sœur cachée chez les parents de sa bonne. Le motif de tout cet émoi pour nous autres enfants avait été le bruit répandu que le peuple, comme on appelait dès lors une poignée de misérables, était en route pour venir enlever les enfants des nobles et en faire des otages. Il m’était resté un grand effroi de cette séparation et, lorsque les événements du 6 octobre arrivèrent, je n’étais occupée que de la crainte d’être renvoyée de la maison.»

Adèle d’Osmond, comtesse de Boigne

Image des Adieux à la Reine de Benoît Jacquot

Le 17 juillet 1789

Enfin les Polignac, quittant Versailles, s’imaginent s’éloigner quelques mois, puis rentrer paisiblement une fois le calme revenu .  Ils n’imaginent pas qu’ils partent pour toujours ! Du reste n’emportent-ils rien, ou pas grand-chose . Le duc de Polignac est muni de faux papiers, d’un passeport signé par la main du Roi. Les passeports portent le nom de M. et Mme Erlinger, négociants à Bâle, la ville où se rendent les fugitifs.. Auprès de lui, torturée de chagrin, Yolande veille sur Guichette et son fils Héraclius, qui a un mois. La comtesse Diane et l’abbé de La Balivière les accompagnent.

La voiture s’en va dans la nuit, avec à son bord le duc et la duchesse de Polignac, la comtesse Diane, l’abbé de la Balivière et Guichette qui vient d’accoucher. 

L'abbé Cornu de la Balivière est interprété par Aladin Reibel
Yolande et Jules de Polignac dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Armand et Melchior partent de leur côté. Yolande tremble d’être reconnue et redoute pour la vie de ses fils. Le départ de madame de Polignac ne se fait pas sans danger. A chaque étape, la voiture est fouillée. On la cherche partout. A Sens, le postillon de la voiture la reconnaît mais garde pour lui cette découverte, lui sauvant probablement la vie. C’est au poste suivant qu’il lui déclare :

« Madame de Polignac, il y a des gens honnêtes en ce monde. je vous ai tous reconnus à Sens ».

A Sens, lors d’un relais de poste, on a en effet failli reconnaître la favorite de la Reine. Le héros de cette aventure est le jeune abbé Cornu de la Balivière, aumônier ordinaire du Roi, qui l’accompagne et qui déclare :

« Toute la canaille des Polignac a pris la fuite et Monsieur Necker , le brave Genevois, va rentrer dans le ministère.»

Et la foule qui entourait la berline des fuyards, rassérénée, laisse partir Yolande qu’elle n’a finalement pas reconnue.

Yolande duchesse de Polignac par Elisabeth Vigée Le Brun ; Pastel sur papier

Le 21 juillet 1789

Ils arrivent , au soir, en Suisse et vont s’installer à Bâle chez le chevalier de Roll, cousin de Besenval. Une fois à Bâle, les Polignac respirent. Ils restent sur place durant dix jours au terme desquels Melchior, Jules puis Vaudreuil les rejoignent. Celui-ci jure de ne plus se séparer de Yolande, dont la santé est chancelante.

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

A trois heures et demie

La foule envahit la place d’Armes.
Selon Barère,
« des femmes furieuses étaient assises sur les canons et même sur les loges derrière eux ». La vue des troupes déployées en ordre de chaque côté des portes closes ne contribue pas à apaiser l’atmosphère. Le garde du corps Jean-Pierre Lévi d’Albignac de Montal témoigne :

« Nous étions à peine alignés face à l’avenue qu’une colonne de femmes, forte de cinq ou six cents hommes, vint attaquer ma brigade qui masquait la grille. Des hommes, armés de piques et de crocs, se mêlaient à ces femmes. Des hurlements terrifiants et des cris horribles effrayèrent grandement nos chevaux. Nos rangs s’ouvrirent, et les femmes profitèrent de ce moment pour passer. Au milieu de ces cris, nous pûmes demander du pain au roi. Nous leur disions toujours poliment que c’était impossible. Nous suggérâmes d’en laisser passer douze. Elles répondirent qu’elles voulaient toutes passer et qu’elles passeraient toutes. Le duc de Guiche était à mes côtés. Je lui dis :
« Monsieur le duc, ce n’est qu’une diversion. Savons-nous ce qui se passe sur nos flancs ?  Sommes-nous protégés ? » Il répondit qu’il n’en savait rien, mais qu’il allait au château pour en savoir plus. J’ai essayé de parler à certaines de ces femmes pour les calmer. C’est alors que des paroles haineuses contre la reine ont été entendues.»

Le soir
 
Le duc de Guiche donne l’ordre de retirer les gardes du corps. Ceux-ci quittent la cour des Ministres et traversent la place d’Armes. Au passage de la Garde nationale versaillaise, ils sont hués et insultés. Puis, alors que la tête de la colonne s’engage avenue de Sceaux, des coups de feu retentissent : deux chevaux sont tués et leurs cavaliers blessés dans leur chute. L’un d’eux, Moucheron de La Meslière, est traîné au corps de garde français. Interrogé, il explique qu’il a été malade le 1er octobre et qu’il a donc été absent au dîner, ce qui lui permet de ne pas être maltraité.
 
Pendant que les deux chevaux morts sont écartelés et rôtis, Lecointre, armé de toutes ses forces fait positionner deux canons en direction de l’avenue de Sceaux pour dissuader les gardes du corps de revenir sur leurs pas. Craignant une attaque de la Garde nationale versaillaise dans leur hôtel, les gardes du corps se hâtent de regagner le château. Ils reprennent leur position dans la cour des Ministres. Sur ordre de Lecointre, les canons de la Garde nationale versaillaise sont déplacés devant la grille du château, face à la cour des Ministres, un fait inédit dans toute l’histoire de Versailles.
 
Au duc de Guiche, qui l’informe de l’incident, le Roi, désireux de calmer l’agitation, ordonne aux gardes du corps de traverser les jardins. Ils passent donc sous la voûte de l’Escalier des Princes pour se mettre en formation de combat dans le Parterre du Midi. Plus tard, à la demande du Roi, le duc de Guiche leur ordonne de s’éloigner davantage de la cour des ministres et de s’installer au niveau de l’Allée Royale ou Tapis-Vert. Plus tard encore, après minuit, les gardes du corps reçoivent l’ordre d’arriver à Rambouillet. Ainsi, en termes de troupes régulières, seul le contingent de gardes du corps nécessaire aux postes dans les appartements royaux reste à Versailles, ainsi qu’à l’intérieur, les Cent-Suisses et, à l’extérieur, les Gardes suisses.

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Le 29 octobre 1789

Louis XVI écrit à la duchesse de Guiche : 

« Paris, le 29 octobre 1789
Il y a bien longtemps, Madame la duchesse, que je vous ai écrit, je ne savais pas où vous adresser ma lettre. J’apprends que vous étiez à Dunin lorsque les nouvelles de France du 5 au 6 y sont arrivées, j’ai bien peur pour votre santé de l’inquiétude qu’elles vous ont causées. J’espère que vous avez été rassurée depuis sur la santé de la reine; elle a montré la force et le courage que vous lui connaissez, et je vois avec plaisir qu’on l’a senti et qu’on revient ici sur son compte. Mais les méchants sont bien actifs et dans ce siècle-ci on les croit plus que les bons; vous en êtes bien une preuve. J’espère bien que le duc de Guiche vous aura rejointe, il s’est bien conduit et aussi l’a-t-on pris en grippe; il faut espérer que le jour de reconnaître la vérité arrivera, il n’y a que cela qui soutienne un peu, dans quelque éloignement qu’il peut être; le duc de Guiche vous dira que pour l’habit de maréchal de camp cela ne se peut pas, je n’en ai pas trouvé d’exemple. Vous savez bien le plaisir que j’ai à vous obliger et j’espère que vous ne douterez pas de mon amitié à Paris comme à Versailles,
Louis»

Marie-Antoinette écrit à Yolande :

« Je suis bien aise que M. de Guiche soit avec vous .  C’est un gendre digne de vous et de votre mari, par son attachement, sa noblesse et sa loyauté . Tout le monde lui rend justice ici et même ses ennemis lui rendent hommage par la haine qu’ils ont montrée contre lui . Dites-lui bien des choses pour moi  ( que ) je ne peux vous dire .»

Devenus indésirables à Rome, les Polignac partent pour Venise.

Venise

Bien que le climat ne convienne pas à la duchesse, elle aime cette ville où elle vit une période relativement heureuse.

Le 23 mai 1790

Diane rejoint Venise accompagnée de son père. Elle loge chez les Bombelles. Le marquis, ambassadeur à Venise depuis octobre 1789, s’agite alors et s’occupe des arrangements de la comtesse Diane «que son extrême gêne rend très difficiles».

Le Pont des Soupirs de Venise par Gustave Doré (1832-1883)

Le 24 mai 1790

A dix heures et demie le matin, Bombelles embarque dans sa péotte armée de six bons rameurs, le duc et la duchesse de Polignac, le duc et la duchesse de Guiche, le comte de Vaudreuil, le vicomte et la vicomtesse de Vaudreuil, et Idalie de Nyvenheim, la fiancée d’Armand de Polignac. Ils arrivent à cinq heures à l’Hôtel de France où monsieur et madame de Champcenetz, le vicomte de Polignac, Diane, Angélique de Bombelles et tous les enfants les attendent. Guichette préfère aller chez Diane mais le reste de la société dîne chez Bombelles, avant d’aller s’établir au Lion Blanc, la meilleure auberge de Venise, sur le Grand Canal. Puis Bombelles emmène Yolande sur la place de Saint-Marc, où tout le monde s’empresse pour voir cette dame si célèbre.

Le 26 mai 1790

Le marquis de Bombelles conduit les ducs de Polignac et de Guiche ainsi que Vaudreuil visiter la superbe maison de Carpenedo. Ses grands jardins à la française donnent sur une terrasse qui domine la grande route d’Allemagne à Venise passant par Trévise ; c’est celle du Frioul et de toutes les provinces adjacentes. Un pavillon octogonal, orné dans le même goût que le château, orne le grand chemin.

Début juin 1790

Le duc de Polignac signe le bail qui le fera jouir de la maison de Carpenedo meublée, de ses jardins, pour un an, pour la somme de douze cents ducats courants. Le soir-même Jules vient prendre possession des lieux avec Bombelles.

Yolande va enfin souffler et pouvoir se sentir un peu chez elle.

Le 6 septembre 1790

A Carpanedo, la duchesse marie son fils Armand à Idalie de Nyvenheim, qui s’acclimate très bien au clan Polignac..

« L’évêque de Trévise étant arrivé, ainsi que les ambassadeurs d’Espagne, de Vienne, et le ministre de Sardaigne, j’ai donné le bas à Mlle de Nyvenheim pour la conduire à la chapelle . Mes gens, en grande livrée, me précédaient et suivaient Mme de Bombelles à laquelle le comte Armand de Polignac donnait la main. Venaient ensuite la duchesse de Polignac, la comtesse Diane, la duchesse de Guiche, Madame de Polastron.
La chapelle décemment ornée renfermait beaucoup de monde. Une bonne musique s’est fait entendre . L’évêque a confirmé Mlle de Nyvenheim , les deux enfants du duc de Polignac, son petit frère ( fils du dernier mariage du vicomte de Polignac ) et Edmond de Villeront dont le duc de Polignac prend soin . Ce sacrement étant conféré, les deux futurs époux ont reçu celui du mariage, et la messe, dite par l’évêque, a été solennisée par son clergé, la musique, et l’assistance des personnes ci-dessus nommées »

Marc de Bombelles

Banquet du mariage d'Armand de Polignac par Francesco Guardi

Madame de Polignac et sa famille errent de pays en pays, en Suisse, En Italie, à Rome, à Venise, puis aboutissent à Vienne en 1791.

Le 21 juin 1791

La famille royale est reconnue et arrêtée à Varennes.

Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Le 25 juin 1791

 La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

En 1792

Le duc de Polignac, père de la duchesse de Gramont, est le représentant officieux de Louis XVI à Vienne. 

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le Roi refuse.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale.

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)

Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

La Tour du Temple

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple… Aglaé ne peut qu’imaginer sa mère à la place de la pauvre princesse si elle était restée en France….

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

Massacres dans les prisons.

Le 2 octobre 1792

Dans une lettre, le duc Jules de Polignac écrit qu’il a des difficultés à trouver de l’argent pour faire subsister sa nombreuse famille.

Le lundi 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

En octobre 1793

La duchesse déchue dépérit, n’a plus le goût à rien, ne cesse de pleurer. Elle reçoit le coup, fatal lorsque la nouvelle de l’exécution de son amie lui parvient … On lui dit pourtant que la Reine est morte de privations dans Sa prison.

Profil de Yolande de Polignac (1787) par Elisabeth Vigée Le Brun

Dans la nuit du 4 au 5  décembre 1793

Son agonie commence. Atteinte par un cancer, dévorée de douleur et de chagrin, Yolande Martine Gabrielle de Polignac s’éteint sans douleur ni bruit, veillée par Vaudreuil et Diane, deux mois après la mort de celle qui a été son amie. Un témoin raconte sa mort :

« Son dernier soupir n’était que son dernier souffle, et pour le dire en un mot, sa mort fut aussi douce qu’elle-même l’avait été.»

Le 9 décembre 1793

On enterre la duchesse de Polignac.

On grave sur sa pierre tombale « Morte de douleur ».

Sa tombe, aujourd’hui introuvable, a sans été doute détruite.

En 1794

Elisabeth Vigée Le Brun peint à nouveau la belle duchesse de Guiche, alors âgée de vingt-six ans. Dans ses mémoires, Le Brun écrit que «le beau visage de la duchesse n’a pas du tout changé», malgré le malheur qui s’est abattu sur sa famille après 1789.

Ce portrait de « Guichette » est exécuté à Vienne où le peintre réside de 1792 à 1795.

Aglaé de Guiche-Polignac par Elisabeth Vigée Le Brun

Le 27 juin 1794 ( 9 messidor an II )

Son grand-père, Jean François Gabriel de Polastron, né en 1722, est guillotiné. Il est inhumé au cimetière de Picpus à Paris, comte de Polastron, il était aussi gouverneur de Castillon, colonel du régiment de la Couronne.

Le 19 décembre 1795

Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, avec qui Aglaé a grandi, quitte sa prison vers quatre heures du matin le jour de ses dix-sept ans, 
escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’Empereur François II.

Marie-Thérèse de France portant le deuil de sa famille par Heinrich Füger

Le 19 janvier 1796

Fersen part pour Vienne où Madame Royale vient d’arriver, libérée du Temple. Il se rend avec le duc de Guiche pour la voir passer lorsqu’elle rentre de la messe et note : 

« Elle est grande, bien faite, mais elle rappelle plus Madame Elisabeth que la reine.Son visage est plus formé, mais pas changé : elle est blonde, a de jolis pieds, mis marche mal et en dedans. Elle a de la grâce et de la noblesse. En passant, elle rougit, nous salua, et en rentrant chez elle se retourna pour nous regarder encore. A ses manières, je reconnus sa mère, et j’y crus voir l’envie de nous faire politesse et nous dire qu’elle nous reconnaissait. L’impression fut si vive que les larmes me vinrent aux yeux et que mes genoux faiblissaient sous moi en decendant les escaliers. J’avais eu beaucoup de peine et beaucoup de plaisir et j’étais très affecté.»

Le 27 mars 1796

Fersen revoit Madame Royale en présence de dix-sept personnes. Elle lui parle de la Suède et des souverains.

« On permet au duc de Guiche et à moi de la voir qu’en public. Elle est trop raisonnable et trop grande pour être traitée ainsi en enfant. » 

note-t-il avec amertume….

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres
Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulême qui sera Dauphin de France

 

Le 10 juin 1799

Louis-Antoine, duc d’Angoulême épouse au palais de Mittau en Russie sa cousine germaine Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI, en présence du comte de Provence et de son épouse. La cérémonie est célébrée par l’évêque de Metz, grand aumônier de France. Le couple n’aura pas d’enfants.

Marie-Thérèse de France

En 1801

Le comte d’Artois fait venir Aglaé en Angleterre où elle entre au service de Marie-Joséphine de Savoie, épouse du comte de Provence. Missionnée pour user de ses charmes auprès du Premier consul et le convaincre de rétablir les Bourbons, Joséphine voit en elle une rivale dangereuse et Aglaé quitte Paris sans avoir rencontré Bonaparte.

Marie-Joséphine de Provence

La comtesse de Provence n’est pas en bonne santé, elle est devenue énorme à force de boire et de subir les exils que l’Histoire lui impose.

Napoléon et la duchesse de Guiche, in polychrome scrimshaw
Aglé de Guiche par Louis-Auguste Brun

 

 

À la fin de sa vie

La duchesse de Gramont, maîtresse supposée du comte d’Artois, s’éprend d’un proche de ce dernier, le marquis de Rivière (1765-1828). 

Charles François de Riffardeau, marquis de Rivière par Elisabeth Vigée Le Brun

« Charles François, duc de Rivière de Riffardeau est l’un des officiers de l’ancienne armée qui, dans le cours des dernières révolutions, montrent le plus de dévouement à la monarchie des Bourbons et en seront le mieux récompensés»

Rivière de Riffardeau est aussi un proche de son frère Jules.

Le 30 mars 1803

Aglaé de Polignac meurt dans un incendie accidentel chez elle à Edimbourg , en Écosse.

Images de Jacquou le Croquant (2007) de Laurent Boutonnat

À la Restauration, en 1814

Antoine de Guiche revient en France avec Louis XVIII, comme capitaine des Gardes du corps du Roi. Il récupère ce poste lors de la deuxième Restauration en 1815 et le conservera jusqu’à la mort de Louis XVIII, puis durant le règne de son successeur, Charles X.

Portrait équestre de Louis XVIII Calligraphie. Signé «Auvrest»

À la révolution de 1830

Antoine de Guiche rentre dans la vie privée.

La Liberté guidant le Peuple d'Eugène Delacroix (1830)

Le 28 août 1836

Antoine de Guiche meurt à Paris, âgé de quatre-vingts ans. Il est inhumé à Bidache qu’il avait visité et aimé en 1788, lorsqu’il régla de façon favorable la question du maintien des droits ancestraux du Parlement de Navarre.

1 réflexion sur “Aglaé de Guiche-Polignac”

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