« Nous avons eu, lundi dernier, la troisième répétition de Persée. On a été plus content du luminaire, le théâtre étant éclairé de plus de trois mille lumières, ce qui est bien considérable. Je ne crois pas cependant qu’on puisse diminuer de beaucoup ce nombre, par la disposition du théâtre qui est immense, et surtout par la manière dont monsieur Arnoult a arrangé ses châssis de décorations. D’ailleurs, la grandeur énorme de ce théâtre, très commode pour le service, exige un nombre considérable de sujets pour les chœurs et pour la danse. Aussi pense-je que ce local ne pourra jamais servir que dans les fêtes de très grand apparat et où l’on ne regardera pas à la dépense. On a été très content des lustres que j’ai fait mettre entre les colonnes de la salle, lesquels éclairent bien les plafonds des galeries, ainsi que le grand plafond, qui est un très beau morceau du sieur Durameau. Nous avons un camp de trois cents gardes françaises, établi dans le parc, pour toutes les manœuvres des magasins, le service du théâtre et les comparses dans les opéras. Le Roi est venu voir la salle et l’a visitée jusqu’aux combles. Quand le Roi a eu terminé la visite de la salle, on a levé le grand rideau qui avait été trouvé fort beau. Le théâtre était occupé par toutes les demoiselles de la danse, vêtues en belles étoffes de taffetas blanc, et par les danseurs en uniforme rouge avec brandebourgs d’or. C’est l’habit que les uns et les autres ont pris pour les répétitions. Le Roi a été très content de cet ensemble, ainsi que de la décoration représentant la mer, avec le rocher d’Andromède. J’ai été visiter hier les travaux du parc, pour le feu d’artifice et pour l’illumination; j’ai été très content des dispositions prises. Le duc d’Aumont et le duc de Villequier sont partis avec le Roi, qui est allé au-devant de Madame la Dauphine à Compiègne. Nous avons fait la répétition, hier, des postes et consignes. On travaille à force, depuis avant-hier, à monter la salle du festin royal dans la salle de spectacle. Je crois que cela fera un très beau coup d’œil.»
Source : Journal de Papillon de la Ferté,
intendant et contrôleur de l’Argenterie, Menus-Plaisirs et Affaires de la Chambre du Roi (1756-1780)