Le château de Rambouillet

Le château de Rambouillet

En 1368

Jean Bernier, chevalier, conseiller et maître des requêtes de l’hôtel du Roi Charles V, prévôt de Paris, achète à Girard de Tournebu un simple manoir qu’il fait transformer en 1374 en un véritable château fortifié et entouré de douves. Ce château primitif est de plan pentagonal irrégulier, avec un corps de logis triangulaire cantonné de tourelles, une grosse tour, un châtelet d’entrée et une cour fermée de courtines. Ces transformations doivent se comprendre au regard de l’ordonnance de Charles V (1364-1380) du 19 juillet 1367 prescrivant d’armer tous les châteaux ; c’est aussi l’époque où le Roi fait fortifier à Paris le Louvre et la Bastille.

La grosse tour médiévale de Rambouillet

Dès 1384

Guillaume, fils de Jean Bernier, vend ce nouveau château à Regnault d’Angennes, écuyer et premier valet tranchant du Roi. Il restera dans la famille d’Angennes pendant plus de trois siècles, jusqu’en 1699.

Pendant la guerre de Cent Ans

Le château est pillé et incendié entre 1425 et 1428, mais restauré en 1484 par Jean II d’Angennes et son épouse. Jacques d’Angennes (1514-1562), capitaine des gardes du corps de François Ier, agrandit le domaine constituant ainsi un magnifique domaine de chasse. Grand amateur de chasse, François Ier (1515-1547) vient souvent à Rambouillet.

Le château de Rambouillet au Moyen-Âge
Tapisserie figurant François Ier à la chasse

En mars 1547

François Ier part chasser dans la région pour se diriger vers Saint Germain en Laye. A cette époque, il est déjà malade et son état s’aggrave. Il s’arrête donc chez son fidèle garde du corps, Jacques d’Angennes qui possède le château de Rambouillet. Vraisemblablement, le Roi est accompagné d’une partie de sa famille, notamment du Dauphin Henri, et de sa bien-aimée, Diane de Poitiers.

 Le 31 mars 1547

François Ier meurt à Rambouillet d’une septicémie, selon la tradition dans la chambre haute de la grosse tour, qui a subsisté jusqu’à nos jours malgré les transformations considérables subies par le château.

La chambre où serait mort François Ier
Gisant de François Ier à Saint-Denis

Jacques d’Angennes fait aménager une grande salle au rez-de-chaussée, dans le goût italien, aux murs recouverts de plaques de marbre, par le maître maçon Olivier Ymbert. Il fait également construire le grand escalier en brique et pierre.

L'escalier Renaissance

En 1612

Louis XIII (1610-1643) érige la terre de Rambouillet en marquisat au profit de la famille d’Angennes.

Fleuriau d’Armenonville, qui ne dépense que 140 000 livres pour acquérir le domaine, y engloutit plus de 500 000 livres en l’espace de quelques années. Selon la tradition, c’est lui qui fait transformer les jardins à la française en créant une succession de parterres et de plans d’eau, alimentés par les nombreuses sources de ces terrains marécageux. Un canal est creusé dans l’axe de la façade sud-ouest du château et prolongé par un tapis vert. Un autre canal, perpendiculaire, longe les parterres de broderies qui s’étendent au pied du château. Au-delà de ces parterres sont aménagés trois bassins de formes différentes. Le parc est agrémenté de sculptures de Simon Mazière, Pierre Legros et René Frémin.

Le château des Bourbons

Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, fils naturel légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan, amiral de France, souhaitant posséder un domaine de chasse aux environs de Paris, jette son dévolu sur Rambouillet. Fleuriau d’Armenonville est contraint de lui céder le domaine en 1706 pour la somme de 500 000 livres.

Le comte de Toulouse développe et embellit considérablement le domaine. Il procède à d’importantes acquisitions foncières, il porte le domaine jusqu’à 13 000 hectares. Il fait construire de splendides écuries et de vastes communs, reliés au château par un souterrain. Il fait également réaliser d’importants travaux sur le château lui-même.

La grande salle à manger, ancienne chambre dite «du Roi»

De 1706 à 1709

Une première campagne de travaux a lieu sous la direction de Pierre Cailleteau dit « Lassurance ». Les façades sur cour sont homogénéisées et la cour est fermée par une grille semi-circulaire. L’aile nord-ouest (aujourd’hui détruite) est dotée d’une façade incurvée sur le jardin et d’un escalier extérieur en fer à cheval.

Louis XIV à la chasse par Van der Meulen

En août 1707

Alors que l’essentiel de ces travaux est achevé, le château reçoit la visite du Grand Dauphin, du duc et de la duchesse de Bourgogne, de la princesse de Conti et de nombreux courtisans. Louis XIV lui-même vient deux fois rendre visite à son fils, en compagnie de madame de Maintenon, la seconde fois peu avant sa mort en 1714.

La salle des marbres est aménagée au tout début du XVIIIe siècle, à l’époque où le château appartient au comte de Toulouse... Elle sert de salle-à-manger pour les officiers.

En 1722

Lorsqu’il quitte le conseil de Régence, le comte de Toulouse se retire à Rambouillet.

De 1730 à 1736

Le comte de Toulouse (1678-1737), Louis-Alexandre de Bourbon, lance une seconde campagne de travaux sous la direction de l’architecte Desgots dit «Legoux».

Le comte de Toulouse

Elle vise à doubler l’aile ouest par la création d’un appartement dit « appartement d’assemblée ». En dépit de l’importance du projet, l’intervention de Desgots est relativement discrète. Il fait déplacer la tourelle d’angle pour ne pas bouleverser l’équilibre du château. La principale originalité est un balcon courant sur la façade le long du nouvel appartement, disposition qui était depuis longtemps passée de mode.

Les aménagements intérieurs réalisés à la même époque et pour l’essentiel toujours en place sont en revanche d’un très grand luxe.

Un très bel ensemble de boiseries sculptées est réalisé par les ornementistes François-Antoine Vassé, qui a travaillé également à l’Hôtel de Toulouse, et Jacques Verberckt.

En 1737

À la mort du comte de Toulouse, le domaine passe à son fils unique, le duc de Penthièvre (1725-1793). Né à Rambouillet, il y passe beaucoup de temps et se consacre principalement à l’embellissement des jardins.

Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, par Jean-Marc Nattier
Marie-Victoire de Noailles, comtesse de Toulouse
Le château de Rambouillet, avec un jardin à la française
La gondole du duc de Penthièvre au château de Rambouillet

Louis XV (1710-1774) vient souvent à Rambouillet, il s’y plaît parce que la société de la comtesse de Toulouse lui est agréable et parce que la chasse y est abondante. C’est dans un de ces petits voyages que l’on amusa Louis XV d’une plaisanterie faite à l’abbé ***, son chapelain, homme d’une extrême simplicité.

« Il y avait au milieu du canal une île où l’on avait construit un pavillon, l’abbé souhaitait connaître l’utilité de ce bâtiment sur cette pièce d’eau. Un plaisant lui répondit qu’il s’agissait d’une cabane pour loger une baleine que le Grand Amiral a fait venir de Brest. Bêtise et curiosité se réunirent, le lendemain dès l’aurore l’abbé se rendit au bord du canal pour apercevoir la fameuse baleine. Ne la voyant point, il prit une barque et malgré son peu d’adresse, il arrive à force de ramer à atteindre l’île. Il y trouva un fort joli salon -le comte de Toulouse faisait jouer de la musique les jours de grande chaleur- honteux d’avoir été pris pour dupe, il tenta de regagner le bord mais la barque chavira. Des ouvriers qui l’entendirent appeler au secours le sortirent de l’eau et le ramenèrent au château où il dû rester alité quelques jours. Voyant que le clerc de chapelle lui disait la messe, le Roi demanda où était l’abbé ***; on lui raconta l’histoire dont il rit beaucoup avec la comtesse de Toulouse et le duc de Penthièvre. Ils se réunirent pour faire des plaisanteries au pauvre abbé; le Roi lui demanda entre autres s’il n’était pas trop fatigué de son voyage sur la Baltique ! »

La chaumière aux coquillages

 Il fait développer le réseau de canaux pour constituer un ensemble d’îles et fait aménager 25 hectares du parc à l’anglaise avec fabriques, selon une mode qui commence alors à se répandre. La chaumière aux coquillages, l’ermitage et le pavillon chinois (voir ci-dessous) datent des années 1770-1780.

La chaumière aux coquillages de la princesse de Lamballe
Plan de la chaumière aux coquillages

Cet ermitage au milieu d’un jardin à l’anglaise est significatif de l’engouement pour le pittoresque campagnard qui se développe à partir de 1760 et dont atteste également le hameau de la Reine à Versailles (construit entre 1783 et 1787). D’extérieur, cette construction ressemble à une chaumière et elle est de nouveau, comme à l’origine, couverte en chaume, mais l’intérieur est très richement décoré (marbre, coquillages, nacre) ; c’est le but d’une fabrique : étonner le visiteur. La chaumière est constituée de deux pièces. Une vaste salle, décorée à l’aide de coquillages, etc.

Une salle plus petite se cache derrière deux portes dérobées de chaque côté de la cheminée. Cette pièce est décorée de peintures murales et d’un miroir. Des automates, grandes ingéniosités du XVIIIe siècle, se trouvaient dans la plus petite des pièces. Ils ont été dérobés.

La famille du duc de Penthièvre, La Tasse de Chocolat
La plus petite salle de la chaumière
La chaumière aux coquillages

Rambouillet, une résidence royale

Louis XVI qui, comme Louis XV, chasse souvent en forêt des Yvelines mais trouve trop exigu son château de Saint-Hubert, demande à son cousin le duc de Penthièvre de lui céder son château de Rambouillet.

Louis XV à la chasse (détail) par Jean-Baptiste Oudry, château de Fontainebleau
Louis XV à la chasse par Oudry, château de Fontainebleau

Le 29 décembre 1783

Louis XVI achète le domaine de Rambouillet au duc de Penthièvre pour y chasser, pour la somme considérable de seize millions de livres.

Louis XVI à la chasse à Rambouillet par Benjamin Warlop

Louis XVI envisage tout d’abord de faire reconstruire le château, mais les plans demandés à l’architecte Jean Augustin Renard ne sont pas concluants. Marie-Antoinette en découvrant ces lieux s’exclame : 

« Que deviendrai-je dans cette gothique crapaudière ? »

Marie-Antoinette en amazone par Wertmüller

Pour tenter de Lui faire aimer le domaine, Louis XVI fait réaménager une aile Marie-Antoinette pour des nouveaux appartements au goût du jour. Louis XVI fait construire, sous la direction de l’architecte Jacques Jean Thévenin, de vastes communs, pouvant accueillir quatre cents serviteurs, à la place des anciennes écuries, et de nouvelles écuries pour cinq cents chevaux. 

Rambouillet, lundi 10 octobre 1785

« Levés à sept heures. Après déjeuner été à pied jusqu’au château appartenant autrefois au duc de Penthièvre qui la vendu au roi. Sa Majesté y vient deux fois par an, au moment des chasses. Ce château, dans une plaine bordant la forêt, n’est pas royalement meublé: les appartements de la reine seuls sont luxueux, quoique sans dorures, à l´exception d´un cabinet dans le style chinois: les meubles en laque dorée, les boiseries vert clair et or entourées de glaces peintes, les chaises recouvertes de toile des Inde et les rideaux de même étoffe.
Les jardins admirables se prolongent en un parc anglais où des avenues habilement tracées mènent jusque dans cette forêt merveilleuse. Non loin du château, nous longeâmes une rangée de nouveaux bâtiments destinés nous dit-on, à établir une manufacture de coton dans le genre de celle de Manchester……»

Journal de madame Cradock : voyage en France (1783-1786) 

 L’appartement du Roi comporte une antichambre, une chambre boisée, une garde-robe tendue de papier de chine et un cabinet en tourelle. On a probablement , au même étage, dans l’aile rejoignant la porte fortifiée l’appartement de la Reine et du premier valet de chambre. Au-dessus, sans pouvoir préciser sont logées Madame Elisabeth et la comtesse d’Artois. Au rez-de-chaussée sont les salles des gardes, la salle de billard, les bains et la salle à manger du Roi  qui changera trois fois d’emplacement.

La grande curée du cerf en forêt de Saint-Germain-en-Laye (d'après Oudry) - vers 1778

Louis XVI soupe parfois à Rambouillet mais il n’y jamais dormi, malgré l’existence d’une chambre du Roi (actuelle salle-à-manger).

Le mouton «Versailles & Rambouillet», une histoire royale
( Texte et photographie de Denis Barrow ; Versailles – passion )

Pour Marie-Antoinette la ferme de Son hameau est un spectacle, pour Ses enfants elle a une valeur éducative, pour Louis XVI, dans son domaine de Rambouillet, il s’agissait de l’amélioration de la production de la laine française.

La bergerie de Rambouillet
En 1785
 
Dans le parc du domaine de Rambouillet, Louis XVI fait construire une ferme expérimentale. Il obtient du Roi d’Espagne, le privilège d’importer un troupeau de mérinos. Ce troupeau, parti de Ségovie le 15 juin 1786, conduit par quatre bergers espagnols, traverse les Pyrénées, puis les Landes, où il passe l’été pour se reposer. Il gagne ensuite Rambouillet, par étapes de 10 à 15km par jour.
 
Le 12 octobre 1786
 
A son arrivée , après 119 jours d’un voyage de 1500km, il n’a perdu qu’un bélier et seize brebis. Le climat de Rambouillet n’est pas celui auquel ces animaux sont habitués et de nombreux agneaux ne survivent pas à leur premier hiver. Le troupeau survivant s’adapte bien à son nouvel environnement. Le «mérinos pure race» est encore présent à Rambouillet.
Moutons à Versailles 15 juillet 2019
La bergerie de Rambouillet

Du 13 mai 1784 au 23 août 1788

Le Roi qui suit à cheval la chasse du cerf ou du sanglier, se rend cent vingt fois à Rambouillet.

La Reine y sera venue cinq fois à Rambouillet ( le 17 mai 1784, le 3 juin 1784, le 8 juillet 1785, le 25 juillet 1785 et le 26 juin 1787) .Dans les mémoires on compte six visites de la Reine à Rambouillet. Il est intéressant de noter que lors des venues de la Reine et de la famille royale, un service de gondoles se tient sur les canaux et que la promenade dans les jardins est agrémentée de chaises roulantes dotées de parasols !

A ce moment là, la Laiterie de la Reine n’existe pas encore.

Du 1er juillet 1785 au 1er juillet 1791

Louis XVI fait construire une ferme où il y a des vaches, des chèvres, des poules, des pigeons, des lapins et un porc.

En juin 1787

Louis XVI fait construire dans le plus grand secret une magnifique laiterie, inaugurée en juin 1787, et remanier les jardins par Hubert Robert dans le style anglais, pittoresque, qui plaît tant à la Reine.

Cette laiterie est édifiée dans le plus grand secret pour ne pas alerter sur le manque d’argent, qui est déjà important en 1785. Plus tard, la laiterie sera réaménagée et utilisée par Napoléon.

La laiterie de la Reine
Coupe en section du Nymphée de la Reine, dessin de Mique d’après la Laiterie de Rambouillet, vers 1788

Édifiée par l’architecte Jacques-Jean Thévenin, c’est l’une des plus importantes fabriques de jardin du XVIIIe siècle. La laiterie comprend une salle en rotonde qui est éclairée par une lumière zénithale venant de la coupole du plafond. Une table ronde est placée au milieu de celle-ci sous Napoléon Ier.

La nymphe Amalthée, oeuvre de Pierre Julien, au fond de la grotte

Quelques précisions sur les décors : la nymphe au fond de la grotte tâte l’eau du pied, tandis que la chèvre Amalthée se désaltère. L’eau jaillissait du fond de la grotte pour couler dans le bassin, ainsi que sous forme de jets d’eau le long des parois de la salle dite de rafraîchissement. Cette salle faisait ainsi office de «frigo» où l’on conservait les produits laitiers. On les dégustait dans le petit vestibule en forme de rotonde, avec son mobilier en acajou de style étrusque. A l’emplacement de la lourde table en marbre du vestibule,  posée en 1807, se trouvait sous Marie-Antoinette un bassin central. 

Marie-Antoinette dans Sa laiterie de Rambouillet par Benjamin Warlop

Cette fabrique est destinée à la dégustation des laitages préparés dans les dépendances qui se trouvent juste à côté.

La vaisselle de Sèvres, confectionnée pour la Laiterie de la Reine, rivalise d’audace par les formes : pots à têtes de chèvres, vases à anses étrusques, terrines à pieds de vaches. Cette vaisselle est notamment composée d’un bol sein resté célèbre : 

Bol sein ou «jatte téton», par Jean-Jacques Lagrenée le Jeune et Louis-Simon Boizot

Un service exceptionnel est alors commandé pour la Reine. Il comportait à l’origine soixante-cinq pièces, livrées en deux fois en 1787 puis en 1788. Seules dix-sept pièces sont connues aujourd’hui. Bien que sans dorure, le décor peint de ce service est polychrome, sur un fond blanc cerné de bandeaux colorés, dont la plupart sont de ces couleurs pâles très en vogue dans les années 1780. Seules quelques pièces possèdent des bandeaux d’un rouge orangé. Les animaux les plus couramment représentés sur les pièces sont ceux associés au lait (vaches, moutons, chèvres). Sur quelques unes des plus grandes pièces, ils sont accompagnés de jeunes gens vêtus à l’antique.

Vaisselle en porcelaine de Sèvres pour la Laiterie de Rambouillet. Il faut imaginer cette même vaisselle en cristal de Venise.

« Pour la Laiterie de la reine Pierre Julien va concevoir neuf sculptures (dont six médaillons et deux frises) d’une pureté et d’une élégance qui en font la crème de l’art néoclassique. (…) là, devant la grotte artificielle et la petite pièce d’eau dessinées par Hubert Robert, une statue pleine de grâce de La Nymphe Amalthée et la chèvre qui nourrit l’enfant Jupiter, dite Nymphe à la chèvre. Sur la fin de ce siècle (le XVIIIe), la République songe à vendre le château. Aussi, à tout hasard, en 1797, la Direction centrale des musées enlève la Nymphe à la chèvre, la met en dépôt à Versailles, puis, en 1803, l’enverra sous la rotonde du Sénat, au palais du Luxembourg. (…) sortie du palais du Luxembourg en 1829, la statue fut transférée au Louvre, où elle resta cent vingt-quatre ans, avant de repartir pour Rambouillet. Entre-temps, le Louvre l’avait remplacée par une Suzanne au bain de Pierre-Nicolas Beauvallet, et cela n’avait empêché personne de dormir.»

L’Express (Août 2003), consacré aux Mystères de la Laiterie de la Reine

Suzanne au bain, de Pierre-Nicolas Beauvallet

Conçu pour amener Marie-Antoinette à apprécier la nouvelle résidence de Rambouillet, le mobilier d’acajou de la laiterie, livré le 1er mai 1787, n’aura été finalement vu qu’une seule fois en place par la Reine, lors de Son passage un mois plus tard. Préservé des ventes révolutionnaires de 1793, il quitte toutefois le décor architectural auquel il était intimement lié pour rejoindre le Muséum central du Louvre. Rien ne laisse présager qu’il pourra y revenir, deux cent trente ans plus tard.
L’ensemble se composait de quatre fauteuils, dix chaises, six tabourets, une grande table circulaire et quatre plus petites « en forme de guéridon ». Réalisé par Georges Jacob, menuisier préféré de la reine, il est le fruit d’une collaboration avec Hubert Robert qui en donna les dessins. Ses formes dites « à l’Étrusque » trouvent leur source dans le vaste répertoire que le peintre, volontiers archéologue, avait pu constituer lors de son séjour à Rome. Le piétement en X inspiré des sièges curules, les pieds arrière « en sabre » et les dossiers « en crosse » des chaises : autant de nouveautés, associées aux frises de palmettes et de myrtes. Le choix même du sombre acajou et l’absence de garniture textile évoquent le mobilier de bronze antique.

Mobilier réalisé pour la laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet

En 1810, deux fauteuils, six chaises et quatre tabourets sont envoyés au Petit Trianon pour occuper le salon du Pavillon français. Sous la Restauration, le reste du mobilier attirera l’attention du duc d’Orléans, Louis-Philippe, qui en obtiendra l’usage pour sa résidence du Palais-Royal, à Paris. Son fils Ferdinand-Philippe en extraira l’un des fauteuils pour orner son fameux « salon des antiquités », dans son appartement des Tuileries, parmi d’autres meubles historiques provenant du Garde-Meuble de la couronne. Quant à la table centrale, après avoir figuré au château de Saint-Cloud, puis aux Tuileries, elle sera enfin envoyée, en 1842, au château de Pau, et dotée d’un plateau beaucoup plus vaste pour servir de table du conseil. Elle s’y trouve toujours. Cinq des six chaises placées à Trianon depuis l’Empire seront vendues par les domaines en 1889, intégrant la prestigieuse collection du comte Henry Greffulhe, puis celle de Sir Alfred Beit. Ce dernier les offrira au château de Versailles en 1951. Les pièces installées au Palais-Royal ne réintégrent pas le giron du Garde-Meuble après la Révolution de 1848. Elles réapparaissent à la vente Hayem, en juin 1932, où le château de Versailles a pu les acheter pour reconstituer cet ensemble dont il ne manque plus, outre les différentes tables, qu’un tabouret.

Le château de Versailles restitue les fauteuils de la Laiterie de Rambouillet.

Dans l’axe du portail de La Bergerie nationale se trouve l’emblématique pigeonnier. Photo Alessandro Clemenza pour Télérama Sortir

Le 26 juin 1787

C’est lors de Sa dernière visite qu’Elle découvre cette surprise du Roi. Ce sera la dernière fois qu’Elle viendra à Rambouillet. Louis XVI, lui, reviendra chasser en 1788 et le 26 août pour la dernière fois.

Le 13 juillet 1788

Un violent orage ravage plusieurs régions de France. Le Roi vient alors de quitter le château de Rambouillet où d’énormes grêlons détruisent près de 12 000 vitres, les ardoises de l’édifice et un millier d’arbres.

D’octobre 1789 à Mars 1790

Il y a eu un transfert de litière, paille pour des vaches à lait installées à Saint-Cloud.

Le 31 octobre 1789

Un cheval est acheté avec une charrette afin de livrer des produits de Sa ferme à la Reine résidant aux Tuileries.

Sous la révolution, à partir de 1793

Le château est laissé à l’abandon pour une vingtaine d’années.

Le 25 décembre 1795

Le Directoire prescrit l’aliénation « des maisons et parcs de Saint-Cloud, Meudon, Vincennes, Madrid, Bagatelle, Choisy, Marly, Saint-Germain, Maisons-Carrières, le Vésinet, Rambouillet, Chambord, Chantilly, le Pin et toutes les maisons et parcs dépendant de la ci-devant Liste civile ou provenant des ci-devant princes émigrés, à l’exception seulement des maisons principales de Versailles, Fontainebleau et Compiègne, destinées à des établissements publics ».

En 1804

Sur la demande de Napoléon Ier (1769-1821), l’architecte Auguste Farmin fait de Rambouillet un rendez-vous de chasse et une maison d’habitation. La remise en état est achevée en 1807. Le château de Rambouillet est inscrit sur la liste civile de Napoléon Ier. Il aime Rambouillet pour les possibilités cynégétiques qu’offre le domaine. Il engage des travaux de réaménagement. Une première campagne, sous la direction de l’architecte Guillaume Trepsat, aboutit en 1805 à la démolition de l’aile est.

On songe encore à reconstruire entièrement l’édifice, et plusieurs projets sont élaborés en 1809 par l’architecte Auguste Famin, dont aucun n’est finalement retenu. Famin est toutefois chargé de revoir un certain nombre de circulations intérieures ainsi que la décoration de plusieurs appartements.

Salle-de-bains de l'Empereur restaurée
La chapelle

Dans la nuit du 29 au 30 juin 1815

Sur le chemin de l’exil, Napoléon passe à Rambouillet.

Au retour des Bourbons sur le trône

Le château est remeublé et des travaux sont exécutés pour effacer les insignes impériaux. Le nouveau gouverneur, Armand-Louis de Serent, entreprend de modifier la façade sur le jardin, mais le chantier est interrompu après avoir fait réaliser trois baies en plein cintre, ce qui donne aujourd’hui un aspect étrange et peu homogène à cette partie du château.

Charles X aime chasser à Rambouillet.

Charles X à la chasse
La salle-à-manger

Le 2 août 1830

C’est à Rambouillet que, prenant la route de l’exil, Charles X abdique en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux.

Charles X présentant le comte de Chambord après son abdication
Charles X ayant abdiqué quitte la France avec sa famille et embarque à Cherbourg

Louis-Philippe ne veut pas conserver le château sur sa liste civile et le remet à l’administration des domaines, qui le loue à divers occupants : le baron de Schickler, le comte Duchâtel, un restaurant de luxe, un cercle parisien.

Louis-Philippe Ier , Roi des Français

En 1852

Le château de Rambouillet réintègre la liste civile de Napoléon III qui y fait quelques séjours.

Napoléon III
Les écuries de Rambouillet

Après la chute du Second Empire

L’administration envisage un moment de transformer le château en hôpital, soulevant les protestations indignées d’Adolphe Thiers.

Dès 1883

Les Présidents de la République reprennent la tradition des chasses à Rambouillet.

Le 19 novembre 1913

Alphonse XIII d’Espagne rend visite au président Emile Loubet au château de Rambouillet.

Le 27 août 1928

Signature du pacte Briand-Kellogg, ou pacte de Paris. Signé au Ministère des Affaires étrangères de Paris, le rendez-vous est donné ensuite au château de Rambouillet en présence des signataires.

C’est un traité signé par soixante-trois pays qui « condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différents internationaux et y renoncent en tant qu’instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles ».

Charles De Gaulle et Dwight D. Eisenhower au château de Rambouillet, septembre 1959

L’initiative de ce pacte revient à Aristide Briand, ministre français des Affaires étrangères, et Frank Kellogg, secrétaire d’État américain. Il entra en vigueur le 24 juillet 1929. C’est le climat détendu des relations internationales qui permet la signature de ce pacte, par quinze puissances dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne et le Japon, pour la renonciation générale à la guerre. Si le pacte est accueilli dans l’enthousiasme aux États-Unis, il suscite une réserve indéniable en Europe.

Entre janvier et mars 1999

La conférence de Rambouillet est le nom donné au cycle de négociations menées entre janvier et mars 1999 au château de Rambouillet entre les indépendantistes kosovars de l’UÇK et la Serbie, sous l’égide de l’OTAN. Ces négociations se sont finalement soldées par un échec, suivi par une campagne de bombardements de l’OTAN en Yougoslavie. La cause principale du refus des délégations serbe et russe fut la présence militaire imposée par l’OTAN.

Le château de Rambouillet à l’heure ... des accords du Kosovo

Depuis 2009

Le Centre des monuments nationaux a la gestion du château et organise sa visite. Les espaces bénéficient toujours de leurs ameublement du Mobilier national. Ouvert depuis 2009 à la visite par le Centre des monuments nationaux, le château de Rambouillet s’inscrit désormais dans la politique de remeublement historique déjà menée par les anciennes résidences royales de Versailles, Fontainebleau et Compiègne. Une série de dépôts entre ces institutions, ces dernières décennies, avait déjà donné des résultats spectaculaires notamment à Versailles. Le dépôt de l’ensemble du mobilier conçu pour le chef-d’oeuvre qu’est la laiterie de Rambouillet, érigé au crépuscule de la monarchie, n’en est pas des moindres.

Le château de Rambouillet, vue aérienne depuis le nord

En avril 2025

Le mobilier « à l’Étrusque » livré pour Marie-Antoinette retrouve la laiterie de Rambouillet : le bon meuble à la bonne place. Une fois n’est pas coutume, le château de Versailles a déposé à Rambouillet l’exceptionnel mobilier « à l’Étrusque » longtemps présenté au Petit Trianon.

Sources :

  • Antoinetthologie
  • CUEILLE, Sophie, Le domaine de Rambouillet, Paris, Monum’ Éditions du patrimoine, 2005, 68 p.
  • LIOT, Thierry, Rambouillet au XVIIIe siècle, Rambouillet, Patrimoine et avenir de Rambouillet et de sa région, 2010, 124 p.
  • MAËS, Antoine, «Louis XVI et Marie-Antoinette à Rambouillet. Du château de Saint-Hubert à la laiterie de la reine», dans Bulletin de la Société historique et archéologique de Rambouillet et de l’Yveline, n° 133-134, juillet 2015, p. 4-37.
  • MAËS, Antoine, La Laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet, Un temple pastoral pour le plaisir de la reine, Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 2016, 112 p.
  • MAËS, Antoine, La chaumière aux coquillages de Rambouillet. La fabrique de l’illusion au XVIIIe siècle, Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 2018, 111 p.
  • MASSON, Raphäel (dir.), Princes de Rambouillet, Paris, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, Versailles, Château de Versailles, 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!
Retour en haut