« Quel délit m’impute ce citoyen (le gendarme Jourdeuil qui l’a dénoncé) ou ceux qui partagent ses opinions ? D’avoir donné un verre d’eau à l’accusée, et cela au défaut des citoyens huissiers qui, dans ce moment étaient absents pour le service du tribunal ; d’avoir tenu mon chapeau à la main, faisant chaud et pour ma commodité, et non par respect pour une femme condamnée dans mon opinion.
Le digne citoyen accusateur public s’était expliqué envers nous qu’il y avait un officier à la conduite de l’accusée, ainsi que cela se pratiquait dans le service de la prison. Comme la veuve Capet dérivait le corridor pour descendre l’escalier intérieur de la Conciergerie, elle me dit : je vois à peine à me conduire. Je lui présentai mon avant-bras droit, et elle descendit dans cette attitude l’escalier ; elle se reprit pour descendre les trois marches glissante s du préau. C’est pour lui éviter une chute que je pris cette mesure ; les hommes de bon sens ne pourront y voir d’autre intérêt ; car si elle fût tombée dans l’escalier, on eût crié à la conspiration, à la trahison, que la gendarmerie en était convaincue. Comment ose-t-on dénaturer ces intentions ? Les lois de la nature, ma mission, les lois de l’état le plus redoutable me prescrivaient le devoir de la conserver pour son parfait jugement.
Signé De Busne, lieutenant de gendarmerie près des tribunaux, membre de la Société populaire des Gardes françaises»
LENOTRE, G., Marie-Antoinette, La Captivité et la Mort, Perrin, Paris, 1930, p. 366