Le 7 septembre 1744
Naissance de Marie-Paule-Angélique d’Albert de Luynes, duchesse de Chaulnes, nommée aussi : vidame d’Amiens et duchesse de Picquigny de 1762 à 1769. Elle est la fille de Marie-Charles-Louis d’Albert, duc de Luynes et de Chevreuse (1717-1771) et d’Henriette-Nicole Pignatelli d’Egmont( 1719-1782).
Le 23 mai 1758
Marie-Paule-Angélique d’Albert de Luynes épouse son cousin, Marie-Joseph d’Albert d’Ailly (1741-1793), à Dampierre. Son époux est le fils de Michel-Ferdinand d’Albert d’Ailly (1714-1769), cinquième duc de Chaulnes et d’Anne-Josèphe Bonnier de La Mosson. Marie-Joseph d’Albert d’Ailly avait été promis à Alexandrine Le Normant d’Étiolles, fille légitime de la marquise de Pompadour, mais elle décéda peu avant ses dix ans.
En mai 1762
Elle est titrée duchesse de Picquigny.
Le duc l’abandonne assez vite, notamment pour se lancer dans des voyages scientifiques.
Le 31 janvier 1766
Marie-Paule est nommée Dame du palais , en remplacement de la vicomtesse de Beaune, morte le 27 janvier précédent, elle reste en place jusqu’à la mort de Marie Leszczyńska (en 1768)… à laquelle elle semble fidèle et attachée puisqu’elle déclare :
«Je ne sais, Madame ce que c’est que le saut de l’anguille. Je ne l’ai jamais fait : il demande, dit-on, beaucoup de souplesse dans les reins; mais quel qu’il soit, le plus beau saut que j’aie jamais vu, le plus grand et le plus merveilleux est celui de la Dubarri (sic) qui, des bras des laquais, est sautée dans ceux du Roi.»
Les dames du palais sont, dans la maison de la Reine, des dames de qualité chargées d’accompagner la Reine. Les offices de dame du palais ont été mis en place au XVIIe siècle, pour remplacer les demoiselles d’honneur, jeunes filles non mariées, placées auprès de la Reine. Ces différentes catégories de dames (femmes nobles mariées) ont un rang supérieur aux femmes, de chambre et de garde-robe, qui ne sont pas nobles.
« Madame de Picquigny est la digne belle-fille de madame la duchesse de Chaulnes. Elle a de sa belle-mère l’abondance d’idées, le flux de saillies, les fusées, les éclairs et les feux de paille. Elle est tout esprit comme elle, et son esprit est cet esprit à la diable, « le char du Soleil abandonné à Phaéton. » Elle prend, en se jouant, son parti de toutes choses, et de son mariage, et de son mari, ce fou d’histoire naturelle qui, dit-elle, a voulu la disséquer pour l’anatomiser.»
Histoire de Marie-Antoinette, Edmond et Jules de Goncourt
Le 24 juin 1768
Mort de la Reine Marie Leszczyńska (1703-1768).
En septembre 1769
Marie-Paule est encore titrée duchesse de Chaulnes.
En mai 1770
Le Roi la nomme pour aller chercher la Dauphine à Strasbourg.
Le 16 mai 1770
Le Dauphin Louis-Auguste épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.
Marie-Paule entoure la jeune Dauphine de ses plaisanteries sur la du Barry, qu’elle surnomme avec une élégance infinie la grande sauteuse. C’est d’ailleurs elle aussi qui établit la subtile distinction entre les siècles, les collets montés et les paquets…
La première amie de Marie-Antoinette à la Cour de Versailles – Marie-Paule, duchesse de Picquigny, dame du palais
Marie-Antoinette cherche des compagnes pour s’étourdir, pour échapper aux larmes, à l’avenir, à Elle-même. Elle se lie comme une jeune fille, ou mieux comme une pensionnaire punie, dont les grandes vengeances — de petites malices — veulent une confidente et une complice. La première amitié de la Dauphine est une camaraderie, et la camarade, la plus jeune tête de la Cour : la duchesse de Picquigny.
Quelles distractions pour la Dauphine dans cette compagnie, dans cette causerie, qui ne respecte rien, pas même l’insolence de la fortune, pas même la couronne de la du Barry ! Et le dangereux maître, cette madame de Picquigny, qui, derrière son éventail, enhardit, émancipe la langue de la Dauphine ! C’est d’elle que Marie-Antoinette apprend à rendre les railleries pour les injures, et la moquerie pour la calomnie. Madame de Picquigny la sollicite et la lance aux espiègleries contre les figures bizarres, les ajustements gothiques, les prétentions, les gaucheries, les ridicules et les hypocrisies ; et c’est dans sa familiarité que s’ébauchent ces traits, ces mots, ce partage des femmes de la cour en trois classes, les femmes sur l’âge, les prudes faisant métier de dévotion, et les colporteuses de nouvelles empoisonnées : les siècles, les collets montés et les paquets, sobriquets innocents dont s’amusait la jeune Dauphine, et qui préparaient tant de haines à la Reine de France !
Mais M. de la Vauguyon tient encore alors le Dauphin sous la tutelle de ses avertissements et de ses représentations. Quelles suites, murmure-t-il à son oreille, si jamais le Roi est instruit de cette ligue de la Dauphine avec madame de Picquigny contre la grande sauteuse ! Il fait d’un autre côté insinuer à la Dauphine que les personnes faites et tournées comme madame de Picquigny, spirituelles de nature, font esprit de tout ; qu’elles sont entraînées à n’épargner personne, pas même une bienfaitrice et qu’il leur arrive de s’acquitter de la reconnaissance par des brocards. De la confiance et de l’abandon, la Dauphine passait à la réserve avec madame de Picquigny, et de la réserve à l’indifférence.
Histoire de Marie-Antoinette, Edmond et Jules de Goncourt
À partir de 1771
Ces farces ne plaisent que trop à l’espiègle Dauphine, qui retrouve ainsi un peu du sel de son intimité avec Marie-Caroline, qui, déjà, suscitait les remontrances de leur auguste mère. A la Cour de Versailles, froncements de sourcils et pincements de lèvres accueillent ces enfantillages, qui, peu à peu, vont monter les esprits contre Marie-Antoinette.
Le 8 octobre 1771
Décès de son père, Marie-Charles-Louis d’Albert, duc de Luynes, duc de Chevreuse.
En 1773
La duchesse de Chaulnes, sa belle-mère, contracte un nouveau mariage, aussi ridicule que disproportionné à sa naissance, avec un magistrat, François-Henri, dit «Martial», de Giac (1737-1794) ; les époux se sépareront, de gré à gré, dès l’année suivante.
« La Duchesse de Chaulnes était certainement la plus extravagante et la plus ridicule personne de France. C’était une grosse douairière toute bouffie, gorgée, boursoufflée de santé masculine et de sensibilité philosophique, qui se faisait ajuster et coiffer en petite mignonne, et qui zézéyait en parlant pour se rajeunir. Elle était éminemment riche, et c’étaient les enfants du Maréchal de Richelieu qui devaient hériter d’elle ; je pense que c’était à cause de leur grand’mère qui était une Mlle Jeannin de Castille. On supposait bien qu’elle éprouvait la tentation de se remarier ; mais ses héritiers ne s’en inquiétaient guère, en se reposant sur la difficulté qu’elle aurait à trouver un homme de la cour, ou même un simple gentilhomme qualifié qui voulût affronter une pareille exorbitance de chairs, de ridicules et de moustaches.
Il y avait à Paris, d’un autre côté, car c’était dans une des chambres d’enquêtes, un certain Conseiller sans barbe qui s’appelait M. de Giac, et qui était l’homme de justice le plus pédant, le plus risiblement coquet et le plus ennuyeux. Il avait l’air d’un squelette à qui l’on aurait mis du rouge de blonde et des habits de taffetas lilas. Il pinçait de la mandoline en se pinçant la bouche et jouant des prunelles. […]
Pour apprendre à M. de Giac à compromettre sa dignité parlementaire en épousant une folle à cause de son argent, le Parlement de Paris l’obligea de quitter la magistrature, et le Roi l’exila du côté de Barèges où nous l’avons vu se promenant le long des ruisseaux, costumé comme un berger d’Opéra, sous un parasol orné d’églantines, et la houlette à la main. » [sic]Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803. Paris, H.-L. Delloye et Garnier frères, 1842
« La femme à Giac » mourra le 4 décembre 1782 au Val-de-Grâce.
En 1773
Marie-Joseph de Picquigny trouve l’art de faire cristalliser les alcalis, en les saturant d’acide carbonique au-dessus d’une cuve de bière.
Quelque temps après, les chimistes ayant reconnu que l’asphyxie par le charbon en combustion est due à la formation de l’acide carbonique, Marie-Joseph d’Albert d’Ailly propose un moyen de secourir les asphyxiés, en leur administrant, sous différentes formes, l’alcali volatil, autrement dit de l’ammoniac gazeux. Après avoir fait des expériences avec succès sur plusieurs animaux, il veut confirmer sa découverte en s’asphyxiant lui-même. Il donne plusieurs leçons à son valet de chambre, et, lorsqu’il le pense assez exercé, il s’enferme dans un cabinet vitré, s’assoit sur un matelas, et s’environne de brasiers de charbons allumés.
« Quand vous me verrez tomber, dit-il, vous me retirerez du cabinet, et vous me donnerez des secours, comme je vous ai enseigné à le faire. »
Le valet de chambre, attentif, obéit avec précision, et parvient à ranimer son maître.
« Scène extravagante, rue de Condé, entre le baron de Beaumarchais et le duc de Chaulnes, l’homme le plus gros de Paris. ___ Le duc de Chaulnes, ce mastodonte, possédait une maîtresse délicieuse en la personne d’une comédienne de la Comédie Italienne : Mademoiselle Ménard que Beaumarchais trouvait, lui aussi, fort à son goût.»
André Castelot dansl’Almanach de l’histoire, 1962
Le 11 février 1773
Le duc de Chaulnes, son mari, a une altercation avec Beaumarchais qu’il accuse de lui ravir sa maîtresse, l’actrice Mademoiselle Ménard.
« La comédienne eut des sentiments analogues pour l’auteur dramatique et tout se déroula le mieux du monde jusqu’à ce jour de février 1773 ___ou le duc de Chaulnes apprit son infortune. Il eut le mauvais goût de prendre fort mal la chose et se précipita au Louvre où depuis dix années Beaumarchais rendait la justice __ mais oui ! __ en qualité de » président de la Capitainerie de la Garenne royale « . Le duc, qui voulait pourfendre son rival, dut attendre la fin de l’audience pour mener à bien ses projets de vengeance. Force lui fut d’écouter la défense d’un certain Jean Baille accusé d’avoir laissé son troupeau paître à Montparnasse et celle de deux garnements qui avaient osé tuer un lièvre à Clamart. Après l’audience, Beaumarchais demanda simplement à son rival la permission d’aller chercher une arme plus solide que l’épée de parade qu’il avait au côté. Chaulnes y consent et tout en trépignant de fureur accompagne Beaumarchais jusqu’à la rue de Condé. Là se déroule une scène burlesque. La dispute dura quatre heures, nous raconte Gosselin Lenôtre, «au bout desquelles le gros gentilhomme déclare qu’il ne veut plus se battre ; il dérogerait en croisant le fer contre un vilain, un baron, un ex-horloger. Le vilain s’étonne, ricane, persifle» __ et il s’y entend ! La fureur du duc redouble, «il veut arracher avec ses dents le cœur de son insulteur» et se jette sur lui. Bataille ; le colosse tape dur ; Beaumarchais à la figure en sang, les vêtements en loques ; et tout à coup son assaillant se calme.»
André Castelot dansl’Almanach de l’histoire, 1962
Jacques Weber est le duc de Chaulnes dans Beaumarchais-l’insolent (1996) d’Edouard Molinaro
« Qu’y a-t-il ? Il a faim, il demande à manger. Son rival fait servir un repas improvisé ; on s’attable, on échange menaces et gros mots, et, dès que l’appétit du grand seigneur est satisfait, il retombe à coups de poing sur son hôte». Le commissaire de police vient ensuite fort à point pour séparer les combattants qui furent tous deux arrêtés. Le duc pachyderme est vite libéré, mais Beaumarchais fait deux mois de prison au château de Vincennes. A sa sortie il aura complètement oublié Mlle Ménard, et ce n’est pas elle __ Beaumarchais le lui avait cependant promis __ qui créera Rosine du Barbier.»
André Castelot dansl’Almanach de l’histoire, 1962
Le 10 mai 1774
Mort de Louis XV.
Le Dauphin devient Roi sous le nom de Louis XVI
En mai 1774
Marie-Paule de Picquigny devient Dame du palais de Marie-Antoinette et reste en place jusqu’à sa mort.
La place de dame du palais de la Reine est un honneur que le Roi donne aux dames distinguées qu’il invite à former « la société de la Reine », c’est-à-dire Lui tenir compagnie et faire Sa cour intime. Elles forment le cœur de la Cour de la Reine, mais la place n’est ni une commission, ni un emploi, ni une charge à titre d’office. Le Roi donne simplement à chacune des dames 6000 livres sur le Trésor royal ; ces pensions ne sont pas payées sur le budget de la Maison de la Reine. Au dernier quart du XVIIIe siècle, on retint trois dixièmes ou 30%, un des plus lourdes taxations à la Cour. Des douze dames du palais, la moitié est des « titrées », c’est-à-dire les femmes de ducs, maréchaux de France ou grandes d’Espagne. Les six autres dames sont de la plus ancienne noblesse de France, mais ne jouissent pas du privilège de s’asseoir sur un tabouret en présence de la Reine. Celles-ci se tiennent débout, ou reçoivent un « carré » ou grand coussin à condition de s’occuper à des travaux d’aiguille. D’habitude, quatre des dames du palais sont en service par semaine. Leurs huit consœurs sont libres de rester dans leurs appartements de fonction à Versailles ou leurs hôtels particuliers à Paris. Quand Marie-Antoinette insiste pour avoir Ses amies qui forment la société de salon, nombreuses dames du palais se sentent exclues et le système commence à se dénouer, avec pour résultat que plusieurs des dames du palais ne servent guère.
«Almanach de la Cour», Seconde Édition de William Ritchey Newton
Le 24 mai 1774
Le Roi offre le Petit Trianon à Marie-Antoinette qui souhaite avoir une résidence de campagne où échapper aux contraintes de Son rang.
« De pareils bons mots ( je parle de la précédente citation du saut de l’anguille…) n’étaient lâchés que dans les conversations d’intimité et de confiance. La Dauphine ensuite les faisait valoir, les variait suivant les occasions, ne les répétait jamais sans faire de grands éclats de rire, & ne voyait jamais la Dubarri sans s’écrier ô la grande sauteuse qui ressuscite les morts. Ce règne de faveur ne fut pas pour la duchesse de Picquigny de longue durée. On fit entendre à la Dauphine que peut-être quelque jour elle serait le sujet des plaisanterie de sa favorite . Les diseurs de bons mots, lui faisait-on entendre, n’épargnent personne, ils cherchent à faire rire, il leur importe peu aux dépens de qui. Ce grain de défiance jeté dans l’esprit de la Dauphine, on eut soin de l’y entretenir et de le faire germer .»
Porte-feuille d’un talon rouge. Contenant des Anecdotes galantes & secrettes … et qui poursuit :
« Le duc de la Vauguyon de son côté minait la faveur de Mme de Pecquigny, en faisant envisager au Dauphin son élève la suite que pourraient avoir ces bons mots si le Roi en était jamais instruit. La Dauphine se tint sur la réserve avec sa favorite, & passa bientôt de la réserve à l’indifférence .
M. de la Vauguyon avait ses vues en desservant Mme de Pecquigny. A la faveur dont elle jouissait il voulait substituer Mme de Saint-Mégrin, sa bru , & il en vint à bout, mais la faveur de celle-ci ne fut que passagère. Elle se piquait aussi de dire de bons mots, mais ces bons mots étaient moins plaisants que méchants. Aucun n’était dirigé contre la Dubarri, c’était la politique de Mme de Saint-Mégrin. Elle espérait par le crédit de cette femme autant que par le crédit dont son mari jouissait auprès de Monsieur le Dauphin obtenir la place de dame d’atours … L’esprit de madame la duchesse de Chaulnes est si singulier, qu’il est impossible de le définir : il ne peut être comparé qu’à l’espace ; il en a pour ainsi dire toutes les dimensions, la profondeur, l’étendue et le néant.
(…)
Madame la duchesse de Chaulnes est un être qui n’a rien de commun avec les autres êtres que la forme extérieure : elle a l’usage et l’apparence de tout, et elle n’a la propriété ni la réalité de rien.»Madame du Deffand
« La duchesse de Chaulnes était certainement la plus extravagante et la plus ridicule personne de France. C’était une grosse douairière toute bouffie, gorgée, soufflée, boursouflée de santé masculine et de sensibilité philosophique, qui se faisait ajuster et coiffer en petite mignonne, et qui zézéyait en parlant pour se rajeunir. Elle était éminemment riche, et c’étaient les enfants du Maréchal de Richelieu qui devaient hériter d’elle ; je pense que c’était à cause de leur grand-mère qui était une Mlle Jeannin de Castille. On supposait bien qu’elle éprouvait la tentation de se remarier ; mais ses héritiers ne s’en inquiétaient guère, en se reposant sur la difficulté qu’elle aurait à trouver un homme de la cour, ou même un simple gentilhomme qualifié qui voulût affronter une pareille exorbitance de chairs, de ridicules et de moustaches.
Il y avait à Paris, d’un autre côté, car c’était dans une des chambres d’enquêtes, un certain Conseiller sans barbe qui s’appelait M. de Giac, et qui était l’homme de justice le plus pédant, le plus risiblement coquet et le plus ennuyeux. Il avait l’air d’un squelette à qui l’on aurait mis du rouge de blonde et des habits de taffetas lilas. Il pinçait de la mandoline en se pinçant la bouche et jouant des prunelles. Il avait la prétention d’avoir composé la musique et les paroles d’un opéra tragique, mais par habitude il ne fabriquait que des pièces fugitives, et c’était de la poésie, d’autant plus légère qu’il n’y avait rien dedans.
Voilà M. de Richelieu qui s’amuse à faire courir le bruit d’un mariage entre Mme de Chaulnes et M. de Giac qui ne se connaissaient point du tout. C’est un bruit qui se répand dans tout Paris : on leur en parle ; Mme de Chaulnes se fait désigner l’équipage, la loge et la personne de M. de Giac, et vice versa de la part du Conseiller pour la Duchesse ; on s’observe, on s’approche, on fait connaissance, on s’admire, et finalement on s’épouse. Mme de Chaulnes en a donné deux cent mille livres de rente à son second mari, et voilà M. de Richelieu bien récompensé ! — Je dois vous annoncer, lui vint-elle dire, au pavillon d’Hanovre, en prenant des airs de mineure, je viens vous annoncer que je vais me donner un tuteur…. — Madame, lui répondit-il en s’inclinant jusqu’à terre, (ce qui préludait toujours à quelque perfidie), j’aurais cru que vous aviez perdu le droit de le choisir vous-même ; et quelle est donc, s’il vous plaît, cette heureuse et prudente personne qui va diriger votre minorité ? Elle répondit en minaudant que c’était un jeune magistrat qui avait l’honneur d’appartenir aux Lefèvre de Caumartin ; mais elle ne voulut ou n’osa jamais le nommer, ce qui priva M. de Richelieu du plaisir de lui répondre qu’on n’était plus jeune à cinquante-deux ans, parce que c’était précisément l’âge de la Duchesse et celui de son Conseiller des enquêtes. Ce qu’il y eut de charmant, c’est qu’elle alla disait partout que le Maréchal de Richelieu l’avait complimentée de la manière la plus aimable, et qu’il avait eu la galanterie de l’appeler Pupille dilatée.
Pour apprendre à M. de Giac à compromettre sa dignité parlementaire en épousant une folle à cause de son argent, le Parlement de Paris l’obligea de quitter la magistrature, et le Roi l’exila du côté de Barèges où nous l’avons vu se promenant le long des ruisseaux, costumé comme un berger d’Opéra, sous un parasol orné d’églantines, et la houlette à la main. tout donne à penser qu’il aura fini raisonnablement, car il a légué toute sa fortune à l’hôtel-Dieu de Bordeaux.»Souvenirs de madame de Créqui
En 1775
Marie-Joseph de Picquigny prouve que l’air méphitique des cuves de brasserie est en fait de l’acide carbonique ; il établit le procédé pour préparer facilement de l’eau acidulée, par le moyen de moussoirs avec lesquels on agite de l’eau au-dessus de cuves contenant de la bière en fermentation. Il indique les moyens d’extraire et de purifier les sels de l’urine.
Dimanche 11 juin 1775
Louis XVI est sacré à Reims.
Le 19 septembre 1775
Marie-Antoinette octroie à la princesse de Lamballe le titre très lucratif de « surintendante de la Maison de la Reine », dont la charge consiste à organiser les plaisirs de celle-ci. Ce titre avait été aboli par Louis XV en raison de son coût.
Du 3 au 9 octobre 1775
La Cour est au château de Choisy.
A l’automne 1775
Marie-Antoinette se lie d’amitié avec la comtesse de Polignac, une jeune femme de peu de moyens mais dont elle apprécie la gaieté d’esprit. La Reine se montrera généreuse envers cette amie et tout son entourage…
Du 8 juin au 11 juillet 1776
Séjour au château de Marly.
Le Jeu de bague du jardin anglo-chinois de Marie-Antoinette
« Le goût n’est pas seulement aux jardins chinois ; on raffolait de chinoiseries de toutes sortes, on donne des fêtes. La Reine veut avoir à Trianon un jeu de bague chinois comme celui de Monceau. Un dessinateur, à la fin de l’année 1775, va prendre le croquis de ce dernier, et, dès les premiers jours de 1776, un modèle en relief est présenté à Marie-Antoinette qui l’approuve.
Le jeu de bague de Monceau consistait en un vaste parasol autour duquel tournait une plate-forme. Deux chimères caparaçonnées portaient les hommes. Les dames s’asseyaient sur deux sièges que des chinois à demi couchés tenaient de côté à bras tendus. Les bagues sortaient de lanternes suspendues au bord du parasol.
En imitant ce jeu à Trianon, Richard Mique l’embellit et l’amplifie. On a creusé, à l’ouest de la terrasse du château, une fosse destinée à cacher le mécanisme et les hommes chargés de le mouvoir. Au niveau du sol, une plate-forme pivote autour d’un mât couronné par un immense parasol. Ce mât est soutenu par un groupe de trois chinois, dont les corps évidés et les mains couvertes de plomb cachent les ferrures qui assurent la solidité de la construction. Au sommet du parasol, tourne une girouette ornée de deux dragons dorés. Quatre dragons ou chimères, à cornes de cuivre, servant de monture aux hommes, alternent avec autant de paons dont la croupe offre des sièges aux dames. Des chapeaux chinois font entendre leurs clochettes quand la mécanique est en mouvement. Toutes les sculptures, en chêne des Vosges et de Hollande, sont exécutées par Bocciardi (sculpteur ordinaire des Menus Plaisirs du Roi). Les bagues sortent de carquois disposés autour de la plate-forme. Plus tard, le choc de la lance fatiguant la reine, on imagine un jeu de balles que le mémoire du mécanicien Merklein qualifie aussi de jeu chinois.»Le Petit Trianon : histoire et description de Gustave Adolphe Desjardins
Le 26 février 1777
Richard Mique propose à Marie-Antoinette son projet finalisé d’aménagement du jardin. Elle en écarte l’ermitage à cloche, le parc de moutons à la chinoise, le salon de colonnes d’eau jaillissante et la fausse ruine. Les autres fabriques sont confirmées, la réalisation de maquettes est engagée et les travaux de terrassement se poursuivent.
Le 18 avril 1777
Visite de Joseph II en France. Il voyage en Europe sous le nom de comte de Falkenstein. A la requête de l’Impératrice , il rend visite à sa sœur pour tenter de comprendre la stérilité du couple royal.
Du 9 octobre au 15 novembre 1777
Séjour de la Cour à Fontainebleau.
Le 18 décembre 1778,
vers minuit
La Reine ressent les premières douleurs et fait appeler Son mari à une heure et demie. Pendant ce temps, madame de Lamballe, surintendante de Sa maison, court avertir la famille royale. Lorsque les douleurs La reprennent, avec violence, Marie-Antoinette s’installe dans un petit lit de travail dressé exprès près de la cheminée.

Les courtisans, massés dans l’antichambre de la Reine et le cabinet du Roi, sont si nombreux qu’ils se répandent jusque dans la galerie des Glaces. Tous trépignent d’impatience. Lorsqu’on ouvre enfin les portes, ils s’élancent dans les appartements de la Reine et s’agglutinent jusqu’à Son lit. Même du temps de Louis XIV, on n’avait jamais vu une foule si dense ! La pauvre souveraine croit mourir, et serre les dents pour ne pas donner à ces yeux scrutateurs le spectacle de Sa souffrance.
La naissance est un supplice. Un instant, on croit que l’enfant est mort, mais des vagissements se font entendre : il vit. La Reine n’a pas le temps de s’en réjouir. Elle n’en peut plus. La tension, l’émotion, l’atmosphère confinée et étouffante, le vacarme des courtisans, le travail éreintant de douze heures… Elle est prise d’une convulsion et s’évanouit. Terreur du médecin. Il faut La saigner pour La réanimer et reprendre les suites naturelles de l’accouchement !
Marie-Antoinette n’apprend que plus tard qu’elle a donné le jour à une fille, et pleure abondamment.
Marie-Antoinette vient de donner naissance à Marie-Thérèse Charlotte, dite Madame Royale, future duchesse d’Angoulême. L’enfant sera surnommée «Mousseline» par la Reine.
Du 12 avril au 21 avril 1779
Marie-Antoinette se retire à Trianon pour sa convalescence. C’est la première fois qu’Elle y dort. Elle est toujours susceptible d’être contagieuse aux yeux du temps et doit donc préserver Sa petite fille et Son mari.
Elle est alors veillée par le comte d’Esterházy (1740-1805), le baron de Besenval (1721-1791) et les ducs de Coigny (1737-1821) et de Guînes (1735-1806).
« Les trois semaines que nous passâmes à Trianon furent très agréables, uniquement occupés de la santé et de l’amusement de la reine, de petites fêtes simples dans un lieu charmant , des promenades en calèches ou sur l’eau. Point d’intrigues, point d’affaires, points de gros jeux. Seule la magnificence qui y régnait pouvait faire soupçonner qu’on était à la cour.»
Valentin Ladislas, comte d’Esterházy
Des hommes en tant que garde-malades étaient alors indispensables puisque la rougeole pouvait entraîner de graves conséquences sur les dames potentiellement enceintes. Les moyens de contraception n’existaient pas encore et donc toutes ses dames du palais en âge de procréer pouvaient être enceintes. De plus, dans ces situations de maladies contagieuses à risque pour les femmes, Marie Leszczyńska agissait de même et personne ne trouvait rien à redire…
Mais outre ces garde-malades qui font scandale, la Reine est aussi veillée par Monsieur, Madame, le comte d’Artois et la princesse de Lamballe. Madame de Polignac manque à l’appel car atteinte de rougeole elle-aussi. La maison entière de la souveraine s’est établie au Grand Trianon et Marie-Antoinette doit recevoir quelques instants ses dames d’honneur et d’atours. Seules les dames du palais ne sont pas conviées. Il faut dire aussi qu’il s’agit d’une maladie qui peut être d’une extrême gravité pour les femmes enceintes. Or beaucoup d’entre elles, jeunes mariées, sont susceptibles de l’être.
A la mi-novembre 1781
On dit à la duchesse de Chaulnes, mourante et séparée de son mari :
« Les sacrements sont là.
— Un petit moment.
— M. le duc de Chaulnes voudrait vous revoir.
— Est-il là ?
— Oui.
— Qu’il attende : il entrera avec les sacrements. »
Marie-Paule ne se trompait pas car :
Le 17 novembre 1781
Marie-Paule de Picquigny meurt à Paris. Elle avait trente-sept ans.