Le
Naissance de Caroline-Stéphanie-Félicitée du Crest de Saint-Aubin au château de Champcery, Fille de Pierre César du Crest, marquis de Saint-Aubin (1711-1763) et de Félicité Mauguet de Mézières (1717-1790) à Issy-l’Évêque. Félicitée naît pauvre, vers Autun, où ses parents sont couverts de dettes.
Dans son enfance, conformément à un usage alors fréquent dans la noblesse de Bourgogne, son père, après avoir fourni la preuve de huit quartiers de noblesse pour Félicité, la fait recevoir chanoinesse dans un des chapitres du Lyonnais. Félicité du Crest de Saint-Aubin, débute sa longue vie dans un cadre heureux d’une noblesse qui vit au-dessus de ses moyens.
Elle rejoint Paris chez une cousine de sa mère madame Bellevaux, qui loge chez son amant Guillaume le Normand, … Ce monsieur a la fortune d’avoir une épouse assez belle pour avoir troublé le Roi Louis XV, lui-même.. ! Généreusement, le Roi donne à sa nouvelle maîtresse le titre de madame de Pompadour et au mari délaissé de larges récompenses en guise de consolation …
Le train de vie de la maisonnée, va grandissant, et Félicité reçoit toute la formation que sa beauté et sa grâce naturelle méritent ( cours de maintien, musique, clavecin …)
Le marquis du Crest de Saint-Aubin, n’échappe pas aux revers de fortune, il est contraint de vendre le château et de partir pour des terres lointaines… Félicité et sa mère sont accueillies à Passy chez un personnage haut en couleurs monsieur de la Popelinière : riche, vaniteux et galant, il a quelques attentions pour la mère de Félicité… Le marquis du Crest revient ruiné, fatigué, malade… et met fin aux réjouissances… avant de mourir.
Le 5 juillet 1763
A la mort de son père, sa veuve, marquise de Saint-Aubin, et ses deux enfants – Félicité et son frère – se trouvent soudain jetés, sinon dans la pauvreté comme on l’a dit, du moins dans une certaine gêne. Comme chanoinesse, elle est appelée « la comtesse Félicité de Lancy », parce que son père était seigneur et patron de cette petite ville. Pendant cette période, elle acquiert un savoir encyclopédique qui lui sera utile par la suite.
Des divertissements mondains, Félicité Ducrest de Saint-Aubin, a appris la frivolité, et à briller dans les salons. Elle exécute des rôles de jeune première sur les théâtres privés en même temps qu’elle se fait admirer pour ses talents réels de harpiste en particulier.
« Je n’ai jamais considéré la vie comme un rêve » écrit-elle dans son journal…
Mais, par l’entremise de sa tante, la marquise de Montesson, Félicité ( elle a seize ans ) rencontre un jeune officier de marine héritier d’un ancien ministre d’état, le comte de Genlis de grande noblesse ( XIIe siècle ) et de fortune …
En novembre 1763
Contre l’avis de la famille de l ‘époux, par un mariage secret, elle épouse Charles Alexis Brulart, comte de Genlis, puis marquis de Sillery (1737-1793).
Le 4 décembre 1765
Naissance de sa fille, Caroline Brûlart de Genlis (1765-1786).
En 1767
Maman d’une fille, elle foule pour la première fois la terre des Genlis. Ensuite, les clubs de la haute société s’ouvrent, et Félicité est présentée à la cour devant le Roi.
Le 11 mars 1767
Naissance de sa fille, Edmée Nicole Pulcjérie Brûlart de Genlis (1767-1847).
En 1768
Naissance de son fils, Casimir Brûlart (1768-1783).
Le 16 mai 1770
Louis-Auguste épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.
Le 14 février 1771
Mariage du comte de Provence et de Marie-Joséphine de Savoie.
En 1771
Félicitée espérait entrer dans la maison de Marie-Joséphine de Savoie (1753-1810) . Les Brûlart, refusant de s’abaisser à en faire la demande à la comtesse du Barry (1743-1793), ainsi qu’il en est de rigueur à l’époque, Félicité doit se rabattre sur la maison d’Orléans.
Au début de 1772
Madame de Montesson (1736-1806), sa tante, la fait admettre au Palais-Royal comme « dame pour accompagner » la duchesse de Chartres (1753-1821), belle-fille du duc d’Orléans, tandis que le comte de Genlis était nommé capitaine des gardes du duc de Chartres, futur Philippe Egalité (1747-1793). Ces deux postes comportaient le logement au Palais-Royal ainsi que des gages de 6 000 livres pour le mari et 4 000 pour la femme de celui-ci.
Du duc de Chartres ou de Félicité, qui a séduit l’autre… ? Elle devient rapidement sa maîtresse en titre.
Pendant l’été 1772
À peine arrivée, la comtesse de Genlis entame une liaison avec le duc de Chartres. alors que la duchesse était partie en cure à Forges-les-Eaux, cette liaison tourne à la passion.
Madame de Genlis fait ses débuts comme animatrice du salon de la duchesse de Chartres, au Palais Royal.
Le 6 octobre 1773
Naissance de Louis-Philippe , futur roi des français ( 1830-1848).
Dès 1773, madame de Genlis propose au duc de Chartres divers gouverneurs possibles, mais, celui-ci les rejetant tous, elle propose d’éduquer les enfants elle-même.
Cette proposition est acceptée. La charge est délicate étant donné que vers l’âge de sept ans, l’usage était que les princes « passent aux hommes » pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur. Félicité de Genlis ne fut pas nommée gouverneur. De cette manière, elle put diriger l’éducation de Louis-Philippe jusqu’au moment où elle pouvait en être officiellement chargée. En attendant, il est convenu avec la duchesse de Chartres qu’elle prendra en main l’éducation des deux jumelles nées en 1777 et que, pour ce faire, elle s’installera avec elles dans un couvent. En fait, elle alla s’établir dans un petit bâtiment appelé pavillon des Chartres ou pavillon de Bellechasse, spécialement construit sur un terrain dépendant du couvent des dames chanoinesses du Saint-Sépulcre au Faubourg Saint-Germain. À cette époque, elle se lie avec la baronne de Montolieu (1751-1832) qui devient une amie intime.
Le 10 mai 1774
Louis XV meurt. Son petit-fils, le Dauphin Louis-Auguste, devient le Roi Louis XVI.
En juin-juillet 1774
C’est lors du séjour de la Cour à Marly pour l’inoculation du Roi que Marie-Antoinette entend pour la première fois de la virtuose de la harpe, madame de Genlis, maîtresse du duc de Chartres, le futur Philippe-Égalité. Un soir, la Reine s’installe dans l’appartement voisinant celui où madame de Genlis a l’habitude de travailler l’instrument. Celle-ci, prévenue de la présence incognito de la Reine, dont chaque geste est un secret de polichinelle, joue pendant une heure et demie les plus beaux morceaux de son répertoire. La Reine lui fait transmettre de nombreux compliments et se retire discrètement. Non seulement en raison de Son amour pour la musique, mais aussi de Sa subtilité innée, Marie-Antoinette préfère y participer en secret, ne voulant pas intimider madame de Genlis par sa présence. Le lendemain, Elle lui propose de se joindre à Ses concerts d’appartements, mais la harpiste refuse, préférant poursuivre sa carrière musicale de son côté et probablement à cause de sa relation amoureuse avec le duc de Chartres et, en plus, elle ne s’entend pas du tout avec la princesse de Lamballe.
Madame de Genlis tient plusieurs salons, est tour à tour comédienne, musicienne, romancière ; puis, vient l’époque de la femme éducatrice suivie de celle de la femme politique et journaliste… Elle nous laisse pas moins de cent quarante ouvrages, même si la qualité littéraire n’est pas toujours présente, c’est le point de vue historique et sociologique qui peut nous intéresser…
Elle reçoit désormais des invités au pavillon Bellechasse.
Le duc de Chartres la nomma « gouvernante » de ses enfants, au nombre desquels Louis-Philippe, futur roi des Français, qui lui vouera toute sa vie une véritable adoration. Ainsi dans ses Mémoires, le roi Louis-Philippe raconte l’éducation spartiate que ses frères et sœurs ainsi que lui-même avaient reçue de Mme de Genlis. Il qualifie cette éducation de « très démocratique», et assure qu’adolescent, il a été quasiment amoureux d’elle, en dépit de sa sévérité. L’ensemble de ces princes et princesses la préférèrent d’ailleurs toujours à leur propre mère.
Le duc de Chartres la nomma « gouvernante » de ses enfants, au nombre desquels Louis-Philippe, futur roi des Français, qui lui vouera toute sa vie une véritable adoration. Ainsi dans ses Mémoires, le roi Louis-Philippe raconte l’éducation spartiate que ses frères et sœurs ainsi que lui-même avaient reçue de Mme de Genlis. Il qualifie cette éducation de « très démocratique», et assure qu’adolescent, il a été quasiment amoureux d’elle, en dépit de sa sévérité. L’ensemble de ces princes et princesses la préférèrent d’ailleurs toujours à leur propre mère.
Félicité de Genlis se fait connaître par ses principes sur l’éducation des jeunes gens et par de nombreux ouvrages littéraires. Elle rencontre Rousseau (1712-1778) et Voltaire (1694-1778), est l’amie de Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), de Talleyrand (1754-1838), de Juliette Récamier (1777-1849), et compose une œuvre riche de quelque cent quarante volumes. Son premier essai, Théâtre à l’usage des jeunes personnes, reçut les éloges de Marmontel (1723-1799), d’Alembert (1717-1783) et Féron (1718-1776).
En 1780
« En quittant le Mont-Saint-Michel, nous passâmes à Saint-Malo où nous vîmes un exemple très singulier de ce que peut l’activité réunie à l’industrie. Il y’avait dans cette ville quinze ans auparavant un négociant nommé Dubois, qui se ruina ; n’ayant plus rien au monde, il se disposait à passer aux Indes, lorsqu’un vaisseau qu’on croyait perdu entra dans le port. Dubois avait des intérêts sur ce bâtiment, qui avait gagné des richesses immenses, et qui rapportait à Dubois six cent mille livres ; avec cette somme il fit d’autres entreprises qui prospérèrent. Alors il obtint la permission de construire un port à ses frais à une petite lieue de Saint-Malo, dans un endroit nommé Montmarin. Ce port était achevé et était en petit exactement semblable à celui de Brest. Dubois fit bâtir là un joli château qu’il habitait et il se mit à construire des vaisseaux qu’il vendait, de manière que cette portion de terre, conquise par le travail et l’industrie, était devenue la propriété de Dubois et une espèce de république fondée et gouvernée par lui. On trouvait à Montmarin une multitude d’ouvriers, parce que tout s’y fabriquait, cordages, câbles, voilures, charpenterie, etc. Dubois prêtait de l’argent à des armateurs ; mais dans ce cas il exigeait pour gage et sûreté des vaisseaux qu’il mettait dans son port. Il en a six de cette sorte dans ce moment, avec des pavillons de diverses nations. Cet homme singulier était très-hospitalier, et recevait à merveille les étrangers et tous ceux qui allaient le voir. »
Les mémoires de madame de Genlis
Le 15 janvier 1782
Le duc de Chartres institue, gouverneur de ses fils, le duc de Valois et le duc de Montpensier la comtesse de Genlis. C’est la première fois qu’une femme occupe cette fonction. Jusqu’à présent, une femme était nommée gouvernante pour l’éduction du prince durant sa petite enfance, jusqu’à l’âge de sept ans. Cette innovation révolte le chevalier de Bonnard, qui était sous-gouverneur, et donne sa démission.
Le 3 juin 1785
Sophie von La Roche dresse ce (trop?) joli portrait de Madame de Genlis à Saint-Leu :
« Paris, le [3] juin 1785. J’ai pu réaliser mon projet de voir la comtesse de Genlis et de m’entretenir avec elle. C’est une femme pleine de mérites et de bonté. Celui qui, comme moi, la voit et l’écoute pendant six heures se demande si c’est sa prestance, son cœur ou son esprit qui l’emportent. Mais certainement, dans un dessein de perfection, les Grâces se sont jointes au Génie du savoir, car ce dernier anime tout ce qu’elle pense et les trois déesses planent autour de sa personne, de ses gestes, de ses travaux, de sa conversation, du ton de sa voix et jusqu’aux plis de sa robe. J’ai rarement vu une personne de notre sexe aussi simple dans ses manières et en même temps aussi noble. Mais je vais vous raconter, mes enfants, toute cette belle journée ! J’avais écrit à la comtesse par l’intermédiaire de monsieur Friedel lui disant que j’avais vu chez le comte Buffon un des plus grands hommes de la Nation et que je désirais à présent faire aussi la connaissance de la femme la plus méritante de France. Sa réponse fut courtoise et pleine de modestie. Si je voulais prendre la peine de déjeuner avec elle à Saint-Leu le jeudi ou le vendredi, elle m’enverrait des chevaux de relais à Saint-Denis.
(…)
La comtesse apparut, vêtue de simple mousseline, sa belle chevelure châtain débordant d’une coiffe d’une grande simplicité. Elle avait des manières nobles et courtoises et inspirait respect, affection et confiance. Elle nous mena aussitôt vers une partie haute et isolée de son jardin qui offrait de deux côtés des vues splendides.
(…)
Sa valeur morale est aussi honorable que ses connaissances sont admirables, car elle n’accepte aucune rémunération de ses élèves, malgré des revenus ne dépassant pas deux cents thalers. Par contre, elle n’accepte que les personnes pour lesquelles son enseignement peut être utile. J’avais l’impression que les mérites de cette femme n’avaient d’égal que l’éloquence généreuse avec laquelle la comtesse raconta son histoire.
(…)
Je ne saurais ni décrire le charme de ses paroles ni celui de son attitude, mais je ressentais profondément la grande valeur de cette femme. Elle déjeuna avec nous alors que d’habitude elle ne prend qu’une tasse de chocolat ou de bouillon pour ensuite lire et écrire pendant que les autres déjeunent. La comtesse elle-même reste dans l’entourage des enfants sept heures par jour ; ceux-ci apprennent à connaître les nations et leur langue avec des maîtres venus de ces pays, parlent anglais avec l’Anglais, italien avec l’Italien, bientôt ce sera le tour d’un Allemand ; un peintre leur parle de son art et leur apprend à dessiner.
(…)
Elle n’aime point Voltaire, Diderot et Helvétius et n’arrive pas à pardonner au grand esprit de ces hommes qui tous, chacun à sa manière, ont affaibli le respect de la religion et donc la motivation d’être vertueux et honnête, au point qu’il faille maintenant redoubler d’efforts pour actionner les bons ressorts de l’âme. Elle disait tout cela avec la chaleur des meilleures intentions pour le bonheur des hommes. Ses yeux magnifiques et tout son visage se paraient alors d’un éclat semblable au reflet d’une douce flamme. Je n’oublierai jamais l’impression qu’ont produite sur moi sa personne et cette belle alliance de vivacité et d’activité avec une douce et calme présence.
(…)
Je félicitai la digne mère de Madame de Genlis pour sa fille et lui dit mon admiration pour les nombreuses occupations de cette chère femme. Mais elle me répondit que sa fille ne se donnait pas autant de peine qu’on aurait pu le croire, car elle avait non seulement un esprit rapide mais, depuis sa douzième année, notait tout ce qui lui paraissait remarquable dans ses lectures et ses conversations. (…) Lorsqu’elle me promit que je recevrai l’un de ses jolis travaux, je la remerciai en la priant d’y ajouter sa silhouette découpée qui compenserait un peu la distance qui me séparerait d’elle. Sa mère, voyant mon admiration affectueuse envers sa fille, pensa au portrait de la comtesse, gravé en Angleterre, qui était dans sa chambre et eut la bonté de me l’offrir. (…) C’est une gravure noire, haute de dix pouces environ, ovale ; la comtesse vêtue d’une robe anglaise ajustée et d’un chapeau de paille est assise à son bureau, la plume à la main ; un rouleau de papier devant elle porte le titre « Annales de la vertu » ; un autre est déroulé et est intitulé « Théâtre d’éducation » ; un globe terrestre orne le bureau ; l’inscription Stéphanie Félicité Ducrest Comtesse de Genlis, Gouvernante des enfants de Monsieur le Duc de Chartres est suivie de ces vers :Vertus, grâce, talents, esprit juste, enchanteur,
Elle a tout ce qu’il faut pour embellir la vie,
C’est le charme des yeux, de l’oreille, du cœur,
Et le désespoir de l’envie. »Extrait du Journal d’un voyage à travers la France, 1785, par Sophie von La Roche, traduit par Michel Lung, Thomas Dunskus et Anne Lung-Faivre, (1787)
Le 18 novembre 1785
A la mort de son père, Louis-Philippe, duc de Chartres, hérite du titre de duc d’Orléans.
Il semble que la marquise de Genlis soit confondue avec Louise-Félicité Guynement de Keralio, dite Louise Robert (1756-1822).
Elle est interprétée par Jessica Clark dans la série française Marie-Antoinette (2025, Canal +)
Le 26 décembre 1786
Décès de sa fille, Caroline Brûlart de Genlis (1765-1786), à l’âge de vingt-et-un ans. Elle était dame pour accompagner la duchesse de Chartres.
L’éducation des Princes au XVIIIe siècle,
L’exemple de Madame de Genlis
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )
Dotés à leur naissance d’une titulature, les jeunes Princes sont immédiatement soumis à une stratégie de différenciation qui les intègre dans un ordre familial, social, un ordre qui est également politique puisqu’ils assurent la continuité de l’Etat Royal.
Princes et princesses se situent aux confins de plusieurs catégories : élite sociale, élite politique ou nobiliaire, jeunesse. Sexe, aînesse et position dans la parenté les marquent précocement en leur attribuant une place particulière tant dans l’espace que dans la continuité familiale.
Au palais, ils vivent dans un espace réservé, séparés de la cour. Ils sont entourés d’adultes qui ne sont pas leurs parents. Ils ne voient leurs parents que dans des temps et des espaces limités, souvent en public. Leur enfance est nettement cloisonnée entre le temps des femmes, gouvernantes et nourrices puis après que les garçons aient atteint leurs sept ans, le temps des hommes, gouverneurs et précepteurs.
Leur éducation est une affaire d’Etat étant donnée la nécessité de la transmission politique, ce qui clôt en un mot bien rapide la question de la fracture intergénérationnelle.
A l’âge de sept ans, la séparation est d’abord physique : les garçons changent de lieu d’éducation, de l’Aile des Princes vers leur appartement d’éducation.
Cette séparation hautement symbolique correspond à un changement de personnel : le «passage aux hommes». Les princes sont placés entre les mains d’une équipe d’une quinzaine d’hommes portant soutanes et habits de cour.
Les pères choisissent le personnel éducatif qui encadre l’enfant de jour comme de nuit pendant plus d’une dizaine d’années. L’enfant n’est jamais laissé seul. Il vit avec ce personnel dirigé par son gouverneur à qui le père a délégué son pouvoir paternel et d’éducation. Il passe plus de cinq heures par jour à étudier, à quoi s’ajoutent les charges de représentation curiale. Il est aidé, conseillé et soutenu en public tandis qu’il est morigéné en privé.
Le passage aux hommes est donc une étape dans la vie d’un garçon. Il fait naître le sentiment d’isolement nécessaire de l’adulte face au pouvoir. Grâce à sa position dans la société, la Comtesse de Genlis est présentée à la Cour, deux ans après son mariage. En 1770, elle espérait entrer dans la maison de la future comtesse de Provence. Les Brûlart, refusant de s’abaisser à en faire la demande à la comtesse du Barry, ainsi qu’il en était de rigueur à l’époque, Félicité doit se rabattre sur la Maison d’Orléans.
Epée de cour pour un enfant
La comtesse de Genlis se charge également de l’éducation des enfants d’Orléans et notamment de celle du futur Roi des Français, qu’elle élève avec l’idée d’en faire un nouveau Saint Louis. La charge est délicate étant donné que vers l’âge de sept ans, l’usage était que les princes «passent aux hommes» pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur. Félicité de Genlis n’est pas nommée gouverneur.
En fait, elle va s’établir dans un petit bâtiment appelé Pavillon de Chartres spécialement construit sur un terrain dépendant du couvent des dames chanoinesses du Saint-Sépulcre au Faubourg Saint-Germain.
De 1789 à 1791
Madame de Genlis tient un salon, que fréquente le duc d’Orléans, et où se retrouvent Talleyrand, David (1748-1825) et de jeunes députés de la Constituante comme Lameth (1760-1829), Barère (1755-1841) ou Barnave (1761-1793) .
Le 11 juillet 1789
Louis XVI renvoie Necker (1732-1804), en qui le peuple plaçait tous ses espoirs…
Le ministre prend la route de Bruxelles dans le plus grand secret. Les deux autres ministres libéraux, Montmorin (1746-1792) et Saint-Priest (1735-1821) , ministre de la maison du Roi , doivent démissionner eux aussi.
Le dimanche 12 juillet 1789
Vers midi
La nouvelle du renvoi de Necker se répand comme une traînée de poudre…
A trois heures de l’après midi
Au Palais Royal, devant le café de Foy, le jeune journaliste Camille Desmoulins (1760-1794), monté sur une table, harangue la foule :
« Monsieur Necker est renvoyé ; ce renvoi est le tocsin d’une Saint-Barthélémy des patriotes : ce soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu’une ressource, c’est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître. Aux armes, aux armes ! »
Après concertation avec l’assistance
Il est convenu que la cocarde sera verte, couleur de l’espérance. Il est parfois dit que Desmoulins aurait cueilli une feuille de tilleul et qu’il l’aurait placée sur son chapeau, « inventant » une cocarde vert d’espérance.
Dimanche en fin d’après-midi
La foule ne cesse de croître autour de Desmoulins. La foule porte en trophée les figures de cire de Necker et du duc d’Orléans mais se heurte à un détachement du Royal-Allemand qui l’oblige à se disperser. On compte déjà un mort, un garde-française.
Le colonel Besenval, qui n’a reçu aucun ordre, regroupe à tout hasard ses hommes sur les Champs-Elysées pour faire face à une révolte éventuelle. Affolé par la foule qui lui paraît hostile, Besenval ordonne au prince de Lambesc de repousser les badauds dans le jardin des Tuileries. Les chevaux chargent , piétinent femmes et enfants.
Outrés par ces violences, les Parisiens courent chercher des armes. Mais où en trouver ? Persuadés que les autorités de la ville cachent un arsenal à l’Hôtel de Ville, les émeutiers s’y précipitent. L’assemblée qui y siège en permanence ne peut les empêcher de se saisir de quelques fusils, mais elle hésite à cautionner l’insurrection.
Entre-temps
Des gardes-françaises s’échappent des casernes où Besenval les tenaient consignés.
Le 14 juillet 1789
A deux heures du matin
Les événements commencent : personne ne dort dans Paris à cause de nouvelles fausses ou vraies qui circulent.
A dix heures
La panique se propage , tandis que les Parisiens se déchaînent, le bruit se répand qu’un grand dépôt de fusils est gardé aux Invalides. Ils y prennent des canons ainsi que 32 000 fusils cachés dans les caves.
En fin de matinée
On apprend que, dans la nuit du 12 au 13 juillet, les Suisses ont déménagé de nombreux barils de l’Arsenal pour les entreposer à la Bastille. Les émeutiers s’écrient alors :
« A la Bastille!»
Voir cet article :
Acquise aux thèses révolutionnaires, « Madame de Genlis » devient « Citoyenne Brûlart » en 1789.
Sa mère, Félicité du Crest-de-Saint-Aubin, née Mauguet de Mézières, meurt dans l’année 1790.
En 1791
Sous l’influence de sa gouvernante, Louis-Philippe entre au club des Jacobins et soutient notamment la formation de la Constitution civile du clergé.
Rivale de la duchesse d’Orléans dans le cœur des enfants, celle-ci la renvoie. Le duc prive donc son épouse de ses enfants.
Voir cet article :
En mai 1791
Mademoiselle, fille du duc et de la duchesse d’Orléans, est inconsolable d’avoir perdu la comtesse de Genlis, son institutrice. Agée de quatorze ans, elle est tellement affectée de cet événement, qu’elle a fréquemment des convulsions, qui alarment ses parents. Il serait possible que la comtesse de Genlis soit rappelée auprès d’elle.
Félicitée de Genlis doit émigrer, à cause de ses intrigues en faveur de Philippe-Egalité.
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.
Le 25 juin 1791
La famille royale rentre à Paris sous escorte.
Le Roi est suspendu.
Le 28 juin 1791
Le duc d’Orléans, effrayé par la tournure des événements, renonce à tout projet de régence.
Le 25 juillet 1792
Philippe-Egalité se sépare officiellement de son épouse, Marie-Adélaïde.
Le 10 août 1792
Sac des Tuileries.
Le Roi est suspendu de ses fonctions.
Le 13 août 1792
La famille royale est transférée au Temple avec la princesse de Lamballe et madame de Tourzel et sa fille, après avoir été logée temporairement aux Feuillants.
Le 3 septembre 1792
Massacres de septembre … La princesse de Lamballe est assassinée.
« De ce que retiennent tous les mémorialistes, c’est la transparence de ce visage, non point sa beauté, mais l’éclat de son teint, l’évanescence de sa chevelure, qu’elle a blonde, difficilement maîtrisable, tant elle s’échappe en bouillons. Ses yeux, mesdames Vigée Le Brun et de Genlis, toutes deux ses contemporaines, les décrivent bleus, d’un bleu pâle moucheté de paillettes d’or qui lui donnent, disent-elles, cet air d’étrangeté, presque sans expression (…) »Alain Vircondelet, La princesse de Lamballe, l’ange de Marie Antoinette
Le 15 septembre 1792
Élu à la Convention nationale par le département de la Seine, Philippe d’Orléans siège avec les Cordeliers, au milieu de la Montagne, sous le nom de Philippe Égalité.
Talleyrand s’est plu à nous apprendre qu’afin de mettre un point final à l’éducation du jeune Louis-Philippe, quand il eût dix-sept ans, madame de Genlis lui enseigne … ce que seule une femme pouvait enseigner ! A quarante-trois ans, Félicité était encore très désirable . Là où le père avait passé, pourquoi pas le fils ? écrit Michel de Decker dans La duchesse d’Orléans…
Le 21 septembre 1792
Abolition de la royauté.
Le futur Louis-Philippe écrira à sa mère :
« Dès notre plus tendre enfance, on nous avait empli la tête de toutes ces idées fausses sur lesquelles repose la Révolution. On s’était efforcé de nous ôter le sentiment de ce que nous sommes et je puis vous dire qu’on craignait que vous nous le communiquiez . Ces idées fausses ont certainement fort contribué à vous séparer de la famille et ont été la cause de ce que je regretterai toute ma vie et dont je préférerais ne pas me souvenir, et dont vous m’avez défendu, chère maman, de vous parler. J’ai reconnu trop tard leur fausseté. Mais enfin, je l’ai reconnue et j’ai vu que j’étais dans une mauvaise route et que vous seule, dans ma famille, aviez bien jugé la Révolution.»
Le 11 décembre 1792
Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refusera. M. de Malesherbes (1721-1794) se portera volontaire.
Du 16 au 18 janvier 1793
La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale. Le rôle de Philippe-Égalité dans la condamnation à mort de Louis XVI scandalise sa famille.
Le 21 janvier 1793
Exécution de Louis XVI, place de la Révolution.
En 1793
Pendant la Terreur, madame de Genlis s’enfuit en Angleterre.
En mars-avril 1793
A Tournai, elle aide Dumouriez (1739-1823), Égalité fils et son gendre le général Valence à comploter contre la République. Résultat : le ministre de la Guerre, le marquis de Beurnonville, et des commissaires venus en pourparlers se font arrêter par Dumouriez. Ils seront échangés fin 1795 avec Madame Royale.
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette sur la place de la révolution.
« Il est permis, dans les tragédies, les poèmes et les romans, d’embellir les personnages historiques qu’on met en scène, mais il n’est pas permis de leur imputer des méfaits qu’ils n’ont jamais commis. Calomnier leur mémoire est un crime encore plus lâche que de profaner leurs tombeaux.»
Madame de Genlis
Le 31 octobre 1793
Le marquis de Sillery, son mari, est guillotiné , parmi les vingt-et-un collègues girondins.
Le 6 novembre 1793
C’est Philippe Egalité qui monte à l’échafaud.
A partir de la fin de l’année 1799
Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.
Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804
Bonaparte est Premier consul.
En 1799
Vivant alors à Berlin, âgée de cinquante-trois ans, frappée par « le joli visage et la noblesse de sa tournure », Félicitée prend un enfant à la famille de sa logeuse, lui fait changer de religion et de prénom, afin qu’il porte celui de son fils mort, et l’élève à sa façon à Paris, ainsi qu’elle l’écrit elle-même :
« Je demandai cet enfant à sa mère, en lui déclarant que je l’élèverais dans la religion catholique ; elle y consentit sans résistance, elle parut même charmée de me le donner, je le pris avec moi, et je l’appelai Casimir, du nom de mon fils que j’avais perdu. »
Bannie de Prusse par le Roi Frédéric-Guillaume II pendant son émigration ( «Je n’exclurai jamais madame de Genlis de ma bibliothèque, mais ne la souffrirai pas dans mes États » ), elle se fendit d’une épigramme vengeresse au moment de passer la frontière et de signer l’engagement de ne plus revenir dans le pays :
« Malgré mon goût pour les voyages
Je promets avec grand plaisir
D’éviter, et même de fuir
Ce Royaume dont les usages
N’invitent pas à revenir »
En 1801
Bonaparte l’autorise à rentrer en France, l’utilise comme espionne. Elle tient salon à titre de bibliothécaire de l’Arsenal ( 6000 livres de pension ) . En revanche, Bonaparte n’admirera jamais Germaine de Staël (1766-1817), qui fut considérée, sa vie durant, comme la rivale de Madame de Genlis ; en fait, il la détestait.
La cour de Napoléon Ier connaît sa part de novices au niveau de l’Étiquette et des bonnes manières. C’est madame de Genlis qui sert de conseillère à l’Empereur. Celui-ci apprécie beaucoup ses services car elle passe pour la grande spécialiste dans ce domaine.
Ce en quoi elle semble d’accord puisqu’elle fait cet autoportrait éloquent :
«Vertus, grâces, talents, esprit juste, enchanteur,
Elle a tout ce qu’il faut pour embellir la vie.
C’est le charme des yeux, de l’oreille et du cœur
Et le désespoir de l’envie .»
De 1802 à 1805
Napoléon Ier est aussi président de la République italienne.
Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814
Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.
Le 2 décembre 1804
Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris et couronnement de Joséphine.
Le 6 avril 1814
Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.
Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.
Le 1er mars 1815
La Restauration ne dure pas.
Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.
e 19 mars 1815
Napoléon est aux portes de Paris. Louis XVIII et sa Cour prennent la fuite pour Gand.
Le 16 septembre 1824
Louis XVIII (1755-1824) meurt à Paris.
Charles X monte sur le trône et décide de renouer avec la tradition du sacre ; Louis XVIII avait annoncé publiquement son intention de se faire sacrer mais on peut présumer qu’il y renonça pour des raisons physiques, sa mauvaise santé ne lui permettant pas d’en supporter les rites.
En 1827
Madame de Genlis se retire, dans une pension de famille, faubourg du Roule, tenue par madame Afforty, belle-mère du jurisconsulte et abolitionniste François-André Isambert (1792-1857).
Avant de rendre l’âme, madame de Genlis a la satisfaction de voir son dernier élève, Louis-Philippe d’Orléans, accéder à la royauté.
Les 27, 28 et 29 juillet 1830
Les opposants aux ordonnances de Saint-Cloud soulèvent Paris : ce sont les Trois Glorieuses de 1830, ou « révolution de Juillet », qui renversent finalement Charles X.
Victor Hugo (1802-1885) rapporte les confidences que le Roi lui avait faites sur Madame de Genlis. Celle-ci, raconte-t-il également, se plaignait de « la ladrerie du roi » et confia :
« Il était prince, j’en ai fait un homme ; il était lourd, j’en ai fait un homme habile ; il était ennuyeux, j’en ai fait un homme amusant ; il était poltron, j’en ai fait un homme brave ; il était ladre, je n’ai pu en faire un homme généreux. Libéral, tant qu’on voudra ; généreux, non. »
Le 31 décembre 1830
Félicitée de Genlis meurt à Paris, faubourg du Roule, dans une pension de famille où elle s’est retirée depuis 1827.
Le Roi et sa soeur la visitèrent jusqu’à la fin et lui firent de splendides funérailles.
Dans ses mémoires, madame de Genlis continue dans la même tonalité :
« Il est une louange que je puis me donner, parce que je suis sûre que je la mérite ; c’est que j’ai toujours eu l’esprit parfaitement juste, et par conséquent un grand fonds de raison ; et cependant j’ai fait mille étourderies, mille actions déraisonnables, et personne au monde n’a moins réfléchi que moi sur sa conduite, ses intérêts et sur l’avenir : en même temps, qui que ce soit aussi n’a autant réfléchi sur tout ce qui ne lui était pas personnel, sur ses lectures, sur les hommes en général, sur le monde, et enfin sur des chimères.»
Le
Elle est inhumée au cimetières du Mont-Valérien à Suresnes.
Lors de son enterrement, le doyen de la Faculté des Lettres de Paris déclare :
« Pour honorer et célébrer dignement la mémoire de madame de Genlis, ce seul mot doit suffire : son plus bel éloge est sur le trône de France !»
Le
Ses restes sont transférés, , dans la 24e division du cimetière du Père-Lachaise.