Le 13 août 1752
Naissance à la Hofburg, à Vienne de Marie-Charlotte Louise Jeanne Josèphe Antoinette (1752-1814), treizième des seize enfants qu’auront François Ier (1708-1765), Empereur du Saint-Empire et Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), Reine de Hongrie et de Bohême.
L’enfant est baptisée le jour même de sa naissance, recevant pour parrain et marraine les souverains français Louis XV (1710-1774) et Marie Leszczyńska (1703-1768), au grand étonnement de tous au vu des relations entre la France et l’Autriche. Marie-Caroline est la troisième Archiduchesse à porter ce prénom de Caroline, après la deuxième fille du couple (1740-1741) et la dixième (1748). L’une n’a vécu qu’un an, l’autre est morte-née, ce prénom est donc un hommage à ces soeurs aînées.
Marie-Thérèse aurait préféré s’arrêter au dixième enfant, mort-né.
Lettre sans date mais sûrement de septembre 1748 de l’Impératrice à son amie Antonia de Saxe :
« Je serais assez contente de finir avec dix enfants, car je sens que cela m’affaiblit et me vieillit beaucoup. Ce dont je ne me soucierais pas si cela ne me rendait moins capable pour le travail de la tête.»
Correspondance entre l’impératrice Marie-Thérèse et l’électrice Maria-Antonia de Saxe
Mais les moyens de contraception étant alors inexistants, Marie-Thérèse ne compte pas encore sacrifier sa vie amoureuse avec son mari tendrement chéri. Les enfants nés par la suite sont donc peu désirés par la mère. Il n’empêche : si Marie-Caroline fait peu l’objet d’attentions de la part de sa mère durant son enfance, adulte elle deviendra sa fille en qui elle se reconnaitra le plus. Les enfants du couple impérial reçoivent une éducation conforme à leur rang qui se doit d’être avant tout religieuse. Celle-ci commence à leurs trois ans. De par le peu d’années qui les séparent, Marie-Caroline aurait pu rejoindre Jeanne-Gabrielle et Marie-Josèphe. Mais il a été préféré de la laisser avec les suivants. De par la multiplicité des langues au sein des vastes territoires des Habsbourg, elles doivent apprendre l’allemand, en plus du dialecte viennois, le français, la langue maternelle de leur père, l’italien, mais aussi le latin, le hongrois et le tchèque. Des rapports quotidiens, sur chacun de ses enfants sont donnés à la souveraine qui répond point par point. Ceci permettant de compenser les absences de la mère, trop occupée par les affaires d’Etat. Très vite, les petits Archiducs et Archiduchesses se doivent d’accompagner leur mère à l’église, aux processions et aux pèlerinages dont Marie-Thérèse est très férue. Les tout-petits, nés à peu d’intervalle sont logés dans ce qu’on appelle la «Kindskammer» («la chambre d’enfant») où ils sont généralement confiés aux soins d’une demoiselle de chambre et de ses assistantes.
Le 1er juin 1754
Naissance de son frère Ferdinand (1754-1806).
Le 2 novembre 1755
Naissance de sa sœur Marie-Antoinette (1755-1793).
C’est avec Elle que Marie-Caroline, de trois ans plus âgée, sera élevée.
Le 10 février 1756
Lors de festivités à la Hofburg de Vienne, toutes les archiduchesses sont habillées en fleurs, y compris la plus jeune d’entre elles, âgée seulement de trois mois.
Le 1er mai 1756
Signature à Versailles du traité d’alliance entre la France et l’Autriche, mettant fin à plus de deux cent cinquante ans de rivalité entre les deux puissances.
Le 25 mai 1756
Ratification du traité à Vienne.
Début de la guerre de Sept ans.
Le 8 décembre 1756
Naissance à la Hofburg à Vienne de l’Archiduc Maximilien François d’Autriche (1756-1801), futur évêque de Münster et archevêque-électeur de Cologne.
Les derniers enfants du couple impérial, beaucoup plus solidaires entre eux que les aînés, craignent tous cette sœur aînée peu agréable et ne la fréquentent guère.
Le 19 janvier 1757
L’Archiduc Joseph, héritier du trône des Habsbourg est atteint de petite vérole. On craint pour sa vie et on craint aussi que l’épidémie se répande au sein de la famille impériale.
Dès l’âge de cinq ans, chaque enfant se voit attribuer un appartement, composé de plusieurs pièces. En plus de l’Aja (l’Ajo pour les Archiducs), qui est la personne responsable, plusieurs professeurs et un confesseur particulier assument l’éducation des enfants. Une éducation générale leur est donnée, mais ensuite chacun des petits princes et princesses développe avec des professeurs particuliers des spécificités propres, en fonction de ses talents, mais aussi de son avenir envisagé. Outre les langues, on y trouve la lecture et l’écriture, l’histoire, la géographie, la géométrie, les mathématiques, la musique et la danse. Marie-Thérèse et François-Etienne veulent développer le plus possible chez chacun de leurs enfants des talents artistiques. Des rapports quotidiens, sur chacun de ses enfants sont donnés à la souveraine qui répond point par point. Ceci permettant de compenser les absences de la mère, trop occupée par les affaires d’Etat. Si Marie-Thérèse s’occupe de chaque détail de l’éducation de ses enfants, elle n’en est pas moins une mère terrible. Une miniature qui représente le régime disciplinaire de Marie-Thérèse :
Les enfants sont soumis à un strict emploi du temps, rédigé de la main de l’Impératrice :
–Huit heures du matin, réveil et prière «élévation à Dieu» et se lever du lit.
–Neuf heures, prière du matin, toilettes et petit déjeuner.
–Neuf heures et demie : la kammerfrau (la femme de chambre) fait répéter et apprendre par cœur le catéchisme
–De neuf heures et demie à dix heures, permission de jouer.
–Onze heures : une demi-heure d’écriture et de nouveau récréation
–De onze heures à onze heures et demie: confession
–Midi : heure du déjeuner et de la liberté
–A deux heures après midi : de nouveau récréation
–A quatre heures après midi : cours de français
–A cinq heures du soir : amusement avec les jeux de cartes, livres et enseignement des mots français par des images ou danse.
–A six heures du soir : réciter le Noster Pater pour rappeler toujours la présence de Dieu.
–A sept heures et demie du soir : dîner
–A huit heures et demie du soir : nettoyage du soir et lit.
Quand le temps le permettra, «nous modifierons les horaires afin qu’on puisse sortir en calèche en hiver et se promener dans le jardin
en été.»
Les heures d’études sont complétées par les professeurs de musique, de dessin et de langues. Chaque matin, l’impératrice recevait le rapport médical du Docteur Van Swieten, qui lui rapportait l’état de santé de ses enfants. L’Impératrice voit les enfants tous les huit ou dix jours. La femme de chambre était autorisée à punir et à fouetter les jeunes princesses.
En octobre 1760
Mariage de son frère l’Archiduc héritier Joseph avec Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), petite-fille du Roi de France Louis XV et premier mariage scellant l’alliance de 1756 entre les Bourbons et les Habsbourgs.
Pour cette dernière composition, Marie-Thérèse demande à l’artiste de rajouter ses derniers enfants qui n’avaient pu assister aux cérémonies car alors trop jeunes : les Archiducs Ferdinand, Maximilien et leurs sœurs Marie-Caroline et Marie-Antoinette. Il place aussi le jeune prodige Wolgang Gottlieb Mozart que l’on peut repérer dans la foule. Il n’était au moment des faits qu’un simple bambin de quatre ans parfaitement inconnu mais qui était depuis devenu une célébrité internationale.
En octobre 1760
Mariage de son frère l’Archiduc héritier Joseph avec Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), petite-fille du Roi de France Louis XV et premier mariage scellant l’alliance de 1756 entre les Bourbons et les Habsbourgs.
Le 26 décembre 1760
Nouvelle épidémie de variole au sein de la famille impériale.
L’Archiduc Charles-Joseph tombe malade.
Le 18 janvier 1761
Mort de son frère Charles-Joseph, héritier en second et fils préféré de Marie-Thérèse.
Le 20 mars 1762
Naissance de Marie-Thérèse, fille de l’Archiduc Joseph, héritier du trône des Habsbourg et d’Isabelle de Bourbon-Parme. Elle est la petite-fille aînée de l’Impératrice.
De juin à novembre 1762
Le peintre suisse Liotard dessine au pastel tous les membres de la famille impériale.
Le 22 décembre 1762
Mort de sa sœur Marie-Jeanne-Gabrielle.
Nuit du 26-27 novembre 1763
Mort d’Isabelle de Bourbon-Parme. Chagrin immense de la famille impériale. On ignore quels furent les sentiments de la jeune Antonia à ce sujet. Isabelle n’évoque jamais la plus jeune des archiduchesses dans sa correspondance avec Marie-Christine.
Le 25 janvier 1765
Le mariage de Joseph II avec Maria Josepha de Bavière.
Lors de cette cérémonie, les Archiducs et Archiduchesses avaient donné un spectacle…
Le 5 août 1765
Mariage de l’Archiduc Léopold avec Marie-Louise d’Espagne à Innsbruck.
Le 18 août 1765
Mort de son père, l’Empereur François Ier, lors des festivités du mariage de Léopold à Innsbruck.
Marie-Antoinette racontera, en 1790, à Mesdames de Tourzel, de Fitz-James et de Tarenteaux que l’Empereur François Ier, partant pour l’Italie, d’où il ne devait jamais revenir , rassemble ses enfants pour leur dire adieu :
« J’étais la plus jeune de mes sœurs, mon père me prit sur ses genoux, m’embrassa à plusieurs reprises, et, toujours les larmes aux yeux, paraissant avoir une peine extrême à me quitter. Cela parut singulier à tous ceux qui étaient présents, et moi-même je ne m’en serais peut-être pas souvenue si ma position actuelle , en me rappelant cette circonstance, ne me faisait voir pour le reste de ma vie une suite de malheurs qu’il n’est que trop facile de prévoir.»
Avènement de Joseph II qui partage le pouvoir avec Marie-Thérèse.
Janvier 1766
Mariage de l’Archiduchesse Marie-Christine (1742-1798) avec Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), frère de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe, mère du duc de Berry.
Le 1er février 1766
Marie-Caroline assiste à la cérémonie faisant de sa sœur Marie-Anne l’abbesse du chapitre des Nobles Dames de Prague.
Le 3 février 1766
Visite de la famille impériale de la fabrique de laiton à Wiener-Neusdadt.
Le 6 février 1766
Course de traîneaux et carrousel à Schoënbrunn.
Le 5 mai 1766
Marie-Antoinette, Marie-Caroline, Ferdinand et Maximilien ont la «petite vérole volante», c’est-à-dire la varicelle, « sans danger pourtant» d’après Marie-Thérèse à son amie la comtesse d’Enzenberg.
En 1767
L’Archiduchesse Marie-Elisabeth (1743-1808) est atteint de petite vérole. Elle s’en sort mais enlaidie, elle ne peut plus prétendre au mariage.
Le 28 mai 1767
Mort de Marie-Josepha de Bavière, seconde épouse de l’Empereur Joseph II.
Le 15 octobre 1767
Mort de l’Archiduchesse Marie-Josèphe (1751-1767), sœur de Marie-Caroline.
En 1768
C’est à la mort prématurée de deux de ses sœurs, Marie-Jeanne (1750-1762) et Marie-Josèphe (1751-1767) que Charlotte doit son mariage avec Ferdinand IV de Naples (1751-1825), le souverain est très grand, fort laid et de plus doté d’un caractère brutal.
Comme ce sera plus tard le cas pour Marie-Antoinette, le mariage de celle qui devient Marie-Caroline a lieu à Vienne par procuration.
Au moment de quitter Vienne, en avril 1768, Marie-Caroline saute de la voiture au dernier moment pour donner à son Antoine adorée une série d’étreintes passionnées et larmoyantes.
Le 12 mai 1768
Mariage de l’Archiduchesse Marie-Caroline avec Ferdinand Ier des Deux-Siciles.
Bella gerant alii, tu felix Austria nube… voici donc la petite Caroline, à seize ans à peine, embarquée pour un pays qu’elle ne connaît pas, mais dont la culture est bien loin de la douceur de vivre de Vienne.
D’emblée, son mari la déçoit. Il lui paraît rude et peu doué pour l’art de la conversation. De son côté, il ne semble pas plus intéressé par sa jeune épouse, si bien que Caroline écrira à madame de Lerchenfeld, la nouvelle gouvernante, qu’elle est désespérée et qu’elle nourrit les pires craintes pour l’avenir de sa chère Antoine.
« C’est un véritable désespoir ; on souffre le pire des martyres et on doit faire semblant d’être heureuse.»
Elle n’oubliera pas de demander que soient transmises ses pensées à sa sœur, qu’elle aime extraordinairement (le mot est d’elle). Malgré la distance, elle continue de s’intéresser à Elle et de veiller sur Elle.
Peu encourageant endroit que cette cour de Naples… Ferdinand se conduit comme un ours, « un pauvre diable, dira Acton, la nature ne l’ayant pas doté des facultés nécessaires pour devenir mauvais homme.»
Jusqu’à ce que le jeune Roi atteigne ses seize ans, les rênes du royaume étaient restées entre les mains de Bernardo Tanucci et de Domenico Cattaneo, et, à l’arrivée de Caroline, le pouvoir du premier est toujours énorme.
On est bien loin du raffinement de Vienne. Une grande partie de la population napolitaine est très pauvre, et la cour elle-même offre de surprenants aspects, comme le constatera Joseph II :
« Le palais de Naples contient cinq ou six salles ornées de fresques et de marbre, emplies de volailles, de pigeons, de canards, d’oies, de perdrix, de cailles, d’oiseaux de toutes sortes, de canaris, de chiens et même de cages contenant des rats et des souris, ouvertes, de temps en temps, par le roi, pour le plaisir de la chasse.»
Sergio Assisi et Gabriella Pession sont Ferdinando and Carolina (1999) de Lina Wertmüller
« Mon mari est répugnant »
L’histoire conjugale entre Ferdinand de Bourbon et Marie-Caroline d’Autriche ne commence pas bien.
Marie-Caroline d’Autriche est une femme cultivée et royale, Ferdinand un homme grossier et vulgaire élevé parmi les lazzari.
Sergio Assisi et Gabriella Pession sont Ferdinando and Carolina (1999) de Lina Wertmüller
Marie-Caroline est sensible au théâtre, Ferdinand déclenche les rires du public en mangeant d’énormes quantités de nourriture avec les mains. Au dîner Marie-Caroline divertit les invités en chantant et en jouant du clavecin. Ferdinand veut les spectateurs alors qu’il est sur sa chaise percée. Pourtant, le vulgaire et sympathique Ferdinand et Marie-Caroline auront une histoire tumultueuse et brûlante : dix-huit enfants, différents amants attribués à tous les deux, un lien inconditionnel et des disputes homériques et violentes…
Marie-Caroline, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, entreprend alors la conquête de son mari :
« Elle a le teint ravissant, les cheveux châtain clair et soyeux et les sourcils plus foncés, de grands yeux brillants d’un bleu profond, un nez plutôt aquilin, une bouche petite aux dents blanches et régulières, avec des lèvres très rouges qui n’ont pas la lourdeur de celles des Autrichiennes, un sourire creusant d’agréables fossettes. Elle est juste assez bien en chair pour ne pas paraître maigre ; son cou est long, son maintien plein d’aisance, sa démarche majestueuse et ses gestes gracieux.»
Lady Anne Miller
Son allure a l’heur de satisfaire son frère Joseph lors de sa visite, il ne la trouvera ni coquette, ni frivole. Tout au plus déplorera-t-il les expressions napolitaines qu’elle emploie à présent, et qui rendent son italien moins pur. On peut aussi y voir le souci de la Reine de s’intégrer à son nouvel environnement.
Le 16 mai 1770
Le Dauphin Louis-Auguste, épouse sa sœur Marie-Antoinette d’Autriche.
Marie-Caroline s’intègre, certes, mais elle réforme surtout à sa manière l’austère cour encore marquée par l’influence de Bernardo Tanucci (1698-1783). Pour ce faire, la Reine assouplit l’Étiquette. Elle introduit aussi des usages autrichiens, comme cette habitude de servir le café sur des petites tables agréablement disséminées.
Comme à ses autres filles, Marie-Thérèse avait recommandé à Charlotte de rester autrichienne de cœur. Une promesse que celle-ci n’oubliera jamais, se plaisant à favoriser ses compatriotes parmi les artistes et à parler allemand dans ses antichambres.
«(…) la reine de Naples, est encore plus généreuse qu’elle n’était et a peut-être plus d’élévation qu’elle n’en avait. Elle tient cela de leur mère («C’est le seul enfant de Marie-Thérèse qui lui ressemble»), mais imprudente et confiante elle dit à plusieurs personnes ce qu’elle devrait dire à personne et qui se trouve public sans qu’on sache de quelle part. Elle est par là embarrassante et elle en soupçonne le plus discret.»
Description de Marie-Caroline par le prince de Ligne
Le 6 juin 1772
Elle accouche d’une petite fille, nommée comme il se doit Marie Thérèse (1772-1807). Un garçon eût toutefois comblé ses vœux : elle aurait pu alors assister au conseil d’Etat car, à la différence de sa sœur Antoinette, son contrat de mariage prévoit cette clause. Et Caroline est très ambitieuse…
Le 27 juillet 1773
Marie-Caroline accouche de Louise de Bourbon-Siciles (1773-1802), future épouse de Ferdinand IV de Toscane.
En 1775
Marie-Caroline fait son entrée officielle en politique. Son grand écueil est de contrer l’influence de son beau-père, qui prétend gouverner Naples depuis l’Espagne.
Le 10 mai 1774
Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles vers quatre heures de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.
Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.
Et sa soeur, Marie-Antoinette, devient Reine de France !
Sous son patronage, la vie culturelle de Naples se développe, partout s’ouvrent des salons où l’on cause. La Reine elle-même, très érudite et intelligente, s’entoure de beaux esprits et, sensible aux Lumières, fréquente des francs-maçons. Elle entre ainsi dans la confrérie. Le peuple est heureux et chante les louanges du gouvernement paternel de Ferdinand, alors qu’en fait, il est de plus en plus dirigé par sa femme. C’est la période faste du carnaval autrichien après le carême espagnol…
Le 4 janvier 1775
Naissance de son fils Charles de Naples et Sicile (1775-1778).
Désireux de construire un palais qui pourrait rivaliser en magnificence avec le château de Versailles, modèle palatial de toute l’Europe régnante, Charles III de Bourbon (1716-1788), alors Roi de Naples et de Sicile, se tourne en 1751 vers Caserte, lieu où il possède déjà un pavillon de chasse et qui lui rappelle le paysage de San Ildefonso en Espagne. La tradition veut que son choix se soit porté sur la ville parce que, loin du Vésuve et de la mer, elle garantit une protection en cas d’éruption du volcan et contre les incursions ennemies.
Le palais se veut le symbole du nouveau régime bourbonien : il doit matérialiser la puissance et la magnificence, tout en incarnant l’efficacité et la rationalité. Charles envisage également un plan politique plus vaste : à l’image de Versailles, il s’agirait de déplacer à Caserte non seulement la cour, mais aussi les principales structures administratives de l’État, tout en reliant le palais à la capitale, Naples, par une avenue monumentale de plus de vingt kilomètres. Ce plan ne fut cependant jamais réalisé.
Charles supervise lui-même l’élaboration des plans par son architecte Luigi Vanvitelli et se montre très ému par les premières propositions qui lui sont montrées. La pose de la première pierre, le 20 janvier 1752, se déroule le jour de son trente-sixième anniversaire et les travaux avancent dans un premier temps rapidement. Cependant, le souverain ne verra cependant jamais la réalisation de son rêve, puisqu’il abdique en 1759 pour ceindre la couronne espagnole.
En 1767, après la majorité de Ferdinand et à la suite de l’éruption du Vésuve qui avait menacé le palais royal de Portici, les travaux de Caserte prennent un nouvel élan, avec une augmentation du budget alloué.
Deux ans plus tard, lors du carnaval de 1769, Ferdinand et sa nouvelle épouse, Marie-Caroline d’Autriche, inaugurent le premier espace intérieur du palais : le théâtre royal. C’est le seul projet achevé que verra Luigi Vanvitelli, qui s’éteint quelques années plus tard, en 1773. Son fils, Carlo Vanviletti, reprend la direction du chantier et, tout en demeurant fidèle aux plans initiaux, revoit à la baisse les ambitions architecturales de son père.
Les jardins du palais de Caserta sont très impressionnants. La fontaine, qui traverse le milieu du jardin, mesure près de trois kilomètres de long. De gros poissons nagent dans la fontaine. Le palais de Caserte est situé près de Naples, ce qui vous offre également une vue sur le volcan voisin, le Vésuve. Ce palais n’est pas le seul en Europe à posséder un jardin impressionnant.
Pour l’approvisionnement de l’eau nécessaire au fonctionnement de tous les éléments du parc, Vanvitelli a dû spécialement construire un aqueduc qui parcourt la campagne sur de nombreux kilomètres :
L’escalier d’honneur, est l’entrée du palais. Ce bel espace se compose d’impressionnants travaux de marbre, agrémentés de fresques et de statues de grands lions.
Quelques années plus tard, le 7 octobre 1780, près de trente ans après le début du chantier, la famille royale et la cour peuvent enfin s’installer dans un palais qui est encore loin d’être achevé. Cependant, ne voulant pas attendre que les chambres du Roi et de la Reine soient prêtes, Ferdinand IV et Marie-Caroline décident d’habiter aussitôt les appartements initialement destinés aux princes. La Reine entreprend de décorer Caserte, réunissant notamment une importante galerie d’art et un grande collection de porcelaine.
Le chantier se poursuit tout au long de la décennie : les décors des appartements royaux sont achevés en 1784, la chapelle palatine est inaugurée pour les fêtes de Noël de la même année et, cinq ans plus tard, en 1789, l’économiste Guiseppe Maria Galanti estime que les travaux ont déjà coûté sept millions de ducats et que plus de deux mille personnes y sont employées. Toutefois, le couple royal ne profitera que relativement peu de temps de Caserte, la Cour ne s’y installera jamais de façon permanente et le palais ne sera jamais occupé à plus de son quart au XVIIIe siècle.
Ce qui rend le Palais de Caserta si spécial, c’est qu’il possède un théâtre. Cette belle salle contient des peintures détaillées et colorées et un endroit spécial où le Roi peut s’asseoir. La loge royale est juste en face de la scène, pour qu’il puisse voir clairement le spectacle.
Fin 1775
Naissance de sa fille Marie-Anne (1775-1780).
Table à écrire, cadeau de Marie-Antoinette à Marie-Caroline
Avec un plateau rectangulaire et des coins coupés, cette table de style Louis XVI, présente également une finition galbée sur les quatre côtés, soulignée d’acanthe et de volutes en bronze ciselé et doré. Sa structure en chêne est plaquée et incrustée de plusieurs bois exotiques, mais la caractéristique la plus intéressante est sans aucun doute sa décoration avec des plaques de porcelaine de Sèvres, encadrées d’éléments décoratifs et de filets de bronze doré. Elle possède plusieurs décorations en porcelaine, dont le dessus de forme ovale, signées par Dodin. Cette plaque reproduit une gravure de René Gaillard « La Diseuse de Bonne Aventure » où l’on peut observer une scène intérieure, dans laquelle une jeune femme montre sa main sous le regard attentif de trois personnages, mettant en valeur la figure masculine avec des traits et des costumes orientaux. Cette table a été exécutée pour l’appartement de madame du Barry à Versailles. La favori du Roi était très friand de ce type de meubles revêtus de porcelaine, l’un des types dans lesquels Carlin excellait.
Plus tard, cette table a appartenu à Marie-Antoinette qui l’offrira à Sa sœur Marie-Caroline de Naples.
En 1777
Le triomphe de Marie-Caroline est complet , lorsqu’elle parvient à soustraire son mari à l’étau de Bernardo Tanucci. Alors, Ferdinand, de naturel plutôt faible, s’en remet entièrement à son épouse.
« La reine de Naples est imprudente et confond et compromet par sa trop grande mobilité dans l’esprit; mais quel roi, bon Dieu, que son mari, par la nullité et son courage qu’un marcassin mit en déroute.»
Le prince de Ligne
Maîtresse femme, Marie-Caroline parvient tout ensemble à favoriser les arts, la culture, les découvertes archéologiques tout en enrichissant sa propre érudition, à résister aux intrigues de la cour avec subtilité, à pratiquer la politique d’une main de maître, développer ses palais avec un goût exquis, s’occuper attentivement de ses enfants… et en faire !
Le 14 août 1777
Naissance de son fils François Janvier Joseph de Bourbon (1777-1830), qui deviendra Roi des Deux-Siciles le 4 janvier 1825.
Entre 1772 et 1793, Caroline mettra en effet au monde dix-huit enfants. Ils feront à la fois son bonheur et son malheur… Sa joie, parce qu’elle veille sur leur éducation avec beaucoup d’intérêt. Mais sa souffrance, aussi, parce que, sur dix-huit, sept seulement survivront. Les autres seront arrachés à son affection, parfois dans des circonstances affreuses.
C’est cependant un couple vraiment étrangement assorti, du reste se répugnent-ils réciproquement.
« Elle sue comme un porc et elle sent mauvais», dit-il de sa tendre moitié …
Maintenant débarrassée du joug espagnol, Marie-Caroline peut mettre en avant les intérêts de la maison d’Autriche. Pour réorganiser sa marine, elle se tourne vers son frère Léopold (1747-1792), qui lui envoie Lord John Acton (1736-1811). Bien vite, les prérogatives d’Acton débordent sur le domaine intime et il devient le confident et le favori de la Reine. Pendant une vingtaine d’années, Marie-Caroline régnera donc sur Naples avec une sagesse et une efficacité que lui reconnaissent même ses ennemis. Mais son naturel impulsif lui fera commettre des erreurs, sa générosité aussi… on a pu lui reprocher d’avoir ruiné le pays en œuvres charitables.
Le 17 décembre 1778
Décès de son fils Charles de Naples et Sicile (1775-1778), de la variole.
Il est enterré à la Basilique Santa Chiara de Naples.
Il est le premier de sept de leurs enfants à mourir de la maladie.
Le 19 décembre 1778
Naissance du premier enfant de sa sœur Marie-Antoinette, Marie-Thérèse Charlotte, future duchesse d’Angoulême (1778-1851).
Le 17 janvier 1779
Naissance de ses jumelles Marie-Christine de Bourbon-Siciles, parfois appelée « de Naples-Sicile » (1779-1849), future Reine de Sardaigne et Marie Christine Amélie de Naples-Sicile (1779-1783), à Caserte.
Le 12 avril 1780
Naissance de son fils Gennaro de Naples et Sicile (1780-1789).
Le 29 novembre 1780
Mort de l’Impératrice Marie-Thérèse après une courte maladie.
Joseph II est désormais seul à la tête de l’Empire.
Le 18 juin 1781
Naissance de son fils Joseph de Naples et Sicile (1781-1783).
Le 22 octobre 1781
Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, Marie-Caroline est choisie pour être sa marraine, son oncle, le comte de Provence est son parrain.
Le Boudoir de Marie-Caroline
Elle y conserve la pendule à automate, offerte par Marie-Antoinette.
La salle-de-bain de Marie-Caroline à Caserte
Le 22 avril 1782
Naissance de sa fille Marie-Amélie de Bourbon, princesse de Naples et de Sicile (1782-1866), future Reine des Français de 1830 à 1848.
Le 19 février 1783
Décès de son fils Joseph de Naples et Sicile (1781-1783), de la variole. Il est enterré à la Basilique Santa Chiara de Naples.
Le 26 février 1783
Décès de sa fille Maria de Naples-Sicile (1779-1783), sœur jumelle de Marie-Christine (1779-1849), future Reine de Sardaigne, de la variole.
Elle est enterrée à la Basilique Santa Chiara de Naples.
En février et mars 1783
Une série de cinq forts séismes touchent la Calabre, qui fait alors partie du royaume de Naples. Les séismes se déroulent sur une période de deux mois, tous avec une magnitude de 5,9 ou plus. Le nombre total de victimes liées aux séismes est estimé entre 32 000 et 50 000 morts.
Louis XVI envoie à Naples des v aisseaux chargés de farine.
Le 14 décembre 1784
Naissance de sa fille Marie-Antoinette de Naples et de Sicile (1784-1806) au palais de Caserte.
En 1785
Les souverains de Naples font un grand voyage en Italie du Nord en 1785. C’est l’occasion pour eux de rendre visite à la famille royale de Savoie à Turin. La Reine Marie-Caroline décrit ainsi la princesse de Piémont, Marie-Clotilde :
« … la princesse de Piémont qui est extrêmement aimable, la douceur complaisante même… »
Le 27 mars 1785
A sept heures et demi du matin, naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, surnommé «Chou d’Amour» par Marie-Antoinette, Dauphin en 1789 et déclaré Roi de France en 1793 par les princes émigrés sous le nom de Louis XVII. Marie-Caroline est sa marraine, le comte de Provence (1755-1824), futur Louis XVIII, son parrain.
En 1786
Naissance de sa fille Marie-Clotilde (1786-1792).
Le 31 juillet 1787
Naissance de sa fille Marie-Henriette de Bourbon-Sicile (1786-1792) au palais de Naples.
En 1788
Naissance et mort de son fils Charles (1788-1788), qui est enterré à la Basilique Santa Chiara de Naples.
Le 1er janvier 1789
Décès de son fils Gennaro de Naples et Sicile (1780-1789) de la variole. Il est enterré à la Basilique Santa Chiara de Naples.
En France
Le 5 mai 1789
En France : ouverture des États-Généraux à l’hôtel des Menus Plaisirs à Versailles.
Le 4 juin 1789
Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.
Louis-Charles, son neveu et filleul devient le Dauphin.
Le 14 juillet 1789
A Paris : prise de la Bastille.
Le 4 août 1789
Abolition des privilèges, en France.
Le 26 août 1789
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Le 5 octobre 1789
Des milliers de parisiennes marchent sur Versailles pour réclamer du pain.
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
Marie-Caroline dira que sa sœur aurait dû être assassinée ce jour-là pour n’avoir pas à connaître les horreurs de la révolution….
La famille royale est ramenée de force à Paris.
Le 19 novembre 1789
Mort de sa sœur, l’Archiduchesse Marie-Anne à Klagenfurt.
Le 20 février 1790
La mort à Vienne de son frère Joseph II constitue une perte affective et politique pour Marie-Antoinette. Léopold II (1747-1792), leur frère, devient Empereur des Romains.
Le 2 juillet 1790
Naissance de son fils Léopold Jean Joseph Michel de Bourbon, prince de Naples et de Sicile puis des Deux-Siciles, futur prince de Salerne (1790-1851).
Le 14 juillet 1790
Fête de la Fédération à Paris.
En 1790
Après l’avènement de Léopold II (le 11 novembre 1790), un triple mariage unit les maisons d’Autriche et de Naples. Marie-Caroline vit alors le bonheur nostalgique de retourner à Vienne et de passer huit mois sur les lieux de son enfance.
Marie-Caroline demande, en 1790, à Augeard, le secrétaire des Commandements de la Reine de France, à qui :
« Mais d’où vient ce déchaînement effroyable de votre pays contre ma malheureuse sœur?
-Marie-Antoinette, par malheur, consentit à laisser la dignité de son rang suprême dans son palais pour aller dans l’appartement de madame de Polignac y jouer le second rôle.»
Le 15 août 1790
Sa fille aînée, Marie-Thérèse (1772-1806) épouse son double cousin, l’Archiduc François d’Autriche (1768-1835), futur François Ier d’Autriche ( 11 août 1804). Ce sera leur fille aînée, Marie-Louise d’Autriche (1791-1847) qui épousera Napoléon Ier (1769-1821) et deviendra Impératrice des Français.
À gauche, Marie-Caroline escorte ses filles, Marie-Thérèse et Louise, jusqu’à l’autel des noces. A droite, Léopold escorte ses fils François (le futur François II) et Ferdinand III, grand-duc de Toscane. À l’extrême droite se trouvent le mari de Caroline, Ferdinand IV, et la femme de Léopold, Marie-Louise d’Espagne. Ferdinand et Marie-Louise sont également frères et sœurs. Marie-Thérèse et François se sont mariés en premier, le 15 septembre 1790. C’était son deuxième mariage, sa première femme étant décédée en couches en février de la même année. Louise et Ferdinand se marient le 19 septembre 1790.
Le 19 septembre 1790
La fille cadette, Louise de Bourbon-Siciles (1773-1802) épouse Ferdinand III de Toscane (1769-1824).
En décembre 1790
Le marquis de Bombelles démissionne de son rôle d’ambassadeur à Venise, pour ne pas prêter le serment nommé civique exigé par l’Assemblée Constituante qu’il regarde comme illégale et inconstitutionnelle.
Il continue alors à faire office d’émissaire officieux de Louis XVI et de son frère le comte d’Artois auprès des différentes cours d’Europe, en lien avec la Reine de Naples.
La Reine Marie-Caroline insiste pour que les enfants de monsieur de Bombelles lui soient présentés. Quand monsieur et madame de Bombelles se retirent, en entrant dans la gondole, ils trouvent une lettre avec cette adresse :
« Aux enfants de l’estimable marquis de Bombelles, ambassadeur du roi de France.
Vous avez des parents si respectables que je ne puis vous désirer, mes chers enfants, que le bonheur de leur ressembler, et de montrer dans le cours de votre vie toute l’énergie, le désintéressement et les sentiments qu’ils ont témoignés, et qui leur ont valu l’estime publique, la mienne et tout mon attachement. Comme votre éducation n’est pas encore achevée, et qu’elle exigera quelques frais, j’oserai vous faire toucher, à vous, quatre frères, 12,000 fr par an, à l’endroit où vous résiderez, et jusqu’au moment où vos respectables parents seront de nouveau rentrés dans toutes les charges et emplois dont ils sont si dignes. Ceci est bien éloigné de ce que j’aurais désiré pouvoir faire, mais, ne voulant pas importuner le roi, mon époux, et mes facultés étant restreintes, j’ai dû me restreindre. Recevez cela avec le sentiment qui me porte à vous l’offrir ; c’est celui de la plus sincère estime et attachement qu’à pour vos respectables parents, et du plus véritable intérêt qu’à pour vous votre éternelle amie.»
Quand Monsieur de Bombelles dit à la Reine, en la remerciant, qu’il n’a pas mérité tant de bontés puisqu’il n’a pas servi sa couronne, elle lui répond d’un air majestueux :
« …Monsieur, vous avez servi la cause de tous les rois. »
Depuis le mois d’avril 1791
Le marquis de Bombelles vivait des bienfaits de la Reine de Naples, qui s’est empressée de venir au secours d’une famille qui a préféré l’indigence à l’oubli de ses devoirs.
Le 20 février 1791
Départ de Mesdames Adélaïde et Victoire qui partent pour Rome Leur fuite est incités par les lois de France contre l’Église.
Elles se réfugient de plus en plus loin en Italie.
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale française.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la Reine de France sont arrêtés à Varennes.
Le 25 juin 1791
La famille royale rentre à Paris sous escorte.
Le Roi de France est suspendu.
De retour en Italie, Marie-Caroline apprend l’arrestation de la famille royale de France à Varennes. Les émigrés affluent de France, elle leur ouvre grand les portes, ne ménageant pas les moyens pour les bien recevoir. Avec eux arrivent des rumeurs chaque jour plus alarmantes.
En juin 1791 elle apprend l’arrestation de la famille royale française, qui va pleurer avec ces mots :
« Je connais bien l’arrestation fatale et l’entrée execrable à Paris de ma chère et si malheureuse sœur. Je ne pourrai plus être heureux. Les blessures, et oserais-je dire même la mort, étaient préférables à ce retour dégradant et douloureux. »
Lettre à madame de Polignac
Son ami l’ambassadeur Hamilton épouse la ravissante Emma Hart. Les deux femmes ne tardent pas à devenir inséparables et Emma rend d’immenses services à la Reine : elle devient agent de liaison entre Naples et Paris.
« De cet infernal Paris, j’apprends d’horribles détails, dira ainsi la Reine, à tout instant, quelque bruit ou cri qu’elle entende, et chaque fois qu’ils entrent dans sa chambre, ma pauvre sœur s’agenouille, prie et se prépare à mourir. Les brutes inhumaines (…) nuit et jour (…) hurlent afin de l’épouvanter et de lui faire craindre mille fois la mort. C’est la seule chose que l’on puisse souhaiter à cette malheureuse âme, et je prie Dieu de la lui envoyer afin de mettre un terme à ses souffrances.»
Contre toute attente, ce mariage est très bien accueilli par le milieu diplomatique napolitain, puis par l’aristocratie anglaise. Sir William, ambassadeur, doit demander l’agrément de la Reine pour ce mariage, et c’est l’occasion d’un voyage en Angleterre. Emma est accueillie en vraie lady, ce qui est pour elle un triomphe. Sur le chemin du retour vers Naples, le couple fait halte à Paris où il rencontre le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, qui sont alors en résidence surveillée aux Tuileries. La Reine aurait confié à lady Hamilton une lettre destinée à la Reine de Naples, Sa sœur. Et cette lettre fut les derniers mots de Marie-Antoinette à Sa sœur. C’est ainsi qu’Emma devient une amie proche de Marie-Caroline d’Autriche, épouse de Ferdinand IV de Naples. Elle mène alors la vie mondaine et luxueuse de l’épouse d’un ambassadeur, et fréquente assidûment la Cour de Naples.
«Elle se sera vantée sans doute d’avoir reçu une lettre de Marie-Antoinette pour sa sœur. C’est possible mais rien n’est moins sûr.»
Evelyne Lever
La complicité entre Marie-Caroline et Emma fera beaucoup jaser. Certains allant même jusqu’à parler d’une relation saphique. Ou d’une initiation de l’épouse du Roi Ferdinand Ier à certaines pratiques érotiques par Emma, experte en la matière. Cependant, rien ne le prouve. L’amour de sa vie est pourtant bien celui d’un homme – et quel homme ! – l’amiral Nelson, ennemi juré de Napoléon. Le héros brave les pires tempêtes sur son navire mais c’est pour Emma que son cœur chavire.
Le 1er mars 1792
Léopold II, le frère de Marie-Caroline, meurt.
Avènement de son neveu François II, qui sera couronné Empereur le 19 juillet.
Le 3 avril 1792
Lettre dédicacée, sans indication de lieu [probablement Naples], datée du 3 avril 1792, adressée à « ma chère comtesse ».
Rare lettre de Maria Caroline de Habsourg-Lorraine, Reine de Naples, qui déplore le triste sort de sa sœur Marie-Antoinette, prisonnière des Tuileries, ainsi que la mort soudaine du frère Léopold II, Empereur du Saint-Empire romain (allié important contre les révolutionnaires français).
« J’ai été bien touchée par le fait que vous vous souveniez de moi à un moment si terrible et cruel, comme celui que j’ai vécu avec la perte d’un frère et d’un ami [Leopoldo II], à qui tous les sentiments de gratitude et de tendresse me liaient de tout cœur. J’avoue que ce coup a été extrêmement douloureux pour moi, et que je ne pourrai jamais me consoler pour ça. Le sort de la reine de France est d’être pathétique. Je ne sais pas si elle a déjà apprécié et appris quel genre de frère elle avait. Si tel était le cas, je suis sincèrement désolé pour elle, car cela ne pourrait qu’augmenter sa souffrance. J’aimerais la connaître d’une autre position.
Au revoir ma chère Comtesse,
Sache que je m’intéresse profondément à tout ce qui te concerne,
Ton amie sincère,
Charlotte
À partir de ce moment, Marie-Caroline ouvre les portes de son royaume aux nombreux émigrants qui se précipitent hors de France. Elle accueille avec joie l’ascension de son frère bien-aimé Léopold sur le trône du Saint-Empire romain, après la mort de son frère Joseph II. Elle comptera sur lui pour libérer sa sœur du joug des révolutionnaires français. Malheureusement, la disparition inattendue de Leopold le jette dans une inquiétude qui grandit de mois en mois avec l’arrivée de mauvaises nouvelles de France. L’annonce de l’exécution de la sœur bien-aimée Marie-Antoinette la comble de tristesse et de colère : à partir de cette date elle sera toujours défiante envers les Français, contre lesquels elle se battra toute sa vie jusqu’à l’ère Napoléonienne.
Le 2 mai 1792
Naissance de son fils Albert-Louis (1792-1798).
Le 10 août 1792
Sac des Tuileries.
Le Roi de France est suspendu de ses fonctions.
Le 13 août 1792
La famille royale de France est incarcérée au Temple.
Le 20 septembre 1792
Décès de sa fille Marie-Henriette de Bourbon-Sicile (1786-1792), de la variole. Elle fut inhumée dans la nécropole royale des Bourbon-Siciles dans la Basilique Santa Chiara à Naples.
Ce même jour, victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.
Le 21 septembre 1792
Abolition de la royauté française.
Le 21 janvier 1793
Louis XVI est guillotiné.
En 1793
Naissance de sa dernière fille, Marie-Isabelle (1793-1801).
Marie-Caroline a le projet de libérer Marie-Antoinette en contrepartie de toute hostilité contre la République. Deux hommes en sont chargés : Sémonville, ambassadeur à Constantinople, qui doit négocier avec le grand-duc Ferdinand de Toscane ; et Maret, envoyé à Naples pour négocier avec Marie-Caroline. La Reine et le grand-duc doivent convaincre l’Empereur François II. Or, ce dernier se pense proche d’une victoire militaire et n’entend pas ruiner ses efforts par la signature d’un armistice pour sauver sa tante. Il oppose une fin de non-recevoir au projet. Etonnemment, Marie-Caroline le soutient.
Le 16 octobre 1793
Marie Antoinette est exécutée.
Désespérée, Caroline ne trouve le repos que dans la prière… et dans les espoirs de revanche. Elle réunit ses enfants autour du portrait de la chère disparue et prononce devant eux ce serment :
« Je jure de poursuivre ma vengeance jusqu’à ma mort.»
Voici une lettre que Marie-Caroline écrit à Calonne après la mort de sa chère Antoinette :
« Marie-Caroline avait déjà l’imprimé du procès de sa sœur, mais les détails de sa prison ne lui étaient pas connus. Elle m’a chargé de mille choses pour vous, mon cher comte, reconnaissant avec sensibilité les expressions de l’attachement que vous avez voué à son infortunée sœur. Ce sont ses propres mots. »
(passage cité par Charles Kunstler in Fersen et son secret, Hachette, 1947, p. 298)
La Reine ne tarde pas à se heurter aux Français. Avec les émigrés, une vague a apporté des jacobins fuyant la Terreur. Ce groupuscule s’allie rapidement aux réformateurs italiens. Parmi eux se trouvent des francs-maçons, ceux pour la liberté desquels Marie-Caroline a tant bataillé, et qui œuvrent maintenant contre leur ancienne bienfaitrice.
Le 8 juin 1795
Mort de Louis XVII, son neveu et filleul, à l’âge de dix ans. Il était atteint de tuberculose osseuse et d’abandon.
Le 18 décembre 1795
Sa nièce, Marie-Thérèse, Madame Royale quitte la prison du Temple, après trois ans et demi d’enfermement, pour être remise à sa famille autrichienne… en échange des commissaires français livrés aux Autrichiens par Dumouriez, dont fait partie Jean-Baptiste Drouet (1763-1824), le sinistre responsable de l’arrestation de la famille royale à Varennes… Marie-Caroline ne la rencontrera pourtant jamais … C’est subjuguant ! L’une comme l’autre n’auraient pu qu’être émues de retrouver Marie-Antoinette à travers Sa soeur et Sa fille.
La Reine, paniquée, signe un traité d’alliance avec l’Angleterre. Bientôt, la présence de la flotte de l’amiral Nelson la rassure. L’insurrection est matée à Naples, mais, dans le reste de l’Italie, Napoléon remporte de sérieuses victoires contre les Autrichiens.
Naples, le 28 mai 1796
Marie-Caroline, Reine des Deux-Siciles au marquis de Grallo
« Je vous écris encore ces lignes pour vous annoncer la situation de nos troupes, qui est une chose qui peut vous intéresser, et comme ces coquins se trouvent sur le chemin, je n’ose l’envoyer ouverte. La recrutation avance infiniment et avec succès : il y a un bien bon esprit pour cela; mais on tâche de le détruire et de dégoûter les gens ; mais j’espère que grâce à Dieu cela ne leur réussira point et que de cette fatale abominable crise nous en sortirons avec honneur. Après je ne désire que trois grâces du Roi, dont une je suis sûre, car je l’y ai persuadé : c’est le testament pour ses enfants qu’il doit faire.
L’autre est pour moi : quelques avantages pécuniaires pour ne lui ni à personne être jamais plus à charge et vivre tranquillement le reste de mes jours.
Rempli cela, je donne adieu aux affaires à jamais. J’y ai passé dix-neuf années et y ai eu une abominable, scélérate intrigue espagnole pour détruire tout mon bonheur domestique et qui m’a causé des chagrins inouïs ; un tremblement de terre qui a mis à la misère deux provinces des plus florissantes et tué près de 50.000 personnes ; deux éruptions affreuses du Vésuve, dont une a ruiné un des plus riches pays; deux fois la famine, les banques à la faillite près et très près ; une conspiration de principes non encore ni éteinte ni toute connue, une attaque de mer menacée au moment du bombardement, mèche en main ; une opération sur la monnaie très dangereuse, mais de toute nécessité; actuellement une invasion de terre menacée qui n’est point encore évanouie, et avec tout cela aucune énergie, amour de la Patrie; un révoltant égoïsme, commodité : voilà mon cas. Pour ne dire pire, je laisse à part chagrins de famille, perte de mes enfants, la santé ruinée, une contradiction continuelle pour laquelle il paraît que le Ciel m’a destinée. Vous conviendrez qu’il y en a assez et que j’ai éprouvé plus de maux, chagrins qu’un siècle peut procurer. Aussi suis-je ruinée, perdue et il ne me faut plus calculer entre les êtres vivants.
Quand le soir arrive, je ne résiste plus à ma fatigue et je ne suis plus bonne à rien.
Ce moment-ci est une crise telle que par devoir, obligation, j’y tiendrai, ferai ce que je pourrai ou en mourrai, mais ne m’éloignerai de rien, même du plus dangereux; mais à paix faite, aucune considération, égards, ni puissance me retiendront. Je veux vivre, respirer un peu pour moi-même et mettre un intervalle, si Dieu veut, entre la vie et la mort.»
Le 24 février 1797
Lors de l’arrivée des troupes françaises, Mesdames Adélaïde et Victoire rejoignent Naples, où Marie-Caroline est fort peu ravie de les voir.
Le 17 octobre 1797
L’Autriche signe un traité avec la jeune république française. Marie-Caroline est outrée :
« Je ne suis pas, et jamais je ne serai en bon termes avec les Français. Je les regarderai toujours comme les assassins de ma sœur et de la famille royale.»
En 1798
Les Etats Pontificaux sont envahis par les Français, une république romaine jacobine est instaurée. Bientôt, c’est toute l’Italie qui est occupée, hormis Naples. Caroline tremble de subir le même sort que sa sœur. Malgré l’appel à la résistance que lance Ferdinand, la famille royale doit se résigner à l’exil. Une trentaine de vaisseaux, portant deux mille personnes, cingle vers la Sicile. Pendant la traversée, une tornade se déclare, semant la panique. Un des enfants de Caroline, Albert, âgé de sept ans, meurt dans d’atroces convulsions.
Le 24 juin 1798
L’éphémère république parthénopéenne ou napolitaine est vite écrasée et Ferdinand regagne Naples.
En décembre 1798
Alors que l’armée française d’Italie marche sur Naples, et peu avant que ne soit proclamée la république parthénopéenne, la famille royale, expropriée de Caserte, s’embarque sur le HMS Vanguard de l’amiral Nelson et se réfugie à Palerme.
Pendant que la famille royale s’installe dans l’hostile palais Colli de Palerme, à Naples règnent le chaos et la confusion. Marie-Caroline rêve de retourner et de prendre les armes, mais elle est trop affaiblie.
Le cardinal Fabrice Ruffo parvient à reconquérir Naples à la cause royale.
Le 24 décembre 1798
Décès de son fils Albert-Louis (1792-1798).
En 1799
Ferdinand et Marie-Caroline font l’acquisition du Palais chinois de Palerme.
Elle est construite par Giuseppe Venanzio Marvuglia à partir de 1799 à la demande de Ferdinand III de Sicile qui avait acheté une maison de style chinois au baron Benedetto Lombardo, ainsi qu’un terrain bordant certaines pièces. Marvuglia, qui était l’auteur du bâtiment précédent, a construit l’œuvre en gardant le style oriental : le corps central se termine en haut avec un toit de pagode. Le rez-de-chaussée est scandé d’arcs en plein cintre et les deux côtés sont flanqués de tourelles comportant des escaliers hélicoïdaux ouverts, dont la réalisation est dirigée par le maître d’œuvre Giuseppe Patricolo. Le bâtiment présente des éléments curieux : les cloches de la grille d’entrée, les poutres en bois sculpté des terrasses et les coquilles Saint-Jacques. A l’extérieur, sur les premiers toits pagodes étaient accrochés des dizaines de carillons chinois qui sonnaient, aux grès des vents. Raison pour laquelle le pavillon était initialement surnommé la villa aux mille clochettes.
Au deuxième étage se trouvait l’appartement de la Reine Marie-Caroline avec deux pièces de réception et la chambre. Au niveau supérieur se trouve une grande terrasse octogonale couverte d’une pagode au plafond décoré par Silvestri. En 1800, le jardin arrière est aménagé et Giuseppe Patricolo s’occupe du «temple chinois». G. Durante a fait la «flore à l’italienne», des réservoirs en marbre blanc avec des grottes chinoises naturelles.
Dans la salle à manger, il y a une table qui permet de soulever la vaisselle de l’étage inférieur et d’être immédiatement servi. Cette table est appelée la table mathématique.
Cela reprend un projet abandonné des tables volantes du Petit Trianon de Loriot
L’hommage à Marie-Antoinette semble évident !
Le 13 juin 1799
La ville est libérée. Ferdinand fera preuve envers ses ennemis vaincus d’un inflexible manque de pitié tandis que de nouveaux deuils et départs accablent Caroline. Alors que toute la ville est à reconstruire, elle perd les Hamilton, rappelés en Angleterre.
En 1801
Décès de sa dernière fille, Marie-Isabelle (1793-1801).
Le 19 septembre 1802
Décès en couches de sa fille Louise de Bourbon-Siciles, à l’âge de vingt-neuf ans, elle est enterrée avec son fils mort-né dans ses bras.
Le 2 décembre 1804
Bonaparte est sacré Empereur. Marie-Caroline le craint comme la peste. N’a-t-il pas juré de déloger les Habsbourgs et les Bourbons d’Italie ? Aveuglée par sa haine, elle délaisse les négociations avec le petit Corse et préfère risquer sa couronne en entrant avec l’Angleterre, l’Autriche et la Russie dans la coalition formée contre l’empereur des Français.
Hélas, ces pays, trop éloignés géographiquement, abandonnent Naples à son sort.
« Nous tomberons glorieusement, réplique Caroline.»
Mais, devant l’indifférence de ses sujets, elle se voit obligée de s’embarquer pour Palerme une nouvelle fois. Tandis que la tempête ravage ses navires, les troupes de Joseph Bonaparte pénètrent dans sa ville dans l’apathie générale.
Au début de l’année 1806
Face à l’avancée des armées françaises, Ferdinand doit à nouveau fuir pour la Sicile.
Le 21 mai 1806
Décès de sa fille Marie-Antoinette de Bourbon-Naples (1784-1806), princesse des Asturies.
Le 6 août 1806
Décès en couches de sa fille Marie-Thérèse de Bourbon-Naples, à trente-cinq ans… elle accouchait pour la dix-septième fois !
Le 25 novembre 1809
Mariage de sa fille Marie-Amélie de Bourbon-Sicile (1782-1866) et de Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres (1773-1850), futur Roi des Français, à Palerme.
Déjà ébranlée par la perte de sa sœur, qui lui avait donné le premier coup, Marie-Caroline s’abîme dans l’obsession. Obnubilée par la volonté de recouvrer son trône, elle inonde l’Europe de lettres suppliantes et revendicatrices. Une blessure fatale lui est infligée lorsque sa petite fille Marie-Louise épouse l’empereur des Français. Le sang de la grande Marie-Thérèse uni à celui d’un tyran issu de nulle part ? C’est plus qu’elle n’en peut supporter !
Le 11 mars 1810
Mariage par procuration à Vienne de sa petite-fille Marie-Louise (1791-1847) avec Napoléon Ier (1769-1821).
Depuis la décapitation de sa sœur Marie-Antoinette, Marie-Caroline s’en va vers la paranoïa et le suspect et la haine des Français l’obséderont jusqu’à sa mort.
À la nouvelle du mariage imminent de sa petite-fille Marie-Louise de Habsbourg avec Napoléon, son commentaire est «Je suis devenue la grand-mère du diable».
C’est drôle l’anecdote selon laquelle lors d’une partie de chasse en Sicile, faisant semblant de vouloir frapper un sanglier, elle a explosé «par erreur» un coup de fusil contre le gendre Louis-Philippe (devenu par la suite Roi de France, mais à l’époque en exil sur l’île et à la suite ainsi qu’à la charge des beaux-parents). Il va avouer aux dames de sa suite :
« Je voulais le faire sec le fils de Philippe Égalité».
Le 28 février 1810
L’Archiduchesse Marie-Louise (1791-1847) informe sa grand-mère :
« Les gazettes ou d’autres nouvelles plus récentes vous auront sans doute déjà peut-être appris que je suis épouse de l’empereur Nazpoléon. Vous pouvez facilement vous figurer, chère Grand-Maman, combien ce pas me coûte et seulement l’obéissance que je dois à mon père et la voix et le voeu unanime de deux peuples ont pu me porter à faire ce grand sacrifice. »
Le 2 avril 1810
Mariage officiel de Napoléon Ier avec Marie-Louise, sa petite-fille. Marie-Louise ne se sent pas à l’aise dans ce pays et, comme l’indiquera Napoléon dans ses mémoires,
« elle avait toujours peur d’être parmi des Français qui avaient tué sa tante »
Brisée par ces échecs politiques et les deuils répétés, sa santé se dégrade et elle cherche l’apaisement dans l’opium.
Le 20 mars 1811
Naissance de son premier arrière-petit-fils, Napoléon François Joseph Charles Bonaparte, Roi de Rome (1811-1832), l’Aiglon…
En 1812
En dépit de sa santé chancelante, son mari décide de se séparer d’elle et l’embarque de force. Harrassée par un interminable voyage, elle aboutit à Vienne, où on lui fait grise mine.
« Je verrai bien si l’on ose chasser de Schönbrunn la dernière fille de Marie Thérèse, riposte-t-elle.»
Après vingt ans d’angoisse, elle voit enfin la chute de l’empire napoléonien. Les usurpateurs sont chassés de Naples, et les Bourbons peuvent reprendre leur place. Mais la pauvre Marie-Caroline ne goûtera pas cette ultime joie. C’est une vieille femme. Elle est à Vienne à la veille du Congrès entre les pays vainqueurs de Napoléon Ier (qui commence le 18 septembre 1814). Elle représente l’Ancien Régime et l’ancienne diplomatie. Elle gêne. Elle trouve un peu de réconfort auprès de Marie-Louise et de son fils l’Aiglon, dont la naissance l’avait tant indignée.
« Plus rien au monde ne m’émeut ; mon sort s’est joué et s’est décidé le jour où j’ai été chassée comme une comédienne et chassée de Sicile…. Ma vie est finie dans ce monde…. Je n’intéresse plus que quelques vieilles femmes qui ne sortent jamais de chez elles, mais qui viennent voir les derniers enfants de la grande Marie-Thérèse. Le Prater est dans son beau vert et plein de fleurs ; mais rien ne me paraît plus beau.»
Marie-Caroline tance sévèrement l’indolence de sa petite-fille Marie-Louise rechignant à rejoindre son mari, Napoléon, en exil, précisant qu’en semblable cas, elle aurait personnellement déchiré ses draps pour les transformer en moyens d’évasion, révélant un romantisme insoupçonnable et sans impact sur une jeune Impératrice ne rêvant que d’un confort somme toute très bourgeois et certainement pas de bien rocambolesques aventures.
Le 7 septembre 1814
Elle se couche épuisée. Peu après minuit, son domestique est réveillé en catastrophe : la vieille Reine s’est endormie à jamais, la main crispée sur la sonnette du dernier secours. Elle est sans doute morte d’une crise d’apoplexie. Ainsi s’achève la vie de la dernière enfant vivante de Marie-Thérèse d’Autriche.
Le corps de la Reine Marie-Caroline de Naples et de Sicile, vêtue d’une robe en taffetas noir, d’un voile, d’un bonnet en dentelle et de chaussures en tissu argenté, a été emmené en état avant les funérailles.
Le 10 septembre 1814
La baronne du Montet a décrit sa visite au mémorial de la Reine :
« Dans le dernier sommeil de la reine, il y a une trace de tristesse, d’infinie lassitude. Marie-Caroline, qui croyait mourir à Naples, fit dresser son portrait sur une tombe du couvent des Capucins de Vienne, accompagné d’une inscription tendre et émouvante, doux témoignage du désir de la pauvre dame d’être enterrée près de ses augustes parents. Précaution sensible mais vaine, puisque la dépouille mortelle de la reine a été inhumée sur place.»
Marie-Caroline est en effet enterrée dans la Crypte Impériale avec ses ancêtres, dans la Tombe 107. Elle y repose aux côtés de sa mère, Marie-Thérèse.
Après sa mort, Napoléon écrira à son frère Joseph disant
« Cette femme savait penser et agir comme une reine, tout en préservant ses droits et sa dignité…. »
Elle meurt avant de voir le retour des Bourbons à Naples. Neuf mois seulement après sa mort, son mari a été rétabli sur le trône. Personne ne regrette la pauvre femme qui avait perdu la raison. Et elle emporte avec elle une triste réputation qui ne rend pas justice à tous les progrès qu’elle a fait faire à son royaume.
Le
Son époux se remarie avant la fin de la même année (cinquante jours après la mort de Marie-Caroline) avec Lucia Migliaccio (1770- 1826), duchesse de Floridia, qui ne sera pas reine car le mariage est morganatique. Cette union provoque un scandale considérable. Ferdinand Ier règne encore dix ans.
Le 6 janvier 1825
Ferdinand Ier de Bourbon meurt seul dans sa chambre, suite à un coup d’apoplexie. Paradoxalement de la même mort et dans la solitude la plus complète.
À ce propos, la fantaisiste Lady Blessington écrit dans son journal :
« Ils le regrettent énormément et si, en fait, il n’était pas un souverain de hautes qualités intellectuelles, il s’est toujours montré un homme bon. Les pleurs des gens ordinaires, des masses qui puisent dans les instincts collectifs, et parfois dans l’avenir de l’histoire, ont averti que la ville restait orpheline».
Bien sûr, Naples dans les décennies et le siècle suivant aura encore eu des figures lumineuses et des chefs charismatiques ; mais un autre Ferdinand, vrai Roi et vrai père, si proche et semblable au dernier de ses sujets, ne l’aura jamais plus.
D ‘ après «Le Roi Lazzarone» de Giuseppe Campolieti
Je termine ce portrait par une image uchronique… j’aurais souhaité que Marie-Antoinette reçoive ainsi Sa chère Charlotte à Trianon :
Sources :
_Antoinetthologie
_BADINTER, Elisabeth, Le pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), Paris, Flammarion, 2016, 800 p.
_BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, 270 p.
_BLED, Jean-Paul, Marie-Thérèse d’Autriche, Paris, Fayard, 2001, 448 p.
_BOURBON-PARME, Isabelle, Je meurs d’amour pour toi, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine 1760-1763, édition établie par Elisabeth Badinter, Paris, Tallandier, 2008, 206 p.