Le 13 mars 1753
Naissance, à Paris à l’Hôtel de Toulouse, de Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, dite « Mademoiselle d’Ivry » puis « Mademoiselle de Penthièvre », qui sera duchesse de Chartres (1769-1785) puis duchesse d’Orléans (1785-1821).
Marie-Adélaïde est la fille de Louis-Jean-Marie de Bourbon (1725-1793), duc de Penthièvre, et de Marie-Thérèse-Félicité d’Este (1726-1754).
Le 30 avril 1754
Mort de sa mère, Marie-Thérèse-Félicité d’Este, en couches.
Le duc et de la duchesse de Penthièvre ont formé, pendant les dix ans de leur mariage, un couple harmonieux: ils sont aussi doux, pieux et charitables l’un que l’autre. Le duc de Penthièvre qui a toujours été fidèle à son épouse, ne se remariera pas. Marie-Adélaïde est alors confiée dès l’âge de quatre ans aux bénédictines de l’abbaye royale de Montmartre. La jeune fille sera toute sa vie douce et pieuse, légèrement naïve.
Le 31 janvier 1767
Mariage de son frère, le prince de Lamballe (1747-1768) avec Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan (1749-1792), la future amie de Marie-Antoinette.
Le mariage n’a pas le résultat escompté : la jeune princesse, sincère, discrète et émotive n’a pas les qualités propres à retenir un époux et le prince ne tarde pas à multiplier les infidélités, notamment avec une comédienne. Menant une vie dissolue et dépensant beaucoup, il doit vendre les diamants de son épouse pour éponger ses dettes…
Le 6 mai 1768
Décès de son frère, Louis-Alexandre-Joseph-Stanislas, prince de Lamballe, d’une maladie vénérienne, au château de Rambouillet.
Selon ses volontés, il est inhumé sans cérémonie à Rambouillet.
Cette disparition fait de Marie-Adélaïde la dernière descendante du comte de Toulouse (1678-1737), bâtard légitimé de Louis XIV (1638-1715) et madame de Montespan (1640-1707).
Cette richesse ne laisse pas indifférent Louis-Philippe d’Orléans , duc de Chartres (1747-1793). Fils aîné du duc d’Orléans, âgé de vingt ans, il est chef de la branche cadette de la famille royale. Dès sa naissance le 13 avril 1747, la filiation de Louis-Philippe Joseph d’Orléans est remise en cause. Son grand-père, Louis d’Orléans, fils du Régent, refuse de le voir. On lui a remis un billet indiquant que la duchesse de Chartres avait acheté un enfant à la femme qui avait remis le dit billet. En 1749, la séparation du couple Chartres est consommée. La duchesse de Chartres s’affiche avec son amant le comte de Melfort. On dit qu’il est le père de Louis-Philippe d’Orléans, mais que cela pourrait être aussi le cocher Lacroix ou l’abbé Martin. Louis-Philippe est un cousin éloigné de Marie-Adélaïde, issue d’une branche illégitime, c’est ancien compagnon de débauche du frère de Marie-Adélaïde, le prince de Lamballe. Pour Chartres, ce mariage est une mésalliance. Au mépris des convenances, il ne craint pourtant pas de la demander en mariage. Le duc de Penthièvre accepte cet honneur qui fait de sa fille une princesse de sang.
Le 5 avril 1769
Marie-Adélaïde épouse Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, fils de Louis-Philippe, duc d’Orléans, dit « le Gros » (1725-1785), et de Louise-Henriette de Bourbon (1726-1759), à Versailles.
« Le mariage de mademoiselle de Penthièvre, tout brillant qu’il fut, s’est accompli malgré la volonté de son père. Certes, le parti était de haute importance; le premier prince du sang faisait en effet grand honneur à la fille d’une race bâtarde en lui donnant son nom. M. le duc de Penthièvre n’enviait pas tant de gloire. Le caractère de M. le duc de Chartres ne lui convenait pas.»
Mémoires de la baronne d’Oberkirch
Lorsque Penthièvre cède, il reçoit de Louis XV ce conseil :
— Vous avez tort, mon cousin, le duc de Chartres a un mauvais caractère, de mauvaises habitudes; c’est un libertin, votre fille ne sera pas heureuse. Ne vous pressez pas, attendez.
Par son mariage, combiné à la richesse déjà importante de la Maison d’Orléans, le duc de Chartres est l’un des hommes les plus riches de France.
Le couple aura six enfants , dont Louis-Philippe ( 1773-1850), duc de Chartres, puis duc d’Orléans et Roi des Français sous le nom de Louis-Philippe Ier.
Le 16 mai 1770
Le Dauphin Louis-Auguste épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette.
A une heure de l’après midi
Le cortège de la famille royale part du Cabinet du Roi, précède par le marquis de Dreux Brézé, grand maitre des cérémonies et d’un aide des Cérémonies.
Le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin est célébré dans la chapelle royale de Versailles. Les époux apparaissent et vont devant se donnant la main, escortés d’un page du Roi portant le bas de robe de la Dauphine et de madame de Noailles, suivant la nouvelle princesse. Puis marchent les princes du sang entourés de leurs services d’officiers et de gentilshommes, les frères du Roi, le Roi seul, suivi de Madame Clotilde, de Mesdames , des princesses du sang et de soixante-dix dames de la Cour en grand habit.
Le coup d’œil est extraordinaire.
Ce sont les plus somptueuses toilettes qu’on porte depuis longtemps et telles qu’on n’en a pas vues porter aux récents mariages de la princesse de Lamballe et de la duchesse de Chartres. Tous les yeux et pensées vont à la mariée qui est éblouissante de grâces et fort souriante. A la chapelle, les suisses forment la haie, frappent leurs tambours et soufflent dans leurs fifres pour annoncer l’entrée du Roi.
Les mariés sont décrits comme gauches et timides.
La messe dite
Le curé de la paroisse de la Cour, Notre-Dame de Versailles apporte selon l’usage ce jour, le registre à la chapelle royale. Louis XV signe le premier l’acte de mariage. Après le Dauphin et la Dauphine, signent, dans l’ordre protocolaire, les frères du marié, sa sœur, ses tantes et enfin les deux premiers princes du sang.
Au moment de signer l’acte de mariage
La nouvelle Dauphine commet une maladresse restée célèbre…
La petite histoire et le registre conservé nous indique que la nouvelle Dauphine, probablement émue et tremblante, a laissé un pâté sur Sa signature :
Ensuite tandis que le grand aumônier de France et l’humble curé de la paroisse apposent leur signature, le cortège se reforme : le Dauphin passant à son rang immédiatement avant le Roi, la Dauphine, venant la première derrière eux.
Le cortège se reforme et traverse à nouveau le Grand appartement où se pressent cinq mille personnes. Des murmures d’admiration saluent le passage des jeunes mariés.
L’opéra royal, œuvre d’Ange-Jacques Gabriel, est alors inauguré.
Un lieu devait être trouvé pour célébrer les festivités. Assisté du machiniste Blaise-Henri Arnoult, Gabriel met la touche finale aux plans de l’Opéra Royal. Celui-ci est achevé en deux ans au terme d’un chantier pharaonique sur lequel travaillent nuit et jour des centaines d’ouvriers. Arnoult le conçoit de manière à accueillir soit des spectacles soit des festivités. Lors des grandes réceptions, le plancher de la salle est rehaussé au niveau de la scène par des crics toujours en place, formant un gigantesque plateau d’environ 50m sur 20m. En revanche, dans la configuration spectacles, l’Opéra Royal accueille jusqu’à 1336 spectateurs. Une machinerie répartie sur 35 mètres de hauteur permet d’effectuer des changements de décors spectaculaires à la vue du public. La salle, entièrement exécutée en bois, dispose en outre d’une acoustique exceptionnelle.
L’aménagement intérieur combine innovation et classicisme. Le 16 mai 1770, la salle est inaugurée lors du festin de mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette.
Lors du repas
Le Roi recommande à son petit-fils de ne pas trop se gaver pour la nuit qui l’attend, il reçoit cette répartie qui en dit plus long que le Dauphin l’imaginait :
« Pourquoi? je dors toujours mieux quand j’ai bien mangé….»
Après le festin a lieu le cérémonial du coucher du nouveau couple delphinal.
L’assistance assiste au coucher des époux.
Les jeunes mariés sont conduits dans la chambre nuptiale, celle de Marie-Antoinette. La couche est bénie par l’archevêque de Reims. Le Roi passe sa chemise de nuit au Dauphin et la duchesse de Chartres à la Dauphine. Ils vont au lit en présence de toute la Cour afin de montrer qu’ils partagent bien le même lit.
Le mariage ne sera pas consommé cette nuit-là…
Le 10 octobre 1771
Naissance de la première fille de Marie-Adélaïde, morte née.
Le mariage des Chartres s’avère très tôt malheureux. Le duc prend rapidement pour maîtresse la comtesse de Genlis (1746-1830), dame d’honneur de sa femme, qu’il nomme préceptrice de leurs enfants. Pendant vingt ans, Marie-Adélaïde supporte avec naïveté puis résignation les frasques de son mari. Elle souffre également de l’influence de madame de Genlis sur ses enfants, qui adopteront une attitude révolutionnaire heurtant ses convictions royalistes parce qu’elle œuvrera à séparer les enfants de leur mère.
Le jardin de Monceau :
La «folie» du duc de Chartres
( texte et illustrations de Christoph Duarte ; Versailles – passion )
Entre 1769 et 1773, le duc de Chartres fait construire par Colignon la folie de Chartres, pavillon octogonal à deux étages entouré d’un jardin à la française construit sur un terrain d’un hectare à «Mousseau» (aujourd’hui parc Monceau). Par la suite, le rez-de-chaussée sera complété par quatre galeries en étoile.
Entre 1773 et 1779, afin de rivaliser avec les jardins Bagatelle, d’Ermenonville et le désert de Retz voire les derniers aménagements de Versailles, le duc décide de faire réaliser sur ces vingt hectares un jardin de style anglo-chinois plus vaste et demande à Carmontelle, ordonnateur de ses fêtes, de concevoir un «pays d’illusions» avec des fabriques de jardins : ferme suisse, moulins hollandais, pagode, pyramide, ruines féodales, temple romain disséminés le long de sentiers accidentés, de bouquets d’arbres et d’îles.
Une rivière est creusée, alimentant un grand bassin destiné à des représentations de combats navals, et des grottes sont érigées pour abriter jeux ou collations.
Enfin, entre 1781 et jusqu’à la mort du duc en 1793, l’aménagement des nouveaux terrains acquis au nord et à l’est, ainsi que les modifications du parc (réfection des allées, agrandissement des serres chaudes, plantation d’arbres) sont confiés à Thomas Blaikie dans l’objectif d’en faire un jardin à l’anglaise. En 1787, une partie du jardin est amputée afin de permettre à Ledoux de construire «un bureau d’observation sur la plaine» dite barrière de Chartres (rotonde), pavillon d’octroi entouré d’un péristyle de seize colonnes, dans le cadre de la construction des barrières de murs des Fermiers Généraux.
Son rez-de-chaussée et son premier étage étaient occupés par les bureaux de la Ferme générale, tandis que le duc disposait de la terrasse supérieure pour jouir de la vue sur son jardin. Les colonnes à fût lisse et le dôme supérieur seront modifiés en 1861.
Sous la révolution, le jardin est confisqué et devient en 1793 bien national. Après la Révolution, le parc en piteux état est restitué à la famille d’Orléans. Entre 1802 et 1806, la folie est démolie et un autre pavillon construit à sa place, des travaux et un plan plus resserré mis en œuvre. Les Orléans vendent, puis rachètent en 1819. En 1860, le percement du boulevard Malesherbes permettra à l’État d’exproprier le jardin réduit à 18 hectares et quelques ares. La Ville de Paris ne conservera que 86 000 m² sur les 184 000 m².
Une partie des anciennes fabriques est conservée et associée à de nouveaux éléments : la rivière et son pont, la cascade et la grotte.
Le 28 février 1773
Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres, s’affilie à la maçonnerie des dames, dans la salle de Folie-Titon, rue de Montreuil à Paris.
Le 6 octobre 1773
Naissance de son fils Louis-Philippe (1773-1850), duc de Chartres, puis duc d’Orléans et roi des Français sous le nom de Louis-Philippe Ier .
Le 8 décembre 1773
Marie-Adélaïde est présentée à la Cour. Pendant, qu’elle salue et s’incline devant le Roi, Louis XV (1710-1774) puis le Dauphin Louis-Auguste (1754-1793), personne n’ignore que la jeune fille est la plus riche héritière du royaume.
Le 1er mars 1774
Chez son oncle, le prince de Conti, le duc de Chartres se fait présenter Beaumarchais.
Le 10 mai 1774
Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles vers quatre heures de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.
Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.
En juillet 1774
Madame de Chartres et la princesse de Lamballe avaient décidé de dîner seules, à Vanves, chez la duchesse de Bourbon. Le duc de Chartres insista en vain pour les accompagner et finit par s’incliner devant leur volonté. Alors que les trois princesses allaient dîner, on vint les prévenir qu’un montreur d’animaux désirait leur faire voir un ours et un tigre parfaitement apprivoisés. Cette distraction imprévue piqua leur curiosité, et on introduisit les bêtes dans le parc. Les animaux ont commencé par des gentillesses qui les ont fait rire, puis, tout à coup, ils sont devenus méchants, ont brisé leurs chaînes et sont entrés au château. On avertit bientôt les princesses épouvantées qu’ils mangeaient tout ce qui se trouvait préparé pour le repas. Finalement, après beaucoup de singeries, l’ours et le tigre se démasquèrent ; c’étaient le duc de Chartres et le duc de Fitz-James… Voilà le genre de facéties auxquelles on ne se livrera jamais dans ce pays-ci.
Mémoires secrets de Bachaumont
Marie-Adélaïde de Bourbon est l’une des premières protectrices de la peintre Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842). Elle est aussi cliente de la marchande de Mode Mademoiselle Bertin….
Marie-Adélaïde continue de mener une vie sage au Palais Royal, à Paris, fréquentant sa belle-sœur, madame de Lamballe. Avec elle et son mari, elle entre dans la franc-maçonnerie.
Du 17 juin au 1er août 1774
Séjour de la Cour au château de Marly… durant lequel, la duchesse de Chartres présente Marie-Jeanne Bertin (1747-1813) à la nouvelle Reine.
Très vite, la célèbre Mademoiselle Bertin devient la marchande de Mode attitrée de Marie-Antoinette.
Le 3 juillet 1775
Naissance de son fils Antoine-Philippe (1775-1807), duc de Montpensier.
Le Dimanche 11 juin 1775
Louis XVI est sacré à Reims.
En 1776
Louis-Philippe de Chartres reçoit le grade de chef d’escadre ainsi qu’un vaisseau de soixante-quatre canons, le Solitaire; il n’a aucune expérience militaire mais reçoit ce commandement en raison de son statut royal.
Le 23 août 1777
Naissance de ses filles Eugène-Adélaïde-Louise (1777-1847), dite « Mademoiselle de Chartres » (1777), « Mademoiselle d’Orléans » (1782), puis Mademoiselle (1783-1812) et Madame Adélaïde (1830) et sa jumelle (1777-1782), dite « Mademoiselle d’Orléans ». La duchesse de Chartres est accouchée, à dix heures du soir, au Palais-Royal. Les jumelles sont nées à sept mois et demi : elles vont bien. On se réjouit du bonheur de la duchesse de Chartres. Elle est bonne, charitable, pieuse, connue des pauvres, et le souvenir de son père, le duc de Penthièvre, retiré du monde, n’est pas passé.
Dans Marie-Antoinette (1938) de Van Dyke, Orléans est le compagnon de jeux de la jeune Dauphine (dans la réalité, c’était le rôle du comte d’Artois) dont il deviendra le pire ennemi …
En 1778
Il sera mis à l’épreuve lorsque la France rejoint officiellement les treize colonies américaines dans leur guerre contre la Grande-Bretagne.
Le 27 juillet 1778
Louis-Philippe commande une escadre de navires dans la bataille d’Ouessant, le premier engagement naval majeur entre les navires britanniques et français pendant la guerre d’indépendance américaine. À un moment décisif de la bataille, Louis-Philippe ne réussit pas à profiter d’une brèche dans les lignes ennemies, permettant à la flotte britannique de s’échapper. La bataille s’avère indécise pour les deux camps, aucun navire n’étant perdu.
Le 2 août 1778
Cependant, lorsque Louis-Philippe rentre à Versailles, il annonce que la bataille a été une grande victoire française et qu’il y a lui-même joué un rôle important. Il reçoit l’autorisation de son cousin Louis XVI, d’être celui qui annoncera officiellement la nouvelle ; en se rendant à Paris, il reçoit un accueil de héros. Mais lorsque d’autres rapports sur la bataille parviennent à Paris, la véritable conduite de Louis-Philippe est révélée et il devient la risée de tous. Il est ridiculisé pour avoir abandonné la flotte afin de rentrer précipitamment à Paris, et les aristocrates comme les roturiers se demandent s’il a commis sa bévue par ignorance ou bien par lâcheté. La tache sur sa réputation seraa difficile à effacer.
À peu près à la même époque
Chartres assiste à un bal où il commente, comme à son habitude, l’apparence des dames, dont l’une est qualifiée de « flétrie« . Ayant entendu l’insulte, la dame se retourne et rétorque « tout comme votre réputation, Monseigneur !«
En fin de compte, ce fiasco embarrassant coûte à Louis-Philippe sa carrière militaire, car Louis XVI rejetettera sa demande de rejoindre le corps expéditionnaire du comte de Rochambeau en Amérique en 1780.
Le duc de Penthièvre n’aime pas le monde où il se sent mal à l’aise.
Agonie du duc d’Orléans dans Marie-Antoinette : l’affaire du collier (2025 ; Canal +)
Le 30 mars 1784
Louis Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres, réforme sa Maison et retranche son luxe pour rétablir sa situation financière. Il vend, à Marie-Antoinette et au comte d’Artois, ses équipages de chasse pour la grosse bête, même ses chiens. Il réduit également ses écuries et congédie cent valets.
Sur 1,8 millions, il ne compte réserver que 300 000 écus pour son train de maison. Il ne garde que deux cuisiniers et un maître d’hôtel, et règle désormais sa table sur le pied d’un simple particulier.
Les surplus des revenus du duc de Chartres doivent payer ses créanciers et subvenir à ses bâtiments.
Le 18 novembre 1785
A la mort de son père, Louis-Philippe, duc de Chartres, hérite du titre de duc d’Orléans.
Pendant l’affaire du collier
Alors que Marie-Antoinette est surveillée pour Ses dépenses inconsidérées, Orléans se range du côté de Ses ennemis, même s’il est presque aussi dépensier qu’Elle. Beaucoup sont heureux de faire abstraction de ce fait, car à la fin des années 1780, Orléans se rend plus populaire en faisant des dons généreux aux pauvres de Paris. Une fois, pendant les émeutes de Réveillon, son carrosse est arrêté par une foule d’émeutiers. Il les salue et commence à jeter des sacs d’argent. Ces actions l’aident à cultiver une réputation de noble charitable, le faisant paraître particulièrement bien lorsqu’il est juxtaposé aux Bourbons tant méprisés. Alors qu’Orléans inonde les pauvres d’argent, les ministres français sont confrontés au problème de la dette publique. Cette situation financière désastreuse oblige Louis XVI à convoquer l’Assemblée des notables de 1787, espérant qu’elle approuvera une série de réformes financières radicales. Au lieu de cela, l’assemblée insiste sur le fait que seul un rassemblement des trois ordres de la France prérévolutionnaire, connu sous le nom d’États généraux, a un tel pouvoir. Frustré, Louis XVI congédie l’assemblée et soumet ses réformes directement au Parlement de Paris. Lorsque le Parlement tombe d’accord avec les Notables, Louis XVI essaie de contourner son autorité en publiant un lit de justice qui forcerait les édits à entrer en vigueur. Dans ce moment dramatique, Orléans en personne se lève et défie l’autorité de Louis XVI en déclarant qu’une telle action est illégale et un abus de l’autorité royale. Abasourdi, Louis XVI réagit en bannissant Orléans dans ses domaines et en exilant les parlements. Mais les parlements ont le soutien du peuple, et Louis XVI réalise qu’il n’a pas d’autre choix que de les rappeler et de promettre des États généraux pour 1789.
En novembre 1787
Philippe d’Orléans est exilé dans sa terre de Villers-Cotteret , pour avoir critiqué la politique du Roi en séance d’enregistrement au Parlement.
La princesse de Lamballe, madame de Montesson, M. de Segur, M. de Besenval viennent implorer Louis XVI, la Reine et les ministres en faveur du prince. Le Roi, alors autorise celui-ci à habiter Le Raincy, à condition qu’il ne vienne pas à Paris. Le souverain, probablement n’est pas dupe, lorsque «aimant à croire le prince revenu de ses égarements», il promet à la duchesse le retour de son époux. Philippe averti, sait dès lors que son exil touche à sa fin.
En mars 1788
Le conseil du Roi, souhaite rapprocher le monarque et son cousin pour obtenir de ce dernier une complicité dans la réalisation, notamment celle de la Cour Pleiniere destinée à remplacer les Parlements. A sa demande, Louis XVI offre au duc d’Orléans, pour sa fille, âgée de onze ans, la main du duc d’Angoulême, fils aîné du comte d’Artois, âgé de treize ans. Philippe, qui voit dans cette confirmation de la promesse de son rappel à la Cour, l’accueille avec joie. On convient de célébrer le mariage au début du mois de septembre suivant, et de plus Louis XVI s’engage à négocier avec le toi de Naples, la main d’une de ses filles, pour le duc de Chartres, fils aîné du duc d’Orléans. Mais cette double operation matrimoniale qui aurait pu réconcilier Philippe et le Roi n’aboutira pas.
Philippe se voit éconduit dans un nouveau projet de mariage entre la branche aînée et la branche cadette. Détesté par la Reine depuis l’Affaire du Collier, le prince, dont on dit, qu’il L’a calomnieé, souhaite néanmoins le mariage de son fils aîné, le duc de Chartres, avec la propre fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Madame Royale. Espère-t-il accroître ainsi son influence auprès du Roi ? Hélas, pour lui, le comte d’Artois convoite aussi, pour son fils, le duc d’Angoulême, la main de la princesse et la reine, évidemment, préfère le second parti. La demande du duc d’Orléans se voit donc écartée, ce qui lui cause «un dépit mortel», (citation de Madame de La Tour du Pin). Autant dire, que le duc d’Orléans s’est fourvoyé ! Il n’obtient ni le duc d’Angoulême pour sa fille, encore moins Madame Royale, pour son fils et les espérances auprès de la Cour de Naples se réaliseront seulement bien plus tard…
Marie-Adélaïde, ayant réussi à acculer madame de Genlis à la démission de son poste de gouvernante au terme d’une scène terrible, doit affronter la colère glaciale de son mari . Il se met en devoir de repenser entièrement l’éducation de ses enfants .
La duchesse voulait les priver de leur Genlis ? Eh bien, il privera Marie-Adélaïde de ses enfants !
La malheureuse reçoit cette lettre de son monstrueux mari :
« Ma fille n’aura point de gouvernante mais une institutrice, qui mangera avec elle et qui aura toute autorité sur elle et sur les autres personnes attachées à son éducation . J’enverrai ma fille avec lesdites personnes dans une abbaye aussitôt qu’elle pourra partir sans donner d’inquiétude sur sa santé … Madame d’Orléans, lorsqu’elle ira la voir, ne lui amènera jamais qui que ce soit, sans exception, et sous aucun prétexte ne la fera sortir de son couvent . Ma fille n’ira au Palais-Royal que dans le cas où Mme d’Orléans serait malade . Elle n’y dînera jamais …
Pour ne pas mettre votre fille au désespoir, il faut que vous ayez bien pensé ce que vous lui direz quand elle vous demandera la raison de ce changement d’éducation . Il est nécessaire que je sois prévenu d’avance de ce que vous comptez lui dire, aussi je vous prie de me l’écrire clairement et positivement . Je vous donne vingt quatre heures pour faire cette réponse .
Comme le départ de Mme de Genlis change tous mes plans pour mes enfants, je vous préviens que j’envoie le second ( Montpensier ) dans quelques semaines voyager en France sur les côtes , jusqu’à ce que je l’emmène avec moi . Pour le dernier ( Beaujolais ) , je le retire aussi du Palais-Royal et je l’envoie à un port de mer finir son éducation parce que je le destine à la marine.
Voilà tous mes arrangements . Pendant quinze ans, je n’ai rien fait pour mes enfants sans vous consulter et sans agir de concert avec vous, mais vous montrez que vous n’avez aucun égard pour mon repos et à ma volonté sur eux et par là, c’est vous seule qui me forcez à vous ôter, sans retour, toute espèce d’influence sur leur éducation .»
Félicité-Stéphanie Ducrest de Saint-Aubin, née en 1746 d’une famille noble mais peu fortunée, reçut une éducation brillante due en partie à la générosité du financier Le Riche de La Popelinière qui s‘intéressait à elle. Mariée à l’âge de quinze ans au comte Bruslard de Genlis, plus tard marquis de Sillery, madame de Genlis est introduite au Palais Royal par sa tante madame de Montesson, qui était elle même la maîtresse avant de devenir l‘épouse morganatique du duc d‘Orléans le père. Devenue la maîtresse du jeune duc de Chartres avec lequel elle aura au moins une fille, Pamela, qu’elle adoptera par la suite et mariera à l’Irlandais Fitzgerald, elle est remplacée par Agnès Bouvier de Cépoy comtesse de Buffon, mais, en compensation de sa réputation accidentée, elle obtient le titre de «gouverneur» des enfants d’Orléans, ce qui lui assure une forte pension.
L’éducation des Princes au XVIIIe siècle,
L’exemple de Madame de Genlis
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )
Dotés à leur naissance d’une titulature, les jeunes Princes sont immédiatement soumis à une stratégie de différenciation qui les intègre dans un ordre familial, social, un ordre qui est également politique puisqu’ils assurent la continuité de l’Etat Royal. Princes et princesses se situent aux confins de plusieurs catégories : élite sociale, élite politique ou nobiliaire, jeunesse. Sexe, aînesse et position dans la parenté les marquent précocement en leur attribuant une place particulière tant dans l’espace que dans la continuité familiale. Au palais, ils vivent dans un espace réservé, séparés de la cour. Ils sont entourés d’adultes qui ne sont pas leurs parents. Ils ne voient leurs parents que dans des temps et des espaces limités, souvent en public. Leur enfance est nettement cloisonnée entre le temps des femmes, gouvernantes et nourrices puis après que les garçons aient atteint leurs sept ans, le temps des hommes, gouverneurs et précepteurs.
Leur éducation est une affaire d’Etat étant donnée la nécessité de la transmission politique, ce qui clôt en un mot bien rapide la question de la fracture intergénérationnelle. A l’âge de sept ans, la séparation est d’abord physique : les garçons changent de lieu d’éducation, de l’Aile des Princes vers leur appartement d’éducation. Cette séparation hautement symbolique correspond à un changement de personnel : le «passage aux hommes». Les princes sont placés entre les mains d’une équipe d’une quinzaine d’hommes portant soutanes et habits de cour. Les pères choisissent le personnel éducatif qui encadre l’enfant de jour comme de nuit pendant plus d’une dizaine d’années. L’enfant n’est jamais laissé seul. Il vit avec ce personnel dirigé par son gouverneur à qui le père a délégué son pouvoir paternel et d’éducation. Il passe plus de cinq heures par jour à étudier, à quoi s’ajoutent les charges de représentation curiale. Il est aidé, conseillé et soutenu en public tandis qu’il est morigéné en privé.
Le passage aux hommes est donc une étape dans la vie d’un garçon. Il fait naître le sentiment d’isolement nécessaire de l’adulte face au pouvoir. Grâce à sa position dans la société, la comtesse de Genlis est présentée à la Cour, deux ans après son mariage. En 1770, elle espérait entrer dans la maison de la future comtesse de Provence. Les Brûlart, refusant de s’abaisser à en faire la demande à la comtesse du Barry, ainsi qu’il en était de rigueur à l’époque, Félicité doit se rabattre sur la Maison d’Orléans. La comtesse de Genlis se charge également de l’éducation des enfants d’Orléans et notamment de celle du futur Roi des Français, qu’elle élève avec l’idée d’en faire un nouveau Saint Louis.
Dès la naissance de Louis-Philippe en 1773, elle propose au duc de Chartres divers gouverneurs possibles, mais, celui-ci les ayant tous rejetés, elle propose d’éduquer les enfants elle-même. Cette proposition est acceptée. La charge est délicate étant donné que vers l’âge de sept ans, l’usage était que les princes «passent aux hommes» pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur. Félicité de Genlis n’est pas nommée gouverneur. De cette manière, elle peut diriger l’éducation de Louis-Philippe jusqu’au moment où elle en est officiellement chargée. En attendant, il est convenu avec la duchesse de Chartres qu’elle prendra en main l’éducation des deux jumelles nées en 1777 et que, pour ce faire, elle s’installera avec elles dans un couvent.
En fait, elle va s’établir dans un petit bâtiment appelé Pavillon de Chartres spécialement construit sur un terrain dépendant du couvent des dames chanoinesses du Saint-Sépulcre au Faubourg Saint-Germain. Si le projet de mariage entre le duc d’Angoulême (1775-1844) et Adélaïde d’Orléans (1777-1847) a réellement existé, les circonstances politiques et les impératifs dynastiques n’en voient pas la réalisation. Il faut bien avouer que la période s’y prête peu, à la veille imminente de la Révolution. Ces détails sont corroborés par un document contemporain de l’époque. Il s’agit de la correspondance diplomatique de l’ambassadeur de Parme à Paris, le bailli de Virieu. Cette correspondance a été éditée en 1903 sous le titre La Révolution Française racontée par un diplomate étranger : Correspondance du Bailli de Virieu, ministre plenipotentiaire de Parme, 1788-1793 par le vicomte de Grouchy et Antoine Guillois.
Au début de l’année 1789
Orléans est l’un des 282 députés élus pour représenter le Second État (nobles) aux États généraux de 1789.
Le 22 février 1789
L’ambassadeur écrit dans sa dépêche :
« Le bruit public est que le duc d’Angoulême épouse la fille du duc d’Orléans, que le duc de Chartres est fiancé à une princesse de Naples, et que Madame, fille du roi, est promise au prince royal de Naples, mais cette dernière nouvelle mérite confirmation.»
Correspondance du Bailli de Virieu, ministre plenipotentiaire de Parme, 1788-1793 par le vicomte de Grouchy et Antoine Guillois
Le 2 mars 1789
Il donne plus de précisions :
« Le mariage du duc d’Angoulême est assuré par tout le monde, les deux autres sont incertains. Le départ de la duchesse d’Orléans pour Amboise aurait été amené par ce mariage. Le comte d’Artois, ou plutôt le Roi, assure un million par an aux nouveaux époux. Le duc d’Orléans, assigne en dot à la nouvelle mariee, 500 000 livres de revenus et lui remettra un million comptant le jour de ses noces. M. le duc d’Angoulême est dans une très belle position, il a la chance de régner un jour : on ne croit pas se tromper en annonçant que c’est cette probabilité qui, plus que tout autre motif, a déterminé le duc d’Orléans, à faire ce mariage. Le Dauphin ne peut absolument pas vivre, à moins d’un miracle. Reste le seul duc de Normandie, dans qui plusieurs personnes trouvent des changements. Le Roi et la Reine, quoique jeunes, selon l’opinion de bien des gens, ne sont plus propres à avoir des enfants. Monsieur n’en a pas. Tout cela rend le lot du duc d’Angoulême fort beau. La cérémonie se célébrera, à ce qu’on assure, dans le mois de septembre, mais il n’y aura de consommation que quand les époux auront acquis l’âge de la puberté. Ce mariage, étant absolument certain, comme tout le monde le dit, nous sommes portés à croire, que celui du duc de Chartres, avec une fille du Roi de Naples, est un bruit vague et qu’il n’aura pas lieu. Si on observe ici rigoureusement les lois de l’étiquette, Mademoiselle d’Orléans, aurait le pas sur la fille du Roi, la nièce de l’Empereur et de la Reine.»
Correspondance du Bailli de Virieu, ministre plenipotentiaire de Parme, 1788-1793 par le vicomte de Grouchy et Antoine Guillois.
Le 8 mars 1789
« Il n’y a plus de doute sur le mariage du duc d’Angoulême avec la fille du duc d’Orléans. Le comte d’Artois est venu à Paris en faire la demande formelle au père et tous les princes et princesses du sang se sont rendus déja à Versailles pour complimenter la famille royale sur ce mariage, mais les deux autres sont toujours des bruits vagues et il paraît qu’on en parle moins qu’avant la conclusion de celui du fils aîné de M. le comte d’Artois.»
Monsieur de Virieu, ambassadeur de Parme, à Paris, dans sa dépêche diplomatique
À la veille de la Révolution
Orléans se radicalise de plus en plus. Il a lu les œuvres des philosophes du siècle des Lumières comme Jean-Jacques Rousseau et Voltaire et commence à s’élever contre la féodalité et l’esclavage. Il voit les mérites d’une monarchie plus limitée, professe son admiration pour la monarchie constitutionnelle britannique et souhaite un système similaire pour la France. Ces croyances contribuent à creuser un fossé entre lui et ses cousins Bourbon ; il n’a probablement pas oublié les insultes de Louis XVI à son égard non plus. En plus d’hériter du titre de « duc d’Orléans », Orléans est également le Premier Prince du Sang. Cela signifie que si aucun des mâles de la lignée supérieure des Bourbons ne produisait d’héritiers, le trône lui reviendrait.
Le 19 avril 1789
A l’occasion du baptême de la princesse Adélaïde d’Orléans, à Versailles, sont annoncées les fiançailles de la fille du duc d’Orléans avec le fils du comte d’Artois, le duc d’Angoulême. Ce projet de mariage devient bientôt caduque avec les événements de l’été et la position politique du chef de la maison d’Orléans.
«… Peu de temps après le voyage de Spa, Mademoiselle d’orléans fut baptisée.
La cérémonie eut lieu à Versailles devant toute la Cour, après la messe du roi. La chapelle du château avait été drapée et ornée de fleurs. La jeune princesse « tenue sur les fonts » par Louis XVI et Marie-Antoinette, portait une robe blanche lameé d’argent. Elle reçut les prénoms de Eugène, Adélaïde, Louise. Après le baptême, on sortit du château pour que les courtisans puissent jeter des dragées à la foule, puis Mademoiselle, présentée à la Cour, monta dans le carosse de la reine. L’entrevue avec le duc d’Angoulême se fit ensuite. Dès ce moment, on parla publiquement d’un projet de mariage entre la princesse Adélaïde et le duc d’Angoulême. On décida que le mariage se ferait aussitôt que le jeune prince aurait l’âge fixé par le roi. Il lui manquait trois mois. La duchesse d’Orléans décida son père à assurer, à cette occasion, à sa petite-fille, l’hôtel de Toulouse et la terre de La Ferté, dans le Perche. Mais le Roi fut pour si peu dans ces arrangements, qu’il n’offrit jamais rien pour le duc d’Angoulême, que même, il donna pour motif de son refus, l’incertitude de ce qu’il pourrait faire après que les agitations auraient cessé… et par la même raison, le duc d’Orléans, personnellement n’offrit rien, malgré que M. de Montjoie lui fasse faire la libéralité d’un million de revenu annuel, savoir : quatre cent mille livres au moment du mariage et six cent mille livres dans la succession… En sorte, qu’il n’y eut à proprement parler, que le comté d’Artois et la duchesse d’Orléans qui s’occuperent de ce projet qui dut être abandonné bientôt, non seulement parce que la Révolution était sur le point d’éclater, mais surtout parce que le Roi refusa de donner son autorisation à une union que Marie-Antoinette avait longtemps combattue. La duchesse d’Orléans qui tenait au mariage de sa fille avec le duc d’Angoulême en voulut à son mari et à Mme de Genlis.»Raoul Arnaud, dans «Adélaïde d’Orléans, l’égérie de Louis-Philippe» (1908)
Le 5 mai 1789
Ouverture de la réunion des Etats généraux à Versailles. Le duc d’Orléans est élu député de la noblesse aux États généraux de 1789. Proche des idées de Sieyès et conseillé par son secrétaire Choderlos de Laclos, il est du groupe des quarante-sept députés de la Noblesse qui se rallient au tiers état.
Lors du défilé organisé pour marquer l’ouverture des États généraux, Orléans est acclamé par les mêmes citoyens qui accueillent Marie-Antoinette avec un silence glacial. Jouant sa réputation de champion du peuple, Orléans choisit de se mêler aux représentants du tiers état (roturiers), plutôt qu’à sa propre classe.
Lorsque la réunion commence, le tiers état refuse de valider ses propres élections, protestant contre l’inégalité de sa représentation, ce qui paralyse toutes les procédures.
Le 31 mai 1789
« J’ai été dîner chez madame la duchesse de Polignac avec monseigneur le duc d’Orléans et son fils. La conversation a été très peu piquante.»
Marc de Bombelles
Le 4 juin 1789
Mort du Dauphin Louis-Joseph à Meudon.
Louis XVI est écarté de toute médiation possible sur la question lorsque le Dauphin, Louis-Joseph, âgé de sept ans, meurt soudainement. En tant que premier prince du sang, il incombe à Orléans d’escorter le cœur du Dauphin décédé jusqu’à son lieu de repos au couvent du Val-de-Grâce. Orléans refuse, prétextant que ses responsabilités en tant que député des États généraux l’en empêchent. La responsabilité est donc assumée par le fils aîné d’Orléans, le duc de Chartres.
Le 3 juillet 1789
Philippe d’Orléans est porté à la présidence de l’Assemblée le 3 juillet, mais il refuse cet honneur le lendemain.
C’est dans les cafés et les jardins du Palais-Royal que les révolutionnaires français se rencontrent souvent pour partager leurs visions d’une France meilleure.
Alors que le Palais-Royal est doté de gardes suisses fidèles au duc (employés principalement pour jeter les ivrognes dehors et mettre fin aux bagarres), la police régulière n’a pas le droit de pénétrer dans l’enceinte sans invitation. Pour cette raison, le Palais-Royal devient une importante plaque tournante de l’activité illégale et du marché noir ; il devient également une plaque tournante des premières pensées révolutionnaires. Certains membres de l’Assemblée nationale attribuent plus tard au Palais-Royal le mérite d’être le lieu de naissance de la Révolution à proprement parler. Orléans réussit à établir un forum public où les gens peuvent se rencontrer et s’exprimer ; pour cette raison, il devient immensément populaire.
Le 14 juillet 1789
Prise de la Bastille.
Madame de Genlis s’extasie avec ses élèves sur les ruines de la Bastille
Le 16 juillet 1789
Fuite en exil de Yolande de Polignac et sa famille, dont sa belle-sœur, la comtesse Diane de Polignac et du comte d’Artois, son bien aimé frère.
Le 17 juillet 1789
Réception de Louis XVI à l’Hôtel de Ville de Paris.
« La venue du roi à Paris forme , depuis juillet , l’idée centrale des partisans de Philippe , lequel sait sans doute qu’en 1715 , son bisaïeul le Régent avait transféré la cour à Paris. Dans la capitale , Louis XVI cautionnerait la Révolution sans pouvoir opposer de résistance. Et très vite, le pouvoir changerait de mains. La raison officielle en est toute trouvée : il s’agit pour le roi de se » jeter dans les bras de la nation», c’est à dire de se rendre aux révolutionnaires parisiens, détenteurs de la représentation nationale et du patriotisme par la volonté du Palais Royal.
La nuit du 4 août 1789
Abolition des privilèges.
Depuis le mois d’août, tous les prétextes sont bons aux agitateurs pour réclamer la marche des parisiens sur Versailles et la venue du roi dans la capitale. On explique qu’ainsi on obtiendra du pain pour Paris, que la Reine ne pourra plus affamer le peuple, que le Roi viendra passer la garde nationale en revue, ou que la troupe massée aux environs ne pourra plus attaquer la ville…
Le 26 août 1789
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Jeudi 1er octobre 1789
La décision de Philippe d’Orléans de tenter un coup de force contre Versailles pour obliger le Roi à venir à Paris étant prise, il reste à fixer une date exacte pour le départ des parisiens. Mirabeau vient d’annoncer , fin septembre , des événements graves sous huit à dix jours. Les partisans du prince s’emploient à préciser la chose lors de leurs conciliabules de Passy , dans la maison de monsieur de Boulainvilliers, «occupée par les enfants du duc d’Orléans» et par madame de Genlis. C’est un voisin de cette maison dont la terrasse donne sur la Seine, M. de Coulommiers, capitaine dans la cavalerie parisienne , qui, entre autres, atteste la tenue de ces réunions préparatoires. La date retenue pour marcher sur Versailles sera le prochain lundi car , comme l’expérience le prouve, le dimanche convient à merveille pour échauffer les esprits. Mais comme les journées de juillet l’ont montré aussi , les partisans du prince pensent qu’il faudra deux ou trois jours pour parvenir au but.
Le lancement de l’insurrection exige des fonds importants. La chancellerie d’Orléans ayant de longue date préparé la chose _ l’émigration de Geoffroy de Limon à Ostende le confirme_, une somme de six ou sept millions arrive de Hollande pour les conspirateurs le jeudi Ier octobre. Cette somme est destinée « à payer le peuple pour l’exciter au soulèvement, et à payer le régiment de Flandre (…) alors à Versailles. Le comité de police de la ville de Paris parfaitement informé , laisse faire : la municipalité de Bailly ne saurait gêner l’action du Palais Royal.»
A Versailles
Fête des gardes du corps du Roi en l’honneur du régiment de Flandres à l’Opéra de Versailles en présence de la famille royale.
L’air «Ô Richard, ô mon Roi, l’univers t’abandonne», tiré d’un opéra de Grétry, est chanté par les soldats. Il devient un signe de ralliement royaliste.
Le peuple croit à une orgie antidémocratique…
La date retenue pour marcher sur Versailles sera le prochain lundi car , comme l’expérience le prouve, le dimanche convient à merveille pour échauffer les esprits. Mais comme les journées de juillet l’ont montré aussi , les partisans du prince pensent qu’il faudra deux ou trois jours pour parvenir au but.
Le lancement de l’insurrection exige des fonds importants. La chancellerie d’Orléans ayant de longue date préparé la chose – l’émigration de Geoffroy de Limon à Ostende le confirme, une somme de six ou sept millions arrive de Hollande pour les conspirateurs le jeudi Ier octobre. Cette somme est destinée «à payer le peuple pour l’exciter au soulèvement, et à payer le régiment de Flandre (…) alors à Versailles. Le comité de police de la ville de Paris parfaitement informé , laisse faire : la municipalité de Bailly ne saurait gêner l’action du Palais Royal.»
Le palais comprend alors le grand appartement, avec salle-à-manger, chambre de parade, grand cabinet où sont reçus les ambassadeurs, les petits appartements, les appartements de la duchesse d’Orléans. La galerie d’Énée, peint par Antoine Coypel avec quatorze grandes compositions correspondant à des scènes de l’Énéide, est considérée comme une des principales curiosités de la capitale.
Mécène et grand collectionneur, le Régent avait rassemblé au Palais-Royal la plus importante collection de peintures après celle du Roi, plus de cinq cents œuvres de peintres illustres (la collection est vendue en 1788 par Philippe-Égalité).
Le 5 octobre 1789
Marie-Antoinette est au Petit Trianon et le Roi à la chasse lorsqu’on apprend que des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
La famille royale se replie dans le château…
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
La famille royale est ramenée de force à Paris.
La famille royale s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
Le futur Louis-Philippe écrira à sa mère :
« Dès notre plus tendre enfance, on nous avait empli la tête de toutes ces idées fausses sur lesquelles repose la Révolution. On s’était efforcé de nous ôter le sentiment de ce que nous sommes et je puis vous dire qu’on craignait que vous nous le communiquiez . Ces idées fausses ont certainement fort contribué à vous séparer de la famille et ont été la cause de ce que je regretterai toute ma vie et dont je préférerais ne pas me souvenir, et dont vous m’avez défendu, chère maman, de vous parler. J’ai reconnu trop tard leur fausseté. Mais enfin, je l’ai reconnue et j’ai vu que j’étais dans une mauvaise route et que vous seule, dans ma famille, aviez bien jugé la Révolution.»
Le 1er janvier 1791
Louis XVI et Marie-Antoinette reçoivent les hommages de la Famille Royale, de la Cour, de la municipalité de Paris et de la garde nationale de Paris. La députation de la municipalité, accompagnée de celle de la garde nationale, est conduite chez le Roi et chez la Reine par les officiers des Cérémonies.
C’est la dernière fois que les chevaliers du Saint-Esprit s’assemblent, et que Louis XVI revêt le costume et le collier de l’Ordre.
Louis XVI et Marie Antoinette soupent au Grand Couvert. Le duc d’Orléans ne paraît pas à la procession de l’Ordre du Saint-Esprit ; il y envoie ses deux fils le duc de Chartres et le duc de Montpensier. On remarque qu’eux seuls, avec le comte d’Estaing, portent la cocarde tricolore au lieu de la cocarde verte de l’Ordre du Saint-Esprit.
En avril 1791
Accompagnée de sa fidèle dame d’honneur la marquise de Chastellux, Marie-Adélaïde se retire en Normandie auprès de son père, le duc de Penthièvre.
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.
Les Provence passent la frontière.
Le 25 juin 1791
La famille royale rentre à Paris sous escorte.
Le Roi est suspendu.
Le 28 juin 1791
Le duc d’Orléans, effrayé par la tournure des événements, renonce à tout projet de régence. Le lendemain de l’évasion manquée de Louis XVI, Marie-Adélaïde et son père sont détenus au château d’Eu mais la mesure sera levée au bout de dix-neuf jours. Ils résideront ensuite aux châteaux d’Anet et de Bizy.
Orléans exprime son soutien à une monarchie constitutionnelle affaiblie et jouait un rôle actif dans la politique révolutionnaire, devenant même membre du club radical des Jacobins.
En mars 1792
Le duc d’Orléans tente de se rapprocher de la Cour. Il veut que ses fils paraissent chez la princesse de Lamballe, sa belle-sœur. Il espère ainsi savoir par eux ce qu’il s’y passe. Mais ils n’en sont pas moins suspects à la princesse de Lamballe, qui ne les reçoit qu’avec une sorte d’embarras. Ils s’en plaignent à leur père. Etant taxée d’animer un comité autrichien par le duc d’Orléans, elle dédaigne pendant quelques temps ces clameurs. Mais s’apercevant qu’elles prennent de plus en plus de consistance, elle prend celui de fermer entièrement sa maison, et de ne plus recevoir personne à l’exception de la Famille Royale.
Le 20 juin 1792
La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.
Le Roi refuse.
Le 25 juillet 1792
Marie-Adélaïde se sépare officiellement de son époux.
Le 10 août 1792
Sac des Tuileries.
On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide alors de gagner l’Assemblée nationale.
La foule envahit la cour du château et cherche à gagner les étages supérieurs.
Le Roi est suspendu de ses fonctions.
Le 13 août 1792
La famille royale est transférée au Temple avec la princesse de Lamballe et madame de Tourzel et sa fille, après avoir été logée temporairement aux Feuillants.
Mais une semaine plus tard, on vient chercher tous ceux qui n’appartiennent pas à la Famille Royale stricto sensu. La Princesse est conduite à la prison de la Force.
Le 3 septembre 1792
Une foule armée de barres de fer, de piques et de bûches encercle les prisons de Paris, voulant y tuer les royalistes qu’une rumeur accuse d’y avoir caché des armes pour fomenter une contre-révolution. La princesse, tirée de sa cellule au matin du 3 septembre, est, d’après la reconstitution des procès-verbaux de la section des Quinze-Vingts, introduite devant une commission improvisée en hâte par les membres du comité de surveillance de la Commune du 10 août, et sommée de « nommer ceux qu’elle avait reçus à sa table».
On lui demande de témoigner contre Marie-Antoinette, et de jurer la haine du Roi et de la Reine. La Princesse refuse. Un gendarme lui glisse alors à l’oreille «Jurez, madame ou vous êtes morte».
Nouveau refus.
« La princesse de Lamballe est conduite à l’extérieur. En franchissant la porte, elle reçoit un violent coup de massue qui l’assomme ou la tue à moitié. Elle est ensuite traînée jusqu’à un endroit appelé cul de sac des prêtres, où on l’achève coup de piques et de hache. Alors, l’horreur se déchaîne. Sa tête, coupée, est plantée au bout d’une pique. On plante sur d’autres piques, son cœur et ses parties intimes. Le reste de son corps est traîne derrière le groupe qui se forme pour partir en procession dans les rues de Paris.»
Marie-Adélaïde et son père sont épouvantés par la fin atroce de leur belle-sœur et belle-fille, la princesse de Lamballe.
« La tête a été mise sur une pique et portée en triomphe… elle a été trempée dans un seau d’eau fraîche au coin du boulevard Beaumarchais et ensuite recoiffée par un homme de l’art.»
Le duc de Penthièvre considérait la princesse comme sa seconde fille et avait proposé la moitié de son immense fortune en échange de sa vie. Le cortège prend la direction de l’abbaye de Saint-Antoine pour présenter la tête et le cœur à l’abbesse, ancienne amie de la princesse. Cette politesse effectuée, Charlat, qui tient toujours la pique, prend la direction de l’hôtel de Toulouse, demeure de la princesse, pour « faire baiser à cette… ses beaux meubles », mais il y renonce pour se rendre aux Tuileries. Comme on ne les laisse pas entrer avec leur sanglant trophée, ils font demi-tour. C’est alors que surgit l’idée de se rendre à la prison du Temple pour insulter et effrayer le couple royal. La tête de Marie-Thérèse, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple. Cette tête, aurait finalement été déposée à sept heures du soir sur la table du comité de la section des Quinze-Vingts. Selon certaines versions, les domestiques du duc de Penthièvre auraient suivi de loin l’infâme procession, afin de récupérer les restes de leurs ancienne maîtresse pour lui donner une sépulture descente. Ils auraient même essayé de la sauver en criant à l’acquittement à la Force…. Mais on ignore si c’est vrai.
On négocie. Les assassins de la princesse sont autorisés à faire le tour de la tour du Temple, où loge la famille du Roi. La balade n’est pas achevée. Madame de Lamballe va maintenant se promener sous les fenêtres du Palais-Royal pour saluer le duc d’Orléans, son beau-frère, qui déjeune. Il en perd l’appétit. Direction les Halles, où un boucher s’empare du cœur, le hache et offre à la foule de le manger. Tout le monde refuse. Les chiens se régalent. Enfin, la tête et même le corps que les barbares traînaient avec eux sont jetés sur un tas de cadavres devant le Châtelet. Un proche de la famille de Lamballe, qui avait suivi les assassins toute la journée, parvient à récupérer la tête pour la remettre à monsieur le duc de Penthièvre, beau-père de la princesse de Lamballe, qui la fera enterrer à Vernon. Et c’est cette république qui veut donner des leçons d’humanité…
Le 15 septembre 1792
Élu à la Convention nationale par le département de la Seine, Philippe d’Orléans siège avec les Cordeliers, au milieu de la Montagne, sous le nom de Philippe Égalité.
Le 21 septembre 1792
Abolition de la royauté.
Le 11 décembre 1792
Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refusera. M. de Malesherbes (1721-1794) se portera volontaire.
Le 26 décembre 1792
Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.
Du 16 au 18 janvier 1793
La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.
Le rôle de son mari Philippe-Égalité dans la condamnation à mort de Louis XVI scandalise son père, le duc de Penthièvre qui ne se remettra pas de l’exécution du souverain, le 21 janvier 1793.
Le 21 janvier 1793
Exécution de Loyis XVI sur la place de la Révolution .
La popularité de Philippe-Egalité ne dure pas, et il est accueilli avec mépris lorsqu’il vote l’exécution de son cousin Louis XVI, une décision qui passe pour déshonorante et opportuniste.
Le 3 mars 1793
Le duc de Penthièvre sent qu’il ne lui reste plus que quelques heures à vivre. Il se fait habiller et placer dans un fauteuil pour recevoir le viatique et bénir la foule prosternée, qui vient contempler une dernière fois son bienfaiteur.
Le 4 mars 1793
Au point du jour, on entend le duc de Penthièvre murmurer ces mots : « Sortez de ce monde, mon âme, partez ». Et il expire. Il meurt respecté de tous pour sa droiture et sa charité.
Après la désertion du général Dumouriez, qui entraîne dans sa fuite le jeune duc de Chartres, tous les Orléans sont arrêtés. Déclarée suspecte, Marie-Adélaïde est assignée à résidence à Bizy.
Le 4 avril 1793
Son fils aîné le duc de Chartres (futur Louis-Philippe Ier), qui est alors lieutenant-général à l’Armée du Nord, passe à l’ennemi autrichien aux côtés de son chef, le général Dumouriez, auteur d’une tentative manquée de coup d’État. Égalité devient alors suspect aux yeux des Montagnards. Tous les membres de la famille de Bourbon sont arrêtés le 7 avril 1793. La mesure concerne le duc d’Orléans, ses deux autres fils, le duc de Montpensier et Louis-Charles d’Orléans, comte de Beaujolais, et sa sœur Louise-Bathilde. La Convention décide d’éloigner toute la famille de Paris et opère leur transfert immédiat au fort Saint-Jean à Marseille.
Le 3 juillet 1793
Louis-Charles, Louis XVII, est enlevé à sa mère et confié au cordonnier Antoine Simon (1736-1794).
Le 2 août 1793
à deux heures quarante du matin
Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette sur la place de la révolution.
Le 2 novembre 1793
Accusé, Philippe Égalité est ramené à Paris et envoyé à la Conciergerie.
« J’ai contribué à la mort d’un innocent et voilà ma mort ! Mais il était trop bon pour ne pas me pardonner.»
Philippe-Egalité
Le 6 novembre 1793
Le duc d’Orléans est guillotiné. Poudré et bien habillé, il gravit les marches de la guillotine tandis que des membres de la foule le raillaient en criant « Je vote pour la mort!», imitant les mots qu’Égalité avait prononcés pour condamner son propre cousin.
Surnommée la « veuve Égalité », Marie-Adélaïde est incarcérée à la prison du Luxembourg. Elle impressionne ses geôliers par sa piété et son courage.
Surnommée la « veuve Égalité », Marie-Adélaïde est incarcérée à la prison du Luxembourg. Elle impressionne ses geôliers par sa piété et son courage.
Images des Amours sous la Révolution (1978) de Jean-Paul Carrère : Maria Mauban y incarne Marie-Adélaïde d’Orléans
Le 10 mai 1794
Madame Élisabeth est exécutée à son tour.
En 1794 après la chute de Robespierre
Le 14 septembre 1794
Libérée, la duchesse douairière d’Orléans est transférée, du Luxembourg à la maison « Belhomme » (la pension de Jacques Belhomme), et obtient l’élargissement de ses fils le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais qui étaient emprisonnés au Fort Saint-Jean à Marseille. Le montant de sa pension est fixé à 3 000 livres par an ; la pension moyenne était de 1 000 livres par mois. Elle bénéficie d’un traitement de faveur. Pour meubler son logement, elle fait appel à d’anciens serviteurs qui lui font parvenir ce dont elle a besoin : meubles, linges, vêtements… les maisons de son père ont été pillées, et du fait de son divorce, elle n’avait plus de droit sur les biens de feu son ex-époux. Pendant son séjour à la maison Belhomme, la duchesse douairière d’Orléans fait la connaissance du conventionnel Jacques-Marie Rouzet, comte de Folmon (1743-1820). Celui-ci n’est pas un régicide. Une forte amitié amoureuse se fera entre les deux, bien qu’il soit marié. La duchesse douairière d’Orléans l’appellera « Bon Ami ».
En 1796
Ses fils sont libérés mais ils doivent s’expatrier aux États-Unis, elle ne les reverra plus. Sa fille Adélaïde trouve asile en Allemagne auprès de sa grand-tante maternelle, la princesse de Conti.
À Paris, Jean-Marie Rouzet est devenu un membre du Conseil des Cinq-Cents, chambre basse, et Marie-Adélaïde vit ainsi dans une certaine aisance.
Après le 4 septembre 1797
Coup d’Etat du 18 fructidor an V
Un décret oblige tous les Bourbons à quitter la France. Marie Adélaïde se réfugie en Espagne, avec sa belle-sœur, Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon. Rouzet l’y retrouve secrètement et tous deux vivent à Sarrià, puis à Figueras, où sa fille Adélaïde les rejoindra pour quelque temps.
Le 18 mai 1807
Décès de son fils Antoine-Philippe (1775–1807), duc de Montpensier, emporté par la tuberculose pulmonaire qu’il avait contractée, tout comme le comte de Beaujolais, son petit frère.
Le 30 mai 1808
Décès de son fils Louis-Charles (1779–1808), comte de Beaujolais, miné par la tuberculose aggravée par l’excès de boisson.
C’est en exil que Marie Adélaïde apprend le décès prématuré de ses deux fils cadets, Antoine de Montpensier et Louis de Beaujolais, morts de maladie.
En décembre 1808
Le conflit entre la France et l’Espagne oblige Marie-Adélaïde et Rouzet à fuir aux Îles Baléares.
En 1809
Après une séparation de seize ans, son fils Louis-Philippe vient demander son autorisation d’épouser Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (1782-1866). Marie Adélaïde accepte cette union et l’accompagne à Palerme, où le mariage est célébré le 25 novembre 1809.
En 1811
Mais après un séjour commun de deux ans, les relations entre mère et fils sont devenues orageuses. Marie-Adélaïde et Rouzet partent pour Minorque, à Mahon.
Le 28 juin 1814
Après la chute de l’Empire, Marie-Adélaïde et Rouzet regagnent la France. Ils ne sont pas inquiétés pendant les Cent-Jours. Cette année-là, Marie-Adélaïde projette de restaurer la sépulture de sa famille, dont les restes ont été abandonnés dans une fosse commune. Elle fait bâtir la partie haute de l’actuelle chapelle royale Saint-Louis du château de Dreux, où son père avait fait déposer les cercueils de ses parents, de sa femme et de ses enfants après avoir dû céder Rambouillet à la Reine en 1783. Louis-Philippe agrandira la nécropole en faisant creuser des cryptes.
Le 26 juillet 1814
La duchesse douairière d’Orléans arrive à Vichy où elle revoit la duchesse d’Angoulême, qui prend les eaux. Elles ne se sont pas vues depuis 1790. Avant son départ en 1795 pour Vienne, Madame Royale lui avait adressé une lettre.
En 1815
Ils ne sont pas inquiétés pendant les Cent-Jours ( du 1er mars au 7 juillet 1815). Cette année-là, Marie-Adélaïde projette de restaurer la sépulture de sa famille, dont les restes ont été abandonnés dans une fosse commune. Elle fait bâtir la partie haute de l’actuelle chapelle royale de Saint-Louis au château de Dreux, où son père avait fait déposer les cercueils de ses parents , de sa femme et de ses enfants après avoir dû vendre Rambouillet à la Reine en 1783. Louis-Philippe agrandira la nécropole en faisant creuser des cryptes.
Elle tente de reconstituer une partie de sa fortune passée, ce qui l’amène à intenter de nombreux procès.
Le 18 septembre 1816
Louise-Elisabeth de Tourzel (1749-1832) reçoit en son château d’Abondant la duchesse douairière d’Orléans, qui a à peu près son âge et qu’elle connaît depuis toujours, quoique les jeux de cour les aient placées dans des coteries différentes.
Elles évoquent peut-être les dernières heures de la princesse de Lamballe puisque la duchesse (nouvellement ainsi titrée par Louis XVIII) de Tourzel les a partagées avec elle.
En 1820
Mort de Jacques-Marie Rouzet, comte de Folmon.
Le 23 juin 1823
Marie-Adélaïde succombe à un cancer du sein, après une longue et douloureuse agonie, au château d’Ivry-sur-Seine. Elle ne verra pas l’avènement de son fils Louis-Philippe Ier, en juillet 1830. Elle est inhumée à Dreux.