Louis XVI, un Roi explorateur (1786-1793)

Louis XVI consultant des cartes de navigation par Benjamin Warlop

Cet article est la suite de celui-ci : 

Du prince affaibli par son éducation de second, non destiné à régner, nous avons pu observer l’attitude savante qui lui a fait préférer les ermittages de ses nombreux cabinets d’études et d’artisanat aux affres de la Cour. C’est à présent un père accompli, il a deux fils, et ce goût tant apprécié en théorie de la géographie, de la marine, il va prochainement pouvoir y goûter en vrai lors d’un voyage d’observation à Cherbourg. Puis, son nom va bientôt résonner au-delà des océans par l’aide dispendieuse qu’il va apporter aux peuples améicains lors de la guerre d’Indépendance …

En 1786

Lors de l’installation d’un troupeau de moutons Mérinos, à Rambouillet, l’un d’eux se soulage sur la jambe du Roi… L’assistance s’offusque absolument, alors que le Roi éclate de rire en prononçant ces mots :

« Laissez pisser le mérinos !»… 

On ignore généralement que c’est à lui qu’on doit ce mot devenu une expression… 

Le 9 mars 1786 

Le globe de Mentelle,
Une commande de Louis XVI pour l’éducation de son fils
(texte : « Château de Versailles, de l’ancien régime à nos jours » HS 7; photographies de la RMN)

Ce globe a été commandé le 9 mars 1786 par ordre de Louis XVI au géographe Edme Mentelle pour l’instruction du Dauphin.

Dessiné et peint à la main, il mesure 2,40m de haut et 1,30m de large. Le piétement triangulaire est décoré d’un bandeau portant les signes du zodiaque en suc peint de couleur vert et séparé par des motifs dorés. Ce bandeau supporte trois dauphins dont les queues dressées soutiennent la table d’horizon. Au centre, quatre vents dorés soufflants constituent la base d’un arc de cercle de fer pourvu de trois galets métalliques sur lesquels repose l’Ancien Mons, la calotte inférieure représentant le Nouveau Monde. Il est composé d’un globe terrestre en relief pour les terres émergées et les profondeurs marines emboitées dans deux calottes hémisphériques. La présence de compartiments supplémentaires mobiles en carton, aujourd’hui disparus, qui s’adaptaient par des vis sur les calottes, permettaient de nommer et manipuler les différents espaces produits sur le globe.


Quand on l’ouvre, l’intérieur de ces calottes forme un globe céleste sur lequel sont dessinées et peintes les constellations et signes du zodiaque.

Au moment du départ de la famille royale pour Paris, il sera emmené placé aux Tuileries. Utilisé en 1811 pour l’éducation du Roi de Rome, il sera envoyé en 1812 au Garde-Meuble puis vendu en 1826. Il sera racheté en 1877 par la Bibliothèque nationale et déposé de 1932 à 1981, au Musée des Colonies. Il revient à Versailles le 4 octobre 1984. Repris pour restauration par la BNF, il est déposé à Versailles sous forme de prêt pour sa présentation dans le Grand Cabinet du Dauphin.

Nina Foch est Marie-Antoinette dans Scaramouche (1952) de George Sidney

Le 18 mars 1786

Louis XVI se promène à pied au Petit Trianon

Le 26 avril 1786

Le Roi est allé à la forêt de Marly voir les animaux enfermés au lieu d’aller chasser le chevreuil.

Le 11 mai 1786

Visite de Ferdinand, duc de Modène (1754-1806) et son épouse, frère et belle-sœur de Marie-Antoinette, qui restent jusqu’au 17 juin.

Le 17 mai 1786

Le Roi dîne avec les Archiducs à Trianon.

Le 31 mai 1786

Le Parlement acquitte le cardinal de Rohan dans l’Affaire du Collier mais Madame de La Motte est condamnée à être marquée au fer rouge de la lettre «V» des voleurs et détenue à perpétuité.

Louis XVI en promenade, abordé par un jeune garçon   (attribué à Derais)
L'exécution du supplice de Jeanne de La Motte le 21 juin 1786
Image de Louis XVI, l'homme qui ne voulait pas être Roi. Le Roi prépare son voyage avec ses ministres.
Louis XVI donnant des instructions à La Pérouse, 29 juin 1785 par Nicolas-André Monsiau
La Recherche et L'Espérance, par François Roux. Les deux navires de l'expédition envoyée à la recherche de La Pérouse. La recherche a été vaine.…
Image de Marie-Antoinette, l'Affaire du collier (2025 ; Canal + ) de Edward Bazalgette et Raf Reyntjens

Du 21 au 26 juin 1786

Le voyage de Louis XVI à Cherbourg…

Passionné depuis l’enfance par la mer, Louis XVI est l’initiateur des travaux de la digue de Cherbourg. Il s’agit pour le souverain de faire du port Normand une base navale militaire pour une revanche contre les anglais. En 1776, le Roi charge Suffren de choisir le port le plus adéquat.

Route de Paris à Cherbourg et voyage du Roi, par M. Brion de la Tour, ingénieur géographe du roi Estampe, gravée par Chaumier en 1786 L'itinéraire aller jusqu'à Caen ni celui retour entre Caen et Honfleur ne correspondent à la route suivie par le cortège royal.

Plusieurs témoins notent son humeur joyeuse. A Houdan, une femme en larmes implore à genoux des secours pour ses douze enfants.

« Je vois un bon roi, s’écrie-t-elle, je ne désire plus rien dans ce monde ! »

Elle veut l’embrasser. Louis accepte en riant et il rend son baiser. A L’Aigle, c’est un aubergiste qui lui donne l’accolade. A Falaise, où son parcours est jonché de fleurs, il est accueilli par cinquante jeunes filles en blanc et rose. 

Carte de Cherbourg et des environs depuis l'anse de Nacqueville jusqu'au port du Becquet, inclusivement par Louis XVI, 1786

Le 21 juin 1786

Départ à cinq heures du matin de Rambouillet. Relais et arrêt à Houdan, Dreux ( huit heures), Nonancourt (relais), Verneuil ( dix heures et demie), Laigle, Chandai : Relais et déjeuner,  Sainte Goburge (relais), Le Haras du Roi, Bourg Saint-Léonard, Argentan ; Falaise: Louis XVI passe sur les grèves de Dives, alors route royale de Honfleur à Caen, se rendant à Cherbourg pour l’immersion des cônes de la grande digue. Ce tableau, de grandes dimensions, représente l’ensemble des plages situées entre Trouville et Dives et, à l’horizon, le cap de la Hève. La mer monte, le cortège gravit la côte pour éviter l’envahissement des eaux. Cette plage, alors très fréquentée, était le seul point de communication entre les deux bourgades ; il fallait même profiter de la marée basse. Réception en cortège ; château d’Harcourt : réception par le duc d’Harcourt, qui sera choisi à la suite de ce voyage pour être le gouverneur du duc de Normandie ; dîner et coucher.

Louis XVI passant sur les grèves de Dives, voyage à Cherbourg, 21 juin 1786 (Louis XVI se rendant à Cherbourg)
Le château d'Harcourt de Bourg Saint-Léonard

Le 22 juin 1786

Départ à huit heures. Caen : passage rapide ; relais aux casernes. Clefs présentées par le maire et le corps de ville. Sainte-Croix-Grand-Tonne : déjeuné d’une omelette dans l’auberge.
Bayeux (une heure et demi) : traversée de la ville.
Isigny, Saint-Lô, Carentan ( six heures et demie du soir) : présentation du pain et du vin. Valognes.
Cherbourg : arrivée à dix heures et demi du soir. Ville illuminée. Réception à l’Abbaye Notre-Dame-du-Vœu. Coucher à minuit.

Le Roi fait halte avec son cortège à Sainte-Croix-Grand-Tonne où s’y trouve un relais de poste (actuel Domaine de la Cour des Lys) afin de s’y restaurer.
Le Roi entre dans le logis et s’assied sur un banc de bois, se fait servir sur la table des voyageurs.
Une villageoise prénommée Louisette se tient à l’écart, et ne partage ni la gaité, ni la société de ses compagnes. Cette singularité frappe le Roi, il la fait approcher.

Qu’avez-vous donc, jeune femme ?
– Monseigneur, je suis enceinte d’un garçon que mes parents (Fernand et Philippa) me refusent pour mari ; daignez me l’accorder, dit-elle en pleurant amèrement et tombant à genoux.
– Votre état est blâmable, lui réplique le Monarque d’un ton sévère ; mais votre demande est légitime : je veux que vous soyez mariée pour mon retour. Je vous dote en faveur de l’enfant que vous portez…

On s’empare de la jeune fille, on la félicite sur l’heureuse circonstance qui lui rend l’honneur et la joie ; le carillon du village se fait entendre pour annoncer aux hameaux d’alentour l’allégresse et l’admiration dont la justice et la bonté du Roi viennent de remplir tous les cœurs. C’est ainsi que Louisette et Jean se marièrent. Martin, l’ainée d’une grande lignée vint au monde le 28 Novembre 1786. 

« Domaine de la Cour des Lys » entre Caen et Bayeux

Louis XVI et son cortège emmené par cinquanbte-six chevaux atteignent les environs immédiats de Cherbourg le 22 vers dix heures et demie du soir. Le long du chemin allant de la Montagne du Roule au centre-ville, les habitants ont disposé de petits pots de suif ou de saindoux allumés. L’arc de triomphe de la place d’armes, édifié en huit jours, ainsi que le port sont pareillement illuminés. Le clergé est venu en procession, avec le dais et l’encensoir. Louis est ravi de cet accueil. Il va souper à l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu où il retrouve l’inévitable marquis de La Fayette qui ne manque aucune occasion de parader. Il fait aussi la connaissance du commandant militaire de la place, le colonel Charles François du Mouriez, l’inspirateur des grands travaux de la rade et futur vainqueur de Valmy et de Jemmapes.

Abbaye du Vœu à Cherbourg

Vendredi 23 juin 1786

Départ à trois heures du matin. Messe. Louis XVI visite les travaux du port de Cherbourg. Accompagné de Castries et de Ségur ( secrétaires d’Etat à la Marine et à la Guerre), il est accueilli partout chaleureusement par la foule et distribue au peuple des pensions et exonérations fiscales. Il assiste à l’immersion de deux cônes.

Louis XVI visite les travaux du port de Cherbourg le 23 juin 1786 par Louis-Philippe Crépin (1772-1851) ; château de Versailles

 

A midi on lui sert un ambigu.

A trois heures, il embarque et prolonge les cônes jusqu’à l’île Pelée. Il soupe avec les officiers.

Le Roi marin voit pour la seule fois de sa vie la mer qu’il aime tant.

Tout excité de voir la mer pour la première fois, le Roi veut monter sur un bateau par l’échelle de corde, on le fait même monter sur un cône, avant d’assister à l’immersion d’un autre… Louis XVI, qui aime la Marine, est fou de joie, et tache, dit-on, son bel habit avec le goudron…

Image de Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

« jamais mieux goûté le bonheur d’être roi que le jour de mon sacre et depuis que je suis à Cherbourg »

Louis XVI            

Louis XVI visite le port de Cherbourg, 23 juin 1786 par Louis-Philippe Crépin ; château de Versailles

Le Roi embarque au bassin Chantereyne dans un canot de vingt rameurs gantés de blanc. Comme il a maculé de goudron son bel habit, on lui propose d’en changer. Non ! Taché, il le trouve plus seyant ! Sa joie éclate. Le temps est couvert, la mer devient houleuse. Seul de son escorte,
Louis XVI semble avoir le pied marin. La taille impressionnante des constructions en bois de chêne, ces pyramides des mers, donne à ces travaux une dimension pharaonique. Le monstre marin de 20 mètres de haut et de 50 mètres de diamètre à sa base est mis à l’eau, sous les salves d’artillerie des forts, puis tiré par une multitude de petites galères attelées en triangle. « Vive le roi ! Vive le roi ! » crient à pleins poumons les ouvriers des chantiers, auxquels répondent dans un écho lointain les équipages des navires. Immobilisé à l’endroit de son immersion, le cône est lesté de plusieurs milliers de tonnes de pierres apportées par de légères embarcations, grâce aux différentes ouvertures pratiquées dans ses flancs. Un travail titanesque. 

Les travaux sont confiés dès 1783 au directeur du génie et des fortifications, le marquis de Caux, et à un ingénieur des Ponts et Chaussées, Louis Alexandre de Cessart, qui utilisent un impressionnant système de caissons de bois de chêne, lestés de pierres et de moellons et dont le principe est encore utilisé de nos jours pour l’implantation des plates-formes pétrolières. Ces cônes tronqués partiellement immergés et placés à une soixantaine de mètres les uns des autres doivent être équipés de batteries de canons et reliés par des amas de pierres perdues où se fixeronent les herbes marines et les coquillages. Il est prévu que la digue, située à quatre kilomètres au large, sera elle-même longue d’environ quatre kilomètres.

Planche extraite de Description des travaux hydrauliques : rade de Cherbourg (deuxième section), par Louis Alexandre de Cessar

« Sous les yeux d’un peuple innombrable,
Poursuis tes immenses projets.
Qui mieux que toi sera capable
D’immortaliser tes sujets ?
Dieux ! Je vois l’Angleterre en larmes,
Cédant à tes nobles exploits ,
Contre l’ascendant de tes armes ,
Lutter pour la dernière fois … »
« Sous les yeux d’un peuple innombrable,
Poursuis tes immenses projets.
Qui mieux que toi sera capable
D’immortaliser tes sujets ?
Dieux ! Je vois l’Angleterre en larmes,
Cédant à tes nobles exploits ,
Contre l’ascendant de tes armes ,
Lutter pour la dernière fois … »

Immersion du neuvième cône dans la rade de Cherbourg en présence du roi louis XVI, le 23 Juin 1786 par Pierre Ozanne

« Sa Majesté entendit la messe à trois heures et demie dans l’église de l’abbaye ; Elle se rendit ensuite à quatre heures au chantier, désirant profiter de la marée favorable pour voir flotter la caisse conique destinée à être placée sur la rade en sa présence. »

(Relation des officiers municipaux).

Le Roi Louis XVI par Georg Balthasar Probst

 

 

 L’ingénieur Louis-Alexandre de Cessart note : 

« à cinq heures du matin, le Roi, accompagné de sa cour, entre dans les chantiers, où je lui fus présenté par monsieur d’Harcourt. »

Le vaisseau « Patriot » par François Geoffroi Roux et François Hector d’Albert, comte de Rioms

Le samedi 24 juin 1786

A sept heures : hommage des corps constitués. Embarquement sur le Patriote : manœuvres, canonnades, etc.

A cinq heures et demie : ralliement et retour au port.

Le 25 juin 1786

Départ à huit heures.  Embarquement pour Querqueville, puis le Roi monte à nouveau sur le Patriote à bord duquel il déjeune. Il visite le chantier des cônes,  le fort du Homet,  le pont tournant du port marchand, le fort  du Becquet, le fort d’Artois.

Au retour, il veut visiter à l’improviste quelques navires : la corvette la Blonde, les frégates la Félicité et la Junon, le cotte le Malin. Puis il se rend au port de commerce, aux approches de la grande écluse. Partout sur les quais c’et la même euphorie « Vive le roi ! Vive le roi ! », à quoi celui- ci répond : « Vive mon peuple ! Vive mon bon peuple ! » Il est transporté d’enchantement :

« Je n’ai jamais mieux goûté le bonheur d’être roi que le jour de mon sacre et depuis que je suis à Cherbourg ! »

LOUIS XVI, VISITE DU ROI LORS DE LA CONSTRUCTION DE LA DIGUE DE CHERBOURG AVEC DES CÔNES, 1786 PARIS

Le 26 juin 1786

Départ à cinq heures. Déjeuner à Montmartin. Louis XVI fait escale à Caen en repartant de Cherbourg. Là, il assiste à l’inauguration des nouvelles casernes, du nouveau bassin et du Cours la Reine.

Réception le soir à l’Hôtel d’Harcourt , dîner dans les jardins, feu d’artifice.

Le 27 juin 1786

Messe à la chapelle de l’Intendance de Caen. Lisieux (réception) ; Pont l’Évêque : relais. Honfleur: embarquement sur l’Anonyme à bord duquel le Roi déjeune. Louis XVI fait escale au Havre de Grâce. dès son arrivée le Roi visite l’arsenal du Bassin, les fortifications, la corderie royale, puis est reçu à l’Hôtel-de-Ville où il soupe et couche.

« A huit heures un quart Elle s’est assise à une table de trente couverts ; tous les citoyens et étrangers ont eu l’honneur de voir souper S.M. en filant successivement autour de la table. Le corps de ville est resté derrière S.M. pendant le souper. »

Il assiste à une joute des mousses. Chauffage d’un navire, manœuvre de l’artillerie, visite des remparts et des corderies, puis des chantiers des bois. Arrivée au Palais à huit heures du soir ( vin d’honneur). Dîner, illuminations. 

Route de Paris à Cherbourg et voyage du Roi (détail), 1786
Le château de Gaillon

 

Le 28 juin 1786

Messe à Notre-Dame du Havre. Côte d’Ingouville, puis le  : fête dans un kiosque et lancement d’un navire, le Louis XVI.  Déjeuner sur la route de Rouen.  Il parvient à destination à cinq heures et demie. La ville a fait édifier un arc de triomphe à double parement et dégager les quais dans toute leur étendue, les navires ornés de leurs flammes et pavillons étant en ligne au milieu de la Seine, « mais le Roi préfère détourner le long des boulevards jusqu’à la porte Beauvoisine, par laquelle il est entré, et se rend à la cathédrale (bénédiction) et de là à l’archevêché. »
A l’archevêché, « Les chanoines offrent six pains et douze bouteilles de vin, suivant l’usage. Les Cours souveraines sont présentées par le duc d’Harcourt et le maréchal de Castrie.

Le Roi mange dans une salle à une table de vingt couverts. Trois autres tables de seize couverts chacune ont été dressées dans la salle des Etats. Les Vicaires généraux du Cardinal Archevêque en font les honneurs. Tous citoyens ont la liberté d’entrer et inondent les salles du palais archiépiscopal.  Pendant ce temps, le corps de ville composé du maire, de six échevins et du procureur du Roi, attend le monarque sur le pont de bateaux.

« Tout le pavé du pont depuis son entrée du côté de la ville jusqu’à son ouverture était couvert de tapis de pied. Vers l’endroit de cette ouverture s’élevait une tente d’étoffe moirée bleue… »

Le Roi arrive à pied à huit heures du soir, observe le plan de la ville, le projet d’un nouvel alignement du port et d’une place Louis XVI, il voit ouvrir le pont et passer un des plus beaux navires du port de Rouen. Sur les huit heures et demi, Louis XVI remonte en voiture pour aller à Gaillon, où l’archevêque a sa maison de plaisance.

Rouen : réception et cortège. Accueil dans la Cathédrale. Dîner dans le salon de Pont de l’Arche. Elbeuf, Louviers. Louis XVI fait escale à Gaillon.

 

Jeudi 29 juin 1786

Départ de Gaillon à neuf heures. Arrivée à Versailles à trois heures et demie après midi. 

Le voyage du Roi aura duré neuf jours, du 21 au 29 juin 1786. La Reine n’a pu l’accompagner, car Elle est enceinte.

Louis XVI d'après Lemonnier complété par l'IA. Cette reconstitution est destinée à commémorer le voyage du Roi en Normandie, plus précisément l’audience donnée par celui-ci, le 28 juin 1786, aux représentants de la chambre de commerce et à la juridiction consulaire de la ville de Rouen.

Le 9 juillet 1786

Naissance de la princesse Sophie-Hélène-Béatrix, dite Madame Sophie, dernier enfant de Marie-Antoinette.

Sophie-Hélène-Béatrix de France par Élisabeth Vigée Le Brun

Du 29 août au 24 septembre 1786

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 29 août 1786

«Etats du Languedoc» ; Louis XVI tire au Petit-Saclé, tue trois cent cinquante pièces et soupe à Trianon.

A partir du 4 septembre 1785

Séjour d’un mois de la Cour au château de Saint-Cloud, pendant lequel le Dauphin Louis-Joseph est inoculé.

Le 30 août 1786

En partant à six heures un quart du matin, le Roi se promène à Fontainebleau et y dîne. Il tue un sanglier en revenant dans la plaine de Chailly et soupe à Trianon.

Le 31 août 1786

Le Roi chasse et ne prend rien. Il dîne et soupe à Trianon.

Le 20 août 1786 

Calonne présente au Roi son plan d’action se décomposant en trois volets :

  • égalité de tous devant l’impôt, création d’un impôt unique assis sur les revenus de la propriété foncière (la « subvention territoriale ») ;
  • retour à la libre circulation des grains ;
  • création d’assemblées nouvelles élues par les propriétaires et qui devront associer les sujets du Roi à l’administration du pays.

Ce programme, assure Calonne au Roi, « vous assurera de plus en plus de l’amour de vos peuples [et] vous tranquillisera à jamais sur l’état de vos finances »

Le programme de Calonne lui permet d’entreprendre de grand projets visant à relancer le développement industriel et commercial ; ainsi, il encourage la rénovation du port du Havre, celui de Dieppe, de Dunkerque et de La Rochelle et contribue à la réfection de l’assainissement des villes de Lyon et Bordeaux.

 

Robert Morlay est Louis XVI dans Marie-Antoinette de Van Dyke (1938)

Vienne, ce 31 août 1786.

«( … )   J’ai été charmé du voyage que le Roi a fait et de la façon qu’il a réussi.  Je désirerais bien qu’une autre fois la Reine pût être de la partie, sans y mettre trop d’apprêt ni de gêne, pour l’éloigner un peu de la race Polignac .»

Joseph II à Mercy            

Le 2 septembre 1786

Le Roi chasse à la plaine de Saint-Nom et tue trois cent cinquante pièces. Il soupe à Trianon.

Les quatre enfants de Marie-Antoinette dans le cabinet des glaces mouvantes de Trianon par Benjamin Warlop

Dimanche 3 septembre 1786

«Vêpres et salut». Dîner et souper à Trianon.

Le 4 septembre 1786

Le Roi ne peut chasser aux Loges à cause de la pluie. Il  soupe à Trianon.

Le 6 septembre 1786

Le Roi chasse à la plaine de Villepreux et tue trois cent soixante-dix-neuf pièces. Il soupe à Trianon.

Le 7 septembre 1786

Le Roi chasse et ne prend rien. Il dîne et soupe à Trianon.

Le 8 septembre 1786

«Vêpres et salut» . Le Roi dîne et soupe à Trianon.

Le 9 septembre 1786

Le Roi chasse le cerf au poteau de la Ville-Dieu, il en prend deux et soupe à Trianon.

Du 10 au 13 septembre 1786

La Cour est à Compiègne.

Le 13 septembre 1786

Louis XVI tire à neuf heures à la plaine de Compiègne, tue quatre cent quatre-vingt-seize pièces, dîne à deux heures trois quart et revient par Trianon.

Le 14 septembre 1786

Le Roi chasse et ne prend rien. Il dîne et soupe à Trianon.

Le 15 septembre 1786

Louis XVI tire à la plaine d’Arcueil, tue quatre cent six pièces, dîne à Trianon.

Le 16 septembre 1786

Le Roi déjeune à Saint-Hubert, chasse le cerf aux Plein-Vaux, en prend deux, manque le troisième et soupe à Trianon.

Dimanche 17 septembre 1786

«Vêpres et salut» ; Louis XVI dîne et soupe à Trianon.

Le 18 septembre 1786

Louis XVI tire à la plaine de Saclay, tue trois cent trente-neuf pièces et soupe à Trianon.

Le 19 septembre 1786

Le Roi déjeune à Saint-Hubert, chasse le cerf à la Loge-Porée, en prend deux et soupe à Trianon.

Le 20 septembre 1786

Louis XVI tire à la plaine de Rungis, tue trois cent quatre-vingt-quatre pièces et soupe à Trianon.

Le 21 septembre 1786

Le Roi chasse et ne prend rien. Il dîne au hameau et soupe à Trianon.

 

Le 22 septembre 1786

Louis XVI tire à la plaine de Chevilly, tue six cent trente-cinq pièces et soupe à Trianon.

 

Le 23 septembre 1786

Le Roi chasse le cerf à Saint-Hubert, il en prend un et soupe à Trianon.

 

Dimanche 24 septembre 1786

«Vêpres et salut». Le Roi dîne à Trianon.

Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Du 10 octobre au 16 novembre 1786

Dernier séjour de la Cour de Louis XVI à Fontainebleau.

Les jeux de hasards sont prescrits par le Roi.

Le 26 décembre 1786

Louis XVI prend sous sa protection l’école pour les aveugles de Valentin Haüy.

La grande idée de Valentin Haüy (1745-1822) était de faire lire les aveugles. Dans cette intention, il fait réaliser dès 1784 des caractères spéciaux qui produisent une typographie en relief et il ouvre l’Institution Royale des Jeunes Aveugles, la première école pour non-voyants.

Le 29 décembre 1786

Louis XVI convoque une Assemblée de Notables qui se tiendra le 22 février 1787.

Calonne, devant les cent quarante-sept membres réunis, tente de faire passer sa réforme ; seulement, l’aveu qu’il fait du déficit public de douze millions de livres émeut l’assistance. Devant le tollé provoqué au sein d’une Assemblée de Notables réticents à approuver une réforme dont ils seraient les victimes, Louis XVI ne se sent pas la force de contrer les opposants et désapprouve son ministre. Le fiasco de l’assemblée des notables est perçue chez certains historiens comme le véritable point de départ de la Révolution.

Jacques Morel est Louis XVI dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

En 1787

Depuis son déménagement, la comtesse de Provence dispose du palier du nouvel escalier de l’ancienne antichambre de la princesse de Lamballe devenue une première antichambre à une fenêtre où se tient sa sentinelle. La seconde salle est l’ancien petit salon où la princesse de Lamballe avait coutume de recevoir la Reine. C’est maintenant une seconde antichambre, plus grande a deux fenêtres, qui sert de salle-à- manger, où elle continue à convier la famille royale à souper «tous les soirs, à huit heures précises ». Les convives se régalent du traditionnel potage aux petits oiseaux, que la princesse prépare elle-même . Chaque membre de la famille fait apporter son dîner, auxquels on met la dernière main dans de petites cuisines à portée de l’appartement de Madame.

« Excepté les jours où il donnait à souper chez lui, le Roi n’y manquait pas un seul jour … »

Mémoires du comte d’Hézecques   

Le 8 avril 1787

Louis XVI renvoie Calonne. Marie-Antoinette intervient pour faire nommer Loménie de Brienne (1727-1794), proche de Son lecteur, l’abbé de Vermond Principal ministre d’Etat.

Archevêque de Toulouse, connu pour être athée et réputé pour avoir des mœurs dissolues, Brienne avait présidé l’Assemblée des Notables et à ce titre attaqué Calonne et son projet de réforme.

Le Roi et Loménie de Brienne dans Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti
Le cardinal Loménie de Brienne (vers 1770)

 

Désormais responsable des affaires, il est poussé par le Roi à continuer les efforts de son prédécesseur médiat ; il reprend donc à son compte l’essentiel du projet qu’il avait lui-même condamné.

Le 1er mai 1787

Le Dauphin est remis «entre les mains des hommes».

Le 25 mai 1787

Dissolution de l’Assemblée des Notables qui s’était ouverte le 22 février.

Louis XVI par Kucharski

Le 9 avril 1787

Le Garde des Sceaux Miromesnil démissionne.

Il est remplacé à ce poste par Lamoignon.

 

En juin 1787

Louis XVI fait construire dans le plus grand secret une magnifique laiterie, inaugurée en juin 1787, et remanier les jardins par Hubert Robert dans le style anglais, pittoresque, qui plaît tant à la Reine.

La laiterie de Rambouillet

En juin 1787

« Demain je vais chasser à Rambouillet avec le Roi.
La Reine y va souper…»

Madame Élisabeth

 

Le 11 juin 1787

Louis XVI se promène à pied dans le jardin et à Trianon.

 

Le 18 juin 1787

Mort de Madame Sophie avant son premier anniversaire.

Comme à son habitude, Louis XVI ne semble pas très atteint, il note seulement:

«Mardi 19  juin. Mort de ma fille cadette à 3 heures. Promenade à pied à Saint-Cyr.»

Madame Sophie par Elisabeth Vigée Le Brun
Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola

Versailles le 27 Juin 1787

Déclaration de Louis XVI, pour la Conversion de la Corvée en une prestation en argent

Ponctuellement utilisée dès les années 1680 avant d’être généralisée en 1738 à une grande partie du royaume de France, ce système de réquisition en travail permit à la monarchie de faire construire et d’entretenir à moindre coût le réseau routier qu’elle mit alors en chantier. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la question de la corvée fit l’objet d’une vive controverse. En 1786, la monarchie ordonna finalement l’essai, pendant trois ans de la conversion de la corvée en une prestation en argent, avant d’imposer l’année suivante le rachat de la corvée au moyen d’un impôt en argent sur les seuls roturiers taillables dans tous les pays d’élection.
« Le travail entre labeur et valeur : la corvée royale au XVIIIe siècle », d’Anne Conchon

Été 1787

Fronde du Parlement de Paris contre les réformes de Loménie de Brienne.

On réclame la convocation des États-Généraux…

En août 1787

Calonne, contre qui une information est ouverte pour « déprédations », se réfugie en Angleterre, ce qui fait de lui le premier émigré de la Révolution.

Le 1er août 1787

Louis XVI chasse le chevreuil à la forêt de Marly, il en manque un mais tue deux pièces. La Reine couche à Trianon.

Du 1er au 25 août 1787

Séjour de la Reine à Trianon.

Urbain Cancelier est Louis XVI dans Ridicule ( 1995) de Patrice Leconte
Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 2 août 1787

Le Roi dîne et soupe à Trianon.

Le 4 août 1787

Le Roi chasse et revient bredouille, il dîne et soupe à Trianon.

Dimanche 5 août 1787

«Vêpres et salut». Le Roi dîne et soupe à Trianon. Le Roi  dîne et soupe à Trianon.

Le 6 septembre 1787

Lit de justice à Versailles à onze heures.

Ce jour, la Cour, toutes les Chambres assemblées, en robes et chaperons d’écarlate, dans la grande salle des Gardes, préparée pour tenir son Lit de Justice, Mrs les Présidents revêtus de leurs manteaux qu’ils avoient été prendre dans une pièce voisine , tenant leurs mortiers à la main ; le Maître des cérémonies vint avertir la Compagnie que le Roi était prêt.

Lit de justice du 6 août 1787 dans la Grande Salle des Gardes.
La Grande Salle des Gardes
Image de Marie-Antoinette, l'Affaire du collier (2025 ; Canal + ) de Edward Bazalgette et Raf Reyntjens
La grande salle des Gardes, depuis rebaptisée salle du Sacre
Images de Marie-Antoinette, l’Affaire du collier (2025 ; Canal + ) de Edward Bazalgette et Raf Reyntjens

Le Roi est précédé de Monsieur, du comte d’Artois, frères du Roi, fils de France ; du prince de Condé, de M. le duc de Bourbon et du prince de Conti, princes du Sang, qui prennent leurs, places traversant le Parquet.

 

Le Roi s’étant assis et couvert, le Garde des Sceaux dit par son ordre, que Sa Majesté commande que l’on prenne séance ; après quoi le Roi ayant ôté et remis son chapeau , dit : 

« Messieurs, Il n’appartient point à mon Parlement de douter de mon pouvoir, ni de celui que je lui ai confié. C’est toujours avec peine que je me décide à faire usage de la plénitude de mon autorité et à m’écarter des formes ordinaires ; mais mon Parlement m’y contraint aujourd’hui, et le salut de l’Etat, qui est la première des lois, m’en fait un devoir. Mon Garde des Sceaux, va vous faire connaitre mes intentions.»

Discours de Louis XVI 

Image de Marie-Antoinette, l'Affaire du collier (2025 ; Canal + ) de Edward Bazalgette et Raf Reyntjens

Le garde des Sceaux étant ensuite monté vers le Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir les ordres, descendu, remis en la place, assis et couvert, après avoir dit que le Roi permet que l’on se couvre.

La Grande Salle des Gardes, depuis rebaptisée Salle du Sacre
Plan du Lit de justice de 1756

Au plafond fut installée une allégorie du Dix-huit Brumaire de Callet, commandée sous le Consulat pour les Tuileries, et en dessus-de-porte quatre allégories commandées par Louis XVIII, mais aussi appropriées à la fonction impériale, Le Courage guerrier (sous les traits d’un combattant gaulois), Le Génie s’élevant malgré L’Envie, La Clémence s’appuyant sur La Force et La Constance s’appuyant sur une ancre.

Le courage guerrier
Le Génie s'élevant malgré l'Envie
La Constance s'appuyant sur une ancre
La Clémence s'appuyant sur la Force

Suit le discours du nouveau garde des sceaux, Lamoignon.

Des témoins racontent avoir vu le Roi s’endormir. Diffamation de la part de ses opposants ? Repas trop arrosé ? Trop de parties de chasse ? Ou calcul politique signifiant lui aussi à ses parlementaires d’aller «se faire f… »?


Aligre rappelle que les impôts n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. Il réitère le refus de son corps d’enregistrer le timbre et la subvention territoriale et réclame à son tour la convocation des états-généraux.
L’assemblée semble perdre de vue que toute loi est enregistrée automatiquement lors d’un lit de justice et que les opinions des uns et des autres n’ont plus lieu d’être en présence du Roi.

Ce qui n’empêche pas la foule d’applaudir les magistrats lorsqu’ils remontent en voiture.

Jean-François Balmer est Louis XVI dans Les Années Lumière (1988) de Robert Enrico

Le 7 août 1787

Le Roi chasse et ne prend rien, il dîne et soupe à Trianon.

Au matin, les ducs et pairs rejoignent le Parlement au Palais, mais sans les princes du sang. Après huit heures de délibération, ils rendent un arrêt à la majorité des voix rendant «nul et illégal» le lit de justice de la veille.

C’est un véritable coup d’état !

La foule nombreuse répandue dans le Palais applaudit les «pères du peuple».

Le 8 août 1787

Le parlement de Bordeaux refuse d’enregistrer la création des assemblées provinciales. C’est en effet les parlements de province qui en pâtiront les premiers.

Le 9 août 1787

Le Roi chasse et ne prend rien, il dîne et soupe à Trianon.

Le 10 août 1787

Le Roi chasse et ne prend rien, il dîne et soupe à Trianon.

Dimanche 12 août 1787

«Vêpres et salut». Le Roi dîne et soupe à Trianon. Le Roi  dîne et soupe à Trianon.

Le 10 août 1787

Le jeune conseiller de la troisième chambre des enquêtes, Adrien Jean François du Port (1759-1798) prononce un discours contre l’arbitraire, le ministère, les lettres de cachet et surtout contre Calonne. Le Parlement convoque l’accusé à la barre.

Evidemment Louis XVI refuse une telle humiliation faite à son ancien ministre exilé dans ses terres. Par mesure de sécurité, l’ancien contrôleur des finances émigre rapidement en Angleterre. C’est le premier d’une longue liste… Du Port fonde peu de temps après le parti des nationaux, bientôt appelé le parti des patriotes où le rejoignent de nombreuses personnalités hors Parlement tel La Fayette, Condorcet, Sieyès, Hérault de Séchelles…

Le 13 août 1787

Duval d’Esprémesnil fait voter à une large majorité les édits imposés le 6 août «contraires à tous les principes, maximes et usages du royaume».

Il appelle à une grève des impôts !

La foule l’acclame et le porte en triomphe.

Le 14 août 1787

Le Roi chasse et ne prend rien, premières vêpres, Louis XVI doit se purger, il dîne à Trianon.

A l’initiative de Brienne, Louis XVI exile le parlement à Troyes.

L’accueil dans Troyes est triomphal et les parlements de province se solidarisent, ainsi que la Chambre des Comptes et la Cour des Aides.

Le 16 août 1787

Louis XVI chasse le cerf au Pont de la Ville-Dieu, il en tue un et en manque un. Il soupe à Trianon.

Le 17 août 1787

Le Roi chasse et ne prend rien, il dîne et soupe à Trianon.

Les comtes de Provence et d’Artois se rendent, le premier à la chambre des Comptes, le second à la cour des Aides, afin d’enregistrer les édits. Monsieur s’en sort très bien, acclamé comme l’espoir de la Nation. Le comte d’Artois se voit pour sa part insulté, au point que ses gardes doivent le protéger et menacer la foule qui s’enfuit en panique dans les escaliers. Des morts et des blessés sont à regretter.

Le prince rentre à Versailles, malade.

Louis XVI par Joseph Boze

Le 18 août 1787

Louis XVI chasse le chevreuil aux Côteaux-de-Jouy, en manque un mais tue treize pièces. Il soupe à Trianon.
Le parlement de Bordeaux est exilé à Libourne.
Les parlements du Dauphiné et de Bretagne se révoltent à leur tour.

Dimanche 19 août 1787

«Vêpres et salut». Le Roi dîne et soupe à Trianon.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Les-jupons-de-la-Rvolution.jpg.
Dominique Besnehard est Louis XVI dans Marie-Antoinette, Reine d'un seul amour de Caroline Huppert (1988) et dans Beaumarchais, l'Insolent d'Edouard Molinaro (1995)

Le Roi capitule en renonçant officiellement à l’édit de subvention territoriale et promet la convocation des Etats-Généraux pour 1792. Le parlement revient à Paris sous les applaudissements de la foule. Celle-ci montre du doigt Calonne, Brienne et Marie-Antoinette, dont on brûle les effigies.

Le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi et garant de la sécurité de la généralité de Paris, fait fermer tous les clubs de la capitale.

Le 20 août 1787

Louis XVI chasse le cerf au Pont de la Ville-Dieu, il en tue deux. Il soupe à Trianon.

Le 21 août 1787

Louis XVI chasse mais ne ramène rien. «Etats de Languedoc». Il soupe à Trianon.

Le 22 août 1787

Le Roi tire aux Fours-à-chaux et tue soixante-dix-neuf pièces. Il soupe au Hameau de Trianon.

Deux cent trente-cinq membres du Parlement se réunissent dans le palais des comtes de Champagne à Troyes, accueillis dans la ville comme des héros. Pendant ce temps à Paris, une foule incontrôlable réclame ses magistrats. Des milliers de personnes dépendent du Parlement : avocats, procureurs, huissiers, clercs, commis, écrivains publics, étudiants, formant une basoche qui a toujours été particulièrement indisciplinée.

C’est l’émeute dans la capitale.

Le lieutenant de police est obligé de prendre des mesures drastiques pour le retour au calme. Le guet patrouille jour et nuit aux alentours du Palais, aidé des gardes françaises, des suisses, des dragons et des carabiniers.

Le 23 août 1787

Louis XVI chasse et revient bredouille. Il dîne et soupe à Trianon.

« [Quand Marie-Antoinette parle,] j’ai mille fois vu les yeux et le visage de [Louis XVI] s’illuminer d’un amour et d’un enthousiasme que même la plus aimée des maîtresses ne pouvait guère espérer inspirer.»

Le baron de Besenval sur l’amour de Louis XVI pour sa femme       

Le 24 août 1787

Le Roi chasse le cerf à Dampierre et en prend deux, il soupe à Trianon.

Le 21 septembre 1787

Louis XVI lève son ordre d’exil contre les parlementaires.

Comme tous les ans, les parlementaires sont «en vacances» de la fête de la naissance de la Vierge (8 septembre) jusqu’à la saint Martin (11 novembre ).

Cardinal Loménie de Brienne

Le 26 septembre 1787 et jours suivants

Loménie de Brienne est nommé principal ministre.

Il s’agit du seul moyen pour que les autres ministres et secrétaire d’état lui soient subordonnés et donc donner une action cohérente au gouvernement. Il devient de fait premier ministre mais ce titre devant être dûment enregistré au Parlement, on préfère l’éviter.

Des ministres préfèrent démissionner.

 

Du 3 au 9 novembre 1787

La Cour est à Fontainebleau.

Le 7 novembre 1787
Édit de Versailles dit Édit de Tolérance

Édit de Louis XVI concernant ceux qui ne font pas profession de la religion catholique

Par cet édit, le Roi Louis XVI accorde aux protestants un état civil. Il leur assure le droit d’exister dans le royaume sans y être troublés sous le prétexte de religion.

Dès la fin des années 1760, des voix se font entendre pour réclamer une reconnaissance légale des « non-catholiques ». Le problème le plus urgent est celui de l’état civil, en particulier celui des mariages juridiquement nuls dès lors qu’ils ne sont pas célébrés à l’église, et donc à l’origine de nombreuses contestations.

Louis XVI remettant l'Edit de Tolérance

Le 17 novembre 1787

Louis XVI exige un rapport de situation sur les Juifs de France afin d’améliorer leur situation et les intégrer au sein du royaume.

Le 19 novembre 1787

Séance royale de Louis XVI au Palais.

Louis XVI impose l’enregistrement des édits au Parlement, en vue de lui faire accepter un emprunt de 420 millions de livres sur cinq sur cinq ans.     Lors de cette session, les parlementaires s’insurgent contre cette forme inusitée de « séance royale » et demandent la convocation des Etats-Généraux pour 1789.

Arrivée du Roi en son Palais, le 19 novembre 1787
Vincent Solignac est Louis XVI dans la série télévisée Le Gerfaut (1987)

Ce n’est pas à proprement parlé un lit de justice, afin d’éviter de froisser à nouveau les susceptibilités des messieurs du Parlement. Ils auront le droit, en présence du souverain, de donner leur avis. L’urgence est de trouver de l’argent et donc à défaut d’impôts, d’effectuer un nouvel emprunt, 430 millions levés en cinq ans, et d’appliquer de nouvelles taxes aux douanes. Mais le Roi tient tout de même à rappeler les principes essentiels de la monarchie :

« Je veux tenir cette séance pour rappeler à mon Parlement des principes dont il ne doit point s’écarter. Ils tiennent à l’essence de la monarchie et je ne permettrai pas qu’ils soient menacés ou altérés. Je ne souffrirai jamais qu’on me demande avec indiscrétion ce qu’on doit attendre de ma sagesse et de mon amour pour mes peuples (…). Mes parlements doivent compter sur ma confiance et mon affection, mais ils doivent les mériter en se renfermant dans les fonctions qui leur ont été confiées par les Rois, mes prédécesseurs, en ayant attention à ne pas s’en écarter, de ne s’y refuser jamais, et surtout en donnant à mes sujets l’exemple de la fidélité et de la soumission.»

 

Lamoignon prend ensuite la parole et son discours rappelle dans ses grandes lignes celui de la Flagellation de 1766. Il conclue en disant que la convocation des états-généraux sera faite seulement si les édits sont enregistrés. On écoute ensuite les opinions, durant plus de sept heures !
Il accepte donc l’enregistrement des deux édits permettant de nouveaux emprunts à la condition de réunir les états-généraux non plus en 1792 mais en 1789 !

« Sire…, d’un mot vous allez combler tous les vœux. Un enthousiasme universel va passer, en un clin d’œil, de cette enceinte dans la capitale, de la capitale dans tout le royaume. Un pressentiment qui ne me trompera pas m’en donne déjà l’assurance ; je le lis dans le regard de Votre Majesté ; cette intention est dans son cœur, cette parole est sur ses lèvre, prononcez-la. Sire, accordez-la à l’amour de tous les Français.»

Un pressentiment qui se révèlera lourd de conséquences !

Louis XVI n’apprécie pas qu’on lui force la main.

Il clôture la séance par ces mots :

Bruno Crémer est Louis XVI dans L’Été de la Révolution (1988) de Lazare Iglesis

 

 

« Après avoir entendu vos avis, je trouve qu’il est nécessaire d’établir les emprunts portés dans mon édit. J’ai promis les états-généraux avant 1792 : ma parole doit vous suffire. J’ordonne que mon édit soit enregistré.»

Louis Cunningham est Louis XVI dans Marie-Antoinette, l’Affaire du collier (2025 ; Canal + ) de Edward Bazalgette et Raf Reyntjens

Comme le Roi s’apprête à quitter la salle, le duc d’Orléans (1747-1793), premier prince du sang, réagit. Il lui demande s’il s’agit d’un lit de justice (auquel cas l’enregistrement se fait d’office) ou d’une séance royale qui doit prendre en compte les avis. Louis XVI répond qu’il s’agit bien en effet d’une séance royale.

Alors le duc d’Orléans rétorque :

«Elle est illégale. Je demande qu’il soit mentionné que l’enregistrement est fait du très exprès commandement de Sa Majesté.»

et le Roi de lui répondre :

« Si, c’est légal. C’est légal parce que je le veux ! »

Le duc d’Orléans est exilé en raison de son comportement rebelle.

 

Le 20 novembre 1787, au soir

Le baron de Breteuil remet une lettre de cachet au duc d’Orléans, le sommant de se rendre à son château de Villers-Cotterêts.
Le premier prince du sang, et accessoirement l’homme le plus riche de France, est devenu le chef de l’opposition.

 

Dans la nuit, les conseillers Sabatier de Cabre et Fréteau de Saint-Just sont arrêtés et envoyés l’un à la prison du Mont-Saint-Michel, l’autre à la citadelle de Doullens.

Le 21 novembre 1787

Une députation du Parlement vient rendre compte au Roi de sa décision de rendre nulle et illégale la séance royale et l’enregistrement des édits.

Louis XVI raye rageur le registre officiel.

Louis XVI, dessin à la plume noire, par Jean-Joseph Bernard
Portrait de Madame Louise de France en Mère Thérèse de Saint-Augustin, huile sur toile, vers 1771, peintre inconnu, localisation inconnue

Le 23 décembre 1787

Mort, au Carmel de Saint-Denis, de Madame Louise (née le 15 juillet 1737), tante de Louis XVI, qui ne se nommait plus que Sœur Thérèse de Saint-Augustin.

 

1788

Dès le début de l’année, on note une nette aggravation de la santé du Dauphin. Il a de la fièvre et des douleurs articulaires. Au fil des mois, son état empire encore.

 

Le 4 janvier 1788

Le conseiller du Port réussit à rendre illégales les lettres de cachet, «contraires au droit public et au droit naturel». Une fois de plus Louis XVI convoque les magistrats à Versailles, raye l’arrêt, les magistrats de retour au Palais cassent la décision royale et la rébellion continue de plus belle…

Louis XVI par Wilhelm Böttner

Le cabinet de la garde-robe de Louis XVI 

( Texte de Christophe Duarte,  Versailles-passion ; photographies de Grand Palais –
RMN (Officiel) pour le Cabinet)

Ce cabinet s’ouvre par une porte dissimulée dans la tenture de l’alcôve sur la chambre à coucher, installée pour Louis XV en 1738. Aboutis en 1788, les travaux ont permis de doubler la surface de la pièce et de diviser le nouveau volume en deux niveaux : la garde robe et l’entresol. Ce petit cabinet d’à peine 13m², bénéficie alors d’une plus grande luminosité grâce à deux larges baies s’ouvrant sur la cour des Cerfs.


Faisant écho à la richesse des bronzes dorés de la cheminée, les éléments de serrurerie de la Garde-robe sont aussi d’une qualité exceptionnelle. Ils furent probablement ciselés et dorés par Pierre Gouthière. Les coffres de serrures, ceinturés par un rang de perles et patenôtres sont ornés au centre par des monstres ailés pris dans des rinceaux que l’on croirait dessinés par l’ornemaniste Dugourc.
Faisant écho à la richesse des bronzes dorés de la cheminée, les éléments de serrurerie de la Garde-robe sont aussi d’une qualité exceptionnelle. Ils furent probablement ciselés et dorés par Pierre Gouthière. Les coffres de serrures, ceinturés par un rang de perles et patenôtres sont ornés au centre par des monstres ailés pris dans des rinceaux que l’on croirait dessinés par l’ornemaniste Dugourc.

 

Sous la révolution, le cabinet n’eut pas à souffrir de trop grandes destructions. Hormis les fleurs de lys et autres attributs royaux bûchés, il est probable que les glaces au tain furent déposées et vendues.

Deux vases de porcelaine fond bleu monté sur leur pieds et enrichis de bronze doré d’or moulu. Don de la Société des Amis de Versailles.

La totalité des boiseries a été déposée en 1939 et reposée après la guerre. La campagne de sondages menée en décembre 2001 a révélé l’existence d’autres motifs à l’origine sur les médaillons, dont les fragments non bûchés demeurent. De même, sur le registre haut des panneaux, les trois fleurs de lys des globes brettelés sont des restitutions du XIXe siècle.

Commode en bas d'armoire livrée en 1788 pour le Cabinet de la Garde-robe par Weisweiler

Grand amateur de porcelaine de Sèvres, Louis XVI réunit et dispose dans ses cabinets une abondante collection de tableaux sur porcelaine, dont la production, véritable prouesse technique, est un des succès de la manufacture. Ainsi, en 1784 et 1787, le Roi fait l’acquisition de deux très belles plaques, «La toilette de la sultane» et «La sultane donnant ses ordres aux odalisques», peints par Pithou le Jeune et Pithou l’Aîné en 1783 et 1785-1786, d’après Amédée Van Loo. Peintes sur porcelaine tendre, les deux œuvres, outre la perfection, témoignent aussi du goût pour la turquerie qui fait fureur en France sous Louis XVI.

La toilette de la sultane
La sultane donnant ses ordres aux odalisques

Achetées par Louis XVI à l’exposition de Versailles du 2 janvier 1784, elles sont mentionnées dans le Cabinet de la Vaisselle d’or en 1792. Elles entrent dans les collections de Joséphine à Malmaison en juin 1814 puis de la Reine Hortense. Le 9 juillet 1832, James de Rothschild les achètent aux enchères à Londres et les fait placer au Château de Ferrière. Une des plaque montée sur l’abattant d’un cabinet du XIXème siècle. Le cabinet est annoncé dans la vente Sotheby’s de Londres du 3 mars 1978. Ils ont été achetés après l’arrêt en douane. Après l’acquisition, la plaque a été démontée et le cabinet rendu au vendeur.

Détail d'un médaillon de Marie-Antoinette, installé dans le cabinet de la garde-robe de Louis XVI en 1788

Le 7 janvier 1788

Louis XVI se promène à pied aux deux Trianons.

Le 10 mars 1788

Lapérouse quitte la Baie de la Botanique. Depuis, on n’a plus eu de nouvelles du sort des frégates.

Louis XVI par Augustin Pajou

Le 17 avril 1788

Louis XVI met en garde ses cours souveraines contre leurs prétentions représentatives :

« Si la pluralité de mes cours forçait ma volonté, la monarchie ne serait plus qu’une aristocratie de magistrats, aussi contraire aux droits et aux intérêts de la Nation qu’à ceux de la souveraineté.»

Louis XVI ne tient pas à en rester là et va tenter un coup de force contre son Parlement.

Le 24 avril 1788

Marie-Antoinette fait part à Son frère Joseph II des décisions de Son mari :

« Nous sommes au moment de faire de grands changements dans les parlements ; on pense à les borner aux fonctions de juges et à former une autre assemblée qui aura le droit d’enregistrer les impôts et les lois générales au royaume. Il me semble qu’on a pris toutes les mesures et précautions compatibles avec le plus grand secret qui était nécessaire, mais ce secret même entraîne incertitude sur les dispositions du grand nombre de gens qui peuvent nuire ou contribuer au succès. Il est très fâcheux d’être obligé à des changements de cette espèce, mais par l’état des affaires, il est clair que si on différait, on aurait moins de moyens pour conserver et maintenir l’autorité du Roi.»

Jane Seymour est Marie-Antoinette dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 3 mai 1788

Publication par le Parlement de Paris de la Déclaration des Lois fondamentales du Royaume.

Le 1er mai 1788

Déclaration du Roi concernant l’abolition de la question préalable (torture infligée à un condamné à mort, avant son exécution, pour qu’il livre ses complices.)

« Par notre déclaration du 24 août 1780, nous avions proscrit la question préparatoire sans abolir encore la question préalable. De nouvelles réflexions nous ont convaincu de l’illusion et des inconvénients de ce genre d’épreuve, qui ne conduit jamais sûrement à la connaissance de la vérité, prolonge ordinairement sans fruit le supplice des condamnés, et peut plus souvent égarer nos juges que les éclairer ».

ART. VIII.           

Du 14 mai au 15 juin 1788

Séjour de la Cour au château de Saint-Cloud.

Le 7 juin 1788

Insurrection à Grenoble lors de la Journée des Tuiles.

La journée des Tuiles à Grenoble le le 7 juin 1788 par Alexandre Debelle (musée de la Révolution française).

Le 24 juin 1788

Séjour de la Reine à Trianon pour quelques jours.

Le 13 juillet 1788

Louis XVI dîne à Bellevue. En y allant, il visite, à Meudon, le Dauphin. La Reine couche à Trianon.

Du 15 juillet au 14 août 1788

Séjour de la Reine à Trianon.

Le 17 juillet 1788

Départ de Rambouillet à huit heures, après la messe, le Roi dîne et soupe à Trianon.

Le 19 juillet 1788

https://www.techno-science.net/illustration/Definition/inconnu/r/Restitution-grande-perspective.jpg

Louis XVI rend visite à son fils à Meudon. Il chasse le chevreuil au pavillon de Trivaux , en manque un et tue douze pièces. Il soupe à Trianon.

Dimanche 20 juillet 1788

«Vêpres et salut». Le Roi dîne et soupe à Trianon.

Le 22 juillet 1788

Départ à sept heures et demie de Rambouillet avant la messe, Louis XVI dîne et soupe à Trianon.

Le 23 juillet 1788

Une fluxion empêche Louis-Auguste de chasser le chevreuil. Il dîne et soupe à Trianon.

Le 24 juillet 1788

Louis XVI chasse mais revient sans rien. Il dîne avec ses tantes, à Bellevue,  et soupe à Trianon.

Le 25 juillet 1788

Louis XVI chasse mais revient bredouille. Il dîne  et soupe à Trianon.

Dimanche 27 juillet 1788

«Vêpres et salut». Le Roi dîne au hameau. Serment de monsieur de Villedeuil.

Le 29 juillet 1788

Départ à huit heures de Rambouillet après la messe, Louis XVI revient par Trianon pour voir le Dauphin, il y dîne et y soupe.

Le 30 juillet 1788

Louis XVI donne sa réponse aux députés de Bourgogne auxquels il avait donné audience la veille, il dîne et soupe à Trianon.

Image de Louis XVI, l'Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

Le 2 août 1788

Départ à huit heures de Rambouillet après la messe, Louis XVI revient après dîner par Meudon pour voir le Dauphin, il dîne et soupe à Trianon.

Dimanche 3 août 1788

«Vêpres et salut». Le Roi dîne à Trianon.

Le 4 août 1788

Louis XVI chasse mais revient bredouille. Il dîne  et soupe à Trianon.

Noms des chevaux que Louis XVI a montés

Le 6 août 1788

Départ à huit heures de Rambouillet après la messe, Louis XVI revient après dîner par Meudon pour voir le Dauphin, il dîne et rend visite le soir à Trianon.

Le 7 août 1788

Louis XVI est ausculté par son médecin, il suit la messe chez lui et soupe à Trianon.

Le 8 août 1788

Louis XVI chasse mais revient bredouille. Il dîne au Hameau  et soupe à Trianon.

Le Roi consent à la convocation des États-Généraux pour le 1er mai 1789.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Les-annees-Lumiere-le-Roi-a-son-bureau.jpg.

 

Gabriel Dufay est Louis XVI, dans L'homme qui ne voulait être Roi de Thierry Binisti

Dimanche 10 août 1788

Départ à huit heures de Rambouillet après la messe à la paroisse. Audience des ambassadeurs indiens ; «Vêpres et salut».  Réception à Versailles des trois ambassadeurs du sultan de Mysore Tipû Sâhib, dans le    Salon d’Hercule, venus demander de l’aide à Louis XVI contre les prétentions colonialistes anglaises.

Le Roi dîne et soupe à Trianon.

Le 11 août 1788

Louis XVI tire aux Fours-à-Chaux, tue quatre-vingt-et-une pièces. Il va visiter Trianon où il dîne et soupe.

Réception par Louis XVI des ambassadeurs Tipû Sâhib, XIXe siècle
Bruno Crémer est Louis XVI dans L'été de la Révolution de Lazare Iglésis

Le 12 août 1788

Louis XVI dîne à Bellevue et soupe à Trianon.

Le 14 août 1788

Départ à huit heures de Rambouillet après la messe. Il rend visite à Trianon à une heure et à Meudon à trois heures et demi. Premières vêpres. Il soupe à Trianon et la Reine revient après.

Le 25 août 1788

Louis XVI souhaite rappeler Necker aux finances mais celui-ci refuse d’être subordonné au principal ministre Loménie de Brienne. Le Roi est obligé de renvoyé ce dernier, tant la popularité du banquier est importante.

En compensation, Loménie de Brienne obtient le chapeau de cardinal.

Louis XVI par Joseph Boze

Hiver 1788-1789

L’hiver rigoureux qui s’est abattu sur la France, comme sur toute l’Europe, est une véritable calamité: de mémoire d’homme, on n’en a connu de pareil. Le plus grand froid que connaissaient las savants était celui de la nuit du 1er au 14 janvier 1709, où le thermomètre était descendu à 15 degrés 1/4. Dans la nuit du 30 au 31 décembre 1788 cependant, le thermomètre a marqué –18° 3/4 ! Il n’y a pas d’exemple d’un aussi grand froid arrivé à Paris, et certainement, le froid de ce dernier mois aura été le plus fort du 18e siècle. Mais si cet hiver est le plus froid, il est également le plus long : la gelée a commencé le 24 novembre et depuis ce jour, le froid est allé en augmentant jusqu’au 25 décembre, qui a connu un léger dégel. Deux jours après, le froid a repris une nouvelle vigueur. Il est tombé à Paris 9 pouces de neige que la terre, gelée par les premiers jours froids, a conservés. Quant à la Seine, elle est prise par les glaces depuis les derniers jours de novembre. De toutes les provinces du royaume, c’est l’Alsace qui a éprouvé le froid le plus intense. Le 18 décembre, le thermomètre est descendu à –24 degrés 1/4 à Neuf-Brisach, ainsi que l’a observé le Comte de Caire, colonel du corps Royal du Génie. Une lettre d’Avignon nous informe qu’il y gèle depuis le 17 novembre. Jusqu’au 19 décembre, le thermomètre s’est maintenu à –3°. A partir du 19, le froid a augmenté progressivement jusqu’au 31, où il est arrivé à –12°. Le Rhône et la Durance sont pris par les glaces, et on peut les traverser à pied. Cet hiver âpre et prématuré qui, en empêchant une foule d’ouvriers de travailler, augmente la misère des nécessiteux, a également nui à la circulation des subsistances, puisque les cours d’eau ne sont plus susceptibles de navigation et que les moulins situés sur les rivières sont hors de service.

Laurent Laffitte est Louis XVI dans Un Peuple et son Roi (2017) réalisé par Pierre Schoeller

Parallèlement à l’état de cessation des paiements et de banqueroute du royaume, le climat de l’année 1788 est calamiteux : à un été pourri ravageant les récoltes, l’hiver glacial donne des températures de moins 20 °C qui paralysent les moulins, gèlent les fleuves et défoncent les routes. Le blé manque et le peuple a faim.

 

Le 5 décembre 1788

Le Parlement de Paris accepte le doublement du Tiers, défendu par la Reine, mais ne se prononce pas sur la question du vote par ordre ou par tête. Louis XVI se fâche et déclare aux parlementaires :

« c’est avec l’assemblée de la Nation que je concerterai les dispositions propres à consolider, pour toujours, l’ordre public et la prospérité de l’État ».

Image de Marie-Antoinette (2006) de Francis Leclerc et Yves Simonneau

Le 4 avril 1789

Durant le chantier d’aménagement de l’Hôtel des Menus-Plaisirs pour la réunion des États Généraux, Louis XVI se rend sur place à plusieurs reprises. Lors d’une de ces visites, une planche s’est rompue sous le poids de Sa Majesté. Le Monarque s’est tenu fortement à un boulin qui s’est trouvé à côté de lui. Il est même un peu blessé à la poitrine, écorché par les nœuds de la poutre à laquelle il se cramponnait.

Un garçon charpentier s’est hâté de venir à son secours. Il était fort. Il a tiré le Roi sur la planche qui était à côté de celle qui s’était brisée. Louis XVI a gardé le plus grand sang-froid au milieu de ce péril.

Fin mars 1789

L’Ambassadeur Fernan Nunez raconte qu’au cours d’une de ses promenades sur les toits du château, le Roi monte sur une échelle servant à des travaux.

« L’échelle glissa lorsque Sa Majesté se trouvait dessus et, s’il n’y avait pas eu à côté un ouvrier qui eût la présence d’esprit de la tirer en dedans de la balustrade au moment où elle était déjà partiellement engagée au-dehors, la chute que le Roi fit sur le toit aurait infailliblement mis fin à ses jours car il se serait écrasé dans la Cour de Marbre où il aurait été précipité».

Image de L'Affaire du Collier (2001) de Charles Shyer

Soient deux accidents au cours desquels le Roi faillit périr… en quelques jours seulement !

Le jeudi 9 avril 1789

Louis XVI préside la cérémonie du lavement des pieds dans la grande salle des gardes. Après avoir entendu une prédication prononcée par son Grand Aumônier Montmorency-Laval, il s’agenouille pour laver lui même les pieds de treize enfants pauvres, à qui il sert ensuite un repas composé de treize plats. Pour le service des treize plats il est aidé des membres de la Famille Royale. Une cérémonie identique est accomplie par la Reine, qui lave les pieds de treize jeunes filles pauvres.

Lavement des pieds jeudi saint par Louis XVI joué par Laurent Laffite, Un peuple et son roi, par Pierre Schoeller, 2017

Le dimanche de Pâques, le 12 avril 1789

Les Souverains prennent les repas de midi au Grand Couvert.

A la date du 13 avril 1789

Le Roi écrit dans son journal : «mes Pâques à la paroisse, vêpres dans la petite tribune, j’étais enrhumé». Ce qui signifie qu’il est allé à l’Église Notre Dame de Versailles, paroisse du Château pour assister à la messe et y communier. Seule la communion pascale étant de précepte pour les fidèles et devant être reçue dans la paroisse de leur résidence. L’après-midi, il assiste aux vêpres célébrées dans la Chapelle du château depuis un des oratoires vitrés.

Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola
Vue sur la chapelle depuis l'oratoire de madame de Pompadour
L'oratoire de madame de Pompadour
L'oratoire de madame de Pompadour

Pour le mardi de Pâques

Le souverain ne se rend même pas à la chapelle mais assiste à une messe célébrée dans son appartement.

Le 2 mai 1789

Louis XVI reçoit chacun des représentants de la nation au palais, à tour de rôle ils vont passer devant le Roi s’incliner, le saluer sans que celui-ci ne dise un mot puis tourner les talons et sortir. Les députés sortent du palais très refroidis.

Le 4 mai 1789

 On assiste à la procession religieuse du Saint Sacrement à laquelle toute la Cour assiste ainsi que l’ensemble des députés des trois ordres.

Procession des Etats Généraux

L’étiquette est de mise pour une telle manifestation et fait ressortir de façon criante l’inégalité des trois ordres et la scission probable du clergé. En effet d’un côté nous trouvons la noblesse dorée et empanachée avec le haut clergé en robe violette et de l’autre le Tiers Etat en habit sombre et les curés en soutane noire. La procession est fermée par Louis XVI.

Louis XVI

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux

Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.

Ouverture des Etats Généraux

Y sont réunis tous les protagonistes de la Révolution future…

Le discours d’ouverture de Louis XVI, bref et cassant laisse les députés sans réponse sur ce point et surpris tout le monde par son ton. En effet, le Roi précise que les Etats Généraux sont réunis à sa demande et que lui seul sera juge de décider de ce dont ils devront débattre. Barentin (1738-1819), le garde des Sceaux, fait ensuite l’éloge du Roi.

Necker (1732-1804) prononce enfin un très long discours qui fait prendre conscience aux députés de la situation financière désastreuse du royaume. Il fait apparaître que la situation générale en France est beaucoup plus confuse qu’on ne le pensait ; le gouvernement est totalement désorienté. Ce discours de deux heures de Necker, centré sur les questions financières alors que les députés n’ont en tête que la question du vote, est mal accueilli et endort toute l’Assemblée.

Jean-François Balmer est Louis XVI dans Les Années Lumière (1988) de Robert Enrico
Guy Tréjean est Jacques Necker dans L'été de la Révolution de Lazare Iglésis
Jane Seymour en Reine endormie

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le Roi et la Reine se retirent à Marly pour le pleurer. Il est enterré avec un cérémonial réduit à Saint-Denis compte tenu le contexte économique difficile. La Cour doit porter le deuil à Versailles, selon des règles bien précises. Il ne suffit pas de s’habiller de noir. A Versailles, lorsque la Cour prend le deuil du prince Louis-Joseph, décédé à l’âge de sept ans et huit mois dans la nuit du 3 au 4 juin 1789, hommes et femmes durent se conformer à un dress code des plus précis.

« Ce deuil connaîtra plusieurs périodes successives. La première, du 7 juin au 11 juillet inclusivement, les hommes prendront l’habit de drap noir complet avec les boutons, manchettes et effilés (sorte de franges, NDLR) unis, boucles et épées bronzées, chapeaux sans plumes, les femmes prendront pour douze jours la robe de laine, la coiffe en crêpe, les bas, les gants, l’éventail et les pierres noires, les boucles bronzées, le 19 juin elles quitteront la coiffe et conserveront jusqu’au 11 juillet inclusivement le reste de l’étiquette ci-dessus». La seconde période s’étalera du 12 juillet au 15 août inclus, date de la fin du deuil. Cette fois, «les messieurs prendront l’habit de soie noire, manchettes effilés de mousseline brodée, ou entoilages, boucles blanches, épées d’argent, chapeaux à plume», écrit-il. Quant aux dames, elles porteront, du 12 juillet jusqu’au 1er août, «la robe de soie noire et les diamants», puis du 1er au 15 août «les robes noires et blanches sans rubans de couleur».

Le bailli de Virieu, ministre du duc de Parme Ferdinand IV           

Du 14 au 21 juin 1789

Dernier séjour de la famille royale au château de Marly, toute à son deuil. Mesdames Tantes sont présentes.

Le 17 juin 1789

Un député propose le nom d’Assemblée Nationale.

Ce même jour, l’Assemblée Nationale proclame que «les impôts quoique illégalement établis et perçus, continueraient d’être levés de la même manière que devant, jusqu’au jour où l’assemblée se séparerait» mais que «passé lequel jour, l’Assemblée entendait et décrétait que toute levée d’impôt qui n’avait pas été nommément, formellement et librement accordée par l’Assemblée, cesserait entièrement dans les provinces du Royaume.»

Cette déclaration stupéfie le Roi, son entourage et une partie de la noblesse. Une délégation de celle-ci est envoyée au Roi pour lui demander de réagir à une telle déclaration.

« Louis XVI est sonné. Affaibli. Il ne réagit pas immédiatement au décret du 17 juin par lequel le tiers état se constitue en Assemblée nationale. Et ses ministres sont profondément divisés sur la réaction qu’il convient d’apporter. Deux ans avant, Louis XVI était encore un souverain puissant, un roi législateur et un roi de guerre, qui avait damé le pion aux Anglais en venant au secours des insurgés américains. Mais il a horreur de la division et de la discussion, il est jaloux de son pouvoir et accorde difficilement sa confiance. Or à partir de 1787, il n’a plus de ministre auquel il puisse la donner. Les oppositions parlementaires, la banqueroute, les déficits qu’on ne parvient pas à résoudre, la mort de son fils, contribuent à son effondrement psychologique. En 1789, il a 35 ans. Pour la première fois de sa vie, ce prince chrétien élevé dans la tradition du roi de droit divin se rend compte qu’il n’a plus l’approbation de ses sujets. Il voit l’amour de son peuple se briser.»

Emmanuel de Waresquiel dans Télérama à propos de Sept Jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éd. Tallandier

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David

Le 23 juin 1789

Louis XVI reproche à Necker tout d’abord son inaction depuis bientôt deux mois, puis il proclame que «l’ancienne distinction des trois ordres doit être conservée», que les députés élus par chacun des trois ordres doivent former trois chambres séparées ne pouvant délibérer en commun qu’avec l’accord du Roi que «toutes les décisions prises depuis le 17 juin par les députés sont nulles, illégales et inconstitutionnelles».

Le Roi termine la séance par cette dernière phrase «je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain matin chacun dans les chambres affectées à votre ordre pour y reprendre vos séances. J’ordonne en conséquence au grand maître des cérémonies de faire préparer les salles.»

Le Roi et la Reine en deuil devant l'Assemblée dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Louis XVI dit qu’on devait se séparer, lui-même se lève et sort. La noblesse et le clergé sortent, mais au centre de la salle immobile le Tiers demeure dans le silence.

Le grand maître des cérémonies Dreux Brézé s’avance pour faire évacuer la salle. Derrière lui, un piquet de Gardes Françaises et un piquet de Gardes Suisses se sont arrêtés à la porte.

Alors Mirabeau se dresse et lui lance :

« Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes».

 Louis XVI s’indigne :

«N’y a-t-il aucun père parmi eux? »

« C’est un roi nu : son administration lui fait défaut et son armée, soumise depuis deux ans à des réformes drastiques et à des coupes budgétaires, traîne des pieds. Le temps de la Révolution française n’est pas le sien. Louis XVI a l’intelligence de la réforme mais il n’en a pas le tempérament. Lors de la séance du 23 juin 1789 au Jeu de paume, il propose un programme audacieux en matière fiscale et juridique, tout en refusant d’abandonner le principe des ordres et d’une société inégalitaire en droit. Sa tragédie est là. Et puis le 23 juin, déjà, personne n’écoute plus personne. Dans son dernier discours, Louis XVI dit espérer que le peuple n’a pas changé. Mais si. Il a changé.»

Emmanuel de Waresquiel dans Télérama à propos de Sept Jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éd. Tallandier

Jean-François Balmer est Louis XVI dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 27 juin 1789

A Versailles, la nouvelle de l’acceptation par le Roi de la réunion des Trois Ordres en Assemblée nationale amène le peuple fou de joie, à envahir les cours du château où, sur la terrasse de Midi la Reine présente le nouveau Dauphin, Louis-Charles.

Durant l’été 1789

Pauline de Tourzel prend ses repas toute seule dans sa chambre, où elle doit demeurer toute la journée. La vieille dame qu’elle deviendra se rappellera encore avec émotion que le Roi, qui remarque tout, s’aperçoit de la solitude et de l’ennui de la fillette, et qu’il décide, au mépris de l’Etiquette ( qui imposerait que seules les femmes présentées peuvent manger avec la famille royale et que seule une femme mariée peut être présentée ), qu’elle mangera avec la famille royale. Interrogée par ses petits-enfants qui veulent savoir quelle personne de la famille royale elle préférait, Pauline avouera que son plus grand bonheur était quand le Roi la prenait à côté de lui. 

Le 11 juillet 1789

                                            Renvoi de Necker

Le 13 juillet 1789

« J’avais cédé, mon cher frère, à vos sollicitations, aux représentations de quelques sujets fidèles; mais j’ai fait d’utiles réflexions. Résister en ce moment, ce serait s’exposer à perdre la monarchie; c’est nous perdre tous. J’ai rétracté les ordres que j’avais données ; mes troupes quitteront Paris ; j’emploierais des moyens plus doux. Ne me parlez plus d’un coup d’autorité, d’un acte de pouvoir ; je crois plus prudent de temporiser, de céder à l’orage, et de tout attendre du temps, du réveil des gens de bien, et de l’amour des français pour leur roi.
Louis »

Louis XVI au comte d’Artois

Le 14 juillet 1789

Dans le grand cabinet, le cardinal de Montmorency, Grand Aumônier de France, et évêque de Metz, prête serment entre les mains du Roi pour sa nouvelle dignité de cardinal. Le soir, il donne un grand dîner à cette occasion.

A Paris, le peuple prend la Bastille… 

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

« Les émeutiers ne prennent pas la Bastille le 14 juillet parce qu’elle incarnait « l’antre du despotisme ». Ils l’attaquent parce qu’il s’y trouve de la poudre. Et puis ils ne la prennent pas, elle se rend. Ce n’est que dans les jours suivants que la « prise de la Bastille » commence à devenir le symbole absolu de la victoire du peuple. Un « événement total ».

Emmanuel de Waresquiel dans Télérama à propos de Sept Jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éd. Tallandier

Le Roi est alors à la chasse.

Il rentre bredouille et note «Rien» dans son journal…

Réveillé dans la nuit par le duc de la Rochefoucault  qui l’informe de la situation, il interroge :

«C’est une révolte?
_Non, sire! C’est une révolution!»

Le 15 juillet 1789

Necker est rappelé sous la pression populaire.

Xavier Beauvois est  Louis XVI, dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoit Jacquot

Le 17 juillet 1789

Le Roi rend visite à  Jean-Sylvain Bailly (1736-1793) désigné maire de Paris l’avant-veille par l’acclamation d’une assemblée hétéroclite d’électeurs des soixante districts . Craignant de ne pas revenir , Louis XVI a nommé Monsieur lieutenant général du royaume avant de quitter Versailles.

Départ du Roi de Versailles dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot
Louis XVI à l'hôtel-de-ville de Paris. Peinture monumentale de Jean-Paul Laurens (vers 1887)
Jean-Sylvain Bailly (1789) par Jean Laurent Mosnier
Xavier Beauvois est Louis XVI dans Les Adieux à la Reine de Benoît Jacquot (2012)

Réception de Louis XVI à l’Hôtel de Ville de Paris. A son arrivée, Bailly lui a remis une cocarde tricolore, le nouveau signe de ralliement des Français imaginé par La Fayette. Très ému, le Roi le fixe sans mot dire à son chapeau avant de pénétrer dans l’édifice.

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 25 août 1789

Versailles. Venus, comme chaque année, souhaiter une bonne fête au Roi en ce jour de la Saint-Louis, les représentants de la Ville repartent bien mécontents. Marie-Antoinette les a reçus, couverte de bijoux et entourée de Sa Maison. Mais irritée de ce que Bailly, le maire de Paris, ne s’était pas agenouillé devant Elle, Elle lui a répondu dédaigneusement et s’est contentée de balbutier quelques mots peu aimables à La Fayette qui Lui présentait la garde nationale. Puis Elle les a tous congédiés d’un signe de tête, sans dissimuler Sa mauvaise humeur.

La famille royale (portrait de 1825 environ )

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 1er octobre 1789

Fête des gardes du corps du Roi en l’honneur du régiment de Flandres à l’Opéra de Versailles en présence de la famille royale.

Image des Années Lumière (1988) de Robert Enrico

Cette sympathie devenue si rare depuis des mois émeut tant les souverains que le Roi, la Reine et le Dauphin, même, descendent rejoindre les convives. Dans l’euphorie générale, un Garde demande la permission de placer le petit Dauphin sur l’immense table en fer-à-cheval que celui-ci parcourt de bout en bout sans renverser le moindre verre. La famille royale fait le tour de la table, dit un mot aux uns et aux autres, puis rentre dans ses appartements.

L’alcool échauffant le cœur des militaires ceux-ci redoublent d’ardeur envers leur Roi et arrachent leurs cocardes tricolores pour les fouler aux pieds et les remplacer par des cocardes blanches, symboles de la monarchie ( j’ai aussi lu que ces cocardes étaient noires, à la couleur de la Reine…).

L’air «Ô Richard, ô mon Roi, l’univers t’abandonne», tiré d’un opéra de Grétry, est chanté par les soldats. Il devient un signe de ralliement royaliste.

Le peuple croira à une orgie antidémocratique…

Le 5 octobre 1789

Marie-Antoinette est au Petit Trianon et le Roi à la chasse lorsqu’on apprend que des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

Chasse du Roi Louis XVI dans L'évasion de Louis XVI (2009) d'Arnaud Sélignac
Image de Marie-Antoinette (1956) de Guy-André Lefranc

La famille royale se replie dans le château …

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

-J’en aurai une cuisse !         
-J’en aurai des tripes !       vitupèrent-elles …

Et par moquerie elles comparent la famille royale à des boulangers , puisqu’en plus du Roi, c’est du pain qu’elles viennent réclamer :
Allons chercher le boulanger, la boulangère et le petit mitron !

À six heures moins le quart

A la requête de la fraction avancée, Monsieur Mounier (1758-1806), président de l’Assemblée, se rend chez le Roi pour demander une nouvelle sanction. Fendant la foule dont une partie se presse contre les grilles, Mounier emmène avec lui six Parisiennes.

Quand le Roi leur demande la raison de leur émeute, la plus hardie, mais la plus laide, nommée Louison Chabry, lui répond :

Du pain.

Et elle s’évanouit.

Avec empressement, on apporte des sels à la malheureuse que le Roi embrasse. En repartant, les ambassadrices crient bien haut

«Vive le Roi!»

Tout le monde décide d’aller se coucher… Le château s’assoupit pour quelques heures…

Image des Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés du château sont envahis.

Depuis la chambre officielle du Roi, Louis XVI pense la Reine en danger, aussi file-t-il par le passage secret, creusezr dans le dédale du château pour lui, pendant le voyage à Reims en 1775, afin d’éviter de se faire voir de ses courtisans lorsque Marie-Antoinette décidait de ne pas lui ouvrir la porte de Sa chambre ….

Ce passage est donc un corridor biscornu qui s’étend sur près de soixante-dix mètres dans les entrailles invisibles du château…

Le passage secret de Louis XVI
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Départ du passage secret de Louis XVI
Emprise du Passage du Roi sur la Cour du Dauphin
Passage du Roi : la fenêtre à droite donne sur l'Antichambre du Dauphin
Pièce de veille de la femme de chambre
Passage du Roi : vue sur l'Antichambre du Dauphin
Première antichambre du Dauphin, en 1782 celle du comte de Provence
Passage du Roi : la fenêtre éclaire sur la Cour du Dauphin

C’est par ce passage qu’il se rendra chez la Reine qui est déjà dans la sienne.

A droite, l’escalier menant à l’appartement de la Reine,
à gauche l’escalier descendant à l’Appartement du Dauphin
et à l’extrême gauche l’appartement de Madame de Tourzel :

Le Roi prend l’escalier d’entresol pour arriver chez la Reine :

La porte de gauche donne dans l'appartement de Pauline, celle de droite monte à la chambre de la Reine
Escalier montant des entresols chez la Reine
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

 

 

Les émeutiers s’arrêtent à la porte de la chambre de la Reine, quelqu’un leur ayant dit que la Reine n’était plus chez Elle. C’est à ce moment qu’ils se précipitent dans l’autre sens, vers l’appartement du Roi, pour essayer de La «récupérer» à la sortie…

 

Sans cela, Louis XVI aurait été pris au piège !

Derrière la chambre de la Reine : escalier descendant aux entresol

Étant rentré dans la chambre, le Roi n’y trouve que des gardes du corps qui lui disent que la Reine est déjà partie. Un garde, avant de s’effondrer, avait permis aux femmes de la Reine d’entendre le danger dans lequel Elle se trouvait, et en chemise et en jupon, Marie-Antoinbette s’était rendue par le chemin du salon de l’Oeil de Boeuf jusqu’à la chambre officielle du Roi.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop
Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico

La Fayette conduit la famille royale dans la chambre du Roi.

La chambre du Roi

Au moment où la Reine arrive enfin chez Son mari après avoir failli être assassinée, madame de Tourzel amène de toute urgence le petit Dauphin de quatre ans accompagnée du garde de corps attaché à sa personne, monsieur de Sainte-Aulaire. la gouvernante  n’a eu que le temps d’avertir la jeune princesse. Marie-Antoinette ne voyant pas sa fille, repart par des couloirs et escaliers dérobés communiquant entre les appartements du Roi, de la Reine et de leurs enfants.

Découvrant, au passage, les filles de madame de Tourzel cloîtrées dans l’appartement de leur mère, dans un entresol communiquant avec celui de la Reine, Marie-Antoinette les prévient de se rendre aussitôt chez le Roi et y ramène enfin Marie-Thérèse.

A sept heures du matin

Toute la Famille Royale finit enfin par se retrouver dans la chambre de parade du Roi, qui donne sur la cour de marbre envahie par la populace…

Arrive La Fayette _ qu’il a fallu réveillé, ce qui lui vaudra le surnom de Général Morphée…_ qui conseille au Roi de se présenter au balcon.

Tous, la Reine la première, craignent que l’exposition du Roi le mette en péril.

Image des Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Sans hésiter, alors que quelques balles viennent encore de frapper, Louis XVI fait ouvrir les fenêtres et se montre. Il est acclamé mais perçoit des cris :

« A Paris! A Paris ! »

Jean-François Balmer est Louis XVI dans Les Années Lumières (1989) de Robert Enrico

Soudain une clameur s’écrit : «La Reine au balcon!»
La rumeur de Sa fuite envahit la populace…
Marie-Antoinette prend le Dauphin dans Ses bras et Sa fille par la main, et majestueuse , Elle s’avance devant l’adversité …

La foule clame alors : « PAS D’ENFANT !»
                                              Elle repousse alors Ses enfants, o
n La tire vers l’intérieur, La Fayette, qu’Elle n’aime guère _ et c’est réciproque_ ose La questionner :

«- Quelle est l’intention de Votre Majesté?  
– Je sais le sort qui m’attend, mais mon devoir est de mourir au pied du Roi, et dans les bras de mes enfants. 
-Eh bien, Madame, venez avec moi.
-Dussé-je aller au supplice, j’y vais.»

Elle voit se braquer les fusils. Imperturbable,
Elle plonge en une révérence dont Elle a le secret…

Tous les membres de la famille royale La rejoignent sur le bacon pour se faire observer de cette foule dont Elle a su regagner le coeur par Sa grâce naturelle.

La famille royale et La Fayette au balcon de la chambre du Roi à Versailles, le 6 octobre 1789 (film Marie-Antoinette par Jean Delannoy, 1956)

Louis XVI se montre au peuple, l’apaise de la main et d’une voix ferme :

« Mes amis, j’irai à Paris avec ma femme et mes enfants: c’est à l’amour de mes bons et fidèles sujets que je confie ce que j’ai de plus précieux.»

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet

                            La famille royale est ramenée de force à Paris.

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.                          

Le 7 octobre 1789

On s’installe les premiers jours sans commodités, ni confort, dans un environnement vieilli, démodé ou succinct. Puis on s’organise peu à peu ; très vite du mobilier, des objets décoratifs et des tapisseries arrivent de Versailles.

Les membres du Parlement, du moins ceux qui sont disponibles, viennent faire leurs compliments au Roi et à la Reine.

« Il semblait que, dans l’espace de dix jours, dix années se fussent écoulées sur leurs têtes. La physionomie du Roi était empreinte d’un caractère de résignation, il comprenait que ses maux n’étaient pas arrivés à leur terme. La douleur de la Reine avait quelque chose de plus ferme et qui laissait percer l’indignation. Elle tenait son fils sur ses genoux, et, malgré le courage dont elle avait donné depuis quarante-huit heures tant d’héroïques preuves, on ne pouvait s’empêcher de croire que ce fils était une sauvegarde dont elle acceptait la protection. Lorsqu’elle nous reçut, il fut facile de lire dans ses yeux qu’elle voyait dans les nôtres à quel point les tristes félicitations que nous apportions étaient en contradiction avec les sentiments de nos cœurs, combien il nous en coûtait d’avoir à prononcer ces phrases banales, consacrées par l’usage en des temps de bonheur, et de ne pouvoir en articuler d’autres. »

Le chancelier duc d’Audiffret-Pasquier       

Quand le Roi et la famille royale sortent de la messe, les gardes du corps font la haie : sans armes, sans chapeaux et les habits déchirés de la veille.

Le 8 octobre 1789

Les députés Fréteau et Mirabeau proposent  d’instaurer le titre de Roi des Français à la place de celui de Roi de France.

« Les chambres du Roi et du Dauphin sont voisines : Louis XVI fait pratiquer un oculus qui lui permet, sans sortir de sa chambre de surveiller le sommeil de son fils. A côté du lit de Louis-Charles se dresse celui de la gouvernante. Les deux lits sont recouverts de damas vert, celui du Dauphin est rehaussé de franges. A côté, un cabinet sert à la fois de salle d’études et de salle de jeux à l’enfant.»

Jacques Bernot, Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI (2022) 

Après son installation à Paris, au château des Tuileries, Louis XVI tente de conserver ses valets de chien et de maintenir leurs charges dans l’espoir de constituer un vivier pour une future structure dédiée à la chasse.

Le 10 octobre 1789

L’Assemblée adopte cette nouvelle titulature.

Le 19 octobre 1789

A regret, la Reine renonce à un projet de fuite que Lui proposait Son secrétaire des commandements, Augeard, marquis de Buzancy (1732-1805). Déguisée en gouvernante, Elle devait gagner l’Autriche avec Ses deux enfants pour demander asile à Son frère.

Mais le plan prévoyant que Louis XVI ne serait pas averti de Sa fuite, la Reine ne put y consentir.

« Mon devoir, a-t-Elle tristement déclaré à Augeard, est de mourir aux pieds du Roi.»

Louis XVI par Charles-Gabriel Lemmonier
Esquisse préparatoire pour le tableau Hommage à Louis XVI par Louis XVI par Charles-Gabriel Lemmonier
Le château des Tuileries vers 1757 par Nicolas Jean-Baptiste Raguenet, musée Carnavalet, Paris

C’est souvent un petit bourgeois, et moins encore, qui occupe près du Roi les fonctions de capitaine des gardes :

Service de la garde nationale au château des Tuileries auprès de la Famille Royale

Le Roi est toujours suivi, lorsqu’il sort, même pour aller à la Chapelle, d’un chef de division de la garde nationale. La Reine et M. le Dauphin sont suivis aussi, chacun, par un commandant de bataillon ; Madame Royale et Madame Elisabeth par des capitaines. Devant les portes des chambres du Roi et de la Reine, les gardes nationaux, qui veillent la nuit comme le jour, mettent des matelas pour y passer la nuit.

Service au château des Tuileries

Chaque bataillon de la garde nationale de Paris monte la garde aux Tuileries pendant vingt-quatre heures.
Chaque commandant de service, auprès du Roi, de la Reine et du Dauphin, vient prendre l’ordre en arrivant, dans le cas où ils voudraient sortir. Les capitaines en font de même auprès des autres membres de la Famille Royale.

Le 5 novembre 1789

Toute la noblesse, restée à Paris, se fait un devoir de se présenter assidûment chez le Roi. il y a donc une forte affluence, dans les semaines qui suivent l’installation du Roi, aux Tuileries.

Les jeunes nobles ne portent pas la cocarde tricolore, alors que Louis XVI la porte.
Les femmes portes d’énormes bouquets de lys à leur côté et sur la tête, et dans des nœuds de rubans blancs.

Le 10 décembre 1789

Le Roi se rend à pied, incognito, à l’église Sainte-Geneviève (l’actuel Panthéon) sans que personne le reconnaisse, et il s’arrête acheter des jouets pour son fils sur le Pont-Neuf, comme un simple particulier.

1790

La présence du Roi et de la Reine à Paris, et leur grande bonté produisent un excellent effet sur le peuple, et font perdre du terrain au parti du duc d’Orléans.

Début 1790

Le marquis de La Fayette souhaite voir le comte d’Esterházy qui vient de s’installer à Paris en ce début d’année 1790. Ce dernier y consent après avoir obtenu l’agrément du Roi et de la Reine. L’entrevue a lieu chez madame du Châtelet. Le marquis de La Fayette cherche à justifier sa conduite et assure le comte d’Esterházy de son attachement à Louis XVI et à Marie Antoinette. il l’assure également de son désir de voir l’ordre établi. A la fin de l’entretien, le marquis de La Fayette donne rendez-vous au lendemain au comte d’Esterházy. A l’issu de l’entretien, le jour même, le comte d’Esterházy se rend au château des Tuileries et rend compte à Louis XVI qui l’approuve et lui ordonne de retourner le lendemain au nouveau rendez-vous.

Le lendemain, le comte d’Esterházy se rend au rendez-vous où le marquis de La Fayette présente un document dans lequel figure plusieurs dispositions pour le partage de l’autorité entre le Roi et la nation. Le marquis de La Fayette désire que le Roi en soit informé et y met son consentement. Le comte d’Esterházy remet au Roi le document. Le Roi le trouve trop vague ; il veut un document plus précis.

Deux jours plus tard, après avoir connu la volonté du Roi, le marquis de La Fayette veut avoir une conversation avec Marie-Antoinette ; il sera averti par un billet du comte d’Esterházy de son acceptation. Louis XVI assiste à l’échange, mais ne veut pas signer son approbation au bas du document. Néanmoins, il s’engage aux rappels que l’Assemblée nationale, par ses décrets, confirmerait les propositions que fait le marquis de La Fayette, mais non auparavant.

Depuis le 5 octobre 1789, date de sa dernière chasse, Louis XVI ne chasse plus ; mais pour sa santé, il monte souvent à cheval et fait une course de quatre à cinq lieues sur deux chevaux dans les environs de Saint-Cloud. Il va fort vite, et des chefs de division qui font près de lui le service des compagnies des gardes nationaux, il n’y en a qu’un capable de le suivre. Il est convenu entre eux que c’est lui qui fera toutes les courses à cheval. Il y a, de plus, un ancien garde du corps qui commande un régiment de cavalerie, et qu’on a placé près de Louis XVI pour le suivre à cheval. Le troisième est un aide de camp du marquis de La Fayette. Louis XVI est suivi ordinairement du duc de Brissac, du marquis de Tourzel et du comte d’Esterházy.

Le 4 février 1790

Louis XVI chasse le cerf à Gambapail.

 

Mardi 9 février 1790

Le Roi, la Reine et le Dauphin sont venus à la cathédrale, sans gardes et sans aucune suite. Ils sont descendus de voiture à la porte de l’église. Louis XVI et Marie Antoinette tiennent la main de M. le Dauphin. Le peuple, attendri et plein de joie, répète mille fois : « Vive le Roi, vive la Reine, vive M. le Dauphin. » Louis XVI contemple son peuple, et des larmes se sont échappées. Le peuple crie une seconde fois : « vive la Reine ». Alors  le Dauphin se met à claquer des mains. Le Roi et la Reine entendent ensuite la messe à l’autel de la vierge. Après la messe, le Roi, la Reine et le Dauphin se sont rendus aux Enfants Trouvés ; ils se sont ensuite retirés, à douze heures, accompagnés de Monsieur Bailly et du marquis de La Fayette.

 

Le 10 février 1790

Le couple royal assiste sans tambour ni trompette à une messe basse à Notre-Dame puis, en sortant de la cathédrale, juste à côté du parvis, rend visite à l’hôpital des Enfants-Trouvés. Le caractère officiel d’une telle démarche fait aussitôt l’objet d’une illustration anonyme dans le Journal des Révolutions, aujourd’hui au misée Carnavalet : on y voit le Roi, la Reine et le Dauphin déambuler au milieu des deux longues rangées de berceaux occupés par les nombreux bébés abandonnés.

Armoire à montre de Louis XVI aux Tuileries par Riesener. Le fronton a été refait
Louis XVI et Marie-Antoinette visitant l'hôpital des Enfants-Trouvés

En 1776, l’hôpital s’est vu confier 6419 enfants abandonnés en une seule année !

Le 19 février 1790

 Reconnu coupable d’avoir projeté de faire évader le Roi Louis XVI et sa famille du palais des Tuileries, Thomas de Mahy, marquis de Favras, est pendu en place de Grève, à Paris.

Il meurt courageusement, sans avoir impliqué quiconque.

Le 20 février 1790

La mort à Vienne de Joseph II constitue une perte affective et politique pour Marie-Antoinette.

Avènement de son frère Léopold II.

Le 8 avril 1790

Marie-Thérèse de France « Madame Royale », qui vient d’atteindre ses douze ans, fait sa première communion à l’église de Saint Germain l’Auxerrois.

« Il est d’usage que les filles de France reçoivent une parure de diamants le jour de leur première communion ; Louis XVI, qui a résolu d’abolir cet usage dispendieux, en avertit Madame Royale par ce peu de mots :

« Je vous sais trop raisonnable, ma fille, pour croire qu’au moment où vous devez être entièrement occupé du soin d’orner votre cœur et d’en faire un sanctuaire digne de la Divinité, vous attachiez un grand prix à des parures artificielles. D‘ailleurs, mon enfant, la misère publique est extrême, les pauvres abondent et assurément vous aimez mieux vous passer de pierreries que savoir qu’ils se passent de pain ».

Pauline de Béarn-Tourzel, Souvenirs de quarante ans (1789-1830)       

Le 17 mai 1790

Au matin, Louis XVI va se promener à Marly. Il n’est accompagné que de cinq seigneurs de la Cour et de quelques officiers supérieurs de la Garde Nationale.

Été 1790

La famille royale est autorisée à séjourner à Saint-Cloud.

Le château de Saint-Cloud
Louis XVI par Jean Laurent Mosnier  (1790)

Le 11 juin 1790

La Cour s’installe au château de Saint-Cloud, chacun occupe son logement ordinaire: les Enfants de France et la marquise de Tourzel, Gouvernante des Enfants de France, au rez de chaussée du corps central donnant sur le jardin de l’orangerie; Madame Elisabeth, au rez de chaussée donnant sur le jardin, à proximité du vestibule; Louis XVI, au premier étage, donnant sur le bassin du fer à cheval; et Marie Antoinette, au premier étage, donnant sur la cour d’honneur.

Le marquis de La Fayette dispose aussi d’un logement, mais ne l’occupe pas et retourne coucher chaque soir à Paris.

Des bruits courent selon lesquels Elle projette de s’évader…

Durant le séjour de Saint-Cloud

Louis XVI, Marie Antoinette et les Enfants de France vont régulièrement chercher des fraises dans les bois, et ne rentrent qu’à huit ou neuf heures du soir. De son côté, pour ce séjour à Saint-Cloud, Louis XVI obtient de sortir sans garde et d’être seulement accompagné d’un aide de camps de Monsieur de La Fayette.

Louis XVI décide de ne plus souper seul avec sa famille. Il y aura donc chaque jour une table de vingt à vingt-six couverts. Ces soupers ont lieu dans la salle du grand couvert, et en public. Mesdames et quelques courtisans sont scandalisés.

Le dimanche 20 juin 1790

La Cour quitte le château de Saint-Cloud pour les Tuileries.

De dix heures à midi

Louis XVI passe en revue mille cinq cents hommes de la Garde Nationale des première, troisième et cinquième divisions.

Le 3 juillet 1790

Dans les jardins du château de Saint-Cloud, Marie-Antoinette rencontre le marquis de Mirabeau qui Lui expose son plan pour sauver la monarchie.

Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico
Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 12 juillet 1790

Constitution civile du clergé

Préparatifs de la fête de la Fédération dans Les Années Lumière de Robert Enrico

Le 13 juillet 1790

Les «fédérés», venus de tous les coins de France, sont invités à se rendre aux Tuileries :

« On les f(ait) défiler devant (le roi) et la famille royale au pied du grand escalier des Tuileries. Le roi demand(e) le nom de chaque députation et parl(e) à chacun de ses membres avec une bonté qui redoubl(e) encore leur attachement. La reine leur présent(e) ses enfants et leur dit quelques mots avec cette grâce qui ajout(e) un nouveau prix à tout ce qu’elle d(it). Transportés de joie, ils entr(ent) dans les Tuileries aux cris de « Vive le roi ! »»

Madame de Tourzel 

Le 14 juillet 1790

Le Roi prête serment de fidélité aux lois nouvelles :

«Moi, roi des Français, je jure d’employer le pouvoir qui m’est délégué par la loi constitutionnelle de l’État, à maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois».

La Reine, se levant et montrant le Dauphin :

«Voilà mon fils, il s’unit, ainsi que moi, aux mêmes sentiments».

 

Du 5 au 11 août 1790

Louis XVI a un abcès à la joue. Il s’est formé à la gencive. On lui fait prendre du petit lait. L’Assemblée nationale se fait envoyer régulièrement, de Saint-Cloud, des bulletins de santé rédigés par les médecins du Roi. Chaque compte rendu est lu, en début de séance, par l’un des secrétaires de l’Assemblée nationale.                                                                                   
Pendant l’indisposition du Roi, Marie Antoinette reçoit et accueille tous ceux qui se présentent pour s’informer de la santé de Son époux.

 

Le 31 août 1790

Bouillé réprime une révolte de la garnison contre les officiers à Nancy.

Le Roi songe à quitter la capitale considérant qu’on l’a contraint à sanctionner le décret de la Constitution civile du clergé.

 

Septembre 1790

La Cour est fort mécontente des décrets, de l’Assemblée nationale, sur la chasse, de la nécessité où le Roi s’est trouvé de supprimer sa Vénerie. Marie-Antoinette a pris Son époux par son seul endroit sensible, en le persuadant qu’on voulait le priver du plaisir de la chasse. Louis XVI a eu l’humeur, et l’a même laissé entrevoir à la députation de l’Assemblée nationale, en lui disant qu’il n’avait pas le cœur content.

On assure que les braconniers répandus dans le parc de Versailles sont une ruse de la Reine, qui a fait courir le bruit qu’on pouvait chasser librement sur les plaisirs du Roi.

Le 4 septembre 1790

Démission de Necker

Le 18 septembre 1790

Le Roi et la Reine font leur apparition à l’Opéra. On y représente Psyché de Pierre Gardel.

Le 23 octobre 1790

La Reine est offensée à l’Opéra.

Courant novembre jusqu’au 8 décembre 1790

Séjour de la famille royale au château de Saint-Cloud.

Le château de Saint-Cloud (reconstitution virtuelle)

En novembre 1790

Louis XVI monte à cheval. Il est allé dernièrement visiter le château de Vincennes, qu’on parle de réparer pour en faire une prison d’état, et y transférer une multitude d’accusés de crime de lèse-nation dont regorge le Châtelet.

Le 26 décembre 1790

Le Roi sanctionne le décret sur la Constitution civile du clergé.

Louis XVI, pastel d’Olivier Jarraud

Le 1er janvier 1791

Louis XVI et Marie-Antoinette reçoivent les hommages de la Famille Royale, de la Cour, de la municipalité de Paris et de la garde nationale de Paris. La députation de la municipalité, accompagnée de celle de la garde nationale, est conduite chez le Roi et chez la Reine par les officiers des Cérémonies.

Vers midi, le Roi, accompagné de Monsieur, et précédé des chevaliers, commandeurs et officiers de l’Ordre du Saint-Esprit, marchant processionnellement, et portant, ainsi que Louis XVI, l’habit de l’Ordre, se rend à la Chapelle du château des Tuileries, où il entend la grand’messe chantée par sa Musique, et célébrée par Mgr de Roquelaure, évêque de Senlis et premier aumônier du Roi. La Reine et la Famille Royale y assistent dans la tribune. Madame Stanislas de Clermont-Tonnerre a fait la quête.

Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

C’est la dernière fois que les chevaliers du Saint-Esprit s’assemblent, et que Louis XVI revêt le costume et le collier de l’Ordre.

Louis XVI par Roslin

Louis XVI et Marie Antoinette soupent au Grand Couvert. M. Pétion de Villeneuve, maire de Paris, refuse de faire le compliment du nouvel an à Marie-Antoinette.

Le duc d’Orléans ne paraît pas à la procession de l’Ordre du Saint-Esprit ; il y envoie ses deux fils le duc de Chartres et le duc de Montpensier. On remarque qu’eux seuls, avec le comte d’Estaing, portent la cocarde tricolore au lieu de la cocarde verte de l’Ordre du Saint-Esprit.
A l’occasion du nouvel an, l’usage est de donner l’aubade sous les fenêtres du Roi.  La Musique du Roi se rend au château des Tuileries, et interprète plusieurs reprises, en allusion à la liquidation des dettes de l’Etat décidée par l’Assemblée nationale, l’air de l’opéra-comique « des dettes ».
Louis XVI dispose, à cette date, dans sa caisse de 280 926 livres, et reçoit 12 000 livres.

Des vainqueurs de la Bastille viennent présenter, pour étrennes, à Monsieur le Dauphin, un domino fait de pierre et de marbre de cette prison d’Etat.

Sur le couvercle sont gravés des vers :

« Des pierres et des murailles, qui renfermaient d’innocentes victimes de pouvoir arbitraire, ont été transformés en jouet pour être offert, Monseigneur, comme un hommage de l’amour du peuple et pour vous apprendre qu’elle est sa puissance. »

Une ordonnance du Roi, du 1er janvier 1791, abolit les noms d’ancien régime des régiments. L’Assemblée nationale modifie l’Ordre Royal et Militaire du Saint-Louis.

Projet d’évasion de la famille royale (plan de Fersen, Bouillé et Breteuil) …

Le 19 janvier 1791

Louis XVI accorde aux auteurs dramatiques un monopole d’exploitation sur la représentation de leurs œuvres. Les droits d’auteur sont octroyés pour la durée de la vie de l’auteur, et perdurent cinq ans après sa mort au profit de ses ayants droit. L’initiative d’une société des auteurs dramatiques appartient à Beaumarchais en 1777. Grâce à la lutte qu’il entreprend par la suite, une loi est ratifiée par Louis XVI le 19 janvier 1791 et reconnaît pour la première fois le droit d’auteur et sa protection. Un premier « Bureau de législation dramatique » est alors formé par vingt-deux auteurs en 1791.

Le 20 février 1791

Départ de Mesdames Adélaïde et Victoire qui partent pour Rome.

Mesdames Adélaïde et Victoire de France

Dimanche 6 mars 1791

Louis XVI prend de l’émétique. Il assiste à la messe dans son lit. Il se lève et s’habille après jusqu’à l’ordre.

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Le marquis de Noailles, ambassadeur à la Cour d’Autriche, prend congés du Roi pour retourner à Vienne. 

Le Roi informe par lettre l’Assemblée nationale du départ de ses tantes :

« Ayant appris que l’Assemblée nationale a donné à examiner au Comité de Constitution une question qui s’est élevée à l’occasion du départ de mes Tantes, je crois à propos d’informer l’Assemblée que j’ai appris ce matin qu’elles étaient parties hier au soir à dix heures. Comme je suis persuadé qu’elles ne pouvaient être privées de la liberté qui appartient à chacun d’aller où il veut, j’ai cru ne devoir ni ne pouvoir mettre aucun obstacle à leur départ, quoique je ne vois qu’avec regret leur séparation d’avec moi

Le Roi doit intervenir pour qu’elles soient autorisées à quitter le territoire français.

En mars 1791

Louis XVI ne pouvant plus prendre assez d’exercice, tombe malade ; et des fenêtres des Tuileries, quand il aperçoit de simples artisans, de pauvres ouvriers se promenant dans le jardin avec leurs femmes et leurs enfants, il se prend à les envier.

Le 10 mars 1791

Bulletin de santé du Roi à huit heures du matin Il est lu en début de séance de l’Assemblée nationale.


La fièvre a eu le même cours hier, mais elle a été moins vive : la rémission a été entre trois et quatre heures, et le redoublement a commencé à sept heures. Tous les symptômes de la gorge ont été moindres ; cependant il a paru dans plusieurs crachats. Ce sang, au reste, vient manifestement de la gorge, et nullement de la poitrine qui s’est maintenue assez libre. La bile a coulé avec plus de facilité, les urines sont toujours rares et foncées. La nuit a été tranquille. Ce matin, la fièvre est modérée.

Signé par Le Monnier, La Servolle, Vicq d’azyr, Andouillé et Lousteneau

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Louis XVI prend pour la seconde fois de l’émétique, et se lève l’après-midi.

Dimanche 13 mars 1791

Bulletin de santé du Roi lu à l’ouverture de la séance de l’Assemblée nationale :

« Deux heures de sommeil et une bonne matinée ont réparé hier le défaut de la nuit ; l’enrouement a continué avec quelques quintes de toux gutturale ; la bile a coulé ; les urines ont été plus abondantes et plus claires ; la nuit a été bonne, à quelques moments de toux près, qui n’ont point interrompu le sommeil. Les urines de la nuit et du matin sont dans l’état naturel.»

Signé par Le, La Servolle, Vicq d’Azyr, Andouillé et Lousteneau

Les médecins annoncent la convalescence du Roi.  Louis XVI se lève après la messe. Pour éviter de prêter serment, l’abbé Lenfant, confesseur du Roi, refuse de prêcher à la Cour.

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Le Pape Pie VI, dans une lettre datée de ce jour, écrite au Clergé de France, condamne la constitution civile du Clergé ; mais ayant appris que plusieurs curés avaient été consacrés « évêque », sans la permission ordinaire et sans son agrément ; et ces nouveaux évêques en avaient consacrés d’autres ; il suspend de leurs fonctions épiscopales les évêques consécrateurs, et déclare nulles les élections des nouveaux évêques.

Mercredi 16 mars 1791

Bulletin de santé du Roi lu à l’ouverture de la séance de l’Assemblée nationale : 

« L’état du Roi est toujours satisfaisant. L’enrouement subsiste encore. Le petit lait que le Roi prend depuis quelques jours, entretient le ventre libre. Le Roi sera purgé incessamment.»

Signé par Le Monnier, La Servolle, Vicq d’azyr, Andouillé et Lousteneau

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Louis XVI se lève et s’habille. Il se promène, le matin, dans ses appartements.

Le 17 mars 1791

Louis XVI prend médecine.

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Sur l’invitation du corps municipal, les façades des maisons sont illuminées du fait du rétablissement de la santé du Roi.

Après le départ de l’abbé Madier, le 19 février 1791, avec Mesdames, qui la confessait depuis l’âge de neuf ans, Madame Elisabeth a choisi l’abbé Edgeworth de Firmont. Leur première rencontre pour une confession a lieu ce jour.

Dimanche 20 mars 1791

La santé du Roi est entièrement rétablie. Louis XVI paraît en public, et entend la messe dans la chapelle des Tuileries. Les habitants de Paris donnent des témoignages de leur joie à cette occasion. Les médecins conseillent au Roi d’aller, pendant sa convalescence, prendre l’air à la campagne. Depuis plus de six mois, il ne fait d’autre exercice que d’aller le long de la terrasse de la rivière voir son fils.
On fait chanter un Te deum dans l’église épiscopale et métropolitaine, en action de grâces du prompt rétablissement de la santé du Roi. Cette cérémonie a lieu au bruit d’une nombreuse artillerie. Lorsque l’on entonne la prière ordinaire pour le Roi, les cris de « vive le Roi » retentissent. C’est un prêtre jureur qui officie. Elle est suivie d’une illumination générale.

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Louis XVI tient Conseil, après la messe.

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Marie-Antoinette écrit une lettre, datée de ce jour, à l’encre sympathique, au comte d’Artois.

Le 23 mars 1791

Louis XVI prend médecine et entend la messe chez lui.

En avril 1791

Louis XVI a 4 080 livres de dépenses dont 600 livres d’aumônes, en 1791 il a à sa charge tout son service d’ordre et sa domesticité :  tout est payé sur la cassette.

Le 2 avril 1791

Mort de Mirabeau ( né le 9 mars 1749) ; il est inhumé au Panthéon.

On ne découvre que plus tard qu’il avait entretenu des liens avec le Roi et la Reine. Il sera alors dépanthéonisé…

Le 15 avril 1791
 
Louis XVI, en acceptant la constitution civile, croit que les révolutionnaires le laisseront tranquille. Sa conscience privée ne doit plus être libre ; il faudrait qu’il pratique le culte constitutionnel. Il faudrait qu’il reçoive la communion d’un prêtre assermenté. Louis XVI est fermement résolu à ne pas capituler sur ce point, mais l’approche du temps pascal inquiète sa conscience. Il craint les censures de l’Eglise s’il participait aux actes schismatiques. Pour savoir ce qu’il doit faire pour Pâques et s’éclairer, Louis XVI écrit à Mgr de Bonal, évêque de Clermont :
« Je viens, Monsieur l’Evêque, m’adresser à vous avec confiance, comme à une des personnes du clergé qui a montré constamment le zèle le plus éclairé pour la religion. C’est pour mes pâques que je viens vous consulter : puis-je les faire, et dois-je les faire dans la quinzaine ? Vous connaissez le malheureux cas où je me trouve par l’acceptation des décrets sur le clergé ; j’ai toujours regardé leur acceptation comme un acte forcée, n’ayant jamais hésité, pour ce qui me regarde, à rester toujours uni aux pasteurs catholiques, et étant fermement résolu, si je venais à recouvrer ma puissance, à rétablir le culte catholique. Un prêtre que j’ai vu pense que mes sentiments peuvent suffire et que je peux faires mes Pâques, mais vous êtes plus à la portée de voir ce qu’en pense l’Eglise en général et les circonstances où nous nous trouvons, si d’une part cela ne scandaliserait pas les uns, et de l’autre je vois les novateurs (raison, à la vérité, qui ne peut pas compter dans la balance) parler déjà presque avec menace. Je vous prie de voir sur cela les évêques que vous jugerez à propos et de la discrétion desquels vous serez sûr. Je désire aussi que vous me répondiez avant midi et me renvoyer ma lettre.
Louis »

Le 18 avril 1791

La famille royale est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud.

Départ de Louis XVI pour Saint-Cloud par Joseph Navlet
Louis XVI par Wertmüller

Le 26 mai 1791

L’Etat alloue au Roi et sa famille une liste civile de vingt-cinq millions de francs chaque année.En cas de veuvage, la Reine recevra un douaire de quatre millions. Le décret fixe définitivement la Liste Civile, pendant le règne actuel, à la somme de 25 millions, laquelle somme sera payée par le Trésor, en douze paiements égaux, de mois en mois, pour la dépense du Roi et de sa Maison, y compris sa Maison Militaire. Louis XVI demande et obtient que sa Liste Civile soit payé chaque mois, à jour fixe, moitié en numéraire et moitié en assignats. Le douaire de la Reine est fixé à quatre millions, qui lui seront, le cas échéant, payés en France, en douze paiements égaux.

Les propriétés, dont la jouissance est réservée au Roi, sont les Tuileries et le Louvre, ainsi que les Maisons, bâtiments, emplacements, terres, prés, corps de fermes, bois et forêts composant les grands et petits parcs de Versailles, de Marly, Meudon, Saint-Germain, Saint-Cloud, Rambouillet, Compiègne, Fontainebleau, les bâtiments et fonds de terre dépendant de la manufacture de porcelaines de Sèvres, de la manufacture de la Savonnerie et celle des Gobelins. Sera aussi réservé, au Roi, le château de Pau, avec son parc, comme hommage rendu par la nation à la mémoire d’Henri IV. Le Roi acquittera les contributions publiques et les charges de toute nature auxquelles ces propriétés seront assujetties. Il fera aussi toute espèce de réparation des bâtiments, et supportera seul tous les frais de culture, d’aménagement, d’entretien, de replantation dans les formes déterminées par les Lois.

Les projets d’évasion se concrétisent grâce, en particulier, à l’entremise d’Axel de Fersen

Michèle Morgan et Richard Todd dans le film de Jean Delannoy ( 1956)

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

Départ de Monsieur et Madame ( le comte et la comtesse de Provence) qui prennent la route de Gand.

Le 21 juin 1791

 Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.

Les Provence passent la frontière.

L'attente chez Sauce vue par Jean Kemm dans l'Enfant-Roi (1923)
Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte. Pendant le voyage du retour, Marie-Antoinette convertit à Sa cause Barnave (1761-1793), l’un des députés venus escorter et protéger la famille royale de la foule hurlante …

La Reine, le Dauphin, Barnave et le Roi puis Madame Elisabeth, Pétion, madame de Tourzel et Marie-Thérèse dans la berline du retour de Varennes
par Benjamin Warlop

Le Roi est suspendu.

Le 17 juillet 1791

Fusillade du Champ-de-Mars, rebaptisé Champ-de-la-Fédération.

La fusillade du Champ-de-Mars

Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

Louis XVI, roi de France en roi citoyen (1791), par Jean-Baptiste-François Carteaux (1751 - 1813)

« Sur proposition de M. de La Fayette, on décréta la mise en liberté de toutes les personnes détenues à l’occasion du voyage du roi (…) on accorda une amnistie à ceux qui avaient contribué au voyage de Varennes (…)
Le décret de l’amnistie m’ayant rendu la liberté, je repris mes fonctions auprès de Mgr le Dauphin et de Madame et je les suivis le lendemain à l’Assemblée. Nous allâmes dans une loge préparée pour la reine (…) Le roi prononça, debout et découvert, le serment prescrit par l’Assemblée».

Madame de Tourzel

Le 20 septembre 1791

En fin d’après-midi, Louis XVI et Marie Antoinette, le Dauphin et Madame Elisabeth se rendent à l’Opéra, pour assister à la représentation de « Psyché » au théâtre de l’Académie royale de Musique. Ils sont accompagnés de la Famille Royale. Les acclamations sont unanimes et multiples.

Le 26 septembre 1791

La famille royale paraît à la Comédie-Italienne. Partout Marie-Antoinette se montre gracieuse et affable ; mais l’humeur n’y est plus et madame de Staël, voyant bien souvent la pâleur de Son visage, ne peut s’empêcher de noter «Elle s’effor(ce) d’être aimable. Mais on s’aperçoit une profonde tristesse à travers son obligeant sourire.»

Le 1er octobre 1791

Première séance de l’Assemblée législative.

Le 31 octobre 1791

Décret contre les émigrés, invités à revenir en France sous peine de confiscation de leurs biens.

Mercredi 8 novembre 1791

Louis XVI se promène à cheval, et il est insulté par une femme qui lui dit qu’il ferait mieux de donner du pain et de la tranquillité à son peuple en sévissant contre des citoyens malveillants, que de se promener. Un jeune homme veut ôter son chapeau pour le saluer, ses voisins le forcent à le remettre.

Le 9 novembre 1791

Le comte de Provence est sommé de rentrer en France.

Le 11 novembre 1791

Le Roi oppose son veto aux décrets des 31 octobre et 9 novembre.

Le 14 novembre 1791

Pétion est élu maire de Paris.

Le 29 novembre 1791

Décret faisant des prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé des «suspects».

Louis XVI en 1791 par Jean-Urbain Guérin
François Dyrek est Louis XVI dans la série de Guy-André Lefranc (1976)

Le 19 décembre 1791

Le Roi oppose son veto au décret sur les prêtres insermentés.

L’inventaire de la garde-robe de Louis XVI en 1792 renseigne sur son allure d’alors ; le Roi porte habituellement un habit tout simple en drap brun ou gris avec des culottes en croisé de coton bleu en été, gris en hiver ce qui équivaut à la toile de jeans qui est apparue à cette époque, des souliers de chevreau, le cuir le plus ordinaire à l’époque, avec des «boucles en or, mais très simples. Ces tenues sont portées jusqu’à l’usure complète.»

« Un jour que parcourais d’œil de curiosité la garde-robe de Louis XVI, je remarquai une paire souliers qui commençaient à s’user, et je me demandai si le Roi en faisait encore usage.
_ Oui, vraiment, me répondit le valet de garde-robe, quand le Roi a des souliers qui vont à son pied, il n’entend pas qu’on les réforme tant que la semelle ne se perce pas, et il se moque de nos petits maîtres à qui il en faut deux paires par jour
_… J’étais présente lorsqu’un jour la Reine lui dit:
_ Vous portez là , Monsieur, un habit qui me paraît bien passé.
_ Le Roi regarde une glace et répond:_ Il faudra pourtant, Madame qu’il me fasse mon été.»

Madame de Pont, l’Abbé, fille de Thierry, le premier valet de chambre du Roi

La loi du 20 janvier 1792, qui déclare, aux termes de l’article II du Titre III de la constitution :

« que faute d’être rentré dans le Royaume, sur la réquisition du corps législatif, proclamé le 7 janvier, Louis Stanislas Xavier, prince français, est censé avoir abdiqué son droit à la régence, qu’en conséquence, il en est déchu. »

Le 9 février 1792

Décret sur la confiscation des biens des émigrés.

 

Le 1er mars 1792

Léopold II, le frère de Marie-Antoinette, meurt. Avènement de Son neveu François II, qui sera couronné Empereur le 19 juillet.

Le 13 février 1792

Visite clandestine de Fersen aux Tuileries : il rencontre le Roi et la Reine.

Le 25 mars 1792

Ultimatum de la France sur l’Autriche.

Le 29 mars 1792

Mort du Roi Gustave III de Suède, qui avait beaucoup d’amitié pour Marie-Antoinette.

Le 20 avril 1792

Déclaration de guerre au Roi de Bohême et de Hongrie, François II.

Louis XVI déclare la guerre à l'Autriche devant l'Assemblée Constituante ; Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 23 mai 1792

Louis XVI écrit une lettre à la municipalité de Paris sur le bruit qui se répand qu’il veut, à nouveau, sortir de Paris.

Le 27 mai 1792

Décret sur la déportation des prêtres réfractaires.

Le 29 mai 1792

Décret supprimant la garde constitutionnelle du Roi.

Le 8 juin 1792

Décret de formation d’un camp de fédérés à Paris.

Le 11 juin 1792

Louis XVI oppose son veto aux décrets des 27 mai et 8 juin.

Lui et la Reine sont désormais surnommés «Monsieur et Madame Veto».

Le 20 juin 1792

Le peuple des faubourgs, encadré par des gardes nationaux et ses représentants, comme le brasseur Santerre (10 à 20 000 manifestants selon Roederer), pénètre dans l’assemblée, où Huguenin lit une pétition. Puis elle envahit le palais des Tuileries.

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)

« Avec le courage passif qui est le sien », selon Michel Vovelle, le Roi subit sans faiblir pendant deux heures le défilé de la foule, accepte de coiffer le bonnet phrygien et boit à la santé de la Nation pour faire passer les paroles de Legendre :

« Monsieur, vous êtes un perfide, vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore », mais refuse de retirer son veto comme de rappeler les ministres girondins, invoquant la loi et la constitution.

Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.
Des représentants du peuple crient que le Roi a peur, Louis XVI prend alors la main d'un soldat qu'il pose sur son cœur pour faire constater qu'il ne bat plus vite que d'ordinaire...

La Reine n’a pu parvenir jusqu’au Roi ; elle est dans la salle du conseil et on avait eu de même l’idée de la placer derrière la grande table, pour la garantir autant que possible de l’approche de ces barbares …  les révolutionnaires passent devant Elle afin de L’observer :

« Elle avait attaché à sa tête une cocarde aux trois couleurs qu’un garde national lui avait donnée. Le pauvre petit dauphin était, ainsi que le roi, affublé d’un énorme bonnet rouge. La horde défila devant cette table ; les espèces d’étendards qu’elle portait étaient des symboles de la plus atroce barbarie. Il y en avait un qui représentait une potence à laquelle une méchante poupée était suspendue ; ces mots étaient écrits au bas : Marie Antoinette à la lanterne. Un autre était une planche sur laquelle on avait fixé un coeur de boeuf, autour duquel était écrit : cœur de Louis XVI. Enfin un troisième offrait les cornes d’un boeuf avec une légende obscène.
L’une des plus furieuses jacobines qui défilaient avec ces misérables s’arrêta pour vomir mille imprécations contre la reine. Sa Majesté lui demanda si elle l’avait jamais vue : elle lui répondit que non ; si elle lui avait fait quelque mal personnel : sa réponse fut la même mais elle ajouta :
« C’est vous qui faites le malheur de la nation.
– On vous l’a dit, reprit la reine ; on vous a trompée. Epouse d’un roi de France, mère du dauphin, je suis française, jamais je ne reverrai mon pays, je ne puis être heureuse ou malheureuse qu’en France ; j’étais heureuse quand vous m’aimiez».
Cette mégère se mit à pleurer, à lui demander pardon, à lui dire : «c’est que je ne vous connaissais pas ; je vois que vous êtes bien bonne».

Mesdames de Lamballe, de Tarente, de La Roche-Aymon, de Mackau entourent alors la Reine, ainsi que madame de Tourzel qui souligne dans ses Mémoires :

« La Reine était toujours dans la chambre du Roi, lorsqu’un valet de chambre de Mgr le Dauphin accourut tout hors de lui avertir cette princesse que la salle était prise, la garde désarmée, les portes de l’appartement forcées, cassées et enfoncées, et qu’on le suivait.
On se décida à faire entrer la Reine dans la salle du Conseil, par laquelle Santerre faisait défiler sa troupe pour lui faire quitter le château. Elle se présenta à ces factieux au milieu de ses enfants, avec ce courage et cette grandeur d’âme qu’elle avait montrés les 5 et 6 octobre, et qu’elle opposa toujours à leurs injures et à leurs violences.
Sa Majesté s’assit, ayant une table devant elle, Mgr le Dauphin à sa droite et Madame à sa gauche, entourée du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui ne cessa d’opposer un mur inébranlable au peuple rugissant, qui l’invectivait continuellement. Plusieurs députés s’étaient aussi réunis auprès d’elle.
Santerre fait écarter les grenadiers qui masquaient la Reine, pour lui adresser ces paroles :
« On vous égare, on vous trompe, Madame, le peuple vous aime mieux que vous le pensez, ainsi que le Roi ; ne craignez rien.
– Je ne suis ni égarée ni trompée, répondit la Reine, avec cette dignité qu’on admirait si souvent dans sa personne, et je sais (montrant les grenadiers qui l’entouraient) que je n’ai rien à craindre au milieu de la garde nationale
».
Santerre continua de faire défiler sa horde en lui montrant la Reine. Une femme lui présente un bonnet de laine ; Sa Majesté l’accepte, mais sans en couvrir son auguste front. On le met sur la tête de Mgr le Dauphin, et Santerre, voyant qu’il l’étouffait, le lui fait ôter et porter à la main.
Des femmes armées adressent la parole à la Reine et lui présentent les sans-culottes ; d’autres la menacent, sans que son visage perde un moment de son calme et de sa dignité.
Les cris de «Vivent la Nation, les sans-culottes, la liberté ! à bas le veto !» continuent.
Cette horde s’écoule enfin par les instances amicales et parfois assez brusques de Santerre, et le défilé ne finit qu’à huit heures du soir.
Madame Elisabeth, après avoir quitté le Roi, vint rejoindre la Reine, et lui donner de ses nouvelles.
Ce prince revint peu après dans sa chambre, et la Reine, qui en fut avertie, y entra immédiatement avec ses enfants.»

Vers dix heures du soir

Pétion et les officiers municipaux font évacuer le château.

Même s’il a subi une humiliation, Louis XVI a fait échouer la manifestation, par son obstination imprévue et sa fermeté tranquille, et il se tient désormais sur ses gardes. Surtout, elle renforce l’opposition royaliste, le déchaînement de la foule et le courage du Roi suscitant un courant d’opinion en sa faveur. Des départements parviennent à Paris adresses et pétitions pour dénoncer la manifestation, même si de nombreux clubs envoient des pétitions hostiles au Roi.
Pétion est suspendu de ses fonctions de maire.

Le 22 juin 1792

Louis XVI rencontre le marquis Bertrand de Molleville dans lequel il a une grande confiance et lui dit :

« J’ai bien vu avant-hier qu’ils voulaient m’assassiner, et je ne conçois pas encore pourquoi ils ne l’ont pas fait ; mais soyez assuré que je ne l’échapperai pas toujours. Il y a bien des clameurs contre moi, et je n’en suis pas heureux ! Si j’étais seul, je risquerais une tentative…
 Oh ! Si ma femme, mes enfants, ma sœur n’étaient pas avec moi, on verrait que je ne suis pas si faible qu’on l’imagine… Mais quel serait leur sort si des mesures rigoureuses, qu’il serait bon de prendre, n’étaient pas suivies du succès ? J’ai beau être Roi, je suis époux, père et frère, et les périls de ceux que j’aime m’arrêtent… »

Louis XVI conserve sa détermination à défendre la Constitution en espérant un sursaut de l’opinion en sa faveur, ce qui se manifeste le 14 juillet, troisième fête de la fédération, étant l’objet de manifestations de sympathie.

Le 11 juillet 1792

«La patrie en danger».

Le 21 juillet 1792

Louis XVI écrit ce vœu de consécration de sa personne, sa famille et tout son Royaume au Sacré-Cœur de Jésus, qu’il remet au père Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roi :

« Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur ? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiés institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.»

Louis XVI          

Le 25 juillet 1792

Signature du manifeste de Brunswick, une mise en demeure de la France, sommée de respecter la famille royale. Les Parisiens sont outrés par le ton belliqueux du texte lorsqu’il est connu en France quelques jours plus tard.

Le 1er août 1792

Louis XVI annonce à l’Assemblée nationale, enfin, que le ministère est constitué : M. de Joly à la justice, M. Champion de Villeneuve à l’intérieur, M. Dubouchage à la marine, M. d’Abancourt à la guerre, M. Leroux de la Ville aux contributions publiques et à M. Bigot de Sainte-Croix aux affaires étrangères.

C’est le dernier ministère de Louis XVI

Le 3 août 1792

Une majorité de sections de Paris demande la déchéance de Louis XVI.

Jeudi 9 août 1792

Marie-Antoinette va alternativement chez le Roi, et chez Ses enfants, accompagnée de Madame Elisabeth, et retourne dans le cabinet du Roi.

Dernière messe de la famille royale aux Tuileries. Nuit du 9 août 1792

Le 10 août 1792

La journée du 10 août commence en réalité dans la nuit du 9 au 10 août. En pleine nuit, le tocsin sonne au couvent des Cordeliers. Une heure plus tard, toutes les églises de Paris répondent au signal donné par Danton. Ce sont les quarante-huit sections de Paris, dont les révolutionnaires se sont rendus maîtres. Danton lance alors les sections parisiennes à l’assaut de l’hôtel de Ville, met à la porte la municipalité légale et y installe sa «commune insurrectionnelle», qui s’effondrera le 9 thermidor avec Robespierre.

Geneviève Casile, Marie-Antoinette (1976), observe le ciel rouge de Paris ce matin-là...
Paris de nuit illuminé par les troupes qui se rassemblent dans Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller

Le deuxième acte se joue alors. Le commandant de la garde Nationale, Galliot de Mandat, favorable à Louis XVI, est convoqué à l’hôtel de ville. C’est un piège. Dès qu’il y pénètre, il est assassiné. Son corps est jeté dans la seine, et sa tête, plantée sur une pique. Santerre, le roi des faubourgs, le remplace.

Les Tuileries constituent le dernier objectif. Pour défendre le palais, le Roi peut compter sur ses mille à mille deux cents gardes Suisses, sur trois cents chevaliers de Saint louis, sur une centaine de nobles et de gentilshommes qui lui sont restés fidèles. La Garde nationale est passée dans le camp adverse. Seul le bataillon royaliste des «filles de Saint Thomas» est demeuré fidèle au souverain.

Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Roederer, le «procureur syndic du département» convainc le Roi de se réfugier à l’assemblée Nationale avec sa famille. Ceux qui ne font pas partie de la famille royale ne sont pas autorisés à les accompagner. Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.

La famille royale juste avant le départ des Tuileries : à l'arrière-plan on devine le combat des soldats contre les émeutiers
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi
Lise Delamare est Marie-Antoinette dans La Marseillaise (1938) de Jean Renoir
La famille royale gravit les treize marches de la terrasse des Feuillants pour trouver refuge auprès de l’Assemblée.
L'Assemblée Nationale dans Les Années Lumière de Robert Enrico

Louis XVI entre dans l’Assemblée, installée dans l’ancien manège des Tuileries, en disant :

« Je suis venu ici pour éviter un grand crime qui allait se commettre. »

Louis XVI et sa famille sont conduits jusque dans la loge grillagée du greffier de l’Assemblée nationale (ou loge du logotachygraphe) , où ils restent toute la journée.

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l'ordre donné aux Suisses «de déposer à l'instant leurs armes».

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat. Des neuf cent cinquante Gardes suisses présents aux Tuileries, environ trois cents sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)

A l’assemblée, on oblige le Roi à signer un ordre de cesser le feu, cependant que les Marseillais et les révolutionnaires, reprennent l’attaque et l’avantage. Les gentilshommes qui se trouvent encore dans le château s’enfuient par la galerie qui relie le pavillon de Flore au Louvre.

Alors, le château succombe. Les Tuileries ne sont plus qu’un cauchemar pour ceux qui s’y trouvent encore. Les révolutionnaires, fous de rage, envahissent le palais, détruisent et tuent sans pitié. Les Suisses défendant le palais des Tuileries rescapés mais blessés sont accueillis chez Madame du Barry dans sa maison de Louveciennes.

Le soir du 10 août 1792

La famille royale est logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles : quatre pièces du couvent seulement leur sont dédiées … pendant trois jours.

Le 11 août 1792

La Famille Royale se trouve sans vêtements de rechange. M. Pascal, officier des cent suisses, qui a une corpulence comparable à celle de Louis XVI, lui offre des vêtements ; la duchesse de Gramont transmet du linge de corps à Marie Antoinette ; la comtesse Gover-Sutherland, épouse de l’ambassadeur d’Angleterre, apporte des vêtements pour le prince royal.

Louis XVI apprenant l’envoi de linges que la duchesse de Gramont, sœur de feu le duc de Choiseul, vient de faire à la Reine, lui écrit le billet suivant, qui indique que la duchesse de Gramont ne borne pas ses offres à celle de quelques vêtements :

« Au sein de l’Assemblée nationale, le 11 août.
Nous acceptons, Madame, vos offres généreuses, l’horreur de notre position nous en fait sentir tout le prix, nous ne pourrons jamais reconnaître tant de loyauté que par la durée de nos plus tendres sentiments.
Louis.
»

Louis XVI              

Samedi 12 août 1792

Louis XVI et sa famille retournent, à dix heures, dans la loge du logographe.
Le soir, ils retournent aux Feuillants. Il espère y goûter un peu de repos et conserver avec lui les cinq gentilshommes qui l’avaient accompagné. Mais la garde est changée par des hommes jaloux et méchants. Le Roi passe, avec sa famille, dans la salle où l’on a préparé le souper. Ils sont servis, pour la dernière fois, par les cinq gentilshommes. La séparation prochaine rend ce repas triste et funèbre, car Louis XVI a appris qu’un décret ordonne de les faire arrêter. Louis XVI ne mange pas mais le prolonge autant qu’il le peut. Il ordonne aux cinq gentilshommes de le quitter, et leur fait embrasser ses enfants. Pendant ce temps, la garde monte pour se saisir d’eux mais ils arrivent à s’échapper par un escalier dérobé.

Le 13 août 1792

La Commune décide de transférer la famille royale au Temple…

En passant par la place Louis XV qu’on a déjà rebaptisée Place de la Révolution, on montre au Roi comme la statue de son grand-père est en train d’être déboulonnée pour faire disparaître toutes les marques du régime qui devient dès lors ancien…

Caricature qui montre Louis XVI coiffé du bonnet vert des forçats
La famille royale amenée au Temple le 13 août 1792 dans Les Années Terribles (1989)
Arrivée de la famille royale au Temple
Arrivée de la famille royale au Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron
A son arrivée au Temple, on retire au Roi tout objet coupant avec lequel il pourrait attenter à ses jours...

 

« Selon Madame de Tourzel, la famille royale, accueillie par Santerre, voit d’abord la cour du palais illuminée de lampions comme s’ils étaient attendus pour une fête ; on retrouve l’ambiance des grands couverts qui rythmaient la vie de Cour à Versailles et aux Tuileries… »

Charles-Eloi Vial               

Après un splendide dîner servi dans l’ancien palais du comte d’Artois ( où la famille royale espère encore être logée) , la messe est dite dans un salon. Après avoir visité les lieux, Louis XVI commence à répartir les logements.

 

A onze heures du soir 

« Alors que le Dauphin est gagné par le sommeil et que madame de Tourzel est surprise d’être emmenée en direction de la Tour, le Roi  comprend qu’il a été joué par la Commune. Pétion, qui estimait que la grande Tour était en trop mauvais état, a résolu de loger la famille royale dans la petite en attendant la fin des travaux ordonnés pour isoler la prison du monde extérieur.»   

La Tour qui faisait tant frémir Marie-Antoinette, autrefois,  qu’Elle avait demandé à Son beau-frère qu’il la détruise. Était-ce un pressentiment de Sa part? 

« Quittant les magnifiques salons du comte d’Artois, la famille royale est emmenée dans la petite tour pour être logés dans les appartements de Jacques-Albert Berthélemy, ancien avocat archiviste de l’ordre de Malte, détenteur de cette charge depuis 1774. Il avait obtenu ce logement de fonction en 1782, où il vivait , en vieux célibataire et il n’y avait véritablement de la place chez lui que pour loger un seul maître de maison. Pour des raisons de sécurité, les domestiques héritent des pièces du bas, les plus confortables, tandis que la famille royale loge dans les parties hautes de la tour, dans des pièces à l’abandon depuis des années. Du mobilier est apporté du Garde-Meuble et du palais du Temple afin de compléter celui de l’archiviste.»          

La Tour du Temple
Louis XVI amené au Temple le 13 août 1792 ( Les Années Terribles, 1989)
Le valet Cléry accueillant Louis XVI au Temple ; il le servira du 13 août 1792 au 21 janvier 1793 (Les Années Terribles, 1989)

Le 20 août 1792

On vient chercher tous ceux qui n’appartiennent pas à la Famille Royale stricto sensu. Le Roi tente en vain de rappeler que la princesse de Lamballe est sa cousine. Madame de Lamballe, Madame de Tourzel et sa fille Pauline sont transférées dans l’affreuse prison de la Petite Force, les trois dames sont réunies dans une seule cellule assez spacieuse.

Le 25 août 1792

Louis XVI reçoit une lettre de Mesdames. Ce sera la dernière lettre qu’il recevra.

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

Massacres dans les prisons.

Madame de Tourzel et sa fille Pauline, future comtesse de Béarn, en réchappent.

Le 9 septembre 1792

Mort de Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac (1734-1792), ancien gouverneur de Paris et commandant de la garde constitutionnelle du Roi. Sa tête ensanglantée est lancée de l’extérieur dans le salon de la comtesse du Barry, sa maîtresse.

Le 20 septembre 1792

Le duc d’Orléans, Philippe Égalité, cousin du Roi, est élu député à la Convention.

Victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Louis XVI, statue de cire du Musée Grévin
Repas de la famille royale au Temple entre le 13 août 1792 et le 11 décembre 1792 (film Marie-Antoinette de Jean Delannoy, 1956)

« Un maçon fut appelé pour pratiquer des trous dans le mur de l’antichambre de la tour du Temple, afin de placer énormes boulons à la porte massive. Alors que l’homme prenait le petit-déjeuner, le petit prince s’amusait avec ses outils. Le Roi prit alors le marteau et le burin par la main de son fils et lui montra comment les utiliser.
Le maçon, ému de voir le travail du roi, dit à Sa Majesté :
« Quand vous sortirez d’ ici, vous pourrez dire que vous même vous avez travaillé à votre prison».
« Ah ! dit le roi dit,  Quand et comment je pourrai jamais m’en sortir ?»
Le petit prince fondit en larmes, le roi laissa tomber le marteau et le burin et rentra dans sa chambre, où il marcha en haut et en bas à pas précipités pour toute la journée…»

Jean-Baptiste Cléry         

Louis XVI et sa famille à la prison du Temple par Edward Ward
Promenade de la famille royale dans les jardins du Temple dans la série Marie-Antoinette de Guy-André Lefranc
Promenade de la famille royale dans le jardin du Temple dans Les Années Terribles de Richard Heffron
Reconstitution d'une chambre du Temple avec du mobilier provenant de chacune, au musée Carnavalet. Paris
Instruments de mathématiques de Louis XVI au Temple

Louis XVI enseigne les agréments de la maçonnerie comme les leçons scolaires à son fils…

Le 6 novembre 1792

Victoire de Jemappes.

Le 14 novembre 1792

Les troupes françaises entrent à Bruxelles.

Le 20 novembre 1792

Découverte de l’ «armoire de fer» aux Tuileries.

Le 27 novembre 1792

Décret qui annexe la Savoie, patrie des comtesses de Provence et d’Artois, à la France.

Le 3 décembre 1792

Pétion renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

Le 11 décembre 1792

Louis comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demande l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refuse. Monsieur de Malesherbes (1721-1794) se porte volontaire.

Louis XVI préparant son procès avec Malesherbes
Jean-François Balmer dans Les Années Terribles (1989) de Richard Heffron

Dans ses souvenirs de l’emprisonnement de la famille royale au Temple, Jean-Baptiste Cléry rappelle la douleur que le Roi éprouve d’être séparé des siens lors de son procès, mais surtout d’être séparé de sa fille le jour de son anniversaire :

Le 19 décembre, le Roi me dit en dînant :

« Il y a quatorze ans, vous vous leviez plus tôt qu’aujourd’hui. J’ai tout de suite compris Sa Majesté. « C’est le jour où ma fille est née, reprit-il tendrement, et aujourd’hui, son anniversaire, je suis privé de la voir ! Quelques larmes coulèrent de ses yeux et un silence

Le 25 décembre 1792

Louis XVI rédige son testament :

« Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.
Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.
Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel J.C. les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l’Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchire l’Eglise de J.C., mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Eglise suivie depuis J.C. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en J.C. suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.
Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connaître scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.
Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.
Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher. Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.
Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.
Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.
Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.
Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.

                                                                                                  Louis.»

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

 

« Le roi devait bientôt paraître pour la seconde fois à la barre de la convention. Il n’avait pu se faire la barbe depuis qu’on avait enlevé ses rasoirs, et il en souffrait beaucoup, ce qui le forçait de se laver le visage plusieurs fois le jour avec de l’eau fraîche.
Le roi me dit de me procurer des ciseaux ou un rasoir, mais qu’il ne voulait pas en parler lui-même aux municipaux. Je pris la liberté de lui observer que, s’il paraissait ainsi à l’assemblée, le peuple verrait au moins avec quelle barbarie en agissait le conseil général.
 » Je ne dois pas, me répondit sa majesté, chercher à intéresser sur mon sort ».
Je m’adressai aux commissaires, et la commune décida le lendemain qu’on rendrait les rasoirs du roi, mais qu’il ne pourrait s’en servir qu’en présence de deux municipaux.»

Journal de Cléry           

Louis XVI pendant son procès... on lui refuse l'usage du rasoir ...

Les 14 et 15 janvier 1793

Le verdict du procès de Louis XVI est rendu. Le verdict était une conclusion anticipée de culpabilité; aucun des 693 hommes qui ont participé n’a voté pour l’acquittement.

Du 16 au 18 janvier 1793

La Convention vote la mort du Roi, mais à une très faible majorité.

Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.

Le 17 janvier 1793

Monsieur de Malesherbes entre vers les neuf heures du matin ; je vais au-devant de lui. «Tout est perdu, me dit-il, le Roi est condamné.» Le Roi, qui le voit arriver, se lève pour le recevoir. Ce Ministre se précipite à ses pieds : il est étouffé par ses sanglots, et est plusieurs moments sans pouvoir parler. Le Roi le relève et le serre contre son sein avec affection. Monsieur de Malesherbes lui apprend le décret de condamnation à la mort; le Roi ne fait aucun mouvement qui annonce de la surprise ou de l’émotion : il ne paraît affecté que de la douleur de ce respectable vieillard, et cherche même à le consoler.

« Journal relatant la captivité de Louis XVI, Roi de France » de Jean-Baptiste Cléry

Minutes de silence sans fin. Puis le Roi dit à Malesherbes :

«Pendant deux heures, j’errais dans ma mémoire pour voir si, pendant mon règne, j’ai volontairement donné à mes sujets des raisons de se plaindre de moi. Eh bien, je jure en toute sincérité, je ne mérite aucune réprimande de la part des Français : je n’ai jamais voulu quelque chose de bon pour eux. »

Malesherbes, en larmes, parle des discours prononcés lors du vote, puis ajoute qu’il y a des gens qui ont l’intention de l’exécuter.
Louis XVI demande : « Vous les connaissez ? 
-Non, Sire, mais je pourrais les retrouver », répond Malesherbes.
Le Roi reprend :  

«Essayez de les trouver et de les remercier pour leur loyauté envers moi : mais toute tentative mettrait leur vie en danger sans réussir à sauver la mienne. Quand l’emploi de la force pouvait me garder sur le trône et me sauver la vie j’ai refusé de me servir : comment pourrais-je avoir du sang français versé pour moi aujourd’hui ?»

Au cours de cet entretien, le logement de l’ouvrier ébéniste  du Temple prend feu. Un incident qui crée confusion et nervosité chez les geôliers. Les gardes municipaux pensent qu’une attaque est en cours pour sauver le Roi. Un garde somme  Malesherbes de sortir immédiatement de la chambre du Roi.

Jean-Baptiste Cant Hanet dit Cléry par le peintre Henri-Pierre Danloux
Marcel Maréchal était Louis XVI dans le procès du Roi proposé au vote des téléspectateurs de TF1, dans Au Nom du Peuple Français (1988)

Le 18 janvier 1793

Louis XVI dit à Malesherbes :

« La nation est égarée, je suis prêt à m’immoler pour elle. Le sacrifice de ma vie est peu de chose à côté de sa gloire et de son bonheur»

Jean de Viguerie – Louis XVI le roi bienfaisant          

Le matin du 19 janvier 1793

Chrétien de Lamoignon de Malesherbes, défenseur du Roi lors du procès de ce dernier, entre dans la chambre où se tient Louis XVI et lui annonce la sentence fatale qu’il vient d’apprendre. Il dit:

« Sire, tous les scélérats ne sont pas encore les maîtres et tout ce qu’il y a d’honnêtes gens viendra sauver votre Majesté ou périr à ses pieds».

Le Roi répond:

« Monsieur de Malesherbes, cela compromettrait beaucoup de monde et mettrait la guerre civile dans Paris: j’aime mieux mourir. Je vous prie de leur ordonner de ma part de ne faire aucun mouvement pour me sauver. Le Roi ne meurt pas en France.»

Lettre de Louis XVI pour demander le report de sa mort

Le 20 janvier 1793 au soir 

« À huit heures et demie, la porte s’ouvrit : la Reine parut la première tenant son fils par la main, ensuite Madame Royale et Madame Élisabeth ; tous se précipitèrent dans les bras du Roi. Un morne silence régna pendant quelques minutes, et ne fut interrompu que par des sanglots. Le Roi s’assit, la reine à sa gauche, Madame Élisabeth à sa droite, Madame Royale presque en face, et le jeune prince resta debout entre les jambes du Roi ; tous étaient penchés vers lui, et le tenaient souvent embrassé. Cette scène de douleur dura sept quarts d’heure, pendant lesquels il fut impossible de rien entendre ; on voyait seulement qu’après chaque phrase du Roi, les sanglots des princesses redoublaient, duraient quelques minutes, et qu’ensuite le roi recommençait à parler. Il fut aisé de juger à leurs mouvements que lui-même leur avait appris sa condamnation.»

« Journal relatant la captivité de Louis XVI, Roi de France » de Jean-Baptiste Cléry

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Les adieux de Louis XVI par Benjamin Warlop

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Louis XVI passe la soirée avec sa femme, ses enfants et sa sœur .
Il promet à la Reine de La voir le lendemain matin. Il ne le fera pas pour Lui épargner cette peine.

« Après souper, Sa Majesté étant rentrée dans son cabinet de la tourelle, son confesseur sortit un instant après et demanda aux commissaires de le conduire à la salle du conseil. C’était dans le but d’obtenir les robes sacerdotales et d’autres choses nécessaires pour dire la messe le lendemain matin. M. de Firmont obtint avec peine l’agrément de cette demande. C’est à l’église des Capucins, dans le Marais, près de l’hôtel de Soubise, devenue naguère église paroissiale, qu’on fit venir les objets nécessaires au service divin.»

Revenant de la salle du conseil, M. de Firmont retourna auprès du roi. Ils rentrèrent tous deux dans la tourelle, où ils restèrent jusqu’à une demi-heure après minuit.

Le lundi 21 janvier 1793

Vers six heures du matin

L’abbé Henri-Edgeworth de Firmont (1745-1807), un prêtre insermenté, recommandé par Madame Élisabeth, célèbre l’ultime messe de Louis XVI.

Il utilise ce calice qui se trouve dans l’église romane de Saint-Urcize, au cœur de l’Aubrac, qui fut transmis de prêtre en prêtre. Au début du XIXe siècle , l’abbé Saint-Pée d’Amont l’offrit à un parent Pierre-Jean Ipcher, futur curé de Saint-Urcize, pour la célébration de sa première messe.

Dans la seconde cour de la maison du Temple, la voiture verte du maire de Paris Nicolas Chambon (1748-1826) attend, ce dernier ayant obtenu que le Roi ne soit pas conduit dans la charrette des condamnés.

À sept heures

Louis XVI confie ses dernières volontés à l’abbé.
Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour le Dauphin et son alliance pour la Reine.
A propos de l’anneau, il confie à son valet à l’intention de la Reine : « Dites-lui bien que je le quitte avec peine. »

Il conserve au doigt l’anneau du sacre.

En ce matin du 21 janvier, la température extérieure est basse : il fait 3 °C. Un brouilla

Louis XVI y prend place avec l’abbé . Deux personnes de la milice s’installent face à eux. Avant de monter, le Roi se tourne vers l’un des concierges de la prison et lui déclare :

« J’ai eu un peu de vivacité avec vous avant-hier soir, ne m’en veuillez pas ! »

 

Vers neuf heures

La voiture quitte le Temple au son de tambours et de trompettes. Des canons sont postés à chaque endroit stratégique. Le convoi est précédé d’environ deux cents gendarmes à cheval.       Les Parisiens sont venus en nombre assister à l’exécution, tant sur le trajet qu’à l’emplacement de la guillotine. Les volets sont clos et les boutiques fermées. La plupart des personnes sont silencieuses.

Pendant cet ultime voyage qui l’amène à la mort, entre deux prières, Louis XVI interpelle ceux qui l’accompagnent : 

« A-t-on des nouvelles de monsieur de La Pérouse? »

C’est assez formidable de songer qu’en ces derniers instants, le Roi aura pensé à son explorateur, celui qui aura réalisé tout ce que lui avait conçu en théorie. Les épaves des frégates de Lapérouse ne seront retrouvées dans la baie de Vanikoro que le 25 avril 1826…

Vers dix heures et quart

Le cortège arrive place de la Révolution et s’arrête au pied de l’échafaud. Accueilli par le bourreau Charles-Henri Sanson (1739-1806) à sa descente du carrosse, le monarque désigne son confesseur à l’un des bourreaux et lui dit :

« Je vous recommande le prêtre que voici. Ayez soin qu’après ma mort il ne lui soit fait aucune insulte.»

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller

Calme, il ôte ensuite lui-même sa redingote brune et sa cravate. À la demande de Sanson, il ouvre le col de sa chemise.

Voyant qu’on veut lui lier les mains, le Roi refuse :

« Me lier ! Non, je n’y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas, renoncez à ce projet. »

Évoquant l’exemple du Christ, l’abbé de Firmont réussit à le convaincre. Louis XVI déclare alors à ses bourreaux :

« Faites ce que vous voulez, je boirai le calice jusqu’à la lie. ».

On lui lie alors les mains dans le dos par son propre mouchoir ; un assistant de Sanson découpe grossièrement son col puis le rabat et lui coupe les cheveux. Accompagné par des roulements de tambour, le Roi, assisté de l’abbé Edgeworth, monte sur l’escalier et rejoint les cinq bourreaux (Sanson et ses quatre assistants) sur la plate-forme.

Contre toute attente, Louis XVI s’avance sur le bord gauche de l’estrade. Il fait signe aux tambours de s’arrêter et déclare d’une voix forte :

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. »

Dix heures vingt-deux minutes

Sa planche bascule, la lunette de bois se referme sur sa tête et le bourreau Sanson actionne le couperet. Gros, un assesseur du bourreau, saisit la tête sanguinolente et la présente au peuple. Quelques Parisiens crient « Vive la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté ! »

 

Jacques Roux, commissaire de la Commune de Paris, rédige le procès-verbal de l’exécution ; il précise que des citoyens recueillent sur l’échafaud ensanglanté le sang du Roi avec leurs mouchoirs, leurs piques ou leurs sabres.

Le canon tonne et prévient la famille du Roi restée à la Tour du Temple que l’exécution a eu lieu.

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Masque mortuaire de Louis XVI
Un des privilèges du bourreau était de vendre les cheveux coupés pour dégager la nuque des condamnés. Louis XVI ne fit pas exception et cette opération fut faite au pied de l’échafaud dressé sur la place de la Révolution (l’actuelle place de la Concorde) le 21 janvier 1793.
Après l’execution ( qui eut lieu à 10h22), les aides de Samson procédèrent à la vente des cheveux :
« (…) on se précipitait vers la guillotine pour se tremper les mains dans le sang de la victime expiatoire ; on se partageait ses vêtements, on achetait les cheveux que le bourreau avait gardés »
(Evelyne LEVER, « Louis XVI », Fayard, 1985).
Bague en or à chaton bombé, rond, bordé d’émail bleu et blanc et orné d’une tresse de cheveux châtains roux protégée par un cristal.
Au dos du chaton est gravée l’inscription
« Veri capilli infel(icis) Lud(ovici), die 21 jan(uarii) 1793 »
(« cheveux du malheureux Louis XVI, le jour du 21 janvier 1793 »).
L'Apothéose de Louis XVII par William Hamilton

Louis XVI souffre des images d’Épinal qui en ont fait un petit homme dodu et gourmand… Et cela commence dès son époque, la marquise de la Tour du Pin dit de lui, dans ses mémoires, qu’il avait l’air d’un «paysan se dandinant derrière sa charrue». On ne cesse de lui faire un procès concernant sa timidité, son manque de fermeté. On dit de lui qu’il change constamment d’avis, qu’il se laisse manipuler par son épouse. Les témoignages sont accablants : Madame Adélaïde le surnommait «le chat qui file», Monsieur disait qu’il fallait que son frère «n’ait pas à manger depuis deux jours pour qu’il se décide», le comte d’Artois pour illustrer le caractère du Roi parlait de «boules de billard en ivoire, bien lisses et bien huilées et que vous tenteriez de faire tenir ensemble dans votre main»… Sans oublier Saint Priest :

« En ces années où j’ai siégé au Conseil, pas une fois je ne l’ai entendu donner un avis ou faire une proposition. Il n’était pas rare de l’y voir dormir»

Ce qu’on peut constater dans la plupart des castings dont ce sujet révèle des photos. En guise de petitesse, il mesurait un mètre quatre-vingt-treize… et l’on rapporte qu’il était «le seul homme de sa Cour à pouvoir soulever un petit canon sans tomber à la renverse»…  Très sportif, il pratique la chasse le plus souvent possible, il est en plus très savant.

« Il n’y a de remède à tant de maux que la force, et une force étrangère, car il n’y en a pas d’intérieure, et tous les autres moyens d’adresse, de persuasion, et d’une conduite suivie et raisonnée, outre qu’ils sont lents et insuffisants, sont impossibles et inutiles, à cause de la main qui doit les employer. Le meilleur instrument devient inutile dans la main d’un mauvais ouvrier. L’éducation du roi ne l’a point formé à ce genre de conduite, il n’a jamais été préparé, et n’a même jamais imaginé la position dans laquelle il se trouve, et il n’a en lui ni l’activité, ni la grâce, ni la présence d’esprit, ni la faculté de sentir, ni la force, ni le caractère, ni le courage nécessaire pour le lui apprendre.
La reine a tout cela, c’est elle seule qui fait encore tout aller, mais la reine n’est pas le roi !»

Axel de Fersen à Gustave III en 1790       

« II ne sut que mourir, aimer et pardonner ; S’il avait su punir, il aurait su régner.»

Alexandre de Tilly          

« Louis XVI fut un bon roi. Il vécut malheureusement dans un temps où ses vertus mêmes devaient l’entraîner à sa perte, et où les défauts reprochés à tant de souverains, défauts dont il n’était que trop exempt, eussent sauvé la monarchie et l’eussent préservé lui-même de son triste sort. D’ailleurs, en admettant qu’il eût des défauts, pourquoi méconnaître qu’ils étaient la suite de qualités précieuses? et parce qu’elles sont sur le trône, pourquoi les vertus n’auraient-elles plus droit au respect dont on les entoure dans les simples particuliers? Si l’on veut être juste, il faut donc convenir que Louis XVI n’a succombé que par trop de bonté ; et que s’il eût eu la tenace volonté et les violences d’un despote, son trône n’eût point été renversé. Au reste, il nous a montré, dans la chute la plus étonnante dont l’histoire fasse mention, l’exemple d’un courage, d’une résignation au-dessus des forces humaines.
A un caractère timide, fruit d’une éducation négligée, ce prince joignait une telle bonté de cœur que, dans ce siècle d’égoïsme, on ne le vit en aucune circonstance, pas même au moment du danger, mettre son intérêt personnel en balance avec celui de ses sujets. Mal conseillé, il ne vit pas que toute attaque faite à la majesté royale retombait sur la monarchie, et que le bonheur et la gloire du royaume tenaient à la gloire de son représentant. De là les nombreuses circonstances où un peu de sang justement répandu aurait pu nous préserver de tant de troubles, mais où Louis XVI aima mieux exposer sa tête que de compromettre la sûreté d’un seul homme : singulière conduite que la politique condamne, mais que la philanthropie devrait admirer !»

Félix d’Hézecques           

« On sait bien que la ligne de démarcation entre le despotisme et notre monarchie est presqu’imperceptible, et qu’un prince qui tient à sa solde une nombreuse armée, ne sera déjoué que par sa propre et gratuite faiblesse. Mais il est maladroit de montrer à une grande nation tous les désavantages de sa constitution en voulant les lui faire adopter comme un bien. »

Marc de Bombelles           

« Louis XVI n’était pas un lâche, mais son intelligence était d’un niveau élémentaire qui le faisait vivre entièrement dans le temps présent. Et cette concentration habituelle sur les choses du présent le rendait totalement désarmé en période de crise. Toute situation anormale le prenait au dépourvu parce qu’il n’avait jamais pensé à la façon d’y faire face. Lorsque le peuple, qu’il aimait et qu’il respectait, le huait, il en restait muet de stupéfaction, mais non de peur. Car la peur suppose l’anticipation, et Louis XVI jamais n’anticipait. C’était sa plus grande faiblesse, mais elle était aussi son meilleur support; elle le conduisait au suprême danger, mais elle lui permettait d’y faire face avec le plus grand calme. Dans tous les moments critiques de sa vie, il montra ce même trait de caractère : voir ce qui se déroulait sous ses yeux sans jamais calculer les conséquences de la situation.»

Joseph Callewaert              

« Le Roi n’est pas poltron; il a un très grand courage passif, mais il est écrasé par une mauvaise honte, une méfiance de lui-même, qui vient de son éducation autant que de son caractère. Il a peur du commandement et craint plus que toute autre chose de parler aux hommes réunis. Il a vécu enfant et toujours inquiet sous les yeux de Louis XV, jusqu’à vingt et un ans; cette contrainte a influé sur sa timidité. Dans la circonstance où nous sommes, quelques paroles bien articulées, adressées aux Parisiens qui lui sont dévoués, centupleraient les forces de notre parti; il ne les dira pas. Que pouvons-nous attendre de ces adresses au peuple qu’on lui a conseillé de faire afficher ? Rien que de nouveaux outrages. Pour moi, je pourrai bien agir et monter à cheval, s’il le fallait. Mais, si j’agissais, ce serait donner des armes aux ennemis du Roi; le cri contre l’Autrichienne, contre la domination d’une femme serait général en France et d’ailleurs j’anéantirais le Roi en me montrant. Une Reine qui n’est pas régente doit dans ces circonstances rester dans l’inaction et se préparer à mourir.»

Henriette Campan           

Le Roi est passionné par la mécanique de précision, et réalise lui-même des mécanismes d’horlogerie. Dans ses cabinets, une forge, une machine à tailler les fusées d’horlogerie, un tour à guillocher, une meule à pédale et vingt-cinq râteliers garnis d’outils confirment cette curiosité. C’est le grand spécialiste de l’horlogerie de marine Pierre Le Roy qui donne des cours à Louis XVI. Avec Durey, Gamain est simplement en charge de la forge et des cabinets du Roi. Il assiste le souverain. Le mythe de Gamain ne s’arrête pas là : il est celui qui révèle en novembre 1792 au ministre Roland l’existence de « l’armoire de fer » aux Tuileries. Les documents qui y auraient été trouvés permettent la mise en accusation de Louis XVI, et entraînent la dépanthéonisation de Mirabeau… Enfin précisons que Gamain, laissant croire que Louis XVI et Marie-Antoinette avaient tenté de l’empoisonner, touchera en 1794 une pension de 1200 livres de la Convention nationale. Il meurt le 8 mai 1795.

Louis XVI décida de soulager son peuple en le dispensant du droit de Joyeux avènement, impôt perçu à chaque changement de règne.
> Louis XVI créa le corps des pompiers.
> Louis XVI autorisa l’installation de pompes à feu, pour approvisionner Paris en eau de manière régulière.
> Louis XVI créa un mont-de-piété à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens.
> Louis XVI abandonna aux équipages de ses vaisseaux le tiers de la valeur des prises qui lui était réservé en temps de guerre.
> Louis XVI décida d’aider l’abbé de l’Epée dans son œuvre pour l’éducation des « sourds-muets sans fortune» auquel il enseignait un langage par signes de son invention. Le Roi lui versa alors une pension de 6000 livres sur sa propre cassette, contre l’avis de l’archevêché qui soupçonnait cet homme de jansénisme.
> Louis XVI dota l’école de Valentin Hauy pour les aveugles.
> Louis XVI donna l’ordre à ses commandants de vaisseaux de ne point inquiéter les pêcheurs Anglais et obtint la réciproque pour les pêcheurs Français.
> Louis XVI donna le droit aux femmes mariées et aux mineurs de toucher eux même leur pensions sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur (il faudra de nouveau attendre 1965 car le code Napoléon s’est empressé d’abolir cette mesure !).
> Louis XVI ordonna aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi » 90 ans avant la première convention de Genève !
> Louis XVI décida d’abolir le servage et la main morte dans le domaine royal et le droit de suite qui permettait aux seigneurs de faire poursuivre les serfs ou mainmortables qui quittaient leur domaine.
> Louis XVI ordonna l’abolition de la question préparatoire et préalable (torture)
> Louis XVI accorda le premier, le droit de vote aux femmes dans le cadre de l’élection des députés à l’assemblée des états généraux.
> Louis XVI décida de faire construire à ses frais, des infirmeries « claires et aérées » dans les prisons.
> Louis XVI s’inquiéta du sort qui était réservé aux prisonniers détenus en préventive de par leur inculpation, avant le procès. Par ailleurs, il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès (sujet d’une étonnante actualité) !
> Louis XVI supprima de très nombreuses charges de la maison de Roi (plus du tiers).
> Louis XVI permit aux femmes d’accéder à toutes les maîtrises.
Louis XVI finança tous les aménagements, de l’hôtel-Dieu pour que chaque malades ait son propre lit individuel.
Louis XVI employa le premier, l’expression « Justice sociale ».
Louis XVI fonda un hôpital pour les enfants atteints de maladies contagieuses, aujourd’hui nommé : « Hôpital des enfants malades »
> Louis XVI créa le Musée des Sciences et Techniques, futur Centre National des Arts et Métiers.
> Louis XVI fonda l’école des mines.
> Louis XVI finança sur ses propres fonds, les expériences d’aérostation des frères Montgolfier.
> Louis XVI finança également les expériences de Jouffroy pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation.
> Louis XVI exempta les Juifs du péage corporel et autres droits humiliants.
> Louis XVI accorda sept millions aux victimes du froid excessif en 1784.
> Louis XVI accorda des pensions de retraites, à tous ceux qui exerçaient une profession maritime.
> Louis XVI demanda l’établissement annuel de la balance du commerce.
> Louis XVI créa le droit de propriété des auteurs et compositeurs de musique.
> Louis XVI accorda l’état-civil aux non-catholiques.
> Louis XVI créa l’Ecole de musique et de danse de l’Opéra de Paris et le musée du Louvre.
                             
                                  Et malgré ça, on l’a guillotiné !

Source : Louis XVI a la parole de Paul et Pierrette Girault de Coursac, éditions de L’ŒIL

Sources :

Antoinetthologie
-Louis XVI – Un Roi dans la tourmente ( octobre 2009) ; Collection Les Rois de France des Editions Atlas
Marie-Antoinette et la Musique (janvier 2022) de Patrick Barbier ; Grasset
L’Emprisonnement de la Famille Royale au Temple  (1804) d’Hélène Becquet ( Hypothèses, Essai d’Histoire politique)
Marie-Antoinette (1940), de René Benjamin ; Les Editions de France
-Les Reines de France au temps des Bourbons, tome 4 : Marie-Antoinette L’insoumise (2002) de Simone Bertière
Les Après-Midi de Louis XVI de Jean-Dominique Bourzat (2008) ; La Compagnie Littéraire
Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette d’Henriette Campan
MARIE-ANTOINETTE  (1989) d’André Castelot, album richement illustré
Histoire de la France et des Français, d’André Castelot et Alain Decaux :

  • N°18: Louis XV et Marie Leszczynska
  • N°19: Le siècle des Lumières
  • N°20: Les années Pompadour
  • N°21: Louis XV – le roi contesté
  • N°22: La dernière passion du roi
  • N°23: Louis XVI et Marie-Antoinette
  • N°24: Le temps des savants
  • N°26: La fin de la monarchie
  • N°27: La mort du roi
  • N°28: La Terreur

Chère Marie-Antoinette (1988) de Jean Chalon
Le Mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Château de Versailles (magazine) Hors série N°7
Louis XVI et Marie-Antoinette : un couple en politique (2006) de Joël Félix, Paris, Payot, coll. « Biographie »
Louis XVI – L’Incompris (2018);Le Figaro Histoire N°38
MARIAGE FORCE ou Marie-Antoinette humiliée (avril 2015), de Jean-Pierre Fiquet ; chez Tallandier
Louis XVI a la parole de Paul et Pierrette Girault de Coursac, éditions de L’ŒIL
Marie-Antoinette et le scandale de Guînes, de Paul et Pierrette Girault de Coursac, chez Gallimard (1962)
L’éducation d’un Roi, Louis XVI, de Paul et Pierrette Girault de Coursac, chez Gallimard (1972), puis chez F.X. de Guibert (1995)
Louis XVI, Roi Martyr. de Paul et Pierrette Girault de Coursac ; chez Tequi (1976)
Enquête sur le procès du Roi Louis XVI. de Paul et Pierre Girault de Coursac ; à La Table Ronde (1982), puis chez F.X. de Guibert (1992)
Sur la Route de Varennes, de Paul et Pierrette Girault de Coursac ; à La Table Ronde (1984), puis chez F.X. de Guibert (2000), (2007)
Le Voyage de Louis XVI autour du monde.  Expédition La Pérouse, de Paul et Pierrette Girault de Coursac ; à La Table Ronde (1985), puis chez F.X. de Guibert (2000)
La duchesse de Polignac est morte de douleur, par Edmond Giscard d’Estaing ; Historia N°369 ; août 1977
La Vie Mouvementée d’Henriette Campan (2017) de Geneviève Haroche-Bouzinac ; chez Flammarion
Les dernières années du règne de Louis XV, d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez Edouard Dentu
Les beaux jours de Marie-Antoinette (1885), d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez Edouard Dentu
Marie-Antoinette aux Tuileries (1913), d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez P. Letrielleux, Librairie-Éditeur, Paris VI
La dernière année de Marie-Antoinette, d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez Edouard Dentu
L’Agonie de la Royauté (1918), d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez P. Letrielleux, Librairie-Éditeur, Paris VI
Marie-Antoinette L’impossible Bonheur (1970) de Marguerite Jallut et Philippe Huisman ; chez Edita, Lausanne
Hans-Axel de Fersen (1985) de Françoise Kermina ; chez Perrin
La Captivité et la mort de Marie-Antoinette  (1897) de Gosselin Lenôtre (1855-1935) chez Perrin, Paris
Le Drame de Varennes (1905) de Gosselin Lenôtre
Louis XVI d’Evelyne Lever (1985), Paris, Fayard
Marie-Antoinette (1991) d’Evelyne Lever; chez Fayard
L’affaire du Collier (2004) d’Evelyne Lever
Marie-Antoinette : la naissance d’une reine : Lettres choisies 1770-1793 (2005) d’Evelyne Lever
Marie-Antoinette, une maîtresse royale, par Evelyne Lever, article de Historia N°99
La Laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet, Un temple pastorel pour le plaisir de la reine (2016) d’Antoine Maës ; chez Gourcuff Gradenigo
Louis XVI et Marie-Antoinette : La fin d’un monde, tome 5, d’Alexandre Maral
Louis XVI, L’incompris (2013) d’Alexandre Maral ; aux Editions OUEST-FRANCE
Marie-Antoinette Intime, collectif dans Miroir de l’Histoire, Numéro Spécial de janvier 1962
La Vie Joyeuse et Tragique de Marie-Antoinette (1933) de Pierre Nezelof ; chez Albin Michel
Marie-Antoinette, mère de famille par Pierre de Nolhac, de l’Académie française, Historia spécial 110 ans, daté du 11 mars 2019
Varennes : la mort de la royauté, 21 juin 1791, (2005) de Mona Ozouf, Paris, Gallimard, coll. « Journées qui ont fait la France »
Louis XVI de Jean-Christian Petitfils (2005), Paris, Perrin
Marie-Antoinette – La Fin d’une Reine – Le spectacle de Robert Hossein ; Point de Vue , 12 octobre 1993
Mémoires sur la Vie et le Caractère de Madame la Duchesse de Polignac (1796) de Diane de Polignac
La Révolution Française, Les Années Lumières / Les Années Terribles, octobre 1989, Production Les Films Ariane, chez Larousse
Louis XVI et Marie-Antoinette à Compiègne, catalogue de l’exposition, Réunion des Musées Nationaux, 2006
Marie-Antoinette, catalogue de l’exposition au Grand-Palais de Paris      (mars 2008) Ouvrage collectif sous la direction de Xavier Salmon ; RMN Editions
Un prince méconnu, le dauphin Louis-Joseph fils aîné de Louis XVI de Reynald Secher et Yves Murat ; collection Portrait d’Hommes
Vive la Reine, treasure for your pleasure : Marie-Antoinette and more, blog très riche en images de films, de documentaires, de portraits

 

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