Madame Mère à Trianon
Au printemps de 1805
Ayant à définir l’affectation de Trianon, c’est à sa mère que songe d’abord Napoléon. Letizia Bonaparte, née Ramolino, vient alors de rentrer d’Italie, où elle a suivi un temps son fils Lucien, disgracié. Le nouveau protocole l’affuble désormais du prédicat d’Altesse impériale, avec le titre de Madame, et lui réserve une Maison constituée. Mais son ambition, soutenue par un entourage corse des plus revendicatifs, ne se satisfait pas d’appellations : outre l’hôtel de Brienne, à Paris, que lui a cédé Lucien, Madame mère entend disposer bientôt d’un palais national où passer la belle saison. L’Empereur lui attribue donc le Grand Trianon, où des travaux sont menés prestement. Trepsat vient de fermer de vitres le péristyle reliant les deux corps, et il achève la rénovation intérieure de l’aile de gauche en entrant, dite du Dauphin.
Le 6 mai 1805 (16 floréal)
Alors que la Cour est à Milan pour le couronnement d’Italie, Madame vient en personne inspecter à Trianon le logement qu’on prépare en son honneur. D’entrée, tout lui déplaît. « Sa chambre-à-coucher lui paraît d’une incommodité notoire, note son secrétaire. Il n’y a point de cabinet de toilette contigu, et les femmes de service sont beaucoup trop éloignées. On ne peut parvenir au salon qu’en traversant la chambre à coucher ou en passant par les garde-robes. Rien ne trouve grâce aux yeux de Son Altesse impériale : les chambres de ses dames donnent directement sur la cour par des portes vitrées, les salons sont pleins de courants d’air, leur orientation au nord est lugubre (en réalité, les salons en question sont orientés au midi et au couchant)… Bien ennuyé, l’intendant général Fleurieu transmet ces doléances à l’Empereur, en Italie. La réponse ne se fait pas attendre : « Monsieur Fleurieu, dicte Napoléon, on a indisposé Madame contre le logement qui lui a été préparé dans l’aile dite du Dauphin du Grand Trianon, qui est cependant la partie la plus convenable de ce palais. Je lui ai écrit dans ce sens. J’espère qu’elle le sentira. Faites venir le secrétaire de ses commandements et dites-lui qu’une partie de ses observations est ridicule, qu’on n’occupe pas un palais comme une petite maison, qu’il faut le prendre tel qu’il est ».
Ainsi madame Bonaparte devra-t-elle se contenter d’une résidence estivale que tant de rois, avant elle, avaient trouvée délicieuse…