Le château de Fontainebleau

Vue aérienne du château dans sa globalité

Sommaire :

  • Epoque médiévale ; Le premier château
  • Le vestibule Saint-Louis
  • La chapelle Saint-Saturnin
  • Un château et un monastère
  • Le salon «François Ier»
  • Au rythme du Pavillon de l’Horloge, Lepaute, Horloger de l’Empereur.
  • L’antichambre du Col de Cygne
  • La porte dorée
  • L’appartement des bains de François Ier : des thermes antiques au cœur de Fontainebleau 
  • Le séjour de l’Empereur Charles Quint
  • L’escalier du Roi à Fontainebleau
  • Henri II et la salle de Bal
  • La galerie d’Ulysse
  • La salle des gardes
  • La galerie des Cerfs
  • La galerie des Chevreuils
  • La porte du Baptistère
  • La cour ovale
  • La chapelle de la Trinité
  • Le plafond des Planètes, les reliques de la chambre d’Henri II
  • L’appartement d’Anne d’Autriche
  • Un état disparu : de la volière d’Henri IV à l’orangerie d’Anne d’Autriche
  • La chambre de Louis XIV
  • La salle du trône , L’ancienne chambre des Rois
  • Les salles Saint-Louis, Au cœur du premier château de Fontainebleau 
  • La chambre de Louis XV ; La commode de la chambre de Louis XV
  • La commode de la chambre de Marie Lesczcyńska
  • L’escalier de la Reine, le cadre majestueux pour les tableaux d’Oudry
  • La salle du Conseil
  • Le salon d’angle du Gros Pavillon
  • Le « Grand Projet » d’Ange-Jacques Gabriel
  • Le cabinet aux oiseaux, l’ancienne salle-à-manger de Louis XVI
  • Le boudoir Turc de Marie-Antoinette
  • Le yacht de Marie-Antoinette
  • Le salon des jeux de la Reine
  • La chambre de la Reine
  • Le jardin de Diane
  • Le salon vert ou deuxième salon de l’Empereur
  • Le bureau de l’Empereur
  • La salle du trône de Napoléon
  • La première chambre de Napoléon
  • La chambre de l’Empereur
  • La petite chambre de repos de Napoléon Ier, un nouveau cabinet pour l’Empereur
  • La chambre de l’Impératrice
  • La salle-de-bains de l’Impératrice
  • Le boudoir de l’Impératrice
  • Le salon d’étude de l’Impératrice
  • La bibliothèque de Napoléon Ier
  • La galerie de Diane
  • Abdication de Napoléon Ier à Fontainebleau 
  • La salle des colonnes
  • La chambre de la grande-duchesse de Bade
  • La galerie des Assiettes
  • Le théâtre impérial
  • Le fumoir de Napoléon III, le cercle privé réservé aux hommes
  • La salle-de-bains de l’Impératrice Eugénie
  • Le salon des Fleurs de l’Impératrice Eugénie
  • L’appartement dit des chasses,Un cocon pour le Prince Impérial
  • Le salon du billard de l’Impératrice Eugénie
  • Le salon des laques de l’Impératrice Eugénie
  • Le dernier voyage de l’Impératrice à Fontainebleau

Epoque médiévale

Le château de Fontainebleau s’est développé à partir du donjon qui témoigne des origines médiévales du bâtiment. Celles-ci sont probablement antérieures à la présence royale mais c’est bien depuis la chambre du Roi, longtemps située au première étage (actuelles salles Saint-Louis), que s’exerce le pouvoir.

LE PREMIER CHÂTEAU

1137

La première mention du château de Fontainebleau dans une charte royale remonte à 1137, année de l’avènement de Louis VII le Jeune (1120-1137-1180).

Louis VII le Jeune

De cette époque demeure le donjon, massive construction de forme carrée.

En 1169

Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, alors en exil en France, consacre la chapelle du château de Fontainebleau sous le double vocable de la Vierge et de Saint-Saturnin.

Aux origines du château de Fontainebleau …
(Texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Un haut donjon carré, sans contrefort : tel est le premier Château de Fontainebleau, dont la silhouette se devine encore aujourd’hui, enchâssée dans les constructions de la Renaissance.

Vue de la cour ovale avec le donjon

Caractéristique de l’architecture romane, ce donjon aux murs épais de 3 mètres comportaient en rez-de-chaussée une salle basse de 7,65 sur 7,70 mètres. Au premier étage, aux murs épais de 2,50 mètres se trouvait la chambre du Roi, salle carrée de 8,70 mètres de côté. Le deuxième étage avait des murs épais d’un mètre. tel quel, le donjon était l’image d’une royauté en pleine expansion.

Le donjon

«Fontaine Belleau (ou Bliaud)» est entrée dans l’histoire en 1137, la première année du règne de Louis VII le Jeune, où pour la première fois une charte royale a été datée de cette résidence.

Le vestibule Saint-Louis
(Texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Le vestibule Saint-Louis est situé au cœur de la partie la plus ancienne du château, à proximité de la Cour Ovale et de l’ancien donjon.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce Vestibule n’est pas une salle médiévale conservée depuis le temps des Capétiens. Il est en réalité le fruit des grands travaux menés sous le règne de Louis-Philippe, dans les années 1830 et 1840.
Le roi souhaite alors faire de Fontainebleau un véritable conservatoire de l’histoire nationale. Dans cette optique, il fait aménager un vestibule célébrant les origines médiévales de la monarchie française et le lien ancien qui unit Fontainebleau aux rois de France.
Dès l’entrée, le visiteur est plongé dans un univers inspiré de l’architecture gothique : voûtes d’ogives peintes en bleu et semées de fleurs de lys dorées, colonnes de marbre, décor héraldique et sculptures royales, atmosphère évoquant la Sainte-Chapelle de Paris.
Il s’agit du goût romantique du XIXe siècle, lorsque le Moyen Âge fascine artistes, architectes et historiens.
Le vestibule a été conçu comme un véritable hommage aux rois qui ont marqué l’histoire du château.
On y trouve notamment les représentations de Louis VII, Philippe-Auguste, Saint-Louis, Philippe le Bel, François Ier et Henri IV.

À travers ces figures, Louis-Philippe souhaite rappeler que Fontainebleau ne se résume pas à la Renaissance ou à l’épopée napoléonienne, mais plonge ses racines dans plusieurs siècles d’histoire monarchique. Le choix de Saint Louis n’est pas anodin. Le souverain séjournera à plusieurs reprises à Fontainebleau et contribuera au développement du domaine au XIIIe siècle. Au XIXe siècle, il incarne également le roi idéal : juste, pieux et rassembleur. Son nom s’impose donc naturellement pour symboliser le passé médiéval du château.

Le vestibule Saint-Louis conserve un détail particulièrement intéressant : l’une des statues représente encore Robert le Pieux, car les érudits du XIXe siècle lui attribuaient alors la fondation de Fontainebleau. Cette hypothèse est aujourd’hui abandonnée, mais la statue est restée en place. Elle témoigne ainsi non seulement de l’histoire du château, mais aussi de la manière dont cette histoire était comprise et interprétée il y a près de deux siècles.

Le vestibule Saint-Louis
La salle Saint-Louis, ancienne chambre du Roi, partie la plus ancienne avec des murs de 2,50 mètres d'épaisseur

A la fin du XIIe siècle, la famille Royale capétienne fréquente régulièrement Fontainebleau. Philippe Auguste y passe notamment les fêtes de Noël de 1192, au retour des croisades.

Fontainebleau prend une importance nouvelle sous Louis IX. Pieux et méditatif, le Roi aime à s’y retirer et y chasser. Il fait couvrir en tuile le toit du donjon et de la chapelle.

Chapelle Basse Saint-Saturnin : elle occupe l’emplacement de la chapelle consacrée par Saint Thomas Becket en 1169. Celle-ci ayant disparu sous François Ier elle sera donc reconstruite.
Image de Marie-Antoinette : l'affaire du collier (2025 ; Canal + )

En 1259

Saint Louis, très attaché à son château-fort de Fontainebleau, fonde un couvent-hôpital dont il confie la charge aux moines trinitaires ou Mathurins. De cette disposition originelle subsistent les fondations de leur chapelle et des bâtiments conventuels, alors situés à proximité de l’actuelle chapelle de la Trinité. Philippe IV le Bel (1268-1314), fils de Philippe III et d’Isabelle d’Aragon naît et meurt à Fontainebleau.

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La Cour Ovale

La cour Ovale, au centre du château, tient sa forme singulière de l’ordonnancement de l’ancien château fort, celui-ci délimitant une cour octogonale aux angles arrondis. Elle est en partie délimitée par des façades en grès sur lesquelles court une galerie continue supportée par une rangée de colonnes.

La chapelle Saint-Saturnin
(Texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

La chapelle Saint-Saturnin est située entre la cour ovale et le parterre, à l’extrémité de la salle de bal. C’est une chapelle double (ou à étage), comprenant en fait deux chapelles : une basse, pour les domestiques et les officiers, et une haute, l’étage noble, réservé au maître de maison et à sa famille.

Construite en pierre de taille et plus dégagée qu’elle ne l’est aujourd’hui, elle apparaissait comme le pendant du portique de Serlio avec lequel elle partageait de nombreux traits : arcs en anse-de-panier, chapiteaux de fantaisie, ici avec le cerf bellifontain.

On situe les débuts des travaux de la chapelle actuelle en 1541, mais le portique est de 1531. Par la suite, elle s’est trouvée enveloppée par l’aile de la Salle de bal, construite sous François Ier et Henri II, et par l’aile construite sous Henri IV entre le pavillon des Dauphins et la Chapelle, avec une façade sur cour imitant celle de la salle de bal. Elle est achevée en 1546.

La chapelle basse occupe l’emplacement d’une ancienne chapelle du XIIe siècle. Celle-ci ayant disparu sous François Ier, elle fut reconstruite puis restaurée sous Louis-Philippe qui y fait poser de grands vitraux réalisés par Émile Wattier. Dans les vitraux, peints sur les dessins de la Princesse Marie, on peut lire cette inscription : «Cette chapelle, bâtie en 1169 par le Roi Louis VII, a été consacrée par Saint Thomas Beckett».

Dès le règne de François Ier, la chapelle haute aurait dû recevoir un riche décor religieux, mais celui-ci ne fut que partiellement mis en place. Dans ce décor, les douze pilastres de la chapelle devaient être ornés des fameux Apôtres émaillés réalisés par Léonard Limosin, qui furent finalement placés par Philibert Delorme au château d’Anet.
Le tableau «La Sainte Famille de François Ier» par Raphaël ornait le maître-autel avant d’être transféré au Louvre et d’être remplacé par une copie.

La tribune de l’orgue, réalisée sous Henri II, est dessinée par Philibert Delorme et exécutée le menuisier Scibec de Carpi, et a été entièrement refaite au XIXe siècle. Il ne reste de l’ancien ouvrage que deux colonnes ioniques en marbre, taillées par Ambroise Perret en 1554.

En 1612, une commande passée à Ambroise Dubois prévoyait l’exécution de six grandes toiles pour couvrir les fenêtres aveuglées. Leur réalisation fut interrompue par la mort de l’artiste en 1614, mais fut reprise en 1631 par son fils Jean Dubois qui partage alors son travail avec son oncle Claude d’Hoey. L’ensemble est aujourd’hui détruit, à part le décor peint en grisaille d’or en 1639 de la chapelle basse, par Claude d’Hoey.

La chapelle Saint-Saturnin

La chapelle haute fut transformée en bibliothèque sous Napoléon Ier et le resta jusqu’au Second Empire et le déménagement des livres dans la galerie de Diane. La chapelle basse fut dotée sous Louis-Philippe de nouveaux vitraux, d’après les cartons de Marie d’Orléans.

En 1268

Philippe IV le Bel (1268-1314) est le premier Roi de France à naître au château et il y fait aménager des appartements en 1286.

Philippe IV le Bel

Le 29 novembre 1314

Philippe le Bel est également le premier Roi à y mourir des suites d’une chute de cheval, après une longue agonie

En 1323

Isabelle de France, Reine d’Angleterre (1295-1358), vient à Fontainebleau rendre visite à son frère, Charles IV le Bel (1294-1328).

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Geneviève Casile dans le rôle d’Isabelle de France
dans Les Rois Maudits (1972) de Claude Barma

En 1332

c’est à Fontainebleau qu’est signé le contrat de mariage de Jean de France, futur Jean II le Bon (1319-1364) et Bonne de Bohème ( 1332-1349).

Jean II le Bon

Charles VII (Roi de France de 1422 à 1461) entreprend des travaux d’agrandissement de l’enceinte castrale dès le début de son règne. Il y séjourne à plusieurs reprises pendant de longues périodes, excédant parfois six mois.

Un château et un monastère

C’est en bordure de ce qui constitue aujourd’hui la cour d’Honneur (ou cour du Cheval Blanc ou cour des Adieux) que Saint-Louis fonde un couvent-hôpital. Intégrée au logis principal ouvrant sur cette cour, l’actuelle chapelle de la Trinité (reconstruite au XVIe siècle) occupe l’emplacement de la chapelle conventuelle des religieux de la Sainte-Trinité ou moines Mathurins. Les bâtiments de ce couvent étaient alors construits sur le côté de la cour d’Honneur, comme le rappelle toujours le nom même de la cour ouvrant sur la ville et dite des Mathurins.

A partir de 1528

Le monastère sera racheté par François Ier (1515-1547) lors des agrandissements qu’il ordonne.

Plan du château de Fontainebleau
LA RENAISSANCE

Sous le règne des Valois, le donjon de saint Louis et l’enceinte médiévale se métamorphosent peu à peu en un véritable palais.

La galerie François Ier

Dans la seconde partie de son règne, François Ier marque son attachement particulier au château de Fontainebleau, ce que traduisent et ses travaux et ses fréquents séjours.

Les mystères de la Galerie François Ier
                                                                                                           La galerie François Ier

LES ROIS VALOIS EN LEUR PALAIS

La Renaissance imprime les premiers agrandissements notables du château de Fontainebleau. Aux campagnes de construction suivies des grands chantiers d’embellissements conduits par les artistes italiens s’ajoutent les séjours de la cour. François Ier (1494-1547) réside fréquemment à Fontainebleau « où il se plaît tant, que y voulant aller, il dit qu’il va chez soi ». Traquant « bêtes noires et bêtes rousses » dans la forêt.

De retour d’Italie, le jeune Roi transforme le château médiéval en véritable palais. Le souverain installe son appartement dans le donjon, qu’il perce de larges fenêtres et coiffe d’un toit d’ardoises. Et pour loger la cour, des ailes lui sont adjointes, décorées «à l’antique» par les artistes italiens de la première école de Fontainebleau. Le Primatice peint les galeries et dessine un jardin qu’il peuple de statues.

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François Ier en pied d’après Jean Clouet

Le salon «François Ier»
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Salon François Ier

Ce salon fut autrefois la Chambre de Louise de Savoie, puis celle d’Eléonore d’Autriche, seconde femme du Roi et soeur de Charles-Quint.

Salon François Ier

Antichambre de la Reine jusqu’à la Révolution, elle sert de Salle à Manger d’apparat sous Napoléon Ier.

Salon François Ier

La salle avait été décorée par Primatice. Il reste de cette décoration la cheminée ornée au milieu du manteau d’une peinture à fresque Noces de Vénus et d’Adonis, d’après un carton de Jules Romain.

Salon François Ier

Les tapisseries des Gobelins, qui appartiennent à la tenture des Chasses de Maximilien, dite aussi des «Belles Chasses de Guise», y ont été placées en 1865. Elles représentent l’audience de l’Empereur, le Départ pour la chasse, la Halte et le repos et le Cerf au bat-l’eau.

Les consoles en bois d’if, avec bonzes ciselés et dorés et les sièges sont de Jacob.

Salon François Ier

Le 6 janvier 1521, en pleine célébration de l’épiphanie. Par amusement, François Ier décide d’organiser une fausse bataille contre son cousin qui vient de tirer la fève quelques minutes auparavant. Hélas, l’affrontement vire au drame après qu’une bûche enflammée ait atteint le visage du Roi. Le souverain tombe dans le coma et s’en tire avec plusieurs cicatrices sur les joues. En conséquence, le Roi de France décide de se laisser pousser la barbe pour les masquer et par la même occasion lance une mode dans toutes les cours d’Europe.

François Ier confère à Rosso les titres et les bénéfices de l’abbaye de Saint-Martin, en récompense de ses travaux de décoration au palais de Fontainebleau (1865), huile sur toile, Musée de Blois, Isidore Patrois
La galerie François Ier

La galerie du château de Fontainebleau est l’un des lieux les plus célèbres de la Renaissance française. Elle est construite et décorée à partir des années 1530, sur commande du Roi François Ier : les emblèmes, la salamandre par exemple, les devises et le chiffre y sont omniprésents. Comme les princes de la Renaissance, François Ier aspire à vivre dans un cadre majestueux, à posséder des collections d’œuvres d’art, à s’entourer d’artistes célèbres. Comme eux, ses regards sont tournés vers l’Italie. Il invite donc à sa Cour les meilleurs artistes italiens du moment, comme Rosso Fiorentino et Le Primatice qui travaillent successivement dans la galerie du château de Fontainebleau, sur le décor peint à fresque et sculpté.

Avec ce décor, Rosso et le Primatice contribuent à l’épanouissement de la Renaissance en France. Mais c’est une Renaissance dans une nouvelle phase de son histoire qu’ils importent d’Italie, phase que l’on appelle le maniérisme. Ce mouvement est né principalement de la volonté des artistes de s’éloigner d’une représentation objective du monde pour privilégier l’expression plus libre d’un style personnel (maniera en italien). Il se caractérise par des compositions complexes d’où le paysage est quasi absent pour privilégier les personnages. Les figures, aux membres allongés, y adoptent des postures souvent tortueuses. Partout règnent lignes sinueuses et couleurs stridentes. Dans une fresque comme Le Naufrage, ou La Vengeance de Nauplius, qui représente un épisode de la guerre de Troie, Rosso multiplie les diagonales, déforme les visages et les corps, pour mieux exprimer la tension. L’atmosphère nocturne accentue le drame qui se déroule sous nos yeux : le naufrage des bateaux grecs, provoqué par Nauplius, désireux de se venger de son propre peuple qu’il rend responsable de la mort de son fils.

La Vengeance de Nauplius par Rosso Fiorentino (1494-1541)
François Ier faisant visiter sa galerie par Alfred Guédon (1840)
La galerie François Ier

Au rythme du Pavillon de l’Horloge,
Lepaute, Horloger de l’Empereur.
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Depuis François Ier et la reconstruction de la Chapelle de la Trinité, une horloge aux trois cadrans était visible dans la tour surmontée de son élégant campanile.

La galerie François Ier

D’abord création de Jean Legagneur, en 1633, les cloches accompagnant l’horloge, du nom de Louise, Anne et Julie sont baptisées sous Louis XIV.

Un terrible incendie dans le Pavillon des Armes ravage le clocher et fait fondre les cloches.

En 1808, une nouvelle horloge est installée, œuvre de «Lepaute, Horloger de l’Empereur», ainsi que de nouvelles cloches.

L’escalier du fer à cheval

L’escalier actuel est construit entre 1632 et 1634, sous le règne de Louis XIII. Il est conçu par l’architecte Jean Androuet du Cerceau pour remplacer un premier escalier réalisé au XVIe siècle par Philibert Delorme sous le règne de Henri II. Son nom provient de sa double volée de marches courbes qui, vues de face, dessinent la forme d’un fer à cheval. Cette configuration était à la fois élégante et pratique : elle permettait aux souverains de descendre directement de leur carrosse au pied de l’escalier avant de gravir les marches pour rejoindre les appartements royaux. L’escalier sert également de décor aux grandes cérémonies de cour, renforçant le caractère majestueux de l’entrée du palais.

Construit en grès, il se compose de deux larges rampes symétriques qui s’élèvent de chaque côté avant de rejoindre un vaste palier central situé devant l’entrée principale du château. Les deux volées s’incurvent avec élégance, créant une silhouette harmonieuse qui évoque un fer à cheval.

Ses proportions monumentales lui confèrent une impression de puissance tout en conservant une grande légèreté visuelle grâce à l’équilibre des courbes. Il constitue le point focal de la Cour du Cheval Blanc, où son architecture contraste avec les façades Renaissance et classiques qui l’entourent.

Au-delà de sa fonction pratique, l’escalier est conçu comme une véritable mise en scène du pouvoir royal : les visiteurs voient le souverain apparaître au sommet des marches, dominant la cour avant de descendre vers ses sujets ou ses invités. Cette scénographie inspirera de nombreux palais européens, faisant de l’escalier du Fer-à-Cheval l’un des modèles les plus célèbres de l’architecture palatiale française.

L'escalier du fer à cheval

L’antichambre du Col de Cygne
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Cette pièce correspond aux Étuves lorsque François Ier avait son Appartement des Bains à cet emplacement.

Précédent la salle-à-manger de Louis XV et de Louis XVI, cette pièce devient la pièce des Buffets en 1784 sous Louis XVI.

En actionnant le col du cygne vers la gauche, on faisait couler l’eau dans la vasque pour rafraichir les bouteilles de vin.

A partir de 1528

La porte dorée du château de Fontainebleau (1528)

La porte dorée
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Construite à partir de 1528, au début du grand chantier voulu par François Ier, elle constitue la première entrée monumentale de la Renaissance française au château. Pendant près d’un siècle, c’est par cette porte que les souverains, les ambassadeurs et les invités prestigieux pénètrent dans la cour Ovale.

Après son retour de captivité en Espagne à la suite de la bataille de Pavie, François Ier souhaite transformer son ancien château médiéval en une résidence digne des princes italiens. La Porte Dorée est l’un des premiers édifices de ce vaste programme. Son architecture mêle deux influences : l’héritage médiéval, avec son haut toit en pavillon et les nouveautés de la Renaissance italienne, avec ses loggias superposées, ses pilastres, ses frontons triangulaires et sa parfaite symétrie. Son nom provient probablement des dorures qui ornaient autrefois ses décors sculptés, ou de son exposition plein sud, baignée de lumière à l’entrée de la forêt.

Vers 1540, Primatice reçoit la mission de décorer le vestibule de la Porte Dorée. Ces peintures sont parmi les très rares œuvres de sa main encore conservées à Fontainebleau. Le décor se déploie sur la voûte et les murs du passage. Il associe peinture à fresque et riches ornements en stuc, caractéristique de la première École de Fontainebleau.

Scènes de l’Iliade par le Primatice

Entre 2022 et 2024, la Porte Dorée a bénéficié d’une restauration complète. Les restaurateurs ont nettoyé les fresques, consolidé les stucs et retrouvé de nombreux détails invisibles depuis plusieurs siècles. Cette campagne a redonné à ce chef-d’œuvre de la Renaissance une grande partie de son éclat d’origine.

La porte dorée

 Le Roi séjourne surtout en hiver, date des premiers travaux qu’il ordonne.

La galerie François Ier
L'aile des Ministres (1530)

En décembre 1536

Il accueille son futur gendre, Jacques V, Roi d’Ecosse (1512-1542).

Charles V d'Ecosse
François Ier, aux côtés de Léonard de Vinci, reçoit une toile du peintre Raphaël à Fontainebleau. Peinture de Anicet-Gabriel Lemonnier

L’appartement des Bains de François Ier :
Des thermes antiques au cœur du château de Fontainebleau 
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Imaginé par François Ier sur le modèle des thermes romains antiques, l’ensemble occupait le rez-de-chaussée du bâtiment sous la Galerie François Ier.

L’Appartement des bains se composait d’une enfilade de sept salles, que l’on parcourait d’ouest, où se situait l’entrée, en est où se trouvait l’appartement du Roi.
La première salle servait à se laver et à s’épiler.
La deuxième, désignée comme «sudatorium», servait à provoquer les sueurs.

La troisième pièce était celle du bain froid. Elle était décorée de fresques de Primatice.

Venaient ensuite trois pièces de repos dont les murs étaient décorés de lambris marquetés et dorés, sur une hauteur de deux mètres environ. On s’y délassait après le bain, des portes menant au jardin pour se rafraîchir, des cabinets servant de salles à manger.

L'appartement des bains de François Ier
2) Études tièdes, 3) Bains, 4 - 5 - 6) Salles de repos, 7) Vestibule

La sixième pièce, affectée à des fonctions publiques, était la plus vaste. C’est là que se déroula, le 4 mai 1600, la conférence de Fontainebleau entre catholiques et protestants. Enfin, l’enfilade des bains s’achevait par un vestibule, donnant sur un escalier à vis par lequel on pouvait accéder à la Galerie François Ier.

Aile donnant sur le Jardin de la Reine (actuel Jardin de Diane) où se situait l'appartement des aains. La façade que nous voyons aujourd'hui date de Louis XVI au moment du doublement de l'Aile.

Les quatre dernières pièces de l’appartement étaient décorées de peintures de chevalet, insérées dans des encadrements en stuc, comparables à ceux qui entourent les fresques de Rosso, à l’étage, dans la Galerie François Ier. C’est dans ces pièces que François Ier avait rassemblé sa collection de peintures comme Le Grand Saint-Michel de Raphael ou La Joconde de Léonard de Vinci.

Le Grand Saint-Michel de Raphael
La Joconde de Léonard de Vinci

Sous le règne d’Henri IV, le décor original de l’Appartement des Bains est modifié. A l’occasion de ces travaux, les œuvres qui étaient conservées dans les salles chaudes et humides des bains depuis les années 1540, quand François Ier les y avait fait accrocher, sont transférées dans le cabinet des peintures pour y être conservées. Des copies remplacent les originaux.

L’aile sera finalement profondément remaniée sous Louis XIV, en 1697, afin d’y créer de nouveaux logements

Du 24 au 30 décembre 1539

C’est le fameux séjour de l’Empereur Charles Quint (1500-1558) que François Ier reçoit au pavillon des Poêles.

François Ier et Charles Quint

Une invitation «diplomatique» que Martin du Bellay rapporte dans ses Mémoires :

«Le Roi le festoya et lui donna tous les plaisirs qui se peuvent inventer, chasses, tournois, escarmouches et toutes sortes d’esbattements.»

Martin du Bellay

Charles Quint

 

De 1541 à 1544

Réalisation des appartements de la duchesse d’Étampes, Anne de Pisseleu (1508-1580), favorite de François Ier. Le décor de stuc et de fresques, réalisé par Le Primatice, illustre la vie d’Alexandre le Grand.

 

Sous Louis XV

Cet appartement est remanié et devient l’escalier du Roi .

L'escalier du Roi à Fontainebleau

Henri II (1519-1547-1559), son fils y séjourne tout aussi régulièrement, poursuivant les travaux. Au château de Fontainebleau naissent d’ailleurs six des enfants que lui donne Catherine de Médicis (1519-1589).

Le 19 janvier 1544

Naissance du futur François II (1544-1560) ; il est baptisé à Fontainebleau le 10 février de la même année).

Le 2 avril 1546

Naissance d’Elisabeth, future Reine d’Espagne (1545-1568).

Le 12 novembre 1547

Naissance de Claude de France (1547-1575), future duchesse de Lorraine.

Henri II et Catherine de Médicis
Catherine de Médicis et ses enfants Charles IX, Marguerite (future reine de Navarre), Henri d'Anjou (futur Henri III) et François d'Alençon

Henri II et la salle de bal
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Destinée à accueillir avec faste une cour toujours plus nombreuse, la salle de bal fait l’objet de tous les soins de Henri II, alors au début de son règne.

Dès 1548, le Monarque reprend le projet de son père François Ier, qui souhaitait ériger une loggia à l’italienne au sud de la Cour Ovale, mais il en modifie le partir, mal adapté au climat français.

De la loggia, dont les très hautes arcades ouvertes sur la cour et le jardin constituent le seul vestige, l’espace est transformé afin de devenir une grande salle susceptible d’impressionner courtisans et visiteurs et par la monumentalité de son architecture, par la subtilité de son décor, et enfin par les divertissements qui y sont donnés, notamment grâce à une tribune destinée aux musiciens.

Plafond a caissons en bois sculpté et peint par Philibert Delorme
La salle de bal

La magnificence de la salle repose sur l’alliance du décor peint à fresque par Niccolo dell’Abate d’après des dessins du Primatice, qui met en scène les dieux de la mythologie gréco-romaine, et du bois sculpté des emblèmes d’Henri II par le menuisier italien Scibec de Carpi, qui vient recouvrir la partie inférieure des murs.

L’architecte Philibert Delorme décide en 1550 d’y associer un plafond a caissons en bois sculpté et peint, ainsi qu’un riche parquet de marqueterie aujourd’hui disparu.

La cheminée monumentale, occupant toute la hauteur du mur occidental, contribue à la somptuosité du décor, qui n’est cependant achevé qu’en 1556, soit trois ans avant la mort du Roi.

Le chantier de la salle de bal couvre ainsi l’ensemble du règne d’Henri II.

Le 19 septembre 1551

Naissance d’Edouard-Alexandre ( 1551-1589), futur Henri III (1574-1589).

Le 18 mars 1555

Naissance de François (Hercule) , futur duc d’Anjou (1555-1584).

Le 24 juin 1556

Naissance de Victoire (Château de Fontainebleau, 24 juin 1556-Château d’Amboise, 17 août 1556) et de Jeanne qui meurt à la naissance.

 Henri II et Catherine de Médicis poursuivent l’œuvre de leur devancier. Le palais est encore agrandi par le maître maçon Gilles Le Breton. Veuve et régente de leur fils aîné, François II, en 1559, la reine Catherine accentue encore le caractère italien de la décoration confiée à son compatriote florentin le Rosso. Elle donne encore à Fontainebleau des fêtes mémorables, après les couronnements de ses fils cadets, Charles IX et Henri III.

En 1560

Charles IX (1550-1559-1574) réunit l’assemblée des notables afin de pacifier les troubles religieux et c’est donc à Fontainebleau qu’est décidée la convocation des Etats généraux.

Charles IX par François Clouet
Charles IX par Clouet

La galerie d’Ulysse
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Située dans l’aile sud du château, longue de plus de cent cinquante mètres, la galerie d’Ulysse formait une grande promenade menant de la terrasse du pavillon des Poêles au jardin de l’étang et aboutissait à un escalier ouvrant directement sur la grotte des Pins.

La réalisation de son décor prend plus de trente ans, commencée sous le règne de François Ier et terminée sous celui de Charles IX en 1571.

La galerie d'Ulysse

Primatice en livra les dessins et c’est Nicolo dell’Abate qui les interpréta et les mit en couleur sur les murs de la galerie. La voûte était occupée par un décor mythologique sur fond de grotesques, tandis que les parois étaient ornées de cinquante- huit scènes tirées de l’Odyssée d’Homère.

François Ier, comme Henri II, s’identifiait volontiers à Ulysse, héros téméraire mais prudent dont la ruse lui permit, malgré de nombreux dangers et errances, de retrouver Ithaque et Pénélope.

La galerie d’Ulysse sera détruite en 1738, sur ordre de Louis XV pour y créer de nouveaux appartements.

La galerie d'Ulysse

La salle des gardes
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Aménagée sous le règne de Charles IX, elle précédait l’Appartement Royal et des gardes assurant la sécurité du Souverain s’y tenaient en permanence. Du décor d’origine, datant des années 1570, subsiste le plafond à poutres et solives et une frise à décor de trophées d’armes attribuée à Ruggiero de Ruggieri.

Le reste du décor a été réalisé sous Louis-Philippe, notamment le parquet de bois variés qui reprend le dessin du plafond, lorsque la pièce fut transformée en salon de réception. Napoléon III s’en servira de salle à manger ordinaire.

La cheminée, créée en 1836, intègre des éléments du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle : un buste d’Henri IV attribué à Mathieu Jacquet, deux figures provenant de la Belle Cheminée également par Jacquet, et un encadrement provenant de l’ancienne chambre de Henri II, dû à Pierre Bontemps.

Le grand vase en porcelaine de Sèvre, de style Renaissance, date de 1832. Il illustre des scène que la légende situait à Fontainebleau : Léonard de Vinci peignant la Joconde devant François Ier (Léonard de Vinci n’est jamais venu à Fontainebleau).

Le grand vase en porcelaine de Sèvres de style Renaissance
La salle des gardes
Charles IX par Clouet (1570)

 

Lors du carnaval de 1564

Catherine de Médicis ordonne des fêtes somptueuses pour Charles IX, son fils, auxquelles assiste Ronsard.

 

En 1593

Henri IV (1553-1589-1610) reconstitue sa Cour à Fontainebleau, avant d’entrer dans Paris encore en proie aux Ligueurs.

Henri III par Clouet
Henri IV

Du 14 au 21 décembre 1599

Réception de Charles-Emmanuel, duc de Savoie (1562-1630).

                         

                  LE XVIIe SIÈCLE

La dernière campagne de travaux d’agrandissements du château date du règne d’Henri IV qui fit de Fontainebleau sa résidence favorite après le Louvre. Tout au long du XVIIe siècle les séjours de la cour sont jalonnés d’événements décisifs.

Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie
Vue générale du palais côté jardins, avec la partie Henri IV en restauration

La famille royale Fontainebleau

Le 4 mai 1600

Alors que les conflits entre Catholiques et Protestants font rage, Henri IV (Roi de France de 1589 à 1610) assiste, à Fontainebleau, à la conférence contradictoire organisée entre Monseigneur Du Perron, évêque d’Evreux et le théologien protestant Duplessis-Mornay, portant sur les propositions avancées par ce dernier dans son Traité de l’Eucharistie. Le premier Roi Bourbon fréquente assidûment le château qu’il dote d’une nouvelle cour des Offices et d’une entrée monumentale sur la ville ,ainsi que de nombreux bâtiments. Le canal est creusé et de nouveaux jardins sont créés.

Lors de ses séjours à Fontainebleau, la famille royale vit des moments importants.

La galerie des Cerfs
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Edifiée sous Henri IV, la galerie est ornée vers 1602 de vues cavalières des principales maisons royales et de leurs forêts, peintes à l’huile sur plâtre par Louis Poisson. On découvre, par exemple, les domaines de Chambord, de Saint-Germain en Laye, d’Amboise, de Fontainebleau ou encore le grand projet d’Henri IV pour relier le Louvre au palais des Tuileries.

Entre chaque panneau, délimité par un cadre feint, est placé un trophée : la tête de cerf, réalisée en plâtre peint, porte des bois véritables.
Le plafond «à la française», avec ses poutres et solives apparentes, est peint vers 1639-1640 de trophées de chasse groupant hures de sangliers, têtes de loups, filets, épieux et fusils.

C’est ici que le petit Louis XIII, encore enfant, vient jouer.

Transformée en appartements au XVIIIe siècle, la galerie a retrouvé son état originel grâce aux travaux de restaurations entrepris par Napoléon III.

Concino Concini

 

Le 12 juin 1601

Mariage de Concino Concini (1569-1617) et Leonora Dori, dite Galigaï (1568-1617).

 

Le 27 septembre 1601

Naissance du Dauphin, futur Louis XIII (1601-1610-1643) .

Leonora Dori
Marie de Médicis et le Dauphin, futur Louis XIII

La galerie des Chevreuils
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

La galerie des Chevreuils, élevée en 1601, disparut en 1833 lors des travaux menés par Louis-Philippe. Son décor intérieur est connu par les dessins d’Antoine Laurent Castellan, juste avant la démolition.

Reconstitution 3D de la Galerie des Chevreuils

La galerie était ornée de têtes de chevreuils sous lesquelles se trouvaient peintes diverses scènes de chasse d’Henri IV.

Plan actuel avec localisation de la galerie détruite

L’ordonnance de la façade sur le jardin, avec ses arcades séparées par des piles de maçonnerie, était répercutée sur les autres murs.

La galerie des Chevreuils

Le 14 juin 1602

Sur le plan politique, c’est à Fontainebleau que sont arrêtés, , le maréchal de Biron et le comte d’Auvergne, convaincus de trahison (le premier sera décapité à Paris, le 29 juillet).

Le 22 novembre 1602

Naissance d’Élisabeth (1602-1644), future Reine d’Espagne.

Le 25 avril 1608

Naissance du duc d’Anjou, futur Gaston (1608-1660), duc d’Orléans.

La cour ovale est considérablement modifiée sous  Henri IV qui la fait agrandir à l’est et fermer par la porte du Baptistère :

La fontaine de Diane
(Texte et photographies de Christophe Duarte ; Château de Fontainebleau – La demeure des Rois, la maison des siècles)
 
Quelque peu diminué en superficie par l’élévation de trois grandes galeries, le Jardin de Diane fut complètement redessiné sous Henri IV, axé autour d’une fontaine dédiée à Diane dont la construction très élaborée fut confiée aux frères Francini en mai 1603. Le Roi avait préféré abriter au Louvre la précieuse statue de marbre blanc, il avait commandé à Barthélémy Prieur la copie sur un socle cylindrique lui-même élevé au-dessus d’un piédestal carré couvert de marbre blanc et noir.
Ce socle s’ornait de têtes de cerfs et de quatre chiens assis sculptés par Pierre Biard, au centre d’un bassin circulaire enfoncé au plus près des conduits souterrains l’alimentant depuis l’aqueduc Henri IV nouvellement creusé.
Sous le Premier Empire, le jardin prendra le nom de « Jardin de Diane, grâce à une statue de Diane, fondue par les frères Keller. Entourée de grands vases, elle s’éleva sur un socle de marbre blanc, privée des chiens et des têtes de cerfs.
La fontaine de Diane
 
 
Aujourd’hui, la Diane qui règne sur le jardin, est celle des frères Keller, envoyée par erreur de Marly au temps de Napoléon Ier, remplaçant celle de Barthelemy Prieur qui, dans un soucis de conservation, a rejoint la Galerie des Cerfs.
 
 
 
En 1964, la fontaine est rétablie dans son état du début du XVIIe siècle, telle que l’avaient les frères Francini. Le Diane des frères Keller garda sa place, à nouveau élevée sur un socle carré autour duquel s’accroupirent familièrement les quatre chien de Biard.
La porte du Baptistère

La porte du Baptistère
(Texte et photographies de Christophe Duarte ; Château de Fontainebleau – La demeure des Rois, la maison des siècles)

Henri IV, tout aussi passionné de bâtisse que François Ier, entreprend de transformer le château. En miroir des constructions de François Ier, qui a étendu le château vers l’ouest, Henri IV s’échine à l’accroître vers l’est. Souhaitant créer un nouvel accès du côté de la ville, il s’attelle à régulariser la physionomie de la vieille cour Ovale et l’ouvre, à l’est, d’une nouvelle porte monumentale à l’arcade triomphale. Concrètement, il fait prolonger les bâtiments de la cour Ovale, doublant la profondeur de celle-ci, puis fait fermer la cour à l’est par un mur percé d’une porte triomphale surmontée d’un dôme. Cette porte reçut logiquement son nom : on l’appelle porte du Baptistère, en souvenir du baptême de Louis XIII qui s’y serait déroulé ou plus précisément à proximité, dans cette cour.

Le détail le plus intéressant de cette porte est qu’elle n’a pas été construite entièrement neuve. Élevée le long du fossé face à la nouvelle cour des Offices, sa base est le remploi d’un imposant portail en bossage rustique dressé en 1565 par Primatice dans la cour d’honneur, où il formait un pont-levis. Autrement dit, le rez-de-chaussée rustique que l’on voit aujourd’hui date en réalité du règne d’Henri II, presque un demi-siècle avant Henri IV, et servait à l’origine d’accès à un pont-levis situé dans la cour du Cheval Blanc. Au-dessus de cette base ancienne, Henri IV fait ajouter un étage entièrement nouveau : l’étage, en forme d’arcade, est surmonté d’un dôme à pans et orné de sculptures figurant des victoires qui soutiennent les armes d’Henri IV. Ce dôme devait initialement porter un décor bien plus ambitieux : la grande porte est couronnée par un grand dôme qui devait abriter une statue équestre du souverain, qui ne fut toutefois jamais réalisée.
La porte ouvre le mur qui relie le pavillon du Tibre à un pavillon identique appelé pavillon de Luxembourg depuis la fin du XVIIIe siècle, situé côté nord, à l’est de la cour Ovale. Elle donne accès à une nouvelle cour créée dans la foulée : cette porte donne sur une nouvelle cour, la Cour des Communs ou des Offices, aménagée dès 1606-1609.

Le Baptême de Louis XIII au château de Fontainebleau par Clément Boulanger
La cour ovale

 

Le 14 septembre 1606

Dans la cour Ovale, a lieu le baptême du Dauphin, futur Louis XIII, et de ses sœurs Élisabeth et Chrétienne.
Louis XIII passe une enfance heureuse à Fontainebleau, rythmées par les parties de chasse, de paume et les cours de dessin que lui prodigue Martin Fréminet. Plus tard, il vient y prendre les eaux.

Louis XIII, devenu majeur, poursuit les travaux. La cour des Princes est créée, et le fameux escalier « en fer à cheval » devient le nouveau fleuron architectural de la cour du Cheval blanc.

César, duc de Vendôme

 

 

Le 7 juillet 1609

Mariage de César (1594-1665), duc de Vendôme, fils légitimé d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées avec Françoise de Lorraine (1592-1669), fille du duc de Mercœur.

Françoise de Lorraine

La chapelle de la Trinité
( photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

Ancienne église conventuelle des religieux Trinitaires installés ici par Saint Louis en 1259, celle-ci a été rattachée au château sous François Ier. Chantier de longue haleine, la chapelle fut voulue par François Ier et achevée par Louis XIII. Les premiers travaux commencent dès 1528. Si la construction est finie à la fin du règne d’Henri II, l’édifice demeure sans décor jusqu’en 1608, date à laquelle Martin Fréminet est chargé du décor de la voûte.

Reconstruite à partir de ce règne et sous celui d’Henri II, elle reçoit la voûte actuelle sous Henri IV et fut terminée par Louis XIII puis enrichie par Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. On doit donc au peintre Martin Fréminet (1567-1619) des scènes du mystère de la Rédemption de l’homme (les Trinitaires étant un ordre rédempteur) : L’Apparition de Dieu à Noé au-dessus de la tribune, L’Annonciation derrière le maître-autel, Le Christ du Jugement dernier entouré des sept premières intelligences au centre, ainsi que des personnages de l’ancienne Loi (rois de Juda, prophètes, vertus), peints sur la voûte entre 1608 et 1619.

François Ier, vers 1520, en grand costume royal

Dans les compartiments encadrés de stucs et de sculptures dûs à Barthélémy Tremblay, il peint suivant une perspective plafonnante un cycle dédié à la rédemption de l’homme. Entre 1613 et 1619, les deux maîtres collaborent au décor des murs. Après la mort de Fréminet en 1619, le chantier est interrompu et ne reprend qu’en 1628.

Voûte de Martin Fréminet (1608-1619)
Maître-autel (1633) de Bordoni

Le maître-autel, réalisé par le sculpteur italien Francesco Bordoni (1580-1654) en 1633, lequel est aussi l’auteur du dallage en marbre multicolore du sol, est entouré de statues de souverains (saint Louis à droite de l’autel avec les traits de Louis XIII, et Charlemagne à gauche avec les traits de Henri IV). Le maitre-autel reçoit un tableau de Jean Dubois décrivant la Sainte Trinité au moment de la déposition de croix et les statues de Charlemagne sous les traits d’Henri IV et de Saint Louis sous les traits de Louis XIII. 

L’autel et le tabernacle d’origine se trouvent à l’église paroissiale de Fontainebleau où ils furent transférés à la Révolution. Le tableau d’autel a quant à lui été peint par Jean Dubois le Vieux en 1642 et représente la Sainte Trinité au moment de la déposition de croix. La tribune, portée par des colonnes de marbre, est l’œuvre de Scibec de Carpi, tout comme la clôture du chœur datant de 1554. Philibert Delorme avait présidé à la création de deux oratoires : l’un pour Henri II réalisé en 1557, l’autre pour Diane de Poitiers.  Les deux sont détruits en 1605. Les boiseries et les grilles des chapelles sont l’œuvre du menuisier Jean Maujan, qui sous-traite avec Robert Andry en 1629. Barthélémy du Tremblay quant à lui avait commencé les peintures décoratives, terminées par son gendre Germain Gissey, associé à Jean Bertrand et Robert Cammel. 

Fenêtres hautes de la chapelle de la Trinité

Entre 1772 et 1774, un petit orgue est livré par François-Henry Clicquot et prend place dans les tribunes à gauche de l’autel.

La tribune royale

En 1783, quatorze tableaux de la vie du Christ peints par Taraval, Robin, Jollain, Lagrenée le Jeune, Renou, Durameau et Amédée Van Loo viennent remplacer entre les fenêtres hautes les peintures sur plâtre de Fréminet.

La chapelle de la Sainte Trinité

Le Plafond des Planètes,
Les reliques de la Chambre d’Henri II
( photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

En 1556, l’architecte Philibert Delorme projette d’aménager un nouvel appartement pour Henri II, plus vaste et plus digne de la personne royale.

La chambre située au premier étage du Pavillon des Poêles, aujourd’hui détruit, devait en constituer le point d’orgue.

La réalisation de son plafond est confiée à Ambroise Perret en 1558.

Il est finalement transféré à son emplacement actuel en 1664 à l’occasion de l’aménagement de l’appartement de la Reine-Mère Anne d’Autriche.

Ce plafond, délicatement sculpté et doré, est organisé en compartiments ornés de représentations des Dieux de l’Antiquité, chacun incarnant une planète. Au centre, Apollon personnifie ainsi le Soleil. La symbolique des planètes, dont Henri II constituerait l’épicentre, rencontre ici l’un de ses premiers avatars, avant d’atteindre son apogée sous le règne de Louis XIV.

Les armoiries et chiffres qui décorent le plafond, adjonctions du XVIIe siècle, sont en revanche ceux d’Anne d’Autriche. Un autre vestige témoigne de la splendeur passée de la Chambre d’Henri II : il s’agit du cadre de marbre blanc de la cheminée qui l’ornait, œuvre du sculpteur Pierre Bontemps, aujourd’hui remontée dans la Salle des Gardes, et qui entourait à la l’origine une peinture de Niccolo dell’Abate figurant Mars et Vénus.

La chambre d'Henri II

Le salon Louis XIII
( texte et photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

Le salon Louis XIII occupe une place particulière dans les appartements royaux : c’est l’ancien « grand cabinet du Roi », une pièce qui a toujours jouxté la chambre royale, à laquelle on accède par ses grandes portes du fond. C’est sous le règne d’Henri IV qu’elle reçoit son décor de lambris de menuiserie aux petites portes prises dans la boiserie.

Le décor du plafond et des murs date du début du XVIIe siècle, une date de 1610 figurant même sur les poutres. Il se compose de plusieurs éléments :

  • un décor mural avec des paysages et bouquets polychromes, des sujets et figures en camaïeu, des fleurs sur fond or,
  • les chiffres d’Henri IV, de Marie de Médicis, du dauphin et du duc d’Orléans, son frère, ainsi que le fameux « S barré », symbole de constance et de fermeté qu’affectionnait Henri IV.

Mais la pièce maîtresse du décor reste le cycle peint. Ambroise Dubois, peintre de Marie de Médicis, y a peint sur toile, en quinze tableaux encastrés dans des bordures de stuc, les tribulations amoureuses du roman de Théagène et Chariclée. Onze de ces scènes sur quinze sont conservées in situ, réparties entre le plafond, les murs et les dessus de porte : on y voit par exemple le sacrifice de Théagène à Delphes au-dessus de la cheminée, l’enlèvement de Chariclée, ou encore les amants prisonniers de brigands sur une île.

Sur le plan architectural, les grandes portes actuelles ont été percées dans le décor originel en 1757, une modification notable de la disposition d’Henri IV. Puis en 1837, Louis-Philippe fait restaurer la salle, et les portes reçoivent le décor peint qu’on leur connaît aujourd’hui, le salon n’ayant, par ailleurs, que peu changé depuis le règne d’Henri IV.

Le salon connaît aujourd’hui un chantier de conservation important. Agé de plus de 400 ans, le remarquable lambris Renaissance présente des altérations évolutives : une patine jaunâtre, des éclaboussures de cire, et des soulèvements du bois causés par les variations d’humidité, provoquant des lacunes dans la peinture et la dorure. Après une consolidation d’urgence en 2024, un test de nettoyage a révélé un décor originel bien conservé sous la crasse

Le salon Louis XIII

Le 4 mai 1626

Pour trahisons, Louis XIII fait arrêter le maréchal d’Ornano, gouverneur de son frère Gaston.

L’appartement d’Anne d’Autriche
( photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

Cet appartement est devenu celui des Ancien Reines-Mères depuis que Anne d’Autriche devenue veuve s’y était retirée, sa partie ancienne est aménagée dans l’aile du XVIe siècle. Sa partie neuve est déployée dans les espaces contigus du Gros Pavillon construit par Gabriel en 1750. Depuis les deux séjours qu’y effectue Pie VII en 1804 et 1812-1814, il conserve l’appellation d’Appartement du Pape que seul le portrait de ce pontife par David exposé dans un cabinet rappelle aujourd’hui. La somptuosité de ses décors, jointe à la qualité de son ameublement témoignent du grand goût éclectique de Napoléon III et d’Eugénie qui le firent redécorer dans les années 1860 en conservant les exceptionnels plafonds de l’ancienne chambre d’Henri II et de celle d’Anne d’Autriche.

A - Vestibule ; B - Galerie François 1er ; C - Terrasse ; D - Salle ; E- Antichambre ; F - Chambre de Parade ; G - Grand Cabinet ; H- Petit Cabinet ; I - Chambre à alcôve ; J - Terrasse ; K - Vestibule ; L - Galerie d'Ulysse ; M - Cour du Cheval Blanc ; N - Cour des Fontaines ; O - Jardin de l'Etang ; P - Canal ; Q - Jardin des Pins

La chambre :

Cette pièce est la chambre d’Anne d’Autriche qui la fait décorer par les peintres Charles Errard et Gilbert de Sève ver 1660.

Le premier réalise le décor du plafond et les lambris. Le second exécute pour les dessus de portes les portraits de la Reine sous les traits de Minerve et de sa bru Marie-Thérèse d’Espagne, sous les traits de l’Abondance. Le mobilier en noyer sculpté de style Renaissance, comportant un lit à colonnes, deux tables de nuit, deux commodes, une console, un canapé, six fauteuils, six chaises, deux tabourets de pieds, a été livré en 1860 par la Maison Fourdinois.

Les deux tapisseries Le Triomphe de Mars et Le Triomphe de la religion appartiennent à la tenture des Triomphes des Dieux. Le guéridon a été offert par le Pape Pie IX à son filleul le Prince Impérial. Son plateau est constitué d’une mosaïque de marbres.

L’antichambre :

Dans ce qui est son antichambre, Anne d’Autriche fait installer le plafond de la chambre du Roi Henri II dit «aux Planètes», sculpté par le menuisier Amboise Perret en 1558. Il comporte neuf compartiments dont sept sont ornés de figures personnifiant les planètes.

Anne d’Autriche y fait ajouter son chiffre et celui de son fils, «AL», ainsi que ses armes. Les grandes consoles en bois doré à figures égyptiennes ont été exécutées en 1787 par le menuisier Trompette et le sculpteur Butteaux.

Les tapisseries appartiennent à la tenture de La vie d’Alexandre Le Grand.

Le 16 septembre 1629

La ratification du traité de paix entre la France et l’Angleterre est signée.

L'aile de l'escalier du Fer-à-cheval. (1632-1634)

Construit à la demande de Louis XIII entre 1632 et 1634 et attribué à l’architecte Jean Androuet du Cerceau, l’escalier en Fer-à-cheval, aux formes atypiques, permet de mettre en scène l’accès à la galerie François Ier et aux Grands Appartements du château. Le monument constitue également une prouesse architecturale sans équivalent qui devint très rapidement une référence architecturale imitée à travers l’Europe.

 

Les 14 et 15 mai 1633

Promotion de quarante-neuf chevaliers du Saint-Esprit, dont celle du cardinal de Richelieu (1585-1642).

 

Le 25 septembre 1645

Dans la chambre du Roi, le contrat de mariage entre Ladislas IV, Roi de Pologne, et Marie de Gonzague est signé.

Le cardinal de Richelieu

Un état disparu
De la volière d’Henri IV à l’orangerie d’Anne d’Autriche
( photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

La construction de la volière débute en 1599, sur ordre d’Henri IV, qui souhaite se doter d’une volière fastueuse capable d’accueillir une importante collection d’oiseaux chanteurs. L’édifice prend place à l’extrémité nord du jardin de Diane (alors appelé jardin de la Reine), fermant l’espace de ce côté. Cette volière s’inscrit dans un vaste programme de travaux entrepris par Henri IV entre 1600 et 1610, période durant laquelle le roi fait venir à Fontainebleau certains des meilleurs architectes et artistes d’Europe du Nord. Le jardin de la Reine, jusque-là simple terrain assez informe, est alors profondément transformé : plusieurs galeries viennent l’enclore entièrement, dont la Galerie des Chevreuils à l’ouest et la volière au nord.

C’est sous le règne de Louis XIII, vers 1647, que le bâtiment change de vocation. La volière d’Henri IV, dont la mode est alors passée, se trouve idéalement placée à proximité des terrasses plantées d’orangers du jardin. Elle est donc reconvertie en orangerie, destinée à protéger du froid hivernal les précieux arbres en caisse : orangers, mais aussi jasmins et autres arbrisseaux méditerranéens très prisés à la Cour. Ces orangers ne sont pas anodins : parmi eux se trouve le fameux oranger ayant appartenu au connétable de Bourbon, considéré comme une pièce d’exception. Un gouverneur de l’Orangerie est même nommé pour veiller sur ces collections végétales. Les archives conservent d’ailleurs des témoignages assez touchants sur le soin qu’on leur portait : une note de 1664 signale par exemple que les jasmins de l’orangerie se trouvaient en mauvais état et risquaient de périr faute de caisses neuves.

Le prestige de l’orangerie de Fontainebleau sera pourtant éclipsé par celle de Versailles : en 1684, le célèbre oranger de François Ier, la pièce la plus prestigieuse de la collection, est transporté dans la toute nouvelle et bien plus majestueuse orangerie voulue par Louis XIV pour son propre château. Le sort de l’orangerie de Fontainebleau va ensuite suivre une lente dégradation. Elle perd sa fontaine en 1679, puis périclite au fil des décennies. Un événement dramatique marque un tournant : en janvier 1789, à la veille de la Révolution française, un incendie se déclare dans l’orangerie. Le feu se propage et endommage sérieusement la chapelle voisine, réduisant même en cendres l’appartement du Dauphin.

Le bâtiment est reconstruit par la suite, mais de manière fragmentaire, sans jamais retrouver son faste d’origine. Sa disparition définitive intervient finalement en 1834, lorsque l’ancienne volière-orangerie est détruite avec la galerie des Chevreuils, dans le cadre du réaménagement du jardin de Diane en jardin à l’anglaise, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

L'orangerie d'Anne d'Autriche
Christine de Suède

Du 19 au 23 août 1646

Henriette-Marie de France (1609-1669), Reine d’Angleterre et son fils le prince de Galles (1630-1685), futur Charles II (1660-1685) sont reçus à Fontainebleau.

A l’automne 1656 et à l’automne 1657

La Reine Christine de Suède (1626-1689) effectue deux séjours à Fontainebleau.

Le 10 novembre 1657

La Reine Christine fait assassiner Giovanni, marquis Monaldeschi (1626-1657), son grand écuyer, dans la galerie des Cerfs.

Henriette-Marie de France
La galerie des Cerfs

En 1660

Louis XIV, comme son père, apprécie les jardins qu’il fait redessiner par André Le Nôtre (1613-1700). 

Le 17 août 1661

Se rendant depuis Fontainebleau à la fête donnée par Nicolas Fouquet (1615-1680) en son honneur au château de Vaux-le-Vicomte, Louis XIV (1638-1715) décide de faire emprisonner le surintendant.

Nicolas Fouquet

Le 1er novembre 1661

Naissance du Dauphin Louis (1661-1711), fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683).

Marie-Thérèse d'Autriche, Infante d'Espagne, avec son fils le Grand Dauphin, par Beaubrun

 

En juillet 1664

La chambre de justice chargée de juger Nicolas Fouquet tient séance à la chancellerie de Fontainebleau.

 

Le 29 juillet 1664


Le cardinal Chigi, légat du pape Alexandre VII, vient présenter au jeune Louis XIV les excuses du souverain pontife, à la suite de l’échauffourée survenue à Rome en 1662 entre les gardes corses du pape et les domestiques de l’ambassadeur de France. A l’occasion de cette visite, Molière reçoit l’approbation du légat pour son Tartuffe.

Louis XIV en armure par Le Brun
Louis XIV par Le Brun
Construit en 1662, ce salon sur l’eau de forme octogonale fut érigé, à la demande de Louis XIV, par Louis Le Vau en contrepoint du grand parterre d’André Le Nôtre. Trônant fièrement en surplomb des jardins, ce havre de paix et de fraîcheur accessible seulement par les eaux offre une vue intime et éblouissante du château.
Le Pavillon de l’Etang, gravure du XVIIe siècle

Le 31 août 1679

Le mariage par procuration de Charles II, Roi d’Espagne (1661-1700), et Marie-Louise d’Orléans (1662-1689), dite Mademoiselle, fille de Monsieur et d’Henriette d’Angleterre, est célébré dans la chapelle de la Trinité.

Louis XIV, huile sur toile d'après l'original de Claude Lefèvre, 1672, original à La Nouvelle-Orléans.
Marie-Louise d’Orléans
Françoise de Maintenon

 

Le 2 septembre 1679

Au cours du même séjour , est signé le traité entre la France et la Suède d’une part, le Danemark et le duc de Holstein-Gottorp d’autre part.

 

Le 17 octobre 1685

L’Édit de Fontainebleau, ou Révocation de l’Édit de Nantes, est signé dans le cabinet de madame de Maintenon (1635-1719).

Appartement de madame de Maintenon

Le 9 novembre 1685

Décès de Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti (1661-1685), gendre du Roi. Il avait épousé, en 1680, Marie Anne de Bourbon, dite « Mademoiselle de Blois » (1666-1739) , fille légitimée du Roi et de Mademoiselle de La Vallière (1644-1710).

 

Le 11 décembre 1686

Décès à Fontainebleau de Louis de Bourbon, prince de Condé, dit Monsieur le Prince, le Grand Condé (1621-1686).

 

Entre l’automne 1690 et l’automne 1700

Jacques II Stuart, ex-Roi d’Angleterre et sa femme Marie de Modène, effectuent dix séjours consécutifs à Fontainebleau, à l’invitation de Louis XIV.

Le Grand Condé par Coysevox
Marie-Adélaïde de Savoie par Santerre

Le 5 novembre 1696

Arrivée de Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712), future duchesse de Bourgogne.

 

Le 13 octobre 1698

Mariage par procuration de Léopold, duc de Lorraine (1679-1729) et d’Élisabeth-Charlotte d’Orléans, dite Mademoiselle (1676-1744), fille de Monsieur (1644-1701) et d’Élisabeth-Charlotte, princesse Palatine (1652-1722).

 

Du 9 au 11 novembre 1700

Louis XIV tient plusieurs conseils chez madame de Maintenon au terme desquels il prend la décision d’accepter le testament du Roi d’Espagne faisant du duc d’Anjou son héritier.

Du 19 juin au 26 août 1708

Louis XIV ne chasse jamais le dimanche durant son séjour au château de Fontainebleau.

Au cours du séjour du 21 au 24 août 1712

Les négociations menées avec l’envoyé de la Reine Anne, Lord Bolingbroke, organisent la paix entre la France et l’Angleterre et mettent fin à la guerre de succession d’Espagne.

Le château de Fontainebleau

Le 26 septembre 1714

Frédéric-Auguste, prince électeur de Saxe, futur roi Auguste III de Pologne, est reçu sous le nom de comte de Lusace.

Visite du comte de Lusace, présenté au Roi par sa cousine la duchesse douairière d'Orléans.

La chambre de Louis XIV
( photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

Bien qu’elle ait été agrandie et remaniée de 1752 à 1754, la chambre du Roi (devenue salle du Trône depuis le Premier Empire) conserve aujourd’hui encore d’importants éléments de son décor du temps de Louis XIV. Le plus impressionnant de tous est la partie principale du plafond en bois sculpté et doré, grande composition quadrilobée du milieu de laquelle pend une couronne royale entourée de huit amours en bas-relief. On y voit deux écussons aux armes de France, accompagnés du collier du Saint-Esprit et de deux sceptres, et deux écussons aux armes de Navarre, entourés du collier de Saint-Michel et de deux mains de justice. Aux angles, d’autres couronnes fermées sont surmontées d’un aigle.

En 1714, cette chambre est remaniée en même temps que le cabinet qui la précède. On l’agrandit du côté de l’Appartement de la Reine en faisant disparaître une garde-robe intermédiaire. L’espace ainsi obtenu sert à créer une nouvelle alcôve perpendiculaire aux fenêtres, couverte d’un plafond sculpté et doré dans l’esprit de la partie principale (les chiffres du roi seront refaits sous Louis XV).

En 1714, cette chambre est remaniée en même temps que le cabinet qui la précède. On l’agrandit du côté de l’Appartement de la Reine en faisant disparaître une garde-robe intermédiaire. L’espace ainsi obtenu sert à créer une nouvelle alcôve perpendiculaire aux fenêtres, couverte d’un plafond sculpté et doré dans l’esprit de la partie principale (les chiffres du roi seront refaits sous Louis XV). Le Roi, soucieux de conserver le maximum du décor antérieur fait déplacer le manteau de cheminée et le portrait de Louis XIII sur le mur opposé aux fenêtres.

 

Le mobilier est, quant à lui, entièrement renouvelé. On demande aussi à André-Charles Boulle une commode en amarante ornée de bronzes dorés et au fondeur Chérette une grille de feu à vases.

 

Louis XIV connaît cet aménagement lors de son dernier séjour annuel à Fontainebleau au cours duquel il reçoit dans sa chambre le prince électoral de Saxe.

Audience accordée par le Roi au cardinal Chigi, légat du pape dans sa chambre à Fontainebleau le 29 juillet 1664

LE XVIIIe SIÈCLE

Les cérémonies du mariage de Louis XV (1710-1774) et de Marie Leszczyńska (1703-1768), célébré dans la chapelle de la Trinité du château de Fontainebleau, constituent sans nul doute l’événement le plus important du XVIIIe siècle.

Au Siècle des Lumières, Fontainebleau demeure ce château dans lequel se déroulent, à l’automne, les séjours de chasse. Les Rois de France profitent de ce que l’étiquette y est un peu plus relâchée qu’à Versailles pour y recevoir certaines visites diplomatiques de souverains étrangers ou encore, juste avant les mariages, profiter du voyage à Fontainebleau pour aller au devant de nouvelles princesses à accueillir.

Les 30 et 31 mai 1717

Pendant la minorité du Roi, le Tsar Pierre le Grand est reçu à Fontainebleau par le Régent. En un geste spontané qui a marqué l’Histoire, il saisit le jeune Louis XV dans ses bras, manifestant une affection quasi-paternelle. Séduit par « l’enfant roi », il aurait souhaité lui offrir sa fille en mariage, mais le projet échoue.

Louis XV, enfant, porté dans les bras de Pierre le Grand, Tsar de Russie, en visite en France en 1717, par Hersent

Au cours du premier séjour qu’entreprend le jeune Roi – avec l’infante Marie-Anne-Victoire – commencent les travaux d’aménagement du nouveau théâtre, dans l’aile de la Belle-Cheminée ; la salle verra la création et la reprise de forts beaux spectacles tout au long du siècle.
Mais finalement, l’année suivante, le Roi revient à Fontainebleau pour y épouser une princesse polonaise.

Louis XV et sa première fiancée, l'infante Marie-Anne

Le 5 septembre 1725

Louis XV épouse Marie Leszczyńska (1703-1768) : c’est unique mariage royal jamais célébré au château. Les mémorialistes rapportent que la Reine, parée comme une châsse, manque s’évanouir sous le poids de ses ornements sertis des joyaux de la couronne. Un festin est donné dans son antichambre, des comédies de Molière dans la salle de la Belle-Cheminée, un souper dans la salle de Bal. Les trois jours de festivités ordonnées, auxquelles assiste le jeune Voltaire, s’achèvent par un feu d’artifice, imaginé par Berrain.

Mariage de Louis XV et Marie Leszczyńska
Mariage royal à Fontainebleau (image de la série Marie-Antoinette de Deborah Davis)
Aile Louis XV

Présentation des réaménagements de l’appartement du Roi en 1737
( Christophe Duarte – Fontainebleau – La vraie demeure des Rois, la maison des siècles )

Lorsque l’on étudie les plans de cette période, on s’aperçoit que le fonctionnement de l’appartement a été profondément renouvelé.

En premier lieu, la création au niveau du jardin, de petits appartements qui coloniseront progressivement le rez-de-chaussée, sous la Galerie des Réformés (appartement des bains de François Ier) et sa terrasse.

Pour y descendre, un degré du Roi remplace celui du règne précédent. Un escalier de service dit «degré public» (B) vient interrompre la liaison sur-nord de l’Antichambre Saint-Louis du donjon avec l’ancien vestibule du premier cabinet. A son emplacement est alors créé pour le Souverain un Cabinet de Retraite (C), accessible depuis le Cabinet du Conseil (D) qui a remplacé le «Premier Cabinet», doté d’un cabinet de chaise (E) éclairé depuis le cabinet par une glace sans tain. Au-dessus est aménagée en entresol une pièce pour les garçons de la chambre accessible par le degré public (B).

Galerie des Réformés (J), Antichambre (I), au débouché de la Salle des Gardes, la seconde antichambre (H) donne accès indifféremment au Cabinet du Conseil (D) ou au Cabinet du Roi (L).

Alors que, sous Louis XIV, l’espace sous le vestibule était à l’air libre, il a fallu construire en totalité une nouvelle façade, ce qui permit d’aménager au niveau du jardin une antichambre pour les buffets, la salle à manger du petit appartement étant déplacée sous le Cabinet du Conseil. A l’étage, la distribution du nouvel appartement se compose ainsi : Galerie des Réformés (J), Antichambre (I), au débouché de la Salle des Gardes, la seconde antichambre (H) donne accès indifféremment au Cabinet du Conseil (D) ou au Cabinet du Roi (L). Pour ce faire a été ouvert dans le mur du donjon un passage (F) qui relie les deux appartements du Roi et de la Reine sans qu’il faille passer par la galerie extérieure.

Autre modification, le déplacement de l’accès à la garde-robe (G), accessible maintenant depuis l’antichambre.

Le cabinet de Retraite du Roi :

A la fin de son séjour de 1735, Le Roi réclame une pièce de retraite à côté de son grand cabinet. Jacques V Gabriel présente un projet d’une richesse de l’ornementation depuis les simples baguettes et crossettes des panneaux bas, les cartouches ornés de bas-reliefs sur les grands panneaux, jusqu’aux figures d’enfants en fort relief des trumeaux et aux encadrements fourmillants de petits motifs et d’agrafes des dessus-de-porte chantournés.

Le 27 octobre 1743

Un traité d’alliance secret est signé entre la France et l’Espagne.

Le 18 octobre 1752

La première représentation du Devin de village de Jean-Jacques Rousseau a lieu en présence de l’auteur.

La salle du Trône ,
L’ancienne chambre des rois
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

De Henri IV à Louis XVI, tous les souverains ont dormi dans cette pièce. Du règne de Louis XIII datent l’essentiel du plafond, une partie des lambris bas et les portes à fronton, les bas-reliefs à motifs guerriers et les médaillons situés sur le mur de la cheminée. Verberckt et Magnonais complètent le décor de boiseries entre 1752 et 1754 et réalisent les lambris du mur situé face au Trône.

En 1808, Napoléon Ier transforme la chambre en Salle du Trône, soulignant ainsi la continuité du pouvoir.

A l’emplacement qu’occupait le lit prend place le dais, les deux enseignes sommées du « N » et l’estrade qui ont été réalisés par Jacob-Desmalter pour Saint-Cloud en 1804 sur les dessins de Percier et Fontaine.

Le fauteuil provient de la Salle du Trône de Saint-Cloud.

La salle du Trône
La salle du trône

Sur la cheminée, en remplacement du portrait de Louis XIII peint par Philippe de Champaigne brûlé en 1793, l’Empereur fait placer sa propre image par Robert Lefèvre. En 1834, l’œuvre fut ôtée et remplacée par celle que nous voyons aujourd’hui, toile de l’école de Champaigne.

En 1754

La salle de théâtre est rénovée. Elle participe des grands travaux d’embellissement et de mise au goût du jours des décors du château.

Les salles Saint-Louis,
Au cœur du premier Château de Fontainebleau 
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )


Situées au cœur du donjon, elles abritaient la salle et la chambre du logis royal au le XVIe siècle.

– Première salle :

Première antichambre de l’appartement du Roi, on l’appelait également salle du Buffet. C’est ici que l’on dressait les buffets aux XVIIe et XVIIIe siècle lorsque le Roi prenait seul son repas en public dans la salle suivante.

Louis XV fait ouvrir la grande arcade qui relie cette salle et la suivante, afin de faciliter la circulation dans ses appartements. Cinq des tableaux encastrés dans les boiseries sont dus au peintre Ambroise Dubois. Ils seront installés sous le règne de Louis-Philippe ainsi que le plafond en carton-pâte doré. La pièce est meublée dans son état Second Empire avec des meubles de style Louis XIV.

– Deuxième salle :

Cette pièce est peut-être la plus vénérable du château. Située dans l’ancien donjon, seule partie du Moyen Âge conservée jusqu’à nos jour, elle fut la chambre du Roi jusqu’à Henri IV, puis servit d’antichambre. Son décor ancien disparaît sous Louis XV.

Les tableaux où figurent des enfants proviennent du château de Marly. D’autres peintures illustrent des épisodes de la vie d’Henri IV. Celui-ci est également représenté à cheval par Matthieu Jacquet sur le grand bas-relief de la cheminée, provenant de l’ancienne «Belle-Cheminée», aujourd’hui disparue.

Les salles Saint-Louis

La chambre de Louis XV
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

« L’Appartement du Roi à Fontainebleau est aujourd’hui plus beau qu’à Versailles.»

Le marquis d’Argenson

La livraison, en 1754, des deux commodes de Joubert à Fontainebleau est liée aux travaux d’embellissement de la chambre du Roi (actuelle salle du Trône) entrepris la même année par l’architecte Ange-Jacques Gabriel pour Louis XV. Dans la pièce, celles-ci étaient destinées à prendre place devant les trumeaux d’entrefenêtre, ce qui explique leur relative petitesse.

Plan du château de Fontainebleau autour de la cour ovale

« Du 20 septembre, livré par le Sr joubert ébéniste, pour servir dans la chambre du roy à Fontainebleau, deux commodes de bois violet et bois de rose à placages, bombées et chantournées à dessus de marbre brèche violette, l’une ayant pardevant deux grands tiroirs fermans à clef, l’autre à deux guichets aussi fermans à clef imitant les tiroirs à l’extérieur, le tout orné de compartiments, mains fixes et griffes de lion servant de pieds, longues de 3 pieds 8 pouces sur 2 pieds de large et 30 pouces de haut».

Journal du Garde-Meuble

La chambre de Louis XV

La commode de la chambre de Louis XV
( texte de Christophe Duarte – Fontainebleau, la vraie demeure des Rois et photographies d’Alexandre Lafore)

La commode fut livrée au Garde-Meuble en 1754, accompagnée d’une autre (disparue) presque identique, comme l’atteste le Journal tenu par cette administration :

« Du 20 septembre [1754], livré par le Sr Joubert ébéniste, pour servir dans la chambre du roy à Fontainebleau, n°1951, deux commodes de bois violet et bois de rose à placages, bombées et chantournées à dessus de marbre brèche violette, l’une ayant pardevant deux grands tiroirs fermans à clef, l’autre à deux guichets aussi fermans à clef imitanz les tiroirs à l’extérieur, le tout orné de compartimens, mains fixes et griffes de lion servant de pieds, longues de 3 pieds 8 pouces sur 2 pieds de large et 30 pouces de haut».

Le numéro d’enregistrement au Garde-Meuble (n°1951) est porté sur le bâti et le marbre de la commode conservée, qui correspond à la première citée comportant deux tiroirs. Installées dans la chambre du Roi à Fontainebleau, les deux commodes passèrent, à une date non précisée, au château de Choisy, autre résidence de Louis XV aujourd’hui détruite. En 1764, elles se trouvent dans l’appartement du Roi, localisées dans son salon de compagnie. En 1788, elles sont envoyées au château de Marly (le n° « MN° 162 » porté sur l’œuvre l’atteste) et placées dans la chambre du Roi, où elles demeurent jusqu’à la Révolution.

On constate que, pendant tout leur parcours, les deux commodes sont toujours considérées comme des meubles de premier plan réservés au Roi. Leur sort ultérieur est inconnu, jusqu’à ce que l’une d’elles entre en possession, avant 1936, du comte Adolphe Niel A cette occasion, tout le mobilier de la pièce, qui remontait à Louis XIV, est renouvelé somptueusement. Les deux commodes de Joubert sont destinées à prendre place sous les trumeaux d’entrefenêtre. Parallèlement, un exceptionnel «brocart fond bleu à fleurs, feuillages et compartiments d’or, partie glacé et partie frisé», tissé à Lyon dès 1731 sur un dessin de Lallié, fut remis au tapissier Lequeustre pour la garniture du lit, des deux fauteuils, des deux carreaux, des douze pliants, de l’écran et du paravent, ainsi que pour les étoffes de tenture et les rideaux de fenêtre.

Etat actuel de la chambre, aujourd'hui salle du trône

De son côté, l’administration des Menus Plaisirs commande au fondeur Gallien, associé au doreur Gobert et à l’horloger Martinot, une riche pendule glorifiant Louis XIV à poser sur la cheminée (château de Versailles). En 1752, Claude de La Roue avait déjà livré pour l’éclairement de la pièce un superbe lustre de cuivre argenté et de cristal de Bohême à douze branches.

La commode de la chambre de Marie Lesczcyńska

En septembre 1755, cette commode est livrée à Fontainebleau pour l’usage de Marie Leszczcyńska.

Celle de la Wallace Collection fait partie d’une série de deux placées entre les fenêtres de sa chambre. Ils témoignent de l’intérêt de la Reine pour l’Orient, qu’elle exprime à travers une collection de porcelaine chinoise et de petits objets en laque et à travers des chinoiseries qu’elle choisit de peindre. La commode témoigne également du savoir-faire de l’ébéniste Marchand, dont le cachet du fabricant est visible au dos, ainsi que la marque d’inventaire du palais.

La commode de la Chambre de Marie Leszczcyńska

De tels objets étaient destinés à évoquer le monde exotique de l’Orient mais ils ont également été conçus pour fonctionner dans un intérieur français contemporain, et la forme de cette commode et les montures en bronze doré auraient fait en sorte qu’elle s’intègre harmonieusement dans le reste du décor de la chambre.

Le 20 décembre 1765

Décès du Dauphin Louis-Ferdinand (1729-1765), fils unique de Louis XV meurt de la tuberculose dans son appartement, en bordure de la cour Ovale.

Le Dauphin Louis-Ferdinand par Roslin
Allégorie de la mort du Dauphin de Lagrenée l'Aîné (1766): le petit duc de Bourgogne, décédé en 1761, lui présente la couronne de l'immortalité. On le voit entouré dans ses derniers instants par son épouse, Marie-Josèphe de Saxe et par ses fils , le duc de Berry (futur Louis XVI, agenouillé), le comte de Provence (futur Louis XVIII) et le comte d'Artois (futur Charles X).

 

A l’automne 1768

Le Roi Christian VII de Danemark (1749-1808)  séjourne à Fontainebleau.

 

L’escalier de la Reine,
Le cadre majestueux pour les tableaux d’Oudry
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Louis XV cherche à donner davantage d’espace et d’aise pour lui, sa famille et la Cour en remodelant Fontainebleau.

Christian VII de Danemark par Roslin
L'escalier de la Reine

De nombreux percements améliorent la circulation dans les appartements. La création de l’escalier du Roi dans l’ancienne chambre de la duchesse d’Étampes, de l’Escalier de la Reine à l’autre extrémité s’accompagnent d’un redéploiement des appartements des souverains.

Construit en 1768 pour remplacer un ancien escalier du XVIe siècle logé dans le portique, cet espace fut successivement salle-des-Gardes de Monsieur, frère de Louis XIV et Première Antichambre de la Dauphine en 1745. Datant de cette campagne, les encadrements de porte et la rampe de fer forgé sont au chiffre de M.A.

En 1838, Louis-Philippe changera l’aspect de cet escalier en faisant poser un plafond à compartiments peints et dorés, fait encastrer des tableaux autour de la cage et peindre les murs en faux marbre. Les peintures choisies évoquent la chasse avec des tableaux de François Desportes et de Jean-Baptiste Oudry.

L’exécution de la commande de d’Oudry s’échelonne de 1733 à 1746. Elle devait servir de modèles pour des tapisseries tissées à la manufacture des Gobelins. Une tenture ornait les Appartements du Roi à Compiègne. Louis XVI fit réaliser des miniatures de ces mêmes compositions pour Versailles.

L'escalier de la Reine

La salle du Conseil

Entre 1751 et 1754, la pièce fait l’objet d’un chantier ambitieux. Les lambris et le plafond sont refaits à neuf sur les dessins de Gabriel par Verberckt et Magnonais. François Boucher est l’auteur des cinq toiles du plafond. Elles représentent « Le Soleil chassant la Nuit » et « Les Quatre saisons ». Van Loo et Jean-Baptiste Marie Pierre peignirent les figures allégoriques ornant le milieu des panneaux, en camaïeu bleu pour le premier, en camaïeu rose pour le second. Alexis Peyrotte est chargé de tous les ornements, festons de fleurs, trophées des arts et des sciences, paysages et allégories.

En 1773, la salle est agrandie d’une demi-rotonde sur le jardin. Le plafond de cet adjonction est enrichi d’une Gloire d’enfants peinte par Lagrenée le Jeune, et les ornements des nouveaux lambris sont confiés à François-Gabriel Vernet. Sous Napoléon Ier, la pièce conserve sa fonction de salle du Conseil. Disposés autour de la table, les fauteuils et les pliants de Marcion et Jacob-Desmalter permettaient aux ministres et aux conseillers de prendre place autour de l’Empereur.  Les consoles d’entre-fenêtres, commandées par l’Administration des Bâtiments du Roi et non par celle du Garde-Meuble de la Couronne, n’ont jamais été déplacées depuis leur installation en 1774. Sculptées par Jules-Antoine Rousseau, elles possèdent encore leur marbre griotte fourni par Jacques-François Dropsy qui permit leur identification.

 Sous le Second Empire, leur état de conservation oblige le sculpteur Boisselin à compléter des manques. En 1864, il sculpte à chacune d’elles deux guirlandes de fleurs et deux rosaces pour les attacher, ainsi qu’un serpent à l’anse du vase posé sur l’entretoise. Napoléon III décide de transformer l’ancien Cabinet du Conseil de ses ancêtres royaux en salon de Famille. Pour cela, il fait venir l’ancienne table de deux mètres dix en acajou de Sainte-Lucie de la Bibliothèque de Louis XVI à Versailles que l’ébéniste Quervelle livra en 1778. Recouverte d’un brocard vert, Fontainebleau l’échangera dans les années 1960 contre le secrétaire et la travailleuse en nacre et acier de Riesener pour le cabinet de la Reine que Versailles avait pu racheté quelques années auparavant.

La salle du Conseil
Le salon d'angle du Gros Pavillon

Le salon d’angle du Gros Pavillon
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Le salon d’angle du Gros Pavillon du château de Fontainebleau constitue l’une des plus élégantes pièces d’apparat aménagées au sein de cet édifice construit entre 1750 et 1754 par l’architecte Ange-Jacques Gabriel. Le Gros Pavillon fut élevé à l’emplacement de l’ancien Pavillon des Poêles de François Ier afin d’offrir de nouveaux appartements destinés aux filles de Louis XV. Ces appartements accueilleront ensuite plusieurs membres de la famille royale, notamment les princes d’Orléans et de Condé lors des séjours du souverain, puis le comte de Provence, futur Louis XVIII, et son épouse. Au début du XIXème siècle, le pape Pie VII y sera logé lors de ses passages à Fontainebleau, avant que les lieux ne deviennent, sous la Monarchie de Juillet, les appartements du duc et de la duchesse d’Orléans.

Le salon d’angle occupe la position la plus prestigieuse de l’appartement puisqu’il est situé à l’angle du pavillon et bénéficie d’une vue privilégiée sur la cour de la Fontaine et l’étang. Il est destiné aux réceptions et aux conversations mondaines, offrant un cadre raffiné où les invités de marque étaient accueillis. Sous le Second Empire, à la demande de Napoléon III, l’architecte Alexis Paccard entreprendra une importante restauration des décors afin de redonner à l’ensemble son éclat. Le salon sera alors aménagé dans un style Louis XV pour recevoir notamment Stéphanie de Beauharnais, grande-duchesse de Bade et cousine de l’Impératrice Joséphine. Depuis sa réouverture au public en 2007, la pièce restitue fidèlement son apparence sous le Second Empire grâce à de nombreuses campagnes de restauration.

Le décor intérieur se distingue par des lambris moulurés peints en blanc et rehaussés de dorures qui encadrent de grandes glaces placées au-dessus des cheminées ainsi que plusieurs tableaux encastrés dans les boiseries. Ces peintures représentent principalement des compositions de fleurs, de fruits, de vases précieux, de paons et d’autres motifs décoratifs particulièrement appréciés au XVIIIe siècle. L’ensemble est conçu pour créer une atmosphère lumineuse où les reflets des miroirs amplifient la richesse des dorures et mettent en valeur les œuvres peintes. Une table d’applique en bois doré surmontée d’un plateau de marbre supporte une paire de grandes potiches décoratives qui participent à l’élégance générale de la pièce.

Le mobilier actuel restitue avec une grande fidélité l’ameublement voulu sous Napoléon III. En 1859, le Garde-Meuble impérial fait parvenir un exceptionnel ensemble de sièges en bois doré exécuté par le célèbre menuisier Jeanselme. Cet ensemble comprend un canapé, une causeuse, six fauteuils à la reine, six chaises, deux tabourets de pied et un écran de cheminée. Les sièges étaient à l’origine recouverts d’une somptueuse brocatelle à fond jaune ornée de bouquets de fleurs verts inscrits dans des cartouches, tandis que les rideaux étaient confectionnés dans la même étoffe afin d’assurer une parfaite harmonie décorative. Deux consoles en bois doré de goût rocaille prennent place sous les miroirs, une élégante table de salon en marqueterie de losanges occupe le centre de la pièce et une vaste moquette recouvre entièrement le parquet. La cheminée est ornée d’un feu en bronze doré accompagné d’une pendule d’époque Louis XVI ainsi que d’une paire de vases en porcelaine de Sèvres à fond vert qui apportent une touche de couleur raffinée à l’ensemble. À la fin du XIXe siècle, les sièges seront renvoyés au Mobilier national et leurs garnitures d’origine sont remplacées. Heureusement, un exemplaire identique de la brocatelle a été conservé dans un autre appartement du château, ce qui permet plusieurs décennies plus tard de tisser une reproduction fidèle du tissu d’origine. Les sièges reviendront progressivement à Fontainebleau entre 1992 et 2000 avant de faire l’objet d’une restauration complète achevée récemment. Cette intervention a permis de restituer les garnitures, les étoffes et les couleurs du Second Empire afin que les visiteurs découvrent aujourd’hui le salon d’angle dans un état très proche de celui qu’il présentait lors des séjours impériaux.

Le salon d'angle du Gros Pavillon

Le « Grand Projet » d’Ange-Jacques Gabriel
( texte et photographies de Christophe Duarte ;Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Fontainebleau se présentait au XVIIIe siècle comme un château composite, où se superposnt sans plan d’ensemble le palais médiéval, les ajouts de François Ier, de Henri II, de Henri IV et du siècle de Louis XIV. Louis XV, resté profondément attaché à cette demeure de ses ancêtres où il a épousé Marie Leszczińska en 1725, souhaita en harmoniser l’aspect disparate et lui donner un visage classique conforme au goût de son temps. C’est cette ambition que l’on désigne, dans l’histoire du château, sous le nom de « grand dessein » ou « Grand Projet » de Gabriel, une entreprise portée successivement par deux générations d’architectes, Jacques V Gabriel puis son fils Ange-Jacques Gabriel, et qui devait rester, pour l’essentiel, à l’état de projet.

C’est en 1738, alors que Jacques Gabriel venait de prendre la place de Robert de Cotte comme Premier architecte du Roi, que sont engagés les premiers travaux de grande envergure. La démolition de l’aile de la Galerie d’Ulysse débute en novembre 1738 : cette aile abritait pourtant, depuis le XVIe siècle, le chef-d’œuvre peint par le Primatice et Nicolo dell’Abbate, dont la disparition est vivement déplorée par le comte Algarotti, sensible à la fraîcheur et à la force de coloris de ces peintures Renaissance. Sur ses décombres est entamée, dès 1739, la construction d’un bâtiment neuf, l’actuelle aile Louis XV, destinée à recevoir quarante-trois logements de Cour. Sa moitié orientale et son pavillon central sont élevés entre 1739 et 1741, tandis que la moitié occidentale ne sera achevée que beaucoup plus tard, en 1773.

Projet de façade en avant de l'aile de la galerie François Ier

C’est dans ces mêmes années que le jeune Ange-Jacques Gabriel, encore associé aux travaux de son père, prend progressivement une place plus importante dans l’agence des Bâtiments du Roi, avant de devenir lui-même Premier architecte en 1742 et de mener, à Fontainebleau, la reconstruction de la façade des appartements royaux sur le jardin de Diane, dont on connaît deux projets successifs réalisés en 1746 puis en 1751-1752, ainsi que la construction d’un nouvel escalier du Roi en 1748-1749, aménagé avec soin dans l’ancienne chambre de la duchesse d’Estampes de manière à préserver les fresques et les stucs du Primatice. C’est également à Gabriel que revient, entre 1750 et 1754, l’édification du Gros Pavillon dans la cour de la Fontaine, un pavillon carré d’esthétique classique, doté d’un bel étage, d’un attique scandé de pilastres et d’un avant-corps, qui vient se substituer aux petits pavillons de François Ier et qui demeure, aujourd’hui encore, l’œuvre la plus aboutie et la plus visible de son intervention à Fontainebleau.

Projet pour la cour des Fontaines
Projet d'élévation du Gros Pavillon

Mais c’est après la guerre de Sept Ans, en 1765, qu’Ange-Jacques Gabriel reprend véritablement à son compte le Grand Projet initié par son père, avec l’ambition, cette fois, d’un achèvement complet et cohérent de la cour du Cheval Blanc. Ce plan prévoyait de dupliquer aux angles de cette cour le modèle très massif du Gros Pavillon déjà construit dans la cour de la Fontaine, tandis qu’une construction basse serait venue prendre la place de l’ancienne aile de Ferrare qui fermait alors la cour à l’ouest. Gabriel envisage aussi de doter la chapelle de la Trinité d’un transept et d’en augmenter la profondeur de manière à y aménager un véritable chœur, transformant ainsi une chapelle de collège en un édifice religieux à la mesure du reste de l’ensemble. Le vestibule de l’escalier du Fer-à-Cheval, entrée emblématique de la cour, aurait lui aussi été entièrement reconfiguré dans ce nouvel esprit classique. Dans la cour de la Fontaine, Gabriel pousse même l’ambition jusqu’à envisager la démolition de l’aile de la Belle-Cheminée, pourtant l’un des aboutissements les plus achevés de la Renaissance française avec ses deux escaliers à rampes divergentes conçus par le Primatice, pour la remplacer par un nouveau corps de bâtiment qui se serait terminé, du côté de l’étang, par un gros pavillon faisant pendant à celui déjà élevé de l’autre côté de la cour.

Projet de l'entrée de la cour du Cheval Blanc

Aucun de ces projets d’achèvement ne doit pourtant voir le jour. A la mort de Louis XV, en 1774, le jeune Louis XVI, souverain économe peu soucieux de poursuivre un chantier aussi dispendieux, ne donne pas suite à cette ambition. Gabriel, déjà diminué par l’âge et la maladie, demande et obtient sa mise à la retraite en 1775, mettant ainsi un terme à près de quarante années d’intervention de la dynastie des Gabriel sur le château. Le Grand Projet de Fontainebleau demeure ainsi, aujourd’hui, connu presque exclusivement à travers les plans et les élévations conservés aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale de France

Projet d'entrée de la cour du Cheval Blanc

Le cabinet aux oiseaux,
l’ancienne salle-à-manger de Louis XVI 
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Cette pièce se situe au rez-de-chaussée, dans les petits appartements, sous la galerie François Ier, à un emplacement qui a connu plusieurs vies successives : il occupe l’ancien appartement des bains de François Ier datant de la Renaissance, puis a servi de salle-à- manger à Louis XVI et Marie-Antoinette, avant d’être transformé sous le Premier Empire en bureau pour Napoléon Ier, le dernier d’une enfilade de trois bureaux destinés aux secrétaires de l’empereur.

C’est sous le Second Empire que la pièce prend son visage actuel. A partir de 1861, l’Impératrice Eugénie décidera de transformer intégralement ce décor pour constituer une véritable volière peinte, un choix qui n’est pas anodin : elle évoque ainsi la volière qui existait au château à la Renaissance, dans la cour de la Fontaine, un souvenir d’un dispositif aujourd’hui disparu. Pour réaliser ce projet, les lambris du salon furent transformés afin d’y encastrer une trentaine de tableaux du XVIIe et du XVIIIe siècles représentant des oiseaux : concerts d’oiseaux, rapaces, portraits de gallinacés furent ainsi ordonnés dans la pièce, qui fut d’ailleurs repeinte plusieurs fois sur ordre de l’Impératrice.

Ces toiles proviennent d’horizons variés : collections de la couronne, manufacture de Sèvres, mais aussi des réserves du Louvre. Les boiseries reçoivent notamment des tableaux attribués à Frans Snyders, dont le célèbre « Concert d’Oiseaux ». Parmi les autres artistes représentés figurent Jan Fyt, Jean-Baptiste Oudry et Alexandre-François Desportes, aux côtés de peintres restés anonymes. On y trouve par exemple une toile de Fyt intitulée « Oiseaux de proie s’abattant sur des canards sauvages dans un marais ». Ce goût pour le thème ornithologique s’inscrit dans un mouvement plus large : le motif était très populaire et avait été repris par la peinture flamande et néerlandaise dès le XVIIe siècle, les oiseaux n’étant plus de simples éléments de paysage mais devenant le sujet central de la scène. Le salon des Oiseaux illustre ainsi l’intérêt renouvelé pour la nature sous le Second Empire, les oiseaux se situant alors au sommet de la hiérarchie animale dans l’imaginaire de l’époque.

Une fois encastrées dans les boiseries en 1861, les toiles restent en place pendant plus d’un siècle, dans une position qui rend leur examen difficile. Fort peu de documentation était conservée dans les archives du château quant à leur restauration, signe que la pièce n’avait pas fait l’objet d’une attention particulière entre-temps. Avec le temps, les œuvres présentaient les altérations classiques de la peinture ancienne : perte d’adhérence de la couche picturale, oxydation des vernis, perte de tension des supports, et traces de rentoilages.

Le Concert d'Oiseaux

Le château de Fontainebleau entreprend la restauration de cet espace au début de l’année 2017, financée grâce au mécénat. Le travail est mené méthodiquement, tableau par tableau, avec l’aide d’ateliers spécialisés : le « Concert d’Oiseaux » de Snyders est ainsi confié à l’atelier du restaurateur David Prot, où il succède à un autre tableau de la pièce. Grâce à cette campagne, le salon des Oiseaux retrouve progressivement les couleurs originales de la volière de la cour de la Fontaine, renouant visuellement avec l’inspiration Renaissance voulue par Eugénie trois siècles plus tôt.

D’octobre à fin novembre 1770

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Fontainebleau vu du ciel

 

Le 12 mai 1771

Accueil de Marie-Joséphine de Savoie (1753-1810), qui vient épouser le comte de Provence, futur Louis XVIII (1755-1824).

Du 7 octobre au 19 novembre 1771

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Quatre bals : les 14 et 28 octobre et les 4 et 11 novembre 1771

Du 6 octobre au 17 novembre 1772

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Du 6 octobre au 14 novembre 1773

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Le 23 octobre 1773

Comédie, La Rosière de Salency

Marie-Joséphine de Savoie par Gautier d'Agoty

Le 16 octobre 1773

Accident de Pierre Grimpier, vigneron d’Archères, âgé de trente ans et père de trois enfants, lors d’une chasse du Roi : il est grièvement blessé à la cuisse et au corps par un cerf poursuivi par la meute. La Dauphine et la comtesse de Provence descendent de voiture pour porter assistance à l’homme et sa famille.

La scène va marquer les esprits.

La scène relatée par Gauthier d'Agoty
...et par Moreau le Jeune qui est plus fiable vis à vis de la mode du moment...

Le 18 octobre 1773

Spectacle pour la Cour à Fontainebleau.

Le 28 octobre 1773

Bal de la Dauphine.

Le 31 octobre 1773

Présentation de l’ambassadrice du Portugal, la comtesse de Souza, née Canillac.

Le 14 novembre 1773

Accueil de Marie-Thérèse de Savoie (1756-1805), sa sœur, qui vient épouser le comte d’Artois (1757-1836) , futur Charles X.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Marie-Thérèse d'Artois par Gautier d'Agoty

Le 10 mai 1774

Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles vers trois heures un quart de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.

Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.

Du 10 octobre au 10 novembre 1774

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Tous les matins, la Reine reçoit une leçon de harpe d’une heure et demi voire deux heures.

 

Du 9 octobre au 16 novembre 1775

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

 

Automne 1775

Marie-Antoinette se lie d’amitié avec la comtesse de Polignac, une jeune femme de peu de moyens mais dont elle apprécie la gaieté d’esprit. La Reine se montrera généreuse envers cette amie et tout son entourage…

Détail du tableau de André Gauthier d'Agoty

Du 9 octobre au 16 novembre 1776

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Mercy relate, dans une lettre à Marie-Thérèse, les deux courses survenues à Fontainebleau. Le lieu des courses, sans qu’il soit clairement précisé, est cette année là la plaine de Sermaise, très proche de Bois-le-Roi et pratiquement en bordure de Seine. La Reine qui apprécie beaucoup les courses, se rend régulièrement à l’entraînement des chevaux. Mercy décrit l’endroit :

 
« … à une lieue et demie de Fontainebleau, dans une grande bruyère (…) l’on avait arrangé deux routes fort larges, chacune d’une demi-lieue de longueur et se joignant par une partie circulaire. A l’extrémité et au milieu de ces deux routes on avait élevé un bâtiment en bois, dont l’étage supérieur formait un grand salon avec une galerie tournante d’où la Reine et toute sa suite voyait les courses. Les hommes arrivaient à ce rendez-vous à cheval et la plupart dans un négligé peu décent. Il était cependant permis à tout un chacun de monter dans le salon où se tenait la Reine ; c’était dans ce lieu où se faisait les paris, et ils n’étaient jamais arrangés, sans beaucoup de propos, de bruit et de tumulte. Le comte d’Artois hasardait des sommes assez considérables et s’impatientait fort quand il perdait, ce qui lui est presque toujours arrivé. »
 A Fontainebleau, « les courses attirent assez de monde » écrit Mercy.
 
Le 18 octobre 1776
 
La première course, est gagnée par des chevaux amenés par les Anglais contre les chevaux du comte d’Artois. Mercy est choqué par le laisser-aller vestimentaire qui règne lors de ces courses :
« Les courses de chevaux étaient des occasions bien fâcheuses et, j’ose le dire, indécentes par la façon dont la Reine s’y trouvait. A la première course, je m’y rendis à cheval et j’eus grand soin de me tenir dans la foule à une distance du pavillon de la Reine où tous les jeunes gens entraient en bottes et en chemise (en tenue négligée). Le soir, la Reine, qui m’avait aperçu, me demanda à son jeu pourquoi je n’étais pas monté dans le pavillon pendant la course. Je répondis, assez haut, pour être entendu de plusieurs étourdis qui étaient présents, que la raison qui m’avait empêché de monter dans le pavillon était que je me trouvais en bottes et en habit de cheval, et que je ne m’accoutumerais jamais à croire que l’on pût paraître devant la Reine dans un pareil équipage. SM sourit, et les coupables me jetèrent des regards forts mécontents. A la seconde course, je m’y rendis en voiture et habillé en habit de ville ; je montais au pavillon où je trouvais une grande table couverte d’une ample collation, qui était comme au pillage d’une troupe de jeunes gens indignement vêtus, faisant une cohue et un bruit à ne pas s’entendre, et au milieu de cette foule, étaient la Reine, Madame, Madame d’Artois, Madame Elisabeth, Monsieur et le comte d’Artois, lequel dernier courait du haut en bas, pariant, se désolant quand il perdait et se livrant à des joies pitoyables quand il gagnait, s’élançant dans la foule du peuple pour aller encourager ses postillons ou jaquets et présentant à la Reine celui qui avait gagné une course. J’avais le cœur très serré de voir ce spectacle, et plus encore en observant la contenance gênée de Monsieur, de Madame, de Madame d’Artois et de Madame Elisabeth. Il faut convenir cependant, qu’au milieu de ce pèle-mêle, la Reine, se portant partout, parlant à tout le monde, conservait un air de grâce et de grandeur qui diminuait en partie l’inconvénient du moment. Mais le peuple, qui ne pouvait apercevoir cette nuance, ne voyait qu’une familiarité dangereuse à laisser soupçonner dans ce pays-ci ».
 
Le comte de Mercy
Cette seconde course, la plus importante a lieu le mercredi 13 novembre en présence de Louis XVI, ce qui est une première. Les paris sont considérables et le comte d’Artois mise « au delà de cent mile francs » nous dit Mercy. Marie-Antoinette apparemment participe beaucoup à cette manifestation, où sont parties prenantes, le duc de Chartres, le duc de Lauzun et le marquis de Conflans, ce dont Louis XVI est très fort mécontent mais il l’est encore davantage de l’attitude de son frère et des excès de tous ordres qu’il constate. La Reine semble, en apparence, condamner ces courses, mais en réalité, elle s’y rend avec beaucoup d’empressement ce qui a pour conséquence d’encourager le comte d’Artois à en organiser d’autres !
Parmi les débordements associés à ces courses, un esclandre fait scandale puisque deux anglais se querellent et se défient en duel. Celui-ci a lieu dans le Hainaut et les deux combattants se blessent à coup de pistolet. L’un d’entre eux, nommé Fitzgerald, un très bon cavalier, se comporte assez mal durant le duel, selon Mercy. (Malgré le temps passé à chercher, je n’ai pas pu trouver de documentation sur ce Fitzgerald et donc je ne sais pas si ce personnage a fait partie de la famille du même nom, célèbre outre-manche au XVIIIe siècle)
La présence d’Anglais à Fontainebleau ne doit pas étonner. Elle est, en effet, associée aux courses de chevaux, mais également aux visites fréquentes que se rendent les aristocrates des deux côtés de la Manche. Marie-Antoinette et Georgiana, duchesse de Devonshire donnent l’exemple de ces amitiés fidèles. La belle duchesse reçoit fréquemment à partir de son mariage, en 1774, ses amis français à Chiswick, sa demeure favorite aux portes de Londres. Chastworth et Devonshire House : tout d’abord le comte Esterhazy, ami de Lady Spencer, la mère de Georgiana, Fersen, La Fayette, le marquis de Conflans, le duc de Chartres, le duc et la duchesse de Polignac, le comte de Vaudreuil, Diane de Polignac, Calonne et bien d’autres aristocrates français.
Les rencontres ont lieu également à la Station thermale anglaise de Bath, mais également à celle de Spa près de Liège, et on peut se demander si Fontainebleau n’est pas également dans ces années 1775/1777, l’un des rendez-vous convenus de ces amitiés franco-anglaises. Les échanges épistolaires suivis, tels ceux de Marie-Antoinette et de la duchesse de Devonshire complètent ces visites régulières.
 
Dans une lettre que Mercy adresse à l’Impératrice Marie-Thérèse, le 15 novembre 1776, il informe celle-ci des effets désastreux de cette vie dissipée de Marie-Antoinette à Fontainebleau et ce jusque dans sa vie privée :
« Un autre circonstance de familiarité qui produisait le plus mauvais effet était de voir, le soir, passer la Reine, par les antichambres remplies de monde et ayant sous le bras sa favorite, la comtesse de Polignac, sans autre suite que celle d’un garçon de la chambre et de deux valets de pie. Pendant le jeu, on voyait toujours quelques étourdis voltiger autour de la table de la Reine, qui ne cessait de s’entretenir avec eux, tandis que les personnes les plus considérables de la Cour se tenaient respectueusement en cercle sans que la parole ne leur fût presque jamais adressée. Un des plus grands maux qui résulte de cette dissipation était que les veillées de la Reine n’ont presque pas permis au Roi d’aller passer la nuit chez son auguste épouse. Il y est cependant retourné la nuit du 4 (novembre) et a continué les nuits suivantes. Je me suis obstiné à parler très fortement à la Reine sur cet article, et lui ai démontré qu’un des points les plus importants à son crédit et à sa sûreté était que le public de la Cour n’eût point à savoir que le Roi fît lit à part avec la Reine ».
Il est vrai que les journées de Marie-Antoinette sont bien remplies, Mercy dit, avec humour, que « l’heure du lever de la Reine varie évidemment de celle de son coucher » ! Le plus souvent, Elle se lève neuf et dix heures ; le service des femmes entre dans la chambre, les frères du Roi, Monsieur, le comte d’Artois et leurs épouses Lui font alors une première visite qui est courte ; puis vient l’Abbé de Vermond, mais en 1776, il vient moins souvent que les années précédentes. Marie-Antoinette, entourée de Ses femmes de chambre et de Ses « friseurs » se met à sa toilette entre dix et onze heure, c’est le moment où Mercy Lui fait sa cour et lui présente parfois des personnalités, tel le général, comte Charles Clément Pellegrini qui fait un séjour bref à la Cour. Après la toilette, Elle se rend à la messe puis déjeune ou dîne en fonction des activités de la journée.
Aux promenades ou aux chasses se succèdent le spectacle ou le jeu, le souper dans les cabinets du Roi ou chez une des princesses royales, Ses belles-sœurs. Après le souper, comme l’an passé, commencent les moments importants de la journée ; à onze heures, Elle se rend chez la princesse de Lamballe ou chez la princesse de Guéméné où Elle retrouve Sa chère amie, la comtesse de Polignac.
 
Ainsi va la vie de Marie-Antoinette durant ce séjour de l’automne 1776 à Fontainebleau…

Les appartements de la Reine existent depuis la Renaissance, mais ils sont profondément remaniés à plusieurs reprises. En 1746, Louis XV a fait consolider la façade sur jardin des appartements de la reine et en profite pour redécorer ces pièces, prêtes pour la saison de 1747. D’autres travaux suivent en 1768, dont l’escalier de la Reine, qui donne accès à l’appartement. Sous Louis XVI, deux grandes campagnes concernent Marie-Antoinette : à l’automne 1777, pour Ses vingt-deux ans, les frères Rousseau lui installent au deuxième étage de nouveaux cabinets au goût du jour, modernes, en rupture avec le décor pompeux des grands appartements. Puis, dix ans plus tard, Louis XVI commande l’aménagement de deux cabinets de retraite pour la reine, dont la chambre manquait de dégagements : ce seront les boudoirs d’Argent et Turc.

En 1777

Le Boudoir Turc
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Niché dans les hauteurs du château, le boudoir Turc est le dernier témoignage de décors de «turqueries royales» en vogue au XVIIIe siècle. Les relations diplomatiques nouées entre la France et l’Empire Ottoman depuis Louis XV sont à l’origine de cette mode orientalisante dans les arts.

Détail d'une fenêtre de l'appartement de Marie-Antoinette
Vestibule

En 1777, Marie-Antoinette confie la conception de cet espace qui Lui servait de retraite, loin de la Cour, à l’architecte Richard Mique, également maître d’œuvre du théâtre et du hameau du Petit Trianon à Versailles.

Le Boudoir Turc
Escalier menant aux entresols

Les frères Rousseau exécutent le décor de lambris sculptés et peints, semés d’arabesques et de symboles de l’Empire Ottoman, comme le croissant ou les personnages coiffés d’un turban. Des miroirs mobiles, innovations de l’époque, permettent d’occulter la fenêtre et de créer une atmosphère de reflets.

Plan de l'entresol en 1776 par Jérôme-Charles Bellicard (Archives Nationales)

A partir de 1806, l’Impératrice Joséphine remeuble le boudoir, dont les meubles choisis par Marie-Antoinette ont été vendus sous la Révolution, et y installe sa «petite chambre à coucher». Elle commande à Jacob-Desmalter un mobilier garni d’un velours scintillant rappelant le fameux goût «à la turque» et orne la pièce de précieuses étoffes : mousselines brodées, taffetas ou encore festons lamés or à motifs vermiculés.

Merveilleux détail du boudoir d'Argent
Le Boudoir turc de la Reine
Le cabinet de toilette
Le cabinet de la chaise

Pendule à guirlandes et à colonnes,
Un décor pour le Boudoir de la Reine
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Cette pendule en marbre blanc et bronze doré de style Louis XVI a pris place sur la cheminée du Boudoir.

Le Boudoir Turc
Cheminée du Boudoir Turc
Paire de chenets aux dromadaires présents dans ce boudoir en 1777, aujourd'hui au Louvre.

 

Avec ses quatre colonnes, ses guirlandes de fleurs, ses feuilles d’acanthe, ses perles et son lumineux cadran, signé Baillon à Paris, elle s’accorde à l’exceptionnel décor de Pierre Rousseau et aux meubles de nacre de Riesener créés pour y prendre place.

Achetée par le Garde-meuble au cours du XIXème siècle, la pendule est entrée au château en 1859 et parait d’abord avoir été placée dans un appartement de courtisan.

Sa beauté a parlé pour elle, et, faite pour accompagner une Reine, elle a rejoint avec toute sa suggestive féminité le plus emblématique ensemble décoratif du château.

Du 9 octobre au 15 novembre 1777

Séjour de la Cour à Fontainebleau.

Du 9 octobre au 24 novembre 1783

Long séjour de la Cour à Fontainebleau.

Cette paire de fauteuils est l’une des seules pièces qui subsistent encore de l’ameublement du cabinet intérieur du Roi à Fontainebleau

L’appartement du comte de Provence,
Entre hésitation, réemploi et économie
(texte et photographies de Christophe Duarte – Fontainebleau, la vraie demeure des Rois   )

L’appartement de Monsieur, comte de Provence, se situe au premier étage du Gros-Pavillon construit sous Louis XV par Gabriel. Ces pièces constituent aujourd’hui ce que l’on appelle l’appartement du Pape, la mémoire collective ayant surtout retenu le séjour forcé de Pie VII en ces lieux : l’Oratoire du Pape ou Salon d’angle, donnant sur l’étang des carpes, la chambre-à-coucher et le cabinet de toilette du pape. Ces pièces présentent encore une décoration de boiseries d’un XVIIIe assez bâtard, car retouché au XIXe siècle. Néanmoins leur histoire est curieuse. Les corniches sont garnies de motifs rocaille voulus par Gabriel lui-même, mais là s’arrêtèrent les premiers frais : en dépit de plusieurs projets, l’appartement attribué sous Louis XVI au Comte de Provence n’avait qu’une décoration provisoire.

C’est en 1780 seulement que le projet de Potain, Contrôleur des Bâtiments du Château, fut accepté. On prévoyait de dorer les motifs rocaille des corniches et de boiser les trois pièces. L’élégante sobriété des boiseries néoclassiques s’accommode, çà et là, de quelques rappels du style rocaille : ainsi le trumeau de la cheminée dans le Grand Salon, dont le mémoire de Potain nous apprend qu’on l’a tiré des magasins et remployé.

Mais, pour la chambre-à-coucher, c’est l’architecte lui-même qui propose un style de boiseries adapté aux motifs rocaille de la corniche de Gabriel que, par mesure d’économie, on avait conservés en les rehaussant d’or. La réalisation de ces projets peut commencer en 1784.

Les boiseries de Potain subsistent surtout dans le salon d’Angle et le cabinet de toilette du Pape. La simplification générale du dessin, sensible dans le salon d’Angle et la chambre-à-coucher, pose un problème chronologique. Elle est sans doute imputable aux remaniements de Louis-Philippe dont on connaît mal le détail. Il n’est pas exclu toutefois qu’elle remonte à l’aménagement de 1784 qui va dans le sens du dépouillement, sauf pour le cabinet de toilette dont on admire encore l’ordre de pilastres enrichis de sculptures dorées qui seraient l’œuvre de Laplace.

Ainsi procédait-on souvent à Fontainebleau : par retouches successives, sans grandes dépenses, mais avec des efforts intéressants pour accorder des styles qui ailleurs s’excluaient.

L’appartement de Madame Elisabeth se situe au rez-de-chaussée du bâtiment construit sous Louis XVI afin de doubler la Galerie François Ier.

La chambre de Madame Elisabeth

C’est sous le Premier Empire que retournèrent à Fontainebleau une paire de fauteuils et le lit exécutés pour la «chambre boisée» de l’Appartement de Madame Élisabeth, mais qu’elle n’aura pas l’occasion de connaître, ayant tous été placés en 1791.

La paire de fauteuils est constituée d’un fauteuil d’époque transition venant du fonds du Garde-Meuble mais dont l’origine et l’auteur sont inconnus, et de sa copie réalisée par Sené et Laurent. Bien que relativement ancien, le modèle avait été qualifié de moderne et très riche dans son genre. Les mêmes artisans sont les auteurs du lit dont les ornements sont plus modernes et inspirés du vocabulaire classique.

Fauteuils de la chambre de Madame Elisabeth

Ces trois meubles auxquels il faut ajouter des pliants cohabitèrent dans la chambre de la princesse, unifiés par un «satin broché chenilles et soie, dessin à mosaïque», provenant de la récupération d’une étoffe tissée en 1772 pour la chambre de la comtesse d’Artois à Versailles.

Emplacement de la chambre de Madame Elisabeth, aujourd'hui chambre de Napoléon Ier

Même si le temps des dépenses somptuaires était révolu, la manière dont la chambre de la sœur de Louis XVI est meublée est révélatrice de la considération que Thierry de Ville d’Avray lui porte et des économies qu’il estime pouvoir faire avec son appartement, puisqu’une partie des sièges et l’étoffe sont des remplois.

« Jamais je ne vis rien de si brillant que les voyages de Fontainebleau de 1783 et 1784. La reine, qui était alors dans tout l’éclat de sa jeunesse, se voyait entourée dans son intérieur d’amis de son choix ; elle recevait d’une foule d’étrangers distingués, comme de tous les Français, des hommages sincères ; on la regardait comme le plus doux ornement des fêtes qui embellissaient sa cour. Encourageant les lettres, protégeant les arts, répandant beaucoup de bienfaits, et ne désobligeant personne, elle ne connaissait encore d’une couronne que ses fleurs, et ne prévoyait pas qu’elle dût sitôt en sentir le terrible poids. »

Souvenirs du comte de Ségur, publiés par Alexis Eymery, Libraire-Éditeur, Paris, 1826

Louis XVI au château de Fontainebleau
La salle-à-manger du Roi (disparue aujourd’hui)
( texte et illustrations de Christophe Duarte – Fontainebleau, la vraie demeure des Rois )

Plan des petits appartements du Roi en 1785

 

En 1785, est décidé le doublement de l’Aile de la Galerie François Ier sur le jardin de la Reine pour agrandir les Appartements de Roi.

Une grande salle-à-manger fut aménagée. Éclairée par deux fenêtres sur le Jardin de la Reine et par deux autres sur la Cour de la Fontaine, elle possède au centre du mur ouest une grande cheminée en marbre vert Campan surmontée d’un trumeau.

Aux quatre dessus-de-porte peints par Piat-Joseph Sauvage représentant des scènes à l’antique en imitation de bas reliefs répondaient les quatre tableaux d’Hubert Robert figurant les Antiquités du Languedoc disposés sur les grands murs de la pièce.

Louis XVI ne connaîtra jamais cette salle totalement achevée car les tableaux datés de 1787 ne seront envoyés à Fontainebleau qu’après le dernier séjour de la Cour.


L’ameublement est fait de neuf. La couleur verte domine sur les rideaux en gros de Tours, les quarante-deux chaises en bois à moulures vernis couvertes de velours d’Utrecht et le paravent à six feuilles en gros de Tours. En revanche, la chaise haute du Roi est couverte de velours cramoisi.

Corniche du salon des Oiseaux, vestige de la salle-à-manger du Roi
Actuel Salon des Oiseaux. Cette salle et la suivante formaient la salle-à-manger du Roi
Actuel cabinet topographique, deuxième partie de la salle-à-manger du Roi

Quatre guéridons en bois doré achetés par le garde-meuble de la Couronne aux ventes du duc de Choiseul supportent des girandoles à six lumières et grenaille en cristal de roche. Le sol est recouvert d’un tapis de la Savonnerie.

Sous le Ier Empire la pièce sera divisée en deux.

Les Antiquités du Languedoc par Hubert Robert

En 1785

Construction d’un yacht pour la Reine exclusivement réservé aux voyages à Fontainebleau (ce cadeau coûtera 60 000 livres ), qui témoigne de Son intention d’y venir fréquemment.

Le yacht de la Reine

Mais le yacht ne sera utilisé que deux fois.

Le canapé du salon du yacht de Marie-Antoinette

 

Il a été construit exclusivement pour les voyages à Fontainebleau. Il a coûté la somme de 60 000 livres. Le bateau est un magnifique coche d’eau doté d’un mât pour être halé à partir de la berge par des chevaux. Au-dessus des cabines vitrées qui constituent les appartements de la Reine, se trouve un second pont d’où les passager peuvent observer le paysage. La proue est constituée d’une sirène tenant devant elle, dans ses bras, un crustacé.
L’intérieur était composé de neuf pièces dont une chauffée à l’aide d’une cheminée surmontée d’une glace.

Il se compose d’un salon, une pièce de passage, un boudoir, une garde-robe pour la Reine, une garde-robe pour les Dames de la Reine, une salle à manger, un office, une salle des gardes et un hall d’accueil. Dans les cales, une cuisine possédant une cheminée permettait à la Reine de se restaurer.

Le mobilier en acajou est de Jacob.

Le parcours de Paris à Fontainebleau par la Seine
Pour se représenter la taille du yacht de la reine: Sous l'ancien régime, pour des raisons récréatives ou professionnelles, des milliers de Parisiens empruntaient chaque semaine "la galiote" (ou coche d’eau), grand bateau d’une capacité de cent personnes, pour suivre le cours de la Seine et rejoindre différents villes et villages situés en amont ou en aval du fleuve.

Du 10 octobre au 16 novembre 1785

Séjour de la Cour à Fontainebleau où Marie-Antoinette se rend en yacht par la Seine. Parti de Corbeil le 30 septembre puis amarré à Saint-Cloud, le yacht est acheminé le 9 octobre au ponton à l’entrée de la plaine d’Ivry.

Du 9 octobre au 16 novembre 1786

Le dernier voyage à Fontainebleau de l’Ancien Régime a lieu . Il offre aux souverains l’occasion de découvrir les nouveaux aménagements qu’ils avaient ordonné l’automne précédent – en particulier le boudoir argent de Marie-Antoinette – et la création du ballet pantomime de Grétry – Le Déserteur – donné le 21 octobre fut particulièrement appréciée. Marie-Antoinette, soucieuse de préserver l’intimité de Ses nouveaux appartements de Fontainebleau n’autorise l’accès à personne.
Chaque automne à l’époque de la chasse, Louis XVI, la Reine et la cour séjournent à Fontainebleau. C’est dans le cadre de ces séjours que Marie-Antoinette fait aménager Son boudoir en 1786. Conçu par Pierre Rousseau, il se distingue par la préciosité de ses décors, ses motifs naturalistes et floraux, son harmonie chromatique et ornementale : une table en auge et un bureau à cylindre parés de nacre signés par le grand ébéniste Jean-Henri Riesener.

A cette occasion, l’ouvrage entraîne le lecteur dans l’intimité de la Reine, et dévoile une femme raffinée éprise de style antique, très éloignée de sa traditionnelle image de superficialité.

Le boudoir Turc de la Reine

La cheminée du Boudoir Turc

Dès le mois d’août 1776, Marie-Antoinette ordonne le réaménagement, dans un goût turc, de l’un de Ses cabinets situé à l’entresol. Initialement, la cheminée de l’ancien cabinet devait être conservée. C’est le Chef du Garde-Meuble de la Reine, Pierre-Charles Bonnefoy du Plan, qui préconise son renouvellement. Marie-Antoinette valide le dessin de Sa nouvelle cheminée. D’une finesse et d’une préciosité inégalées, les bronzes ciselés et dorés par Gouthère sont de vrais trésors. Les arabesques, les étoiles et les croissants de bronze répondent aux décors des boiseries sculptées et peintes par l’atelier des frères Rousseau. De tels décors étaient destinés à piquer la curiosité et à distraire la Reine en La transportant dans un orient fantasmé.

Cheminée du boudoir turc de la Reine

Pour le salon des Jeux de Marie-Antoinette, l’ébéniste Beneman livra en 1786 deux commodes exécutées sous la direction d’Hauré à partir d’un meuble de Stöckel.

La commode de Guillaume Beneman, réalisée en 1786
Parquet au chiffre de Marie-Antoinette
Le secrétaire à cylindre marqueté de cuivre et de nacre
Ce boudoir servira de Cabinet de toilette à l'Impératrice Eugénie qui fera aménager en arrière une salle-de-bain.

Avec leur riche décor d’entrelacs végétaux et de plaques en porcelaine de Sèvres à figures antiques, elles complétaient le décor des murs de la pièce peint en style arabesque par Michel-Hubert Bourgois et Jacques-Louis-François Touzé d’après les dessins de l’architecte Pierre Rousseau.

Le salon des jeux de la Reine

Ce salon est totalement changé en 1786 pour Marie-Antoinette. Sur des projets de Pierre Rousseau, Michel-Hubert Bourgeois et Louis-François Touzé peignent les grands panneaux et les pare-closes des murs en grisaille et en camaïeu inscrivant dans entrelacs végétaux des femmes drapées, des danseuses… Le salon est aujourd’hui meublé dans sont état Premier Empire qui, selon l’Etiquette comprend deux fauteuils de Jacob Frères pour l’Empereur et l’Impératrice, des chaises des mêmes ébénistes pour les Princesses et des tabourets et des pliants pour les dames.

L’ensemble est complété de consoles, paravent, guéridon, candélabres, flambeaux et vases de Sèvres et restituent l’atmosphère de la pièce lorsqu’elle était utilisée par l’Impératrice comme son Grand Salon.

Le paravent du salon des jeux de la Reine
Le salon des jeux de la Reine
Le salon des Jeux de la Reine

Le 10 novembre 1786

Marquant le terme de la guerre d’Indépendance américaine, c’est à Fontainebleau que , Louis XVI signe le traité de commerce avec l’Angleterre.

En novembre 1786

Pour prévenir les convulsions que le Dauphin, Louis-Joseph, fait, la Faculté juge à propos la pose de ventouses derrière l’oreille. Madame de Polignac, sa gouvernante, craignant que cette opération assez répugnante n’impressionne vivement Marie-Antoinette veut la Lui cacher et écrit au Roi pour avoir son agrément . Il le donne et tient à être présent lors de l’application qui a lieu à Fontainebleau.

« A la fin de 1786, à Fontainebleau, la Reine eut prise avec Madame de Polignac, et celle-ci fut assez injustement maltraitée ; il s’agissait d’un médecin donné au duc de Normandie, depuis Louis XVII, à l’insu de sa mère, dans l’objet de lui épargner de l’inquiétude. Ce soin fut pris de travers et des reproches sur des bienfaits vinrent à la suite. Madame de Polignac fut outrée, elle voulut se retirer. Grande alarme de sa société, grand embarras de la Reine. On engagea le Roi à retenir la gouvernante de ses enfants, en lui permettant un voyage en Angleterre au printemps, et acceptant sa démission en attendant, sauf à la lui rendre au retour, ce qui fut exécuté. »

Mémoires du comte de  Saint-Priest

Commode de la chambre du comte de Provence à Fontainebleau Commode galbée à deux tiroirs sans traverse de bois de rose et amarante ornée au centre d’un grand cartouche mouvementé à décor d’une marqueterie de cubes, estampillé Macret ; la commode porte au dos (en haut à gauche) une marque au pochoir et à l’encre noire : F (couronné) N°562, sur le revers du marbre à l’encre noire F (couronné) N°562. Inventaire des meubles du château de Fontainebleau, en septembre 1787 : N°542 Une commode à la Régence à deux grands tiroirs, anneaux et entrées et chutes et sabots en bronze doré. Dessus de marbre brèche d’Alep. De 3 pieds de large "Arch. Nat. O1 3398 La commode se situait dans la chambre de l’appartement de Monsieur, cour des Princes. Ce numéro « F 562 » correspond à la nouvelle numérotation entreprise lorsque Thierry de Ville d’Avray devient intendant du garde meuble en 1784 et entreprend des réformes. Il substitue à la numérotation générale commencée sous Louis XIV une numérotation nouvelle par château et par catégorie de meubles et produit de nouveaux inventaires par château.
Le dernier séjour de la Monarchie à Fontainebleau est, comme les précédents, un très beau séjour, même si Marie-Antoinette ne s’amuse plus comme avant. Mais, Louis XVI y met, enfin, un peu d’ordre. Tous les jeux de hasard sont proscrits à la Cour. Cependant des sommes considérables sont jouées et perdues chez des particuliers, tout au moins au début du voyage. Les spectacles, les chasses et l’animation constante de la Cour donnent à ces six semaines la magnificence habituelle des grands séjours à Fontainebleau. La mode des hommes élégants est aux boutons et aux gilets. Les boutons sont énormes et sont peints comme des miniatures et des tableaux représentant des statues antiques, des scène érotiques, des rébus ou toute représentation donnant lieu à des conversations. Il en est de même des gilets qui sont brodés et illustrés de petits personnages qui animent des scènes galantes, champêtres, de chasse ou militaires à moins qu’ils ne s’agissent de scènes de pièces de théâtre.
Mercy-Argenteau parle, comme à son habitude, de « cohue et d’une dissipation vraiment désolantes ». Toujours très prude et sans concession pour la Cour française, il ne peut que condamner ces plaisirs, qui néanmoins, semblent sans excès cette année. D’ailleurs, Marie-Antoinette éloigne d’Elle maintenant tous les jeunes gens qui usent d’un ton familier en Sa présence. Elle côtoie des personnes raisonnables et pratique davantage le culte catholique. Une certaine dévotion, perceptible à la Cour, semble L’habiter. Cette attitude La rapproche du Roi.
Marie-Antoinette ne s’amuse plus à Fontainebleau comme dans les années précédentes. Eloignée des Polignac et de Sa société, la Reine, qui déteste maintenant Vaudreuil, l’amant de la duchesse, apprécie à nouveau la douce princesse de Lamballe, laquelle redevient progressivement une amie beaucoup plus proche, plus fiable et plus crédible à ses yeux. Mercy a tout de même trouvé moyen d’écrire au chancelier Kaunitz
« …Le voyage de Fontainebleau a été assez stérile en occasion et facilités de fixer l’attention de la reine sur des objets sérieux ; la dissipation a sur Elle un pernicieux empire et il faut j’épie le moment d’en diminuer les effets ».
Hardy écrit dans son journal qu’en fait, il y a peu d’excès durant ce séjour : « On jouait à la cour fort petit jeu, ce qui n’y attirait pas les seigneurs étrangers ».
 
Cet automne 1786 comporte les mêmes nombreuses activités officielles que les séjours précédents : les présentations d’ambassadeurs des cours étrangères, les nominations à des postes importants. Il est également d’usage que Leurs Majestés et la famille royale signent le contrat de mariage de quelques protégés tels le marquis de Grammont et « Mademoiselle de Noailles ». Le conseil d’état juge plusieurs affaires épineuses dont celle d’un Monsieur Dupaty et de trois prisonniers condamnés à la roue. Des magistrats du parlement de Paris sont mêmes venus à Fontainebleau pour surveiller le garde des Sceaux, Hue de Miromesnil, guère rassuré par cette présence, qui instruit- l’affaire Dupaty. Breteuil est menacé dans son poste depuis l’affaire du collier, le vide se fait autour de lui. Un bruit a même couru avant le séjour, selon lequel le ministre aurait été blessé ou tué dans un duel par le prince de Condé, grand partisan du Cardinal de Rohan. Un autre bruit dit qu’il est mort subitement dans sa voiture en allant à Fontainebleau. La présence du baron au château rassure ses propres partisans.
Les préoccupations financières pèsent sur le séjour. Les courtisans et les milieux d’affaires attendent d’être rassurés, mais aucune mesure importante ne voit le jour à Fontainebleau. La chasse distrait Louis XVI et la Cour mais à cette époque, Marie-Antoinette préfère faire des promenades en calèches plutôt que de suivre Son époux. Un anglais qui séjourne à Fontainebleau cette année là, raconte dans ses mémoires sur les cours d’Europe, Henry Swinburne, rapporte que Marie-Antoinette avait l’habitude de se promener à cheval ou en carrosse sur une large route des hauteurs des rochers d’Avon, plantée de pins maritimes. Ce souvenir de la Reine, qui reste attaché dans sa mémoire à un endroit précis de la forêt, est somme toute très rare comme témoignage sur Marie-Antoinette.
 
Le comte d’Hézècques a une bien belle façon d’évoquer la forêt à la fin de l’Ancien Régime, en 1786, dans ses Souvenirs :
« Les voyages de Fontainebleau se faisaient à la fin de l’année, pour pouvoir profiter des plaisirs que la chasse offrait en si grande abondance dans cette vaste forêt, où l’on rencontrait les plus beaux arbres, les sites les plus pittoresques, et une multitude de rochers d’autant plus extraordinaires, qu’ils se trouvent dans un pays presque plat. Ces paisibles retraites convenaient beaucoup aux cerfs et aux sangliers. Les premiers se faisaient voir par bandes de soixante dix à quatre vingt. Une promenade faite à la fin du jour dans la forêt de Fontainebleau, offrait un charme indéfinissable. Ces grands arbres qui avaient prêté leur ombre à tant de rois, frémissaient, agités par le vent et semblaient murmurer leurs anciens souvenirs. Les rochers dessinaient dans le crépuscule, leurs masses gigantesques…..… On voyait encore avec intérêt le petit Mont-Chauvet qui servait de but au bon roi Henri quand, d’après les usages de ses fidèles béarnais, il jouait au mail... ».
Le 13 novembre 1786
 
La dernière œuvre représentée à Fontainebleau, signée Grétry, est un drame en prose mêlé d’ariette, « Le Comte d’Albert », sur un livret de M. J Sedaine et de sa suite en un acte. Cette pièce réussit peu à Fontainebleau malgré la découverte d’une jeune prodige, âgée de onze ans, Mademoiselle Laure, élève de Vestris. Cette toute jeune fille a débuté le 3 octobre 1786 à l’Opéra et a obtenu, tout de suite, un succès éclatant. A Fontainebleau, sa présence sur la scène du théâtre de Cour est l’objet de l’opposition des farouches partisans de Gardel «l’aîné», Maître de ballets du Roi, lesquels font tout pour l’empêcher de danser. Finalement la jeune fille peut se produire et la correspondance de Grimm et de Diderot raconte le succès de mademoiselle Laure :
« Le Roi et la Reine l’ont singulièrement applaudie ; Leurs Majestés ont voulu, non seulement que la demoiselle Laure dansât une seconde fois, mais elles ont encore ordonné à Monsieur le duc de Villequier, premier gentilhomme d’exercice, de la leur présenter à leur dîner. Une marque de satisfaction et d bonté si distinguée a paru la récompense la plus flatteuse à celui à qui nous devons ce nouveau prodige, et justifie bien tout ce que nous avons eu l’honneur de vous dire de la surprise et de l’admiration qu’avait excitées son début à Paris ».
Le 18 novembre 1786
 
Un incident relaté par Bachaumont survient à la fin du spectacle qui traduit bien les tensions qui règnent à ce moment :
« Le dernier spectacle qu’on ait donné à Fontainebleau cette année, a été un opéra comique de monsieur Sedaine, intitulé Albert, opéra comique mal reçu quoique la musique fut du sieur Grétry. Monsieur Sedaine, après le spectacle, se promenait sur le théâtre, et attribuait le peu de succès de sa pièce à la négligence avec laquelle on l’avait mise au théâtre, à la médiocrité des décorations, des habillements, au défaut de pompe, de monde suffisant qu’exigeaient les situations et il ajoutait « On n’en fera pas payer moins au Roi ces décorations, ces habillements, ces soldats etc… ». Un subalterne qui entend ce propos, va sur le champ le rendre à monsieur de la Ferté, sur lequel il portait indirectement, comme étant l’Intendant des Menus en exercice ; il arrive furieux et dit tout haut « Où est Sedaine ? » Ce poête qui l’entend lui crie « La Ferté, Monsieur Sedaine est ici : que lui voulez-vous ? ». De là, une conversation très vive entre ces deux personnages, où ils se disent réciproquement des vérités dures ; comme elle était publique, les spectateurs n’ont pas manqué de la rapporter aux courtisans, qui ont surtout ri aux dépens de La Ferté ».
 
Cette dispute fait raire, dans un premier temps, toute la Cour et les gens de Lettres car Sedaine est de l’Académie Française, et Marie-Antoinette dit en riant avec insouciance :
« Je ne fais pas fi de monsieur de la Ferté eût porté en compte les décorations, les habillements, les soldats et tous les accessoires qui suivant l’auteur, manquaient à sa pièce ; mais je suis bien sûre que maintenant il ne le fera pas ».
La phrase est injuste pour monsieur de la Ferté et semble calmer les partisans de Sedaine à l’Académie Française. Louis XVI prend les choses plus sérieusement en faisant observer que Sedaine a traité La Ferté de voleur et qu’il y a là une chose à éclaircir. Pour Marie-Antoinette, attentive, maintenant, à l’étiquette et au respect des conventions sociales, le point important est que La Ferté s’est emporté devant l’académicien et lui a manqué de respect en ne l’appelant pas Monsieur ce que le Roi et la Reine, eux-mêmes font. Dans les souvenirs de la marquise de Créquy, on note la réaction partagée par les courtisans et les lettrés qui condamnent l’intendant pour son insolence à s’en être pris à un Monsieur de l’Académie Française. La Ferté obtient un entretien avec la Reine et lui explique Sa propre version des faits. Marie-Antoinette l’écoute patiemment et finit par lui répondre qu’Elle le croit tout à fait honnête mais Elle ajoute :
« Monsieur de la Ferté, quand le Roi et moi parlons à un homme de lettres, nous l’appelons Monsieur. Quant au fond de votre différent, il n’est pas fait pour nous intéresser ».
 
C’est sur cette querelle, en apparence ridicule, que se terminent les spectacles du théâtre de Cour de Fontainebleau.
 
Papillon de la Ferté aurait mérité mieux après avoir réglé les Menus Plaisirs pendant tant d’années ! Louis XVI, seul, semble se rendre compte de l’accusation de vol et, derrière cela, de la mise en cause de l’honnêteté d’un serviteur du Roi. Marie-Antoinette, la Cour et les hommes de lettres n’y voient qu’une offense à un académicien.
 
Le samedi 16 novembre 1786
 
Au Petit embarcadère de Belle-Ombre, aux portes de Melun, Marie-Antoinette monte sur Son magnifique yacht avec Ses enfants et s’en retourne à Versailles.
Bien qu’ayant fait de nombreux projets pour le prochain séjour, Elle ne reverra jamais Fontainebleau…
 
Patrick Daguenet Les Séjours de Marie-Antoinette à Fontainebleau (1770-1786) aux Editions AKFG.

L’enfilade du grand appartement :

l‘escalier de la Reine, la salle des Gardes de la Reine, la première antichambre (aujourd’hui salon des Tapisseries), la seconde antichambre dite antichambre du Grand Couvert (aujourd’hui salon François Ier), le grand cabinet de la Reine, devenu salon des Jeux et enfin la chambre de la Reine.

L'escalier de la Reine

Créé en 1768, il donne sur la cour Ovale et marque l’entrée symbolique dans Son domaine.

La salle des gardes

Première pièce en haut de l’escalier. C’est ici que veillent les gardes chargés de Sa protection.

La première antichambre (aujourd'hui salon des Tapisseries)

C’est ici que se trouvait l’antichambre de la Reine. Du XVIIIe siècle, il ne reste que la cheminée créée en 1731 pour Marie Leszczyńska. Cette pièce servait de passage et d’attente pour les courtisans avant d’accéder plus avant.

Seconde antichambre, dite antichambre du Grand Couvert (aujourd'hui Salon François Ier)

Au XVIIIe siècle, elle devient la seconde antichambre de la Reine, et sert sous Louis XVI de salle-à-manger pour les repas publics de la famille royale. C’est là que se tient le fameux « Grand Couvert » : le Roi et la Reine dînent en public, sous le regard de la Cour et des visiteurs.

Seconde antichambre, dite antichambre du Grand Couvert (aujourd'hui Salon François Ier)
Le grand cabinet de la Reine

c’est l’une des pièces les plus révélatrices du goût personnel de Marie-Antoinette. Elle redécore ce Grand Cabinet pour en faire un salon de jeux, dans un style néoclassique inspiré de l’Antiquité, alors très à la mode depuis les découvertes de Pompéi et Herculanum. On y jouait au loto, au brelan, au tric-trac. L’architecte Pierre Rousseau acheva ce décor en 1786.

Le 30 octobre 1787

Livré après le dernier séjour de Marie-Antoinette à Fontainebleau, le lit réalisé pour Marie-Antoinette.

Sa structure, invisible, est plutôt ordinaire, mais la partie supérieure en bois sculpté est recouverte de feuilles d’or. Ce sont les textiles qui lui donnent tout son éclat. Fournis par le soyeux lyonnais Prelle, ils sont ornés de décors floraux qui célèbrent l’amour et le repos. A l’extrémité du ciel de lit, un enfant représentant le silence est entouré de fleurs de pavot, symbole du sommeil. Ce meuble d’apparat est détesté par la Reine. Elle préfère des lits « à la polonaise » ou « à la turque » . Le meuble n’est, de toute façon, nullement destiné à abriter Son sommeil, mais seulement à l’apparat du lever et du coucher.

Plafond de la chambre de la Reine
Enfant représentant le silence est entouré de fleurs de pavot
Détail du chiffre de Marie-Antoinette
Soierie du meuble de la chambre de la Reine

 

En 1805, décision est prise de le mettre à disposition de l’Impératrice Joséphine (1763-1814). A cette occasion on enrichit les bois d’un tissu broché et chenillé en soie dont le tissage avait été engagé par le fabriquant Gaudin, achevé par Savournin et acquis par le garde-meuble royal en 1790.

L'Impératrice Joséphine
La chambre de la Reine

Tout au long du XVIIIe siècle, la vie de cour à Fontainebleau, connaît une apogée que justifie pleinement la célèbre phrase de Talleyrand à Guizot  :

« Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789, ne sait pas ce que c’est que la douceur de vivre »

Le jardin de Diane

Le jardin de Diane

Ancien jardin réservé de la Reine, il est bordé des espaces les plus intimes des souveraines (Petits Appartements de l’Impératrice, boudoir Turc de Marie-Antoinette). En effet, ce jardin était, jusqu’au XIXe siècle, fermé par des bâtiments dont la destruction, suivie de l’achat d’une bande de terrain complémentaire, a permis l’agrandissement du côté de la ville. Réaménagé en jardin paysager à l’Anglaise, planté d’arbres remarquables tels qu’un catalpa ou un tulipier de Virginie, il tire son nom d’une fontaine ornée d’une statue de Diane chasseresse. Seule survivante des riches fontaines créées sous Henri IV, elle est positionnée au centre d’un bassin circulaire à gradins. Sur la partie basse d’un piédestal présentant en majesté la déesse armée de son carquois, quatre têtes de cerfs en bronze, exécutés par Pierre Biard, ainsi que quatre chiens, rappellent que Fontainebleau était considéré comme le « temple de Diane », château de chasse prisé par les souverains.

Le jardin de Diane

Le salon Vert ou deuxième salon de l’Empereur
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Cette pièce est le second salon de madame de Lamballe en 1786 puis salon des Nobles de Madame Elisabeth en 1791. Le cardinal Fesch en fera son Salon en 1804. C’est en 1810 qu’est installé le très riche ensemble en bois doré par le menuisier Pierre Brion, couvert de son velours vert. Cet ensemble est complété par un guéridon en acajou de Jacob-Desmalter.

Le salon vert
Le salon vert

LE PREMIER EMPIRE

Trois séjours de la Cour Impériale semblent renouer avec le faste des voyages de l’Ancien Régime. Pourtant, s’il ne fallait retenir qu’une image du règne de Napoléon Ier, ne serait-ce pas celle des Adieux à la garde, au pied du célèbre escalier en Fer-à-Cheval ?

UN PALAIS, SUR LA ROUTE DE L’ITALIE

La vie au château de Fontainebleau sous le Premier Empire est étroitement liée à l’ascension et à la chute de l’Aigle. Il imprime sa propre marque dans « la vraie demeure des Rois ». Napoléon (1769-1821) est en effet le grand restaurateur du château de Fontainebleau qu’il remeuble intégralement au lendemain de la Révolution durant laquelle cette ancienne résidence des souverains a connu dépeçages et ventes des collections, comme les autres propriétés de la Couronne.


Le 20 novembre 1803

Napoléon vient pour la première fois au château de Fontainebleau inspecter l’École spéciale militaire installée en juin de la même année. Une seconde inspection l’y conduit à nouveau dès le 28 juin 1804. Le 29 juin, il visite le château en compagnie de l’architecte Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853) à qui il indique les premiers travaux à effectuer pour en faire une seconde résidence de campagne, après Saint-Cloud, pour les jours d’automne.

Napoléon Ier consacre douze millions de francs à restaurer «la vraie demeure des rois». L’architecte Pierre-François-Léonard Fontaine rend tout son lustre au domaine.

En 1804

A la veille de son sacre en 1804, Napoléon Bonaparte décide de faire du château de Fontainebleau l’une de ses résidences. Il ordonne alors la rénovation du palais pour y accueillir le Pape Pie VII venu le couronner : le château est remeublé en dix-neuf jours seulement. Il poursuivra l’aménagement de ce fleuron des biens de la Couronne jusqu’à la fin de son règne.

Le bureau de l'Empereur

Dans les petits appartements du rez-de-chaussée se dévoile la vie privée de l’Empereur et de ses deux épouses, Joséphine et Marie-Louise Mais c’est aussi l’infatigable travailleur que l’on rencontre à Fontainebleau. L’administration de l’Empire occupe sans cesse Napoléon Ier, au point qu’il fait installer un lit dans son bureau.

 

Dès le 22 novembre 1804

Fontainebleau est une étape vers Paris pour le pape Pie VII (1742-1823), venu sacrer l’Empereur à Notre-Dame. Napoléon et Joséphine (1763-1814) viennent l’y accueillir.

Le 28 novembre 1804

Napoléon, Joséphine et le pape repartent pour Paris.

La chambre du pape Pie VII
Pie VII

Le 2 décembre 1804

Le sacre a lieu à Notre-Dame de Paris.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

Du 31 mars au 2 avril 1805

En route vers l’Italie Napoléon fait halte à Fontainebleau.

La salle du trône de Napoléon est installée en 1805 dans l’ancienne chambre du Roi

Le trône occupe l’emplacement du lit du Roi, sous l’alcôve. On peut encore y trouver quelques Lys de l’ancienne royauté dans les dorures du plafond, bien que l’abeille était un symbole de l’empire Napoléonien (ainsi que l’aigle et le «N» sur chacune des deux enseignes). L’abeille fait référence au roi mérovingien Childéric, tandis que l’aigle se rapporte à la Rome impériale. La chambre de l’empereur à Constantinople était elle aussi de couleur pourpre. Ainsi, Napoléon peut s’inscrire dans l’Histoire.

La salle du trône
Le trône

La chambre de l’Empereur
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

La chambre de l’Empereur en 1804.

L’ensemble du mobilier de la chambre de Napoléon à Fontainebleau en 1804 a pu être regroupé.

Du 12 au 17 juillet 1805

A son retour de campagne Napoléon fait à nouveau halte à Fontainebleau.

Les trois séjours de la Cour impériale

Du 21 septembre au 16 novembre 1807

Mille personnes sont logées dans le château, quatre mille dans la ville.

Le 28 septembre 1807

Au cours de ce premier séjour est signé le décret impérial organisant la cour des Comptes.

Les invités ont en général une chambre et un salon, un tub pour se laver
Le tub est une large cuvette circulaire en métal – zinc, tôle émaillée, cuivre, argent – ou en céramique. Il est portable, doté d’un bec entonnoir qui permet de le vider plus aisément, et vient d’Angleterre. Dans le tub, on se lave à l’éponge.
Le traité de Fontainebleau

Le 15 octobre 1807

Un traité entre la France et le Danemark est conclu.

Le 27 octobre 1807

Une alliance secrète avec l’Espagne visant à démanteler le Portugal est conclue .

Le 6 novembre 1807

Réception du comte Tolstoï, nouvel ambassadeur de Russie.

Le château de Fontainebleau

La chambre de l’Empereur
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Napoléon fait de cette pièce, ancien cabinet de la poudre (lieu servant à la toilette du Roi), sa chambre-à-coucher, en 1808. Les boiseries, la cheminée et les tableaux en dessus de porte ont été créés pour Louis XVI. L’Empereur les conserve mais les fait enrichir par des peintures en grisaille d’or du peintre Moench.

L’appartement dans lequel elle se trouve a été construit pour Louis XVI entre 1785 et 1786, avec un décor simple, au premier étage de l’aile doublant la galerie François Ier, sur le jardin de Diane. De ce décor d’origine subsistent aujourd’hui l’ordonnance générale des boiseries, la cheminée, les encadrements de porte sculptés et les dessus-de-porte en camaïeu.

Cette salle et les suivantes sont situées dans le bâtiment construit sous Louis XVI le long de la Galerie François Ier

Le mobilier, d’un luxe impérial, se compose d’un lit de parade et des sièges de Rode, recouverts d’un velours à fond prune chiné. Le fond prune est brodé de fil jaune à la demande de Napoléon, qui le juge trop sombre. Un tapis assorti complète l’ensemble.

Le mobilier est installé en 1808. Il est recouvert d’un velours chiné tissé et rebrodé à l’identique de 1988 à 1995. Le tapis orné de trophées militaires a été tissé à Aubusson en 1809. Cette chambre devient la chambre à coucher des souverains de Napoléon Ier à Napoléon III.

Deux beaux fauteuils asymétriques dits « Pommier, Paumier ou Paulmier » que Napoléon appréciait beaucoup…

Cette chambre sera, après Napoléon, la chambre-à-coucher officielle de tous les souverains jusqu’en 1870.

Louis XVIII, Charles X puis Louis-Philippe occupent successivement cette chambre sans bouleverser le décor Empire déjà en place, ce qui explique sa conservation quasi intacte aujourd’hui. Napoléon III continue d’utiliser cette chambre, jusqu’à la chute du régime en 1870, qui marque la fin de son usage résidentiel par un chef d’État.

La chambre de l'Empereur

La petite chambre de repos de Napoléon Ier,
Un nouveau cabinet pour l’Empereur
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

« Cette pièce ne sera plus un cabinet, mais elle est transformée en boudoir ou en seconde chambre à coucher. A cet effet, on ôtera la bibliothèque et on le décorera suivant sa nouvelle destination. On remplacera le canapé qui est au fond par un petit lit et le bureau par un joli petit meuble pour écrire. On donnera à cette pièce l’arrangement convenable pour sa nouvelle destination».

Napoléon à Duroc, le 14 novembre 1810

Début octobre 1807, pendant son séjour à Fontainebleau, Napoléon réorganise son appartement au premier étage. L’entrée se fera par la galerie François Ier. Le cabinet topographique descend au rez-de-chaussée. La quatrième pièce est le cabinet. Il est construit un petit escalier qui descend directement dans le cabinet du rez-de-chaussée.

La bibliothèque de Napoléon Ier

Le changement d’affectation et la création de cet escalier imposent de bâtir un hémicycle dans lequel viennent se loger des rayonnages de bibliothèque, car Napoléon ne travaille qu’entouré de livres. Pour une grande part, ce projet est réalisé. Un rideau dans l’axe de la pièce, des draperies à la romaine dans le haut des murs et un trumeau de glacent en face de la cheminée meublent la pièce.

La galerie de Diane

Pièce la plus longue du château avec ses quatre-vingts mètres, la galerie de Diane, restaurée sous Napoléon Ier par l’architecte Maximilien Hurtault, n’acquiert sa fonction de bibliothèque qu’en 1858.

La galerie de la Reine, située au premier étage du bâtiment en brique et pierre construit en 1600 par Henri IV fut ornée, sous la direction d’Ambroise Dubois et de Jean de Hoey, d’un cycle peint consacré au mythe de Diane et aux victoires d’Henri IV.

Pendant la Révolution, la galerie de Diane devient une prison. Au début du XIXe siècle, Napoléon découvre un décor en ruine et prend le parti de faire reconstruire entièrement la galerie par l’architecte Hurtault. Le programme iconographique décidé par Napoléon ne connaît qu’un début de réalisation. La Restauration décide de faire appel aux peintres Blondel et Abel de Pujol pour la voûte, et de la consacrer de nouveau au mythe de Diane. En revanche, le décor mural puise dans l’histoire de la monarchie française, des Mérovingiens jusqu’au XVIIe siècle. Ce dernier décor sera encore modifié à partir de 1858 lorsque Napoléon III décide de transformer la galerie en bibliothèque, dispersant les grands tableaux. La bibliothèque rassemble aujourd’hui près de 16 000 volumes et possède en son centre un globe terrestre installé au Second Empire et réalisé pour Napoléon Ier.

La galerie de Diane

La chambre de l’Impératrice
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Cette chambre est un hymne à la grâce féminine.                       

Le tapis déploie ses motifs de festons de fruits, de généraux rinceaux, d’instruments de musiques. Sur la cheminée, une pendule aux figures de Terpsichore et Erato, soit La danseuse de charme et l’Aimable. Au fond de la pièce, le lit à l’orientale coiffé d’une impériale à quatre archivoltes.

Ces appartements sont aménagés pour Joséphine, qui les utilise en 1809. L’ironie du sort veut qu’elle en profite très peu : cette même année, Napoléon demande le divorce puisqu’elle ne peut lui donner d’héritier. C’est Marie-Louise qui les occupera à son tour, dès 1810.

Le mobilier de la chambre de l’Impératrice est installé pour Joséphine : le brocart des sièges et du lit dont les couleurs sont très fanées est d’origine. Seule transformation, la couchette a été agrandie pour deux personnes sous Louis-Philippe. Le passé consulaire proche est rappelé à l’Impératrice par une commode en acajou dont les bronzes ornaient une commode de l’Hôtel que le couple Bonaparte possédait rue Chantereine.

 Le lit lui-même, avec son couronnement, est une réalisation de l’ébéniste Jacob-Desmalter, la garniture textile ayant été confiée au tapissier Michel-Jacques Boulard.

La chambre de l'Impératrice

La salle-de-bain de l’Impératrice
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Cette pièce possède un ingénieux système qui permet de dissimuler la baignoire encastrée dans le sol sous un canapé amovible. La pièce sert ainsi également de boudoir. Le mobilier d’origine de cette salle-de-bain se compose d’un ensemble de sièges en gondole en bois doré, dont le gourgouran (tissu de soie des Indes du XVIIIe siècle) en taffetas bleu ciel fut retissé à l’identique en 1977, d’une psyché et d’une table de toilette en acajou orné de bronzes de Thomire.

Les architectes de Napoléon imaginent une solution élégante : la baignoire est encastrée dans le plancher, ce qui permet de conserver une pièce agréable à vivre tout en offrant un véritable espace de bain lorsque l’impératrice le souhaite. Le système est ingénieux : une estrade supporte un canapé, l’ensemble coulisse ou se déplace, la baignoire apparaît dans une fosse aménagée sous le plancher et après le bain, le canapé reprend sa place et la pièce retrouve immédiatement son aspect de salon. Ainsi, la salle sert également de boudoir. Cette double fonction illustre parfaitement la recherche de confort propre au Premier Empire.

                                      Derrière le canapé est aménagé un petit cabinet faisant office de garde-robe.

Sous la Restauration, les souverains successifs utiliseront encore ces appartements. Quelques adaptations décoratives furent apportées, notamment sous le Second Empire, mais la disposition générale demeure intacte. La salle de bains a fait l’objet d’importantes campagnes de restauration au XXe siècle. Les conservateurs choisiront de restituer fidèlement son aspect de 1808-1809 : les rideaux ont été retissés en 1977 d’après les étoffes d’origine, les garnitures des sièges ont été reconstituées selon les textiles impériaux, les soieries bleu ciel ont été reproduites et la disposition du mobilier a retrouvé son implantation historique. L’objectif n’était pas seulement de restaurer une belle pièce, mais de redonner à voir un intérieur impérial presque tel que Joséphine pouvait le connaître. 

Le mobilier conservé est presque entièrement celui livré entre 1808 et 1809, réalisé pour l’essentiel par les ateliers de l’ébéniste impérial François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter. Le canapé mobile est la pièce maîtresse de la salle. Installé sur une estrade, il dissimule la baignoire encastrée dans le sol. Son déplacement permet d’accéder immédiatement au bain. Cette solution est pratiquement unique dans les résidences impériales françaises. Le canapé est recouvert d’un gourgouran bleu ciel, une étoffe de soie à fines côtes très appréciée sous l’Empire. La pièce possède quatre sièges de style Empire deux fauteuils et deux chaises. Leur dossier incurvé en forme de gondole est caractéristique du mobilier impérial. Ils sont en bois doré et recouverts du même gourgouran bleu ciel que le canapé. Également réalisé par Jacob-Desmalter, l’écran protège les occupants de la chaleur du foyer tout en participant à la décoration raffinée de la pièce. Il est lui aussi en bois doré et tendu de la même étoffe.

Le sol est couvert d’un tapis de type Savonnerie exécuté par le manufacturier Bellanger en 1809. Les emblèmes décoratifs furent modifiés sous la Restauration afin d’effacer certains symboles impériaux, mais le tapis demeure celui de l’époque napoléonienne. Le psyché date de 1809. Son bâti est réalisé en acajou, un bois exotique particulièrement apprécié sous l’Empire pour son veinage fin et sa couleur chaude. Les montants, la traverse et les pieds sont richement ornés de bronzes ciselés et dorés exécutés par le célèbre bronzier Pierre-Philippe Thomire. Le meuble est attribué à François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter. La table de toilette est également réalisée en acajou et date de 1809. Comme le psyché, elle est abondamment décorée de bronzes dorés exécutés par Pierre-Philippe Thomire, dont la qualité de ciselure est caractéristique du mobilier impérial. Son plateau est recouvert d’une plaque de marbre blanc.

La salle-de-bain de l'Impératrice

Le boudoir de l’Impératrice
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Utilisé comme cabinet de retraite par les Impératrices Joséphine puis Marie-Louise, l’ancien boudoir de Marie-Antoinette traverse sans dommage l’ère impériale.

Remeublement du Boudoir d'argent

Le château n’ayant pas été entretenu pendant presque deux décennies, quelques raccords de peinture et de dorure sont nécessaires.  Pièce privée des souveraines au XIXe siècle, l’ancien boudoir est remeublé dès 1804. Il y a une réelle intention d’en faire une pièce raffinée, ce que montrent les inventaires. Cependant, aucun ameublement n’atteint le degré d’excellence de celui réalisé pour Marie-Antoinette. Les meubles qui figurent dans la pièce n’ont pas la qualité supérieure d’exécution de ceux de l’époque de Louis XVI.

Le salon d’étude de l’Impératrice
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Les dimensions actuelle de la pièce remontent à l’avancement la façade sur le jardin de Diane en 1751 et la création de la rotonde en 1773. Elle fut d’abord la salle-à-manger du Roi en 1737. Madame Adélaïde en fit sa chambre en 1752 avant de devenir son Grand Cabinet en 1776. Louis XVI en fit son salon des Jeux en 1783 et Madame Royale sa pièce des Nobles en 1786.

Les boiseries datent de Louis XV et la corniche de 1773. Les dessus-de-porte sont de Hubert en 1859. Ce salon a conservé de nombreux meubles installés pour Marie-Louise en 1810. Il évoque ses principales activités : table à écrire, boîte à lettre, métier à brider et chevalet. Le piano-forte a appartenu à Hortense de Beauharnais. Les consoles en demi-lune et les chaises en acajou à dossier ajouré, de Jacob-Frères, proviennent de la Bibliothèque de l’Impératrice aux Tuileries et son installés en 1808 dans cette pièce.

La bibliothèque de Napoléon Ier

La bibliothèque, installée en 1808 dans l’ancien salon des jeux du petit appartement de Louis XVI, dont les boiseries et les dessus-de-portes de Sauvage en sont les deniers témoignages, communique avec l’appartement intérieur de l’Empereur au premier étage par un escalier à vis.

La bibliothèque de Napoléon Ier

Le mobilier est constitué en dehors des grands corps de bibliothèque, d’un grand bureau plat, d’un tabouret formant marchepied de Jacob Frères, provenant du mobilier du Général Moreau, acquis par l’Administration Impériale après la condamnation à l’exil de celui-ci. Jacob-Desmalter fournit les chaises à incrustation d’ébène et étain, le pupitre à écrire debout, la table rognon et l’échelle de bibliothèque ainsi que le canapé de bois doré couvert de satin broché de la fin du XVIIIe siècle. Ce siège conçu pour la chambre de parade de l’Impératrice sera finalement installé dans cette pièce pour l’Empereur. Les livres sont encore pour la plupart encore en place. Ils sont classés par thème, et selon un ordre commun à toutes les résidences impériales.

Du 23 mai aux premier jours de juin 1808

Le Roi d’Espagne, Charles IV et la Reine Marie-Louise séjournent à Fontainebleau, accompagnés du ministre Godoy.

Du 26 octobre au 14 novembre 1808

C’est au terme du deuxième séjour de la cour, que le divorce devenu inéluctable est annoncé à Joséphine.

Du 25 septembre au 16 novembre 1810

Troisième séjour au cours duquel la nouvelle Impératrice Marie-Louise, petite-nièce de Marie-Antoinette, découvre le château.

Le 4 novembre 1810

Dans la chapelle de la Trinité, le prince Charles-Louis Bonaparte, fils du roi Louis et de la reine Hortense (le futur Napoléon III), est baptisé.

Le 19 janvier 1813

L’arrivée inopinée de l’Empereur et de l’Impératrice, de retour d’une chasse à Grosbois, précipitent les choses.

Le 25 janvier 1813

L’Empereur obtient de Pie VII un concordat mais…

Le 24 mars 1813

Le pape se rétracte. Face à la colère de Napoléon, il ne quittera sa geôle du château de Fontainebleau que l’année suivante, le 23 janvier 1814.

… Et l’abdication de Fontainebleau

Le 24 janvier 1814

Napoléon embrasse Marie-Louise et le Roi de Rome pour la dernière fois, il ne les reverra jamais. C’est la Campagne de France. Napoléon tient tête aux coalisés mais plie finalement face au nombre.

Napoléon en habit de colonel des chasseurs à cheval de la Garde, à Wagram
Vers la fin de l’Empire…

Le 19 juin 1812

Alors que le pape a été arrêté et ses États saisis, marque le début de la captivité de Pie VII à Fontainebleau, dans l’ancien appartement des Reines-Mères (aujourd’hui l’appartement du Pape), celui-là même qui avait été aménagé spécialement à son intention pour le sacre, en 1804.

Le 30 mars 1814

Paris est pris. Le 31 mars Napoléon se réfugie à Fontainebleau

Le 2 avril 1814

Le Sénat vote la déchéance de Napoléon.

Le 5 avril 1814

La première abdication en faveur du Roi de Rome est annoncée.

Le 6 avril 1814

L’Empereur abdique une seconde fois et renonce au trône pour lui et sa famille. L’Empereur déchu signe à Fontainebleau son acte d’abdication, avant de tenter de se suicider…

Abdication de Napoléon Ier à Fontainebleau 
Cet acte a lieu dans le Salon que l’on dit aujourd’hui «de l’abdication»
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

C’est sur le guéridon situé au milieu de la salle que Napoléon semble signer son acte d’abdication le 6 avril 1814, avant de faire ses adieux à ses troupes dans la cour du château.

Le salon de l'Abdication
Napoléon signe son abdication à Fontainebleau le 4 avril 1814. Tableau de François Bouchot (1843)

Le brocard rouge et or à motif de lyres et de rosaces garnissant les murs et les sièges a été retissé à l’identique en 1986 et 1994.
Le mobilier Empire, mis en place en 1808, se compose notamment d’un guéridon et d’un ensemble de chaises, fauteuils et tabourets de pieds en bois dorés tendus de brocart rouge et or à motif de lyres et de rosaces, réalisés par Marcion, Jacob-Desmalter, et Thomire
La tableau de Paul Delaroche, conservé au Musée de l’Armée à Paris, représentant Napoléon dans ce salon, exprime la solitude et la détresse de l’Empereur à quelques jours de sa chute.

 

Le tableau illustre un extrait des Mémoires de Bourienne : 

« Après avoir passé une partie de la nuit à Froidmanteau, l’Empereur se dirigea vers Fontainebleau où il arriva à six heures du matin. Il ne fit pas ouvrir les grands appartements, et se campa plutôt qu’il ne se logea dans le petit appartement qu’il affectionnait. Napoléon s’enferma dans son cabinet et y resta seul pendant la journée du 31 mars 1814».

Dans la nuit du 12 au 13 avril 1814

Napoléon tente de s’empoisonner.

Le 20 avril 1814

Napoléon fait ses célèbres Adieux à la garde.

Napoléon à Fontainebleau, le 31 mars 1814 par Delaroche
Adieux de Napoléon à la Garde Impériale par Antoine Alphonse Montfort
Napoléon quitte Fontainebleau après son abdication
Reconstitution des adieux de Napoléon Ier à son armée à Fontainebleau en avril 2024

Le 20 mars 1815

Napoléon ne repasse à Fontainebleau qu’une seule fois, dans la cour du Cheval blanc, pour passer ses grenadiers en revue de retour de l’île d’Elbe, en marche pour les Cent-Jours ; il s’y arrête de 10h à 14h.

Un intermède de cent jours…

La cour d’Honneur

Fermée sur trois côtés et regardant à l’ouest sur la ville depuis la destruction de la quatrième aile et la création d’une grille en 1809-1810, cette cour est devenue cour d’Honneur au cours du XVIIIe siècle. Elle est bordée au nord par l’aile des Ministres (vers 1530), à l’est par le jeu de Paume (XVIIe et XVIIIe siècles) et l’aile de l’escalier en fer à cheval rythmée par cinq pavillons (pavillon des Armes, tour de l’Horloge, pavillon des Orgues, pavillon central et pavillon dit des Poêles) dont la construction s’étale du XVIe au XIXe siècle. Au sud, le Gros Pavillon de Gabriel (1750) se prolonge par l’aile Louis XV (1739-1740 et 1773-1774) de la même agence. La cour est fermée par le pavillon Renaissance en pendant de celui de l’aile qui lui fait face.  L’Empire a vécu et les Bourbons reprennent leurs marques dans l’antique demeure, sans y apporter de modification. 

LA RESTAURATION ET LA MONARCHIE DE JUILLET

Sous les règnes de Louis XVIII et Charles X, la Cour séjourne peu à Fontainebleau. Sous Louis-Philippe a lieu une campagne de restauration générale du château, à l’occasion du mariage du duc d’Orléans avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin.

Le 15 juin 1816

Marie-Caroline, princesse de Bourbon-Siciles, venue en France épouser le duc de Berry, fils du comte d’Artois (futur Charles X) arrive, à Fontainebleau.

Renouant avec son prestigieux passé cynégétique, le château de Fontainebleau est le lieu de brefs mais fréquents séjours de chasse des princes de la maison de France.
Cette tradition se perpétue avec les fils de Louis-Philippe qui s’installent dans l’appartement des Chasses, ouvrant sur la cour Ovale et pour lequel sont envoyés les grands tableaux du XVIIIer siècle, œuvres d’Oudry, de Desportes, de Bachelier… avec la volonté de réinscrire le château dans son histoire. D’autres aménagements « historicistes » témoignent de cette volonté.

Le 5 mai 1821

Décès de Napoléon sur l’Île de Sainte Hélène.

Marie-Caroline, princesse de Bourbon-Siciles, arrive, à Fontainebleau

Le salon blanc, petit salon de la Reine
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Fontainebleau , la vraie demeure des Rois )

Aménagé en 1835 à l’emplacement du Cabinet de la Reine qui avait été orné pour Marie de Médicis d’un cycle de peintures d’Ambroise Dubois décrivant l’histoire de Tancrède et Clorinde, le salon a conservé son aspect voulu par Louis-Philippe.

Dans un décor de lambris Louis XV remonté avec un manteau de cheminée Louis XVI prend place un mobilier d’époque Empire qui comprend un canapé provenant du Salon de Mars à Saint-Cloud, des fauteuils estampillés Jacob Frères et des chaises provenant du Salon des Princes à Saint-Cloud, un écran livré par Marcion en 1813 pour Monte Cavallo, une console de Jacob-Desmalter et une jardinière, portée par trois femmes ailées, livrée par Thomire en 1812.

Utilisé par la Reine Marie-Amélie, épouse de Louis-Philippe, comme petit salon de délassement, puis transformé par les Dames de compagnie de l’Impératrice Eugénie en lieu de causerie, la pièce est emblématique du mélange des styles promu à partir de 1830.

Le 30 mai 1837

Mariage à Fontainebleau de Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans et fils aîné de Louis-Philippe, avec la princesse allemande Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Les deux cérémonies des mariages catholique et protestant, tout comme les festivités qui sont organisées donnent lieu à d’importantes restaurations (chapelle de la Trinité, Salle de Bal…) et aménagements (salle des fêtes, dite Louis-Philippe – actuelle salle des Colonnes – appartement du Pape attribué au duc et à la duchesse…).

Mariage de Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, avec la princesse allemande Hélène de Mecklembourg-Schwerin par Jean-Charles Develly (1783-1862)
La salle des colonnes

La salle des colonnes
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Sous François Ier, cette salle n’était pas un simple passage : c’était une grande salle du conseil. Son fils Henri II la fait ensuite embellir d’une somptueuse cheminée de marbre blanc. On est alors en plein cœur du XVIe siècle, dans le style Renaissance français caractéristique de Fontainebleau. Puis la pièce change de fonction : en 1749, elle est transformée une première fois pour servir d’appartement. Elle traverse ensuite la Révolution avant de connaître un renouveau complet sous la monarchie de Juillet. C’est Louis-Philippe qui donne à la pièce son visage définitif. En prévision du grand mariage à Fontainebleau du duc d’Orléans, son fils, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, en mai 1837, l’architecte Eugène Dubreuil conçoit, au rez-de-chaussée de la salle de Bal, cette grande salle d’attente au décor fastueux devant tout aux illusions de l’art.

Pour accéder à la salle des Colonnes, il faut passer par la Cour Ovale, dans une aile construite sous François Ier et son fils Henri II. On découvre une salle aux dimensions impressionnantes, que le public ne peut pas voir dans le circuit de visite habituel. Le décor de cette salle, que l’on doit à l’architecte Eugène Dubreuil est de style néo-renaissance, avec de nombreux décors feints tels que les colonnes ajoutées sous Louis-Philippe, qui ne sont pas de marbre mais peintes ! Elles ne servent pas de support et sont en bois, contrairement aux apparences.

Le décor est un véritable trompe-l’œil : le plafond céruléen à motifs Renaissance est en carton-pierre, soutenu par des colonnes jumelées en bois dont l’apparence de marbre n’est due qu’aux habiles pinceaux des décorateurs. Ces colonnes, qui donnèrent son nom à la salle, se dégagent sur fond de miroirs. Rien n’est ce qu’il paraît être : les colonnes de « marbre » sont du bois peint, et les murs de miroirs démultiplient l’illusion. Pour parfaire le décor, le sculpteur Jean-Baptiste-Louis Plantar y fait installer, en 1836, une cheminée en marbre provenant du salon d’Apollon à Versailles, qu’il enrichit de bronzes dorés. La cheminée qui réchauffait jadis la salle du trône du Roi-Soleil à Versailles a fini, un siècle et demi plus tard, remontée dans une simple antichambre d’attente à Fontainebleau, sous la Monarchie de Juillet.

On y trouve vingt-quatre colonnes et un mélange entre le style classique et le style historique, et particulièrement un hommage à la Renaissance avec ses caissons qui font penser à ceux de la salle de bal. On la surnommait la « galerie Louis-Philippe », ce qui explique pourquoi on trouve un buste à son effigie.

La salle des colonnes

La chambre de la grande-duchesse de Bade
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Chambre à coucher depuis 1770, elle est réaménagée en 1837 pour la duchesse d’Orléans avec sa tenture en soie rouge et le lit en bois doré à montants en faisceaux qui fut créé en 1787 par Hauré et Sené pour Louis XVI à Saint-Cloud et fut utilisé par Napoléon aux Tuileries. Deux fauteuils de même provenance sont déposés sous le Second Empire et servent de modèle au menuisier Cruchet pour augmenter le nombre sièges. Il livre aussi le dais du lit, la console et le pare-feu.

La chambre de la grande-duchesse de Bade

La commode a trophée militaires de Stöckel et Benneman, saisie dans le Cabinet du Conseil du Château de Compiègne sous la Révolution, a inspiré Fourdinois pour la réalisation des deux chevets en 1859.

La Grande-Duchesse de Bade, cousine de Napoléon III, est la dernière à utiliser la pièce.

La chambre de la grande-duchesse de Bade

Les 20 et 21 novembre 1840

Visite de Marie-Christine (1806-1878), l’ex-reine d’Espagne (1829-1833).

Marie-Christine de Bourbon Siciles

La galerie des Assiettes
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Cette galerie est créée par Louis-Philippe, en 1840, à l’emplacement d’une ancienne terrasse pour faciliter la circulation entre l’aile Louis XV et les grands appartements. Le plafond et le haut des lambris sont ornés de vingt-et-un fragments des peintures à l’huile sur plâtre de la voûte de l’ancienne Galerie de Diane. Ces nombreuses peintures, d’Ambroise Dubois et son atelier, datent du règne d’Henri IV, vers 1600-1605, déposées sous Napoléon Ier, puis transposées sur toiles, mais sont restaurées et réaménagées à cet emplacement sous le règne de Louis-Philippe.

Les cent vingt-huit assiettes en porcelaine de Sèvres du Service Historique de Fontainebleau s’insèrent dans les lambris en bois de style néo-renaissance. Sont représentés tour à tour, quelques événements marquants des règnes des plus grands souverains, certaines propriétés royales, différentes vues du château et de la forêt de Fontainebleau, ainsi que les lieux visités par Louis-Philippe au cours de son premier exil (Amérique du Nord avec les chutes du Niagara, Angleterre, Sicile).

Le 16 avril 1846

Pierre Lecomte, ancien garde de la forêt, tente d’assassiner Louis-Philippe (1773-1850).

Les 15 et 16 décembre 1846

Le bey de Tunis Sidi Achmet est reçu à Fontainebleau.

Louis-Philippe Ier , Roi des Français

LE SECOND EMPIRE

Renouant avec les voyages de l’Ancien Régime et les séjours de son célèbre oncle, Napoléon III (1808-1873) organise la fête impériale au château de Fontainebleau.

Le salon Victoria

Ce Salon est situé dans le Pavillon du fer-à-cheval, au-dessus du vestibule de la chapelle.

La bibliothèque était installée depuis Napoleon Ier dans la chapelle Haute Saint-Saturnin. En 1851, Napoléon III décide de la replacer au-dessus de la galerie François Ier. Un cabinet de lecture est créé à l’emplacement de ce qui est désormais appelé Salon Victoria. On doit cet aménagement à l’architecte Abel Blouet.

La bibliothèque sera démantelée en 1858 pour faire place aux appartements d’invités et les livres seront transférés dans galerie de Diane. Le salon de lecture restera. Son nom provient d’un hommage à la Reine Victoria dont la visite à Fontainebleau était prévue lors de son séjour en France en 1855, visite qui n’aura pas lieu.

VISITES ET CADEAUX DIPLOMATIQUES

Alors que se développent à la fois l’idée de villégiature et les prémices du tourisme, l’Empereur et l’Impératrice aménagent au château de Fontainebleau des appartements disposant d’un certain confort. Les séjours, dont les invités sont issus à la fois du monde des arts, des lettres, de la politique, se déroulent avec régularité et sont de plus en plus longs. Toutefois, la diplomatie n’est jamais totalement absente, même si la société du couple impérial se veut plus détendue que la cour des précédents souverains.

Napoléon III et Eugénie de Montijo

En 1853

Napoléon III et Eugénie décident de la création d’un nouveau théâtre en 1853 dès leur premier séjour à Fontainebleau ! Inspiré de celui de Marie-Antoinette dont l’Impératrice était une grande admiratrice, ce théâtre de quatre cents places est le dernier exemple d’un théâtre de Cour. 

L'Impératrice Eugénie
Le théâtre impérial
Le théâtre impérial

Le fumoir de Napoléon III
Le cercle privé réservé aux hommes
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

La création du fumoir est significative de l’influence britannique qui s’exerçait sur la Cour de Napoléon III. Durand son long exil en Angleterre, l’Empereur a pris le vice de la cigarette. L’Impératrice, au contraire, ne peut souffrir la fumée et l’odeur du tabac.

De là vient l’installation au rez-de-chaussée d’un fumoir, pièce réservée aux hommes, qui s’y retiraient après le repas, tandis que les dames passaient au salon. Un plafond à la française ayant été découvert en cours des travaux, cet espace fut décoré dans le style du XVIIe siècle, considéré comme plus viril : lambris d’appui, tapisseries de L’Histoire d’Artémise tendues au murs, chaises en cuir gaufré.

Plan du rez-de-chaussée du château de Fontainebleau

Mais cette pièce n’aura jamais grand succès, car la forme de sociabilité qu’elle implique est en rupture avec la tradition française, qui veut que les soirées soient consacrées à des conversations où se mêlent les personnes des deux sexes.

Le fumoir de Napoléon III

Les 15 et 16 décembre 1856

Le prince royal de Prusse (futur Empereur Guillaume Ier) est reçu à Fontainebleau.

En 1856

La signature d’un traité franco-siamois a permis la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays. Un ministre plénipotentiaire est envoyé par Napoléon III au Roi de Siam, Rama IV Mongkut. Aux présents de l’Empereur répondent ceux du Roi.

La chambre de la Reine reprise par l'Impératrice
L'Impératrice Eugénie en Marie-Antoinette pour un bal
La salle-de-bain de l'Impératrice Eugénie

Le salon des Fleurs de l’Impératrice Eugénie
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Le salon des Fleurs se trouve à l’extrémité de l’aile des Princes et de la galerie des Cerfs, un secteur du château qui doit son existence à Henri IV, au tout début du XVIIe siècle. Avant de devenir le salon des Fleurs, la pièce faisait partie d’un ensemble plus vaste : elle était autrefois réunie à l’appartement de Madame Mère, mère de Napoléon Ier, Letizia Bonaparte. Sous le Premier Empire, la logique d’attribution des appartements du château voulait que chaque grand personnage de la famille impériale dispose d’un ensemble de pièces à son nom. C’est dans ce cadre que s’inscrivait cette salle, avant qu’elle ne soit détachée de cet appartement et redécorée sous le Second Empire.

Le salon des Fleurs de l'Impératrice Eugénie

C’est l’Impératrice Eugénie qui donne à la pièce son nom et son décor actuels. Elle commande les peintures de fleurs qui ornent cette pièce à Eugène Petit, également auteur du décor de la salle-à-manger du palais de l’Élysée. On retrouve ici le goût très marqué d’Eugénie pour les motifs floraux, un goût qu’elle a exprimé de façon plus spectaculaire encore dans le grand salon voisin, où elle a fait recouvrir des sièges Louis XVI authentiques de soieries à fleurs multicolores entre 1856 et 1858.

Le salon ne se visite pas seul : il est précédé d’un vestibule orné de bustes provenant de la galerie des Consuls du Palais des Tuileries.

Le salon des Fleurs de l'Impératrice Eugénie

Le salon des laques de l’Impératrice Eugénie
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

En 1853, lors du premier séjour d’Eugénie dans l’appartement où se sont succédé Joséphine, Marie-Louise et Marie-Amélie au XIXe siècle, le boudoir était encore meublé des sièges en bois doré couverts d’une riche étoffe à fils d’or à motifs de palmettes cachemire et d’une table de toilette, installés sous le Premier Empire pour Joséphine. L’année suivante, des travaux sont entrepris pour installer une salle de bains. Derrière la glace sans tain située dans l’arcade face aux fenêtres, se trouvait l’escalier menant à l’appartement des Enfants de France. Celui-ci fut détruit pour agrandir le boudoir par une sorte d’alcôve tendue de percale rose et de mousseline brodée, où prend place la baignoire. L’Impératrice y accède par une double porte vitrée dont la partie basse avait été peinte de paniers de fleurs par Clément Vitet, à l’imitation des lambris du XVIIIe siècle.

Le boudoir est désigné de diverses manières sous le Second Empire : boudoir, cabinet de toilette ou encore cabinet de travail, en fonction de l’évolution de l’ameublement. Le mobilier du Premier Empire est d’abord complété en 1854 par une table de toilette dite « Pompadour », en hommage aux modèles de toilettes du XVIIIe siècle. Elle accueille un miroir chantourné, en bois laqué bleu et dessins chinois dorés. L’éclairage est assuré par quatre candélabres à socle en albâtre supportant des figures de vestales.

Le 8 novembre 1856

Un nouveau mobilier est livré. Il s’agit d’une « toilette en bois sculpté et doré, rechampi blanc, pieds tournés à cannelures, ceinture à pans coupés, trois tiroirs, dessus de marbre blanc creusé avec galerie de marbre ». Deux bras à une lumière en bronze doré, tiges à cannelures torses, complétés par une seconde table de toilette en bois sculpté et doré. Malgré l’exiguïté du boudoir, une autre toilette Pompadour prend place en mai 1857, remplacée par une troisième de même modèle en 1863, puis, sur un tapis fleuri, divers petits meubles de style Louis XVI.

Le salon des laques de l'Impératrice Eugénie
Le Roi de Bavière Maximilien II

 

Du 17 au 24 mai 1857

Le château accueille le Roi de Bavière Maximilien II. La même année sont reçus le Tsar et le grand-duc de Russie. A cette occasion la nouvelle salle du théâtre impérial, aménagé par Hector Lefuel dans l’aile Louis XV construite par Gabriel au siècle précédent, est inaugurée.

L’appartement dit des chasses,
Un cocon pour le Prince Impérial
Texte et photographies : Dossier de mécénat (2014) 

L’Appartement dit des chasses, situé au premier étage des Grands Appartements, est desservi par l’Escalier de la Reine. Il est ouvert sur la cour ovale et est doublé de services du côté de la cour des Princes. L’appartement est attribué au Prince Impérial immédiatement après sa naissance. Fils unique de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie, Napoléon Eugène Louis Jean Joseph, surnommé Louis ou Loulou par ses intimes, est particulièrement choyé. Lors des séjours à Fontainebleau, son appartement est immédiatement voisin de celui de l’Impératrice et se prolonge par l’appartement de sa gouvernante.

Salon servant d'antichambre
Salon servant d'antichambre

En 1856, cet appartement comprend un salon formant antichambre, une chambre à coucher, une pièce d’atours et, dans le Pavillon du Luxembourg, un cabinet de toilette. L’état du Second Empire, malgré la dispersion du mobilier, a pu être restitué. Le mobilier présent dans chacune des pièces, correspond à celui choisi pour le Prince. Il comprend à la fois des objets du XVIIIe siècle, des meubles du Premier Empire et quelques réalisations spécifiques pour l’enfant. Ainsi, dans le salon, les sièges en bois doré, livrés par Marcion au début du XIXe siècle, proviennent de la chambre de Louis XVIII au Palais de Saint-Cloud. Les couvertures en damas cramoisi broché jaune furent posées en 1838. Sur la cheminée, une imposante pendule en bronze doré fournie par Thomire pour l’Elysée en 1812.

La chambre du prince impérial

Dans la chambre, un tapis de la Savonnerie livré sous le règne de Louis XV pour le Roi est disposé sur le parquet dès le règne de Louis-Philippe. Le mobilier comprend des chaises à dossier en crosse livrée pour le salon des petits appartements de Napoléon Ier à Fontainebleau. Utilisés dans l’appartement du duc d’Orléans aux Tuileries, les bois furent dorés sous la Monarchie de Juillet et couverts d’une soierie à bosquet sur fond blanc. Deux commodes du XVIIIe siècle complètent cet ameublement avant 1864. A cette date, le menuisier Fourdinois livre un lit d’enfant de style Louis XVI qui remplace les lits de fer capitonnés de percale fleurie qu’utilisait le jeune Prince. Les chevets, la courtepointe et le traversin sont confectionnés dans un lampas fond damassé blanc à fleurs polychromes brochées.

La chambre du prince impérial
La chambre du prince impérial

Dans la pièce suivante, le décor peint concentre une savante ménagerie : les portraits des chiens de chasse de Louis XV, des cerfs et des oiseaux au milieu desquels des enfants miment des scènes mythologiques. Cette pièce sert de pièce d’atours. Le linge de l’enfant, rangé dans l’imposante commode en acajou, y était préparé chaque jour.

Le salon du billard de l’Impératrice
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Fontainebleau – la vraie demeure des Rois )

Du XVIIIe siècle, la corniche et les boiseries sont de cette période. Le cadre des glaces et le décor du plafond par Hubert datent de 1859. Ce salon comportait un billard, livré par Duplessie en 1810, qui a disparu. De l’ameublement de 1808, subsiste aujourd’hui une partie des sièges recouverts en gourgouran violet retissé en 1973. Les deux voyeuses d’homme et deux de femmes des frères Jacob, et quatre chaises en acajou, meublaient le deuxième salon de l’Impératrice aux Tuileries.

La console en acajou est l’oeuvre de Jacob-Desmalter en 1805. Les torchères en bois doré d’époque Louis XVI proviennent des Tuileries. Elles ont été restaurées par Thomire en 1809. Le grand tapis de Savonnerie, d’époque Louis XV, était dans le premier Salon de l’Impératrice aux Tuileries.

Le 2 juin 1861

L’ambassade envoyée en France en 1860 arrive à Toulon .

Le 27 juin 1861

Réplique de l’ambassade de Phra Naraï reçue le 1er septembre 1686 par Louis XIV dans la galerie des Glaces, l’ambassade du Roi de Siam est reçue par Napoléon III dans la salle de Bal du château de Fontainebleau. De somptueux cadeaux diplomatiques sont offerts aux souverains. Avec les prises de guerre provenant du Sac du Palais d’Été de Pékin, ils constitueront l’embryon des collections extrême-orientales exposées dans le musée Chinois de l’Impératrice, inauguré le 14 juin 1863.
                                                                                                                                          La Cour séjourne à Fontainebleau jusqu’en 1869.

Selon une tradition séculaire, le château de Fontainebleau est un lieu de résidence et de réception pour les souverains : du XIIe au XIXe siècle, il est le cadre de séjourst impériaux. Napoléon III et Eugénie ne dérogent pas à la règle : ils s’approprient et aménagent l’antique demeure pour en faire le cadre de leur villégiature pendant la belle saison, avant de s’installer à Compiègne en hiver. Les séries de Fontainebleau se tiennent en été, tandis que celles de Compiègne, bien plus célèbres, ont lieu en automne. Sans avoir la célébrité de ces dernières, les séjours de Fontainebleau possédaient cependant une place toute particulière aux yeux des visiteurs. Chaque été à partir de 1856, les séries de Fontainebleau accueillent des personnalités triées sur le volet, conviées par séries hebdomadaires, d’où le nom. Plus précisément, de 1852 à 1869, entre mai et juillet, le château accueille par séries d’une semaine entre quarante et cinquante personnes. C’est l’Impératrice Eugénie en personne qui composait la liste d’invités de chaque série, réunissant à chaque fois entre quarante et cinquante personnes, la série étant renouvelée chaque semaine. Le choix est sélectif : on y rassemble l’intelligentsia de la société française et les grands du monde, dans une atmosphère conviviale où l’étiquette impériale est réduite.

Le trajet Paris-Fontainebleau ne se fait pas par les trains ordinaires : les hôtes sont transportés par des trains spéciaux affrétés pour les rejoindre au palais. Ce recours au chemin de fer est permis par le développement de la ligne à cette époque, le train étant alors en plein essor pour relier Paris à Fontainebleau. Le trajet est remarquablement rapide pour l’époque : les invités rejoignent le château en moins d’une heure et demie, ce qui contribue à faire de Fontainebleau une destination à la mode. Une fois sur place, chaque invité se voit attribuer un appartement. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, le traitement n’est pas uniforme : la taille, le luxe de la décoration et de l’ameublement de chaque logement répondent au rang de l’invité. L’étiquette de Cour, même assouplie dans l’esprit des séjours, reste donc visible jusque dans l’attribution des chambres. Le principe de ces séries est de faire vivre aux invités le quotidien du couple impérial : ils sont conviés à partager la vie quotidienne du couple impérial, participant aux divertissements, aux repas et aux fêtes. L’étiquette du palais est particulièrement souple, le couple impérial entendant faire profiter ses hôtes de tous les agréments du château et de son environnement.

La Cour à Fontainebleau en 1862
Du cabotage sur l’étang des Carpes aux promenades en forêt, en passant par les concerts des hussards de l’Impératrice, les représentations dans la nouvelle salle de spectacle du château ou encore les feux d’artifice, le séjour recelait mille agréments. En détail :
  • L’étang des Carpes : on y profite des jardins et de l’étang, où l’on trouvait des barques, des gondoles (l’Impératrice possédait la sienne) et même un bateau à aubes, et on se reposait dans le Pavillon de Plaisance qui s’y trouvait.
  • La forêt : dans la forêt et ses célèbres rochers, Eugénie emmène ses invités en escapade, sur des sentiers de randonnée.
  • Le théâtre : le soir, place aux dîners et bals organisés dans la sublime galerie dédiée, ou aux pièces jouées dans le superbe théâtre impérial créé à la demande de Napoléon III en 1854. Le chantier de ce théâtre fut amorcé en 1854 et intégralement achevé l’année suivante, dessiné par Hector Lefuel. A l’intérieur, la salle comporte quatre niveaux distincts, correspondant à la hiérarchie sociale et à l’étiquette en vigueur à la cour, et l’Empereur recevait ses invités dans le Foyer Impérial avant le spectacle.
  • Les feux d’artifice, qui ponctuent certaines soirées.
  • La chasse, plaisir traditionnel du château : des fastes des Valois aux séries du Second Empire, les spectacles constituent, avec la chasse, l’un des principaux agréments des séjours.
L'opéra de Fontainebleau
L’intendance est l’aspect le plus méconnu de ces séjours, et pourtant essentiel à leur bon déroulement. Recevoir chaque semaine quarante à cinquante personnes de haut rang exige une organisation logistique considérable, pilotée depuis Paris. L’ensemble de l’intendance est mis en place depuis le palais des Tuileries par le grand maréchal du palais, qui dépend de la Maison de l’Empereur, l’administration chargée de tout ce qui touche à la vie matérielle du souverain. Le grand maréchal fait appel à la régie du château, un personnel permanent dédié à la surveillance du domaine et à l’entretien des meubles, des étoffes et des collections d’œuvres d’art. C’est ce personnel qui assure concrètement la préparation des appartements avant chaque série et qui, en l’absence des souverains le reste de l’année, organise également l’ouverture au public et la visite du château. La régie bénéficie de l’appui du Mobilier de la Couronne, héritier direct du Garde-Meuble de l’Ancien Régime. Ses tapissiers, ébénistes et lustriers réparent tapis, tapisseries, sièges et bronzes. Ce service confectionne aussi tous les ameublements neufs réclamés pour les résidences impériales, commandait les porcelaines de toilette et de table auprès de la manufacture de Sèvres, et fait réaliser par divers fournisseurs des séries de meubles spécifiquement destinés aux logements des invités.

Le 10 juillet 1914

L’Impératrice Eugénie (1826-1920) revient une ultime fois à Fontainebleau .

« Une vieille dame élégante parcourt les jardins du château de Fontainebleau. Elle s’appelle Eugénie de Montijo. Rares sont ceux qui l’ont reconnue quand elle est arrivée en France. Aux Tuileries, un gardien qui n’a pas reconnu l’ancienne propriétaire des lieux, l’a grondée parce qu’elle a cueilli une fleur pour se souvenir. Elle est à Fontainebleau, pour revoir le musée chinois qu’elle a inauguré en grandes pompes en 1864.
Cinquante ans plus tôt, elle était sublime, noble, gracieuse, et surtout ces yeux bleus magnifiques qui ont fait chavirer les cœurs des français autant que celui de son mari Napoléon III.
A Fontainebleau, elle a connu les magnifiques bals parés que la Cour aimait donner. Avec un sourire, l’Impératrice déchue se souvient. Il a fallu plus de deux ans à Louis Napoléon Bonaparte pour qu’elle accepte enfin de l’épouser. C’est lors d’un séjour à Paris qu’elle a rencontré en 1849 à l’Elysée celui qui n’était encore que le Prince Président. Neveu de Napoléon Ier, il venait d’être élu Président de la République. La Cour n’était pas aveugle et savait bien l’Empereur amoureux, quand bien même il collectionnait les maîtresses. Certains la mettaient à ce niveau, notamment la femme d’un ministre qui l’a même traitée en public d’aventurière.
Prête à partir pour l’Espagne, elle a été retenue par celui qui entre temps est devenu Empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Ils ont régné ensemble jusqu’à la défaite de 1870.
Contrainte à l’exil en Angleterre, elle y devient veuve. Et elle apprend l’indicible : la mort de son fils unique, lui qui a tant couru dans les allées de Fontainebleau. Juste avant, il a dit à sa mère « lorsqu’on appartient à une race de soldats ce n’est que par le fer qu’on se fait connaître ! » et il est parti combattre en Afrique du Sud. Il y est mort tué par des zoulous. « C’était un lion » ont-ils dit en rendant son corps « parce que c’est l’animal le plus courageux que nous connaissions ».
Eugénie quitte le château des souvenirs. Elle n’y reviendra plus jamais. Elle est mourra le 11 juillet 1920 à Madrid les yeux fixés sur le portrait de son fils. On peut n’être plus impératrice. On est à jamais une mère.»

Etienne Chilot «La dernière visite»

L'Impératrice Eugénie de Montijo
 Sous l’occupation…

« Les allemands commencent à déménager de Fontainebleau. Le soir, les bureaux de l’Aile Louis XV sont évacués (…) Je fais ouvrir les fenêtre de l’Aile Louis XV à cause d’explosions possibles (…) Dans la nuit, des nouvelles explosions ont lieux à 2 heures, 4 heures et 7 heures. Encore des carreaux cassés à l’Aile Louis XV, au théâtre (côté jardin) et dans le musée (côté étang) (…) A 10 heures, je fais hisser le pavillon national sur le Pavillon du Fer à Cheval.»

Extrait du journal d’Albert Bray, Conservateur du Palais de Fontainebleau

Fontainebleau sous l'Occupation

Pendant la seconde guerre mondiale (1939-1945)

Le château est emballé comme pour une période de longue absence…

La salle François Ier
La salle du trône
La chambre de la Reine
La chapelle
La salle de bal
Soirée d'inauguration de l'escalier en fer à cheval après deux ans de rénovation.

Sources :

  • Antoinetthologie
  • Fontainebleau , la vraie demeure des Rois, page FB de Christophe Duarte

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