Ceci est l’étude d’un néophyte pour tenter de retrouver le vrai du faux dans les légendes qui lient Marie-Antoinette à la Franc-Maçonnerie. Force est de constater que la Maçonnerie La touche de près : Son père, Ses beaux-frères, Ses amis les plus proches en étaient. Des rumeurs ont voulu L’y compter.
« Marie-Antoinette l’était bien pourtant. Elle a été initiée aux mystères d’Isis et de Marie-Madeleine tout comme Mozart, Cagliostro ( hériophante de la loge de PARIS et Madame de Pompadour avant elle ( grande prêtresse de la Rose). »
Une personne sous pseudo qui n’avait pas de sources à procurer
« Les sources ne sont pas toujours celles que l’on croit. »
Auteur de plusieurs pamphlets, connu pour ses écrits dénonçant l’action des sociétés secrètes en France, notamment la franc-maçonnerie, Louis Dasté (1860-1932), qui, durant sa carrière, n’a cessé d’exposer les liens existants entre la maçonnerie et le martinisme inspiré des illuminés de Bavière, au cours de la Révolution française, la volonté de dictature des initiés en loge sur les profanes et la mainmise directe des loges maçonniques, ainsi que les crimes commis dans des loges maçonniques, s’est penché sur le sujet dans son Marie-antoinette et le complot maçonnique (1910) :
Résumé :
« La Révolution dite Française a pour but l’éradication totale et définitive du Catholicisme et de la Monarchie par la Synagogue via les loges maçonniques (et ses « Arrières-Loges ») qui étaient plus de 700 dans tout le royaume. En 1781 Marie-Antoinette écrivait à sa sœur : « L’art du gouvernement est de laisser la Franc-maçonnerie s’étendre, car ce n’est qu’une association de bienfaisance et de plaisir. » Si à cette date Marie-Antoinette ne voit pas le danger que représente la Franc-maçonnerie, dont les méthodes sont le mensonge, le truquage et la dissimulation, elle comprend trop tard que derrière les loges d’apparences, œuvrent en coulisses les Arrières-Loges ayant des desseins radicalement opposés à ceux prétendus par les Loges de «façades». La Reine accuse enfin la Maçonnerie :
«Après quelques mois passés aux Tuileries sous l’œil des Barbares de la Maçonnerie, la Reine sait ! Elle sait qu’elle est dans les Loges la source des calamités qui viennent de fondre sur la France et sur la royauté.» Neuf ans auparavant, de clairvoyants serviteurs de la cause catholique et française avaient conjuré le Roi et la Reine de «prendre garde à toute association de francs-maçons»… Hélas ! leurs avertissements n’avaient pas été écoutés. Quand le péril maçonnique est aperçu dans toute son horreur par Louis XVI et Marie-Antoinette, il est trop tard : la France est la proie des Arrière-Loges ; la famille royale est leur prisonnière. Au XVIIIe siècle, la Foi catholique et la France furent ensemble comme incarnées dans un être représentatif au plus haut degré : fille des Césars catholiques d’Autriche et femme du Roi Très-Chrétien, Marie-Antoinette eut ce douloureux honneur. Elle l’a porté au comble par son martyre sur l’échafaud. Et vingt ans auparavant, elle était l’idole de la France ! Qui avait changé l’âme des Français ? Qui avait transformé les Français catholiques en blasphémateurs et sacrilèges ? Les Français amoureusement fidèles à leur dynastie séculaire en régicides ? Le but de ce livre est de montrer que l’agent de ces œuvres de mort fut la Franc-maçonnerie. Lors de l’avènement de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le peuple de France idolâtrait ses jeunes souverains. La Reine surtout avait touché son cœur. Aucune des méthodes les plus viles ne furent épargnées par les Francs-maçons à Marie-Antoinette, qui était celle à abattre : la calomnie, la fabrication de l’opinion, la diffamation, l’humiliation et enfin l’assassinat. »
Proche de la Ligue de la patrie française et de l’Action française, Louis Dasté a également fondé des journaux antimaçonniques et antisémites.
Louis-Ferdinand Céline (1894-1961)- est-ce une référence? – conseillait la lecture de cet ouvrage :
« Je ne saurais trop recommander la lecture du livre admirable de Dasté : Marie-Antoinette et le complot maçonnique. »
La franc-maçonnerie contemporaine aurait ainsi un peu plus de trois siècles. La franc-maçonnerie moderne est donc née en Grande-Bretagne dans les premières années du XVIIIe siècle.
En juin 1717
Quatre loges maçonniques londoniennes qui n’ont d’autre objectif que celui de pratiquer une entraide mutuelle entre leurs membres se fondent dans une «Grande Loge de Londres». C’est l’acte fondateur de la franc-maçonnerie moderne.
La Franc-Maçonnerie se développe dans l’ensemble du monde occidental, accompagnant partout la démocratie et la tolérance religieuse. Elle se définit comme un « Ordre initiatique », avec une notion de « sacré » qui va au-delà de la simple religiosité. Son goût du secret et ses engagements libéraux ont nourri à son encontre mythes et calomnies…
Née dans un milieu protestant, la Franc-Maçonnerie puise dans l’Ancien Testament un grand nombre de symboles. Elle considère qu’elle a pour vocation de construire un temple idéal de l’humanité, elle adopte en cela symboliquement pour modèle le Temple du Roi Salomon. L’architecture sacrée joue donc un rôle prépondérant dans la vie maçonnique. Très rapidement, la Franc-Maçonnerie accueille en son sein des représentants de la haute société anglaise (exclusivement des hommes dans un premier temps) et essaime sur le Continent, à commencer par la France.
En 1725
Une première loge maçonnique voit le jour à Paris. Elle est suivie de nombreuses autres loges dans toutes les grandes villes de France, où se pressent les élites cultivées du « Siècle des Lumières » comme Voltaire (1694-1778). Selon André Combes, Historien de la Franc-Maçonnerie, la
première loge française est ouverte en 1725 à Paris par des stuartistes, réfugiés écossais. La Grande Loge de France aurait été créée entre mai et juillet 1728 par le duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres. Elle choisit en 1735 Mac Lean comme Grand Maître.
Parmi les nouvelles formes de comportement social, dont les célèbres «salons» sont la plus connue, apparaît en France au début du XVIIIe siècle une société de sociabilité étrange, celle des «Frey Maçons» ou «Francs-maçons», comme il se dit le plus souvent. Elle vient des terres d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande. Et l’on dit que là-bas des membres éminents de la famille royale en feraient partie ! On ne sait pas encore grand-chose d’elle quand les premières loges se forment en France vers 1725. On entend dire, qu’il y a une cinquantaine d’années des militaires des régiments écossais et irlandais se réunissaient dans des réunions très secrètes, appelées « Loges » ; et qu’ils y pratiquent des cérémonies très mystérieuses. Mais on ne sait rien de ces réunions. Ils étaient venus renforcer la garde dite «écossaise» du Roy Soleil, avec le Roi d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse, Jacques II Stuart, déchu de son trône, en 1688, exilé en France à Saint-Germain-en Laye et désireux de le reconquérir. Mais le Roi déchu Jacques II était mort en 1701 après une nouvelle défaite de ses partisans sur le sol anglais ; son propre fils, le prince Charles-Edouard, dit «Bonnie», quitte la France en 1748 avec ses régiments après sa défaite définitive dans les marais de Colluden, en Ecosse, le 16 avril 1746. Ce que l’on commence à savoir de cette société anglaise, c’est qu’elle a pour membres des gens de classe sociales
élevées ; pas d’ouvriers, de petits bourgeois ni d’artisans. Bizarre cette société : ritualiste (elle a des cérémonies étranges, on dit que ses membres se revêtent de tabliers baroques et s’appellent entre eux « Frères » et « initiés »), très attachée à la hiérarchie mais pas à celle de l’ordre social ; on dit que ses Loges évoquent et exaltent les vertus et les mérites civiques, l’égalité entre les hommes, ou … du moins, entre ses membres, et exhortent les Frères à s’élever à la morale, à la spiritualité et à la philosophie !
On dit que Louis XV est initié sous l’influence de madame de Pompadour (1721-1764) dont la curiosité ezt piquée par cette société de gens biens. Pour se faire recevoir Franc-maçon, le Roi aurait attendu la mort du cardinal de Fleury, en 1743, car il tenait cette «cabale» en méfiance du fait de son origine anglaise et de la présence de protestants dans ses Loges qui côtoient les bons sujets catholiques, misère ! Ce que l’on sait, de source sûre, c’est que la Loge de Louis XV, existe bien dans le château de Versailles et qu’elle s’appelle «La Loge des Petits Appartements du Roy» ou, en abrégé «La Loge de la Chambre du Roy». Elle a été créée le 20 octobre 1745, peut-être pour la réception du Roi.
Ce n’est pas tout, il y aussi dans le palais, une autre Loge «La Loge du Roy» ou «Loge Royale», à ne pas confondre avec «la Loge de la Chambre du Roy». Et elle aurait même été créée avant 1739, donc avant celle de la «Chambre du Roy» pour permettre à ses proches de pratiquer ce que l’on appelle aussi «l’Art Royal». C’est dire si la Franc-maçonnerie a droit de présence auprès du Ro et jouit naturellement de ses faveurs ! Et qu’y trouve-ton dans cette Loge ? Les plus grands noms de cette époque et tous très proches du Roy, les ducs de Richelieu et d’Antin, le comte de Noailles, le maréchal de Saxe, les princes de Tingry et de Soubise, ainsi que, il se dit, les ducs du Croÿ et de Luynes, et tant d’autres célébrités encore.
On nous permettra de douter de cette assertion.
En 1733
François-Etienne de Lorraine (1708-1765), père de Marie-Antoinette, est appelé à Vienne par l’Empereur. Au cours de son voyage, il est initié à la franc-maçonnerie.
Le 12 février 1736
François-Etienne épouse Marie-Thérèse (1717-1780), la fille de l’Empereur Charles VI qui l’a protégé ; il fonde ainsi la branche de Habsbourg-Lorraine. Le jeune couple prend possession de la Toscane, où ils restent trois mois.
En 1738
Le duc d’Antin est élu à la Grande Maîtrise qui se transformera par la suite en Grand Orient de France. En cette même année 1738, le pape Clément XII (1652-1740) condamne la Franc-maçonnerie. Il craint la propagation du protestantisme et de l’agnosticisme en Europe par le biais des loges. La Franc-maçonnerie présente en Grande-Bretagne et en France se développe dans toute l’Europe. Des aristocrates, des bourgeois de qualité, certains membres du haut clergé épris de « philosophie » participent au travail des loges. Celles-ci deviennent un lieu privilégié d’échanges intellectuels. On assiste au même engouement dans le reste de l’Europe.
Qu’est-ce qu’une Obédience Maçonnique ?
Une obédience maçonnique est une fédération de loges. Cette obédience peut prendre le nom de Grande loge ou de Grand Orient ou plus rarement une autre dénomination. Cette forme de regroupement apparaît dès le début du XVIIIe siècle en Angleterre et marque le début de la franc-maçonnerie spéculative.
Les loges maçonniques existaient avant les obédiences. Il faut noter que seules les loges disposent du pouvoir d’initier de nouveaux membres.
En France, il existe donc des obédiences différentes :
Le Grand Orient de France, La Grande Loge de France, La Grand Loge Féminine de France, Le Droit Humain qui est Ordre Mixte International, La Grande Loge
Mixte de France, La Grande Loge Nationale Française, La Loge Nationale Française…pour ne citer que celles-ci.
Qu’est-ce qu’un Rite ?
Un rite maçonnique est un ensemble homogène et cohérent de rituels maçonniques. Un même rite maçonnique peut être utilisé par différentes
obédiences maçonniques et certaines obédiences maçonniques fédèrent des loges qui pratiquent des rites maçonniques différents. Il peut arriver aussi parfois, qu’une seule et même loge pratique différents rites maçonniques dont elle a obtenu patente de son obédience.
Quels sont en France les rites les plus communément pratiqués ?
● Le Rite Français
● Le Rite Ecossais Ancien Accepté
● Le Rite Ecossais Rectifié
● Le Rite Anglais
● Le Rite de Memphis-Misraïm, dit Rite Egyptien
Le 13 octobre 1762
Visite de la famille Mozart à Schönbrunn.
La famille impériale est très férue de musique et au grand bonheur du couple impérial et de Joseph, Isabelle joue merveilleusement bien du violon.
Concert du jeune Wolgang Mozart, âgé de six ans devant la famille impériale dans un salon du château de Schönbrunn. L’enfant désireux de montrer toute sa fougue tombe sur le sol dans son élan sur son clavier. A cette occasion, la famille impériale aurait ri, sauf la plus jeune des archiduchesses, Antonia, qui l’aurait aidé à se relever. Il lui aurait répondu :
«Je vois que vous êtes bien bonne. Plus tard je vous épouserai !»
L’anecdote est vraisemblablement apocryphe mais rien n’affirme le contraire non plus.
Le 28 février 1773
Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres, s’affilie à la maçonnerie des dames, dans la salle de Folie-Titon, rue de Montreuil à Paris.
Le 30 janvier 1774
Marie-Antoinette rencontre Axel de Fersen (1755-1810) au bal de l’opéra.
A quatorze ans, Fersen avait débarqué avec son domestique et son précepteur dans le duché de Brunswick, à Lunebourg . Il s’est inscrit pour étudier à l’académie . Sa seule distraction est l’arrivée du prince suédois Charles, frère du prince héritier Gustave. Fersen sert de cicérone au prince à travers Brunswick, surtout au musée qu’il connaît très bien. Le prince, de son côté, aide Fersen à entrer dans la loge maçonnique de Brunswick, la Stricte Observance, d’origine templière. En présence du duc Ferdinand et avec le prince Charles pour témoin, il fait à quinze ans son entrée dans la loge. Il semble n’avoir été qu’à demi rassuré par le cérémonial initiatique, car ensuite, il consigne dans son journal :
« Bien que persuadé que rien de mal ne pourrait m’arriver, j’étais, après la cérémonie de réception, content d’être de retourà la Cour. »Herman Lindqvist : Axel von Fersen
Le 1er août 1775
Un an après l’accession au trône de Louis XVI, naît à Versailles la loge militaire dite des Trois frères unis. Même si cela paraît plus que probable, il n’est pas certain qu’il s’agisse là du nouveau Roi et de ses deux frères, les comtes de Provence et d’Artois , encore qu’on sache au sujet de ces deux derniers comme au sujet d’un autre prince de sang royal, le duc de Chartres, qu’ils furent bel et bien adeptes de l’ordre ( le duc de Chartres , qui prendra le titre de duc d’Orléans en 1785 et le nom de Philippe Egalité en 1793, officie déjà , depuis 1773 , comme grand maître du Grand Orient ).
Reste que cette loge versaillaise des trois frères unis n’aurait pu être créée, sous ses propres fenêtres, sans l’aval bienveillant , voire sans le consentement actif du jeune monarque. On a du reste retrouvé une médaille de Louis XVI , datée du 31 décembre 1789 , » qui renferme le compas, l’échelle graduée, l’équerre , la poignée de truelle, la lune et le soleil » et qui semble illustrer » l’appartenance » du Roi à cet Orient de Versailles.
Il est quasi certain que seul le comte d’Artois a été initié en 1777 par son cousin, Louis Philippe d’Orléans, duc de Chartres.
Il est des légendes tenaces qui résistent à la vérité historique. L’une d’entre elles est celle qui voudrait faire croire que la royauté a été mise à bas par la Franc-maçonnerie, qu’elle a préparé et fomenté l’état républicain par l’organisation d’un complot ourdi dans ses Loges et qu’elle a donné à la République la devise «Liberté-EgalitéFraternité ».
Le 21 mars 1775
La loge militaire La Candeur, fondée par sept aristocrates, tous officiers, était « établie » sous le 1er maillet de Claude-Louis, marquis de Saisseval (1754-1825), capitaine au régiment de Chartres-Dragons, assisté de François Marie Armand, comte de Balbi, marquis de Piovera, d’origine génoise, mestre de camp, 1er surveillant, du comte Alexandre Sergueïevitch Stroganov (1733-1811), ambassadeur de Russie à Paris, 2ème surveillant, et de Jean-Jacques Bacon de La Chevalerie (1731-1821). Dans la 50e assemblée du GOdF. (10 juin 1774), grâce à Bacon, alors grand orateur, par 28 voix contre 15, l’obédience avait pris « les loges d’adoption sous son gouvernement ». Cette reconnaissance officielle s’accompagnait cependant de la mise sous tutelle de la maçonnerie des Dames, « adoptée » par sa consœur masculine.
A La Candeur, le temps de la première réunion, le pinceau sera tenu par Michel Bouvard de Fourqueux, procureur général de la Chambre des comptes de Paris. Fait rarissime pour ne pas dire unique, à la suite de cette réunion « la loge instruite qu’une Sœur apprentie et compagnonne maçonne […] nommée marquise d’Ossat [Doza] était dans les porches ; le Vénérable ayant suspendu la loge d’apprenti fit introduire la Sœur et lui ayant fait remettre le premier maillet, ouvrit la loge d’adoption ». Non seulement la loge d’adoption (avec une seule sœur) fut immédiatement installée, à la suite de sa consœur masculine, mais on y procéda immédiatement à quatre réceptions :
- Adélaïde, comtesse de Choiseul-Gouffier (1752-1816);
- Charlotte de Saint-Marsan, comtesse de Courtebonne ;
- Gabrielle de Boulainvilliers, vicomtesse de Faudoas ;
- Charlotte Elisabeth, comtesse de Polignac (1746-1782), Fille de François, dit le comte de Polignac (branche des Fontaines), membre de la loge parisienne La Réunion des Etrangers. Elle est souvent confondue avec la favorite de Marie-Antoinette, Yolande de Polastron (1749-1794), mariée à Armand, Jules, François (1746-1817), 1er duc de Polignac (branche de Chalençon), également membre de La Candeur.
Puis dans une tenue au 2e degré, les nouvelles sœurs apprenties furent faites compagnonne. Les deux réunions furent suivies d’un banquet « mixte » en la forme rituélique. Il s’agissait non pas d’agapes ouvertes, mais d’un repas conduit en la forme maçonnique accoutumée auquel les maçonnes étaient pleinement associées, ce qui n’était pas la règle générale.
Selon Clément-Joseph Tissot, lesdites nouvelles sœurs ont fortement insisté auprès du marquis de Saisseval pour qu’il crée une loge masculine susceptible de «porter» une loge d’adoption. Les premiers pas de cette loge qui sera l’une des plus huppées de l’Ancien Régime français, eut donc dès sa fondation une politique particulière vis-à-vis des sœurs.
Le 7 septembre 1775
Constitution, à la Cour, de la loge «La Militaire des Trois Frères Unis».
Le grand historien de la révolution, Albert Mathiez écrit, dans un article publié en 1933 que
« Louis XVI et ses frères , Marie-Antoinette elle-même, maniaient la truelle à la loge des trois frères à l’Orient de Versailles ».
Mais Mathiez minimise le rôle souterrain et subversif attribué à ces loges, lesquelles n’étaient à ses yeux que des salons. D’ailleurs , le succès mondain des loges en question n’est pas niable ; il est même avéré par Marie-Antoinette qui eut au sujet de la franc-maçonnerie cette formule éloquente :
« Tout le monde en est ! »
« Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Joseph Haydn (1732-1809), deux des plus grands compositeurs autrichiens, sont membres de loges viennoises différentes : Mozart entre à la « Bienfaisance » en 1784 et Haydn, sur les conseils de son ami, se décide pour la « Véritable Concorde » l’année suivante. Le compositeur de la Marseillaise, Rouget de Lisle (1760-1836), rejoint à la même époque « Les Frères Discrets« , une loge ardennaise.
Madame de Lamballe (1749-1792) rejoint la franc-maçonnerie en février 1777 par La Candeur, elle s’y affilie en avril 1779 et sera proclamée grande maîtresse «inamovible» de la loge. En janvier 1781, elle devient grande maîtresse de la Mère Loge Ecossaise du Contrat Social. Elle devient la Grand-Dame des «adhérences» féminines affiliées au Grand Orient. La perincesse est issue d’une famille fort maçonnisée. Son frère Louis-Eugène, comte de Villafranca (1753-1785) sera grand conservateur du GOdF. Son grand-père maternel, le landgrave Ernest-Léopold (1684-1749) de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg maçonnait à Vienne. Deux de ses cousins germains, le prince Charles-Constantin (1752-1821) et son frère aîné Charles-Emmanuel (1746-1812), alors landgrave de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg, ainsi que l’épouse de ce dernier, la landgravine Léopoldine (1754-1823), appartiendront à La Candeur. Avec la duchesse de Bourbon, elle fait plusieurs visites à la loge «La Candeur».
Elle est membre de la loge d’adoption « Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social » qui est la « loge mère » (elle y est probablement entrée le 18 janvier 1781), elle devient en même temps la première femme de toutes les loges liées à la loge mère. Elle s’intéresse au mouvement des Lumières, à l’Encyclopédie, à la condition des femmes et à l’amitié féminine. Elle est nommée « Grande Maîtresse des Loges Ecossaises Féminines Régulières de France », titre qui est différent de celui de la duchesse de Bourbon. Elle organise notamment un dîner suivi d’un bal auquel ne sont conviées que des femmes, ce qui choque la Cour.
Dans les biographies qui lui sont consacrées, elle est décrite comme «la femme la plus puissante de France» disposant d’une immense fortune.
Il existe une loge La Princesse Lamballe à l’Orient de Saint Brieuc.
Son médecin, le docteur Saiffert (ou Seiffert) est franc-maçon, formé par les Illuminés de Bavière.
Marie-Antoinette regarde d’un oeil indulgent et amusé la prise du tablier de la princesse de Lamballe. Lescure a publié deux lettres de Marie-Antoinette à Son amie, probablement apocryphes…. en 1788, Elle aurait donc écrit :
« Je me suis fort amusée du récit de ce qui s’est passé dans votre franc-maçonnerie; mais ne pourrait-on pas faire le bien sans dire tant de paroles qui ont le danger de mettre la religion en dehors du culte ? La charité d’ordinaire ne fait pas tant de bruit; mais si cela amène le bien, laissez -dire et laissez faire »
Louise-Marie Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon, sœur du duc de Chartres, futur duc d’Orléans, est mariée en 1770 à Louis-Henri Joseph, duc de Bourbon, futur prince de Condé (1756-1830) et mère du duc d’Enghien (1772-1804).
Passionnée de philosophie, d’ésotérisme et de spiritualité elle est aussi musicienne et peintre, elle aime écrire. Aristocrate libérale et généreuse, elle souhaite «qu’il n’y ait entre les hommes que les distinctions que doivent établir la vertu, l’esprit, les talents et l’instruction et que les lois répriment les fortunes considérables» (Lettre XI citée par Lamarque, 1974, 65)
Elle s’éloigne du christianisme et se passionne pour l’alchimie, l’occultisme et le mesmérisme. Son salon, au palais de l’Elysée, reçoit nombre de francs-maçons, dont Louis-Claude de Saint-Martin. Ce salon est connu dans toute l’Europe pour sa liberté de pensée et les esprits brillants qu’on y rencontre.
La date de son initiation n’est pas connue. Elle est élue Grande Maitresse des Loges d’Adoption de France probablement le 4 mai 1775 à la Loge «St Antoine» à Paris et le demeure jusqu’à la Révolution. Elle est membre de la Loge d’Adoption «Saint Jean de La Candeur » qui est une Mère Loge. Elle en est nommée Grande Maîtresse inamovible en 1779.
Le 27 janvier 1778
Sous le patronage des trois princesses de sang (Bourbon, Chartres, Lamballe), La Candeur discute et adopte trois projets caritatifs. Le premier consiste à inciter les maçons à financer annuellement le prix (3 000 livres) d’une médaille d’or pour récompenser les maçons qui donnera la meilleure réponse à une question «sociale» :
« Quelle serait la méthode la plus économique, la plus saine et la plus utile pour élever des enfants abandonnés depuis leur naissance jusqu’à l’âge de sept ans ? »
Le second prévoie d’attribuer une médaille d’or à une académie qui s’emparera de la question précédente et lui donnera une publicité certaine. Il est à noter que la loge joue à l’académie car durant tout le XVIIIe siècle, les sociétés savantes ont multiplié toute sorte de concours à prix sur des sujets fort variés : propagande royale, échanges techniques et scientifiques, débats philosophiques et politiques, réflexions sur les institutions sociales et économiques. Enfin, la loge vote une récompense de 300 livres à Vincent Bernin, caporal au régiment d’Anjou qui n’a pas hésiter à se jeter dans le Rhône englacé pour sauver deux des trois enfants qui s’y noyaient.
Bien sûr la loge soutient également des maçons infortunés comme par exemple, le marquis Pierre Anne de Trestondam. Ses malheurs ont été contés par Bacon de La Chevalerie dans la tenue d’adoption de janvier 1779. Face aux difficultés privées, le plus souvent, la gent féminine est l’intercesseur. C’est la comtesse de Polignac directement ou via ses cousins, les Polignac, favoris de Marie-Antoinette, qui obtient de la Reine, pour le bénéficiaire, une gratification de mille livres, huit cents francs de pension et une lieutenance dans le régiment de Royal-Marine.
Grace à son épouse et à la protection de la Reine, le frère Armand Jules François (1746-1817), comte de Polignac au moment de sa réception en 1776, est fait gouverneur de Chambord (1779), duc héréditaire à brevet (1780), directeur général des postes à chevaux (1782) et directeur général des haras (1786). De plus, de nombreuses sœurs servent la Reine ou les princesses de France. Ainsi Charlotte de Lastic-Sieujac, devenue comtesse de Saisseval sera dame d’honneur de Madame Victoire, puis de Madame Elisabeth.
Dans la décennie 1780
La duchesse de Polignac a son salon dans ses appartements du château de Versailles. Etienne Fizeaux de Clémont organise son salon dans l’hôtel de Brienne. Est également salonnière Louise Julie Constance de Rohan-Rochefort, seule femme à avoir exercé par intérim la fonction héréditaire de Grand Ecuyer de France (chef des écuries royales), à la mort de son mari, Louis-Charles de Lorraine, comte de Brionne et la minorité de leur fils. Marie Louise Auget de Monthyon, épouse de Michel Bouvard de Fourqueux, éphémère contrôleur général des Finances (avril 1787), femme de lettres mais qui refuse d’être publiée de son vivant, sera salonnière tout comme son amie Philippine Potier de Novion, mariée à Aymar Charles de Nicolaï, président de la chambre des comptes. Parmi les sœurs de La Candeur, entre autres, tiennent également salon Marie-Amélie de Boufflers, par mariage duchesse de Lauzun, puis de Biron, Germaine Françoise de Tane, épouse de Montmorin Saint-Herem, bref secrétaire d’Etat aux affaires étrangères puis à la marine (1787), Adélaïde de Choiseul-Gouffier, la duchesse de Guiche ou la marquise douairière Duval d’Eprémesnil.
Un fonctionnement plus ou moins androgyne ?
Alors que dans la plupart des cas, les tenues d’adoption sont rares, irrégulières et aléatoires, la particularité de La Candeur est d’avoir deux ateliers qui maçonnent en parallèle et en osmose. La loge masculine est successivement présidée par Claude de Saisseval puis à partir de 1781 par Gouy d’Arcy. Lorsque Chartres devindra vénérable inamovible, il continuera comme substitut à tenir le premier maillet. Comme il est prévu dans le règlement obédientiel de 1774, la loge d’adoption La Candeur est dirigée par le vénérable de la loge masculine, même si ce dernier cède plusieurs fois le maillet à une sœur. En avril 1779, la duchesse de Bourbon devient grande maîtresse inamovible de l’atelier d’adoption, mais à la différence de son frère, Bourbon préside assez souvent la loge d’adoption, laissant pour les autres réunions, le maillet à la comtesse Marie-Anne de Brienne. Cette présence n’est sans doute pas étrangère à la place prise par les sœurs d’autant que le vénérable de l’atelier masculin, simple marquis, même bien vu en Cour, aurait eu une certaine mauvaise grâce, voire une indélicatesse, à vouloir disputer le premier maillet à une princesse de sang.
Durant son existence, la loge d’adoption adopte une série de mesures et de pratiques qui la transforme, nolens volens, en atelier androgyne.
Initialement, il était prévu que l’admission des dames serait soumise à deux votes, le premier dans la loge masculine, le second dans la loge d’adoption (mars 1775). Cependant les documents de la loge militaire ne font référence à ce vote qu’à deux reprises, ce qui amène à penser que l’acceptation des femmes se faisait exclusivement dans la loge d’adoption.
La périodicité de la loge masculine est plus régulière que celle de la loge d’adoption : deux à quatre fois par an pour cette dernière, contre une fois par mois (avec parfois une interruption de plusieurs mois). En revanche, la fréquentation dans la loge d’adoption est nettement supérieure à sa consœur masculine, d’autant que la plupart des frères étaient des militaires. La loge masculine se réunit le matin, la tenue d’adoption, le soir. Elle est toujours suivie par un banquet, bal et autres divertissements mondains. Il résulte de cette situation, une plus grande affluence de frères de la loge ou visiteurs aux tenues d’adoption.
Périodiquement des faits plus ou moins menus traduisent la place grandissante des sœurs dans la gestion de l’atelier d’adoption, mais également dans celle de la loge masculine.
Le 19 janvier 1776
La loge discute et adopte un projet précisant « qu’on n’admettrait désormais aucun frère ou profane sans le consentement des sœurs qui seront préalablement consultées ». Est-ce à dire que les sœurs avaient un droit de refus sur l’admission de frères ? Ou bien plus probablement, cette mesure ne concernait-elle que la loge d’adoption ?
Un rituel pré-féministe ?
On a trop souvent moqué la «bergerie maçonnique» jusqu’à des travaux récents qui montrent que les rituels de la maçonnerie des Dames ont un contenu certain. La Candeur a un rituel particulier. Comme elle fonctionne comme une loge-mère, délivrant des patentes, elle fait imprimer ses rituels pour les expédier à ses loges-filles. On connaît ainsi le contenu des trois grades et les divers degrés post-magistraux. Contrairement à une lecture superficielle, ces textes ont une véritable teneur symbolique qui sous-tend, au moins de manière implicite un discours proto-féministe. C’est dans le grade de compagnonne que s’exprime le mieux ce caractère. La candidate y est identifiée à Ève. Renversant la version biblique, l’Eve maçonnique, via la pomme, accède à l’arbre «du milieu» permettant de distinguer le bien et le mal, de suivre le premier et de fuir l’autre. Ce choix permet d’accéder à la «Félicité». Cette inversion totale de l’interprétation traditionnelle du christianisme fait que la nouvelle sœur compagnonne se trouve, suite à son avancement, «à la droite du Vénérable». Manger la pomme est le geste non défendu, mais nécessaire aux femmes pour connaître et ainsi pratiquer la vertu. On peut donc y voir du féminisme avant la lettre
A noter que ce thème de l’Eve rédemptrice est commun à tous les rituels d’adoption, mais à La Candeur, il est pris au sérieux. Dans les premières années de l’atelier, l’instruction des sœurs est à la charge des frères comme dans la séance du 5 février 1778, dans laquelle, Claude-François, comte de Ses maisons est chargé d’expliciter le contenu, l’importance et l’utilité des grades de la maçonnerie des dames. Ensuite, les maçonnes se chargent elles-mêmes d’apporter une formation et une information aux sœurs, définissait ainsi «les conditions d’une liberté à cultiver dans le cœur et dans l’esprit», comme le dit un procès-verbal.
Un cercle ésotérique mixte
Le XVIIIe siècle est à la fois le moment des Lumières, mais également celui de l’illuminisme, de l’ésotérisme et de l’occultisme. La Candeur reflète ce dualisme. Elle est notamment un haut lieu du mesmérisme. Ce courant y est largement diffusé par les sœurs, et tout particulièrement par la duchesse de Bourbon. Harpiste reconnue, peintre, amie des arts et des lettres, Bourbon est influencée par la théosophie chrétienne, le magnétisme animal et la franc-maçonnerie. Si l’on en croit la version imprimée de la tenue du 21 avril 1779, au grade de Maçonne Parfaite, elle déclare ne pas avoir ledit degré et demande à le recevoir, comme n’importe quelle sœur, dans sa forme rituélique intégrale et non par simple communication. L’Elysée-Bourbon et son château de Petit-Bourg (dans l’actuel département de l’Essonne) deviennent un haut lieu du mysticisme. Elle y reçoit des mesmériens, Louis Claude de Saint-Martin qui a une grande influence sur elle, le futur député et évêque constitutionnelDom Gerle ou la visionnaire prophétesse Catherine Théot. Bourbon devient elle-même magnétiseuse et fut l’une des pionnières du somnambulisme. En effet, au-delà de Bourbon, la presque totalité de La Candeur est peu ou prou marquée par le mesmérisme.
Par ses usages, ses pratiques et parfois par ses règles, La Candeur se singularisera dans le landernau maçonnique en général, et dans la Maçonnerie des Dames en particulier. Elle est typique du rôle indirect des femmes dans la sociabilité élitaire. Cet atelier huppé est plus qu’une société paramaçonnique, qu’une sorte d’amicale ritualisée pour épouses et parentes de frères, qu’un jeu de société et/ou qu’une aimable parodie. En effet, il reflète et parfois amplifia le caractère paradoxal de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle, à la fois innovant et archaïque, fragile dans sa structure en dépit de son succès, tenant de l’Ancien régime et des idées nouvelles, porteur de projets universalistes et ouvert aux pratiques irrationnelles et occultes, influencé par les milieux aristocratiques et capable d’usages démocratiques. C’est dans les interstices de cette sociabilité élitaire complexe et contradictoire que La Candeur développa une forme d’autonomie de la maçonnerie des Dames qu’aucun autre atelier du GOdF n’atteint. Cependant si on peut noter le caractère androgyne assez égalitaire de la loge d’adoption et le climat pro-féministe qui y flotta, il faut en noter les limites. La principale est que jamais les sœurs ne franchissent les portes de la loge masculine, même si elles obtiennent un léger droit de regard sur divers usages dudit l’atelier. L’autre borne, omniprésente même si elle se manifestait à bas bruit, porte sur la conception que les frères avaient de la nature des femmes. Au XVIIIe siècle, l’idée encore dominante est que le clivage homme/femme est à la fois naturel et culturel, traversant tous les degrés de la société pourtant étroitement hiérarchisée. Même si un discours égalitaire prend forme, pour la majorité, les femmes sont différentes (et ipso facto inférieures) des hommes, à la fois par le cœur et l’esprit, la morphologie et les caractères sexuels. A travers une poésie galante, le frère Saisseval cadet développe cette misogynie cachée
« Nos yeux seuls décident des belles ;
La beauté fait beaucoup d’Amans
Mais les liens sont les moins fidèles.
Venez, mes Frères, en ces instans
Jurons de n’être plus volages
Aux vertus comme à la beauté,
Nous pouvons offrir notre hommage
Sans faire d’infidélité. »
Dessous ces œuvres légères, cachée sous une idée gracieuse», s’exprime une condescendance toute phallocratique des «vrais chevaliers masons» :
« Nos constitutions imposent à nos sœurs trois devoirs pénibles : travailler, obéir et se taire. Nous prendrons pour nous une partie de leurs obligations : qu’elles travaillent à notre bonheur ; qu’elles obéissent à nos cœurs, nous nous chargerons de nous taire. »
Symboliquement, La Candeur décline dans les années prérévolutionnaires comme pour illustrer que son proto-féminisme certain mais élitaire ne pourra pas être la voie que suivront, plus tard, les femmes pour accéder en pleine égalité à l’Art Royal.
Le 17 février 1780
Constitution, à la Cour, de la loge «Le Patriotisme».
Compte tenu du niveau social de ses membres, La Candeur a les moyens financiers pour mener une politique caritative ostentatoire. En 1781, la cotisation annuelle est fixée à cent-vingt-sept livres. La réception coûte dix louis d’or, l’augmentation au grade de compagnon et l’exaltation à la maitrise, deux louis et l’affiliation, cinq louis. A cela s’ajoutent les revenus de la «boîte aux aumônes» variant de cent à quatre cents livres par tenue et les amandes (six livres pour une absence non justifiée et une livre et quatre sols pour un quart d’heure de retard aux réunions, par exemple).
Il est à noter que la pratique philanthropique de l’atelier, comme au demeurant l’ensemble de la franc-maçonnerie, concourt à la laïcisation de la bienfaisance même si les membres de La Candeur participent également à des œuvres religieuses caritatives. Il s’agit du devoir d’assistance aux nécessiteux des classes urbaines supérieures conscientes de la nécessité d’atténuer les antagonismes sociaux, mais la spécificité maçonnique permet de prolonger et de dépasser ce simple devoir d’assistanat en une authentique philanthropie qui à La Candeur se poursuit par un certain questionnement sur des enjeux domestiques axés autour de la place de la femme et de l’enfant. Mais une des caractéristiques de l’atelier est le nombre et les sommes allouées à cette activité. La Candeur dota des jeunes filles pauvres et/ou vertueuses, mit en apprentissage des orphelins, distribua nourriture et argent aux déshérités ou libéra des prisonniers. Chacune des tenues se terminait par une «quête» qui servait presque exclusivement à des œuvres de bienfaisance. Celle du 10 février 1785 produisit 431 livres, 5 sols, 9 deniers. Assez souvent, l’atelier charge une sœur d’aller attribuer à divers quémandeurs la «bourse aumônière» de la réunion. Les activités philanthropiques de la loge accentuent encore le rôle des sœurs dans la vie de La Candeur. Elles sont constamment discutées en tenue d’adoption et leurs exécutions sont toujours assurées par les maçonnes.
Le 11 janvier 1781
Il est décidé que tous les sœurs «première et seconde inspectrice, oratrice, secrétaire, dépositaire, chancelière et maîtresse des cérémonies seraient invitées à remplir dans la loge leurs fonctions le plus qu’elles pouvaient …» et que l’atelier d’adoption sera présidé par une sœur portant le titre de «représentante de la S.S Grand Maîtresse de l’ordre et inamovible de la loge de La Candeur». On peut donc envisager des tenues d’adoption où tous les offices auraient été occupés par des sœurs, à l’exception de l’inamovible Tissot qui cependant à compter de janvier 1782, eut des adjointes : d’abord, la comtesse Anne de Brassac, puis Monique de Gouy d’Arsy (1748-1823), mariée à Louis Antoine, comte des Salles, en décembre 1782, Charlotte Perette Ferron de La Ferronays (1755-1808), épouse de Marie-Yves des Brosses, marquis de Goulet, en janvier 1784, et Jeanne Nicole Pélagie Tardy de Montravel (1755-1808), conjointe de Joseph Augustin du Bouëxic, vicomte de Pinieux, en janvier 1785. Si l’on en croit quelques écritures différentes de celle de Tissot, les sœurs durent parfois tenir le pinceau. On notera cependant que Tissot, outre ses fonctions médicales, était le secrétaire des commandement (secrétaire principal et particulier) de la duchesse de Bourbon.
Le 18 janvier 1781
Le vénérable nouvellement réélu dans la loge masculine, « jaloux de mériter les suffrages des Sœurs relativement à ses fonctions, a la faveur de leur demander si elles veulent le confirmer dans son élection de Vénérable. Les Sœurs, bien persuadées de ses lumieres & de son zèle, témoignent par leurs applaudissemens toute leur satisfaction de voir le maillet entre les mains du f. [Louis] M[arquis] de Gouy d’Arcy. »
Le 27 février 1781
Marie-Antoinette écrit à Sa sœur Marie-Christine, et indique ce que pensaient alors, de la dangereuse Secte, la Cour et l’aristocratie :
« Je crois que vous vous frappez beaucoup trop de la Franc-maçonnerie pour ce qui regarde la France ; elle est bien loin d’avoir ici l’importance qu’elle peut avoir en d’autres parties de l’Europe, par la raison que tout le monde en est : on sait ainsi tout ce qui s’y passe ; où donc est le danger ?
On aurait raison de s’alarmer, si c’était une société secrète de politique ; l’art du gouvernement est, au contraire, de la laisser s’étendre, et ce n’est plus que ce que c’est en réalité, une société de bienfaisance et de plaisir ; on y mange beaucoup et l’on y parle, et l’on y chante, ce qui fait dire au Roi que les gens qui chantent et qui boivent ne conspirent pas, ce n’est nullement une société d’athées déclarés, puisque, m’a-t-on dit, Dieu y est dans toutes les bouches ; on y fait beaucoup de charité, on élève les enfants des membres pauvres ou décédés, on marie leurs filles ; il n’y a pas de mal à tout cela. Ces jours derniers, la princesse de Lamballe a été nommée Grande Maîtresse dans une Loge ; elle m’a raconté toutes les jolies choses qu’on lui a dites, mais on y a vidé plus de verres qu’on y a chanté de couplets ; on doit prochainement doter deux filles : je crois après tout que l’on pourrait faire du bien sans tant de cérémonie mais il faut laisser à chacun sa manière ; pourvu qu’on fasse le bien, qu’importe ! »
Marie-Antoinette ne se méfie pas des loges, Elle pense la franc-maçonnerie inoffensive en France .
Si à cette date Marie-Antoinette ne voit pas le danger que représente la Franc-maçonnerie, dont les méthodes sont le mensonge, le truquage et la dissimulation, elle comprend trop tard que derrière les loges d’apparences, œuvrent en coulisses les Arrières-Loges ayant des desseins radicalement opposés à ceux prétendus par les Loges de «façades».
En mars 1781
L’atelier d’adoption décida de « donner à chaque fête d’adoption un mot sans lequel on ne pourrait avoir d’entrée dans la loge ». L’instauration de ce mot annuel, typique du GOdF, rapprochait encore la loge d’adoption des pratiques masculines.
Le 17 janvier 1782
Constitution, à la Cour, de la loge «La Concorde».
En dehors de ces Loges du château, Versailles bourgeonne de Loges en ville. On en compte dix avant la révolution. Citons, dans l’ordre chronologique de leur création, celles qui y furent en activité avant la Révolution et dont les noms évoquent de manière si touchante leurs quartier de réunion, leurs buts ou leurs références historiques ou spirituelle : la Loge « La Parfaite Union », fondée en la bonne ville de Versailles, le 24 juin 1747, jour de la fête de Saint-Jean Baptiste, par maître Collandières, tailleur du Roi ; une Loge bien connue de plusieurs de nos Frères, «Saint-Louis des Croisades», constituée le 17 ou le 27 juin 1758, en faveur d’un certain Danthiau, probablement Louis Danthiau, horloger, dont une pendule est placée dans les appartements intérieurs du Roi, et dont la particularité était que la différence de dilatation de l’acier et du cuivre dont elle est composée la fait se hausser et baisser une lentille, le balancier pouvant ainsi être utilisé comme thermomètre naturel ; la Loge «Saint-Jean et Saint-Philippe», fondée le 1er mai 1759, par un certain Crosnier, marchand de bois ; la Loge «Saint-Nicolas», créée le 8 octobre 1759 par Jean-François Etienne Bressier duquel on ne sait pas grand chose ; la Loge «Saint-Louis-Saint Jean des Frères Réunis», constituée le 20 janvier 1766 en faveur de Jean-Baptiste Arnaud, peutêtre le magistrat à la cour d’Aix, venu à Versailles avant la Révolution ; la Loge «Militaire Ecossaise du Génie», fondé elle aussi un 24 juin, celui de 1766, par un certain Etienne-Nicolas Calon, ingénieur des camps et armées du Roi, dont le nom pourrait indiquer qu’elle avait dans ses rangs des militaires écossais ou irlandais (on les appelle alors aussi «écossais»), venus avec le Roi Jacques II Stuart se réfugier dans le bon royaume de France, du temps de Louis XIV, pour repartir à la reconquête de son trône perdu ; la Loge «Saint-Jean de la Concorde», constituée en mars 1768, par Jean Bobigny, architecte au baillage de Versailles ; la Loge «Saint-Jean de la Réunion», constituée le 14 février 1782 pour un certain Leleu ; la Loge «Saint-Jean de Mars et Bellone», constituée le 7 juillet 1783, par Maxime du Perrier, maçon de Versailles, inspecteur des château, de son état ; la Loge «Saint-Jean du Parfait Accord», constituée le 9 février 1784 par Joseph-Charles Martigue, agent des troupes suisses et commis de la Surintendance.
A l’évocation de ces quinze Loges, dont la plupart dispaîtront dans la tourmente révolutionnaire … avec leurs membres (il y en aura encore beaucoup d’autres créées à partir du XIXe siècle), il est aisé de constater que Versailles et, avant la Révolution, un foyer actif de Franc-maçonnerie et que cette société a plus que simple droit de cité dans la ville royale.
Et après Louis XV ? Eh bien, tous les rois de France, pour ne parler que d’eux, puisque nous sommes à Versailles, jusqu’au dernier, furent membres de l’honorable société des Francs-maçons ! Les Bourbons Louis XVI, Louis XVII, reçu comme « louveteau », c’est-à-dire fils de Franc-maçon, le comte de Provence, futur Louis XVIII, initié en 1784, en même temps que son Frère, le comte d’Artois, futur Charles X, Louis-Philippe d’Orléans. On pense que la Loge dite «Militaire des Trois Frères», prit le nom de «Loge des Trois Frères Unis», après la Révolution, pour remémorer qu’elle réunissait ces trois frères Bourbons de sang et Frères en Maçonnerie.
Yves Hivertmesse
Tout cet acharnement à vouloir rapprocher Louis XVI de la Franc-Maçonnerie me tend à penser qu’il n’en était en fait pas !
Le 3 février 1782
L’habit met frères et sœurs sur un pied d’égalité :
« Le Vénérable a proposé aux Soeurs d’après le voeu général si elles desireraient adopter une robe uniforme pour la loge de la Candeur. Ayant toutes donné leur avis & consenti unanimement à cette proposition, à condition que les Frères seraient également en uniforme, elles ont adopté la couleur blanche. Les Frères ont demandé permission aux Soeurs de se concerter entr’eux pour se choisir une couleur. »
Ainsi les sœurs de La Candeur obtiennent progressivement un certain nombre de prérogatives inédites dans la maçonnerie d’adoption.
A l’automne 1779
Cette situation est relevée par Charles Blaise Léon Million, conseiller au Châtelet, président de la Chambre de Paris du GOdF qui se permettra de rappeler, sans grand succès, à La Candeur le respect des règles des loges d’adoption.
Le marquis de La Fayette (1757-1834) joue un rôle de premier plan dans la guerre d’Indépendance
américaine comme dans la Révolution française, professant des idées libérales et sans jamais renier son appartenance à la FrancMaçonnerie jusqu’à sa mort en 1834 au soir d’un parcours d’une exceptionnelle richesse.
Voir cet article :
Jean Baptiste Donatien de Vimeur, marquis de Rochambeau (1725-1807) qui participe à l’insurrection américaine est franc-maçon, membre de la loge « Saint Jean de la Candeur ». Il finira maréchal.
Joseph II n’est pas hostile à la franc-maçonnerie, mais il veut une franc-maçonnerie structurée et contrôlable, directement rattachée à l’État du Saint-Empire. Joseph II est un catholique rigoureux, austère qui a subi l’influence du jansénisme. Un catholique aussi qui veut retourner à une certaine Eglise primitive et qui peut subir l’influence de grands théologiens de Louvain. En outre, il a eu vraiment deux maîtres à penser : Montesquieu et Muratori, un abbé italien, historien et archéologue qui va développer la doctrine de la félicité publique et la notion du bonheur du genre humain qui vont largement se diffuser sous la Révolution française. On le présente aussi comme un empereur anticlérical parce qu’il a fermé quelques huit cents monastères et couvents. L’anticléricalisme de Joseph II estt avant tout économique; il n’admet pas qu’un tiers des terres soient mal cultivées ou exploitées.
Marie-Caroline (1752-1814), Reine de Naples, Elle s’appuie sur la franc-maçonnerie pour tenter de séparer Naples de l’influence des Bourbons, cherchant à orienter son royaume vers l’Autriche et l’Angleterre.
En 1786
Jean Axel , comte deFersen : Le colonel du Royal Suédois, est franc-Maçon de la Loge « L’Olympique de la Parfaite Estime ».
Grâce à ce biais, à partir de 1793, Fersen se fera acheminer des souvenirs et reliques de la Reine, de Paris, via la Suisse.
Fersen est donné aussi pour appartenir au Club des Valois.
Nos rois ont fait de la France la première puissance occidentale avant le coup d’état maçonnique de 1789 ; Camille Desmoulins n’écrit-il pas dans son Histoire des Brissotins :
« Nous n’étions peut-être pas à Paris dix républicains le 12 juillet 1789 » ?
La Révolution Française a pour but l’éradication totale et définitive du Catholicisme et de la Monarchie par la Synagogue via les loges maçonniques (et ses «Arrières-Loges») qui sont plus de 700 dans tout le royaume.
Le 14 juillet 1789
Le peuple de Paris prend la Bastille et en assassine le gouverneur de Launay.
Le 17 juillet 1789
Lorsque Louis XVI se rend à l’hôtel-de-ville pour se concilier la faveur des parisiens, il est accueilli sur les marches de la mairie avec les honneurs maçonniques de la « voûte d’acier », double haie métallique formée par les épées croisées des gardes nationaux. Michelet et d’autres historiens ont vu dans cet honneur bizarre autre chose qu’un geste maçonnique-une manière pour Bailly , le maire tout nouvellement élu et les siens de faire passer le Roi sous leurs fourches caudines !
La princesse de Lamballe tient un salon contre-révolutionnaire, à Paris, après le retour de la famille royale à Paris, en octobre 1789.
Le 3 juillet 1790
Dans les jardins du château de Saint-Cloud, Marie-Antoinette rencontre le marquis de Mirabeau (1749-1791) qui Lui expose son plan pour sauver la monarchie. Le tribun est orateur de la loge des Neuf-Sœurs. Charles Porset, découvrant un manuscrit inédit du XVIIIe siècle, apporte la preuve que Mirabeau était bel et bien franc-maçon.
La Reine le reçoit d’abord seule, puis Louis XVI les rejoint. La teneur de l’entretien est restée secrète, mais Marie Antoinette confiera au comte de La Marck, qu’Elle et le Roi « avaient acquis la conviction du dévouement sincère de Mirabeau à la cause de la monarchie et à leurs personnes« .
Quant au député provençal, il dira à son neveu :
« Je suis content, tout ira bien« .
Avant de se retirer, a-t-il baisé la main de Marie-Antoinette en lui disant :
« Madame, la monarchie est sauvée« ,
comme on l’a rapporté? Toujours est-il que ses convictions en sortent renforcées.
Marie-Antoinette ( Jane Seymour) et Peter Ustinov dans Les Années Lumière (1989)
« Elle est bien grande, bien noble et bien malheureuse. Mais je La sauverai. Rien ne m’arrêtera. Je périrai plutôt!»
déclare-t-il à La Marck en revenant.
Le 14 juillet 1790
Fête de la Fédération sur le Champs-de-Mars à Paris.
Quant à la devise de la République, c’est la sienne ! De simple «Liberté-Egalité» en 1789, elle est complétée par «Fraternité», apparue sur les drapeaux des fédérés lors de la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. Elle ne doit donc aucunement son origine à la Franc-maçonnerie, comme on le prétend souvent.
La Reine accuse enfin la Maçonnerie :
« Après quelques mois passés aux Tuileries sous l’œil des Barbares de la Maçonnerie, la Reine sait ! Elle sait qu’elle est dans les Loges la source des calamités qui viennent de fondre sur la France et sur la royauté. »
Voici les dernières lignes d’une lettre adressée par Elle à Son frère, l’empereur Léopold II, en 1790 :
« Adieu, mon cher frère, il faut que je compte bien sur toute votre amitié pour ne pas craindre d’en abuser, mais en revanche comptez bien sur toute la tendresse de votre malheureuse sœur. J’embrasse ma belle-sœur et vos enfants ; prenez bien garde là-bas à toute association de franc-maçons (sic) ; c’est par cette voie que tous les monstres d’ici comptent d’arriver dans tous les pays au même but. »
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale. Le Roi part avec la Reine, le Dauphin, Madame Royale, Madame Élisabeth et madame de Tourzel.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.
Le 25 juin 1791
La famille royale rentre à Paris sous escorte.
Dans la berline, les voyageurs sont accompagnés de Barnave et de Pétion, qui pensera avoir séduit la sœur du Roi …
La Reine, le Dauphin, Barnave et le Roi puis Madame Elisabeth, Pétion, madame de Tourzel et Marie-Thérèse dans la berline du retour de Varennes
par Benjamin Warlop
Antoine Barnave (1761-1793 ), présumé maçon qui aurait appartenu à l’atelier parisien Les amis de la Bienfaisance . Protestant , un des esprits les plus brillants du Dauphiné et le meneur en 1788 de la première journée révolutionnaire, à l’occasion de l’exil du parlement de Grenoble.
Jérôme Pétion de Villeneuve (1753-1794), Franc-maçon, est membre actif de la Société des Amis des Noirs.
Le 30 septembre 1791
À Prague, Mozart offre à la franc-maçonnerie, La Flûte enchantée…un opéra typiquement maçonnique donné la première fois le à Vienne. Mozart était membre de l’Obédience La stricte Observance Templière.
Le 10 août 1792
Les gardes suisses de la Maison Militaire du Roi, dont de très nombreux d’entre eux étaient Francs-maçons et ont une Loge appelée «Guillaume Tell», sont massacrés lors de la’assaut des Tuileries et dans les rues adjacentes où ils sont systématiquement pourchassés et taillés en pièces sur place, les survivants sont tués lors des massacres de septembre et le reste, guillotiné ; leur Loge «Guillaume Tell», réveillée après la Terreur sous le nom de «Centre des Amis», si familière à nos Frères, sera dévastée ; les Loges s’endormiront quand elles ne seront pas détruites physiquement et matériellement.
Pierre-Louis Roederer (1754-1835) , avocat au parlement de Metz, auteur de nombreux ouvrages historiques et littéraires,membre de la société des Philalèthes et de l’académie de Metz (1782). Le prince de Beauvau l’introduisit en novembre 1788 à la « Société des Trente », une des sociétés politiques les plus actives en faveur du tiers-état, restreinte, mais influente, mêlant noblesse et roture dans le camp révolutionnaire, et préparant des solutions à la crise. Elu député le 26 octobre 1789, en remplacement de Maujean, représentant le tiers-état, il devient président du Club des Jacobins le 29 août 1791. Il décide Louis XVI et sa famille à quitter les Tuileries le 10 août 1792 pour l’Assemblée nationale :
« Sire, Votre Majesté n’a pas cinq minutes à perdre ; il n’y a de sûreté pour elle que dans l’Assemblée nationale.
– Marchons », répond le Roi.
Roederer veut lui-même conduire et protéger la famille royale. La Commune de Paris condamnera cette conduite, et, sous les pressions de Marat, elle émet contre lui un mandat d’arrêt ; l’Assemblée toutefois s’oppose à sa mise en jugement.
Ainsi Roederer porte-t-il, avec son ami Pétion, maire de Paris, la responsabilité de la riposte armée des gardes suisses face à l’insurrection du 10 août, les ayant incités à défendre le palais du pouvoir exécutif en tant qu' »autorité constituée », alors que Louis XVI leur a ordonné de ne pas faire usage de leurs armes. Mais c’est à Louis XVI qu’il sera reproché durant son procès d’avoir fait couler le sang français à cette occasion.
Le général Antoine Joseph Santerre (1752-1809), commandant de la garde nationale, qui prit part à la prise de la Bastille, à la fusillade du Champ de Mars, la prise du château des Tuileries et le massacre de Septembre. Il est franc-maçon.
Les manœuvres secrètes de l’innocente « société de bienfaisance et de plaisir » devaient aboutir, le 2 septembre 1792, à l’assassinat de la princesse de Lamballe devant la prison de la Force, et, pour la Reine, à l’échafaud du 16 octobre 1793.
Quel tragique exemple des maux que peuvent engendrer les sociétés neutres, d’apparence si bénigne.
Les Boys-Scouts – Jean Biguedin – Revue internationale des Sociétés secrètes (1912)
Le 2 septembre 1792
La seule femme massacrée ce jour-là est précisément madame de Lamballe. Le docteur Seiffert demande à Danton la levée d’écrou de la princesse . Il refuse au motif que celui qui chercherait à s’opposer à la justice du peuple serait considéré comme un ennemi de ce même peuple . Pourtant il semblerait que Danton aurait au contraire tout fait pour la sauver sous prétexte de solidarité maçonnique.
Avons-nous d’ailleurs des preuves que la princesse de Lamballe a abjuré la franc-maçonnerie et son titre de grande-maîtresse pour que les franc-maçons le jugent nécessaire de l’assassiner ?
Si la franc-maçonnerie était à l’origine de sa mise à mort, il serait judicieux d’étudier de quoi les franc-maçons étaient encore capables à Paris pendant la Révolution et comment ils étaient organisés.
Au milieu du chaos révolutionnaire, beaucoup de franc-maçons ont en effet dû fuir Paris, car bon nombre d’entre eux furent eux-mêmes des nobles ou autrement proscrits par le régime révolutionnaire. Georges Danton (1759-1794), est membre de la Loge des Neuf Soeurs à Paris, où il côtoie l’encycopédiste d’Alembert (1717-1783).
De surcroît, pourquoi les franc-maçons auraient-ils attendu à ce que la princesse soit enfermée en prison ? Voulaient-ils masquer ainsi leur forfait ?
« Citons le cas de la princesse de Lamballe. Cette infortunée princesse, qui fut – personne ne l’ignore – l’amie dévouée de la reine Marie-Antoinette, avait eu la faiblesse, en 1777, de se laisser affilier à la Franc-Maçonnerie, dont elle ne soupçonnait pas les tendances. Le but de la secte était, à cette époque, d’accaparer quelques personnes de la Cour, surtout celles admises dans l’intimité des souverains. La princesse aimait les fêtes ; on la prit par son faible. Elle fut initiée par la Loge La Candeur, de Paris. En 1781, elle fut élue Grande Maîtresse de la Mère Loge Ecossaise d’Adoption, c’est-à-dire qu’elle fut mise à la tête des Loges de Dames. Le jour de son installation, la « Sérénissime Sœur de Lamballe », le maillet en main, put entendre le Frère Robineau lui chanter, au nom du rite, des couplets fort galants : « Amour, ne cherche plus ta mère/Aux champs de Gnide ou de Paphos/Vénus abandonne Cythère/Pour présider à nos travaux. Etc… » D’un esprit très léger, elle ne comprit pas ce qui se tramait dans les Loges et n’ouvrit les yeux que lorsque la Révolution eut éclaté. Mais alors elle fit son devoir sans aucune défaillance. Elle s’efforça de réparer le mal dont elle avait été la complice inconsciente. En novembre 1791, elle prit l’initiative de la surveillance qu’il était nécessaire d’exercer sur tous les foyers de conspiration. La secte jura de lui faire payer de sa vie son loyal retour au bien. Au 10 août 1792, la princesse de Lamballe suivit, avec le plus grand courage, la famille royale à l’Assemblée, puis au Temple. Dans la nuit du 19 au 20 août, elle fut transférée à la Force. Son sacrifice était héroïque ; elle savait, la malheureuse, quel sort l’attendait. On en a la preuve. En effet, c’est après la fuite de Varennes (juin 1791) que la princesse avait eu les preuves du rôle joué par la secte. Chargée d’une mission en Angleterre, elle avait constaté, avec douleur, l’influence que les Loges exerçaient sur Pitt, le conseiller du roi Georges ; celui-ci avait refusé son intervention, Pitt avait été jusqu’à dire que Louis XVI n’avait que ce qu’il méritait. Après un court séjour en Angleterre, la princesse était passée à Aix-la-Chapelle ; c’est à ce moment qu’elle avait brisé les liens maçonniques. Elle avait rompu avec la secte, et, circonstance significative, fait aussitôt son testament ; ce document, qui a été publié, est daté du 15 octobre 1791. Puis, elle était rentrée en France, pour lier son sort à celui de la famille royale. Le 3 septembre 1792, à la Force, elle comparut devant le tribunal de sang, présidé par le franc-maçon Hébert. Sa vaillante attitude a été immortalisée par Peltier et Bertrand de Molleville. Conduite dans la rue du Roi-de-Sicile, elle fut égorgée par les massacreurs. Un de ces misérables voulut lui enlever son bonnet avec la pointe d’un sabre et la blessa au front ; un autre la renversa d’un coup de bûche ; elle fut achevée à coups de sabre et de pique. Son corps fut mutilé, telle était la rage de ces scélérats ; on lui arracha le cœur ; on coupa sa tête, qui fut promenée, au bout d’une pique, jusque sous les fenêtres du Temple. Plus tard, en 1796, ses assassins furent jugés. L’un des principaux, Nicolas Le Grand, franc-maçon, fut condamné à vingt ans de fers ; un autre, nommé Charlat, également franc-maçon, s’était engagé pour aller combattre les Vendéens, mais il fut tué par ses camarades, à qui il faisait horreur à raison de sa participation au crime. »
L’Héritage
Sources :
- Antoinetthologie
- https://www.utt-montpellier.fr/web/file/documents/64_2019.03.27_-_CONFERENCE-NAISSANCE-Franc-Maconnerie.pdf
- Hivertmesse Yves, La très aristocratique loge de la candeur sise à Paris cercle d’un certain féminisme, 3 juin 2023
- Si Versailles (maçonnique) m’était conté, 10 mai An de Grâce 2014