EXPOSITION : Louis XVI, Marie-Antoinette et la révolution
Les Archives nationales nous proposent du 29 mars au 6 novembre 2023 cette très intéressante exposition consacrée à la vie de la famille royale aux Tuileries.
Cette exposition nous présente de nombreux objets et surtout des documents d’archives concernant la période des Tuileries de la famille royale, entre le 6 octobre 1789 et le 10 août 1792.
Voici mes photographies personnelles (toutes mes excuses pour leur qualité) qui pourraient vous donner l’envie d’approcher en vrai ces précieux documents. Elles ont au moins l’intérêt de permettre à ceux éloignés de Paris sans possibilité de déplacement de les découvrir. Selon l’avertissement en début d’exposition, si les propriétaires privés des documents et objets qui n’appartiennent pas aux Archives nationales ne sont pas d’accord avec la diffusion ici de ce qui leur appartient, n’hésitez pas à nous contacter. Notre objectif est de tout faire pour mettre en valeur au mieux ce qui vous revient de droit. Nous vous en remercions par avance.
Octobre 1789 L’installation aux Tuileries
L’acceptation de Louis XVI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le 5 octobre 1789 :
Coupe des Tuileries, côté jardins, permettant de visualiser la répartition des appartements de la famille royale et des membres majeurs de leur service (le capitaine des gardes du corps, la dame d’honneur de la Reine, la surintendante de sa maison, la gouvernante des Enfants de France et les femmes de chambre de ceux-ci) :
Monsieur et son épouse préfèrent s’installer dans leur château du Luxembourg, rive gauche. Le comte, la comtesse d’Artois et leurs deux fils, les ducs d’Angoulême et de Berry ont émigré l’été 1789.
Marie-Antoinette occupe une partie du rez-de-chaussée qu’elle doit partager avec les cabinets d’études de son mari et quelques-uns des serviteurs de celui-ci les plus importants :
Le pavillon de Flore (donnant sur la Seine), côté jardin est réservé au rez-de-chaussée à la princesse de Lamballe dont l’appartement est directement relié à celui de la Reine et côté cour au service de Bouche du Roi :
Le second étage du pavillon de Flore sert d’appartement à Madame Elisabeth et à une partie de son service :
Une sécurité minimale est mise en place. On sait que les Parisiennes pouvaient s’adresser directement à Marie-Antoinette de sa fenêtre au rez-de-chaussée les premiers jours :
Fin 1789-9 août 1792 La vie quotidienne aux Tuileries
Une fois les logements attribués, il faut désormais les meubler :
Marie-Antoinette fait appel à ses fournisseurs préférés comme l’ébéniste Riesener, pourtant écarté depuis quelques années du Garde-Meuble de la Couronne pour ses prix exorbitants. Mais la Reine tient à choisir ce qu’il y a de mieux pour son cadre privé. Cela ne l’empêche pas de se contenter aussi d’éléments décoratifs au goût dépassé :
La mode est un composant indispensable de la vie publique. Marie-Antoinette, sa fille et sa belle-soeur se doivent d’être encore les mieux habillées de France. Elles adoptent avec plaisir des tenues dans l’air du temps de plus en plus antiquisantes :
La cour des Tuileries, bien plus réduite que celle de Versailles, reste néanmoins imposante. L’étiquette qu’ils ont tant rejeté devient pour les membres de la famille royale une nécessité afin de conserver à la fois leur rang et leur prestige mais aussi leur sécurité.
Dans cette nouvelle cour à la loyauté parfois douteuse, la fidélité de la comtesse de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, n’est plus à démontrer. Marie-Antoinette et bien plus tard sa fille, seule rescapée de la famille royale, tiennent à la remercier elle et sa famille pour son dévouement :
Malgré un confort et une sécurité relatifs, l’ennui s’installe rapidement aux Tuileries. Les membres de la famille royale prennent l’habitude après leur souper en commun de jouer au billard et de trouver un peu d’amusement à parier sur leurs parties :
Le temps est loin des parties de jeux enflammées du début du règne !
Louis XVI n’a pas perdu l’habitude de tout noter méticuleusement et de s’adonner à sa passion des sciences :
La famille royale ne compte plus ses sorties publiques pour lesquelles le petit Dauphin devient un atout majeur de la popularité royale à reconquérir. Un jardin lui est aménagé et de là il se promène avec sa gouvernante, et régulièrement avec sa mère et sa soeur, dans les parties ouvertes au public du jardin des Tuileries :
Néanmoins, ces apparitions publiques ne suffisent plus auprès d’une partie de la population parisienne de plus en plus méfiante, nourrie de presse révolutionnaire et de libelles. Même au coeur des Tuileries, les nombreux serviteurs qui y travaillent pourtant rémunérés par la liste civile, doivent être surveillés. Leur bord politique et leurs propos sont répertoriés dans ce cahier :
Les insultes contre le Roi et la Reine sont récurrentes, prononcées par des personnes pouvant les approcher de près.
Fin 1789-9 août 1792 Les événements politiques
Près d’un siècle après l’installation de la cour à Versailles, Paris redevient en octobre 1789 le centre du pouvoir. Une nouvelle organisation de la ville est mise en place afin de s’adapter aux nombreuses transformations politiques en cours :
Contrairement à la légende, Louis XVI n’est pas passif face à la situation. De nombreux documents de sa main prouvent à quel point il tient à rester au coeur de l’actualité politique :
Le prochain passage aux hommes du Dauphin, appelé désormais le Prince Royal devient un nouveau point de friction parmi les différents bords politiques. La Reine et le Roi ne peuvent envisager l’idée de confier leur fils chéri à quelqu’un qui leur serait imposé. Conscient des enjeux, Louis XVI n’entend pas laisser l’éducation de son fils à n’importe qui :
La méfiance règne et en plus des insultes quotidiennes, les dénonciations politiques, pour beaucoup sans fondement, ne cessent d’aviver la tension entre le Roi et les Parisiens :
La famille royale ne peut plus vivre dans ces conditions où le danger est permanent et les libertés les plus essentielles contestées à son égard. Marie-Antoinette se prépare donc à quitter Paris. Une première étape consiste pour elle à envoyer dans sa famille ses bijoux et fonds personnels, l’ensemble passant par la Belgique gouvernée par sa soeur Marie-Christine :
Ce sera finalement sa fille Marie-Thérèse de France qui en bénéficiera.
Au lieu d’un sauvetage, le départ de la famille royale pour Montmédy devient finalement un point de tension supplémentaire :
Louis XVI et Marie-Antoinette ne comptent pas accepter leur situation de plus en plus tendue. Ils pensent trouver de l’aide auprès de conseillers politiques très divers, jugeant que parmi leurs multiples projets, au moins l’un d’eux pourrait réussir. Le comte de Fersen, rêvant d’un retour du pouvoir absolu du Roi, est l’un des plus actifs :
Mais Marie-Antoinette et son époux estiment que des révolutionnaires modérés, tel que Barnave, peuvent aussi leur être utiles :
Louis XVI se prête donc à l’acceptation de la constitution. Conscient de ses défauts, il espère cependant apaiser les plus radicaux :
Le Roi et son épouse n’oublient pas que les souverains étrangers doivent rester leurs alliés, aidés en cela par Fersen, agent diplomatique international :
Le 14 février 1792, Marie-Antoinette remet à Fersen de nombreux papiers, notamment sa correspondance secrète avec Barnave, avec ce mot :
Ce sera la dernière fois que les deux se verront en vrai. Fersen a du mal à accepter que la famille royale puisse désormais refuser toute tentative d’évasion. Il redouble donc d’efforts auprès des souverains européens afin de sauver la monarchie en France.
Outre cette politique étrangère clandestine visant à contre-carrer la révolution, de nombreux agents de la famille royale travaillent aussi de l’intérieur :
Louis XVI et Marie-Antoinette ne doivent cesser de se justifier auprès leurs opposants :
Il n’empêche, les actions et propos contre-révolutionnaires restent bien tempérés comparés à ceux qui attaquent la famille royale, en particulier Marie-Antoinette :
Août 1792
Trop zélé dans son élan monarchique, Fersen est en grande partie responsable de la catastrophe connue sous le nom de manifeste de Brunswick, du nom du général en chef de l’armée alliée contre la France révolutionnaire :
Les menaces violentes contre la population parisienne sous prétexte de protéger la famille royale, vont au contraire précipiter la chute de la monarchie. Louis XVI et Marie-Antoinette se retrouvent victimes de ce qui était censé les sauver, accompagnés de plusieurs centaines de leurs fidèles qui pour beaucoup vont aussi y trouver la mort. Malgré l’imminence du danger au début du mois d’août, la famille royale maintient un semblant de vie de cour :
Ce n’est en rien un déni de la réalité ou pire une méconnaissance de la situation, mais un moyen de s’affirmer tels qu’ils sont jusqu’au bout.
Le 10 août 1792 au matin, une fois réfugié avec sa famille et leurs plus proches à l’assemblée, Louis XVI donne ordre aux Suisses qui défendaient le château de rendre les armes :
Les Suisses se feront dès lors massacrés par la foule en furie :
En prime, une excellente vidéo nous invite à comprendre le décryptage de la correspondance secrète entre Marie-Antoinette et Fersen. Je tiens ici à rendre hommage à madame Isabelle Aristide-Hastir pour sa contribution majeure sur la question. Il nous est malheureusement impossible de diffuser cette vidéo.
Les Archives nationales proposent également en exposition permanente dans plusieurs salles dédiées des documents à la portée historique majeure, en particulier l’abolition de la peine de mort. Mais nous pouvons également avoir la chance de trouver des sources beaucoup plus légères, non dénuées d’intérêt cependant :
Chasses de la Reine et du comte d’Artois Archives nationales
Le catalogue, sous la direction d’Isabelle Aristide-Hastir et Emmanuel de Waresquiel est de grande qualité et je le recommande vivement pour tous ceux passionnés par cette période et appréciant les documents d’archives. Ce catalogue permet aussi de moins regretter un déplacement sur Paris :
Une exposition et un catalogue donc à ne pas manquer !