Le vendredi 4 mars 1729
Naissance d’Anne-Claude-Louise d’Arpajon à Arpajon, en Île-de-France.
Elle est la fille de Louis d’Arpajon, marquis de Châtres, secrétaire du Roi ( en 1720), chevalier de Saint-Louis, chevalier de la Toison d’Or de la branche espagnole (1667-1736) et d’Anne-Charlotte Le Bas de Montargis (1697-1767).
Le 27 novembre 1741
Claude d’Arpajon épouse Philippe de Noailles ( 1715-1794 ) et devient princesse de Poix.
Puis son mari reçoit de son père la grandesse d’Espagne et la terre de Mouchy le Chatel est érigée en duché.
En 1745
Naissance de sa première fille Louise Henriette Charlotte Philippine de Noailles (1745-1832), future duchesse de Duras, qui sera Dame du Palais des Reines Marie Leszczyńska et Marie-Antoinette.
En 1747
Naissance et mort de son fils Charles Adrien de Noailles, prince de Poix.
Son mari reçoit grandesse par le Roi d’Espagne, faisant d’elle, pendant un demi siècle, la duchesse de Mouchy.
En 1748
Naissance de son fils, Louis Philippe de Noailles (1748-1750), prince de Poix.
En 1750
Décès de son fils, Louis Philippe de Noailles (1748-1750), prince de Poix.
Naissance de son fils Daniel François Marie de Noailles (1750-1752), marquis de Noailles puis prince de Poix.
En 1752
Décès de son fils Daniel François Marie de Noailles (1750-1752), marquis de Noailles puis prince de Poix.
Naissance de son fils Philippe Louis Marc Antoine de Noailles (1752-1819 ), prince-duc de Poix et duc de Mouchy.
Le 17 avril 1756
Naissance de son fils Louis Marc Antoine de Noailles ( 1756-1804 ), vicomte de Noailles.
En 1766
Anne-Claude est nommée dame d’honneur de Marie Lesczsyńska (1703-1768), charge qui lui donne droit à un appartement de fonction assez grand.
L’appartement de «Madame l’Étiquette»
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles passion )
Elle est hébergée dans l’Aile du Nord, près de la chapelle, situé au rez-de-chaussée de l’aile du Nord dans l’aile appelée le «gros pavillon».
Cet appartement se compose d’un cabinet et derrière une garde robe à armoire, d’une chambre-à-coucher avec deux cabinets d’alcôve et un corridor à armoires à habits, d’une seconde antichambre servant de salle-à-manger et une première antichambre sur le corridor public, d’un salon de compagnie avec les bains derrière.
Derrière le cabinet de toilette, un escalier d’entresol emmène au-dessus de ces pièces. Trois grandes chambres, plusieurs garde robes à chaise, une chambre de femme-de-chambre et une grande garde robe à habits le compose.
La commode dite «de Madame Adélaïde» à Versailles, œuvre de Gilles Joubert
La commode arrivant à Versailles n’est pas dirigée sur l’appartement de Madame Adélaïde. Son nom est barré sur le registre et remplacé par «Garde-Meuble». Elle est donc envoyée pour une raison inconnue au garde-meuble de Versailles.
Plus tard, nous la retrouvons aux inventaires du mobilier de Versailles avec l’indication «sans numéro», placée chez madame de Boucheman, mère du concierge du château. Elle est ainsi décrite : «Sans n°, Madame Boucheman mère, une commode peinte en jaune bouquets de fleurs en rouge ouvrant à deux vantaux, sabots griffe de lion en cuivre argenté, 3 pieds et demi de large».
Elle est placée par la suite chez la comtesse de Noailles.
Vers 1767
La principauté de Poix et la grandesse passent à leur fils, afin qu’à son mariage, sa femme (Anne de Beauvau) puisse avoir le tabouret (en tant que Grande d’Espagne, elle a rang de duchesse).
Durant l’automne 1767
Un rhume négligé donne à Marie Leszczyńska de fréquents accès de fièvre qui l’affaiblissent rapidement. Son état devient préoccupant. Le Roi revient à son chevet, suivant les progrès des langueurs et de la tuberculose.
Mi-juin 1768
Marie Leszczyńska montre une fatigue de vivre à laquelle le docteur Lassonne ne trouve pas de remède… elle n’a pourtant que soixante-quatre ans …
Le 24 juin 1768
A dix heures du soir
Mort de la Reine Marie Leszczyńska dans la chambre de son appartement de Versailles, au milieu des siens. Elle est la dernière Reine de France à mourir avec sa couronne.
Les panneaux du cabinet chinois sont légués par Marie Leszczyńska, dans son testament, à sa dame d’honneur la comtesse de Noailles.
Estimée pour ses qualités, elle est nommée deux ans plus tard Dame d’honneur de la nouvelle dauphine Marie-Antoinette. Ce sera le rôle de sa vie !
Madame de Noailles
dans Marie-Antoinette à Versailles (1979)
de Blue Peter
Elle part pour la frontière, avec l’ensemble de l’entourage français, à la rencontre de la future souveraine âgée de quatorze ans, qui pose pour la première fois le pied sur le sol Français le 7 mai 1770.
Le 6 mai 1770
Le cortège de Marie-Antoinette atteint l’abbaye de Schütter près de Kehl puis traverse la Forêt-Noire et parvient sans encombre, l’étape est courte, jusqu’au moutier. Monsieur le comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire, vient saluer Madame la Dauphine.
Le 7 mai 1770
Un carrosse, couronné de bouquets de fleurs d’or, s’arrête aux premières maisons de Strasbourg. Monsieur d’Autigny, chef du magistral, s’avance et commence une harangue en allemand. Marie-Antoinette penche la tête de la portière et gracieusement l’interrompt :
« Ne parlez point allemand, messieurs, à dater d’aujourd’hui, je n’entends d’autre langue que le français.»
Marie-Antoinette
Dès les premiers pas de la princesse sur la terre de France, son seul sourire attire et séduit. Sa marche aérienne, Son port d’Archiduchesse, l’attitude un peu fière de Sa tête et de ses épaules imposent. Un teint «mêlé, de bien à la lettre, de lis et de roses…»
Marie-Antoinette fait l’effet d’un bouquet des fleurs de champs.
«C’est une odeur de printemps !» s’exclame Burke.
Le spectacle strasbourgeois est aussi frais que le sourire de la petite Dauphine. Des enfants déguisés en bergers et bergères Lui offrent des bouquets, des jeunes filles jettent des fleurs sous les pas des chevaux et des garçonnets costumés en cent-suisses font la haie. On Lui présente le cardinal de Rohan, les comtes formant le conseil de la cathédrale, les députés, succèdent trente-six dames de la noblesse d’Alsace aux mines graves et sévères.
Marie-Antoinette, comme on L’appelle désormais, est «remise» à la France sur un îlot du Rhin, considéré comme une frontière symbolique. La princesse quitte Sa robe de voyage «en gros de Tours» et revêt une «robe et un jupon d’étoffe d’or».
« Elle (la Dauphine) passa ensuite dans le salon commun, suivie de toute sa cour allemande. On y avait dressé une espèce de trône surmondé d’un dais ; une grande table était placée au milieu de la salle, de l’autre côté se trouvaient M. de Noailles et M.M. Bouret et Gérard » nous dit le compte-rendu officiel.»
Madame de Noailles part à la rencontre de Marie-Antoinette à la frontière avec l’ensemble de l’entourage français à l’arrivée de la Dauphine en France.
La comtesse de Noailles recueille Marie-Antoinette à Son arrivée à Strasbourg.
Elle sera Sa dame d’honneur jusqu’en 1775. Elle a la responsabilité de veiller à ce que la Dauphine à Versailles respecte bien les us et coutumes de la cour de Versailles. Très attachée au protocole, elle ne parvient, pourtant, pas à instruire la Dauphine de ses fonctions représentatives, et protectrices à l’égard des importuns.
Le discours de Noailles pendant la remise :
« La commission honorable que le Roi mon maître a bien voulu me confier met le comble à la reconnaissance que je dois à ses bontés. Il ne manque à mon bonheur que de pouvoir peindre fidèlement à Madame la Dauphine les sentiments de Sa Majesté et tout son empressement de la voir partager bientôt sa tendresse avec la famille royale. La nation dont je suis également l’interprète soupirait après l’instant heureux qui annonce à deux grands empires la perpétuité de leur bonheur en garantissant aux deux plus anciennes maisons de l’univers la durée des nœuds qui les unissent. Que ne devons-nous pas espérer d’une princesse élevée aux vertus par une auguste mère, la gloire de son sexe, et le modèle des rois ? Formée par de si grands exemples, Madame la Dauphine trouvera dans la félicité dont elle jouira l’heureux gage de celle qu’elle promet à la France. »
Après le discours, Noailles tend la main à Marie-Antoinette qui dépasse la table, symbolisant la frontière, et se trouve en face de Sa nouvelle suite française apparaissant juste au moment où la suite autrichienne cède la place.
Elle fait la connaissance de Sa nouvelle suite composée du comte de Saulx-Tavannes, chevalier d’honneur de la Dauphine, du marquis de Granges, maître des cérémonies, du comte de Tessé, premier écuyer, du chevalier de Saint-Sauveur, commandant des gardes du corps de la Dauphine, du maréchal de Contades, commandant de la province, du marquis de Vogüé, commandant en second.
La rencontre de la Dauphine dans Marie-Antoinette, Reine d’un seul amour (1988) de Caroline Huppert
Après les présentations, Madame la Dauphine monte dans le carrosse du Roi pour entrer dans la ville ; les régiments de cavalerie du Commissaire général, ayant à leur tête le marquis de Vogüé, ont l’honneur de La saluer. Son entrée dans la ville est annoncée par une triple décharge de toute l’artillerie des remparts, et par le son des cloches de toutes les églises. Le maréchal de Contades se trouve à la porte de la ville à la tête de l’état-major de la place, qui a l’honneur de saluer la Dauphine. Marie-Antoinette traverse toute la ville au milieu des régiments d’infanterie de la garnison, qui bordent la haie : en passant devant l’hôtel-de-ville, elle voit couler les fontaines de vin que le magistrat fait distribuer au peuple.
En principe, la suite autrichienne de la Dauphine aurait dû se retirer après la remise. Mais contrairement à la coutume observée lors des mariages princiers, deux des personnes qui L’ont accompagnée depuis Vienne La suivront à Versailles : Starhemberg qui a été invité aux fêtes du mariage, et l’abbé de Vermond. Marie-Antoinette se rend au palais épiscopal où elle met pied à terre. Le cardinal Armand Gaston de Rohan, à la tête des comtes de la cathédrale, a l’honneur de La recevoir et de La complimenter ; tous les corps sont ensuite admis à l’honneur de Lui être présenter. Madame la Dauphine, après avoir diné à son grand couvert, permet au magistrat de Lui présenter les vins de ville ; cette cérémonie et terminée par une fête de Bacchus. Elle se rend ensuite, au milieu des cris redoublés de Vive le Roi, à la comédie française. Au retour du spectacle, la Dauphine trouve toutes les rues illuminées par les soins du magistrat.
Gisèle Touret incarne Madame de Noailles dans la série télévisée Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
À minuit, Elle se rend dans la salle de la comédie où le maréchal de Contades donne un bal. Cette dérogation aux usages nous vaut la très intéressante correspondance de Starhemberg avec Marie-Thérèse.
Le 8 mai 1770
Après la messe, la Dauphine revient dîner à son grand couvert au palais épiscopal, d’où Elle part à quatre heures pour se rendre à Saverne. La distance est courte de Strasbourg à Saverne où la Dauphine parvient dès sept heures du soir. Dans l’avenue du château qui sert de résidence aux cardinaux de Rohan, un bataillon du régiment Dauphin, commandé par le duc de Saint-Mégrin, et un détachement du régiment Royal-Cavalerie, commandé par le marquis de Sérent, forment une double haie dans l’avenue. Un bal est aussitôt donné en Son honneur; elle éprouve si peu de fatigue qu’Elle danse jusqu’au moment de l’inévitable feu d’artifice : il est neuf heures. A l’extrémité d’une longue allée dont tous les arbres s’illuminent à droite et à gauche, se dresse un arc de triomphe portant en larges traits de feu les armes de France, de Lorraine et d’Autriche. Elle soupe, environnée de toute Sa Cour, et, pour cette dernière soirée, les dames autrichiennes sont admises à Sa table, en même temps que le cardinal de Rohan offre un festin de deux cents couverts.
Le 9 mai 1770
Le lendemain, Marie-Antoinette entend la messe, déjeune, fait Ses adieux aux fidèles Autrichiens qui L’ont suivie le plus longtemps possible et doivent reprendre aussitôt la route de Vienne. Toutefois Stahremberg, bien que remplacé dans sa mission par Noailles, et autorisé à raccompagner jusqu’à Versailles; Mercy se trouve également du cortège, et il reste ainsi à la princesse deux visages presque familiers.
Elle parcourt tout l’est de la France, par Nancy et Lunéville, Commercy, Châlons, Reims et Soissons. Elle s’arrête à Nancy, ex-capitale du duché de Lorraine devenue française depuis seulement quatre années. La nuit tombe lorsque, parvenant à Nancy, Elle est reçue à la porte Saint-Nicolas, toute brillante de lumières, par le marquis de Choiseul-la-Baume, commandant en Lorraine, entouré de son état-major, et par le corps municipal, tandis que les grenadiers de France, les dragons de Schomberg, les régiments d’Orléans et Chartres-Cavalerie La saluent au passage. Des fenêtres de l’hôtel du gouvernement, Elle peut encore contempler des illuminations.
Elle se recueille en l’église des cordeliers, devant les tombeaux de Ses ancêtres paternels, les ducs de Lorraine et de Bar.
Le 10 mai 1770
Le cortège de Marie-Antoinette fait halte à Bar-le-Duc.
A Bar-le-Duc, où Elle n’arrive qu’à dix heures et demie du soir, aux sons de la musique de la Légion royale commandée par le comte de Coigny, Elle ne manifeste ni lassitude, ni ennui lorsqu’il Lui faut recevoir de nouveaux hommages et de nouvelles députations, admirer un feu d’artifice encore et des illuminations dont le principal motif représente le triomphe de l’amour conjugal avec le temple de Vénus, dessiné sur un transparent lumineux, qui doit vraisemblablement, pour la circonstance, s’adjoindre un autel de la fidélité.
Le 11 mai 1770
Peu d’heures sont consacrées au repos, car Elle repart à neuf heures du matin, après avoir déjà entendu la messe, reçu quelques compliments et présidé une distribution de pain aux pauvres de la ville.
Le cortège fait étape à Châlons-sur-Marne (aujourd’hui Châlons-en-Champagne). Sur les limites de la Champagne, un peu avant Saint-Dizier, Elle rencontre l’intendant de cette province, Rouillé d’Orfeuil, qui se joint au cortège et La reçoit dans son hôtel à Châlons, alors que deux escadrons du régiment Royal-Dragons et un détachement des gardes du corps du Roi rendent les honneurs. Le marquis de Chauvelin, maître de la garde-robe, L’attend dans cette ville.
Pour célébrer le passage de la Dauphine, on édifie une porte monumentale à Elle dédiée, la Porte Dauphine, aussi appelée la Porte Sainte-Croix.
Entre autres hommages, Elle reçoit ceux de six jeunes filles pauvres, dotées à cette occasion par le corps municipal, qui, sur le point elles aussi de contracter mariage, Lui adressent un compliment avec ces derniers vers pleins de promesses et aussi d’encouragement :
Nous donnerons des sujets à la France
Et vous lui donnerez des Rois.
Puis se déroule un programme exactement semblable à celui des jours précédents, complété par un spectacle composé d’un divertissement, La partie de chasse de Henri IV, et d’une comédie, Lucile.
Le 12 mai 1770
La caravane arrive à Soissons où Marie-Antoinette séjourne quarante-huit heures.
Marie-Antoinette descend au palais épiscopal. Arcs de triomphe, fleurs, guirlandes, couronnes, devises, concerts, feux d’artifice, illuminations, rien n’e fu’est épargné pour Lui faire une réception des plus brillantes. On a dressé deux arcs de triomphe richement décorés : l’un en dehors de la porte de Reims, l’autre au carrefour de Panleu. Depuis ce dernier jusqu’au palais épiscopal, chaque côté de la rue est orné d’un cordon d’illumination en verres de couleurs, et au-dessus d’un cordon de fleurs et de deux rangs de guirlandes de feuillages entrelacés de nœuds et de couronnes de gaze d’or et d’argent, portant un grand nombre de devises et d’emblèmes. La première journée est consacrée à des actes de dévotion. Le duc de Gesvres, gouverneur de la province, Lui présente, de la part du Roi et du Dauphin, les cadeaux de noces et la riche toilette avec laquelle la fille de Marie-Thérèse doit paraître devant les figures fardées de la Cour de Louis XV.
« Histoire de la ville de Soissons », Jean Leroux
Le 14 mai 1770
La rencontre entre le Dauphin et sa future épouse a lieu, au pont de Berne, dans la forêt de Compiègne. Le Roi, le Dauphin et la Cour sont là pour accueillir le cortège de Marie-Antoinette.
Après avoir traversé l’est de la France en liesse, Marie-Antoinette rencontre le Dauphin pour la première fois dans la forêt près de Compiègne. A la fin de la journée, suivi du Dauphin, de Mesdames et de ses principaux officiers, mais laissant à Choiseul la satisfaction de prendre les devants, Louis XV se rend à la rencontre de la Dauphine jusqu’au pont de Berne, sur la lisière de la forêt formée par l’Aisne en face de Rethondes. Les carrosses, partis de Soissons à deux heures, ne se font pas attendre au rendez-vous. Marie-Antoinette met pied à terre, suivie de toute Sa maison.
D’un mouvement spontané, Elle précède Choiseul, Stahremberg, le comte et la comtesse de Noailles, pour venir s’agenouiller devant le Roi; Elle est présentée par lui au duc de Berry, lequel Lui fait un discret baiser sur la joue.
Avec Son joli geste d’enfant soumise et aimante, Elle implore protection au milieu des courtisans curieux, Elle s’offrait à Sa nouvelle famille, et il y a autant de confiance que de grâce dans Son abandon : se souvenant de ce qu’Elle a entendu, assurée d’être heureuse puisqu’on célèbre partout Son bonheur, trop jeune aussi pour concevoir des doutes ou des craintes, Elle croit trouver un nouveau père dans le vieux monarque, un époux capable de toutes les attentions et de toutes les délicatesses dans son petit-fils, dans Choiseul enfin un protecteur ou un guide qui ne lui fera jamais défaut. Mais Louis XV, après avoir, en La relevant, fouillé du regard Ses charmes délicats, se préoccupe du souper de la Muette où il compte, dès le lendemain, La mettre en présence de Madame du Barry. Choiseul se demande sans doute si le triomphe de sa politique, précisé par ce mariage, ne va pas être suivi bientôt d’une brutale disgrâce. De son côté, le Dauphin regrette toujours les journées de chasse perdues et demeure incapable du plus léger sourire : il éprouve une visible indifférence auprès de l’épouse cependant bien séduisante qui vient partager son existence.
Le mariage de Marie-Antoinette, de Maurice Boutry
« Louis XV fut enchanté de la jeune dauphine ; il n’était question que de ses grâces, de sa vivacité et de la justesse de ses reparties. Elle obtint encore plus de succès auprès de la famille royale, lorsqu’on la vit dépouillée de tout l’éclat des diamants dont elle avait été ornée pendant les premiers jours de son mariage. Vêtue d’une légère robe de gaze ou de taffetas, on la comparait à la Vénus de Médicis, à l’Atalante des jardins de Marly. Les poètes célébrèrent ses charmes, les peintres voulurent rendre ses traits.»
Henriette Campan
Après cette entrevue, le Roi remonte en carrosse pour retourner à Compiègne. Il fait mettre Madame la Dauphine dans le fond auprès de lui, et Monseigneur le Dauphin se place sur le devant : la comtesse de Noailles monte dans le carrosse du Roi. Madame la Dauphine est conduite, en arrivant au château de Compiègne, dans l’appartement qui Lui a été préparé. Le Roi, ainsi que le Dauphin, Lui donne la main jusque dans Son appartement, où le duc d’Orléans, le duc et la duchesse de Chartres, le prince de Condé, le duc et la duchesse de Bourbon, le prince de Conti, le comte et la comtesse de la Marche, le duc de Penthièvre et la princesse de Lamballe sont présentés par Sa Majesté à cette princesse.
Ils gagneront ensemble le château de Versailles.
Le 15 mai 1770
La Dauphine quitte Compiègne et s’arrête à Saint-Denis, aux Carmélites, pour rendre visite à Madame Louise. Marie-Antoinette résidera au château de la Muette la veille de Son mariage. L’étiquette interdit à la Dauphine de passer la nuit à Versailles avant Son mariage.
Le cortège arrive à sept heures du soir au château de la Muette, où Marie-Antoinette est présentée au comte de Provence et au comte d’Artois. Elle découvre la magnifique parure de diamants que Lui offre le Roi. Au souper, madame du Barry obtient de Louis XV de s’asseoir à la table de Marie-Antoinette. Marie-Antoinette sait ne pas manquer au Roi ; et, après le souper, comme des indiscrets Lui demandent comment Elle a trouvé madame du Barry : « Charmante, » fait-elle simplement.
«Histoire de Marie-Antoinette », Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt
Le 16 mai 1770
vers neuf heures
Marie-Antoinette, coiffée et habillée en très-grand négligé, part pour Versailles, où doit se faire Sa toilette nuptiale. Le Roi et le Dauphin ont quitté la Muette après le souper, à deux heures du matin, afin de recevoir la Dauphine.
A dix heures du matin
Arrivée de Marie-Antoinette à Versailles
Le cortège de la princesse arrive dans la cour royale du château, devant les haies des gardes françaises et gardes suisses qui présentent les armes à son passage dans un roulement de tambours. On accompagne la princesse jusqu’à un appartement du rez-de-chaussée du corps central, contigu à l’appartement de la Dauphine où habite présentement le Dauphin.
Elle est livrée aux mains de Sa dame d’atours, des dames qu’Elle a rencontrées à Strasbourg et aux femmes de chambres qui La vêtent d’un somptueux grand habit à grand panier de brocart blanc brodé d’argent, car en tant que future Dauphine, elle ne peut revêtir du brocart d’or, le manteau royal ou la couronne.
Le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin est célébré dans la chapelle royale de Versailles.
Lorsque Marie-Antoinette devient Dauphine, Elle devient la première femme de France … rôle qui incombait depuis deux ans sinon officiellement, du moins dans les fastes de la Cour à madame du Barry (1743-1793)…
Le 19 mai 1770
Un bal paré est donné en l’honneur du mariage royal.
La Dauphine fait la connaissance de la princesse de Lamballe (1749-1792) qui est invitée à la table royale.
« Lorsque ( Madame de Noailles ) fut nommée dame d’honneur, elle me répéta plusieurs fois que le Roi avait exigé qu’elle fut, auprès de Madame la Dauphine, une espèce de gouvernante : elle a été rien moins que cela . Elle avait sans doute d’excellente qualités, mais elle n’eut jamais cette aménité qui gagne la confiance d’une jeune princesse, et ce talent de plaire sans lequel, si l’on instruit parfois, on ne conduit point .»
Jacob Nicolas Moreau , Mes souvenirs
Madame de Noailles garde le souvenir d’une Reine âgée, sérieuse, dévote, qui n’a que l’Étiquette pour s’imposer de par sa naissance médiocre et son statut de Reine délaissée. Elle se retrouve avec une Archiduchesse qui n’a rien à prouver quant à Son rang et qui n’aspire qu’à son bon plaisir.
Madame de Noailles est incarnée avec brio par Judy Davis dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola ( 2006)
La comtesse de Noailles paraît raide et peu chaleureuse face à la Dauphine qui voit en elle une nouvelle gouvernante. Marie-Antoinette, ayant le sentiment de ne pouvoir faire tout ce qu’Elle aurait souhaité, a tôt fait de la surnommer « Madame l’Étiquette ».
« … [Marie-Antoinette] était si souvent interrompue et taquinée par ce mot d’étiquette, que lorsque les membres de l’Académie française vinrent la complimenter sur son mariage avec le dauphin, elle les reçut avec une grande politesse et leur dit qu’elle aimait énormément la langue française ; qu’elle s’efforcerait de la comprendre parfaitement et de la parler avec élégance…
Mais elle souhaitait vivement que les membres de cette savante et respectable institution, l’Académie française, acceptent tous d’extirper de la langue un mot qu’il ne put jamais comprendre et qui lui causait beaucoup de peine. Le président demanda à savoir quel était ce mot offensant.
« Monsieur, répondit la princesse, c’est étiquette ; étiquette ; étiquette ; étiquette. »
Les messieurs de l’Académie s’inclinèrent et se retirèrent.»Extrait du Procès authentique de Marie-Antoinette… 1793, édition de Londres.
Le 5 septembre 1770
« La future première femme de chambre a occasionné un petit mouvement d’aigreur entre Mme la Dauphine et sa dame d’honneur. Mme la Dauphine a trouvé qu’on différait trop longtemps de mettre la survivancière en exercice. Je ne sais qui l’a conseillée, elle a cru avoir le droit de la mettre en possession quoiqu’elle n’eût pas de brevet ni prêté serment. Elle n’en avait pas parlé à Mme de Noailles et lui a fait seulement dire par cette femme de chambre ( madame Thierry ). Mme la Dauphine ne m’en a parlé qu’après avoir donné cette mauvaise commission… J’ai eu à essuyer les plaintes de Mme de Noailles plus piquée qu’elle ne l’a encore été et reparlant plus que jamais de quitter Mme la Dauphine à qui cette menace est revenue, apparemment par Mesdames, a pris son parti à cet égard. Elle ne serait pas fâchée que Mme de Noailles quittât dans un an ou deux, et s’était déjà fait un petit système pour la remplacer… J’ai représenté à Mme la Dauphine … que dans l’état actuel, on lui donnerait sûrement une des dames en faveur. L’ascendant des tantes est plus fort que jamais , je me casserais le nez si je voulais la combattre directement.»
L’abbé de Vermond à Mercy
Le 12 novembre 1770
Grande chasse à laquelle la Dauphine assiste avec Mesdames.
Le 5 mars 1771
L’abbé de Vermond rend compte à Mercy de quelques reproches de conduite que Louis XV a fait faire à la jeune princesse par l’intermédiaire de sa dame d’honneur. Il lui écrit le lendemain,
Le 6 mars 1771
« Après avoir quitté V.E., j’ai trouvé Madame la Dauphine déterminée à parler au Roi sur de que Madame de Noailles lui disait de sa part. On lui avait échauffé la tête ; elle voulait demander si Madame de Noailles serait sa gouvernante et supplier le Roi de lui témoigner directement à elle-même ou au moins par l’organe de ses tantes , ce qui pourrait lui déplaire dans sa conduite : j’ai fort applaudi au projet de parler au Roi, un peu contrarié le reproche de gouvernante, et exclu avec force la médiation comme également contraire à la confiance paternelle et au sentiment ou présention qui pourrait se trouver contre les médiatrices.»
Le 11 août 1771
Sous l’influence de Sa mère et de Ses tuteurs, Marie-Antoinette se prépare à mettre un terme au silence qu’Elle impose à la maîtresse du Roi, lors d’une mise en scène rigoureusement planifiée. Madame du Barry se rend, comme convenu, au cercle de la Dauphine : la Cour au grand complet guette les deux femmes. Mais alors que Marie-Antoinette s’approche de la favorite pour, enfin, lui adresser un mot, Madame Adélaïde, mise dans la confidence par la jeune Dauphine, L’en empêche en s’écriant:
« Il est temps de s’en aller ! Partons, nous irons attendre le Roi chez ma sœur Victoire !»
Coupée dans son élan, Marie-Antoinette lui emboîte le pas, plantant là madame du Barry humiliée, au milieu de la Cour témoin de ce terrible affront.
Le 3 novembre 1771
Chasse à courre : après avoir suivi en voiture, Marie-Antoinette monte à cheval. On imagine la colère de Madame de Noailles… car monter à cheval peut nuire à la fécondité… qui est le rôle pour lequel on a marié la jeune Archiduchesse….
Lorsque la jeune femme, hilare , tombe de Sa monture à l’occasion d’une course d’ânes, Elle propose, par dérision , de faire demander à Sa dame d’honneur la marche à suivre pour une princesse qui se retrouve dans une telle position…
Le 5 novembre 1772
La Dauphine monte à cheval. Elle est vêtue en grand uniforme de chasse.
Lorsque la jeune femme, hilare , tombe de Sa monture à l’occasion d’une course d’ânes, Elle propose, par dérision , de faire demander à Sa dame d’honneur la marche à suivre pour une princesse qui se retrouve dans une telle position…
Le 1er janvier 1773
Alors que la comtesse Du Barry, entourée de la duchesse d’Aiguillon et de la maréchale de Mirepoix, se présente au lever de la Dauphine au milieu d’une foule nombreuse, Marie-Antoinette prononce les paroles tant attendues, quelques mots restés célèbres :
« Il y a bien du monde aujourd’hui à Versailles »
C’est tout.
« Je lui ai parlé une fois, mais je suis bien décidée à en rester là et cette femme n’entendra plus jamais le son de ma voix.»
Elle tiendra parole.
Le 11 février 1773
La Dauphine se rend incognito à Paris avec son époux et le comte et la comtesse de Provence au bal masqué de l’Opéra… on imagine bien que la comtesse de Noailles n’a pas été mise au courant de cette escapade!
Images de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola
Le 8 juin 1773
Le Dauphin et la Dauphine font leur entrée officielle à Paris.
C’est un triomphe populaire
Le 16 octobre 1773
Accident de Pierre Grimpier, vigneron d’Archères, âgé de trente ans et père de trois enfants, lors d’une chasse du Roi : il est grièvement blessé à la cuisse et au corps par un cerf poursuivi par la meute.


La Dauphine et la comtesse de Provence descendent de voiture pour porter assistance à l’homme et sa famille.
La scène va marquer les esprits.
Printemps 1774
On assiste, pendant le carnaval, au début de la faveur de la princesse de Lamballe.
Le 10 mai 1774
Mort de Louis XV.
Le Dauphin devient Roi sous le nom de Louis XVI.
Louis XV à peine mort, les courtisans se ruent vers le nouveau Roi. Le petit-fils du défunt Roi, âgé de vingt ans, est tout de suite effrayé par le poids des responsabilités, plus qu’enivré par son nouveau pouvoir.
La nouvelle Reine Marie-Antoinette soupire :
« Mon Dieu, guidez-nous, protégez-nous, nous régnons trop jeunes ! »
Les Noailles sont fidèles et savent être de bon conseil dans plusieurs domaines. C’est à leur suggestion que Marie-Antoinette se fait offrir le Petit Trianon par Son époux…
Le 24 mai 1774
Le Roi offre le Petit Trianon à Marie-Antoinette qui souhaite avoir une résidence de campagne où échapper aux contraintes de Son rang. Elle y engage de grands travaux.
Marie Antoinette, devenue Reine de France, écarte la comtesse de Noailles.
Du 17 juin au 1er août 1774
Séjour de la Cour au château de Marly… durant lequel, Marie-Jeanne Bertin (1747-1813) est présentée à la Reine par la duchesse de Chartres (1769-1821), belle-sœur de la princesse de Lamballe…
Très vite, la célèbre Mademoiselle Bertin devient la marchande de Mode attitrée de Marie-Antoinette… on imagine la contrariété de la comtesse de Noailles face à tant de frivolités.
Les coiffures extravagantes en vogue au début du règne de Marie-Antoinette sont appelées des «poufs», parfois agrémentés de fruits, bibelots, oiseaux. C’est notamment Léonard Autier, coiffeur de la Reine, qui introduit de telles coiffures. L’une d’elles est si haute qu’elle est appelée «monte-au-ciel».
« En rendant justice aux vertus de la comtesse de Noailles, les gens sincèrement attachés à la reine ont toujours regardé comme un de ses premiers malheurs, peut-être même comme le plus grand qu’elle pût éprouver à son entrée dans le monde, de n’avoir pas rencontré, dans la personne naturellement placée pour être son conseil, une femme indulgente, éclairée, et unissant à des avis sages cette grâce qui décide la jeunesse à les suivre. Madame la comtesse de Noailles n’avait rien d’agréable dans son extérieur ; son maintien était roide, son air sévère. Elle connaissait parfaitement l’étiquette ; mais elle en fatiguait la jeune princesse sans lui en démontrer l’importance. Toutes ces formes étaient gênantes à la vérité ; mais elles avaient été calculées sur la nécessité de présenter aux Français tout ce qui peut leur commander le respect, et surtout de garantir une jeune princesse, par un entourage imposant, des traits mortels de la calomnie. Il aurait fallu faire sentir à la dauphine qu’en France sa dignité tenait beaucoup à des usages qui n’étaient nullement nécessaires à Vienne pour faire respecter et chérir la famille impériale par les bons et soumis Autrichiens. La dauphine était donc perpétuellement importunée par les représentations de la comtesse de Noailles, et en même temps excitée par l’abbé de Vermond à tourner en dérision et les préceptes sur l’étiquette et celle qui les donnait. Elle écouta plutôt la raillerie que la raison, et surnomma madame la comtesse de Noailles : madame l’Étiquette. Cette plaisanterie fit présumer qu’aussitôt que la jeune princesse agirait selon ses volontés elle se soustrairait aux usages imposants
Madame la comtesse de Noailles, dame d’honneur de la reine, était remplie de vertus ; la piété, la charité, des mœurs irréprochables faisaient d’elle une personne vénérable ; mais tout ce qu’un esprit exactement borné peut ajouter d’importun, même aux plus nobles qualités, la dame d’honneur en était abondamment pourvue. Il eût fallu à la reine une dame d’honneur qui lui fît bien connaître l’origine de ces étiquettes, à la vérité très-gênantes, mais érigées comme une barrière imposante contre la malveillance. L’usage d’avoir des dames et des chevaliers d’honneur, celui de porter des vertugadins de trois aunes de tour, a sans doute été inventé pour donner à nos jeunes princesses un entourage si respectable que la malicieuse gaieté des Français, leur penchant au dénigrement et trop souvent à la calomnie, ne pussent trouver l’occasion de les attaquer.
La comtesse de Noailles tourmentait sans cesse la Reine par mille représentations sur ce qu’elle aurait dû saluer celui-ci de telle façon, celui-là de telle autre. Paris sut que la Reine l’avait nommée madame l’Étiquette ; selon la disposition des esprits, les uns approuvèrent ce sobriquet, les autres le blâmèrent, mais tous jugèrent les dispositions de la jeune Reine à s’affranchir d’entraves fatigantes. »Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre (1822), d’Henriette Campan
Du 10 octobre au 10 novembre 1774
Séjour de la Cour à Fontainebleau.
Tous les matins, la Reine reçoit une leçon de harpe d’une heure et demi voire deux heures.
Le 2 novembre 1774
Chasse en calèche.
Le 27 novembre 1774
La jeune Reine se promène en traîneau… Le cocher tombe, le cheval s’emballe mais Marie-Antoinette parvient à prendre les rênes et à conduire sans difficulté le traîneau sans dommage.
Le 28 novembre 1774
Malgré les frayeurs que la Cour a pu avoir la veille, Marie-Antoinette repart de plus belle en promenade en traîneau !
Dimanche 11 juin 1775
Louis XVI est sacré à Reims. La cérémonie est présidée par l’archevêque de Reims, Mgr de La Roche-Aymon, celui-là même qui avait baptisé et marié le Dauphin.
« Madame de Mouchy, qui, à cette époque, était encore dame d’honneur, se donna une peine inouïe, pour qu’on exécutât strictement ses injonctions ; elle n’épargna à personne les gémissements, les haussements d’épaules, les regards foudroyants ; mais combien les victimes de son despotisme furent vengées ! Madame la maréchale marchait majestueusement devant la Reine, lorsqu’en montant l’escalier de la tribune, elle s’embarrassa dans son ample panier, trébucha, voulut se retenir au bras du chevalier d’honneur de la reine, et ne fit que l’entraîner dans sa chute. Les voilà donc tous les deux, donnant du nez, sur les degrés couverts, heureusement, d’un riche tapis de pied. Ils ne se firent aucun mal ; mais la colère, ou plutôt la rage de la dame d’honneur, surpassa toute croyance, surtout en entendant les éclats de rire, que la Reine, la première ne put réprimer.
– Ah ! madame, s’écria la maréchale avec amertume, il paraît que les douleurs de vos sujets touchent peu votre majesté !
– Oui, répondit Marie-Antoinette irritée, lorsqu’on prête tant d’importance à un accident qui mérite à peine qu’on s’en occupe.
Le propos aigre, je dirai même inconvenant, de la maréchale, lui avait attiré justement cette correction. Madame de Mouchy bouda tout le reste de la journée, personne ne put lui tirer une parole, et plus tard, Sa Majesté se penchant à mon oreille, me dit :
– Regardez, Madame l’Etiquette ; je gage qu’elle rédige les actes de son martyre dans la sainte église de Reims.»
La comtesse d’Adhémar, dame du palais
En 1775
Pour sa longue et brillante carrière militaire, le duc reçoit la dignité de maréchal de France, aussi sa femme fut-elle appelée sous le règne de Louis XVI la maréchale de Mouchy. Dans les correspondances, notamment entre Marie-Thérèse et Mercy, ne parle-t-on cependant pas d’elle sous ce nom de Noailles?
Toujours est-il que (ou presque) Marie-Antoinette ne l’appelle que Madame l’Étiquette :
Marie-Antoinette au comte de Rosenberg :
Le 13 juillet 1775
« (…) J’ai bien d’autres projets dans la tête. La maréchale de Mouchy doit quitter, à ce que l’on dit. Je ne sais qui prendra sa place, mais j’ai demandé au roi de profiter de ce changement pour prendre Mme de Lamballe pour surintendante. Jugez de mon bonheur.»
Et pourtant, la Reine écrit deux mois plus tard à Sa mère :
Le 15 septembre 1775
« La comtesse de Noailles a donné sa démission. Le roi m’accorde Mme de Lamballe pour surintendante, Mme de Chimay qui était Dame d’atours, pour Dame d’honneur, et Mme de Mailly, qui était Dame à moi, pour Dame d’atours.»
Le Mercure en septembre 1779 l’appelle la maréchale de Mouchy …
Son époux, Philippe de Noailles (1715-1794), futur duc de Mouchy, militaire distingué, a le rôle d’Ambassadeur extraordinaire, et ses beaux-frères, neveux et fils sont bien en Cour. Ils croient tous en l’importance de la naissance et des grandes familles comme celle à laquelle ils appartiennent.
En 1775
Le couple Noailles se retire à Mouchy. Il reste dévoué à la Monarchie sous la révolution.
Le 5 mai 1789
Ouverture des États-Généraux.
Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.
Y sont réunis tous les protagonistes de la Révolution future…
Les deux fils de la comtesse sont élus députés aux états généraux de 1789. Le plus jeune des deux se signale par son enthousiasme quant à l’abolition des privilèges de la noblesse. La radicalisation de la Révolution française les poussera finalement à émigrer.
Le 20 juin 1789
Serment du Jeu de paume
Le 11 juillet 1789
Renvoi de Necker
Le 14 juillet 1789
Prise de la Bastille.
Le 15 juillet 1789
Rappel de Necker sous la pression populaire.
La nuit du 4 août 1789
Abolition des privilèges.
Le 26 août 1789
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Le jeune fils des Noailles, Philippe Louis Marc Antoine, embrasse les idées généreuses du début de la révolution mais doit émigrer.
Le 5 octobre 1789
Marie-Antoinette est au Petit Trianon et le Roi à la chasse lorsqu’on apprend que des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
La famille royale se replie dans le château…
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
La famille royale est ramenée de force à Paris.
Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
Le 12 juillet 1790
Constitution civile du clergé.
Le 14 juillet 1790
Fête de la Fédération.
Le 20 février 1791
Départ de Mesdames Adélaïde et Victoire qui partent pour Rome.
Le Roi doit intervenir pour qu’elles soient autorisées à quitter le territoire français.
Le 18 avril 1791
La Famille Royale est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud.
Les projets d’évasion se concrétisent grâce, en particulier, à l’entremise d’Axel de Fersen.
Le 20 juin 1791
Évasion de la famille royale.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.
Le 25 juin 1791
La famille royale rentre à Paris sous escorte.
Le Roi est suspendu.
Le 14 septembre 1791
Le Roi prête serment à la Constitution.
Le 20 juin 1792
La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.
Le Roi refuse.
Le 10 août 1792
Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.
Roederer, le «procureur syndic du département» convainc le Roi de se réfugier à l’assemblée Nationale avec sa famille. Ceux qui ne font pas partie de la famille royale ne sont pas autorisés à les accompagner. Traversant le jardin des Tuileries, et marchant sur des feuilles tombées des arbres, Louis XVI aurait dit : « L’hiver arrive vite, cette année ».
Dans ses mémoires, madame de Tourzel raconte ainsi la scène :
« Nous traversâmes tris tement les Tuileries pour gagner l’Assemblée. MM. de Poix, d’Hervilly, de Fleurieu, de Bachmann, major des Suisses, le duc de Choiseul, mon fils et plusieurs autres se mirent à la suite de Sa Majesté mais on ne les laissa pas entrer ».
Le duc de Mouchy se trouve aux côtés des Souverains aux Tuileries les 20 juin et 10 août 1792. Des neuf cent cinquante Gardes suisses présents aux Tuileries, environ trois cents sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du roi de rendre les armes en plein combat.
Vendredi 11 août 1792
La Famille Royale se trouve sans vêtements de rechange. M. Pascal, officier des cent suisses, qui a une corpulence comparable à celle de Louis XVI, lui offre des vêtements ; la duchesse de Gramont transmet du linge de corps à Marie Antoinette ; la comtesse Gover-Sutherland, épouse de l’ambassadeur d’Angleterre, apporte des vêtements pour le prince royal. Louis XVI apprenant l’envoi de linges que la duchesse de Gramont, sœur de feu le duc de Choiseul, vient de faire à la Reine, lui écrit le billet suivant, qui indique que la duchesse de Gramont ne borne pas ses offres à celle de quelques vêtements :
« Au sein de l’Assemblée nationale, le 11 août.
Nous acceptons, Madame, vos offres généreuses, l’horreur de notre position nous en fait sentir tout le prix, nous ne pourrons jamais reconnaître tant de loyauté que par la durée de nos plus tendres sentiments.
Louis. »Louis XVI
Samedi 12 août 1792
Louis XVI et sa famille retournent, à dix heures, dans la loge du logographe.
Le soir, ils retournent aux Feuillants. Il espère y goûter un peu de repos et conserver avec lui les cinq gentilshommes qui l’avaient accompagné. Mais la garde est changée par des hommes jaloux et méchants. Le Roi passe, avec sa famille, dans la salle où l’on a préparé le souper. Ils sont servis, pour la dernière fois, par les cinq gentilshommes. La séparation prochaine rend ce repas triste et funèbre, car Louis XVI a appris qu’un décret ordonne de les faire arrêter. Louis XVI ne mange pas mais le prolonge autant qu’il le peut. Il ordonne aux cinq gentilshommes de le quitter, et leur fait embrasser ses enfants. Pendant ce temps, la garde monte pour se saisir d’eux mais ils arrivent à s’échapper par un escalier dérobé.
Le 13 août 1792
La Commune décide de transférer la famille royale au Temple… en passant par la place Louis XV qu’on a déjà rebaptisée Place de la Révolution, on montre au Roi comme la statue de son grand-père est en train d’être déboulonnée pour faire disparaître toutes les marques du régime qui devient dès lors ancien…
Selon madame de Tourzel, la famille royale, accueillie par Santerre, voit d’abord la cour du palais illuminée de lampions comme s’ils étaient attendus pour une fête ; on retrouve l’ambiance des grands couverts qui rythmaient la vie de Cour à Versailles et aux Tuileries…
Après un splendide dîner servi dans l’ancien palais du comte d’Artois ( où la famille royale espère encore être logée) , la messe est dite dans un salon. Après avoir visité les lieux, Louis XVI commence à répartir les logements.
A onze heures du soir
Alors que le Dauphin est gagné par le sommeil et que madame de Tourzel est surprise d’être emmenée en direction de la Tour, le Roi comprend qu’il a été joué par la Commune. Pétion, qui estimait que la grande Tour était en trop mauvais état, a résolu de loger la famille royale dans la petite en attendant la fin des travaux ordonnés pour isoler la prison du monde extérieur. La Tour qui tant frémir Marie-Antoinette, autrefois, qu’Elle avait demandé à Son beau-frère qu’il la détruise. Était-ce un pressentiment de Sa part ?
Le 3 septembre 1792
Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.
Massacres dans les prisons.
Le 21 septembre 1792
Abolition de la royauté.
Le 21 janvier 1793
Exécution de Louis XVI qui a pu prendre congé de sa famille la veille et être accompagné à l’échafaud par un prêtre insermenté, l’abbé Edgeworth de Firmont (1745-1807).
Le 10 mars 1793
Formation du Tribunal révolutionnaire.
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette.
Le 10 mai 1794
Exécution de Madame Élisabeth.
Restés en France, le duc et la duchesse de Mouchy sont, en application de la loi des suspects, présumés parents d’émigrés et suspectés d’avoir aidé des prêtres réfractaires.
En juin 1794
Monsieur de Noailles, duc de Mouchy, est arrêté avec sa femme à Mouchy. Les époux sont transférés au Luxembourg, traduits devant le Tribunal révolutionnaire à la Conciergerie.
Le 26 juin 1794
L’abbé Carrichon, un prêtre qui rend visite au duc et à la duchesse de Mouchy (mieux connue sous le nom de comtesse de Noailles) avant leur exécution témoigne : en quittant le Luxembourg, [le duc de Mouchy] dit à ceux qui le regardent avec intérêt :
« A dix-sept ans je suis monté à l’assaut pour mon roi ; à soixante-dix-huit ans, je vais à l’échafaud pour mon Dieu ; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
Le 27 juin 1794 (9 messidor An II)
Monsieur et madame de Noailles sont exécutés sur la place de la Nation.
Images de La Grande Cabriole (1989) de Nina Companeez
Claude de Noailles avait soixante-six ans, son mari en avait soixante-dix-neuf.
Leurs corps sont jetés dans la grande fosse commune du cimetière de Picpus, où viendront les rejoindre par la suite La Fayette et son épouse, Adrienne de Noailles, morts après la Révolution.