Épouser un prince français

Épouser un prince français ou le mariage de Marie-Thérèse de Savoie avec Charles d’Artois

Image du film de Sofia Coppola (2006)
Document commenté d'une fête de la Maison Royale de Saint-Cyr pour le mariage du comte et de la comtesse d'Artois en 1773.

En novembre 1773

Au château de Versailles

Charles Philippe, comte d’Artois (1757-1835) épouse Marie Thérèse de Savoie (1756-1805).

Charles-Philippe, comte d'Artois par Antoine Callet
Marie-Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois

Ce sera le dernier grand mariage de la monarchie de l’Ancien Régime. 

Nous allons relater tous les événements liés au mariage de Mgr le comte d’Artois et de la princesse Marie-Thérèse de Savoie.

Le 16 mars 1773

Déclaration du mariage du comte d’Artois au château de Versailles .

Louis XV par Van Loo

Louis XV (1710-1774) déclare que le mariage du comte d’Artois est arrêté avec la princesse Marie Thérèse, seconde fille de Victor Amédée III de Savoie (1726-1796), Roi de Sardaigne et duc de Savoie.

Victor-Amédée III de Savoie
Marie-Antoinette d'Espagne

Le 6 avril 1773

La date du mariage du comte d’Artois est fixée au 16 novembre 1773.

Le 7 avril 1773 à Turin

Le grand deuil pour le défunt Roi Charles Emmanuel III, décédé le 20 février 1773, étant fini, Victor Amédée III déclare le mariage de la princesse Marie Thérèse avec le comte d’Artois.

Charles-Emmanuel III

Le 7 mai 1773 à Versailles

Louis XV a fait la nomination suivante pour remplir les principales charges de la Maison du comte d’Artois :

Premiers Gentilshommes de la Chambre : les comtes de Maillé et de Bourbon-Busset

Premiers Chambellans : les comtes de la Billarderie et de Baglion

Maîtres de la Garde Robe : les marquis de Tourdonnet et de Thianges

Premier Écuyer : le marquis de Polignac

Capitaines des Gardes du Corps : le prince de Hénin et le bailli de Crussol

Capitaine des Gardes de la porte : le marquis de Monteil

Premier Fauconnier : le vicomte de Coëtlosquet

Premier Veneur : le chevalier de Villeneuve

Chancelier garde des sceaux : Jean-Pierre de Bastard d’Estang qui y réunit la charge de surintendant des finances.

La Chapelle du prince n’est pas encore formée.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit

Le 7 juin 1773

A la suite d’un travail que le duc de La Vrillière a fait avec Louis XV pour remplir les charges de la Maison de Madame la comtesse d’Artois, et, pour la Chapelle et la Maison du comte d’Artois.

Voici les nominations à la Maison de la comtesse d’Artois :

Premier Aumônier : l’évêque d’Arras

Premier Écuyer : le marquis de Chabrillant

Premier Maître d’Hôtel : Monsieur de Montbel

Chevalier d’honneur : le marquis de Vintimille

Dame d’honneur : la comtesse de Forcalquier

Dame d’atours : la comtesse de Bourbon-Busset

Gouvernante des enfants à naître :

la marquise de Caumont

Contrôleur général : M. de Misery


Nomination à la Chapelle et à la Maison du comte d’Artois :

Premier Aumônier : abbé Gaston

Contrôleur général : Monsieur Thierry

Le 27 août 1773

Au château de Compiègne , Louis XV nomme le comte de Broglie, commissaire plénipotentiaire pour aller recevoir, à la frontière franco-sarde, la future comtesse d’Artois. Le comte de Broglie a fait ses remerciements au Roi, à qui il a été présenté par le duc d’Aiguillon, ministre et secrétaire d’état aux affaires étrangères.

Le comte de Broglie
Le château de Compiègne

Dans le courant du mois d’octobre 1773

Le comte de Broglie, qui était sur le point de partir pour aller recevoir madame la comtesse d’Artois au Pont de Beauvoisin, vient d’être exilé sur sa terre de Rufec en Angoumois. Louis XV nomme à sa place le marquis de Brancas pour remplir cet office.

Le 15 octobre 1773

Le Roi de Sardaigne nomme les personnes qui doivent accompagner Son Altesse Royale la future comtesse d’Artois jusqu’au Pont de Beauvoisin :

– le comte de la Trinité aura la dignité de Grand Maître

-la comtesse de Fauria aura la dignité de dame d’atours

-la comtesse de Doingt et la marquise de Sinsan auront la dignité de dames du palais

-le chevalier de Chusan aura la dignité de chevalier d’honneur

-le comte de Piosase aura la dignité de premier gentilhomme

Arc de Triomphe pour le mariage de Marie-Thérèse de Savoie avec le comte d'Artois, arc érigé sur la route de Turin et le château de Stupinigi, 1773. Archives Historiques de la Ville de Turin.

De plus, sont nommés un secrétaire du cabinet, deux second gentilshommes, un maître des cérémonies, un maître d’hôtel, deux gentilshommes de la bouche, six pages avec leur gouverneur, un médecin, quatre femmes de chambre, deux valets de chambre, un chirurgien et un clerc de chapelle.

Le pavillon royal de Stupinigi

Les fêtes qui sont données à l’occasion du mariage de la future comtesse d’Artois se déroulent au château de Stupinigi. La Cour sarde s’y rend de Montcalieri à partir du 24 octobre 1773 sans passer par Turin.

Pavillon de chasse de Stupinigi

Le 16 octobre 1773 à Turin

Le baron de Choiseul (1719-1785), ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de France à la Cour de Sardaigne, se rend, à dix heures du matin, au château de Moncalieri.

Ce lustre monumental dans le salon d'honneur du château de Stupinigi fut commandé par la cour de Turin pour les fêtes du mariage de Marie-Thérèse de Savoie avec le comte d'Artois
L'Ordre de l’Annonciade

 

A son arrivée, le détachement des gardes de la porte prit les armes, et les gardes du corps se rangent en haie sur son passage. Il est reçu, au bas de l’escalier, par l’introducteur et le sous-introducteur des ambassadeurs, auprès duquel sont rangés les grands officiers de la Cour sarde, les chevaliers de l’Ordre de l’Annonciade et les ministres d’Etat. Le baron de Breteuil fait, au nom du Roi de France, la demande de la princesse Marie Thérèse, fille de Victor Amédée III de Savoie, duc de Savoie et Roi de Sardaigne. Victor Amédée III lui répond dans les termes les plus flatteurs et les plus tendres. Le baron de Choiseul a ensuite une audience avec la Reine, Marie-Antoinette d’Espagne (1729-1785), puis, remet à la princesse Marie-Thérèse une lettre du comte d’Artois. Il se rend ensuite chez le prince de Piémont et chez le reste de la famille royale. 

Le 17 octobre 1773

Le Roi de Sardaigne donne un concert au château de Stupinis, auquel assistent toute la Cour sarde, les ambassadeurs et ministres étrangers et la principale noblesse sarde.

A partir de huit heures du soir

Un feu d’artifice est tiré dans le jardin.

Le 18 octobre 1773

C’est au tour de l’ambassadeur de France de donner un bal auquel participe la principale noblesse sarde. Les princes du sang lui ont font l’honneur d’y assister.

Le 19 octobre 1773

Illumination au petit théâtre.

Le 20 octobre 1773

Le Roi de Sardaigne donne un bal paré au château de Stupinis . La façade du château est illuminée. Le chemin de Stupinis à Turin est éclairé par des pots à feu, avec les chiffres et les emblèmes analogues à la fête.

Le château de Stupinigi

Le 22 octobre 1773

Départ de Fontainebleau pour le Pont de Beauvoisin du commissaire plénipotentiaire, le marquis de Brancas, des personnes attachées à Madame la comtesse d’Artois, du porteur des présents d’usage et nomination des gentilshommes d’honneur du comte d’Artois.
Départ du commissaire plénipotentiaire, des personnes attachées à la comtesse d’Artois et du porteur des présents à son attention.

Le château de Fontainebleau

Le 23 octobre 1773

Le contrat est signé au château de Moncalieri. Le soir même, le baron de Choiseul donne à toute la noblesse de Turin un souper suivi d’un bal.

Le château de Moncalieri

« A la dote, s’ajoutent 200 000 livres piémontaises en bijoux.
Sa Majesté Très Chrétienne, le roi de France donne à la mariée 300 000 livres francaises en bijoux et objets de valeur à la consommation du mariage.
Le comte d’Artois attribuera à la mariée une pension appropriée. Le roi y consacrera 60 000 livres françaises par an.
En cas de dissolution du mariage ou de veuvage, la princesse pourra choisir de vivre en France ou dans son pays d’origine.
Les deux premiers points établissent les modalités de célébration du mariage, qui en règle générale, dans le cas de mariages entre membres de familles royales, a lieu à deux moments différents, et dans deux lieux différents, un premier mariage à l’endroit où vivait la princesse, et où le marié n’était pas présent mais était représenté par un membre de la famille de la Cour à laquelle appartenait la mariée. Par la suite, la mariée partait pour la Cour à laquelle appartenait son royal époux ou avait lieu un second mariage.»

Ce même jour

La comtesse de Forcalquier, dame d’honneur et la comtesse de Bourbon-Busset, dame d’atours, prennent aussi congé du Roi et de la famille royale pour se rendre au même endroit. Monsieur de Saint-Quintin part pour aller porter les présents d’usage à la comtesse d’Artois.

Le 24 octobre 1773 à Turin

Mariage par procuration

Le baron de Choiseul se rend, dans l’après-midi, au château de Moncalieri, pour la célébration du mariage. A cinq heures du soir, le Roi de Sardaigne et la famille royale se rendent dans la chapelle intérieure du château. L’archevêque de Turin, Grand Aumônier du Roi, après avoir adressé un discours au comte d’Artois représenté par le prince de Piémont et à Marie-Thérèse, leur donne la bénédiction nuptiale.

Après la cérémonie, le Roi de Sardaigne fait don au baron de Choiseul de son portrait enrichi de superbes diamants.

Marie-Thérèse de Savoie

Le 26 octobre 1773 au matin

Le Roi de Sardaigne, le prince de Piémont et le duc de Chablais accompagnent la comtesse d’Artois jusqu’à Veillane où cette dernière couche.

Le 27 octobre 1773

Marie-Thérèse arrive à la Novelese.

Le château de la Novelese

A partir du 5 novembre 1773

Voyage en France jusqu’à la rencontre avec Louis XV et de Mgr le comte d’Artois

Le 5 novembre 1773

Cérémonie de remise

La comtesse d’Artois arrive au Pont de Beauvoisin dans la partie de la Savoie.

Le Pont-de-Beauvoisin, commune du département de l'Isère représente la limite frontalière entre le duché de Savoie et la France au XVIIIe siècle. C'est là que se déroule la fameuse cérémonie de remise des princesses et où les princesses Marie-Joséphine et Marie-Thérèse passèrent de Savoie en France et Clotilde de France en Savoie.

La cérémonie de remise

Peu de temps après, la comtesse de Forcalquier, dame d’honneur, la comtesse de Bourbon-Busset, dame d’atours, les dames nommées pour l’accompagner, le marquis de Vintimille, chevalier d’honneur, le marquis de Chabrillant, premier écuyer, ont l’honneur de lui faire leur cour, ainsi que toutes les autres personnes qui doivent composer sa suite.

L’évêque de Belay, le comte de Tonnerre, la marquis de Puisigneux, le comte de Blot, Pajot de Marceval et les officiers du régiment de Boccard, du régiment suisse, de la Légion de Soubise, d’un détachement du régiment de Toul et du corps royal d’artillerie, qui sont allés au devant d’elle, lui sont aussi présentés.

A huit heures du matin, les gardes du corps, les Cent-Suisses et les gardes de la porte du Roi, envoyés pour escorter la comtesse d’Artois, prennent leurs postes. Le régiment de Boccard borde la haie, tandis qu’un détachement de cent dragons de la légion de Soubise, commandé par la comte de Vargemont, monte à cheval et se met en bataille à la suite de l’infanterie, ainsi qu’un autre détachement de la maréchaussée du Dauphiné, aux ordres du prévôt-général et d’un de ses lieutenants.

Marie-Thérèse d'Artois par Gautier d'Agoty

A neuf heures et demie, le maréchal-comte de la Trinité, commissaire plénipotentiaire du Roi de Sardaigne, remet au marquis de Brancas, commissaire plénipotentiaire du Roi de France, et de toutes les personnes de la suite française. La comtesse d’Artois est saluée, au moment de la signature du procès-verbal, d’une triple décharge de six canons.

Le marquis de Brancas a ensuite l’honneur de lui présenter et de lui nommer les seigneurs et les dames qui doivent l’accompagner et composer sa suite.

Vers onze heures, la comtesse d’Artois se met en marche, précédée du marquis de Brancas, du marquis de Vintimille, du marquis de Chabrillant, et, accompagnée de sa dame d’honneur, de sa dame d’atours et des autres dames de sa suite. Elle trouve, sur le pont qui sépare les deux états, un arc de triomphe élevé par les soins des officiers municipaux de Beauvoisin. Marie-Thérèse dîne à Bourgoin, dans la maison du marquis de Beffroi. Elle trouve sur son passage cent-cinquante hommes du régiment de Boccard, suisse, et un détachement de la maréchaussée commandée par un lieutenant.

Après le dîner, elle part pour Lyon où elle arrive à six heures du soir.        La ville de Lyon donne plusieurs fêtes en son honneur.

La ville de Lyon

Le 8 novembre 1773 au matin

Marie-Thérèse repart de Lyon puis arrive à Roanne vers huit heures du soir. Un détachement de dragons du régiment de Jarnac l’escorte jusqu’à l’Hôtel où un appartement a été préparé à son intention. La comtesse d’Artois y reçoit les officiers du bailliage et de l’élection qui la complimentent. Le comte de Tonnerre, le comte de Blot et Pajot de Marcheval l’accompagnent jusqu’en cette dernière ville et là ils prennent congés de la comtesse d’Artois.

Le 9 novembre 1773

Marie-Thérèse entend la messe pendant laquelle un motet est exécuté puis elle part pour Moulins en Bourbonnais vers onze heures.

La princesse de Lamballe, Marie-Antoinette et la comtesse de Noaillesà la messe dans le film de Sofia Coppola

A huit heures du soir, elle arrive à Moulins.

Là, à la porte de Lyon, le maire et les échevins de la ville lui sont présentés et la complimentent. Depont, intendant de la province et qui était allé à la rencontre de la princesse, forme en dehors une avenue d’arbres, par laquelle elle doit passer, la comtesse d’Artois entre dans deux cours également bordées d’arbres. Cet espace est éclairé par des ifs, des lustres, des pyramides de terrines, et par des guirlandes de lanternes. De plus, il est garni de la garde de la ville de Moulins sous les armes, et d’une immense foule, qui fait retentir les cris de « vive le Roi et la famille royale ». La comtesse d’Artois est escortée par le régiment d’Orléans, dragons, à la tête duquel étaient le marquis de Poyanne, le marquis de Pons Saint-Maurice et le comte de Montboissier. Lorsqu’elle arrive à l’intendance, qui est illuminée, l’intendant la reçoit. Elle entre dans son appartement, où la comtesse de Forcalquier, sa dame d’honneur, lui nomme les dames et les hommes de qualité de la ville de Moulins et de la province. Pendant le souper, divers morceaux de symphonie sont joués. Après son souper, elle passe dans une autre pièce d’où elle assiste au feu d’artifice tiré en son honneur et exécuté par M. de Bray, artificier du Roi.

Image de la série Marie-Antoinette de Canal+

Vers six heures du soir, la comtesse d’Artois arrive et fait étape à Lyon.

Le 10 novembre 1773, vers six heures du soir

La comtesse d’Artois arrive à Nevers sous les acclamations du peuple et descend au château du duc de Nivernais. Sur la place ducale, l’intendant a fait installer un théâtre sur lequel les principaux acteurs de la comédie italienne jouent, avec beaucoup de succès, un prologue mêlés de variétés et de vaudevilles analogues à la fête, et l’opéra comique de Tom-Jones qui est terminé par des couplets faits en l’honneur de la princesse, et qui est apprécié par les spectateurs.

Après la représentation, toujours sur la place ducale, il y eut une illumination représentant le temple de l’hymen. La comtesse d’Artois est placée de manière à avoir en face d’elle les acteurs et à sa droite l’illumination. Après ces festivités, elle parcoure la place en carrosse puis se rend à l’évêché où elle soupe. L’évêque de Nevers, le clergé et le corps de la ville de Nevers la complimentent à son arrivée.

La ville de Nevers

Le 11 novembre 1773, à huit heures

La comtesse d’Artois quitte Nevers pour se rendre à Montargis. A la porte de Nevers, elle trouve un détachement du régiment Orléans, dragons, conduit par le marquis de Pont Saint-Maurice et le comte de Montboissier. Depont, l’intendant de la province, l’accompagne. Il en prend congé à Pougues.

Suivant les premiers ordres du Roi, la comtesse d’Artois devait aller coucher de Nevers à Briare, mais Louis XV étant informé que la petite vérole y régnait, changea les premières dispositions, et ordonna que la princesse aille se coucher à Montargis.

M. de Cypierre, intendant de la généralité d’Orléans, qui avait fait tous les préparatifs à Briare, reçut un contre ordre le 13 octobre 1773. Il fit aussitôt de nouvelles dispositions à Montargis, lesquelles se trouvèrent prêtes le 29 octobre 1773.

La comtesse d’Artois arrive à Montargis après onze heures du soir, et une marche de trente-six lieues. M. de Cypierre avait fait placer, à chaque relais, des terrines et des flambeaux pour éclairer le chemin ; mais une pluie continuelle, accompagné d’un vent impétueux, rend toutes précautions inutiles. Pour y suppléer et surtout pour diriger les postillons, et prévenir le danger qu’entraîne l’obscurité de la nuit la plus affreuse, M. de Cypierre fait allumer des feux de distance en distance, et tous les habitants des villages voisins secondent son zèle avec une activité incroyable. Les officiers municipaux de Montargis complimentent Marie-Thérèse avant son entrée dans la ville. Sur son passage, toutes les rues sont illuminées et la milice bourgeoise est en arme. M. de Cypierre a ordonné une illumination de six cents toises, depuis les faubourgs de la ville jusqu’au château. Sur l’esplanade du château, devant l’appartement de la comtesse d’Artois, un arc de triomphe, des pyramides et des girandoles sont illuminés mais le mauvais temps en a détruit l’effet.

Un détachement du régiment de la Reine, dragons, ayant à sa tête le marquis de Poyanne et le marquis de Briffe, se trouve au château, la reçoit à la descente de son carrosse.

Le 12 novembre 1773

Marie-Thérèse entend la messe à Montargis. Après, elle reçoit les officiers du bailliage et de l’élection qui la complimentent. Puis, elle dîne à son grand couvert où tout le monde est admis à la voir. Ensuite, elle se rend dans une salle voisine de son appartement où M. de Cypierre a fait disposer un théâtre. Les enfants de l’ambigu-comique joue une pièce relative à la circonstance. Marie-Thérèse témoigne de sa satisfaction à M. de Cypierre qui avait ordonné cette fête, et à M. Plein-Chesne, auteur du divertissement.

Le même jour, vers trois heures après midi

La comtesse d’Artois part pour Nemours où M. de Cypierre prend congés d’elle.

La comtesse d’Artois arrive à Nemours.

La ville de Nemours

Le 13 novembre 1773

Le comte de Provence et la comtesse de Provence la rejoignent à Nemours. Les deux princesses se témoignent, au moment de leur entrevue, une tendre sensibilité. Cela fait présager à la nation française le bonheur que procure la double alliance des Maisons de Bourbon et de Savoie.

Louis-Stanislas de Provence par Drouais
Marie-Joséphine de Savoie, comtesse de Provence, par François-Hubert Drouais
Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)

Le 14 novembre 1773

Louis XV, accompagné de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dauphine, du comte de Provence, de la comtesse de Provence, du comte d’Artois, de Madame Adélaïde, de Mesdames Victoire et Sophie et de ses principaux officiers, va au devant de Madame la comtesse d’Artois jusqu’au bas de la montagne de Bourbon. Les détachements des troupes de la Maison du Roi, ainsi que le vol du cabinet, précédent et suivent la carrosse du Roi.

Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)

Lorsqu’elle aperçoit le Roi, Marie-Thérèse descend de son carrosse et marche à sa rencontre. Elle est escortée par le marquis de Vintimille, son chevalier d’honneur et le marquis de Chabrillant, son premier écuyer qui lui donne la main. De plus, elle est accompagnée par la comtesse de Forcalquier, sa dame d’honneur ; de la comtesse de Bourbon-Busset, sa dame d’atours, et des dames que le Roi a nommées pour aller la recevoir sur la frontière. La comtesse d’Artois étant arrivée devant Louis XV, qui est descendu de son carrosse, se jette à ses pieds. Louis XV la relève et après l’avoir embrassée, lui présente Mgr le comte d’Artois qui l’embrasse sur la joue à son tour. Le Dauphin, la Dauphine, le comte de Provence, la comtesse de Provence, Madame Adélaïde et ses sœurs l’embrassent aussi.

Image de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc
Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)

Après cette entrevue, Louis XV remonte dans son carrosse pour retourner à Fontainebleau, d’où il part, sur les trois heures, avec la Famille Royale, pour se rendre au château de Choisy.

Le Roi fait placer la comtesse d’Artois auprès de lui. En arrivant au château de Choisy, Marie-Thérèse est conduite dans l’appartement qui a été préparé à son attention. Le Roi et le comte d’Artois lui donnent la main jusqu’à son appartement, où elle rencontre Madame Clotilde et Madame Elisabeth qui se sont rendues en ce lieu pour la recevoir ainsi que les princes et les princesses du sang.

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux

Le soir, Louis XV soupe en public, avec les membres de la Famille Royale, les princes et les princesses du sang, et les dames de la Cour qui y ont été invitées.

Le comte d’Artois loge à Choisy dans le petit château.

Le château de Choisy

 Louis XV fait apporter à la comtesse d’Artois la magnifique parure de diamants, qui lui est destinée.

Le 15 novembre 1773

Louis XV quitte Choisy pour se rendre à Versailles.

Le 16 novembre 1773 jour du mariage

Marie-Thérèse arrive à Versailles sur les dix heures du matin. Elle est conduite dans son appartement où elle reçoit la visite de Louis XV.

Au château de Versailles

Vers une heure après midi, la comtesse d’Artois se rend dans l’appartement du Roi d’où l’on part pour la chapelle.

Par permission spéciale du 14 mai 1773 de Mgr de Beaumont du Repaire, archevêque de Paris, le comte et la comtesse d’Artois peuvent se fiancer le jour de leur mariage.

Mariage du comte d'Artois et de Marie-Thérèse de Savoie

Après être arrivés à la chapelle, Charles et Marie-Thérèse s’avancent au bas de l’autel et se mettent à genoux sur un carreau placé sur les marches du sanctuaire.

Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola

Son Éminence le cardinal de La Roche-Aymon, Grand Aumônier de France, présente l’eau bénite au Roi puis monte à l’autel, duquel le Roi s’approche ainsi que les membres de la famille royale.

Charles-Antoine de La Roche-Aymon, alors archevêque de Reims, par Roslin
Image du film de Sofia Coppola (2006)

Après avoir adressé un discours aux mariés, le cardinal de La Roche-Aymon commence la cérémonie par la bénédiction des treize pièces d’or et d’un anneau d’or. Il les présente au comte d’Artois, qui met l’anneau au quatrième doigt de la main gauche de son épouse et lui donne les treize pièces d’or.

Images de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola
Acte de mariage du comte d'Artois, Charles Philippe de France avec Marie-Thérèse de Savoie

La messe étant finie, le Grand Aumônier de France s’approche du prie-dieu du Roi et lui présente les registres des mariages de la paroisse, que le curé Allard qui a assisté à la cérémonie, a apporté avec lui.

Louis XV, accompagné de la familleroyale, est reconduit à son appartement.

Lorsque Marie-Thérèse rentre dans son appartement, le maréchal-duc de Richelieu, Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi en exercice, lui remet la clé d’un coffre rempli d’un grand nombre de bijoux, que le Roi a ordonné de faire porter, par ce dernier, dans l’appartement de la princesse.

Le bonheur du jour de la comtesse d'Artois, œuvre de Martin Carlin

Les premiers officiers de la Maison de la comtesse d’Artois prêtent serment entre les mains de cette dernière. Les ambassadeurs et les ministres des cours étrangères lui sont présentés par la comtesse de Forcalquier, sa dame d’honneur.

Soirée d’appartement

Vers six heures du soir, Louis XV, accompagné de la Famille Royale, des princes et des princesses du sang qui ont assisté à la cérémonie du mariage, passe dans la grande galerie (Galerie des Glaces). Le Roi tient appartement, s’installe à une table et joue au lansquenet.

Le Jeu du Roi et de la Reine dans la galerie des glaces d'après Charles-Nicolas Cochin, estampe XIIIe siècle

Chaque membre de la famille royale prend part à l’une des activités de la « soirée d’appartement ». Après la partie, le Roi se rend dans le salon qui a été préparé à la salle de spectacle pour le Festin Royal.

La grande galerie

Le Grand Couvert

Une table est installée au centre du salon. Louis XV s’installe à un bout de la table. Chaque membre de la famille royale prend place selon son rang. Pour cette occasion, Francœur, surintendant de la musique du Roi, a composé plusieurs morceaux de symphonies (suite en Sol Mineur, suite en Ré Majeur et suite en Fa Majeur) qui sont joués pendant le Festin Royal.

Souper à Louveciennes de Moreau le Jeune, réception de madame du Barry en l'honneur de Louis XV et du Dauphin
Souper à Louveciennes de Moreau le Jeune

Cérémonie du coucher du comte et de la comtesse d’Artois

Après le Festin Royal, Louis XV raccompagne le comte la comtesse d’Artois dans leur appartement. Au préalable, le cardinal de La Roche-Aymon bénit le lit. Avant de se mettre au lit, se déroule la cérémonie de la remise de chemise : Louis XV donne la chemise à son petit fils et la Dauphine à Marie-Thérèse.

Puis, les deux époux se mettent au lit en présence de la Cour. Les rideaux du lit sont tirés. Les époux se retrouvent seuls.

Le feu d’artifice qui devait être tiré ce soir est reporté ultérieurement du fait du mauvais temps.

Plan des Appartements des Artois en 1773 (Premier étage de l'Aile du Midi) du château de Versailles
Laize de tenture du meuble d'hiver de la chambre de la comtesse d'Artois (Musée des Tissus et des Arts décoratifs)

Ce même 16 novembre 1773 à Paris

Les façades de toutes les maisons sont illuminées. Les officiers municipaux de Paris ont arrêté de marier vingt filles à l’occasion du mariage du comte d’Artois. L’Hôtel de Ville se charge de faire les frais du festin, de la dote et des habillements.

Le Carnaval des rues de Paris - Atelier d’Etienne Jeaurat

Le 17 novembre 1773

Représentation de l’opéra « Ismeror », à Versailles. Louis XV, accompagné de la famille royale, se rend, sur les six heures du soir, à la salle de spectacles pour assister à la représentation d’Ismenor.

Image de Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)

Le 18 novembre 1773

Réception des députés des états d’Artois et du corps de la ville de Paris par le comte la comtesse d’Artois au château de Versailles . Les députés complimentent les nouveaux époux.

Le même jour, le corps de ville de Paris, en robe de cérémonies, ayant à sa tête le maréchal-duc de Brissac, complimente le comte la comtesse d’Artois, et, de leur offrir les présents que la ville de Paris a l’usage de faire en pareilles circonstances. Monsieur de La Michodière, prévôt des marchands, porte la parole au nom du corps de ville, lequel est conduit à cette audience par le marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies, et par M. de Nantouillet, maître des cérémonies.

Le 19 novembre 1773

Bal paré et feu d’artifices au château de Versailles.

 Louis XV, la famille royale, les princes et princesses du sang se rendent dans le salon préparé pour le bal paré sur le théâtre de la grande salle de spectacle. Elle a été préparée sur les instructions du maréchal-duc de Richelieu, premier gentilhomme de la chambre du Roi en exercice et sous la conduite de Papillon de la Ferté, intendant des Menus Plaisirs du Roi.

La Cour est brillante et nombreuse. le Dauphin et la comtesse de Provence ouvrent le bal. La Dauphine, qui avait, depuis deux jours, une légère indisposition, assiste à ce divertissement d’une loge accompagnée de Madame Elisabeth.

Marie-Antoinette embrassant Madame Elisabeth par Alexandre Moitte; Musée des Beaux-Arts de Lille

Le Roi revient ensuite dans la galerie, d’où il regarde le feu d’artifice tiré des jardins et qui avait été préparé pour le 16, jour du mariage, et dont le mauvais temps avait différé l’exécution.

Image des Années Lumières de Robert Enrico (1988)

Le feu d’artifice commence par une batterie de huit cents gros marons, suivie de sept cents fusées d’honneur. Autour des deux bassins du parterre, une cascade de feu tombe dans l’eau des bassins, du centre de laquelle s’élève un grand jet accompagné de gerbes. Une mosaïque de fusées volantes et en pots est tirée suivi d’une autre mosaïque étoilée, qu’accompagne une grande quantité de différentes bombettes lumineuses. Après ce coup de feu, il y a une décharge de grosses bombes de douze pouces de diamètre qui annoncent la forge de Vulcain. L’ouverture de cette espèce de drame pyrotechnique commence par des éclairs et un bruit souterrain. Aussitôt après, Vulcain et les cyclopes paraissent sur la scène. Vulcain préside aux travaux de maîtres forgerons qui font rougir le fer, chacun à sa forge, ou frappent sur l’enclume. Tout d’abord, Vulcain s’appuie sur un établi, puis se promène, et anime de ses gestes et de ses regards chaque ouvrier. Une symphonie harmonieuse annonce l’arrivée de Vénus, qui descend au milieu d’un nuage éclairé, sur un char où étaient assis avec elle l’Amour et les Grâces.

Feux d'artifice à Versailles

Le Roi et la famille royale montre leur satisfaction à Torré, auteur de ce feu. Malgré la grande quantité d’artifice, il n’y a eu ni interruption ni confusion. Toutes les pièces se sont succédé en ordre et ont produit l’effet qu’on en attendait.

Le 23 novembre 1773  

Visite à Madame Louise, devenue Sœur Thérèse de Saint-Augustin , à Saint-Denis : le Roi, accompagné du Dauphin, du comte de Provence, du comte d’Artois, de la comtesse d’Artois et de Mesdames, se rend au monastère des carmélites de Saint-Denis pour y voir Madame Louise.

Visite de Louis XV à Sœur Thérèse de Saint-Augustin par Maxime Le Boucher (1882)

Le 24 novembre 1773

Un bal masqué se déroule dans le Grand Appartement du château de Versailles qui est éclairé par un très grand nombre de lumières distribuées dans les lustres et les girandoles posées sur de superbes guéridons. Le bal se passe avec beaucoup d’ordre, malgré le nombre prodigieux de masques.

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