Diane de Polignac

La comtesse Diane de Polignac par Benjamin Warlop

Le 14 octobre 1746

Naissance de Diane Louise Augustine, comtesse de Polignac. Elle est la fille de Louis Héracle Armand, marquis de Polignac (1717-1792), colonel du régiment Dauphin-Cavalerie et de Diane Adélaïde Zéphirine de Mancini (1726-1755), qui eurent cinq garçons et deux filles.

Jules de Polignac

vivelareine:
“ On the morning of his execution, Louis XVI removed his wedding ring and handed it to his valet, Jean-Baptiste Cléry, saying:
“ [Give] this ring to the queen; tell her that I part from it with pain and only at the last moment.
” ”

 

 Le 7 juillet 1767

Son frère Jules comte, puis duc de Polignac (1746-1817) épouse  Yolande de Polastron (1749-1793), la fameuse amie de Marie-Antoinette, qui sera gouvernante des Enfants de France, en 1782.

Yolande de Polastron par Jean-Laurent Mosnier

Diane a quatre ans de plus  que Yolande. Elle « adopte » sa jeune belle-sœur et la prend sous son aile. Elle a un caractère bien trempé et ne manque pas d’ambition, elle sera la vraie femme du clan Polignac, celle qui dirigera plus ou moins dans l’ombre, elle qui, en définitive, aurait dû s’attirer les foudres des mauvais esprits de la Cour puis du peuple.

Dans leur modeste château de Claye-en-Brie, où le marié a grandi, « le couple Jules organise très simplement sa vie de châtelains campagnards. » Les quatre corps de bâtiments du château forment presqu’un carré autour d’une cour centrale flanquée de tours rondes aux quatre coins, séparé de beaux jardins à la française par des douves profondes inondées.

La Comtesse Jules, comme on appelle désormais Yolande, est « moralement et physiquement paresseuse », avec un caractère souple. Aussi, Diane n’a-t-elle aucune difficulté, comme Vaudreuil, à manipuler sa belle-sœur à sa guise. A Claye, le couple est apprécié de ses paysans, dont ils sont proches. Ils mènent une vie très simple et partagent leur temps entre Claye, leur modeste logement parisien de la rue des Bons-Enfants et les demeures de leurs familles respectives.

Diane de Polignac
La forteresse de Polignac

Le 16 mai 1770

Le  Dauphin Louis-Auguste (1754-1793) épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793).

Le mariage vu par Sofia Coppola en 2006
Mariage du comte d'Artois et de Marie-Thérèse de Savoie

Le 16 novembre 1773

Mariage du comte d’Artois, frère du Dauphin et de Marie-Thérèse de Savoie, sœur de la comtesse de Provence.

À partir de 1774

La vie de la famille Polignac va être bouleversée car  Louis XV nomme Diane de Polignac «parmi les dames pour accompagner la comtesse d’Artois ». De fait, il faudra se rendre plus souvent à Versailles.

Le 10 mai 1774

Mort de Louis XV.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis

 

 

« Le Roi, pour faciliter l’entrée en charge de Diane de Polignac l’a fait affilier à l’un de ces nombreux chapitres nobles existant en Lorraine et qui, en conférant le titre de chanoinesse, donnent aux titulaires le droit d’être appelées  » Madame  » sans être mariée. A cette faveur, le ( nouveau ) roi Louis XVI a ajouté le titre de comtesse, et c’est ainsi que la nouvelle dame pour accompagner la comtesse d’Artois est devenue elle-même comtesse Diane de Polignac, nom sous lequel elle est désormais connue. Malgré cela, Diane de Polignac n’est ni mariée ni chanoinesse .»

Mémoires de la baronne d’Oberkirch      

Miniature de Marie Thérèse de Savoie comtesse d'Artois signée Vestier, 1778

« Cette malencontreuse famille était composée d’un comte de Polignac qui n’avait qu’un fils ecclésiastique, et qui ne paraissait presque jamais à Versailles ; de son neveu, le comte Jules, insignifiant personnage et mari d’une demoiselle Polastron qui était une jeune femme charmante ; enfin d’une sœur aînée de ce même comte Jules de Polignac, fille majeure, à qui sa laideur et sa pauvreté n’aplanissaient pas les voies du mariage, et qui, du reste, était d’orgueilleuse et méchante humeur. Elle n’avait aucun autre rapport avec la céleste et chaste sœur du Dieu du jour, sinon qu’elle s’appelait Diane et qu’elle était furieusement vindicative.»

La marquise de Créquy     

Diane de Polignac par Drouais
La duchesse de Polignac debout auprès d'un piano-forte par Élisabeth Vigée Le Brun (1787)
Yolande duchesse de Polignac par Elisabeth Vigée Le Brun ; Pastel sur papier

 

« Cette Phœbé d’Auvergne avait la passion de s’établir à la Cour ; et comme elle ne pouvait s’y faire présenter, parce qu’elle ne pouvait être reçue ni titrée par aucun chapitre de Chanoinesses, à raison de ce qu’il se trouvait dans ses quartiers du côté de sa grand’mère, une lacune à cause de mésalliance, on imagina de la faire sauter à pieds joints par-dessus cette case vide, et de la pousser à Dame au moyen d’un brevet de Comtesse. Le Roi voulut bien se prêter à cette innovation sans motif raisonnable et sans exemple ; c’est le diplôme de cette comtesse Diane qui a fait la planche, et voilà ce qu’on appelle un brevet-de-Dame, aujourd’hui.

 

Quand sa famille eut obtenu la faveur de la Reine, ladite comtesse Diane imagina de se faire colloquer la croix honoraire d’un grand chapitre de Lorraine avec dispense de fournir ses preuves, et ceci fut une autre sorte d’abus qui fit crier toute la noblesse du royaume. Les Chanoinesses ont toujours été des criardes à fendre la nue ; aussi firent-elles un si grand bruit de ce passe-droit, qu’il en arriva jusqu’aux oreilles du Roi qui finit par s’en offusquer, et qu’on alla faire entendre à cette Chanoinesse de grâce et de rémission, que Sa Majesté verrait avec plaisir qu’elle ne portât ni cordon ni croix chapitrale.

 

(…)

 

La comtesse Diane était donc complètement dénuée de beauté, d’agréments, de bonté, et même de simple politesse ; mais elle était pourvue d’un esprit d’intrigue et d’audace incomparable, et quant à la comtesse Jules, elle était précisément l’opposé de sa belle-sœur. C’était une personne admirablement jolie, affectueusement polie, décente, obligeante et d’une exquise aménité. Je n’ai rien vu de plus parfaitement agréable que Mme Jules de Polignac, et je n’ai jamais connu rien de plus aimable, en apparence ainsi qu’en réalité. Elle avait toute la peau de la blancheur d’un narcisse, avec des yeux délicieusement doux, et ses lèvres charmantes ainsi que le bout de ses jolis doigts, étaient naturellement d’un incarnat et d’un éclat aussi vif que du satin ponceau.
Quand on la vit paraître à la Cour avec sa belle-sœur, on aurait dit une de ces blanches et douces colombes de l’Atlas avec leurs becs et leurs pieds de corail, à côté d’une orfraie, d’une manière de chouette ébouriffée, ou si vous l’aimez mieux, d’une perruche à bec retors, avec des yeux ronds à deux cercles noirs et blanc, franc-doubles, assez dépenaillée pour le corsage, avec la peau rougeâtre et la huppe hérissée (sans parler des griffes noires) ; enfin, pour avoir le naturel et l’apparence d’un oiseau de proie, je n’ai jamais vu demoiselle d’Auvergne ou d’autre pays, qui fût comparable à cette Comtesse Diane de Polignac, sinistre Phœbé,  » cette lune rousse  » ! ainsi que l’appelait M. de Lauraguais.»

La marquise de Créquy     

En juin 1775

La Reine donne au château de Versailles une fête qui ouvre la saison d’été. C’est ce soir-là qu’Elle fera la connaissance de Yolande de Polignac.

 

Fin 1776

Voyage de Benjamin Franklin (1706-1790) à Paris.

Diane de Polignac admire Benjamin Franklin.


 

En mars 1778

Louis XVI reçoit à Versailles une délégation américaine avec, à sa tête, Benjamin Franklin.

Benjamin Franklin par Duplessis
Orson Welles est Benjamin Franklin dans Si Versailles m'était conté (1954) de Sacha Guitry

Le 20 mars 1778

Louis XVI reçoit Benjamin Franklin à Versailles pour officialiser la signature du traité par lequel la France reconnaît les Etats-Unis d’Amérique.

L’admiration que voue Diane à l’ambassadeur américain peut sembler singulière car il représente à Paris la toute nouvelle république construite sur les principes que soulève Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro. Cela témoigne que les idées des lumières habitent le clan Polignac qu’on imagine pourtant si attaché à l’Ancien Régime.

Tableau de Jean-Léon Gerome Ferris

Le 7 mai 1778

Quand la maison de Madame Elisabeth est créée, Louis XVI attribue à Diane de Polignac  le poste de dame d’honneur.

« la Dame d’Honneur était la terreur de la princesse et régnait sur sa maison. Même le roi la voyait avec peur et invita sa sœur à la soumission. Diane eut la même autorité auprès de la reine ; elle régnait à travers sa belle-sœur, dont le charme, entre ses mains, devenait une arme habilement commandée. Diane passa plus pour maléfique que habile, c’était toute audace et action. Il avait un fort charisme, la même sorcellerie qui a fait brûler la Galigaï. Diane était l’origine de toutes les intrigues, où les intérêts des Polignac étaient toujours en jeu. Il en faisait un vrai gouvernement. Elle établissait, distribuait tous les matins le travail de la journée ; répartissait les rôles, elle écrivait, répondait, allait, se accord en tout. Il faisait ce que l’on dit avait fait la duchesse du Maine, selon un portrait qu’ en fit Saint-Simon, mais de manière plus vigoureuse, plus sombre : cette jolie naine, irascible, qui écrivait chaque jour, qui recouvrait chaque jour son lit de Descartes et des parchemins, il y a mille intrigues dans ses petites mains. Celles de Diane N’avaient pas moins de grâce, mais beaucoup plus rapacité.»

Histoire des français               

Alwy Becker est Diane de Polignac dans Waffen für America (1976) de Heinz Schirk
Madame de Champcenetz, née Albertine Élisabeth de Nyvenheim par Jean-Baptiste Greuze

Le 20 juillet 1779

Élisabeth de Nyvenheim, dite la baronne de Nieukerque (1742-1805), une femme en vue à la Cour de Louis XV et de Louis XVI, épouse Louis-Quentin de Richebourg, marquis de Champcenetz (723-1813), gouverneur du château des Tuileries et devient sa troisième femme.

 

Dans le courant des années 1780

Madame de Champcenetz se lie d’amitié avec les membres de la famille de Polignac, notamment Diane, et avec le comte de Vaudreuil, pour les beaux yeux duquel elle se fâchera avec madame Vigée Le Brun (1755-1842). On dit qu’elle est la maîtresse du prince de Ligne (1735-1814). Riche propriétaire, elle possède un appartement somptueux dans le château royal de Meudon, un hôtel particulier ouvrant (avant 1784) sur les jardins du Palais-Royal, et des domaines à Neuilly et Soisy. Sa fortune considérable vient essentiellement des revenus de plantations et mines de diamants au Suriname. Elle mettra à profit cette fortune pour soutenir l’insurrection des patriotes hollandais en 1787.
Dans la correspondance du comte d’Artois avec le comte de Vaudreuil, il sera souvent question d’elle et de son dévouement à la cause royaliste.

 

En 1780

Madame Elisabeth quitte l’appartement qu’elle occupait dans l’actuel Pavillon de Provence, pour s’installer dans un appartement situé au premier étage à l’extrémité de l’Aile du Midi. Cet appartement se trouve placé juste au dessus de l’appartement des Enfants de France où elle avait été logée depuis sa naissance. Il se compose de douze pièces principales et quinze en entresol. L’appartement de fonction de Diane de Polignac, sa dame d’Honneur, est intégré à celui de Madame Elisabeth.

 

Diane n’a pas une très bonne réputation. Certains contemporains l’ont décrite «laide, rancunière, dotée d’un esprit pointu et d’ un caractère fougueux».

Madame Élisabeth par Élisabeth Vigée Le Brun
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

 

Le Jeune Talleyrand a écrit :

«… moche comme un oiseau émacié, avec un nez à bec et des yeux petits comme des boutons. Cependant Diane était brillante et capable de ridiculiser les airs et les prétentions de ses rivaux et avec toute sa laideur, elle put se vanter de plus d’amants que des femmes bien plus belles.»

« La comtesse Diane était donc complètement dénuée de beauté, d’agréments, de bonté, et même de simple politesse ; mais elle était pourvue d’un esprit d’intrigue et d’audace incomparable, et quant à la comtesse Jules, elle était précisément l’opposé de sa belle-sœur. C’était une personne admirablement jolie, affectueusement polie, décente, obligeante et d’une exquise aménité. Je n’ai rien vu de plus parfaitement agréable que Madame Jules de Polignac, et je n’ai jamais connu rien de plus aimable, en apparence ainsi qu’en réalité. Elle avait toute la peau de la blancheur d’un narcisse, avec des yeux délicieusement doux, et ses lèvres charmantes ainsi que le bout de ses jolis doigts, étaient naturellement d’un incarnat et d’un éclat aussi vif que du satin ponceau.
Quand on la vit paraître à la Cour avec sa belle-sœur, on aurait dit une de ces blanches et douces colombes de l’Atlas avec leurs becs et leurs pieds de corail, à côté d’une orfraie, d’une manière de chouette ébouriffée, ou si vous l’aimez mieux, d’une perruche à bec retors, avec des yeux ronds à deux cercles noirs et blanc, franc-doubles, assez dépenaillée pour le corsage, avec la peau rougeâtre et la huppe hérissée (sans parler des griffes noires) ; enfin, pour avoir le naturel et l’apparence d’un oiseau de proie, je n’ai jamais vu demoiselle d’Auvergne ou d’autre pays, qui fût comparable à cette comtesse Diane de Polignac, sinistre Phœbé,  » cette lune rousse  » ! ainsi que l’appelait M. de Lauraguais.»

La marquise de Créquy       

L'appartement de Madame Elisabeth
Les trois fenêtres du premier étage correspondent à l'Appartement
Image de Marie Antoinette : Marie Antoinette : Anne Marbeau (la comtesse Diane) et Henri Guisol (baron de Bezenval) jouant aux cartes. Alain Pralon (Vaudreuil) se tenant debout à leurs côtés.
Dans la série de Guy Lefranc , Marie-Antoinette (1975), Henri Guisol interprète le baron de Besenval
Image de Marie-Antoinette (1956) de Guy-André Lefranc, Anne Marbeau incarne la comtesse Diane
Image de Marie-Antoinette (1956) de Guy-André Lefranc
Le Déjeuner sur l'herbe ou Un goûter au petit Trianon par Jean Joseph Léon Fauret

Le 14 mai 1780

Yolande accouche de Jules , et les mauvaises langues répandent des bruits :

Son enfant est-il de Vaudreuil, son amant, ou de la Reine ?

Des libelles circulent sur la nature saphiques de ses relations avec la Reine…

Le 11 juillet 1780

Sa nièce Aglaé de Polignac épouse le duc de Gramont et de Guiche. Ce dernier se voit décerner un brevet de capitaine et un an plus tard, une propriété qui rapporte 70.000 ducats de rentes.

Suite aux reproches que Lui en fait Marie-Thérèse, Marie-Antoinette répond, le 15 février 1780 :

« Je suis trop accoutumée aux inventions et exagérations de ce pays-ci pour être surprise de ce qu’on a débité sur Mme de Polignac. Il est assez ordinaire ici que le Roi contribue à la dot des personnes de la cour et de naissance qui ne sont pas riches. Le mariage de la petite Polignac est arrêté avec le comte de Gramont, qui est déjà capitaine des gardes en survivance. Sa mère a pensé au comté de Bitche, mais ce n’a été qu’un instant, et aussitôt qu’elle en a su la valeur, elle a été la première à me le dire et en a abandonné l’idée. Pour le titre de duc, c’est une pure invention. Quant à l’argent, le Roi dotera sûrement la petite fille, et on en dira peut-être plus de louis d’or qu’il n’y aura d’écus. C’est une grande joie pour moi de voir que la manière de penser du Roi m’épargne toute sollicitation pour mon amie. Il est bien persuadé de la parfaite honnêteté et de la noblesse de ses sentiments. Il sera charmé de lui faire du bien pour elle-même. Je n’en suis pas moins sensible à la marque d’amitié qu’il me donne dans cette occasion. »

Le 20 septembre 1780

Jules de Polignac est élevé au rang de duc héréditaire de Polignac.

Le 24 août 1781

«Pour te parler de choses moins tristes, je te dirai que j’ai été hier à Passy, voir la comtesse Diane; qu’elle et la duchesse de Polignac m’ont traitée à merveille, que le hasard a fait que je me suis trouvée seule avec la comtesse Diane. La conversation s’est tournée sur la santé. Elle m’a dit que, malgré l’extrême besoin qu’elle aurait eu d’aller aux eaux, les propos infâmes qu’on avait tenus sur son compte l’en avaient empêchée, et qu’elle aurait mieux aimé mourir que de faire aucune démarche qui eusse donné la moindre vraisemblance aux torts qu’on lui prêtait, que tous ces propos lui avaient causé la peine la plus sensible. Je lui ai répondu qu’ils étaient si dénués de bon sens que je trouvais qu’elle avait tort d’y attacher un si grand prix; que toutes les personnes honnêtes n’avaient pas douté un instant de leurs faussetés. «Je me flatte, a-t-elle ajouté, que Madame Élisabeth ne les aura pas sues. Je crois qu’elle les ignore, ai-je répondu (elle le savait déjà à mon arrivée à Versailles); d’ailleurs elle a une si belle âme et vous rend trop de justice pour jamais les croire si jamais on les lui apprenait.»

Angélique de Bombelles à son époux, Marc

 

 «A la Meute nous avons été parfaitement ensemble. Quant à ses caprices, ils ne m’affligent pas s’ils reviennent; je fais si peu de fond sur une femme de la tournure de la comtesse Diane, que jamais ses procédés ne pourront m’étonner, et, si sa faveur ne me mettait dans la nécessité d’être bien avec elle, je m’en occuperais fort peu… »

Ibid

En juin 1782

 La baronne d’Oberkirch dans ses mémoires dit d’elle :

« Après ces visites, j’allais voir madame la comtesse du Nord dans son appartement.
Je la trouvai fort choquée d’un propos indiscret tenu par la comtesse Diane de Polignac, chez Madame Elisabeth, dont elle était dame d’honneur.»

Madame la grande-duchesse ayant fait une visite à cette princesse, la comtesse Diane fut chargée de la reconduire, ainsi que cela se doit, jusqu’en dehors de l’appartement.
Madame la comtesse du Nord loua beaucoup les grâces, l’amabilité et le charmant visage de Madame Elisabeth.

« Oui, répondit Diane de Polignac, elle a de la beauté, mais l’embonpoint gâte tout.»

Ce propos était doublement maladroit, car, s’il y avait quelque chose à critiquer dans ma princesse, ce serait justement cet embonpoint, que sa haute et riche taille dissimule heureusement.
Il lui déplut, on le conçoit ; aussi quitta-t-elle la comtesse en lui disant assez sèchement :

«- J’ai trouvé Madame Elisabeth on ne peut mieux, madame, et je n’ai pas été frappée du défaut dont vous parlez.

(…) La comtesse Diane de Polignac, n’était ni mariée, ni chanoinesse, bien qu’elle porte la croix d’honneur d’un chapitre de Lorraine. Le Roi lui a donné un brevet de dames, ce qui n’avait jamais été fait. Elle n’était ni belle, ni bien faite : sa « tenue » n’était pas élégante, mais son esprit et sa sensibilité faisaient que tout le monde l’aimait. Rien ne la troublait, comme une collégiale. Il avait tellement de caractère, et ceux qui la croyaient faible se mentait bêtement. Il aimait et soutenait sa famille avec une énergie et une ardeur au-dessus de chaque éloge. La séduction de son esprit créait des amis aux Polignac, alors qu’il imposait le silence aux idiots et les méchants la craignaient…»

 

 

 

 

 

La comtesse Diane de Polignac ( 1746-1818) par H.P. Danloux
La princesse de Guéménée par Benjamin Warlop

 

 

Le 24 octobre 1782

La Reine donne à madame de Polignac la place de Gouvernante des Enfants de France en remplacement de Madame de Guéménée, victime de la faillite de son mari ( d’un passif de 33 millions de livres).

Yolande de Polignac Au chapeau de paille par Élisabeth Vigée Le Brun (1783)

Paris 28 octobre 1782   

« Sire

Madame la Duchesse de Polignac a été nommée Gouvernante des Enfants de France. Cette dame qui a toujours avec une modération rare joui de la haute faveur où elle est a peut-être beaucoup d’envieux mais pas un ennemi. Elle prêtera dimanche serment. »

Le comte de Creutz, ambassadeur de Suède à la cour de France    

      

Entre septembre 1785 et juin 1788

La comtesse Diane acquiert 1231 livres auprès de Grégoire, son libraire,  sans doute pour sa bibliothèque de Montreuil et peut-être pour celle de Madame Elisabeth. En voyant le genre d’ouvrages commandés, on constate que la comtesse Diane est assez férue d’Histoire et de géographie mais aussi de jardinage ou autres activités relatives à la culture des plantes. Éclectique, elle se tient au courant des dernières parutions et, à titre d’exemple, le dernier ouvrage acquis, le 2 août 1788, vient de sortir: il s’agit des Lettres sur l’Italie en 1785 de Jean Baptiste Mercier Dupaty, 1746-1788, paru en 1788.

« Entretenant un jour la belle-sœur de sa favorite, Diane de Polignac, des bruits scandaleux courant la ville sur elle, la Reine lui demanda « Est-il vrai que le bruit court que j’aie des amants ?
« –On tient bien d’autres propos sur Votre Majesté, répondit la comtesse.
Lesquels ?»
« On dit que le beau Fersen est le père du Dauphin, M. de Coigny de Madame Royale, le comte d’Artois, de M. de Normandie. »
Et la Reine d’interrompre avec vivacité l’énumération pour demander
« Et la fausse couche ? »

Editant cette anecdote typique, M. de Lescure ne lui concède que la valeur d’un « commérage de l’Œil-de-Bœuf »… qui met en scène la Comtesse Diane.

Le 15 août 1785

Alors que le cardinal de Rohan — qui est grand-aumônier de France — s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l’Assomption dans la chapelle du château de Versailles, il est convoqué dans les appartements du Roi en présence de la Reine, du garde des sceaux Miromesnil et du ministre de la Maison du Roi, Breteuil.

 

Il se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui. Le prélat comprend qu’il a été berné depuis le début par la comtesse de La Motte. Il envoie chercher les lettres de la « Reine ». Le Roi réagit :

« Comment un prince de la maison de Rohan, grand-aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France ! ».

La Reine ajoute :

« Et comment avez-vous pu croire que moi, qui ne vous ai pas adressé la parole depuis quinze ans, j’aurais pu m’adresser à vous pour une affaire de cette nature ? ».

Le cardinal tente de s’expliquer.


« Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté», lui dit le Roi.

Le comte de Vaudreuil par Élisabeth-Louise Vigée-Le Brun (1784)
Lana Marconi est la Reine dans Si Versailles m'était conté (1953) de Sacha Guitry

En avril 1787

Le duc et la duchesse de Polignac (1749-1793) et le comte de Vaudreuil passent deux mois en Angleterre dont six semaines à Bath. Ils semblent également missionnés d’aller trouver Madame de La Motte à Londres pour calmer les bruits qu’elle y fait courir contre Marie-Antoinette. Il est faux que Madame de La Motte ait en son pouvoir des lettres qui puissent compromettre la Reine, « mais toute calomnie répandue contre (Elle) exerce sur les esprits prévenus plus d’empire que la vérité».

« La duchesse de Polignac, prenant pour prétexte le besoin des eaux de Bath partit tout à coup pour l’Angleterre et remit elle-même les sommes convenues à M. et Mme de la Motte qui lui livrèrent à ce prix la prétendue minute de la diatribe annoncée.  Comment pouvait-on se fier de la bonne foi de ce couple taré et méprisable.»

Abbé Georgel, Mémoires           

Diane de Polignac accompagne alors son frère et sa belle-sœur. Ces marchandages n’ont probablement pas été menés par la duchesse elle-même, bien trop visible et surveillée, ils ont dû être confiés à une personne  de son entourage avec l’aide éventuelle de la duchesse de Devonshire, on pense à la comtesse Diane dont l’intelligence redoutable semble l’avoir rendue plus apte à ce genre de mission.

Le 22 mai 1789

« Je dinai chez la duchesse de Polignac. Le comte d’Artois y vint dîner. Libre, familier, causant avec l’un, causant avec l’autre, de manières engageantes, il se mit à table. On me plaça entre la comtesse Diane de Polignac et le fameux comte de Vaudreuil. Grâce aux ressources que j’ai dans l’esprit, la conversation se soutint sans langueur entre nous trois. Ce fut même au point que je n’eus pas le temps de manger, quoique le dîner fût magnifique et délicat. Le comte et moi sommes devenus amis. Il est charmant, simple, rempli d’esprit et de finesse ; il aime les arts, cultive les lettres. Je ne suis point étonné de son succès ; c’est l’homme le plus aimable de la cour. La comtesse Diane a de l’esprit. C’est elle qui gouverne sa famille. Elle me fit un compliment fort honnête au sortir de la table et je m’aperçus bientôt qu’elle avait rendu un témoignage avantageux de moi. La duchesse m’adressa la parole et M. le comte d’Artois vint directement à moi et causa un moment […]. C’est une maison où l’on est libre, on y parle et comme le dit la duchesse, c’est l’Hôtel de la liberté

Le marquis de Ferrières              

Vaudreuil dans Le Fabuleux Destin d'Elisabeth Vigée Le Brun d'Arnaud Xainte

« Mon frère et ma sœur ne pouvaient se dispenser de tenir grand état, leur position et leurs charges le leur commandaient. Ils donnaient à manger aux députés et la manière simple et franche que vous leur connaissez leur eût bientôt acquis l’estime de toute cette bonne noblesse qui, sortant de sa province, ne possédant aucune grâce du souverain, soutenait son autorité, sa couronne malgré les menaces qui lui étaient faites journellement.»

Diane de Polignac à madame de Sabran       

 

 

Le 27 juin 1787

«Madame de la Motte s’est échappée de la [Salpêtrière] ; son évasion a été concertée avec le gouvernement  … C’est le fruit du voyage de Madame de Polignac et du comte de Vaudreuil à Bath. On prétend que monsieur de la Motte a mis à ce prix et  à celui d’une bourse la cession de quelques lettres de la reine à sa femme, lettres qu’il était prêt à rendre publiques pour se justifier. Madame de Polignac revient triomphante avec la conquête des lettres…»

Lescure, Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la Cour et la ville (1777-1790)

Jeanne de La Motte par Benjamin Warlop

Le 29 mai 1789

«J’étais entre la comtesse Diane et le comte de Vaudreuil. La comtesse est, dit-on, l’esprit de la famille ; elle en a effectivement. Le comte est charmant ; je n’ai point vu d’homme plus aimable. […] La duchesse de Polignac ne parle pas et a l’air ennuyée. Sa jolie fille, la duchesse de Guiche ne dit pas non plus grand chose.»

Le marquis de Ferrières 

Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

Les souvenirs du marquis de Ferrières nous éclairent sur le rôle tenu par le salon de la duchesse de Polignac entre le moment où les Etats généraux se sont réunis et les événements du 14 juillet. On y perçoit la manœuvre qui s’y joue pour rallier à leurs idées l’ensemble des députés du second ordre et notamment les provinciaux moins acclimatés aux méandres de la politique parisienne et à ses intrigues de Cour :

« Les grands ont soin d’entretenir notre résolution de ne point consentir au votement par tête. Ils disent ouvertement que la noblesse de province sauvera l’état.»

Si, dans ses activités de lobbying, la duchesse semble se cantonner à son rôle d’hôtesse aimable , mais assez passive, si le duc, à son habitude, s’y montre absent, on y voit par contre déployer tous leurs talents le comte d’Artois, Diane de Polignac et le comte de Vaudreuil.

Le 31 mai 1789

« J’ai été dîner chez madame la duchesse de Polignac avec monseigneur le duc d’Orléans et son fils. La conversation a été très peu piquante.»

Marc de Bombelles        

Madame la duchesse de Polignac si peu connue et si calomniée, aime trop son repos, est trop paresseuse, trop apathique enfin pour se livrer aux mouvements d’une grande intrigue. C’est chez la comtesse Diane, qui a tout l’esprit et la méchanceté de sa famille que se tiennent les comités où les chefs du parti de la noblesse ourdissent leurs  trames. Madame de Polignac les reçoit bien chez elle, mais il n’est jamais question  de leurs projets en sa présence. La duchesse n’est coupable que d’avoir été trop en faveur  auprès de la souveraine.

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Le 11 juillet 1789

Renvoi de Necker

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

 

 

Le 16 juillet 1789

Le Roi se rend à l’assemblée, en compagnie de ses deux frères. Il revient au château à pied, entouré des députés et du peuple qui l’accompagnent jusque dans la Cour de Marbre.

Le Roi, la Reine, la Famille Royale paraissent au balcon, mais sans madame de Polignac, à qui on a demandé de ne pas se montrer. cette dernière aurait dit à madame Campan :

« Ah ! Madame! quel coup je reçois»

L’absence de la duchesse avait été remarquée.

« Ah dit une femme désappointée, la duchesse n’est pas avec elle !
– Non, répondit un homme, mais elle est encore à Versailles ; elle est comme les taupes ! Elle travaille en dessous, mais nous saurons piocher pour la déterrer !»

Image des Années Lumières (1989) de Robert Enrico
Yolande Folliot incarne madame de Polignac dans L'Eté de la Révolution (1989)

Madame Campan avait entendu ce discours et, affolée, l’avait rapporté à Marie Antoinette. Depuis la matinée, on avait rapporté à la souveraine nombre d’avertissements du même genre. Cette dernière s’était donc résolue à demander à son amie bien aimée de quitter Versailles et la France pour se mettre à l’abri.

Départ des Polignac dans Les Années Lumière (1989)
Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

A minuit, madame de Polignac et sa famille montent en carrosse pour s’enfuir. On apporte à la duchesse un billet de la Reine :

« Adieu la plus tendre des amies, le mot est affreux ; voilà l’ordre pour les chevaux. Adieux. Je n’ai que la force de vous embrasser.»

Image des Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Madame de Polignac quitte Versailles et la France parce que c’est que le Roi le lui ordonne. Et en s’éloignant de Marie-Antoinette qui lui donne une bourse de 500 louis, elle croit sincèrement que les esprits échauffés contre la Reine vont se calmer. Par ailleurs, elle n’a pas le choix, son mari et sa belle-sœur décident (toujours) pour elle, en l’occurrence il s’agit de sauver sa tête mise à prix.

Et puis, et ce n’est pas la moindre des raisons : madame de Polignac est mère. Elle se doit à ses enfants. Jules et Melchior sont encore très jeunes et à sa charge .


C’est ainsi que, le 16 juillet au soir, la famille Polignac quitte le château dans un désordre indescriptible. Comme la Reine sait Ses amis désargentés, en dépit de leurs charges, Elle fait porter à Yolande une bourse de 500 louis par Dominique Campan

Le départ des Polignac par Benjamin Warlop

Enfin les Polignac, quittant Versailles le 17 juillet 1789, s’imaginent s’éloigner quelques mois, puis rentrer paisiblement une fois le calme revenu .
Ils n’imaginent pas qu’ils partent pour toujours ! Le duc de Polignac est muni de faux papiers, d’un passeport signé par la main du Roi. Il a pris le nom d’un négociant de Bâle. Auprès de lui, torturée de chagrin, Yolande veille sur Guichette, qui a accouché le 7 juin 1789 d’un garçon, Héraclius de Gramont, duc de Guiche (1789-1855). La comtesse Diane, madame de Champcenetz et l’abbé Balivière les accompagnent.

Du reste n’emportent-ils rien, ou pas grand-chose .

Image des Adieux à la Reine de Benoît Jacquot

Le départ de madame de Polignac ne se fait pas sans danger. On la cherche partout. A Sens, le postillon de la voiture la reconnaît mais garde pour lui cette découverte, lui sauvant probablement la vie. C’est au poste suivant qu’il lui déclare :

« Madame de Polignac, il y a des gens honnêtes en ce monde. je vous ai tous reconnus à Sens ».

«La noblesse tirée d'embarras par le Clergé»

 

A Sens, lors d’un relais de poste, on a failli reconnaître la favorite de la Reine.

Le héros de cette aventure est le jeune abbé Cornu de la Balivière, aumônier ordinaire du Roi, qui l’accompagne et qui déclare :

« Toute la canaille des Polignac a pris la fuite et Monsieur Necker , le brave Genevois, va rentrer dans le ministère.»


Et la foule qui entourait la berline des fuyards, rassérénée, laisse partir Yolande et sa famille qu’elle n’a finalement pas reconnues.

L'abbé Cornu de la Balivière est interprété par Aladin Reibel dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Le 21 juillet 1789

Les Polignac arrivent , au soir, en Suisse et vont s’installer à Bâle chez le chevalier de Roll, cousin de Besenval. Une fois à Bâle, ils respirent et restent sur place durant dix jours au terme desquels Melchior, Jules puis Vaudreuil les rejoignent. Celui-ci jure de ne plus se séparer de Yolande, dont la santé est chancelante. 

Yolande rencontre alors Necker :

«Je lui ai tout dit  et je lui ai ajouté que je n’avais été pour rien dans son renvoi, ni dans son rappel … »

« Il pourrait paraître étonnant de voir Madame la duchesse de Polignac rechercher monsieur Necker et ce ministre vouloir bien se prêter à lui rendre visite ; mais ce n’était pas cette dame qu’on regardait comme l’âme du parti contraire à M. le directeur général et au rétablissement de la Constitution nationale, mais madame la comtesse Diane de Polignac sa belle-sœur.»

     Ceci m’a été raconté en 1790 par la Reine Elle-même, qui ajouta :

« Je n’en veux pas pour cela à Mme de Polignac ; dans le fond, elle est bonne et elle m’aime ; mais ses alentours l’avaient subjuguée. »
La Reine, n’ayant rien obtenu de ce côté, s’éloigna insensiblement du salon de Mme de Polignac et prit l’habitude d’aller souvent et familièrement chez Mme la Comtesse d’Ossun, sa dame d’atours, dont le logement était très près de l’appartement de la Reine : elle y venait dîner avec quatre ou cinq personnes ; elle y arrangeait de petits concerts, dans lesquels elle chantait ; enfin elle montrait là plus d’aisance et de gaîté qu’elle n’en avait jamais laissé apercevoir chez Mme de Polignac. »

Le comte de La Marck 

Diane de Polignac et sa famille errent de pays en pays, en Suisse, En Italie, à Rome, à Venise, puis aboutissent à Vienne en 1791.

Le 23 mai 1790

Diane rejoint Venise accompagnée de son père. Elle loge chez les Bombelles. Le marquis, ambassadeur à Venise depuis octobre 1789, s’agite alors et s’occupe des arrangements de la comtesse Diane «que son extrême gêne rend très difficiles».

Le 24 mai 1790

A dix heures et demie le matin, Bombelles embarque dans sa péotte armée de six bons rameurs, le duc et la duchesse de Polignac, le duc et la duchesse de Guiche, le comte de Vaudreuil, le vicomte et la vicomtesse de Vaudreuil, et Idalie de Nyvenheim, la fiancée d’Armand de Polignac. Ils arrivent à cinq heures à l’Hôtel de France où monsieur et madame de Champcenetz, le vicomte de Polignac, Diane, Angélique de Bombelles et tous les enfants les attendent. Guichette préfère aller chez Diane mais le reste de la société dîne chez Bombelles, avant d’aller s’établir au Lion Blanc, la meilleure auberge de Venise, sur le Grand Canal. Puis Bombelles emmène Yolande sur la place de Saint-Marc, où tout le monde s’empresse pour voir cette dame si célèbre.

Succulentes et fenêtres vénitiennes

Le 26 mai 1790

Le marquis de Bombelles conduit les ducs de Polignac et de Guiche ainsi que Vaudreuil visiter la superbe maison de Carpenedo. Ses grands jardins à la française donnent sur une terrasse qui domine la grande route d’Allemagne à Venise passant par Trévise ; c’est celle du Frioul et de toutes les provinces adjacentes. Un pavillon octogonal, orné dans le même goût que le château, orne le grand chemin.

Début juin 1790

Le duc de Polignac signe le bail qui le fera jouir de la maison de Carpenedo

meublée, de ses jardins, pour un an, pour la somme de douze cents ducats courants. Le soir-même Jules vient prendre possession des lieux avec Bombelles.

Yolande va enfin souffler et pouvoir se sentir un peu chez elle.

Palais Contarini de Venise où a vécu la Famille Polignac pendant son exil
Le palais Contarini

Le 6 septembre 1790

A Carpanedo, son frère marie son fils Armand à Idalie de Nyvenheim (née en 1775), qui s’acclimate très bien au clan Polignac.

« L’évêque de Trévise étant arrivé, ainsi que les ambassadeurs d’Espagne, de Vienne, et le ministre de Sardaigne, j’ai donné le bas à Mlle de Nyvenheim pour la conduire à la chapelle . Mes gens, en grande livrée, me précédaient et suivaient Mme de Bombelles à laquelle le comte Armand de Polignac donnait la main. Venaient ensuite la duchesse de Polignac, la comtesse Diane, la duchesse de Guiche, Madame de Polastron.
La chapelle décemment ornée renfermait beaucoup de monde. Une bonne musique s’est fait entendre . L’évêque a confirmé Mlle de Nyvenheim , les deux enfants du duc de Polignac, son petit frère ( fils du dernier mariage du vicomte de Polignac ) et Edmond de Villeront dont le duc de Polignac prend soin . Ce sacrement étant conféré, les deux futurs époux ont reçu celui du mariage, et la messe, dite par l’évêque, a été solennisée par son clergé, la musique, et l’assistance des personnes ci-dessus nommées »

Marc de Bombelles   

Mariage d'Armand de Polignac et Idalie de Nyvenheim
Banquet du mariage d'Armand de Polignac par Francesco Guardi

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

 

Le 21 juin 1791

La famille royale est reconnue et arrêtée à Varennes.

 

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

A Padoue, Yolande effondrée apprend le désastre de la bouche même de l’Empereur, lui-même instruit par un courrier du prince de Condé.

Padoue, 3 juillet 1791

« Ah ! Monseigneur, quelles trente-six heures nous venons de passer ! Et par combien d’alarmes, de douleurs et d’agitations nous avons acheté le bonheur ! Mais enfin, depuis la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire par Denis, un courrier, venu de Verdun à l’avoyer Steiger, puis à Turin, puis à Padoue, nous apprend que le Roi, la Reine et leur auguste famille a été sauvée par les manœuvres et la valeur de Bouillé. Notre désespoir s’est changé en transports de joie et je dois dire que l’Empereur, qui avait été consterné par l’arrestation du Roi, a éprouvé par sa délivrance un bonheur aussi vif que le mien même. J’avoue que je jouis d’avoir dit à l’Empereur et à tous les Vénitiens, que l’arrestation du Roi avait accablés : « Je réponds que, si M. de Bouillé n’a pas été tué, il sauvera le Roi ; et comme les nouvelles ne disent pas que M. de Bouillé a été tué, j’ose répondre que le Roi est sauvé. » Mes paroles se sont répandues dans tous les états Venitiens et y ont porté la consolation et l’espoir, jusqu’à la nouvelle et l’heureux dénouement qui me fait passer pour prophète. Ah ! il ne faut pas l’être pour prédire que Bouillé se sera fait tuer plutôt que de laisser prendre son Roi ; il ne faut que le connaître. J’espère bien qu’il est déjà maréchal de France.
L’Empereur a été parfait dans cette circonstance, et tout le monde a été frappé de la vérité des divers sentiments qu’il a éprouvés. Il est venu lui-même frapper, à quatre heures du matin, à la porte du duc de Polignac qui était couché et qui, en chemise, a appris de la bouche même de l »Empereur la délivrance du Roi, de la Reine et de sa famille.
Mais ce qui est inconcevable, c’est que l’Empereur n’ait reçu aucun courrier ni de vous, ni du Roi, ni de M. de Mercy, ni de Mme l’archiduchesse.
Je suis resté à attendre jusqu’à ce matin ; mais enfin je ne tiens plus à mon impatience, et je pars. L’Empereur m’a donné une lettre de compliments pour la Reine ; mais, afin qu’elle arrive plus vite, j’ai prévenu S.M.I. que je la donnerai à Armand, dont les forces, malgré mon ardeur, sont supérieures aux miennes. J’ai été si remué par toutes ces vicissitudes que j’ai été trois nuits entières sans fermer l’oeil et je craindrais de rester en chemin, si je forçai trop ma marche. J’irai cependant le plus vite que je pourrai, vous en êtes bien sûr.
Armand va partir à l’instant. Je partirai demain, à la pointe du jour ; mais, comme le courrier de Flachslanden ira plus vite que nous tous, le duc de Polignac lui remet ses dépêches et moi ma lettre.
Le duc de Polignac a fini sa mission auprès de l’Empereur, puisqu’il n’y en peut plus avoir que donnée par le Roi, devenu libre ; mais, Monseigneur, vous ne négligerez rien pour qu’il en ait une nouvelle, j’en suis bien sûr. Jusque-là, mes amis resteront à Vicence. Ils écrivent l’un et l’autre au Roi et à la Reine, et c’est Armand qui portera leurs lettres ; mais dans leurs lettres ils ne parlent que de l’excès de leur joie, de leur bonheur qui n’est troublé que par le regret de n’être pas à portée de les leur exprimer eux-mêmes, et ils expliquent les motifs qui les déterminent à attendre les ordres de Leurs Majestés, qui y verront une nouvelle preuve de leur délicatesse et de leur dévouement.
Ah ! Monseigneur, quels transports auront été les vôtres, en revoyant tous les objets chers à votre excellent cœur, et surtout après tous les dangers qu’ils ont couru ! Le ciel m’aurait dû, pour récompense de mon attachement et de ma fidélité, de me rendre le témoin de cette belle et touchante scène.
Il ne doit plus rester dans un cœur comme le vôtre de traces de tous les torts réels ou apparents qui ont croisé vos projets. La dernière action du Roi ses fers rompus réparent tout, et font tout ce que vous vouliez faire. Puisqu’il avait le projet de fuir ses bourreaux, il a dû arrêter tous vos mouvements, qui pouvaient nuire à son plan, et tout est expliqué. Une union parfaite entre vous et le Roi et le Reine est plus nécessaire que jamais au rétablissement et à l’affermissement du trône. N’écoutez que cela. Toute autre chose serait funeste tôt ou tard. Je suis bien sûr que Calonne et que votre cœur ne vous donneront pas d’autre conseil. Réunissez la considération juste que vous avez acquise à tous les moyens que le Roi a conquis par son évasion, pour régénérer la monarchie et la religion. Vous pouviez, vous deviez donner des ordres, quand le Roi était dans les fers, quand il ne pouvait avoir que des résolutions dictées par la contrainte, quand il pouvait être à chaque instant victime de mille embûches ; mais à présent il a repris son pouvoir, et vous n’avez plus que le droit de l’éclairer, de lui parler avec la loyauté et la franchise qui vous caractérisent ; mais il faut surtout donner l’exemple de l’obéissance. Dans les premiers moments, les yeux de l’univers sont fixés sur vous, et vous allez être jugé. Mille troubles nouveaux, plus dangereux peut-être que les premiers, naîtraient d’une division entre vous, et on ne remet l’ordre qu’en se soumettant à l’ordre ; c’est à vous particulièrement à en donner l’exemple. Donnez au Roi tous les cœurs que votre conduite a conquis. Ah ! mon prince, vous mettrez ainsi, et non autrement, le comble à votre gloire.
Il me paraît clair qu’il n’y a pas eu d’accommodement contraire aux droits indestructibles de la monarchie et du monarque ; ainsi vous n’avez plus à protester, mais à jouir, aider et obéir. Mais pourquoi dire à mon prince ce qu’il voit, ce qu’il sent comme moi ? C’est pour qu’il connaisse que celui qu’il honore de son amitié en est digne.
Toutes les prétendues intrigues de la Reine ne sont plus à présent que des démarches nécessaires et bien combinées, puisqu’elle avait un plan, et que le plan a réussi. Tout autre raisonnement porterait à faux. Je n’aime pas M. le baron de Breteuil ; mais si, dans cette occasion, il a guidé ce plan, la France entière lui doit son salut. Je lui fais hommage de ma reconnaissance ; mais je ne le verrai jamais, parce qu’il a été l’ennemi de mes amis, et mon cœur ne peut écouter rien que cela.
En finissant sa mission, le duc de Polignac à décider l’Empereur à envoyer cent mille francs à Sérent pour les besoins urgents, à fournir les armes aux catholiques du Languedoc, à indiquer à l’Espagne qu’il est peut-être urgent – le Roi de France ne pouvant pas dans les premiers moments disposer de ses escadres – d’envoyer des avisos dans nos colonies pour avertir de la délivrance du Roi et prévenir, s’il est possible, les mauvaises manœuvres des scélérats. L’ambassadeur d’Espagne a envoyé un courrier en conséquence, tant il a été frappé de cette importance. Le duc de Polignac vous rend compte de tout cela et de quelques autres objets ; puis il prendra congé de l’Empereur, sa mission étant finie jusqu’à de nouveaux pouvoirs. Le duc pense qu’il serait peut-être plus avantageux pour lui, si on place M. de Vérac ailleurs, de prendre sa place en Suisse. De toute manière, c’est ce qu’il y aurait de mieux, de plus décent pour sa position, et il laisse en vos mains le soin du bonheur de vos amis.
Mme de Polignac m’a montré la lettre qu’elle écrit à la Reine, et en vérité je ne crois pas qu’on puisse mieux penser et mieux dire, vu sa position.
Je forme les vœux les plus ardents (et j’en ai l’espoir) pour que les préventions qu’on avait contre Calonne aient été effacées par les preuves multipliées de son zèle infatigable, de son courage, de sa fidélité et de ses talents ; mais, si les préventions subsistent encore, faites votre possible pour les détruire ; et, après cela, si vous n’y réussissiez pas, restez-en là, et qu’il retourne au lieu qu’il avait quitté pour servir son pays et son maître, mais que du moins il y retourne avec la décoration qu’il n’a jamais mérité de perdre. Cet objet ne peut pas, ce me semble, être douteux. Mais, Monseigneur, on ne force pas la confiance ; vous l’entreprendriez en vain, et dans une telle circonstance, il faut, pour produire un bien si difficile à faire, une confiance absolue. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourrait travailler utilement. Toute autre chose est indigne de lui et de vous qui l’aimez.
Je vous ai dit tout ce que mon cœur, ma raison, ma conscience m’ont dicté. Il ne me reste plus qu’à vous rejoindre, à vous presser dans mes bras, et à combattre sous vos yeux. J’y cours.

P.S. Le duc de Polignac vous mande, Monseigneur, qu’il vous renvoie votre lettre à l’Empereur qu’il a jugé inutile de lui remettre, les circonstances étant absolument changées. Comme vous en avez copie, il est inutile de vous la renvoyer, et je la brûle.»

Le comte de Vaudreuil au comte d’Artois     

En juillet 1791

Les Polignac se réfugient à Vienne. Yolande n’en est pas ravie, d’autant que le climat est froid et humide. Artois et Vaudreuil organisent maladroitement une contre-révolution et sont en lien avec l’Empereur, frère de la Reine. Quand eux et les Jules comprennent qu’il ne fera rien pour aider sa sœur, puis que son fils l’imitera, ils sont effondrés.

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Le peuple de Paris pénétrant dans le palais des Tuileries le 20 juin 1792 par Jan Bulthuis, vers 1800
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le Roi refuse.          

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple… Yolande ne peut que s’imaginer à la place de la pauvre princesse si elle était restée en France….

Massacres dans les prisons        

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

Le 20 septembre 1792

Victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Le 2 octobre 1792

Dans une lettre, le duc Armand Jules de Polignac écrit qu’il a des difficultés à trouver de l’argent pour faire subsister sa nombreuse famille.

Le 3 décembre 1792

Pétion (1756-1794) renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

Le 11 décembre 1792

Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refuse. Monsieur de Malesherbes (1721-1794) se porte volontaire.

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Le lundi 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

La duchesse déchue dépérit, n’a plus le goût à rien, ne cesse de pleurer. Elle reçoit le coup, fatal lorsque la nouvelle de l’exécution de son amie lui parvint en 1793… On lui dit pourtant que la Reine est morte de privations dans Sa prison.


Son agonie commence. Atteinte par un cancer, dévorée de douleur et de chagrin, Yolande Martine Gabrielle de Polignac s’éteint dans la nuit du 4 au 5  décembre 1793, deux mois après la mort de celle qui avait été son amie. On l’enterre le 9 décembre.

On grave sur sa pierre tombale «Morte de douleur».          

Yolande de Polignac d'après Vigée Le Brun

Lettre du comte Esterhazy à son épouse en octobre 1795 :

« … Je suis donc parti, mon cher cœur, avant hier après dîner pour aller voir la comtesse Diane. J’ai mis quatre heures pour aller à Libitzin et quand j’y suis arrivé, on m’a dit que la comtesse était à la résidence du comte Severin, au delà du Bogh dans un village nommé Boghowska, à un quart de mille de Libitzin. Je me suis mis en chemin et au bout d’un quart d’heure j’y suis arrivé. J’ai trouvé la comtesse bien portante ; mais vieillie et maigrie, entourée de sa colonie. Elle a avec elle, Jules qui ressemble à sa mère, Melchior qui est gentil et annonce de l’esprit, un Louis, fils du père de la comtesse par son mariage avec cette paysanne de Claye et qui a quatorze ans, Edouard qui est frais et à l’air d’un bon vivant, Agénor de Grammont, fils de la princesse de Guiche, qui est ce que j’ai vu de plus joli,- c’est l’amour- Corisande et Aglaé, ses sœurs dont la comtesse Diane est la gouvernante, l’abbé Chalenton précepteur et un secrétaire du duc, M Sigol, qui est chargé de la dépense et des détails. A cette colonie sont joints le comte de Pontmartin et ses deux fils et une de ses cousines, fort bossue, Mlle de Calvel et le baron et la baronne de Forget avec leurs petites-filles, ce qui fait dix sept, tant maîtres qu’enfants, une seule femme de chambre pour tout cela, un valet de chambre marié, un cuisinier, deux domestiques en tout. Nous avons beaucoup causé d’abord de sa position. La vie à Vienne épuisait ce qui lui restait de ressources, au moins du duc. Pour sauver le reste et tâcher d’améliorer la situation, il est allé à Saint Petersbourg, elle est venue ici pour être plus près de lui. D’après les circonstances, on passera l’hiver chez Mme Séverin Potocka, qui leur prête son château avec quatre murailles, mais du bois, des légumes, enfin les facilités d’une campagne qu’on n’habite pas. Ils sont venus avec des chevaux de louage à raison à peu près de deux kopeks par verste et par cheval…. La comtesse Diane ne se plaint que des gîtes ; ils étaient si mauvais qu’elle a beaucoup été dans des châteaux, pour qui elle avait des lettres de recommandation.
Le soi disant château qu’elle habite, et comme notre maison à Luka, un peu plus grand, cependant, quoique bâti sur les mêmes dimensions, parce qu’il y dix chambres de plus, ce qui fait dix pièces en tout. … La situation n’est pas mal, c’est à dire celle du village, car celle de la maison est sans aucune vue, un petit jardin mal tenu… Après avoir parlé de leurs affaires personnelles, de leurs espérances, de leurs ressources, et avoir admiré le courage, la suite et l’ordre de la comtesse Diane, qui a vendu ses ouvrages pour ne pas être à charge de son frère et qui se fait à la lettre la gouvernante de ses petites filles, avec une exactitude dont je ne l’aurais cru peu susceptible, nous avons passé aux choses générales. Elles ne sont pas satisfaisantes. Le Roi à Vérone, mange, digère et n’agit pas….
Pendant le chemin, j’ai fait force réflexions sur la fortune, sur le bonheur. Si toute cette famille, depuis le grand père jusqu’aux petits-enfants, avait Luka seul pour y vivre, elle y serait peut être plus heureuse que dans le brillant de sa faveur, où les besoins factices toujours renaissants l’obligeaient à de nouvelles demandes. Les uniques rejetons de la maison de Gramont sont vêtus d’indienne grossière, telle que  nous en donnons à Anouschka, ou de drap commun. Le vieux père est resté à Vienne avec le prince de Guiche et Idalie sa belle-sœur, et les deux cadets qu’il a eus de sa paysanne de sorte que les grands oncles sont plus jeunes que Corisande. Le duc de Guiche est à Vérone, Armand avec le comte d’Artois, et le duc de Polignac à Pétersbourg. Cet éparpillement est encore une peine; mais les grands chagrins absorbent les petits. La comtesse Diane ne prononcera pas le nom de sa belle-sœur sans fondre en larmes et c’est la promesse qu’elle lui a faite au lit de mort de prendre soin de ses enfants qui lui donne le courage et la force physique de la remplir…»

C’est donc dans un premier temps chez le comte Séverin Potocki ( 1762-1829) que Diane de Polignac trouva refuge à Boghowska.

Lettre du comte Esterhazy à sa femme  de retour à Boghowska en décembre 1795 :

« (…) Au jour je suis parti à pied et je suis arrivé à huit heures et demie au réveil de nos Français ; nous avons déjeuné à neuf heures  et chacun a été à son ouvrage. Les enfants étudient le latin, le russe, les mathématiques, l’histoire la géographie. Quand le temps ne permet pas de promener, la récréation se passe la scie à la main, pour faire des tables, des bancs, des tablettes pour mettre les livres, ou autre usage utile de ménage ; Corisande fait des chemises pour son oncle Louis et Aglaé tricote des jupons pour elle et sa sœur. La comtesse Diane brode des robes pour vendre. Outre cela, les garçons ont des départements, l’un est chargé du blé, de le faire moudre, etc. ; l’autre de faire faire le pain, un troisième du bois et le quatrième des vaches, de faire du beurre. La comtesse a acheté dix vaches, parce que le lait et le beurre sont chers. Ils sont tous couchés sur des lits de sangles sans rideau, la comtesse avec ses deux petites nièces dans un chambre, sa femme de chambre et Agénor. L’abbé et l’homme d’affaires se sont partagés les quatre jeunes gens ; chacun fait son lit, chacun plie sa serviette ; ils se portent tous à merveille.
L’ordre et le courage de la comtesse me surprenne à un point que je ne puis dire. Elle s’occupe des plus grands détails d’économie, sait les prix de tout, et par son activité, elle achète à sept florins ce qu’elle avait en arrivant à dix, et tout dans la même proportion. Le pain est bon, la chère simple, mais la viande et les légumes sont bons en abondance….. La comtesse m’a dit combien elle avait  été étonnée de voir entrer dans sa chambre M de Nassau, qu’elle croyait à Madrid. Retrouver tout d’un coup dans le fond de l’Ukraine, des gens de sa connaissance qu’elle croit à quelques centaines de lieues ajoute encore à la bizarrerie de sa position. Elle l’a soutient avec une noblesse et une suite qui la font considérer de tout ce qui habite ce pays-ci ; chacun s’empresse de lui faire des offres de service….Mais elle ne dérange pas son plan et, vu la fertilité du pays et son intelligence, je suis sûr qu’elle tirera parti de la concession de l’Impératrice, ce que certainement le reste de sa famille n’eut pas fait…»

Durant l’été 1796

La comtesse quitte Boghowska pour s’installer à Woitowka sur une terre qui leur est prêtée par le comte Stanislas Félix Potocki (1753- 1805) et où elle fait construire une maison plus adaptée à ses besoins. Elle y est rejointe par le duc et ils y restent plusieurs années.

Diane et Jules finissent leur vie toujours ensemble, en vieux couple fraternel, chacun s’accommodant du caractère de l’autre.

En 1802

Mort de Héracle-Louis, vicomte de Polignac, leur père, qui était devenu acariâtre et rendait la vie difficile à ses enfants.

Jules reçoit de Paul Ier l’importante starostie d’Opalina, près de Lublin.

« Il souffrait de la goutte, devint impotent au point que, pour avoir de l’air, il lui arrivait de vivre sous une tente.  Il rendit l’âme en 1817, assisté par le comte de Noailles, montrant jusqu’à la fin en dépit de cruelles souffrances, la bonté et la courtoisie qui le distinguaient. Sa sœur Diane, qui était devenue sourde à ne pas entendre le canon, mourut l’année suivante . »

Hedwige de Polignac : les Polignac        

 

 

Le 27 septembre 1807

La comtesse de Provence écrit à la comtesse Diane de Polignac (1746-1818), depuis Mitau, en Courlande, actuelle Lettonie.


Alors que son exil à Mitau prend fin, la comtesse de Provence, résignée, attend que son sort se décide. Elle espère qu’Aglaé (1787-1842), petite-fille de la duchesse de Polignac (non pas sa fille également prénommée Aglaé, mais morte en 1803), à laquelle elle était très attachée, la rejoigne rapidement.

     

   Aglaé, devenue comtesse Davydov, en Russie, en 1805.

Lettre recto-verso de la comtesse de Provence à la comtesse Diane de Polignac

 

 

 

Transcription :

« J’ai appris avec beaucoup d’inquiétude votre maladie et ensuite avec une grande joie, votre rétablissement : mon sort est encore très incertain ici, mais de quelque manière, que cela tourne, je vous verrai dans le courant de l’année prochaine quand je devrais vous aller chercher, mais de quelque moment que cela soit, j’attendrai cependant qu’Aglaé revienne ici promptement pour prendre les bains de mer ensuite (….). J’ai bien du chagrin de voir partir mon enfant, qui est si charmante, mais si souffrante, guérissez là moi, par charité, vous me rendrez la vie (…), je vous prie de dire à Betsy mille choses de ma part (…).»

Le 21 septembre 1817

Mort de son frère, Jules, duc de Polignac

On ne connaît pas la date de la mort de Diane de Polignac.  On sait seulement qu’elle est décédée après 1818, probablement en Russie…

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