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L'AlmanachL'entourage de Marie-AntoinetteLa Cour de FranceMaison de madame Elisabeth

Diane de Polignac

La comtesse Diane de Polignac

Le 14 octobre 1746

Naissance de Diane Louise Augustine, comtesse de Polignac. Elle est la fille de Louis Héracle Armand, marquis de Polignac (1717-1792), colonel du régiment Dauphin-Cavalerie et de Diane Adélaïde Zéphirine de Mancini (1726-1755), qui eurent cinq garçons et deux filles.

Le comte Jules de Polignac Duc_de10

Jules de PolignacLe comte Jules de Polignac 0051010

 Le 7 juillet 1767

Son frère Jules comte, puis duc de Polignac (1746-1817) épouse  Yolande de Polastron (1749-1793), la fameuse amie de Marie-Antoinette, qui sera gouvernante des Enfants de France, en 1782.

Madame de Polignac, amie intime de Marie-AntoinetteYolande de Polignac Au chapeau de paille par Élisabeth Vigée Le Brun (1783)
Diane de Polignac par Claude Hoin

En 1774

Peu après la mort de Louis XV, Diane est nommée dame de Compagnie de la comtesse d’Artois.


Cette malencontreuse famille était composée d’un comte de Polignac qui n’avait qu’un fils ecclésiastique, et qui ne paraissait presque jamais à Versailles ; de son neveu, le comte Jules, insignifiant personnage et mari d’une demoiselle Polastron qui était une jeune femme charmante ; enfin d’une sœur aînée de ce même comte Jules de Polignac, fille majeure, à qui sa laideur et sa pauvreté n’aplanissaient pas les voies du mariage, et qui, du reste, était d’orgueilleuse et méchante humeur. Elle n’avait aucun autre rapport avec la céleste et chaste sœur du Dieu du jour, sinon qu’elle s’appelait Diane et qu’elle était furieusement vindicative.

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“A portrait of Diane de Polignac, who was a lady in waiting to both the Comtesse d’Artois and Madame Elisabeth. She was the sister of Jules de Polignac, and thus a sister in law of Yolande de Polastron, one of Marie Antoinette’s...Diane de Polignac par Drouais

Cette Phœbé d’Auvergne avait la passion de s’établir à la Cour ; et comme elle ne pouvait s’y faire présenter, parce qu’elle ne pouvait être reçue ni titrée par aucun chapitre de Chanoinesses, à raison de ce qu’il se trouvait dans ses quartiers du côté de sa grand’mère, une lacune à cause de mésalliance, on imagina de la faire sauter à pieds joints par-dessus cette case vide, et de la pousser à Dame au moyen d’un brevet de Comtesse. Le Roi voulut bien se prêter à cette innovation sans motif raisonnable et sans exemple ; c’est le diplôme de cette comtesse Diane qui a fait la planche, et voilà ce qu’on appelle un brevet-de-Dame, aujourd’hui.

Quand sa famille eut obtenu la faveur de la Reine, ladite comtesse Diane imagina de se faire colloquer la croix honoraire d’un grand chapitre de Lorraine avec dispense de fournir ses preuves, et ceci fut une autre sorte d’abus qui fit crier toute la noblesse du royaume. Les Chanoinesses ont toujours été des criardes à fendre la nue ; aussi firent-elles un si grand bruit de ce passe-droit, qu’il en arriva jusqu’aux oreilles du Roi qui finit par s’en offusquer, et qu’on alla faire entendre à cette Chanoinesse de grâce et de rémission, que Sa Majesté verrait avec plaisir qu’elle ne portât ni cordon ni croix chapitrale.

(…)

La comtesse Diane était donc complètement dénuée de beauté, d’agréments, de bonté, et même de simple politesse ; mais elle était pourvue d’un esprit d’intrigue et d’audace incomparable, et quant à la comtesse Jules, elle était précisément l’opposé de sa belle-sœur. C’était une personne admirablement jolie, affectueusement polie, décente, obligeante et d’une exquise aménité. Je n’ai rien vu de plus parfaitement agréable que Mme Jules de Polignac, et je n’ai jamais connu rien de plus aimable, en apparence ainsi qu’en réalité. Elle avait toute la peau de la blancheur d’un narcisse, avec des yeux délicieusement doux, et ses lèvres charmantes ainsi que le bout de ses jolis doigts, étaient naturellement d’un incarnat et d’un éclat aussi vif que du satin ponceau.
Quand on la vit paraître à la Cour avec sa belle-sœur, on aurait dit une de ces blanches et douces colombes de l’Atlas avec leurs becs et leurs pieds de corail, à côté d’une orfraie, d’une manière de chouette ébouriffée, ou si vous l’aimez mieux, d’une perruche à bec retors, avec des yeux ronds à deux cercles noirs et blanc, franc-doubles, assez dépenaillée pour le corsage, avec la peau rougeâtre et la huppe hérissée (sans parler des griffes noires) ; enfin, pour avoir le naturel et l’apparence d’un oiseau de proie, je n’ai jamais vu demoiselle d’Auvergne ou d’autre pays, qui fût comparable à cette Csse Diane de Polignac, sinistre Phœbé, ” cette lune rousse ” ! ainsi que l’appelait M. de Lauraguais.

La marquise de Créquy

En juin 1775

La Reine donne au château de Versailles une fête qui ouvre la saison d’été. C’est ce soir-là qu’Elle fera la connaissance de Yolande de Polignac.

Polignac - Portraits de la duchesse de Polignac Gabrie10La Duchesse debout auprès d’un piano-forte par Élisabeth Vigée Le Brun (1787)

Le 7 mai 1778

Quand la maison de Madame Elisabeth est créée, Louis XVI attribue à Diane de Polignac  le poste de dame d’honneur.

” la Dame d’Honneur était la terreur de la princesse et régnait sur sa maison. Même le roi la voyait avec peur et invita sa sœur à la soumission. Diane eut la même autorité auprès de la reine ; elle régnait à travers sa belle-sœur, dont le charme, entre ses mains, devenait une arme habilement commandée. Diane passa plus pour maléfique que habile, c’était toute audace et action. Il avait un fort charisme, la même sorcellerie qui a fait brûler la Galigaï. Diane était l’origine de toutes les intrigues, où les intérêts des Polignac étaient toujours en jeu. Il en faisait un vrai gouvernement. Elle établissait, distribuait tous les matins le travail de la journée ; répartissait les rôles, elle écrivait, répondait, allait, se accord en tout. Il faisait ce que l’on dit avait fait la duchesse du Maine, selon un portrait qu’ en fit saint-Simon, mais de manière plus vigoureuse, plus sombre : cette jolie naine, irascible, qui écrivait chaque jour, qui recouvrait chaque jour son lit de Descartes et des parchemins, il y a mille intrigues dans ses petites mains. Celles de Diane N’avaient pas moins de grâce, mais beaucoup plus rapacité.”

“Histoire des français”

En 1780

Madame Elisabeth quitte l’appartement qu’elle occupait dans l’actuel Pavillon de Provence, pour s’installer dans un appartement situé au premier étage à l’extrémité de l’Aile du Midi. Cet appartement se trouve placé juste au dessus de l’appartement des Enfants de France où elle avait été logée depuis sa naissance. Il se compose de douze pièces principales et quinze en entresol. L’appartement de fonction de Diane de Polignac, sa dame d’Honneur, est intégré à celui de Madame Elisabeth.

Peut être une image de monumentLes trois fenêtres du premier étage correspondent à l’AppartementPeut être une image de monument

Diane n’avait pas une très bonne réputation. Certains contemporains l’ont décrite “laide, rancunière, dotée d’un esprit pointu et d’ un caractère fougueux“.

Dans la série de Guy-André Lefranc (1976) Anne Marbeau est la seule interprète de Diane de Polignac

Le Jeune Talleyrand a écrit :

“… moche comme un oiseau émacié, avec un nez à bec et des yeux petits comme des boutons.”
Cependant Diane était brillante et capable de ridiculiser les airs et les prétentions de ses rivaux et avec toute sa laideur, elle put se vanter de plus d’amants que des femmes bien plus belles.”

Outdoor, scene of the serial "Marie Antoinette", with Geneviève ...

Le 14 mai 1780

Yolande accouche de Jules , et les mauvaises langues répandent des bruits :

Son enfant est-il de Vaudreuil, son amant, ou de la Reine ?

Des libelles circulent sur la nature saphiques de ses relations avec la Reine…

Marie-Antoinette x Kim Kardashian] Quel est le prix de son désir à la foire  de sa vanité ?

Le 11 juillet 1780

Sa nièce Aglaé de Polignac épouse le duc de Gramont et

de Guiche. Ce dernier se voit décerner un brevet de capitaine et un an plus tard, une propriété qui rapporte 70.000 ducats de rentes.

Suite aux reproches que Lui en fait Marie-Thérèse, Marie-Antoinette répond, le 15 février 1780 :

« Je suis trop accoutumée aux inventions et exagérations de ce pays-ci pour être surprise de ce qu’on a débité sur Mme de Polignac. Il est assez ordinaire ici que le Roi contribue à la dot des personnes de la cour et de naissance qui ne sont pas riches. Le mariage de la petite Polignac est arrêté avec le comte de Gramont, qui est déjà capitaine des gardes en

survivance. Sa mère a pensé au comté de Bitche, mais ce n’a été qu’un instant, et aussitôt qu’elle en a su la valeur, elle a été la première à me le dire et en a abandonné l’idée. Pour le titre de duc, c’est une pure invention. Quant à l’argent, le Roi dotera sûrement la petite fille, et on en dira peut-être plus de louis d’or qu’il n’y aura d’écus. C’est une grande joie pour moi de voir que la manière de penser du Roi m’épargne toute sollicitation pour mon amie. Il est bien persuadé de la parfaite honnêteté et de la noblesse de ses sentiments. Il sera charmé de lui faire du bien pour elle-même. Je n’en suis pas moins sensible à la marque d’amitié qu’il me donne dans cette occasion. »

Le 20 septembre 1780
Jules de Polignac est élevé au rang de duc héréditaire de Polignac.

L’érection de la vicomté de Polignac en duché héréditaire n’a rien d’une faveur extraordinaire car la famille de Polignac figure parmi les plus anciennes familles nobles de la monarchie ( noblesse immémoriale).

La comtesse Diane de Polignac - Page 6La comtesse Diane par H.P. Danloux
En juin 1782

 La baronne d’Oberkirch dans ses mémoires dit d’elle :

Après ces visites, j’allais voir madame la comtesse du Nord dans son appartement.

Je la trouvai fort choquée d’un propos indiscret tenu par la comtesse Diane de Polignac, chez Madame Elisabeth, dont elle était dame d’honneur.

Madame la grande-duchesse ayant fait une visite à cette princesse, la comtesse Diane fut chargée de la reconduire, ainsi que cela se doit, jusqu’en dehors de l’appartement.
Madame la comtesse du Nord loua beaucoup les grâces, l’amabilité et le charmant visage de Madame Elisabeth.

– Oui, répondit madame de Polignac, elle a de la beauté, mais l’embonpoint gâte tout.

Ce propos était doublement maladroit, car, s’il y avait quelque chose à critiquer dans ma princesse, ce serait justement cet embonpoint, que sa haute et riche taille dissimule heureusement.
Il lui déplut, on le conçoit ; aussi quitta-t-elle la comtesse en lui disant assez sèchement :

– J’ai trouvé Madame Elisabeth on ne peut mieux, madame, et je n’ai pas été frappée du défaut dont vous parlez.

(…) La comtesse Diane de Polignac, n’était ni mariée, ni chanoinesse, bien qu’elle porte la croix d’honneur d’un chapitre de Lorraine. Le Roi lui a donné un brevet de dames, ce qui n’avait jamais été fait. Elle n’était ni belle, ni bien faite : sa “tenue” n’était pas élégante, mais son esprit et sa sensibilité faisaient que tout le monde l’aimait. Rien ne la troublait, comme une collégiale. Il avait tellement de caractère, et ceux qui la croyaient faible se mentait bêtement. Il aimait et soutenait sa famille avec une énergie et une ardeur au-dessus de chaque éloge. La séduction de son esprit créait des amis aux Polignac, alors qu’il imposait le silence aux idiots et les méchants la craignaient…”

Le 24 octobre 1782

La Reine donne à Madame de Polignac la place de Gouvernante des Enfants de France en remplacement de Madame de Guéménée, victime de la faillite de son mari ( d’un passif de 33 millions de livres).

Boutique Revendeurs - Rmn-GP - Carte postale "Gabrielle Yolande Claude  Martine de Polastron, duchesse de Polignac (1749-1793)"Yolande de Polignac par Elisabeth Vigée Le Brun

                                                        Paris 28 octobre 1782

Sire

Madame la Duchesse de Polignac a été nommée Gouvernante des Enfants de France. Cette dame qui a toujours avec une modération rare joui de la haute faveur où elle est a peut-être beaucoup d’envieux mais pas un ennemi. Elle prêtera dimanche serment. »

Le comte de Creutz, ambassadeur de Suède à la cour de France

Entre septembre 1785 et juin 1788

La comtesse Diane acquiert 1231 livres auprès de Grégoire, son libraire,  sans doute pour sa bibliothèque de Montreuil et peut-être pour celle de Madame Elisabeth. En voyant le genre d’ouvrages commandés, on constate que la comtesse Diane est assez férue d’Histoire et de géographie mais aussi de jardinage ou autres activités relatives à la culture des plantes. Éclectique, elle se tient au courant des dernières parutions et, à titre d’exemple, le dernier ouvrage acquis, le 2 août 1788, vient de sortir: il s’agit des Lettres sur l’Italie en 1785 de Jean Baptiste Mercier Dupaty, 1746-1788, paru en 1788.

Le 11 juillet 1789

Renvoi de Necker

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

Comment la prise de la Bastille est-elle racontée par Jules Michelet ? – Un  Texte Un Jour

Le 16 juillet 1789

Le Roi se rend à l’assemblée, en compagnie de ses deux frères. Il revient au château à pied, entouré des députés et du peuple qui l’accompagnent jusque dans la Cour de Marbre.

Le Roi, la Reine, la Famille Royale paraissent au balcon, mais sans madame de Polignac, à qui on a demandé de ne pas se montrer. cette dernière aurait dit à madame Campan :

Ah ! Madame! quel coup je reçois

L’absence de la duchesse avait été remarquée.

Ah dit une femme désappointée, la duchesse n’est pas avec elle !
– Non, répondit un homme, mais elle est encore à Versailles ; elle est comme les taupes ! Elle travaille en dessous, mais nous saurons piocher pour la déterrer !

Madame Campan avait entendu ce discours et, affolée, l’avait rapporté à Marie Antoinette. Depuis la matinée, on avait rapporté à la souveraine nombre d’avertissements du même genre. Cette dernière s’était donc résolue à demander à son amie bien aimée de quitter Versailles et la France pour se mettre à l’abri.
A minuit, Madame de Polignac et sa famille montent en carrosse pour s’enfuir. On apporte à la duchesse un billet de la Reine:


“Adieu la plus tendre des amies, le mot est affreux ; voilà l’ordre pour les chevaux. Adieux. Je n’ai que la force de vous embrasser.

Départ des Polignac dans Les Années Lumières (1989)

Madame de Polignac quitte Versailles et la France parce que c’est que le Roi le lui ordonne. Et en s’éloignant de Marie-Antoinette qui lui donne une bourse de 500 louis, elle croit sincèrement que les esprits échauffés contre la Reine vont se calmer.
Par ailleurs, elle n’a pas le choix, son mari et sa belle-sœur décident (toujours) pour elle, en l’occurrence il s’agit de sauver sa tête mise à prix .
Et puis, et ce n’est pas la moindre des raisons : Madame de Polignac est mère. Elle se doit à ses enfants. Jules et Melchior sont encore très jeunes et à sa charge .

Aucune description disponible.

Enfin les Polignac, quittant Versailles le 17 juillet 1789, s’imaginent s’éloigner quelques mois, puis rentrer paisiblement une fois le calme revenu .
Ils n’imaginent pas qu’ils partent pour toujours ! Le duc de Polignac est muni de faux papiers, d’un passeport signé par la main du Roi. Il a pris le nom d’un négociant de Bâle. Auprès de lui, torturée de chagrin, Yolande veille sur Guichette, qui a accouché le 7 juin 1789 d’un garçon, Héraclius de Gramont, duc de Guiche (1789-1855). La comtesse Diane et l’abbé Balivière les accompagnent.

Du reste n’emportent-ils rien, ou pas grand-chose .

Le départ de madame de Polignac ne se fait pas sans danger. On la cherche partout. A Sens, le postillon de la voiture la reconnaît mais garde pour lui cette découverte, lui sauvant probablement la vie. C’est au poste suivant qu’il lui déclare :
Madame de Polignac, il y a des gens honnêtes en ce monde. je vous ai tous reconnus à Sens “.

La duchesse Jules de Polignac - Page 16 Capt1602“La noblesse tirée d’embarras par le Clergé”

A Sens, lors d’un relais de poste, on a failli reconnaître la favorite de la Reine. Le héros de cette aventure est le jeune abbé Cornu de la Balivière, aumônier ordinaire du Roi, qui l’accompagne et qui déclare :

” Toute la canaille des Polignac a pris la fuite et Monsieur Necker , le brave Genevois, va rentrer dans le ministère.” 

Les Adieux à la Reine, avec Diane Kruger (Benoît Jacquot)L’abbé Cornu de la Balivière dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Et la foule qui entourait la berline des fuyards, rassérénée, laisse partir Yolande et sa famille qu’elle n’a finalement pas reconnues.

Les Polignac quittent la France

polignac - Portraits de la duchesse de Polignac - Page 4 Yoland10La duchesse de Polignac, par Madame Vigée-Lebrun, pierre noire et craie blanche.

Ceci m’a été raconté en 1790 par la Reine Elle-même, qui ajouta :

« Je n’en veux pas pour cela à Mme de Polignac ; dans le fond, elle est bonne et elle m’aime ; mais ses alentours l’avaient subjuguée. »
La Reine, n’ayant rien obtenu de ce côté, s’éloigna insensiblement du salon de Mme de Polignac et prit l’habitude d’aller souvent et familièrement chez Mme la Comtesse d’Ossun, sa dame d’atours, dont le logement 

était très près de l’appartement de la Reine : elle y venait dîner avec quatre ou cinq personnes ; elle y arrangeait de petits concerts, dans lesquels elle chantait ; enfin elle montrait là plus d’aisance et de gaîté qu’elle n’en avait jamais laissé apercevoir chez Mme de Polignac. »

Le comte de La Marck

Diane de Polignac et sa famille errent de pays en pays, en Suisse, En Italie, à Rome, à Venise, puis aboutissent à Vienne en 1791.

Maison de Venise où a vécu la Famille Polignac pendant son exil

Le 6 septembre 1790

Son frère marie son fils Armand à Carpanedo.

L’évêque de Trévise étant arrivé, ainsi que les ambassadeurs d’Espagne, de Vienne, et le ministre de Sardaigne, j’ai donné le bas à Mlle de Nyvenheim pour la conduire à la chapelle . Mes gens, en grande livrée, me précédaient et suivaient Mme de Bombelles à laquelle le comte Armand de Polignac donnait la main. Venaient ensuite la duchesse de Polignac, la comtesse Diane, la duchesse de Guiche, Mme de Polastron.
La chapelle décemment ornée renfermait beaucoup de monde. Une bonne musique s’est fait entendre . L’évêque a confirmé Mlle de Nyvenheim , les deux enfants du duc de Polignac, son petit frère ( fils du dernier mariage du vicomte de Polignac ) et Edmond de Villeront dont le duc de Polignac prend soin . Ce sacrement étant conféré, les deux futurs époux ont reçu celui du mariage, et la messe, dite par l’évêque, a été solennisée par son clergé, la musique, et l’assistance des personnes ci-dessus nommées …

Marc de Bombelles
Banquet du mariage d’Armand de Polignac par Francesco Guardi

En juillet 1791, ils se réfugient à Vienne.

La duchesse déchue dépérit, n’a plus le goût à rien, ne cesse de pleurer. Elle reçoit le coup, fatal lorsque la nouvelle de l’exécution de son amie lui parvint en 1793… On lui dit pourtant que la Reine est morte de privations dans Sa prison.

7 idées de Madame de polignac | marie antoinette, reine marie, marieMadame de Polignac par Élisabeth Vigée Le Brun ( 1787)

Son agonie commence. Atteinte par un cancer, dévorée de douleur et de chagrin, Yolande Martine Gabrielle de Polignac s’éteint dans la nuit du 4 au 5  décembre 1793, deux mois après la mort de celle qui avait été son amie. On l’enterre le 9 décembre.

On grave sur sa pierre tombale “Morte de douleur “.

Lettre du comte Esterhazy à son épouse en octobre 1795 :

“… Je suis donc parti, mon cher cœur, avant hier après dîner pour aller voir la comtesse Diane. J’ai mis quatre heures pour aller à Libitzin et quand j’y suis arrivé, on m’a dit que la comtesse était à la résidence du comte Severin, au delà du Bogh dans un village nommé Boghowska, à un quart de mille de Libitzin. Je me suis mis en chemin et au bout d’un quart d’heure j’y suis arrivé. J’ai trouvé la comtesse bien portante ; mais vieillie et maigrie, entourée de sa colonie. Elle a avec elle, Jules qui ressemble à sa mère, Melchior qui est gentil et annonce de l’esprit, un Louis, fils du père de la comtesse par son mariage avec cette paysanne de Claye et qui a quatorze ans, Edouard qui est frais et à l’air d’un bon vivant, Agénor de Grammont, fils de la princesse de Guiche, qui est ce que j’ai vu de plus joli,- c’est l’amour- Corisande et Aglaé, ses sœurs dont la comtesse Diane est la gouvernante, l’abbé Chalenton précepteur et un secrétaire du duc, M Sigol, qui est chargé de la dépense et des détails. A cette colonie sont joints le comte de Pontmartin et ses deux fils et une de ses cousines, fort bossue, Mlle de Calvel et le baron et la baronne de Forget avec leurs petites-filles, ce qui fait dix sept, tant maîtres qu’enfants, une seule femme de chambre pour tout cela, un valet de chambre marié, un cuisinier, deux domestiques en tout. Nous avons beaucoup causé d’abord de sa position. La vie à Vienne épuisait ce qui lui restait de ressources, au moins du duc. Pour sauver le reste et tâcher d’améliorer la situation, il est allé à Saint Petersbourg, elle est venue ici pour être plus près de lui. D’après les circonstances, on passera l’hiver chez Mme Séverin Potocka, qui leur prête son château avec quatre murailles, mais du bois, des légumes, enfin les facilités d’une campagne qu’on n’habite pas. Ils sont venus avec des chevaux de louage à raison à peu près de deux kopeks par verste et par cheval…. La comtesse Diane ne se plaint que des gîtes ; ils étaient si mauvais qu’elle a beaucoup été dans des châteaux, pour qui elle avait des lettres de recommandation.
Le soi disant château qu’elle habite, et comme notre maison à Luka, un peu plus grand, cependant, quoique bâti sur les mêmes dimensions, parce qu’il y dix chambres de plus, ce qui fait dix pièces en tout. … La situation n’est pas mal, c’est à dire celle du village, car celle de la maison est sans aucune vue, un petit jardin mal tenu… Après avoir parlé de leurs affaires personnelles, de leurs espérances, de leurs ressources, et avoir admiré le courage, la suite et l’ordre de la comtesse Diane, qui a vendu ses ouvrages pour ne pas être à charge de son frère et qui se fait à la lettre la gouvernante de ses petites filles, avec une exactitude dont je ne l’aurais cru peu susceptible, nous avons passé aux choses générales. Elles ne sont pas satisfaisantes. Le Roi à Vérone, mange, digère et n’agit pas….
Pendant le chemin, j’ai fait force réflexions sur la fortune, sur le bonheur. Si toute cette famille, depuis le grand père jusqu’aux petits-enfants, avait Luka seul pour y vivre, elle y serait peut être plus heureuse que dans le brillant de sa faveur, où les besoins factices toujours renaissants l’obligeaient à de nouvelles demandes. Les uniques rejetons de la maison de Gramont sont vêtus d’indienne grossière, telle que  nous en donnons à Anouschka, ou de drap commun. Le vieux père est resté à Vienne avec le prince de Guiche et Idalie sa belle-soeur, et les deux cadets qu’il a eus de sa paysanne de sorte que les grands oncles sont plus jeunes que Corisande. Le duc de Guiche est à Vérone, Armand avec le comte d’Artois, et le duc de Polignac à Pétersbourg. Cet éparpillement est encore une peine; mais les grands chagrins absorbent les petits. La comtesse Diane ne prononcera pas le nom de sa belle-sœur sans fondre en larmes et c’est la promesse qu’elle lui a faite au lit de mort de prendre soin de ses enfants qui lui donne le courage et la force physique de la remplir..

C’est donc dans un premier temps chez le comte Séverin Potocki ( 1762-1829) que Diane de Polignac trouva refuge à Boghowska.

Lettre du comte Esterhazy à sa femme  de retour à Boghowska en décembre 1795 :

“….Au jour je suis parti à pied et je suis arrivé à huit heures et demie au réveil de nos Français ; nous avons déjeuné à neuf heures  et chacun a été à son ouvrage. Les enfants étudient le latin, le russe, les mathématiques, l’histoire la géographie. Quand le temps ne permet pas de promener, la récréation se passe la scie à la main, pour faire des tables, des bancs, des tablettes pour mettre les livres, ou autre usage utile de ménage ; Corisande fait des chemises pour son oncle Louis et Aglaé tricote des jupons pour elle et sa sœur. La comtesse Diane brode des robes pour vendre. Outre cela, les garçons ont des départements, l’un est chargé du blé, de le faire moudre, etc ; l’autre de faire faire le pain, un troisième du bois et le quatrième des vaches, de faire du beurre. La comtesse a acheté dix vaches, parce que le lait et le beurre sont chers. Ils sont tous couchés sur des lits de sangles sans rideau, la comtesse avec ses deux petites nièces dans un chambre, sa femme de chambre et Agénor. L’abbé et l’homme d’affaires se sont partagés les quatre jeunes gens ; chacun fait son lit, chacun plie sa serviette ; ils se portent tous à merveille.
L’ordre et le courage de la comtesse me surprenne à un point que je ne puis dire. Elle s’occupe des plus grands détails d’économie, sait les prix de tout, et par son activité, elle achète à sept florins ce qu’elle avait en arrivant à dix, et tout dans la même proportion. Le pain est bon, la chère simple, mais la viande et les légumes sont bons en abondance….. La comtesse m’adit combien elle avait  été étonnée de voir entrer dans sa chambre M de Nassau, qu’elle croyait à Madrid. Retrouver tout d’un coup dans le fond de l’Ukraine, des gens de sa connaissance qu’elle croit à quelques centaines de lieues ajoute encore à la bizarrerie de sa position. Elle l’a soutient avec une noblesse et une suite qui la font considérer de tout ce qui habite ce pays-ci;chacun s’empresse de lui faire des offres de service….Mais elle ne dérange pas son plan et, vu la fertilité du pays et son intelligence, je suis sûr qu’elle tirera parti de la concession de l’Impératrice, ce que certainement le reste de sa famille n’eut pas fait…”

Durant l’été 1796

La comtesse quitta Boghowska pour s’installer à Woitowka sur une terre qui leur est prêtée par le comte Stanislas Félix Potocki (1753- 1805)et où elle fait construire une maison plus adaptée à ses besoins. Elle y est rejointe par le duc et ils y restent plusieurs années.

Diane et Jules finissent leur vie toujours ensemble, en vieux couple fraternel, chacun s’accommodant du caractère de l’autre.

En 1802

Mort de Héracle-Louis, vicomte de Polignac, leur père, qui était devenu acariâtre et rendait la vie difficile à ses enfants.

Jules reçoit de Paul Ier l’importante starostie d’Opalina, près de Lublin.

Il souffrait de la goutte, devint impotent au point que, pour avoir de l’air, il lui arrivait de vivre sous une tente.  Il rendit l’âme en 1817, assisté par le comte de Noailles, montrant jusqu’à la fin en dépit de cruelles souffrances, la bonté et la courtoisie qui le distinguaient. Sa sœur Diane, qui était devenue sourde à ne pas entendre le canon, mourut l’année suivante . 

 Hedwige de Polignac : les Polignac

Le 21 septembre 1817

Mort de son frère, Jules, duc de Polignac

On ne connaît pas la date de la mort de Diane de Polignac.

On sait seulement qu’elle est décédée après 1818, probablement en Russie…

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