Alexandre Kucharski

Alexandre Kucharski (1797)

Le 18 mars 1741

Naissance à Varsovie (République des Deux Nations) d’Alexander Kucharski

Son père est un gentilhomme qui a passé sa vie dans les camps, et qui, après la guerre de Sept Ans (1756-1763), s’est retiré dans ses foyers. Il a épousé, à l’âge de soixante ans, une jeune femme de vingt ans. Alexandre Kucharski est leur douzième et dernier enfant.

Vers 1749

Naissance de son frère, Boleslaw Kazimir Kucharski.

Dans les années 1750

Alexander est élevé à la cour du dernier Roi de Pologne, Stanislas II (1732-1798), dont il est page.
Il aurait étudié à Varsovie dans l’atelier de Marcello Bacciarelli (1731-1818), peintre italien de la période baroque, principalement actif en Pologne.

Stanislas II, Roi de Pologne et Lituanie par Elisabeth Vigée Le Brun

Des dispositions précoces pour les arts du dessin le font remarquer, et engagent son souverain à lui faire changer de carrière. Stanislas-Auguste, qui veut en faire un peintre d’histoire, l’envoie étudier à Paris, et, à cette fin, il lui fait parvenir une pension (une bourse royale) par l’entremise de Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777).

Lecture de la tragédie de Voltaire, l’Orphelin de la Chine, dans le salon de Madame Geoffrin en 1755.

De 1760 à 1769

Le jeune Alexander étudie, à l’Académie Royale, sous la direction de Carle Van Loo (1719-1795) et de Joseph-Marie Vien (1716-1809), dans l’atelier duquel se trouve alors Jacques-Louis David (1748-1825).

Carle Van Loo par Labille-Guiard
Joseph-Marie Vien par Duplessis

Dans les années 1760

Alexander Kucharski épouse Marguerite Charvet.

Le 16 mai 1770

Le Dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI, épouse l’Archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette.

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux

Le 10 mai 1774

Louis XV meurt , Marie-Antoinette devient Reine de France.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis
Marie-Antoinette au Globe (1775) par Jean-Baptiste Gautier-Dagoty

« Rebelle au grand style », Kucharski s’oriente vers le genre moins considéré du portrait. Trompé dans ses espérances, le Roi de Pologne le rappelle, mais Kucharski préfère rester sans pension plutôt que de quitter Paris, où il devient bientôt le peintre favori des grandes dames de l’époque.

Louis V Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818), anonyme, huile sur toile, musée Condé

Nommé peintre à la cour du prince de Condé (1736-1818), il devient le premier peintre de sa fille, Mademoiselle de Condé qui loge dans un hôtel particulier, au faubourg Saint-Germain, où Kucharski est domicilié un temps. Membre de l’Académie de Saint-Luc avant sa disparition en 1777, Alexandre Kucharski n’expose pas au Salon du Louvre, mais il se fait une excellente réputation dans les milieux de Cour, notamment grâce à la princesse de Lamballe (1749-1792) qui a été émue par le portrait qu’il a réalisé du prince de Carignan, son frère, mort prématurément.

La princesse de Lamballe par Callet
Marie-Joséphine Louise de Savoie (1786), par Alexandre Kucharski
Premier portrait de Marie-Antoinette, par Kucharsky

Dans la période 1770-1788

Avant de se consacrer à la famille royale, Kucharski réalise un très grand nombre de portraits. Outre ceux de Mademoiselle de Condé et de la princesse de Lamballe et des dames de leur entourage (comtesse de Polastron, marquises de Lage de Volude et de Balleroy, etc.), il réalise des portraits courants, souvent au pastel. Par la princesse de Lamballe, il a été introduit dans les cercles du Palais-Royal, à la petite cour du duc d’Orléans et de madame de Montesson, puis du duc de Chartres, et il y peint certains habitués tels que Choderlos de Laclos ou Olympe de Gouges.

Louise d’Esparbès de Lussan, comtesse de Polastron par Alexandre Kucharski
Pierre Choderlos de Laclos par Kucharski
Portrait de Madame Laclos attribué à Alexandre Kucharski (1786)
Olympe de Gouges par Kucharski

 On lui doit enfin de nombreux portraits de membres de la noblesse polonaise parmi lesquels celui de la comtesse Potocka.

La comtesse Sophie Potocka par Kucharsky
Ignacy Potocki par Aleksander Kucharski
Marie-Antoinette (1788) par Alexandre Kucharski

Lui-même signe «Kucharski» et, en France, il est souvent appelé « Couaski».

Marie-Antoinette par Alexandre Kucharski

Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux à l’hôtel des Menus Plaisirs à Versailles.

Ouverture des Etats Généraux

Les fastes de l’Ancien régime vivent là leurs dernières heures.

Marie-Antoinette dans Sa dernière parure de souveraine par Benjamin Warlop

Y sont réunis tous les protagonistes de la révolution future…

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Au début de la révolution française

Aimée de Coigny, en 1797, par Adolf-Ulrik Wertmüller

Kucharski et peintre du prince de Condé : il a fait de nombreux portraits, la plupart au pastel.

Ses ouvrages jouissent à la Cour d’une réputation considérable. Il a peint l’Impératrice Catherine II de Russie, le comte d’Artois, Madame Elisabeth, la princesse de Lamballe, les princes de Condé, de Conti, l’actrice mademoiselle Saint-Preux, la duchesse de Coigny, la comtesse de Durfort, sa fille. Ces deux derniers portraits, ainsi que des copies en sont faites par madame Barbot, la seule élève femme qu’a formée Kucharski.

Jusqu’à cette époque, Kucharski avécu avec les grands seigneurs, dans le luxe et l’opulence. La vérité de son dessin, le brillant de son coloris, le naturel et en même temps la distinction qu’il sait donner à ses personnages, joints à l’extrême ressemblance qui caractérise tous ses portraits, en fait un des peintres portraitistes les plus distingués du XVIIIe siècle, et lui ont assuré une vogue qui se traduit en sommes énormes.

Le 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 1er octobre 1789

Fête des gardes du corps du Roi en l’honneur du régiment de Flandres à l’Opéra de Versailles en présence de la famille royale.

Image des Années Lumière (1988) de Robert Enrico

Le peuple croit à une orgie antidémocratique…

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

La portraitiste Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), trop liée au cercle de la Reine ayant du émigrer lors des journées d’octobre, Kucharski devient le peintre officiel de la Reine qui a été satisfaite de deux portraits qu’il avait réalisés d’Elle en 1788.

Images du Fabuleux Destin d’Elisabeth Vigée Le Brun d’Arnaud Xainte
Marie-Antoinette aux Tuileries vue par Kucharsky en 1790

Un pastel de la Reine, commencé en 1791 mais interrompu par l’évasion vers Montmédy, est repris en 1792.

Portrait inachevé de Marie-Antoinette par Alexandre Kucharsky Après le 9 Thermidor, le marquis de Tourzel put le retrouver et sa mère écrivit une petite note que nous avons encore : «La reine faisait faire ce portrait pour la marquise de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, il fut presque détruit lors du voyage de Varennes, et recommencé en 1792. Au 10 août, il fut enlevé de l'appartement de Sa Majesté et retrouvé deux ans après par les soins du marquis de Tourzel, fils, Grand Prévôt de France. Précieux souvenir des bontés de la reine, dont il donne une ressemblance parfaite quoique bien abîmé par tout ce qu'il a souffert. Ce portrait de la reine reçut le 10 août deux coups de piques des révolutionnaires».
C'est , selon madame de Tourzel, à qui il était destiné, le portrait le plus ressemblant de la Reine.

« Cette transformation complète apparaît également dans un portrait, le seul que la reine ait fait faire aux Tuileries. Koucharski, un peintre polonais, en a tracé l’ébauche ; la fuite à Varennes l’a empêché de le terminer ; néanmoins c’est le plus parfait que nous possédions. Les tableaux officiels de Wertmüller, les portraits de salon de Madame Vigée-Lebrun s’efforcent constamment de rappeler au public par les costumes et les décors que cette femme est reine de France. Quand nous la voyons coiffée d’un magnifique chapeau aux superbes plumes d’autruche, en robe de brocart, parée de diamants, elle est près de son trône de velours ; et ceux-là mêmes qui la représentent en costume mythologique ou champêtre ne manquent pas d’indiquer par un signe quelconque que cette femme est d’un rang élevé, du rang le plus élevé de la nation, qu’elle est reine de France. Ce portrait de Koucharski néglige toutes les draperies éclatantes : une femme d’une beauté opulente est assise sur une chaise et regarde devant elle, songeuse. Elle paraît un peu lasse et fatiguée. Elle n’est pas en grande toilette, sur sa nuque ne brillent ni bijoux ni pierres précieuses, et elle n’est nullement attifée (il est passé le temps des artifices). Le désir de plaire a cédé la place au recueillement, la coquetterie s’est effacée en faveur de goûts plus simples. Les cheveux tombent, naturels et flous, et déjà l’on aperçoit les premières mèches argentées, la robe coule tout naturellement sur les épaules rondes et nacrées, rien dans l’attitude ne vise à l’effet ou à la séduction. La bouche ne sourit plus, les yeux ne demandent plus rien ; encore belle, mais d’une beauté déjà adoucie, maternelle, placée entre le désir et le renoncement, plus toute jeune, mais pas encore vieille, ne désirant peut-être plus, mais encore désirable, elle est là, lointaine, comme baignée d’une lumière automnale. Tandis que tous les autres portraits de Marie-Antoinette donnent l’impression d’une femme éprise de sa beauté et qui, entre les distractions, la danse et les rires, s’est tournée un instant vers le peintre pour, la minute d’après, retourner rapidement à ses plaisirs, on a le sentiment, ici, d’une femme qui s’est assagie et qui recherche le calme. Après les multiples idoles précieusement encadrées, ou taillées dans le marbre et l’ivoire, ce portrait inachevé montre enfin l’être humain et permet de deviner que cette reine a aussi une âme.»

Stefan Zweig

Les projets d’évasion se concrétisent grâce, en particulier, à l’entremise d’Axel de Fersen (1755-1810).

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale. Le Roi part avec la Reine, le Dauphin, Madame Royale, Madame Élisabeth et madame de Tourzel. Madame Elisabeth est mise au courant au dernier moment tant on craint qu’elle fasse échouer le plan par son indiscrétion…

Le 21 juin 1791

Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.

Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur
L'attente chez Sauce vue par Jean Kemm dans l'Enfant-Roi (1923)

Le 25 juin 1791

La famille royale rentre à Paris sous escorte. Dans la berline, les voyageurs sont accompagnés de Barnave et de Pétion, qui pensera avoir séduit la sœur du Roi …

Le Roi est suspendu.

Le passage de la berline royale devant l'Hôtel de ville de Châlons , par Joseph Navlet

Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

Louis XVI, roi de France en roi citoyen (1791),  par  Jean-Baptiste-François  Carteaux  (1751 - 1813)

Le 20 juin 1792

Le peuple des faubourgs, encadré par des gardes nationaux et ses représentants, comme le brasseur Santerre (10 à 20 000 manifestants selon Roederer), pénètre dans l’assemblée, où Huguenin lit une pétition. Puis elle envahit le palais des Tuileries.

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le peuple de Paris pénétrant dans le palais des Tuileries le 20 juin 1792 par Jan Bulthuis, vers 1800

Kucharski serait en train de peindre Marie-Antoinette, lorsque le peuple ameuté se précipite dans la salle où Elle pose. Il La fait échapper par une porte dérobée. Son portrait est insulté, couvert de crachats, et ce n’est qu’avec grand peine qu’il peut être soustrait au courroux révolutionnaire.

Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

La Reine n’a pu parvenir jusqu’au Roi ; elle est dans la salle du conseil et on avait eu de même l’idée de la placer derrière la grande table, pour la garantir autant que possible de l’approche de ces barbares …  les révolutionnaires passent devant Elle afin de L’observer :

On voit bien que l'auteur de cette peinture s'est inspiré d'un buste de Marie-Antoinette (celui de Lecomte) pour La représenter

«Elle avait attaché à sa tête une cocarde aux trois couleurs qu’un garde national lui avait donnée. Le pauvre petit dauphin était, ainsi que le roi, affublé d’un énorme bonnet rouge. La horde défila devant cette table ; les espèces d’étendards qu’elle portait étaient des symboles de la plus atroce barbarie. Il y en avait un qui représentait une potence à laquelle une méchante poupée était suspendue ; ces mots étaient écrits au bas : Marie Antoinette à la lanterne. Un autre était une planche sur laquelle on avait fixé un cœur de bœuf, autour duquel était écrit : cœur de Louis XVI. Enfin un troisième offrait les cornes d’un bœuf avec une légende obscène.
L’une des plus furieuses jacobines qui défilaient avec ces misérables s’arrêta pour vomir mille imprécations contre la reine.
Sa Majesté lui demanda si elle l’avait jamais vue : elle lui répondit que non ; si elle lui avait fait quelque mal personnel : sa réponse fut la même mais elle ajouta :

« c’est vous qui faites le malheur de la nation.
– On vous l’a dit, reprit la reine ; on vous a trompée. Epouse d’un roi de France, mère du dauphin, je suis française, jamais je ne reverrai mon pays, je ne puis être heureuse ou malheureuse qu’en France ; j’étais heureuse quand vous m’aimiez».
Cette mégère se mit à pleurer, à lui demander pardon, à lui dire : «c’est que je ne vous connaissais pas ; je vois que vous êtes bien bonne».

Mesdames de Lamballe, de Tarente, de La Roche-Aymon, de Mackau entourent alors la Reine, ainsi que madame de Tourzel qui souligne dans ses Mémoires :

« La Reine était toujours dans la chambre du Roi, lorsqu’un valet de chambre de Mgr le Dauphin accourut tout hors de lui avertir cette princesse que la salle était prise, la garde désarmée, les portes de l’appartement forcées, cassées et enfoncées, et qu’on le suivait.
On se décida à faire entrer la Reine dans la salle du Conseil, par laquelle Santerre faisait défiler sa troupe pour lui faire quitter le château. Elle se présenta à ces factieux au milieu de ses enfants, avec ce courage et cette grandeur d’âme qu’elle avait montrés les 5 et 6 octobre, et qu’elle opposa toujours à leurs injures et à leurs violences.
Sa Majesté s’assit, ayant une table devant elle, Mgr le Dauphin à sa droite et Madame à sa gauche, entourée du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui ne cessa d’opposer un mur inébranlable au peuple rugissant, qui l’invectivait continuellement.
Plusieurs députés s’étaient aussi réunis auprès d’elle.
Santerre fait écarter les grenadiers qui masquaient la Reine, pour lui adresser ces paroles :

« On vous égare, on vous trompe, Madame, le peuple vous aime mieux que vous le pensez, ainsi que le Roi ; ne craignez rien.
Je ne suis ni égarée ni trompée, répondit la Reine, avec cette dignité qu’on admirait si souvent dans sa personne, et je sais (montrant les grenadiers qui l’entouraient) que je n’ai rien à craindre au milieu de la garde nationale ».
Santerre continua de faire défiler sa horde en lui montrant la Reine. Une femme lui présente un bonnet de laine ; Sa Majesté l’accepte, mais sans en couvrir son auguste front. On le met sur la tête de Mgr le Dauphin, et Santerre, voyant qu’il l’étouffait, le lui fait ôter et porter à la main.
Des femmes armées adressent la parole à la Reine et lui présentent les sans-culottes ; d’autres la menacent, sans que son visage perde un moment de son calme et de sa dignité.
Les cris de «Vivent la Nation, les sans-culottes, la liberté ! à bas le veto !» continuent.
Cette horde s’écoule enfin par les instances amicales et parfois assez brusques de Santerre, et le défilé ne finit qu’à huit heures du soir.
Madame Elisabeth, après avoir quitté le Roi, vint rejoindre la Reine, et lui donner de ses nouvelles.
Ce prince revint peu après dans sa chambre, et la Reine, qui en fut avertie, y entra immédiatement avec ses enfants.
»

Images de Marie-Antoinette (1976) de Guy-André Lefranc

Kucharski fait un second portrait de Marie-Antoinette, lorsqu’Elle est au Temple. Plusieurs fois reproduit, ensuite, par l’artiste, ce portrait, où Marie-Antoinette est représentée en costume de veuve, grandeur moyenne, devient presque le seul moyen d’existence de Kucharski, pendant les longues années qui suivent la perte de sa fortune. Disparue lors du sac du palais des Tuileries, l’œuvre est retrouvée et se trouve aujourd’hui au musée de Versailles. En fait, Kucharski a réalisé plusieurs portraits de Marie-Antoinette, tant à l’huile qu’au pastel. Le dernier de ces portraits, réalisé au pastel après l’exécution de Louis XVI, est offert à la princesse de Tarente puis recueilli par succession par les héritiers de sa sœur la marquise de Crussol. Probablement détruit pendant la seconde guerre mondiale, ce portrait de Marie-Antoinette en grand deuil, a été répliqué à l’huile et au pastel, tant par Kucharski lui-même que par d’autres peintres.

Kucharski a fait le portrait de la marquise de Juigné, qui fut dame d’honneur de la Dauphine. Un second portrait de la Reine Marie-Antoinette, sans doute une reproduction de celui commencé par Kucharski le 20 juin 1792 subsiste dans la famille du chef du cabinet du Ministre de la guerre, Lépine, qui possède également un autre pastel grand ovale, le portrait de sa belle-mère avec ses deux enfants. Comme le précédent, ces deux pastels sont postérieurs à 1790.

Le 10 août 1792

La journée du 10 août commence en réalité dans la nuit du 9 au 10 août. En pleine nuit, le tocsin sonne au couvent des Cordeliers. Une heure plus tard, toutes les églises de Paris répondent au signal donné par Danton. Ce sont les quarante-huit sections de Paris, dont les révolutionnaires se sont rendus maîtres. Danton lance alors les sections parisiennes à l’assaut de l’hôtel de Ville, met à la porte la municipalité légale et y installe sa «commune insurrectionnelle», qui s’effondrera le 9 thermidor avec Robespierre.

Geneviève Casile, Marie-Antoinette (1976), observe le ciel rouge de Paris ce matin-là...
Paris de nuit illuminé par les troupes qui se rassemblent dans Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller

Le deuxième acte se joue alors. Le commandant de la garde Nationale, Galliot de Mandat, favorable à Louis XVI, est convoqué à l’hôtel de ville. C’est un piège. Dès qu’il y pénètre, il est assassiné. Son corps est jeté dans la seine, et sa tête, plantée sur une pique. Santerre, le roi des faubourgs, le remplace.

Les Tuileries constituent le dernier objectif. Pour défendre le palais, le Roi peut compter sur ses mille à mille deux cents gardes Suisses, sur trois cents chevaliers de Saint louis, sur une centaine de nobles et de gentilshommes qui lui sont restés fidèles. La Garde nationale est passée dans le camp adverse. Seul le bataillon royaliste des «filles de Saint Thomas» est demeuré fidèle au souverain.

Roederer, le «procureur syndic du département» convainc le Roi de se réfugier à l’assemblée Nationale avec sa famille. Ceux qui ne font pas partie de la famille royale ne sont pas autorisés à les accompagner.

La famille royale juste avant le départ des Tuileries : à l'arrière-plan on devine le combat des soldats contre les émeutiers... Mesdames de Lamballe et de Tourzel sont auprès du Roi et de la Reine.

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale. Il est accompagné par sa famille, Madame Élisabeth, la princesse de Lamballe, la marquise de Tourzel, ainsi que des ministres, dont Étienne de Joly, et quelques nobles restés fidèles.

La foule envahit le palais des Tuileries et la princesse suit la Famille Royale qui se réfugie à l’Assemblée législative.

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi
L'Assemblée Nationale dans Les Années Lumière de Robert Enrico

Louis XVI. en proie à la plus vive anxiété, se réfugie avec sa famille au sein de l’assemblée, où il entre en disant :

« Je suis venu ici pour éviter un grand crime qui allait se commettre. »

La famille royale à l'Assemblée nationale dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

C’est alors qu’est prononcée la déchéance du Roi. La foule envahit la cour du château et cherche à gagner les étages supérieurs. Revenu dans le château, Bachmann demande un ordre précis du Roi, et cet ordre ne venant pas, il organise la défense des Gardes suisses qui font face à l’envahissement des émeutiers.

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles
Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)
Saccage de la chambre de la Reine aux Tuileries

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

Le 13 août 1792

Selon madame de Tourzel, la famille royale, accueillie par Santerre, voit d’abord la cour du palais illuminée de lampions comme s’ils étaient attendus pour une fête ; on retrouve l’ambiance des grands couverts qui rythmaient la vie de Cour à Versailles et aux Tuileries…

Après un splendide dîner servi dans l’ancien palais du comte d’Artois ( où la famille royale espère encore être logée) , la messe est dite dans un salon. Après avoir visité les lieux, Louis XVI commence à répartir les logements.

A onze heures du soir 

Alors que le Dauphin est gagné par le sommeil et que madame de Tourzel est surprise d’être emmenée en direction de la Tour, le Roi  comprend qu’il a été joué par la Commune. Pétion, qui estimait que la grande Tour était en trop mauvais état, a résolu de loger la famille royale dans la petite en attendant la fin des travaux ordonnés pour isoler la prison du monde extérieur. La Tour qui tant frémir Marie-Antoinette, autrefois,  qu’Elle avait demandé à Son beau-frère qu’il la détruise. Était-ce un pressentiment de Sa part? 

La Tour du Temple
Ce portrait est peut-être de la main de Kucharsky, mais , pour moi, il ne représente pas Marie-Antoinette... Marie-Antoinette porterait déjà le deuil (de la princesse de Lamballe sans doute, comme l'indique Olivier Blanc), avec un gros nœud blanc sur la tête.

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Du 16 au 18 janvier 1793

La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.

Le 20 janvier 1793

Louis XVI dit adieu à sa famille. La scène est émouvante ; il promet de les revoir le lendemain matin, mais il leur épargnera cette ultime épreuve.

Les adieux de Louis XVI par Benjamin Warlop

Le 21 janvier 1793
Dix heures vingt-deux minutes

Exécution de Louis XVI qui a pu prendre congé de sa famille la veille et être accompagné à l’échafaud par un prêtre insermenté, l’abbé Edgeworth de Firmont (1745-1807).

Madame Elisabeth au Temple par Kucharsky au Temple
Attribué à Aleksander Kucharski,, 1793, Portrait présumé de monsieur Barbot

Le 26 janvier 1793

Alexandre Kucharski (le peintre resté fidèle qui figure sous le nom de «Coëstier» dans le compte-rendu du procès de la Reine) pénètre dans la Tour du Temple pour réaliser le dernier portrait de Marie Antoinette. Un pastel, précisera-t-Elle Elle-même à Ses accusateurs. Depuis, une infinité de répliques ont fleuri, de la main de l’artiste ou non… tellement qu’on n’a jamais retrouvé avec certitude l’original fait au Temple.

Marie-Antoinette au Temple (1793) par Alexandre Kucharsky

Kucharsky est royaliste et parle parfaitement l’allemand. Lors des séances de pose, cela lui aurait «permis de s’entretenir avec la reine sans que des oreilles indiscrètes puissent suivre leur conversation» (Olivier Blanc, Portraits de femmes).
Marie-Antoinette a peut-être longuement posé pour lui, afin de faire durer leurs conversations? Olivier Blanc explique que pour la cour, il est important de multiplier les communications avec l’extérieur et recouper les informations et nouvelles politiques qui lui reviennent.

Marie-Antoinette au Temple par Kucharski

Le 3 juillet 1793

Louis-Charles, Louis XVII, est enlevé à sa mère et confié au cordonnier Antoine Simon (1736-1794).

La Séparation de Marie Antoinette et Son Fils (1856)  par Edward Matthew Ward

Le 2 août 1793
à deux heures quarante du matin

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

Départ de Marie-Antoinette du Temple
Marie-Antoinette en veuve à la Conciergerie par Kucharsky

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution .

Louis XVII (1794) par Alexandre Kucharski

Le 10 mai 1794

Exécution de Madame Élisabeth :

Madame Elisabeth au Temple par Alexandre Kucharsky
La dernière toilette de Madame Elisabeth
Exécution de Madame Elisabeth
Louis-Charles de France par Alexandre Kucharsky

Kucharsky réussit à faire un véritable fonds de commerce grâce aux portraits des personnes de la famille royale pendant la révolution qu’il reproduit en de nombreux (et pas toujours qualitatifs ! ) exemplaires.

Réplique de Marie-Antoinette en veuve par Kucharsky
Marie-Antoinette d'après Kucharsky
Au dos, une inscription presque identique à celle figurant sur le second pastel ayant appartenu à la princesse de Tarente : « Portrait de la reine Marie-Antoinette lorsqu’elle se trouvait au temple, et très exactement jusqu’à l’épingle même qui ferme son fichu, telle qu’elle était habillée peu de temps avant qu’elle fut transférée à la Conciergerie. Ce tableau est peint par Koharski (sic) qui avait fait le portrait de cette malheureuse princesse en 1780 ; il se trouva comme garde nationale de service au Temple, y vit la reine, la considéra avec grande attention, et, rentré chez lui, il s’occupa de la dessiner de mémoire ; il fut encore une seconde fois de service au Temple, examina de nouveau la reine, et de retour chez lui, il acheva le portrait. Je le tiens de Koharski lui même, je l’avais connus autrefois pour avoir été peint par lui, et il savait combien j’étais attaché à la reine. Ce tableau est l’original, il en a été fait ensuite par Koharski plusieurs copies et aussi par d’autres.» Signé : Auguste Arenberg.
Alexandre Kucharski (1797)

En 1809

Kucharski fait le portrait de sa femme, lequel, contrairement à ses habitudes, est signé et daté. Il appartient à la comtesse de Boni.

Madame Barbot (1809), par Kucharsky

Il fait celui du médecin Martinet, alors jeune homme. La nièce de ce médecin, mademoiselle Giraudeau, une des élèves de Redouté (1759-1840) et de Ingres (1780-1867), possède plusieurs croquis de Kucharski, entre autres le portrait de l’Impératrice Catherine de Russie et celui de la princesse de Lamballe, vêtue d’une veste courte et coiffée d’un large chapeau surmonté d’une longue plume.

Malgré le souvenir d’une position fort élevée, il vit retiré dans un petit appartement de la rue des Petits-Augustins.

En 1816

Il habite la rue Saint-Benoît, qu’il quitte pour entrer à Sainte-Périne de Chaillot, où il est admis, grâce à la sollicitude de la duchesse d’Angoulême, qui n’a pas oublié son dévouement.

Kucharski conserve religieusement le costume que portait le Dauphin lorsqu’il était au Temple en 1792. Le costume, qui se compose d’une petite veste en moire grise, d’une teinte claire, du cordon bleu et de la décoration de l’ordre du Saint-Esprit, lui serviront plus tard pour reproduire les différentes copies qu’il aura à exécuter.

Au retour des Bourbons, ces reliques sont remises par madame Barbot à la duchesse d’Angoulême, par l’entremise de l’abbé Davaux.

La duchesse d'Angoulême par Bernhard Guérard (vers 1810)
Louis XVIII par François Gérard

Jusqu’à sa mort

Kucharski qui est pensionné par Louis XVIII (1755-1824), continue à travailler pour une clientèle aristocratique, qui lui réclame des copies des effigies des prisonniers du Temple. Outre les portraits de Marie-Antoinette, Kucharski a réalisé un portrait du Dauphin, souvent répliqué lui aussi, des portraits de Madame Elisabeth et de Madame Royale.

D'après le premier portrait de Marie-Antoinette par Kucharsky
Ecole Française du XIXe d'après Kucharsky Marie-Antoinette en habit de veuve

Le 5 novembre 1819

Alexandre Kucharski meurt à Sainte-Périne, à Paris, il avait soixante-dix-huit ans. Selon Paul Bauer, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (1re division).

Il meurt sans descendance directe mais une branche de sa famille (la marquise Helena Kucharska Herb Jastrebiec ainsi que certains de ses neveux) vient s’installer en France en 1920, en Picardie, dans la région de Soissons, parmi les membres de la branche française de cette très ancienne haute famille noble on peut compter de nombreux musiciens et artistes (les Lavaire, les Modde, les Nowak entre autres).

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