Le château et ses jardins sont à l’apogée de leur splendeur mais laissent Alexandre relativement indifférent.
« Je n’étais pas à la veille de quitter Paris et Versailles, pour une garnison obscure, pour Falaise, sans donner bien des regrets à tant de souvenirs, qui avaient déjà rempli ma vie. La Reine, de qui je fus prendre congé, m’assura d’une protection qu’elle ne m’a pas toujours accordée, et d’une bonté qu’elle n’a pas toujours eue : mais elle le pensait au moment où elle daigna m’en assurer.
Elle avait éprouvé une peine très-vive, il y avait quelques jours, dont elle était encore sensiblement touchée, et qui pourra donner une idée de son cœur, et prouver à quel point il eût été facile , avec des conseils et des entours dignes d’elle, de la faire autant aimer de la nation, qu’elle désirait de l’être : le désirer si ardemment , c’était déjà le mériter. Elle me fit l’honneur de me demander si j’avais été à l’opéra, la dernière fois qu’elle y était venue (deux ou trois jours auparavant).
Je ne pensais guère en la quittant, que déjà c’étaient de faibles éclairs, précurseurs de la foudre qui a pulvérisé ce trône où elle avait cru que c’était la première faveur de la fortune, de la faire asseoir.»
– Oui, madame.
– Pourquoi ai-je été à peine applaudie? que leur ai-je fait?
– Je n’ai pas remarqué que la Reine….
– Il est impossible que vous ne vous en soyez pas aperçu…. au reste, en vérité, tant pis pour le peuple de Paris : ce n’est pas ma faute.
– Votre Majesté attache trop de prix (quelques larmes roulaient dans ses yeux) à ce qui peut n’être que l’effet du hasard, et d’ailleurs, si la Reine me permet de le dire, dans un rang aussi élevé que le sien, il ne faudrait s’affliger que du bien qu’on ne fait pas, et du mal qu’on ne peut empêcher.
– De très belles phrases pour un étourdi ! mais quand on n’a rien à se reprocher…. cela fait bien mal !
Alexandre de Tilly, tome I, chapitre 5