Alexandre de Tilly

Alexandre de Tilly par Benjamin Warlop

Le 7 août 1761

Naissance d’Alexandre de Tilly (1761-1816) au Mans, selon ses mémoires, mais il semble plutôt être né à Chassillé en Normandie. Il est le fils de Jacques de Tilly, garde du corps de la compagnie de Villeroy et sénéchal d’épée de Beaumont et d’Anne-Suzanne-Magdelaine Le Bourdais de Chassillé. Il fait partie d’une des plus anciennes familles de Normandie.

MAIS dans ses mémoires, Alexandre dit être né en 1764 !

Début août 1761

Baptême d’Alexandre de Tilly. A été parrain messire Pierre de Tilly grand-père de l’enfant ; a été marraine dame Suzanne Desnault Dasseline veuve de François Louis Jean Le Bourdais de Chassilé, aussi grand-mère de l’enfant.

Le 16 août 1761

Décès de sa mère, Anne-Suzanne-Magdelaine Le Bourdais de Chassillé, des suites des couches…

Alexandre est élevé par sa grand-mère maternelle (sa marraine) jusqu’à l’âge de neuf ans, il est dédaigné par son père qui dépense la fortune familiale…

Le 16 mai 1770

Le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin est célébré dans la chapelle royale de Versailles.

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Gravure du mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin, le 16 mai 1770
Marie-Antoinette Dauphine, huile sur toile de Joseph Ducreux, 1770

Le 10 mai 1774

Louis XV (1710-1774) meurt de la petite vérole à Versailles vers quatre heures de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.

Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI (1754-1793).

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis
Marie-Antoinette (détail) par Gautier d'Agoty à l'époque où Tilly entre à Son service.

 

Orphelin de mère, Alexandre a treize ans, et termine ses études lorsque son oncle lui obtient une place de page chez la Reine.

Un page (du grec παιδιον, paidion, petit garçon) est un jeune noble attaché au service d’un Roi, d’une Reine, d’un prince, etc.  Les pages sont chargés des menues courses de la Reine, portent Ses billets ou Ses compliments, L’escortent et L’accompagnent lorsqu’Elle se rend à la messe, ils font les honneurs des invités des soirées et bals donnés aux courtisans, accueillent les dames, les mènent à leurs places, les conduisent au souper ou à leurs voitures.

 

En 1778

Son père, Jacques-Pierre de Tilly se remarie à Jeanne-Antoinette-Jacquine Amellou de Stint Cher.

 

Le 10 juin 1778

Naissance du demi-frère d’Alexandre, Louis-Stanislas-Xavier-Marie-Élisabeth de Tilly. Son parrain est le comte de Provence, futur Louis XVIII (1755-1824) et sa marraine est Madame Elisabeth (1764-1794).

Marie-Antoinette à la Harpe (1775) par Jean-Baptiste Gautier Dagoty

En juin 1778

«Le voilà parti. Je l’imagine sur la route de Versailles, accompagné par Monsieur de Venevelle, qui rend visite à son fils, déjà chez les pages. Je l’imagine curieux, convaincu que la France est le plus beau, le plus puissant et le plus florissant empire de l’Europe, bien que les routes et les auberges laissent toute fois à désirer sauf à l’approche de Paris, dit-on. J’attends avec impatience son premier billet : sera-t-il frappé de la grandeur des parterres et de la régularité des plantations ? Sera-t-il émerveillé par l’orangerie et les escaliers de marbre ? Timide à l’excès, saura-t-il enfin aller son chemin entre les écueils que d’aucuns sèmeront sous ses pas ? On dit la cour emplie de bateleurs et d’intrigants, soumise à un malheureux tourbillon de plaisirs et de dissipations, et à maintes coteries…»

Extrait du journal de madame de Chassillé, sa tante

Alexandre arrive à Versailles. Il partage la charge de page de la Reine avec Messieurs de Belcier, de Beaumont, de Certain, du Chilleau, de Jupilles, le chevalier de Mun, de Nancré, de Pezé, de Rumigny, de Roussigny, de Venevelle. Le rôle de la Grande Ecurie, dirigée par le Grand Ecuyer, sert dans les occasions solennelles ou en temps de guerre. Tandis que la Petite Ecurie fournit le service ordinaire, quotidien et familier. Le poste de Premier Ecuyer a quelque chose de plus intime que celui de Grand Ecuyer. David de Perdreauville (1733-1790) est leur gouverneur et dirige leur éducation : mathématiques, la danse, les armes, le dessin, le «voltiger», l’allemand, l’écriture, le latin et, bien sûr, l’équitation.  C’est le comte de Tessé (1736-1814), premier écuyer, qui préside l’Écurie de la Reine.

Sous Louis XV, le règlement d’admission aux Ecuries est sensiblement modifié. L’Edit du 29 mai 1721 exige des preuves de noblesse remontant à 1550. J’ignore à quand elle doit remonter sous Louis XVI, ce doit environner 1580 :

« Il faut, pour être reçu page, prouver au moins deux cents ans de noblesse directe, et avoir une pension de six cents livres destinée aux menues dépenses. Alors, les parents sont délivrés de toute sollicitude : habillement, nourriture, maîtres, soin pendant les maladies, tout est fourni avec une magnificence vraiment royale.
Un seul habit de page de la chambre coûte quinze cents livres ; aussi est-il en velours cramoisi brodé en or sur toutes les tailles. Le chapeau est garni d’un plumet et d’un large point d’Espagne. Ils ont, en plus, un petit habit de drap écarlate, galonné en or et argent.»

Alexandre de Tilly

Le château et ses jardins sont à l’apogée de leur splendeur mais laissent Alexandre relativement indifférent.

« Je n’étais pas à la veille de quitter Paris et Versailles, pour une garnison obscure, pour Falaise, sans donner bien des regrets à tant de souvenirs, qui avaient déjà rempli ma vie. La Reine, de qui je fus prendre congé, m’assura d’une protection qu’elle ne m’a pas toujours accordée, et d’une bonté qu’elle n’a pas toujours eue : mais elle le pensait au moment où elle daigna m’en assurer.

Elle avait éprouvé une peine très-vive, il y avait quelques jours, dont elle était encore sensiblement touchée, et qui pourra donner une idée de son cœur, et prouver à quel point il eût été facile , avec des conseils et des entours dignes d’elle, de la faire autant aimer de la nation, qu’elle désirait de l’être : le désirer si ardemment , c’était déjà le mériter. Elle me fit l’honneur de me demander si j’avais été à l’opéra, la dernière fois qu’elle y était venue (deux ou trois jours auparavant).

Je ne pensais guère en la quittant, que déjà c’étaient de faibles éclairs, précurseurs de la foudre qui a pulvérisé ce trône où elle avait cru que c’était la première faveur de la fortune, de la faire asseoir.»

– Oui, madame.
– Pourquoi ai-je été à peine applaudie? que leur ai-je fait?
– Je n’ai pas remarqué que la Reine….
– Il est impossible que vous ne vous en soyez pas aperçu…. au reste, en vérité, tant pis pour le peuple de Paris : ce n’est pas ma faute.
– Votre Majesté attache trop de prix (quelques larmes roulaient dans ses yeux) à ce qui peut n’être que l’effet du hasard, et d’ailleurs, si la Reine me permet de le dire, dans un rang aussi élevé que le sien, il ne faudrait s’affliger que du bien qu’on ne fait pas, et du mal qu’on ne peut empêcher.
– De très belles phrases pour un étourdi ! mais quand on n’a rien à se reprocher…. cela fait bien mal !

Alexandre de Tilly, tome I, chapitre 5

 

Emilia Schüle est Marie-Antoinette (2025) pour la série éponyme de Canal +

On compte Tilly dans le régiment de Noailles-Dragons.

Libertin, aventurier, la réputation sulfureuse de Tilly a sans doute masqué, aux yeux de ses contemporains et de certains historiens, l’observateur aigu de cette époque charnière de l’Histoire de France. Si ses Mémoires comportent beaucoup d’anecdotes galantes et de portraits sans aménité, ils révèlent aussi un homme complexe, plein de contradictions, mais qui porte un regard lucide sur l’histoire de son temps et dont la hauteur morale est parfois étonnante lorsqu’on connaît certains aspects de sa vie. Ainsi, ses Mémoires pour servir à l’histoire des mœurs de la fin du XVIIIe siècle n’usurpent pas leur titre. D’une part, ils nous informent sur la vie d’un authentique libertin sous le règne de Louis XVI, qui aurait peut-être servi de modèle au Valmont de Choderlos de Laclos (1741-1804). Cet ouvrage en gestation contient ses frustrations militaires – n’avoir jamais pu faire valoir ses qualités lors d’une guerre – mais aussi les nombreuses humiliations qu’il estime avoir subies au long de sa vie, de la part des « vrais » nobles, ainsi que des femmes qu’il pense inaccessibles. Les Liaisons dangereuses pourraient donc aussi être considérées comme une sorte de revanche et de thérapie. En cela il ressemble sans doute à Alexandre de Tilly…

Mais d’autre part, ils nous proposent une lecture originale de l’époque révolutionnaire, celle, finalement, d’un réformiste qui hait la violence politique et sociale.

Pierre Choderlos de Laclos

Le 9 août 1787

En raison des graves difficultés financières, Louis XVI décide de ramener le nombre de pages des deux Ecuries à cinquante au total : dix-huit sont réformés à Petite et vingt à la Grande.

En 1789

Il voyage en Angleterre puis revient à Paris au début de la révolution, qu’il sait inévitable.

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux. 

Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.

Ouverture des Etats Généraux
Marie-Antoinette dans Sa dernière parure de souveraine par Benjamin Warlop

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le 14 juillet 1789

Le peuple prend la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

En 1790

 Tilly se montre l’adversaire des idées révolutionnaires, et insère dans Les Actes des apôtres et la Feuille du jour des articles remarquables par la vivacité des opinions. Menacé par Robespierre, il préfère quitter à nouveau la France pour l’Angleterre où il continue de fréquenter le duc d’Orléans, séjourne à Aix-la-Chapelle puis à Bruxelles où ses frasques font encore scandale.

Image de Barry Lyndon (1975)  de Stanley Kubrick

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le matin du 28 février 1791

La foule est agitée et fébrile. On croirait que les explosifs éparpillés au sol sont sur le point d’exploser. Des travaux sont en cours aux cachots de Vincennes afin qu’ils puissent servir de prison annexe aux prisons parisiennes. Une rumeur court parmi la population : une nouvelle Bastille serait en construction pour remplacer l’ancienne. Les émeutiers, recrutés par la foule, se rendent au château de Vincennes et commencent à démolir les remparts et plusieurs cachots. Informé de ce soulèvement populaire, La Fayette se rend immédiatement à Vincennes avec un détachement de la Garde nationale. Dans le faubourg Saint-Antoine, la population manifeste son hostilité et trois bataillons  refusent d’avancer. Le commandant du bataillon capucin du Marais, suivi d’un grand nombre de volontaires, pénétre dans les cachots et met fin aux démolitions. Soixante-quatre émeutiers qui résistent sont arrêtés.

La Fayette s'adresse à la foule qui détruit le cachot du château de Vincennes le 28 février 1791

Au retour de l’expédition, qui dure jusqu’à la tombée de la nuit, des hommes abattent l’aide de camp de La Fayette, le prenant pour le général. La Garde nationale trouve les portes du faubourg verrouillées et les habitants refusent de les ouvrir. La cavalerie, appuyée par l’infanterie et douze pièces d’artillerie, est contrainte d’intervenir pour faire respecter l’ordre.
Tandis que des émeutiers tentent de démolir les cachots de Vincennes et que Mirabeau, à la tribune, promulgue la loi sur l’émigration, une vive angoisse règne au palais des Tuileries. Des rumeurs circulent : une insurrection se prépare et le sanctuaire de la monarchie pourrait être profané. Plusieurs nobles, dissimulant des armes sous leurs manteaux, accourent spontanément au palais pour défendre la famille royale. Ils pénètrent même dans les appartements du Roi, et Louis XVI sort à leur rencontre. «Sire», disent-ils, «vos nobles accourent pour entourer votre personne sacrée .» Le souverain, modérant son enthousiasme, répond qu’il est en sécurité.

Les chevaliers de la Dague désarmés sur ordre du Roi au château des Tuileries, le 28 février 1791

Parallèlement, les tensions s’exacerbent parmi les révolutionnaires. Les nobles venus au palais par élan chevaleresque sont désormais traités de conspirateurs cherchant à s’emparer du Roi. La Fayette, de retour de Vincennes, se rend au château où il découvre une scène de grand tumulte. Une rixe a éclaté. La Garde nationale de service a insulté les nobles ; certains ont été blessés, d’autres piétinés, et d’autres encore traînés dans la boue.
Le duc de Pienne et le comte Alexandre Tilly sont parmi les plus durement touchés. Certains opposent une résistance farouche, notamment le marquis de Chabert, commandant d’escadron, et le marquis de Beaucharnais. Louis XVI somme ses hommes de déposer les armes : « Votre zèle est inconsidéré ; rendez vos armes et retirez-vous ; je suis en sécurité au sein de la Garde nationale », et s’adresse simultanément à La Fayette,  « qui regretta cette escarmouche qui, semble-t-il, avait commencé à son insu ». Les nobles tremblent en déposant leurs armes sur la grande table de l’antichambre du Roi.

Que voulaient-ils ? Avaient-ils tenté d'éloigner Lafayette en l'attirant à Vincennes ? Mais dans quel but ? Enlever le roi et l'emmener à Metz ? Ou simplement le protéger, car une rumeur courait selon laquelle sa vie était en danger ? Étaient-ils vraiment des gentlemen ? L'affaire conserve toute sa part de mystère. Qui avait orchestré une opération aussi mal organisée, qui ressemblait fort à une provocation ?

Ce désastre déjà humiliant est suivi d’une cérémonie encore plus humiliante : l’expulsion. Ces cinq à six cents gentilshommes, la plupart vêtus, par précaution, de robes noires ou de perruques de magistrats, sortent des appartements entre deux rangs de gardes nationaux, subissant humblement les railleries. La garde arrête et emprisonne sept de ces gentilshommes qui ont résisté. Ils sont libérés quelques jours plus tard. Leurs noms sont conservés : il s’agit des seigneurs de La Bourdonnaye, Fanget-Champine, Godard-Danville, Berthier de Sauvigny, Fontbelle, Dubois de la Motte et Lillers.

« L’événement de Vincennes , dit Dulaure, et celui des Tuileries ont un lien surprenant : le premier a facilité le second . » Le témoignage de Ferrières ne doit pas être accueilli avec suspicion. Voici ses propos : « Les aristocrates , dit-il, étaient au courant la veille du mouvement qui se préparait à Vincennes. On pense qu’ils comptaient profiter de l’absence de Lafayette et de la Garde nationale pour enlever le roi et l’emmener à Metz. Mais la mutinerie orchestrée à Vincennes s’est terminée bien plus tôt que les aristocrates ne l’avaient imaginé. »

Les nobles présents aux Tuileries furent brutalement désarmés le 28 février 1791, selon le dessin de Jean-Louis Prieur le Jeune

Ces armes se composent de quelques poignards de forme unique, de couteaux de chasse, d’épées, de pistolets et de cannes : deux grands paniers en sont remplis, et la Garde nationale se les partage comme de précieux butins. Le journal de Prud’homme mentionne quatre cents chevaliers « vêtus de sombre habit, signe de guerre, armés jusqu’aux dents » et dissimulant dans leurs manches des poignards dont les lames ont la forme de « langues de vipère », et précise qu’ils se sont rassemblés aux Tuileries pour contraindre le Roi à fuir, «pour livrer la France aux horreurs de la guerre civile et planter l’étendard du despotisme au milieu de rivières de sang et de monceaux de cadavres» .
Rabaut-Saint-Étienne, ancien président de l’Assemblée constituante – du 15 au 28 mars 1790 – et contemporain de cette Journée du Poignard, rapporte que « les poignards confectionnés à l’avance et d’une manière particulière indiquent que le complot avait été ourdi de longue date ; pour les tenir, on utilisait un anneau solide d’où dépassait une lame à double tranchant terminée par une langue de vipère. La réunion eut lieu au château ; il fallait rassembler une foule de prétendus amis du roi : ils devaient crier que sa vie était en danger et utiliser toutes les armes qu’ils avaient apportées. »

Le 29 février 1791
 
La Fayette publie un compte rendu des événements de la veille, rédigé par messieurs de Duras et Villequier, premiers gentilshommes de la chambre, qui ont facilité l’entrée des conspirateurs dans le château. Ces deux ducs démissionnent et quittent la France. L’accès aux Tuileries sera désormais interdit aux hommes armés qui «ont osé s’interposer entre le roi et la Garde nationale», et il est précisé que «le commandant de la Garde nationale donna les instructions les plus précises aux deux chefs des serviteurs du roi afin que l’ordre et la décence soient maintenus par leurs subordonnés à l’intérieur du château ».
 
Cette maladresse à désigner les ducs de Villequier et de Duras comme complices, les Premiers Gentilshommes de la Chambre, provoque de toute évidence une vive protestation du Roi lui-même et des personnes impliquées, d’autant plus que la proclamation paraît le 4 mars 1791 dans Le Journal de Paris. Louis XVI écrit à La Fayette pour lui demander de désavouer un texte «aussi contraire à la vérité qu’à toute bienséance», et le général répond aussitôt pour l’apaiser.
 
Le 7 mars 1791
 
Il envoie un rectificatif au journal pour réfuter cette information inexacte, qui a également suscité une réaction des maréchaux de France, des officiers généraux et des officiers de la Maison du Roi. Il ne peut cependant s’empêcher de demander ironiquement à ces derniers ce qu’ils ont pensé «en voyant ce grand rassemblement d’hommes armés se dresser entre le Roi et ceux qui sont responsables de la sécurité de la nation» . Certains , «qui portaient des armes dissimulées, ne furent remarqués que pour leurs propos antipatriotiques et incendiaires, et furent introduits clandestinement au palais».
 Cette évasion quelque peu ridicule, quel qu’en soit le but, aussi mal conçue qu’exécutée, provoque des réactions contrastées. Les royalistes reprochent à La Fayette d’avoir permis que «ceux qui sont venus dans l’espoir de défendre le prince et non d’attaquer qui que ce soit soient pillés, insultés et maltraités injustement ». D’Allonville affirme que cet événement pousse certains à émigrer, car « il incit(e) plusieurs royalistes à quitter un lieu où ils devenaient non seulement inutiles, mais aussi dangereux pour le roi ».
 
Ces événements rendent la situation troublante. Les nobles n’ont plus le droit de défendre leur souverain, et Louis XVI, mortifié par l’affront fait à ses partisans en sa présence, est accablé de chagrin. Du haut de la tribune, Mirabeau prononce des discours réactionnaires, mais la monarchie est presque moribonde, et Mirabeau lui-même est à l’article de la mort.
Louis de Richebourg, Chevalier de Champcenetz

En 1791

Il retourne pourtant dans le Paris révolutionnaire ; poussé par Champcenetz (1759-1794) il collabore aux pamphlets royalistes contre les membres de l’Assemblée Législative.

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

Le 21 juin 1791

 Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.

Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Le 25 juin 1791

 La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

 Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

Louis XVI, roi de France en roi citoyen (1791), par Jean-Baptiste-François Carteaux (1751 - 1813)

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le Roi refuse.                                                   

A l’été 1792

Alexandre se rapproche de la famille royale prisonnière aux Tuileries. La Reine, sans revenir entièrement de ses préventions, «ce qu’elle n’a jamais pu obtenir d’elle-même, dans aucun temps ou avec qui que ce soit» garde un peu de méfiance.

Le 27 juillet 1792

Il écrit au Roi une lettre dans laquelle il conseille à Louis XVI la résistance énergique ; ce qui achève de le rendre suspect auprès des Clubs.
Fabre d’Eglantine tente de le faire assassiner.

Les Tuileries dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale.

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Tilly doit fuir, ce qu’il fait au lendemain du 10 Août, date à laquelle ses mémoires s’arrêtent.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

Le 25 août 1792

Alexandre fuit Paris, déguisé en cocher, à Boulogne. De là , il gagne Douvres, en Angleterre.

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

Alexandre de Tilly reste à Londres, où il mène une vie extrêmement dissipée, jusqu’en 1797.

Image de Barry Lyndon (1975)  de Stanley Kubrick

Le 25 novembre 1792

Le docteur Taillefer monte à la tribune de la Convention et s’écrie qu’il existe encore à Versailles des valets du Roi, des pages qui vivent à grands frais aux dépens de la Nation et demande au Ministre de l’Intérieur de prendre des mesures. Quelques jours après, les pages sont dispersés.

Le lundi 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI

Tilly est également l’auteur du distique si connu sur Louis XVI :

« II ne sut que mourir, aimer et pardonner ;
S’il avait su punir, il aurait su régner.»

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

En 1797

Tilly passe un an à Hamburg où il rencontre le pauvre Rivarol (son ami avec Chamfort).

En 1797

Il s’embarque pour l’Amérique où a lieu la fameuse escroquerie au mariage.

En avril 1799

Alexandre épouse une  américaine, Maria-Mathilda Bingham à Philadelphie, seulement il signe Jacques-Alexandre de Tilly, du nom de son père, ce qui rend l’union invalide.

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick
Image de Barry Lyndon de Stanley Kubrick

Le 10 juin 1799

Il divorce moyennant le paiement de ses cinq mille livres sterlings de dettes.

Le 9 juillet 1799

Alexandre s’embarque vers l’Europe.

En août 1799

Tilly arrive à Londres.

En septembre 1799

Il paraît à Hambourg, puis il se rend à Leipzig, à Dresde et à Berlin.

 

En 1799

Alexandre rentre alors en Europe, fait une escale en Saxe (de 1799 à 1801), s’installe à la Cour de Potsdam.

 

A partir de la fin de l’année 1799

Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.

 

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres
Frédéric-Guillaume III de Prusse par Anton Graff

 

De 1801 à 1807

Alexandre réside à Potsdam. En 1801, le Roi Frédéric-Guillaume III de Prusse (1770-1840) le nomme son chambellan. Tilly est donc chargé du service de la chambre du souverain.

 

Il fréquente les salons de Potsdam, notamment celui de Madame de Krüdener et de Rahel Levin
qui reçoivent tous les auteurs allemands du Romantisme berlinois (n’oublions pas que Tilly est un fin lettré).

Tilly reçoit enfin la permission de Napoléon de rentrer en France s’il le désire.

De 1802 à 1805

Napoléon Ier est aussi président de la République italienne

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris et couronnement de Joséphine.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

De 1808 à 1816

Tilly fait des allers et retours entre Paris (en 1812 et 1813)et Bruxelles. A Bruxelles, il semble qu’il vive avec sa demi-sœur (fruit du remariage de son père).

Le 6 avril 1814

Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.

Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.

Alexandre est alors à Paris.

Image de Barry Lyndon de Stanley Kubrick
Louis XVIII par François Gérard

Le 1er mars 1815

La Restauration ne dure pas.

Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.

Lorsque Napoléon Bonaparte débarque dans le Sud de la France, prêt à remonter jusqu’à Paris pour recouvrer son pouvoir, Louis XVIII envoie des membres de sa famille pour mener les troupes et bloquer l’avancée.

Le 19 mars 1815

Napoléon est aux portes de Paris. Louis XVIII et sa cour prennent la fuite pour Gand. Alexandre de Tilly les suit en Belgique.

Le 18 juin 1815

La défaite de Waterloo réinstalle Louis XVIII sur le trône de France.

Le 26 décembre 1816

Alexandre de Tilly se suicide à Bruxelles. Il avait cinquante-cinq ans.

Par cette mort, Tilly devient un digne représentant de l’ère romantique qui commence alors à peine…

Voyageur contemplant une mer de nuages par Carl-David Friedrich

La présentation d’un nouveau page de la Maison de la Reine se déroule très formellement ; le Roi d’abord – ce fut un dimanche pour Alexandre -, puis la famille royale, enfin les princes, le tout dans la même semaine, une longue corvée pour lui, d’autant qu’il juge ses révérences encore gauches et timides. Il est vrai que cette semaine de présentation est embarrassante et fatigante, d’autant qu’un nouveau venu attire les regards de toute la Cour, et passe en quelque sorte un examen de malveillance, ricane Alexandre. Il compare l’Étiquette à un catéchisme.  La présentation s’avère pire pour les femmes, avec le grand corps, la perruque, le blanc et le rouge, les lourds bijoux qui sont horriblement gênants pour qui n’en a pas habitude, et bien entendu la longue traîne dans laquelle il ne faut pas trébucher en faisant les trois révérences à reculons !

Le comte de Tilly revêt alors la livrée de velours rouge galonnée d’or de la Maison de la Reine. Les pages sont suivis, trois fois par semaine, par un maître d’armes, de danse, de géographie, d’allemand, de mathématiques et un maître à voltiger, payés par le Roi. Le reste du temps, qui n’est pas occupé par l’équitation, les pages sont libres; et peuvent se payer des maîtres particuliers.

 

 

La livrée des pages de la Reine

Quatre pages de la Grande Ecurie, six de la Petite escortent le Roi à la chasse. Les soixante-douze pages servent à porter les fusils. Ils servent parfois les courtisans lors des fêtes royales. Dans ses déplacements, le Souverain est suivi d’un détachement de pages des Ecuries habillés à ses couleurs.

Bien sûr, les pages suivent les célébrations religieuses quotidiennes: les pages doivent faire leurs dévotions ( c’est à dire s’approcher des sacrements) cinq fois par an, à Pâques, à la Pentecôte, à la Notre Dame d’Août, à la Toussaint et à Noël. A noter, la pratique janséniste de la double confession avant Pâques… « On disait la messe dans la chapelle, tous les jours ; et deux capucins, du couvent de Meudon, étaient chargés des prédications et de la direction de nos consciences.»

Le lever est à sept heures et demie, à neuf heure la messe avant de déjeuner. La leçon commence à dix heures. Sortie de midi à une heure, puis dîner et sortie jusqu’à trois heures. Une leçon entre trois et quatre heures, et sortie jusqu’à neuf heures qui est l’heure de souper. « Nous y faisons la plus grande chère du monde.»

Il y a aussi une bibliothèque fort bien composée, d’où on prête des livres…

Après la deuxième année, la charge devient effective…

Ainsi, la page consiste à se trouver au grand lever du Roi (Reine) , ou d’un Prince, à l’accompagner à la messe -quand l’office se prolonge, les pages s’esquivent discrètement pour monter sur les toits de la chapelle et, de là-haut, jeter des quolibets aux courtisans…-, à l’éclairer au retour de la chasse, participer aux divertissements et à assister au coucher pour lui donner ses pantoufles. 
Les jours de grandes cérémonies, les pages montent sur la voiture à deux chevaux… À l’armée, les pages deviennent les aides de camp, et apprennent, à la source du commandement, à commander un jour. C’est la figuration de la jeunesse à côté de la figuration des grands seigneurs et des courtisans sur cet immense théâtre qu’est le château de Versailles.Les pages sont turbulents, indisciplinés, effrontés par définition. Le régime auquel ils sont contraints est pourtant assez libéral et leur laisse u ne grande liberté dont ils ne font pas toujours le meilleur usage. Alors le gouverneur des pages -Monsieur le Grand- est obligé de sévir. Les punitions sont douces et les pazges les supportent allègrement.

Image de Marie-Antoinette (2007) de Sofia Coppola

Marie-Antoinette est alors enceinte.

Le salon de musique du Petit Trianon, par Benjamin Warlop

« Marie-Antoinette (…) traitait avec une bonté particulière tout ce qui Lui était attaché ; elle était adorée de son service intérieur : c’était même là qu’étaient les puissances qui la gouvernaient , sans projet et sans plan, car elle ne s’en était fait aucun , que de s’affranchir des coutumes et de la gêne de son rang dont elle avait toute la dignité et tout le maintien quand elle le voulait ; mais elle voulait plus souvent ne pas l’avoir.(…) Mais elle avait ce qui vaut mieux sur le trône que la beauté parfaite, la figure d’une Reine de France, même dans les instants où elle cherchait le plus à ne paraître qu’une jolie femme » ajoute ce grand connaisseur du beau sexe. Il Lui prête un regard où se peignent « plus singulièrement qu’ailleurs la bonté ou l’aversion », une bouche dédaigneuse, mais une peau, un cou et des épaules « admirables ».
Je n’ai plus revu d’aussi beaux bras ,ni d’aussi belles mains, poursuit-il. »

Alexandre de Tilly, Mémoires

Marie-Antoinette au Globe (1775) par Jean-Baptiste Gautier-Dagoty

« Elle avait deux espèces de démarches, l’une ferme et un peu pressée et toujours noble, l’autre plus molle, plus balancée, je dirais presque caressante, mais n’inspirant pas l’oubli du respect. On n’a jamais fait la révérence avec tant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une seule fois et donnant, de la tête et du regard, à chacun ce qui lui revenait.»

Alexandre de Tilly, Mémoires

Marie-Antoinette par Joseph Boze
Charlotte de Turckheim  dans Jefferson à Paris (1996) de James Ivory

De taille moyenne, figure ovale et un peu pâle, cheveux noirs, grands yeux noirs, le nez régulier, la bouche agréable et ornée. Tel est le comte de Tilly, Tilly serait le « plus bel homme de son temps », selon les Mémoires de Louise Fusil, une actrice qui l’a bien connu…                              On le dit même joli comme une fille…

Alexandre de Tilly

Avouons que le petit page n’est pas insensible aux charmes de sa souveraine,

« En un mot, si je ne me trompe ,comme on offre une chaise aux autres femmes, on aurait presque toujours voulu lui approcher son trône.»

Alexandre de Tilly, Mémoires

Quel beau portrait Alexandre de Tilly nous offre là ! Et pourtant , André Castelot nous spécifie qu’il ne L’aimait pas…

« J’ai beaucoup entendu parler de la beauté de cette princesse et j’avoue que je n’ai jamais absolument partagé cette opinion ; mais elle avait ce qui vaut mieux sur le trône que la beauté parfaite, la figure d’une Reine de France, même dans les instants où elle cherchait le plus à ne paraître qu’une jolie femme; Elle avait des yeux qui n’étaient pas beaux, mais qui prenaient tous les caractères : la bienveillance ou l’aversion se peignaient dans ce regard plus singulièrement que je ne l’ai rencontré ailleurs : je ne suis pas bien sûr que son nez fût celui de son visage. Sa bouche était décidément désagréable : cette lèvre épaisse, avancée, et quelquefois tombante, a été citée comme donnant à sa physionomie un signe noble et distinctif ; elle n’eût pu servir qu’à feindre la colère et l’indignation, et ce n’est pas là l’expression habituelle de la beauté ; sa peau était admirable, ses épaules et son cou l’étaient aussi ; la poitrine un peu trop pleine, et la taille eût pu être plus élégante ; je n’ai plus revu d’aussi beaux bras et d’aussi belles mains. Elle avait deux espèces de démarche, l’une ferme, un peu pressée, et toujours noble, l’autre plus molle et plus balancée, je dirais presque caressante, mais n’inspirant pourtant pas l’oubli du respect. On n’a jamais fait la révérence avec tant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une seule fois, et donnant de la tête et du regard, à chacun ce qui lui revenait

Alexandre de Tilly, Mémoires

Un jour qu’il était trop luxueusement vêtu, Marie-Antoinette, lui fait la remarque qu’il devait dépasser les moyens de sa fortune , car Elle le voyait , pour la seconde fois de la semaine avec un habit brodé…

« la simplicité ne fait pas qu’on vous remarque, lui avise-t-Elle, mais elle fait qu’on vous estime.»

paroles de Marie-Antoinette rapportées par Tilly dans ses mémoires

C’est peut-être d’être ainsi pris pour un enfant à qui l’on explique les règles de la vie de Cour qui explique le revers d’estime envers la Reine…

« Alexandre me dit avoir d’abord été ébloui par la souveraine, non par sa beauté, qu’il juge médiocre, mais par sa grâce et sa noblesse. Voilà une reine selon son cœur, que l’on peut admirer, et à laquelle il rendra avec bonheur les menus devoirs de sa charge, j’en suis certain, d’autant qu’elle est adorée de son service intérieur auquel elle témoigne une grande bonté. Elle s’est fait pour projet de s’affranchir des coutumes et de la gêne de son rang, dont elle a, je vous l’affirme, toute la dignité et le maintien. Je tiens cela de Monsieur Campan, l’époux de la première femme de chambre, qui la trouve bonne et patiente jusqu’à l’excès dans les détails de son service ; elle apprécie avec indulgence toutes les personnes qui lui sont attachées, s’occupe de leur sort et même de leurs plaisirs. »

Extrait d’une lettre de Venevelle, page du Roi, à Monsieur de Tilly, père d’Alexandre

Gravure réalisée en 1779 par Antoine-Jean Duclos d’après un pastel  de Charles-Henri Desfossés de 1777

Son premier jour de service, en juin 1778

Alexandre, vêtu de sa livrée, un billet à la main, devant la porte des petits appartements. Il ne tremble pas mais il a conscience du caractère exceptionnel de l’instant. On le fait entrer. La Reine brode paisiblement près de Sa dame de compagnie, dans son petit cabinet doré, tout près de la haute croisée, la pièce donnant sur une cour intérieure étant fort sombre et il est déjà cinq heures de relevée. D’un coup d’œil, Alexandre saisit les roses fraîchement coupées, la harpe, le pupitre à musique qui déborde de partitions et les miniatures accrochées aux murs. Il fait sa révérence et attend. Marie-Antoinette lève la tête. Elle est en petits paniers, avec une perruque basse et Alexandre remarque que la soie bleue de Sa robe s’assortit à merveille à la couleur des yeux. Notre Reine affectionne le bleu qui La met si bien en valeur. Elle lui sourit :

« « Ah ! Monsieur, vous êtes donc mon nouveau page ! »
Alexandre nota un léger accent étranger.
 » Eh bien ! Approchez Monsieur et donnez donc ce billet. »
Alexandre obtempéra en s’inclinant. Une odeur de bouquet émanait des cheveux de la reine qui l’observait et semblait satisfaite.
 » Votre nom, Monsieur ?
– Alexandre de Tilly. Je suis originaire du Maine.
– Et que fait-on dans le Maine ?
– Des bougies, Votre Majesté. Les poulardes sont également réputées.
– J’aime la volaille bouillie, savez-vous ? Quant à vos bougies, elles sont de bonne qualité. Nous allons bien nous entendre.»

Alexandre de Tilly, Mémoires

Alexandre s’incline.

Gravure réalisée en 1779 par Antoine-Jean Duclos d’après un pastel  de Charles-Henri Desfossés de 1777

 

 

Henriette Genêt, épouse Campan, par Joseph Boze

« « Mon service n’est guère contraignant ; en mon état, j’ai interrompu toute espèce de course en voiture et me borne à de petites promenades à pied. Vous êtes ici pour parfaire votre éducation ; vos journées seront bien remplies sous le gouvernement de Monsieur de Perdreauville. Connaissez-vous un peu l’allemand ?
– Non, Majesté.
– Eh bien, vous l’apprendrez avec Monsieur de Palmfeld, venu spécialement de Vienne dans mes bagages. Aimez-vous la musique ?
– Je lui préfère la poésie et le théâtre.
– Connaissez-vous les petites pièces de vers de notre fabuliste Florian ?
– Majesté, j’ai lu La Fontaine.
– Saine lecture assurément ! Mais Florian, c’est comme manger de la soupe au lait. Veillez donc à choisir de bons ouvrages. Il se débite en France des livres emplis d’agréments et d’érudition, un voile respectable qui cache des effets pernicieux à l’égard de la religion et des mœurs. Ecrivez-vous ?
– J’ai commis quelques vers.
– Vous nous ferez donc une pièce et nous la jouerons en note théâtre.
– Majesté…
– Ne rougissez pas ainsi, Monsieur de Tilly. Apprenez que dans le monde, vous devez contenir vos émotions. Il est vrai que votre peau est si fine, une peau de lys et de roses, celle d’une jeune fille. Vous serez beau, Monsieur et il me plaît d’être entouré de jeunes et belles figures. Mais sachez utiliser votre apparence pour le meilleur, car la beauté est un don de Dieu. Voilà un point très essentiel.»

Alexandre de Tilly, Mémoires

La Reine se détourne, Alexandre recule en faisant ses trois révérences sans se tromper et, le cœur battant, essaie de mettre de l’ordre dans ses idées en longeant la Grande Galerie qui commence à se remplir…

Dans ses mémoires, Alexandre nous décrit avec une fatuité certaine mais en même temps très drôle (car s’y mêle une bonne dose de candeur ) ses aventures galantes … Il court les jupons, s’endette, manque de se faire arrêter par le Prince de Poix pour avoir déserté sa garnison etc.
Bref, sa conduite est scandaleuse…

Alexandre Tilly entraîne presque de force et en cachette un de ses compagnons, page aussi, dans un bordel. Malheureusement il attrape une «galanterie» alors que Tilly continue de se porter comme un charme. La Reine est furieuse d’une telle escapade et de ses conséquences.

 

« Quant au roi, qu’il voit peu, il le juge bon mais faible ; sa physionomie lui semble manquer de grandeur, sa démarche de noblesse, sa tenue de soin et sa chevelure d’ordre. Il est vrai que les goûts simples de Louis XVI, et même sa figure débonnaire, inégale aux rêves de grandeur que nous fîmes au fond de nos châteaux, ne peuvent que le décevoir. Au service du roi, je sais qu’il n’est pas stupide ; il passe beaucoup de temps dans sa bibliothèque, travaillant aux affaires de l’Etat en compagnie de ses ouvrages préférés de voyages, d’histoire, de sciences, ses collections de revues anglaises, de gazettes hollandaises, et surtout l’ Histoire de l’Angleterre de Monsieur Hume, sensible au sort de ce malheureux Charles Ier. Mais il est vrai qu’il aime la simplicité et commanda voilà peu à Monsieur d’Etissac, le grand-maître de sa garde-robe, huit habits de modeste ratine de couleur taupe. Je le vis s’asseoir sur un banc du parc en compagnie de ses belles-sœurs ; il allégea le cérémonial du grand couvert qui n’a lieu désormais que pour les fêtes dans l’antichambre de la reine ; au petit couvert le dimanche, le roi est seul à table mais il préfère les soupers privés dans les cabinets ou la salle à manger aux délicats tons bleus ou encore chez Madame, la comtesse de Provence ; il se couche assez tôt, vers onze heures. Tilly me rapporta qu’il arrive bien souvent à la reine d’avancer l’heure à la pendule afin de s’amuser mieux.»

Extrait d’une lettre de Venevelle, page du Roi, à Monsieur de Tilly, père d’Alexandre

Louis XVI par Roslin
Marie-Jeanne Bertin, dite Rose

« En tant que page de la Maison de la reine qui en compte douze, Alexandre va côtoyer notre souveraine qui deviendra mère à la fin de l’année. Le service ne sera donc pas pénible pour commencer car la reine passe beaucoup de temps chez elle, loin de ses entours habituels : le comte d’Artois, le duc de Coigny, le baron de Besenval, Monsieur de Vaudreuil, Madame de Lamballe ou Madame de Polignac, c’est selon. Naguère, elle appréciait particulièrement Artois pour sa bonne humeur et ne dédaignait pas de partir chasser le daim au bois de Boulogne en « diable », une calèche à deux roues. Je ne peux que louer Sa Majesté pour avoir mis bon ordre à quelques folies de jeunesse. Il faut ajouter à la compagnie qu’Alexandre fréquentera le coiffeur Léonard Antié, créateur de poufs, et la couturière Rose Bertin qui tient boutique rue Saint-Honoré à l’enseigne du « Grand Mogol ». Comment sais-je tout cela ? me demande Alexandre. Eh bien ! On murmure beaucoup à Versailles.»

Extrait d’une lettre de Venevelle, page du Roi, à Monsieur de Tilly, père d’Alexandre

Fête à Versailles avec Louis XVI et Marie-Antoinette , aquarelle et gouache
Yolande de Polignac Au chapeau de paille par Élisabeth Vigée Le Brun (1783)

Le soir, Alexandre griffonne toutes ces nouveautés dans une espèce de carnet qu’il intitule fièrement «Mon Journal à la Cour». Il tente, le plus vite possible, de «s’enversailler». Il note les couleurs à la mode, pour les hommes le violet tendre, le satin argenté, le gris de lin et la soie gorge-de-pigeon, pour les femmes le bleu de ciel, le rose fleur de pêcher, le blanc rayé de rouge cerise, le coquelicot et le soufre ; les couleurs «« cuisse de nymphe émue« , « ventre de biche« , « veuve réjouie« , « trépassée revenue » et « baise-moi ma mignonne« » le laissent pantois.

Il examine les détails du mobilier à n’en plus finir, les marbres, les jaspes, les agates, les porcelaines enrichies, les laques, les rideaux de damas de soie bleue marqués en broderie d’or au chiffre du Roi, compte les miroirs de la Grande Galerie, tente d’estimer le nombre de bougies  et s’oriente sans trop de peine à travers les salons dédiés à Vénus, à Diane et à l’Abondance, les salons d’Hercule, de la Chapelle et de Mars, de la Guerre et de la paix, enfin le célèbre Œil-de-Bœuf empli de monde le matin, avant l’heure du Lever du Roi.

 

Au XVIIIe siècle, le nombre des pages est d’environ quarante pour la Grande Ecurie.

Vivre et travailler dans les Écuries du Roi,
Les appartements de la Grande Écurie
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles-passion )

Les bâtiments de la Grande Ecurie sont construits de 1679 à 1682 sur les plans de Mansart. Ils abritaient 2500 chevaux et 200 carrosses. Les deux écuries ont leur étage particulier. La Grande renferme les chevaux de mains, nécessaires aux besoins de la Cour. Dans la grande arcade du fond de la cour et dans le milieu de l’avant-corps, on pénètre dans un grand manège couvert aux côtés duquel se trouvent deux écuries.

Dans chacune des écuries sont aménagées plusieurs dizaines de logements, tant les grandes ailes que dans les corps de bâtiments de la demi-lune, les petites ailes des cours latérales et les mansardes.

Derrière elle est placé le grand manège pour les joutes et les tournois.

Dans les Ecuries du Roi dort l’élite des cadres de l’armée royale.

Entrée de la petite écurie du Roi
La petite écurie
Vue des écuries du roi à Versailles
Grande et Petite écuries du Roi à Versailles

Le logement général de la Grand Écurie attribué au Grand Écuyer dispose d’un très grand nombres de pièces à tous les étages de l’aile droite.

Plan du Premier Étage de l'Aile des Pages en 1763
Coupe transversale de l'Aile des Pages montrant la Salle-à-Manger au rez-de-chaussée, et les lits au premier étage

Au premier étage, on en compte seize, dont douze avec cheminée et trois entresols. Enfin, il dispose à son gré de vingt-sept autres pièces et deux entresols au deuxième étage. A partir du XVIIIe siècle, la restauration des appartements est l’occasion de créer de nouveaux espaces en modifiant une distribution ancienne d’une relative simplicité. A la demande des occupants eux-mêmes, il est prévu d’ajouter des cloisons qui permettent de faire d’une chambre ancienne une petite chambre à coucher précédée d’une salle de compagnie.

Le grand écuyer dispose de cinquante-cinq pièces, dont , il est vrai, des galetas pour les serviteurs qui sont nombreux. Les pages ont des chambrettes dans l’aile qui longe l’avenue de Saint-Cloud. Ils vivent ainsi en permanence sous l’oeil de Monsieur le Grand et de ses adjoints. Mais les pages sont malins et savent habilement se dérober à leur surveillance…

Plan du Premier Étage de l'Aile des Pages en 1763
Coupe transversale de l'Aile des Pages montrant la Salle-à-Manger au rez-de-chaussée, et les lits au premier étage

La multiplication des cheminées construites sans autorisation relève plus d’un «droit au confort» que revendiquent les plus modestes. Bien mieux qu’une suite de pièces de réception, le confort de la demeure témoigne désormais de la richesse et du raffinement du propriétaire.

La Grande Écurie

La chapelle des pages de la Grande Écurie
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles – passion

Lors de la construction de la Grande Écurie en 1680, une Chapelle était prévue.    Elle se situe au bout de l’Aile Gauche de la Cour d’Honneur et s’éclaire par deux fenêtres donnant sur l’Avenue de Saint-Cloud.

Plan du rez-de-chaussée en 1680
Coupe transversale de l'Aile des Pages montrant la Salle-à-Manger au rez-de-chaussée, et les lits au premier étage

De plan carré, elle est orientée dans l’axe de la porte qui ouvre sur la salle d’exercice. L’autel est disposé dans une haute plinthe qui porte à ses extrémités deux stylobates sur lesquels sont disposées des colonnes jumelées d’ordre corinthien. Une grande glace rectangulaire est disposée entre les colonnes.

Plan de la chapelle
Elévation de l'autel

Sur les latérales sont superposés une porte à arc plein cintre et un grand oculus. L’une des portes conduit à la Sacristie tandis que la seconde est en réalité une simple niche plate. Deux colonnades encadrent la nef. L’une d’elle sépare nef et tribune et la seconde n’a d’autre fonction que d’établir une symétrie. Elles sont formées de quatre colonnes régulièrement espacées et leurs extrémités sont marquées par un pilier placé devant un pilastre.

Vue ancienne de la chapelle

Le mur externe de la tribune est décoré d’une série de pilastres qui répondent à la colonnade.  Le public dispose de quatre longs bancs, deux de chaque côtés.

« Les Pages du Roi, de la Reine, etc … formaient à Versailles une jeunesse turbulente, que le Grand Prévôt s’efforçait d’en réprimer les écarts. « Ils fréquentaient cafés et auberge, y faisaient de galantes rencontres, et trop souvent s’y livraient au libertinage. »

Paul Fromageot (Historien, spécialiste de Versailles)

Dans la série Franklin de Kirk Ellis et Howard Korder, avec Michael Douglas dans le rôle-titre, on suit le quotidien des pages à travers Temple Franklin, le petit-fils du savant, au service du comte d’Artois. Depuis l’attente et la dispute pour obtenir des dépêches à apporter en main propre aux différents courtisans ou membres du gouvernement aux activités plus ludiques de ces jeunes gens.

En 1778

Félix d’Hézecques décrit, dans Ses souvenirs d’un page, les petits bals de la Reine, si animés :

« Les pages de la chambre (so)nt chargés d’en faire les honneurs. Arrivés les premiers, ils attend(ent) les dames pour les conduire à leur place, leur offrir des rafraîchissements et les reconduire au souper ou à leurs voitures. Habitués au grand monde, ils mett(ent) dans cette fonction la désinvolture de leur âge et la politesse de leur rang. Les étrangers (sont) toujours frappés de voir ces bons petits régents, dont la plupart port(ent) encore sur leurs visages les roses de l’enfance, se démener, courir, appeler, presser les gens du buffet, reconduire les dames, sans paraître étonnés de ces grandeurs, ni fatigués du poids de leurs superbes habits.»

Félix d’Hézecques

Les hommes dansent avec leurs chapeaux à plumes sur la tête. Les femmes, presque toujours en domino, ne portent que très peu de bijoux.

Le 13 juillet 1778

Le Temple de l’Amour est achevé.

Lors d’un bal, Tilly voit des contredanses et des allemandes émoustillantes : les bras s’enlacent, les mains se marient, les regards se cherchent. Une femme peut y laisser facilement sa vertu.

Le Temple de l'Amour
Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

 

Le 19 décembre 1778

Après un accouchement difficile, Marie-Antoinette donne naissance de Marie-Thérèse-Charlotte, dite Madame Royale, future duchesse d’Angoulême. L’enfant est surnommée «Mousseline» par la Reine.

Fin mars 1779

Marie-Antoinette attrape une rougeole très douloureuse, cause de violents maux de gorge et d’aphtes. Elle se retire donc à Trianon afin de préserver Sa petite fille et Son mari de tout risque de contagion.

Marie-Antoinette en convalescence de sa rougeole au Petit Trianon dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola, 2006

Elle est alors veillée par le comte d’Esterházy (1740-1805), le baron de Besenval (1721-1791) et les ducs de Coigny (1737-1821) et de Guînes (1735-1806).

Valentin d'Esterházy par Benjamin Warlop
Le baron de Besenval par Benjamin Warlop
Le duc de Coisny par Benjamin Warlop
Le duc de Guînes par Benjamin Warlop

Des hommes en tant que garde-malades étaient alors indispensables puisque la rougeole pouvait entraîner de graves conséquences sur les dames potentiellement enceintes. Les moyens de contraception n’existaient pas encore et donc toutes ses dames du palais en âge de procréer pouvaient être enceintes. De plus, dans ces situations de maladies contagieuses à risque pour les femmes, Marie Leszczyńska agissait de même et personne ne trouvait rien à redire…

Du 12 au 21 avril 1779

Séjour de la Reine à Trianon.

Le Petit Trianon
Alexandre de Tilly affirme que lors d’un bal masqué à l’Opéra, il aurait réussi à séduire la comtesse de Balbi. Celle-ci aurait été convoquée au Luxembourg pour y être sermonnée par Monsieur.
Louis-Stanislas de France, comte de Provence par Élisabeth Vigée Le Brun
Anne de Balbi par Duplessis
Le palais du Luxembourg

Le 1er juin 1780

Le petit théâtre de Trianon est inauguré avec le Roi et le Fermier et La Gageure imprévue. Illuminations.

Du 10 au 20 septembre 1780

Séjour de la Reine à Trianon.

Du 10 au 12 octobre 1780

Séjour de la Reine à Trianon.

L'Impératrice Marie-Thérèse

 Le 29 novembre 1780

Mort de l’Impératrice Marie-Thérèse (1717-1780) après une courte maladie.

 

En 1781

Alexandre Tilly quitte sa charge de page de la Reine, après trois ans de service.


Tilly noue une liaison scandaleuse avec mademoiselle Adeline, une comédienne-courtisane trop célèbre. Cette jolie fille a un financier véreux comme protecteur: Veimeranges, il est accusé de malversations qui aggravent la crise de l’Etat.

D'une phénoménale beauté, Adeline Riggieri, modèle de Fragonard, est l'héroïne des "Mémoire" du comte de Tilly, un de ses nombreux adorateurs dans le Paris libertin des années 1780. Sous la Révolution, Adeline, alors la maîtresse du riche financier Palteau de Veymerange, jouera le rôle d'hôtesse d'une maison de jeu de grand luxe aux galeries de Valois, dont les onze fenêtres ouvrent sur les jardins du Palais-Royal. Elle fait édifier rue Pigalle, sur des dessins de l'architecte Bélanger, une luxueuse petite maison dont les jardins communiquaient avec ceux de Mademoiselle Raucourt, la célèbre tragédienne de la Comédie française.

De plus, Tilly est alors accusé de profiter financièrement de la situation. Connu comme étant un véritable panier percé, on raconte que sa maîtresse lui verserait de l’argent volé aux finances publiques par son amant officiel…. Sa réputation en prend un sérieux coup mais lui garde la tête haute, et jure dans une lettre à la Reine, n’avoir jamais rien touché.

La Séparation de James Tissot (1872)

Marie-Antoinette conclue :

« Je ne me mêle plus de monsieur de Tilly .
 il vit publiquement avec une actrice, aux dépens de Monsieur de Veimeranges, qui dit-on, vole l’Etat. »

Rejeté de la Cour, le comte de Tilly hante les salles de jeu, les théâtres, se ruine dans les tripots, fréquente les comédiennes, les salons de la grande noblesse libérale (avec ses amis les Noailles, les Clermont-Tonnerre, Genlis, Laclos, le amis du Duc d’Orléans).

Une illustration du roman Les Liaisons Dangereuses réalisée en 1920 par George Barbier

En 1782

Choderlos de Laclos écrit Les liaisons dangereuses, Il avait confié au comte Alexandre de Tilly :

« J’ai voulu faire un ouvrage qui retentit encore sur la terre quand j’y aurai passé

S’inspire-t-il de son ami qui se voudrait Valmont mais qui, sous ses airs de Chérubin, ferait plutôt songer à un chevalier Danceny…?

Images des Liaisons Dangereuses (1989) de Stephen Frears
Madame Molé-Reymond de la comédie italienne (1786) par Elisabeth Vigée Le Brun
Madame Molé Reymond (1759-1833), fille naturelle du duc de Villeroy et d’une comédienne connue avait épousé un jeune premier, nommé Reymond, qui était homosexuel. Son beau-père adoptif, François Molé, sociétaire de la Comédie française, son amant a l’occasion, se servit d’elle pour ses intrigues lucratives auprès des auteurs dramatiques qui se désespéraient d’obtenir un « tour » ou une lecture au Théâtre Français où les comédiens régnaient en maîtres. D’où son surnom de « Merteuil des coulisses ». On dit aussi que pour obtenir une autorisation de donner à jouer, la même madame Molé Reymond, maîtresse du comte de Tilly (souvent lui- même comparé au comte de Valmont des Liaisons dangereuses), offrit quatre orangers et deux grenadiers à l’inspecteur de police Janiéres. C’était sans doute les mêmes orangers qu’Olympe de Gouges venait d’offrir à Molé et a sa belle-fille pour obtenir que sa pièce Zamora et Mirza fût montée plus vite à la Comédie française. Cette jeune femme était connue pour sa grande beauté comme en témoignent ces deux oeuvres remarquables par leur qualité.
Madame Molé-Reymond par Jacques Antoine Marie Lemoine

Le 8 juin 1785

« Je n’étais pas à la veille de quitter Paris et Versailles, pour une garnison obscure, pour Falaise, sans donner bien des regrets à tant de souvenirs, qui avaient déjà rempli ma vie. La Reine, de qui je fus prendre congé, m’assura d’une protection qu’elle ne m’a pas toujours accordée, et d’une bonté qu’elle n’a pas toujours eue : mais elle le pensait au moment où elle daigna m’en assurer.

Elle avait éprouvé une peine très-vive, il y avait quelques jours, dont elle était encore sensiblement touchée, et qui pourra donner une idée de son cœur, et prouver à quel point il eût été facile , avec des conseils et des entours dignes d’elle, de la faire autant aimer de la nation, qu’elle désirait de l’être : le désirer si ardemment , c’était déjà le mériter. Elle me fit l’honneur de me demander si j’avais été à l’opéra, la dernière fois qu’elle y était venue (deux ou trois jours auparavant).

Je ne pensais guère en la quittant, que déjà c’étaient de faibles éclairs, précurseurs de la foudre qui a pulvérisé ce trône où elle avait cru que c’était la première faveur de la fortune, de la faire asseoir.»

– Oui, madame.
– Pourquoi ai-je été à peine applaudie? que leur ai-je fait?
– Je n’ai pas remarqué que la Reine….
– Il est impossible que vous ne vous en soyez pas aperçu…. au reste, en vérité, tant pis pour le peuple de Paris : ce n’est pas ma faute.
– Votre Majesté attache trop de prix (quelques larmes roulaient dans ses yeux) à ce qui peut n’être que l’effet du hasard, et d’ailleurs, si la Reine me permet de le dire, dans un rang aussi élevé que le sien, il ne faudrait s’affliger que du bien qu’on ne fait pas, et du mal qu’on ne peut empêcher.
– De très belles phrases pour un étourdi ! mais quand on n’a rien à se reprocher…. cela fait bien mal !

Alexandre de Tilly, tome I, chapitre 5

 

Emilia Schüle est Marie-Antoinette (2025) pour la série éponyme de Canal +

On compte Tilly dans le régiment de Noailles-Dragons.

Libertin, aventurier, la réputation sulfureuse de Tilly a sans doute masqué, aux yeux de ses contemporains et de certains historiens, l’observateur aigu de cette époque charnière de l’Histoire de France. Si ses Mémoires comportent beaucoup d’anecdotes galantes et de portraits sans aménité, ils révèlent aussi un homme complexe, plein de contradictions, mais qui porte un regard lucide sur l’histoire de son temps et dont la hauteur morale est parfois étonnante lorsqu’on connaît certains aspects de sa vie. Ainsi, ses Mémoires pour servir à l’histoire des mœurs de la fin du XVIIIe siècle n’usurpent pas leur titre. D’une part, ils nous informent sur la vie d’un authentique libertin sous le règne de Louis XVI, qui aurait peut-être servi de modèle au Valmont de Choderlos de Laclos (1741-1804). Cet ouvrage en gestation contient ses frustrations militaires – n’avoir jamais pu faire valoir ses qualités lors d’une guerre – mais aussi les nombreuses humiliations qu’il estime avoir subies au long de sa vie, de la part des « vrais » nobles, ainsi que des femmes qu’il pense inaccessibles. Les Liaisons dangereuses pourraient donc aussi être considérées comme une sorte de revanche et de thérapie. En cela il ressemble sans doute à Alexandre de Tilly…

Mais d’autre part, ils nous proposent une lecture originale de l’époque révolutionnaire, celle, finalement, d’un réformiste qui hait la violence politique et sociale.

Pierre Choderlos de Laclos

Le 9 août 1787

En raison des graves difficultés financières, Louis XVI décide de ramener le nombre de pages des deux Ecuries à cinquante au total : dix-huit sont réformés à Petite et vingt à la Grande.

En 1789

Il voyage en Angleterre puis revient à Paris au début de la révolution, qu’il sait inévitable.

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux. 

Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.

Ouverture des Etats Généraux
Marie-Antoinette dans Sa dernière parure de souveraine par Benjamin Warlop

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le 14 juillet 1789

Le peuple prend la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

En 1790

 Tilly se montre l’adversaire des idées révolutionnaires, et insère dans Les Actes des apôtres et la Feuille du jour des articles remarquables par la vivacité des opinions. Menacé par Robespierre, il préfère quitter à nouveau la France pour l’Angleterre où il continue de fréquenter le duc d’Orléans, séjourne à Aix-la-Chapelle puis à Bruxelles où ses frasques font encore scandale.

Image de Barry Lyndon (1975)  de Stanley Kubrick

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

Jean-François Balmer et Jane Seymour dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le matin du 28 février 1791

La foule est agitée et fébrile. On croirait que les explosifs éparpillés au sol sont sur le point d’exploser. Des travaux sont en cours aux cachots de Vincennes afin qu’ils puissent servir de prison annexe aux prisons parisiennes. Une rumeur court parmi la population : une nouvelle Bastille serait en construction pour remplacer l’ancienne. Les émeutiers, recrutés par la foule, se rendent au château de Vincennes et commencent à démolir les remparts et plusieurs cachots. Informé de ce soulèvement populaire, La Fayette se rend immédiatement à Vincennes avec un détachement de la Garde nationale. Dans le faubourg Saint-Antoine, la population manifeste son hostilité et trois bataillons  refusent d’avancer. Le commandant du bataillon capucin du Marais, suivi d’un grand nombre de volontaires, pénétre dans les cachots et met fin aux démolitions. Soixante-quatre émeutiers qui résistent sont arrêtés.

La Fayette s'adresse à la foule qui détruit le cachot du château de Vincennes le 28 février 1791

Au retour de l’expédition, qui dure jusqu’à la tombée de la nuit, des hommes abattent l’aide de camp de La Fayette, le prenant pour le général. La Garde nationale trouve les portes du faubourg verrouillées et les habitants refusent de les ouvrir. La cavalerie, appuyée par l’infanterie et douze pièces d’artillerie, est contrainte d’intervenir pour faire respecter l’ordre.
Tandis que des émeutiers tentent de démolir les cachots de Vincennes et que Mirabeau, à la tribune, promulgue la loi sur l’émigration, une vive angoisse règne au palais des Tuileries. Des rumeurs circulent : une insurrection se prépare et le sanctuaire de la monarchie pourrait être profané. Plusieurs nobles, dissimulant des armes sous leurs manteaux, accourent spontanément au palais pour défendre la famille royale. Ils pénètrent même dans les appartements du Roi, et Louis XVI sort à leur rencontre. «Sire», disent-ils, «vos nobles accourent pour entourer votre personne sacrée .» Le souverain, modérant son enthousiasme, répond qu’il est en sécurité.

Les chevaliers de la Dague désarmés sur ordre du Roi au château des Tuileries, le 28 février 1791

Parallèlement, les tensions s’exacerbent parmi les révolutionnaires. Les nobles venus au palais par élan chevaleresque sont désormais traités de conspirateurs cherchant à s’emparer du Roi. La Fayette, de retour de Vincennes, se rend au château où il découvre une scène de grand tumulte. Une rixe a éclaté. La Garde nationale de service a insulté les nobles ; certains ont été blessés, d’autres piétinés, et d’autres encore traînés dans la boue.
Le duc de Pienne et le comte Alexandre Tilly sont parmi les plus durement touchés. Certains opposent une résistance farouche, notamment le marquis de Chabert, commandant d’escadron, et le marquis de Beaucharnais. Louis XVI somme ses hommes de déposer les armes : « Votre zèle est inconsidéré ; rendez vos armes et retirez-vous ; je suis en sécurité au sein de la Garde nationale », et s’adresse simultanément à La Fayette,  « qui regretta cette escarmouche qui, semble-t-il, avait commencé à son insu ». Les nobles tremblent en déposant leurs armes sur la grande table de l’antichambre du Roi.

Que voulaient-ils ? Avaient-ils tenté d'éloigner Lafayette en l'attirant à Vincennes ? Mais dans quel but ? Enlever le roi et l'emmener à Metz ? Ou simplement le protéger, car une rumeur courait selon laquelle sa vie était en danger ? Étaient-ils vraiment des gentlemen ? L'affaire conserve toute sa part de mystère. Qui avait orchestré une opération aussi mal organisée, qui ressemblait fort à une provocation ?

Ce désastre déjà humiliant est suivi d’une cérémonie encore plus humiliante : l’expulsion. Ces cinq à six cents gentilshommes, la plupart vêtus, par précaution, de robes noires ou de perruques de magistrats, sortent des appartements entre deux rangs de gardes nationaux, subissant humblement les railleries. La garde arrête et emprisonne sept de ces gentilshommes qui ont résisté. Ils sont libérés quelques jours plus tard. Leurs noms sont conservés : il s’agit des seigneurs de La Bourdonnaye, Fanget-Champine, Godard-Danville, Berthier de Sauvigny, Fontbelle, Dubois de la Motte et Lillers.

« L’événement de Vincennes , dit Dulaure, et celui des Tuileries ont un lien surprenant : le premier a facilité le second . » Le témoignage de Ferrières ne doit pas être accueilli avec suspicion. Voici ses propos : « Les aristocrates , dit-il, étaient au courant la veille du mouvement qui se préparait à Vincennes. On pense qu’ils comptaient profiter de l’absence de Lafayette et de la Garde nationale pour enlever le roi et l’emmener à Metz. Mais la mutinerie orchestrée à Vincennes s’est terminée bien plus tôt que les aristocrates ne l’avaient imaginé. »

Les nobles présents aux Tuileries furent brutalement désarmés le 28 février 1791, selon le dessin de Jean-Louis Prieur le Jeune

Ces armes se composent de quelques poignards de forme unique, de couteaux de chasse, d’épées, de pistolets et de cannes : deux grands paniers en sont remplis, et la Garde nationale se les partage comme de précieux butins. Le journal de Prud’homme mentionne quatre cents chevaliers « vêtus de sombre habit, signe de guerre, armés jusqu’aux dents » et dissimulant dans leurs manches des poignards dont les lames ont la forme de « langues de vipère », et précise qu’ils se sont rassemblés aux Tuileries pour contraindre le Roi à fuir, «pour livrer la France aux horreurs de la guerre civile et planter l’étendard du despotisme au milieu de rivières de sang et de monceaux de cadavres» .
Rabaut-Saint-Étienne, ancien président de l’Assemblée constituante – du 15 au 28 mars 1790 – et contemporain de cette Journée du Poignard, rapporte que « les poignards confectionnés à l’avance et d’une manière particulière indiquent que le complot avait été ourdi de longue date ; pour les tenir, on utilisait un anneau solide d’où dépassait une lame à double tranchant terminée par une langue de vipère. La réunion eut lieu au château ; il fallait rassembler une foule de prétendus amis du roi : ils devaient crier que sa vie était en danger et utiliser toutes les armes qu’ils avaient apportées. »

Le 29 février 1791
 
La Fayette publie un compte rendu des événements de la veille, rédigé par messieurs de Duras et Villequier, premiers gentilshommes de la chambre, qui ont facilité l’entrée des conspirateurs dans le château. Ces deux ducs démissionnent et quittent la France. L’accès aux Tuileries sera désormais interdit aux hommes armés qui «ont osé s’interposer entre le roi et la Garde nationale», et il est précisé que «le commandant de la Garde nationale donna les instructions les plus précises aux deux chefs des serviteurs du roi afin que l’ordre et la décence soient maintenus par leurs subordonnés à l’intérieur du château ».
 
Cette maladresse à désigner les ducs de Villequier et de Duras comme complices, les Premiers Gentilshommes de la Chambre, provoque de toute évidence une vive protestation du Roi lui-même et des personnes impliquées, d’autant plus que la proclamation paraît le 4 mars 1791 dans Le Journal de Paris. Louis XVI écrit à La Fayette pour lui demander de désavouer un texte «aussi contraire à la vérité qu’à toute bienséance», et le général répond aussitôt pour l’apaiser.
 
Le 7 mars 1791
 
Il envoie un rectificatif au journal pour réfuter cette information inexacte, qui a également suscité une réaction des maréchaux de France, des officiers généraux et des officiers de la Maison du Roi. Il ne peut cependant s’empêcher de demander ironiquement à ces derniers ce qu’ils ont pensé «en voyant ce grand rassemblement d’hommes armés se dresser entre le Roi et ceux qui sont responsables de la sécurité de la nation» . Certains , «qui portaient des armes dissimulées, ne furent remarqués que pour leurs propos antipatriotiques et incendiaires, et furent introduits clandestinement au palais».
 Cette évasion quelque peu ridicule, quel qu’en soit le but, aussi mal conçue qu’exécutée, provoque des réactions contrastées. Les royalistes reprochent à La Fayette d’avoir permis que «ceux qui sont venus dans l’espoir de défendre le prince et non d’attaquer qui que ce soit soient pillés, insultés et maltraités injustement ». D’Allonville affirme que cet événement pousse certains à émigrer, car « il incit(e) plusieurs royalistes à quitter un lieu où ils devenaient non seulement inutiles, mais aussi dangereux pour le roi ».
 
Ces événements rendent la situation troublante. Les nobles n’ont plus le droit de défendre leur souverain, et Louis XVI, mortifié par l’affront fait à ses partisans en sa présence, est accablé de chagrin. Du haut de la tribune, Mirabeau prononce des discours réactionnaires, mais la monarchie est presque moribonde, et Mirabeau lui-même est à l’article de la mort.
Louis de Richebourg, Chevalier de Champcenetz

En 1791

Il retourne pourtant dans le Paris révolutionnaire ; poussé par Champcenetz (1759-1794) il collabore aux pamphlets royalistes contre les membres de l’Assemblée Législative.

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

Le 21 juin 1791

 Le Roi et la famille royale sont arrêtés à Varennes.

Chez l'épicier Sauce à Varennes, par Prieur

Le 25 juin 1791

 La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

 Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

Louis XVI, roi de France en roi citoyen (1791), par Jean-Baptiste-François Carteaux (1751 - 1813)

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le Roi refuse.                                                   

A l’été 1792

Alexandre se rapproche de la famille royale prisonnière aux Tuileries. La Reine, sans revenir entièrement de ses préventions, «ce qu’elle n’a jamais pu obtenir d’elle-même, dans aucun temps ou avec qui que ce soit» garde un peu de méfiance.

Le 27 juillet 1792

Il écrit au Roi une lettre dans laquelle il conseille à Louis XVI la résistance énergique ; ce qui achève de le rendre suspect auprès des Clubs.
Fabre d’Eglantine tente de le faire assassiner.

Les Tuileries dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale.

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses «de déposer à l’instant leurs armes».

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Tilly doit fuir, ce qu’il fait au lendemain du 10 Août, date à laquelle ses mémoires s’arrêtent.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

Le 25 août 1792

Alexandre fuit Paris, déguisé en cocher, à Boulogne. De là , il gagne Douvres, en Angleterre.

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick

Alexandre de Tilly reste à Londres, où il mène une vie extrêmement dissipée, jusqu’en 1797.

Image de Barry Lyndon (1975)  de Stanley Kubrick

Le 25 novembre 1792

Le docteur Taillefer monte à la tribune de la Convention et s’écrie qu’il existe encore à Versailles des valets du Roi, des pages qui vivent à grands frais aux dépens de la Nation et demande au Ministre de l’Intérieur de prendre des mesures. Quelques jours après, les pages sont dispersés.

Le lundi 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI

Tilly est également l’auteur du distique si connu sur Louis XVI :

« II ne sut que mourir, aimer et pardonner ;
S’il avait su punir, il aurait su régner.»

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

En 1797

Tilly passe un an à Hamburg où il rencontre le pauvre Rivarol (son ami avec Chamfort).

En 1797

Il s’embarque pour l’Amérique où a lieu la fameuse escroquerie au mariage.

En avril 1799

Alexandre épouse une  américaine, Maria-Mathilda Bingham à Philadelphie, seulement il signe Jacques-Alexandre de Tilly, du nom de son père, ce qui rend l’union invalide.

Image de Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick
Image de Barry Lyndon de Stanley Kubrick

Le 10 juin 1799

Il divorce moyennant le paiement de ses cinq mille livres sterlings de dettes.

Le 9 juillet 1799

Alexandre s’embarque vers l’Europe.

En août 1799

Tilly arrive à Londres.

En septembre 1799

Il paraît à Hambourg, puis il se rend à Leipzig, à Dresde et à Berlin.

 

En 1799

Alexandre rentre alors en Europe, fait une escale en Saxe (de 1799 à 1801), s’installe à la Cour de Potsdam.

 

A partir de la fin de l’année 1799

Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.

 

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres
Frédéric-Guillaume III de Prusse par Anton Graff

 

De 1801 à 1807

Alexandre réside à Potsdam. En 1801, le Roi Frédéric-Guillaume III de Prusse (1770-1840) le nomme son chambellan. Tilly est donc chargé du service de la chambre du souverain.

 

Il fréquente les salons de Potsdam, notamment celui de Madame de Krüdener et de Rahel Levin
qui reçoivent tous les auteurs allemands du Romantisme berlinois (n’oublions pas que Tilly est un fin lettré).

Tilly reçoit enfin la permission de Napoléon de rentrer en France s’il le désire.

De 1802 à 1805

Napoléon Ier est aussi président de la République italienne

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris et couronnement de Joséphine.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

De 1808 à 1816

Tilly fait des allers et retours entre Paris (en 1812 et 1813)et Bruxelles. A Bruxelles, il semble qu’il vive avec sa demi-sœur (fruit du remariage de son père).

Le 6 avril 1814

Vaincu par les alliances étrangères, Napoléon abdique.

Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.

Alexandre est alors à Paris.

Image de Barry Lyndon de Stanley Kubrick
Louis XVIII par François Gérard

Le 1er mars 1815

La Restauration ne dure pas.

Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.

Lorsque Napoléon Bonaparte débarque dans le Sud de la France, prêt à remonter jusqu’à Paris pour recouvrer son pouvoir, Louis XVIII envoie des membres de sa famille pour mener les troupes et bloquer l’avancée.

Le 19 mars 1815

Napoléon est aux portes de Paris. Louis XVIII et sa cour prennent la fuite pour Gand. Alexandre de Tilly les suit en Belgique.

Le 18 juin 1815

La défaite de Waterloo réinstalle Louis XVIII sur le trône de France.

Le 26 décembre 1816

Alexandre de Tilly se suicide à Bruxelles. Il avait cinquante-cinq ans.

Par cette mort, Tilly devient un digne représentant de l’ère romantique qui commence alors à peine…

Voyageur contemplant une mer de nuages par Carl-David Friedrich

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