Au début de l’année 1786
Lorsqu’Elle apprend qu’Elle est enceinte, Marie-Antoinette s’en trouve fort contrariée : après avoir donné naissance à trois enfants, dont deux fils, Elle ne souhaite plus être mère à nouveau. La souveraine écrit à une amie d’enfance, la princesse Louise de Hesse-Darmstadt (1761-1829) :
« Vous aurez sans doute entendu parler de ma grossesse : quoiqu’elle ait été longtemps douteuse, je crains bien à présent qu’elle ne soit tout à fait certaine ».
En avril 1786
Contrarié par l’état d’esprit de sa sœur, l’Empereur Joseph II, rapporte :
« En me donnant part de sa grossesse, elle me témoigne d’en être fâchée, croyant avoir assez d’enfants […] Je lui fais entrevoir les conséquences fâcheuses d’une pareille conduite si elle voulait jamais, soit par commodité ou par ménagement, se séparer du roi pour n’avoir plus d’enfants ».
Le 9 juillet 1786
à sept heures et demie du soir
La Reine Marie-Antoinette met au monde Son dernier enfant, une petite fille qui reçoit les prénoms de Marie-Sophie-Hélène-Béatrix, couramment appelée Sophie-Béatrix ou la Petite Madame Sophie (pour ne pas la confondre avec Graille (selon le surnom donné par son royal père), sa grand-tante décédée le 2 mars 1782). Les filles de Louis XV répondent « qu’ au contraire leur nièce ne leur en serait que plus chère ». Louis XVI note dans son journal :
« Dimanche 9 juillet – Couches de la reine à 7h 1/2 de ma seconde fille. Le baptême tout de suite. L’archiduc Ferdinand [frère de la reine] et Élisabeth [sœur du roi] parrains. Il n’y a eu ni compliment, ni feu d’artifice, ni Te Deum ».
Mesdames Tantes ont été consultées sur le choix du prénom; cela réveillerait-il des souvenirs douloureux de leur sœur bien-aimée? Mesdames Adélaïde et Victoire ont répondu qu’elles n’avaient absolument aucune objection; au contraire, elles aimeraient plus que jamais leur nouvelle petite-nièce.
Le soir même
La Princesse est baptisée dans la chapelle du château de Versailles, par l’évêque de Metz, premier baron chrétien et grand aumônier de France, en présence d’Aphrodise André Jacob, curé de l’église Notre-Dame de Versailles.
La petite princesse a pour marraine la sœur du Roi, Madame Élisabeth (1764-1794) et pour parrain, Ferdinand (1754-1806), Archiduc d’Autriche, frère de Marie-Antoinette, représenté par le comte de Provence. A la naissance, l’enfant semble d’une taille plus importante que la normale. Cependant, Sophie-Béatrice ne grandit pas bien et paraît victime d’une malformation. Certaines mauvaises langues avanceront que la Reine a tenté d’avorter, sans succès, de ce quatrième enfant qu’Elle ne souhaitait pas.
L’ambassadeur Mercy écrit à Joseph II à propos de la naissance :
« La reine m’a appelé pour venir chez elle quelques heures après l’accouchement, pour me dire que ne pouvant pas écrire elle-même, elle voulait que je rende compte comme témoin oculaire du bon état dans lequel elle se trouve ; depuis ce moment, la reine n’a pas éprouvé le moindre inconvénient, pas même la fièvre de lait. La princesse qui vient de naître est d’une taille et d’une force extraordinaires… Votre Majesté a toutes les raisons d’être entièrement à l’aise sur la condition de son auguste sœur et sur celle de la jeune famille royale.»
Images de la série Marie-Antoinette (2025, Canal +)
En juin 1787
La princesse montre des signes d’inquiétudes, prise sans cesse par des convulsions.
Le 19 juin 1787
La petite Sophie décède sans doute atteinte d’une tuberculose pulmonaire. La cause de son trépas est un peu mystérieuse mais il semble s’agir d’une grave infection pulmonaire.
Les gouvernantes, toutes réunies dans les appartements de la Princesse après la catastrophe, ne savent comment annoncer la nouvelle à la Reine qui adore sa fille, la surnommant dans ses lettres « mon fol amour ».
Images de la série Marie-Antoinette (2025, Canal +)
Madame de Tourzel (1749-1832) explique dans ses mémoires qu’elle eut ces mots « quelle que soit la manière dont on lui annoncera, elle ne s’en remettra jamais ! », avant de voir arriver la Reine en courant et en pleurs, venue car ayant eu un terrible pressentiment, bien que personne n’eût encore communiqué sur la mort de l’enfant.
En voyant toutes ses dames et gouvernantes réunies choquées et pleurant dans la chambre de sa fille, sans un mot Marie-Antoinette comprend et perd immédiatement connaissance. Les mémoires et lettres de madame de Tourzel, qui constituent le témoignage authentique le plus fiable, expliquent que la Reine lui confia avoir sentie sa fille mourir en Elle.
Alors qu’à cette époque, les enfants morts en bas âge –surtout les filles- sont peu pleurés, Marie-Antoinette se montrera inconsolable face à la perte de Son «petit ange» qui aurait été pour Elle «une amie».
Comme à son habitude, Louis XVI ne semble pas très atteint, il note seulement:
« Mardi 19 juin. Mort de ma fille cadette à 3 heures. Promenade à pied à Saint-Cyr.»
Le 20 juin 1787
La petite Madame Sophie est inhumée à la basilique de Saint-Denis.
Le 22 juin 1787
Marie-Antoinette adresse cette lettre à Sa belle-sœur, Madame Élisabeth (1764-1794), au sujet de la mort de Son dernier enfant, la princesse Sophie-Hélène de France « … a été fort indisposé… hier et ce matin et m’a donné de l’inquiétude, voilà pourquoi mon cher cœur vous n’aviez pas eu de mon écriture que vous attendiez dans votre petit Trianon. Je veux absolument faire avec vous ma chère Élisabeth une visite au mien. Mettons si vous le voulez, cela au 24 juin est de … le roi …d’y venir, nous pleurons sur la mort de mon pauvre petit ange. Adieu mon cher cœur, vous savez combien je vous aime et j’ai besoin de tout votre cœur pour consoler le mien .» (Marie-Antoinette à Madame Élisabeth )
Le 24 juin 1787
« Je pars dans l’instant pour Versailles . C’est une grande contrariété pour moi, mais la Reine vient de perdre Madame Sophie, et elle est si affectée qu’il est impossible de ne pas faire preuve d’intérêt dans cette occasion . Aussi dit-on qu’à la Cour la tristesse est sur tous les visages … »
Éléonore de Sabran au chevalier de Boufflers
Pour la Reine, la mort de la Petite Sophie est le premier malheur d’une interminable série.
Elle est inconsolable par la perte de Sa « petite Sophie » et entre dans une dépression profonde au point d’écrire dans une lettre à madame de Tourzel datée de 1788,
«Si je n’avais pas eu mes autres enfants adorés, j’aurais souhaité mourir ».
Louis XVI est profondément attristé.
Joseph Weber, le frère de lait de la Reine, tente de La réconforter en Lui disant que le bébé n’était même pas encore sevré à sa mort, insinuant que le chagrin pour un enfant si jeune ne doit pas être très grand. Mais il fait fausse route. «N’oubliez pas qu’elle aurait été mon amie », répond la Reine, allusion à ses filles, qui sont « miennes », contrairement à leurs frères, qui appartiennent à la France, sentiment exprimé pour la première fois à la naissance de Marie-Thérèse. Ses larmes continuent de couler.
Le 25 juin 1787
«… Tes parents t’auront dit que Sophie est morte le jour où je t’ai écrit. La pauvre petite avait mille raisons de mourir, et rien n’aurait pu la sauver… Ma nièce [Marie-Thérèse] était charmante; elle montrait une sensibilité extraordinaire pour son âge et était très naturelle. Sa pauvre petite sœur est très heureuse, elle a échappé à tous les dangers [de la vie]. Je me suis bien occupé d’elle, espérant qu’elle prierait bien pour moi. Je compte beaucoup dessus. Si vous saviez comme elle était jolie quand elle est morte ! C’est incroyable. La veille, elle était blanche et de couleur rose, pas maigre ; enfin charmant. Si vous l’aviez vue, vous vous seriez attaché à elle. Pour ma part, même si je la connaissais peu, j’étais vraiment en colère et j’en suis presque touchée quand j’y pense.»
Madame Elisabeth à la marquise de Bombelles