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Marie-Antoinette et Ses dames par Gautier d’Agoty (1776)

Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty, ou Gautier d’Agoty (Paris, 1740 – Paris, 1786), est un peintre français, spécialisé dans l’art du portrait. Fils du graveur Jacques Gautier d’Agoty (1716-1785), il a quatre frères, tous artistes : Honoré-Louis, Jean-Fabien, Édouard et Arnauld-Eloi Gautier-Dagoty. Chevalier de l’ordre de Saint-Jean-de-Latran, il est parfois appelé « Le Chevalier Dagoty ». Il est également l’auteur d’ouvrages laissés inachevés: Galerie des hommes et des femmes célèbres qui ont paru en France (1770), et La Monarchie française (1770).

« Les plus misérables artistes étaient admis à l’honneur de la peindre; on exposa dans la galerie de Versailles un tableau en pied représentant Marie-Antoinette dans toute sa pompe royale. Ce tableau destiné à la cour de Vienne et peint par un homme qui ne mérite pas d’être nommé révolta tous les gens de goût ». 

Henriette Campan, Mémoires

 La Reine occupe incontestablement le centre de la toile, et elle reste le centre de l’attention. Vêtue d’un « négligé du matin », Elle divertit Sa petite Cour en jouant de la harpe, instrument qu’Elle apprécie depuis Son enfance.

Dès le 13 janvier 1773, Elle écrit à Sa mère l’Impératrice Marie-Thérèse :

Malgré les plaisirs du Carnaval je suis toujours fidèle à ma chère harpe, on trouve que j’y fais des progrès.

   Marie-Thérèse, qui craint l’oisiveté de sa dernière fille, l’encourage à distance à poursuivre l’apprentissage de cet instrument. En témoigne cette lettre du 3 mars 1773 :

Je vous envoie une musique pour la harpe ; vous me direz si vous avez pu l’exécuter ou non.

   Dès l’avènement de Louis XVI, un portrait en buste du Roi et de la Reine est commandé au peintre Joseph-Siffred Duplessis pour la Cour de Vienne. Dagoty est pressenti pour en effectuer des copies mais en 1775, Duplessis n’a pas encore achevé le portrait du Roi.
Devant l’impatience de l’Impératrice, l’ambassadeur Mercy-Argenteau, confie le portrait de la Reine à Dagoty qui dans le même temps, obtient la commande d’un portrait en pied.

Saisissant sa chance, Dagoty travaille avec la plus extrême diligence. En à peine plus de deux mois, le portrait en buste fut peint et envoyé à Vienne, le 18 mai 1775. Hélas, l’Impératrice le reçoit fort mal. Par une lettre du 1er juin 1775, l’ambassadeur de France à Vienne informe Mercy-Argenteau de la réception du tableau et du mécontentement de Marie-Thérèse : 

« il lui a paru mauvais tant pour la ressemblance que pour l’exécution ».

Gautier d Agoty - Le chevalier Dagoty : Jean-Baptiste-André Gautier-Dagoty J_b_a_10
Le portrait de la reine en buste a disparu, mais la bibliothèque de l’INHA conserve une épreuve en couleurs sur papier non signée (ci-dessous) qui semble en être une version gravée de la plus grande rareté, peut-être unique.
Tout en ayant des liens de parenté évidents avec le portrait en pied, ce portrait en buste semble en être une version assagie.

Si l’on en croit les Mémoires Secrets de Bachaumont, l’Impératrice renvoie incontinent le tableau à sa fille, « en lui marquant que sans doute on s’étoit trompé dans l’expédition du présent ; qu’elle n’avoit point trouvé le portrait d’une reine de France, mais celui d’une actrice ; qu’elle le lui faisoit remettre, en attendant le véritable ».

Marie-Antoinette - détail - Jean Baptiste André Gautier d'Agoty, 1755
C’est aussi à ce portrait que devait ressembler celui qu’a reçu l’Impératrice-mère….

Jean-Baptiste Gautier d’Agoty devient ainsi le protégé de Marie-Antoinette. Sitôt le portrait de la Reine au Globe achevé, il est présenté dans la galerie des Glaces le 27 juillet 1775, mais reçoit un mauvais accueil de la part de la Cour.

Marie-Antoinette en 1775, par Jean-Baptiste Gautier D'Agoty
Marie-Antoinette au Globe (1775)

En 1776, le chevalier présente à Marie-Antoinette un singulier placet. Une gouache où il se représente lui-même en train de peindre le portrait en pied de Marie-Antoinette, tandis qu’une dame présente à la Reine le placet de Dagoty, par lequel il la supplie « humblement de vouloir bien lui permettre de porter le titre de Son peintre ».

tiny-librarian:
“Detail of a portrait of Marie Antoinette, playing the harp in her bedroom at Versailles.
”
Marie-Antoinette ( détail )

Si, sur cette toile, le peintre rend hommage à sa Reine, la scène représente une multitude d’autres personnages et fourmille de détails intéressants.

Le négligé du matin

A la sortie du bain, la reine s’habille.
Une femme de chambre s’agenouille et lui passe une seconde paire de bas.

Raphaëlle Agogué est Marie-Antoinette dans Louis XVI, l’Homme qui ne voulait pas être Roi (2011) de Thierry Binisti

On l’habille ensuite du « grand négligé du matin » : les femmes de chambre la revêtent de la seconde « chemise du jour », faite de batiste ou de linon et ornée de dentelle, puis d’un jupon ou plusieurs selon la saison et le type de la robe d’intérieur et enfin d’un manteau de lit et d’un négligé de taffetas blanc qui faisait office de peignoir.

On lui chausse des bas de soie, d’ordinaire blancs, « extra fins, à jours de dentelles ; et riche de broderie »

Les souliers, pour la matinée, étaient le plus souvent de peau de couleur ou en étoffe : taffetas ou satin.

Chaussée, Marie Antoinette passe un « corps ». Comme toutes les dames de son temps, la lingerie de la reine conservait toute une collection de corps à baleine ordinaires de percale doublée de dentelles, de basin doublé de percale, de satin blanc doublé de taffetas.

Elle endosse enfin un peignoir dit « manteau de lit » de percale, de mousseline, de petit basin ou de taffetas.

On lui endosse enfin la « robe négligée » – que la reine a sélectionnée la veille au soir à son coucher . Au début de son règne, la Reine la porte sur un petit panier dit «considération ».

Voici le moment auquel, sans doute, le peintre représente la Reine :

gautier d agoty - Marie-Antoinette à la harpe, par Jean-Baptiste-André Gautier Dagoty Marie_Antoinette_Young7
Gautier Dagoty peignant le portrait de la Reine dans Sa chambre ; gouache sur papier H.67,5cm ; l. 54,5cm. Signé en bas Dagoty G pinxit

L’orgueil du peintre est perceptible dans le tableau. Il se représente lui même en train de peindre le portrait de Marie-Antoinette en tenue de sacre. L’ébauche tracée à la craie blanche laisse deviner la main de la Reine posée sur la mappemonde, l’une des plus célèbres œuvres de l’artiste …

Madame de Polignac, installée en premier plan, présente un feuillet à la souveraine. On pourrait croire qu’une partition de musique ou les paroles d’une chanson y sont inscrites En réalité, il s’agit d’une supplique que le peintre s’est permis d’insérer, de façon très discrète, dans le portait :

A la Reine.
Madame,
Monsieur, J.B.G Dagoty ayant eut l’honneur de peindre Votre majesté et de lui faire plusieurs portraits la supplie humblement de vouloir bien lui permettre de porter le titre de son peintre.

En effet, il venait de devenir officiellement Peintre de la Reine ! Visiblement très heureux de la tournure prise par sa carrière d’artiste, Dagoty ne résista pas à l’auto célébration de son succès…

Marie-Antoinette à la harpe, par Dagoty | Plume d'histoire

Un clin d’œil à la passion de la Reine pour les toilettes et les parures : Mademoiselle Marie-Jeanne Bertin (1747-1813), que l’on connaît peut-être plus sous le prénom de Rose … la célèbre modiste attitrée de la Reine, les cheveux couverts d’une coiffe noire, présente une boîte remplie de plumes, tandis que les coiffeurs, en second plan à droite, préparent pour leur souveraine une coiffure postiche. Ce genre d’entrevues n’avait pas lieu dans la chambre de Marie-Antoinette mais dans Ses appartements intérieurs.

Aucune description disponible.
Mademoiselle Bertin en conférence privée avec la Reine dans le cabinet doré

 D’un caractère commémoratif, la scène ne s’est certainement déroulée de la sorte. Mais cela a peu d’importance car elle n’en demeure pas moins extrêmement précieuse. Non seulement elle documente un état historique de la chambre d’apparat de la souveraine, mais elle témoigne aussi d’un instant de vie de Cour.

Parmi les personnages (derrière Mademoiselle Bertin), on trouverait madame de La Borde (1753-1832), épouse du premier valet de chambre de Louis XV, elle-même “dame du lit” de Marie-Antoinette, née Adélaïde-Suzanne de Vismes, elle est l’épouse de Benjamin de La Borde. C’est « une femme vertueuse et aimable, piquante sans être absolument jolie, entendue à recevoir sans étaler un luxe turbulent, accueillante aux avances des grandes dames sans marquer à la rechercher un empressement excessif ».
Dans son hôtel de la rue Grange-Batelière, elle sait attirer l’élite de la société parisienne. La table du fermier général passe pour la plus somptueuse de la capitale, et La Borde veille à ce qu’on entende chez lui de beaux concerts.
Sa femme, qui est fort intelligente et de beaucoup d’esprit, a la réputation d’être une lectrice incomparable. La nouvelle Reine veut en juger Elle-même, et l’épreuve a un tel succès que Marie-Antoinette décide d’attacher Madame de La Borde à Sa personne.

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Hanna Schygulla incarne Madame de La Borde dans La Nuit de Varennes (1982) d’Etorre Scola

Parmi les convives de la Reine, se trouve probablement Victoire de Guéménée (1743-1807), chez qui cette même année 1776, Louis XVI ayant concédé à sa femme le droit d’organiser une séance de jeu, Marie-Antoinette s’arrangera pour la faire durer trois jours.

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La princesse de Guéménée

Malgré la réputation sulfureuse de la princesse de Guéménée, c’est à elle, qui a hérité de la charge de gouvernante des enfants de France, que le Roi et la Reine confieront leurs deux premiers enfants…

Si la princesse est bien la femme à la gauche du tableau, l’homme auquel elle s’adresse est peut-être le comte de Coigny (1737-1821), son amant … un des amis de la Reine, dont Elle fera l’un de Ses quatre garde-malade au printemps 1779…

marie-antoinette-lit-dagoty
Sur la droite du tableau se détache le monumental lit d’été couronné d’un coq et de branches de laurier, drapé de gros de Tours à fond blanc broché de ramages de chèvrefeuilles.
artschoolglasses:
“ The ceiling in the Queen’s bedroom
”
Marie Antoinette, reine d'un seul amour de Caroline Huppert, avec Emmanuelle  Béart - Page 2 | Emmanuelle béart, Marie antoinette, Isabelle gelinas
Emmanuelle Béart est Marie-Antoinette pour Caroline Huppert, en 1988. Léa Gabrielle est Madame de Lamballe et Isabelle Gélinas Madame de Polignac
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La suspension si particulière des rideaux, la présence de tous ces objets évocateurs de souvenirs, témoigne non seulement de la parfaite connaissance des lieux par l’artiste, mais aussi du goût très sûr de Marie-Antoinette en matière de décoration intérieure.

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A l’arrière-plan, devant le serre-bijoux de la Reine, on aperçoit le coiffeur Léonard Autié (1751-1820) et son élégant assistant, le “Beau Julien” (que l’on reconnaît au peigne dans leur cheveux). Il préparent probablement la poudre qui viendra blanchir la coiffure de Marie-Antoinette.

Est-ce André Grétry (1741-1813) qui feuillette des partitions comme pour suggérer à la Reine des airs à jouer à la harpe?

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André Grétry par Elisabeth Vigée Le Brun
Aucune description disponible.
Version de cette scène revisitée par mes soins

Ce tableau sera finalement offert par la Reine au prince Georg Adam von Starhemberg en 1777, puis donné au musée national du château de Versailles par le commandant Paul-Louis Weiller en 1954

Sources :

  • BERLY, Cécile, Le Versailles de Marie-Antoinette, éditions Artlys, Paris, 2013, 110 p.
  • BERTIERE, Simone, Les Reines de France au temps des Bourbons, tome 4 : Marie-Antoinette L’insoumise, éditions de Fallois, Paris, 2002, 735 p. + 32 p. de planches illustrées
  • BOYER, Marie-France, Les Lieux de la Reine, Thames & Hudson, Paris, 1995, 112 p.
  • CAMPAN, Henriette, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre, suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les règnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, 3 volumes, deuxième édition, Bauduin frères, Paris, 1823, 402 p. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2050396.texteImage
  • CASTELOT, André, Marie-Antoinette, Perrin, Paris, 1953, 588 p.
  • CHANTERANNE, David, Marie-Antoinette – Reine des Arts, Château de Versailles (magazine) Hors série N°25 ; avril 2017, 82 p.
  • DELALEX, Hélène, MARAL, Alexandre, MILAVANOVIC, Nicolas, Marie-Antoinette, Château de Versailles, 2013, 240 p.
  • DUARTE, Christophe, Versailles passion , groupe Facebook
  • https://www.facebook.com/groups/345409295656055
  • JALLUT, Marguerite, Marie-Antoinette et ses peintres, A. Noyer, Paris, 1955, 71 p.
  • JALLUT, Marguerite, Château de Versailles, cabinets intérieurs et petits appartements de Marie-Antoinette dans Gazette des beaux-arts, mai-juin 1964, 106è année ; t. LXIII, n° 1144, p. 289-354 : 39 fig., 17 plans, portrait
  • JALLUT, Marguerite, HUISMAN, Philippe, Marie-Antoinette L’impossible Bonheur, Edita, Lausanne, 1970, 247 p.
  • LENOTRE GOSSELIN, Louis Léon Théodore, Versailles au temps des rois, Grasset, Paris, 1934, trois nouvelles éditions depuis 2006, 308 p.
  • LEVER, Evelyne, Marie-Antoinette, Fayard, Paris, 1991, 746 p.
  • MASSON, Raphaël, Marie-Antoinette – Dans l’intimité d’une Reine, Château de Versailles (magazine) Hors série N°1, novembre 2013, 100 p.
  • MAZE, Jules, Les coulisses de Versailles – Marie-Antoinette fait ses débuts de Reine de France, éditions L.E.P. Monaco, 1958,
  • RAVELLE, Françoise, Marie-Antoinette Reine de la Mode et du Goût, Parigramme – Carnet de Style, Paris, 2018, 128 p.
  • SAINT-CHARLES, Les Belles Années de Marie-Antoinette, oeuvre et librairie Saint-Charles, Belgique, 1920, 327 p.
  • VALICOURT, Emmanuel d’, Les Favoris de la Reine. Dans l’intimité de Marie-Antoinette , Taillandier, Paris, 2019, 384 p.
  • ZWEIG, Stefan, (traduction : HELLA, Alzir ), Marie-Antoinette, Grasset, Paris, 1933, 506 p.

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