Le prince de Ligne

Charles de Ligne par Benjamin Warlop

Les différents titres du prince de Ligne ou Fürst von Ligne :

  • septième prince de Ligne et du Saint-Empire,
  • prince d’Amblise et d’Epin
  • marquis de Roubaix
  • comte de Fauquemberg et de Nichin,
  • vicomte de Leyden
  • baron de Werchin, de Belœil (Belgique), d’Antoing, de Cisoing, de Villiers, de Jeumont
  • souverain de Fagnolle
  • seigneur de Baudour, de Ponthoir, de Montroeul, d’Auterange, de Pommereul, d’Ollignies,
  • premier seigneur de Flandres

Il a aussi pour fonctions héréditaires le statut de Grand d’Espagne et de pair, sénéchal et maréchal de Hainaut. Paul Morand (1888-1976) le désignera comme «le XVIIIe siècle incarné» … même s’il se plaît à rappeler les origines suisses de sa famille, située dans la ville de Soleure, ses parents se sont intégrés à la vie mondaine parisienne depuis bien longtemps, au point d’en partager les préjugés nobiliaires.

Le 12 mai 1735

Naissance de Charles-Joseph de Ligne à Bruxelles. Il est le fils de Claude Lamoral II de Ligne (1685-1766) et de Elisabeth Alexandrina de Salm (1704-1739).

Claude Lamoral II de Ligne
Elisabeth Alexandrina de Salm
L'Empereur Charles VI

 

 

 

Charles-Joseph a pour parrain et marraine l’Empereur Charles VI (1685-1740) et son épouse Élisabeth de Brunswick-Wolfenbüttel.

Élisabeth de Brunswick-Wolfenbüttel

Le 27 décembre 1739

Sa mère, Elisabeth Alexandrina de Salm, décède à Bruxelles.

« Mon père ne m’aimait pas. Je ne sais pourquoi, car nous ne nous connaissions pas. Ce n’était pas la mode alors d’être bon père ni bon mari. Ma mère avait grand peur de lui. Elle accoucha de moi en grand vertugadin, et elle mourut de même quelques années après, tant il aimait les cérémonies et l’air de dignité.»

Jusqu’en 1755

Étienne de La Porte est son gouverneur, à qui il rendra hommage dans un de ses livres :

« Formant mon âme en même temps que mon esprit, il acquit d’autant plus de droits à ma reconnaissance que je crois que si je valais quelque chose, ce serait à lui que je le devrais. »

Charles-Joseph, à l'âge de dix ans, œuvre anonyme du XVIIIe siècle

En 1750

À l’âge de quinze ans, il rédige son premier ouvrage, Discours sur la profession des armes.

En 1751

Son père le conduit à Vienne et le présente à l’Empereur François Ier (1708-1765) et à l’Impératrice Marie-Thérèse (1717-1780), qui le fait chambellan.

L'Empereur François Ier, son épouse Marie-Thérèse et l'héritier du trône l'Archiduc Joseph par Franz Xaver Karl Palko

Ses relations avec son père sont difficiles :

Quand je fus colonel de son régiment je lui en donnai part. Voici ce qu’il me répondit :
«
Il était déjà assez malheureux pour moi, monsieur, de vous avoir pour mon fils, sans avoir celui de vous avoir pour colonel.»
Je lui répliquai dans une lettre respectueuse :
«
Monseigneur, l’un et l’autre ne sont pas ma faute, et c’est l’empereur à qui votre Altesse doit s’en prendre pour le second malheur.»

Charles est pourtant bon militaire mais aussi un grand séducteur…

Le 6 août 1755

Charles épouse à Vienne Françoise-Marie-Xavière, princesse de Liechtenstein (1739– 1821).

Charles de Ligne
Françoise-Marie-Xavière, princesse de Liechtenstein , par Ducreux

« Mon père ne me parlait jamais. Il me fit monter en voiture, me mène à Vienne et me marie. J’arrive dans une maison où il y avait quantité de jolies figures épousées ou à épouser : c’est ce que je ne savais pas. On me dit de me placer à table à côté de la plus jeune.
J’appris par mes gens qu’il s’agissait de mariage pour moi.  Mais quand je pensai, au sortir du dîner, à tout ce que j’avais vu, je ne savais pas si c’était mon beau-père, ma belle-mère, une tante, ou les jeunes petites personnes qui m’étaient destinées.
Huit jours après j’épousai. J’avais dix-huit ans et ma petite femme en avait quinze. C’est ainsi que ce fit ce qu’on prétend être la chose la plus sérieuse de la vie. Je la trouvai bouffonne pendant quelques semaines, et ensuite indifférente.
»

Charles de Ligne, Fragments de l’histoire de ma vie 

En 1755

Il entre au service de l’Autriche.

Durant la guerre de Sept Ans (1757-1763)

Charles accomplit, en qualité d’officier, de vaillantes campagnes. Il prend part, entre autres, aux batailles de Kolin, de Breslau, de Leuthen et de Hochkirch.

Le 24 mai 1757

Naissance de sa fille Marie-Christine de Ligne (1757-1830).

Le 25 novembre 1759

Naissance de son fils Charles Joseph Antoine Lamoral Ghislain de Ligne (1759-1792).

En 1764

Naissance de son fils François Léopold de Ligne (1764-1771).

Le 12 mai 1766

Naissance de son fils Louis Eugène de Ligne (1766-1813)

Miniature de Françoise Xavière Marie, princesse de Ligne et de sa fille aînée, la princesse Marie Christine Léopoldine

Le 7 août 1766

Décès de son père, Claude Lamoral II de Ligne (1685-1766)

Edouard Decker interprète le prince de Ligne (rôle muet, mais mentionné au générique…) dans Jeanne du Barry (2023) de Maywenn

En 1767

Naissance de son fils Adalbert Xavier de Ligne (1767-1771).

Le 16 mai 1770

Le Dauphin Louis-Auguste (1754-1793) épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793).

Louis-Auguste, Dauphin de France par Louis-Michel Van Loo
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux

Le 30 mai 1770

A l’occasion du feu d’artifice tiré à Paris pour célébrer le mariage du Dauphin, une fusée tombe sur le décor et l’enflamme, semant la panique dans la foule : une bousculade meurtrière cause la mort de cent trente-deux personnes.

Le prince de Ligne assiste au mariage et manque de mourir étouffé le lendemain lors du feu d’artifice tiré place Louis XV.

Les jeunes époux sont atterrés. Le Dauphin écrit aussitôt au lieutenant de police, Sartine :

« J’ai appris les malheurs arrivés à mon occasion, j’en suis pénétré. On m’apporte en ce moment ce que le Roi me donne tous les mois pour mes menus plaisirs. Je ne puis disposer que de cela. Je vous l’envoie, secourez les plus malheureux. J’ai beaucoup d’estime pour vous.»

Louis-Auguste   

En 1771

Décès de son fils François Léopold de Ligne (1764-1771).

Le 18 juillet 1773

Naissance de sa fille Euphémie Christine de Ligne (1773-1834).

 

En 1774

Homme de lettres à ses heures, Charles laisse un certain nombre d’écrits – poésies, pièces de théâtre, épigrammes, mémoires -, qui témoignent de son ouverture à la culture française, qui commencent avec  les Lettres à Eugénie sur les spectacles.

Le 10 mai 1774

Louis XV meurt de la petite vérole à Versailles à trois heures et quart de l’après-midi. Il avait soixante-quatre ans.

Le Dauphin Louis-Auguste devient Roi sous le nom de Louis XVI.

Louis XV par Armand-Vincent de Montpetit
Louis XVI d'après Duplessis

Le 31 janvier 1775

Mariage à Bruxelles de sa fille Marie-Christine (1757-1830), dame de la Croix-Étoilée, avec Johann Nepomuk ( 1753-1826), deuxième prince von Clary-Aldringen.

En hiver 1775

Le prince de Ligne fait partie des fidèles de la comtesse du Barry qui viennent la visiter à l’abbaye de Pont-aux-Dames lorsque ses conditions de détentions s’améliorent après presqu’un an d’une réclusion assez difficile….

C’est d’ailleurs lui qui va réussir à l’en faire sortir !                                          

Le château de Belœil

A la fin de l’hiver 1775

Ligne propose à madame du Barry d’aller plaider sa cause auprès de la Reine avec qui il est en bonne relation. Il va même jusqu’à présenter à Marie-Antoinette une lettre de l’ancienne favorite, dont la fortune est en mauvais état.

_Voilà une belle ambassade dont vous vous êtes chargé, lui répond le Roi.
_Sire, c’est parce que personne autre que moi ne l’aurait osé.
_On verra, conclut Louis XVI.

Louis XVI accepte de lui redonner la liberté, mais ne veut pas qu’elle puisse revenir à la Cour.

Victor du Bled  Revue des deux mondes

Le 11 juin 1775

Louis XVI est sacré à Reims.

Louis XVI lors de son sacre à Reims par Benjamin Warlop

Comme le dit le comte Ouvaroff dans une courte et charmante notice, le prince de Ligne se trouve, avec Louis XVI et Marie-Antoinette, « sur le pied d’une familiarité parfaite, familiarité exquise, dont nous avons perdu le secret, familiarité qui n’excluait ni la dignité d’un côté ni le respect de l’autre. L’impératrice Marie-Thérèse lui avait témoigné des bontés que lui-même qualifiait de maternelles; Frédéric II l’avait recherché; il avait été lié avec tous les princes de l’Europe, y compris Voltaire. »

En 1775

Naissance de sa fille Flore de Ligne (1775-1849).

En 1776

Nommé colonel à la bataille de Kunersdorf, Charles est envoyé à Versailles pour annoncer la victoire autrichienne de Maxen.

Un heureux hasard ramène Ligne à Versailles. Le comte d’Artois se trouvant dans une garnison voisine de celle où il inspectait des troupes, il y va avec une trentaine de ses officiers les mieux tournés ; les deux hommes ne se connaissent pas encore .

Ligne raconte :

« Le comte d’Artois nous regarde, m’appelle, et commençant en frère de roi, il finit comme s’il était le mien ; on boit, on joue, on rit: libre pour la première fois, il ne savait comment profiter de cette liberté . Ce premier jet de la gaieté et de la pétulance de la jeunesse me charme . La franchise et son bon cœur, qui paraissent toujours dans tout, me séduisent . Il veut que j’aille à Versailles. Je lui dis que je le verrai à Paris, lorsqu’il y viendra ; il insiste, parle de moi à la Reine qui m’ordonne de venir . Les charmes de sa figure et de son âme, aussi belles et blanches l’une que l’autre, et l’attrait de la société, m’y font passer tous les ans cinq mois de suite, sans m’éloigner presque un moment. Le goût pour le plaisir me conduit à Versailles, la reconnaissance m’y ramène .»

Mémoires et mélanges historiques et littéraires

Statue de Charles de Ligne dans le parc d'Egmont Bruxelles

« Le prince de Ligne est l’un des êtres les plus plaisants et les plus aisés à vivre que j’aie jamais vus; voilà une tête originale qui pense profondément et fait des folies comme un enfant … »

Catherine II de Russie

 

« La stature du prince est grande et forte, sa figure majestueuse, ses manières nobles et pleines d’aisance. Ses cheveux blancs, bouclés et légèrement poudrés, encadrent son beau visage à peine ridé. Un sourire charmant, une expression de bonté mélangée de finesse et de malice comme sa physionomie. Sa bouche est grande et gracieuse, son large front intelligent respire la sérénité. Son regard est vif, parfois ses yeux semblent lancer du feu; tout en lui exprime la franchise.
Il est non pas aimé mais adoré de ses amis; sa famille a pour lui un véritable culte; personne n’échappe à la séduction de sa personne et de son esprit.
»

Le comte Potocki

Le comte Potocki
Buste de Charles de Ligne
Le château de Versailles illuminé

A peine Ligne a-t-il paru à Versailles, il devient l’âme du petit cercle intime de la Reine, où il jette à pleines poignées la fantaisie, la gaieté, et communique à tous sa belle humeur contagieuse. On le voit partout : il arrange ou dérange les jardins, préside aux fêtes et aux illuminations, se trouve au lansquenet de la reine, au cavagnole de Mesdames, au whist de Monsieur, au quinze du prince de Condé, au billard du roi, au pharaon du prince de Conti. Il prend part aux promenades des bois de Boulogne et de Vincennes, tant calomniées depuis, assiste aux bergeries de Trianon, aux fêtes de Fontainebleau.

Le château de Beloeil

Une fois, il vient de Belœil à Versailles, afin d’y passer une heure pour la dernière couche de la Reine, d’autres disent pour un rendez-vous galant. Quoiqu’il pousse la gaieté jusqu’à la folie, il fait passer de temps en temps, au bruit de ses grelots. quelque utile et piquante moralité, empêche une injustice, combat une prévention.

Le prince de Ligne s’exprime sur le compte de la Reine :

« Sa prétendue galanterie ne fut jamais qu’un sentiment profond de l’amitié et peut-être distingué pour une ou deux personnes, et une coquetterie générale de femme et de reine pour plaire à tout le monde. Dans le temps même où la jeunesse et le défaut d’expérience pouvaient engager à se mettre trop à son aise vis-à-vis d’elle, il n’y eut jamais aucun de nous, qui avions le bonheur de la voir tous les jours, qui osât en abuser par la plus petite inconvenance ; elle faisait la reine sans s’en douter; on l’adorait sans songer à l’aimer. »

Marie-Antoinette au Globe (1775) par Jean-Baptiste Gautier-Dagoty
Belœil, le Versailles belge

 

« Voici un rien, moins que rien, qui peut donner une idée du bon cœur de la Reine, par excellence. Elle avait perdu quelque brimborion d’ajustement. Etant près de sortir, elle dit à ses femmes :
 » Mon Dieu, mesdemoiselles, comment ne pas trouver cela tout de suite . C’est insupportable ! « 
Trouvant  ce qu’elle appelait une sortie un peu forte, sans en avoir besoin, elle les sonne . Elles arrivent tout de suite .
 » Ah ! mon Dieu, dit-elle, que je suis bien servie ! Que vous êtes toutes pleines de soins ! Je ne sais plus ce que je voulais, je n’ai pas le sens commun. »
»

Le prince de Ligne : Fragments de l’histoire de ma vie

Marie-Antoinette et la princesse de Lamballe, tableau de Heinrich Lossow

« Qui a pu voir tous les jours l’infortunée reine sans l’adorer ? Je m’en suis bien aperçu lorsqu’elle me dit : « Ma mère trouve mauvais que vous soyez si longtemps à Versailles. Allez passer quelques jours à votre commandement. Ecrivez des lettres à Vienne pour qu’on sache que vous y êtes, et revenez ! »
Cette bonté, cette délicatesse, et plus encore l’idée de passer quinze jours sans la voir m’arracha les larmes, que sa jolie étourderie d’alors, qui la tenait à cent lieues de la galanterie, l’empêcha de remarquer. Comme je ne crois pas aux passions qu’on sait ne pouvoir jamais devenir réciproques, quinze jours me guérirent de ce que je n’aurais jamais avoué à personne de peur qu’on ne se moquât de moi

Les mémoires du Prince de Ligne

« [La reine n’était jamais ennuyeuse sauf le lendemain des bals masqués] car elle avait tellement de choses à raconter sur la mascarade, et ce qu’elle avait dit et ce qu’il avait dit, que c’était insupportable. Si nous avions voulu faire la même chose, cela aurait été plus épicé que ses supposées aventures.»

Les mémoires du Prince de Ligne

Emmanuelle Béart est Marie-Antoinette pour Caroline Huppert, en 1988. Léa Gabrielle est madame de Lamballe et Isabelle Gélinas madame de Polignac

Été 1776

« Depuis le retour de la princesse de Lamballe, il se manifeste déjà des indices de la plus forte jalousie de la part de cette surintendante envers la comtesse de Polignac .  Il est certain que cette dernière a un avantage décidé, et il est assez extraordinaire que ce soit le prince de Ligne, qui tout à coup est parvenu à la plus haute faveur auprès de la reine, qui a beaucoup contribué à appuyer et augmenter le crédit de la comtesse de Polignac .»

Les mémoires du Prince de Ligne

Automne 1776

Des lettres particulières disent que le prince de Ligne est encore à Paris, s’étonne Marie-Thérèse qui a ses indics, que le Roi l’aime et l’écoute volontiers, et qu’il a osé porter seul l’uniforme de Choisy, distinction particulière …

« En rendant la justice qui est due aux bonnes qualités du prince de Ligne, je ne puis dissimuler que sa légèreté et son penchant à la raillerie m’ont fait craindre sa tournure de faveur auprès de la reine .  Il ne s’est cependant rien passé pendant le voyage qui put être imputé à faute au prince de Ligne, et, en cela,  mon attente a été agréablement trompée . Je dois observer que pendant tout le séjour à Fontainebleau, les petites intrigues et tracasseries n’ont porté que sur des objets de moindre importance, aucune matière bien sérieuse

Le comte de Mercy-Argenteau à Marie-Thérèse

 

 

« Ce nom rappelle toute la grâce, tout l’esprit qu’un homme peut avoir. Je ne puis dire ce qu’il y a de fin, d’incisif, et cependant de bon, de loyal dans le regard de ce prince. Son sourire vaut un discours.»

La baronne d’Oberkirch (1754-1803)

Henriette d'Oberkirch par Benjamin Warlop

« On nous a gâché nos charmantes et innocentes nuits de la terrasse de Versailles. Nous écoutions des conversations, nous faisions et essuyions des méprises.  Je donnais le bras à la Reine. Elle était d’une gaieté charmante. Nous avions quelquefois de la musique dans les bosquets et à l’Orangerie où il y a, pas bien haut, dans une niche,  un buste de Louis XIV.  M. le comte d’Artois lui disait quelquefois :
 » Bonjour, Grand-Papa ! « 
Un soir, de concert avec la Reine, je devais me placer derrière la statue pour lui répondre, mais la crainte que l’on ne me donnât point d’échelle pour redescendre et qu’on m’y laissât toute la nuit, me fit abandonner le projet .»

Le prince de Ligne

Charles d'Artois
Louis XIV
Ce tableau de Heinrich Lossow me fait songer à la poésie fantasque d'Artois ...

En 1777

Charles de Ligne écrit Céphalide, ou les Autres mariages samnites, comédie en musique.

Le Petit Trianon

Les impressions du prince de Ligne sur le Petit Trianon

« Je ne connais rien, de plus beau et de mieux travaillé que le temple et le pavillon. La colonnade de l’une et l’intérieur de l’autre sont le comble de la perfection, du goût et de la ciselure. Le rocher et les chutes d’eau feront un superbe effet dans quelque temps, car je parie que les arbres vont se presser de grandir pour faire valoir tous les contrastes de bâtisse, d’eau et de gazon. La rivière se présente à merveille dans un petit moment de ligne droite vers le temple ; le reste de son cours est caché ou vu à propos. Les massifs sont bien distribués et séparent les objets qui seraient trop rapprochés. Il y a une grotte parfaite, bien placée et bien naturelle. Les montagnes ne sont pas des pains de sucre ni de ridicules amphithéâtres; il n’y en a pas une qu’on ne croirait avoir été là du temps de Pharamond. Les plates-bandes de fleurs y sont placées partout agréablement. »

Charles-Joseph a vingt ans de plus que Marie-Antoinette et est notamment décrit par Stefan Zweig comme étant « le plus raffiné de toute la bande [de Trianon]… le seul qui ne s’est pas entiché de lui pendant son séjour au Trianon, et aussi le seul à conserver des souvenirs respectueux de la reine, comme le montre ce qu’il a écrit à son sujet dans ses mémoires publiés dans sa vieillesse ». Zweig considère également Ligne comme la « seule exception » en tant qu’homme intelligent dans le cercle proche de la Reine.

Illustration ancienne représentant une fête au Petit Trianon, à laquelle assistait le prince de Ligne
Le prince de Ligne rejette le problème de jeu de Marie-Antoinette en disant qu’il s’agit d’une chose qu’Elle déteste et qu’Elle est simplement « forcée de jouer », alors que l’on sait que Marie-Antoinette ne se contente pas de jouer aux jeux de cartes obligatoires de la Cour, mais qu’Elle joue à des jeux illégaux à gros enjeux pendant des heures ; des jeux qui La passionnent et Lui permettent d’échapper au stress de sa vie personnelle. Bien que son problème de jeu s’estompe progressivement, l’excuse donnée par le prince de Ligne fait écho aux excuses que Marie-Antoinette écrit à Sa mère, qui a entendu parler par le biais des réseaux d’espionnage des pertes énormes qu’Elle subit à ce type de jeux.

Le 18 avril 1777

Visite de Joseph II en France. Il voyage en Europe sous le nom de comte de Falkenstein. A la requête de l’Impératrice , il rend visite à sa sœur pour tenter de comprendre la stérilité du couple royal. L’Empereur, qui voyage sous le nom de comte de Falkenstein, arrive à sept heure et demie du soir au Petit-Luxembourg, où il loge chez le comte de Mercy-Argenteau, pendant son séjour à Paris.

D’après les mémoires du prince de Ligne, l’Empereur Joseph II s’étonne que, vu l’entourage de la Reine et l’air de licence qui règne à la Cour, Elle ait conservé Sa vertu. Son tact l’impressionne autant que Sa majesté. Il est aussi impossible de L’oublier que de s’oublier soi-même. En Sa présence, on ne peut risquer trop de liberté de conduite, ni raconter une histoire trop outrancière.

Le 19 décembre 1778

Après un accouchement difficile, Marie-Antoinette donne naissance de Marie-Thérèse-Charlotte, dite Madame Royale, future duchesse d’Angoulême. L’enfant est surnommée «Mousseline» par la Reine.

En janvier 1779

« Le Roi se montre tous les jours un bon époux, un bon père, un homme de bien, on ne peut le voir sans l’aimer sincèrement et sans respecter en lui la probité personnifiée ; je vous assure que nous sommes bien heureux d’avoir ce couple sur le trône, puisse le Ciel qui les y a placés dans sa bonté les y maintenir longtemps

Le chevalier de Lille au prince de Ligne

Malgré les excuses avancées par Charles de Ligne pour certains aspects du comportement de Marie-Antoinette, il est facile de comprendre sa frustration face à la réputation négative qu’Elle s’est forgée pour des choses inoffensives comme rire lorsqu’Elle était adolescente et se faire taquiner par ses dames ; avoir des amis proches ; profiter des promenades sur la terrasse ; ou – Dieu nous en préserve – marcher à pied jusqu’aux appartements de Ses amies.

Le 29 juillet 1779

Mariage de son fils Charles-Antoine Lamoral Ghislain de Ligne (1759-1792) avec Helen Apolonia Massalska (1763-1815) à l’Abbaye-aux-Bois à Paris.

En 1780

Ligne écrit Préjugés et Fantaisies militaires.

Le prince de Ligne
Charles de Ligne

Le 29 novembre 1780

Mort de l’Impératrice Marie-Thérèse après une courte maladie.

L'Impératrice Marie-Thérèse

Vers 1780

Ligne crée une imprimerie dans sa demeure de Bruxelles. Le matériel et les presses lui sont fournis par un imprimeur bruxellois, F. Hayez, dont un parent, François Pion, l’aide dans cette entreprise. L’imprimerie fonctionnera jusqu’en 1794 et sera alors détruite dans la tourmente révolutionnaire.

Sa complicité avec Marie-Antoinette est grande :

«C’est à de semblables promenades à cheval, tout seul avec la reine, quoique entourée de son fastueux cortège royal, qu’elle m’apprenait mille anecdotes intéressantes qui la regardaient, et tous les pièges qu’on lui avait tendus pour lui donner des amants. Tantôt c’était la maison de Noailles qui voulut qu’elle prit le vicomte. Tantôt la cabale Choiseul qui lui destinait Biron.»

Buste du prince de Ligne
Marie-Antoinette en tenue de chasse par Benjamin Warlop

En 1781

Ligne écrit Colette et Lucas, une comédie en musique  et Coup d’œil sur Belœil.

Le 22 octobre 1781

Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François.

Naissance du Dauphin par Jean-Michel Moreau, le jeune
Le prince de Ligne

En 1783

Charles écrit Fantaisies militaires (1783)

Charles-Joseph a vingt ans de plus que Marie-Antoinette et est notamment décrit par Stefan Zweig comme étant « le plus raffiné de toute la bande [de Trianon]… le seul qui ne s’est pas entiché de lui pendant son séjour à Trianon, et aussi le seul à conserver de respectueux souvenirs de la reine, comme le montre ce qu’il a écrit à son sujet dans ses mémoires publiés dans sa vieillesse. » Zweig considère également le prince de Ligne comme la « seule exception » en tant qu’homme intelligent dans le cercle proche de la Reine.

Le hameau dans L'Enfant-Roi (1923) de Jean Kemm

 

En 1785

Fondation de la loge Ligne équitable du Régiment de Ligne, dont il est le vénérable maître.

 


Le 27 mars 1785

A sept heures et demi du matin,  naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, surnommé «Chou d’Amour» par Marie-Antoinette, Dauphin en 1789 et déclaré Roi de France en 1793 par les princes émigrés sous le nom de Louis XVII.

Louis-Charles, duc de Normandie par Élisabeth Vigée Le Brun
Réunion de la Reine et Ses amis dans le salon de musique de Trianon par Benjamin Warlop

Le 20 février 1785

Louis XVI offre à Marie-Antoinette le château de Saint-Cloud.

Marie-Antoinette, par son père, est l’arrière-petite-fille de Philippe d’Orléans.  Elle en est la châtelaine, Elle donne les ordres. Elle souhaite pouvoir y résider avec Ses enfants; l’air y est jugé très sain. Que les ordres y soient donnés «De par la Reine» engendre de nombreuses critiques…

Le château de Saint-Cloud
Ligne rejette l’achat du château de Saint-Cloud pour six millions de livres, uniquement parce que cet achat est lié au désir de Marie-Antoinette de permettre à ses enfants d’avoir accès à l’air libre. Mais il s’agit d’ un achat extravagant, malgré les coûts réduits dus au fait qu’il a été acheté au nom de la Reine ; d’autant plus qu’il a eu lieu peu de temps avant l’explosion de l’affaire du collier, qui ternit la réputation de la Reine.
Mais malgré les excuses avancées par  Ligne pour certains aspects du comportement de Marie-Antoinette, il est facile de comprendre sa frustration face à la réputation négative qu’Elle se forge pour des choses inoffensives comme rire lorsqu’Elle était adolescente et se faire taquiner par ses dames ; avoir des amis proches ; profiter des promenades sur la terrasse ; ou marcher à pied jusqu’aux appartements de Ses compagnes.

Le 9 juillet 1786

Naissance de la princesse Sophie-Hélène-Béatrix, dite Madame Sophie, dernier enfant de Marie-Antoinette. Selon les usages le bébé est immédiatement baptisé.

Le lundi 1er janvier 1787

Marie Antoinette va au théâtre, où Elle invite, le prince de Ligne, dans Sa loge.

Marie-Antoinette dans la loge royale de l'opéra par Benjamin Warlop

En 1787

Ligne écrit L’Amant ridicule, proverbe en prose.

Le lundi 1er janvier 1787

Marie-Antoinette va au théâtre, où Elle invite, le prince de Ligne, dans Sa loge.

 

Le 18 juin 1787

La mort de Madame Sophie avant son premier anniversaire, éprouve la Reine qui s’inquiète aussi pour la santé de Son fils aîné.

Madame Sophie par Elisabeth Vigée Le Brun

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

Ouverture des Etats Généraux

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

Mort du Dauphin dans Les Années Lumière de Robert Enrico (1989)

Le duc de Normandie devient Dauphin.

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Le Serment du Jeu de Paume par Jacques-Louis David

 Le 11 juillet 1789

Renvoi de Necker

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

La prise de la Bastille dans Les Années Lumière (1989) de Robert Enrico

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

La Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Le 5 octobre 1789

Des milliers de femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

La famille royale se replie dans le château…

Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

Le matin du 6 octobre 1789 par Benjamin Warlop

La famille royale est ramenée de force à Paris.

Départ du Roi de Versailles, par Joseph Navlet
Les Tuileries dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

Joseph II

 

 

Le 20 février 1790

 

Mort de Joseph II (1741-1790) et Léopold II (1747-1792), qui lui succède, nomme Ligne en 1792 grand bailli du Hainaut.

L'Empereur romain germanique Léopold II

Mais le temps des épreuves commence pour lui. C’est d’abord la séparation de Charles et de sa femme, tombée follement amoureuse d’un comte Potocki. Puis l’hostilité à son égard du gouverneur des Pays-Bas, Albert de Saxe-Taschen (1738-1822), marié à une Archiduchesse, Marie-Christine (1742-1798). Ensuite et surtout, car il ne devait jamais s’en consoler, la mort de Charles, tué lors d’un combat entre Autrichiens et Français.

Le château de Belœil

En 1791

Ligne est nommé Grand Bailli du Hainaut. Entré en diplomatie, sa sympathie pour les rebelles belges lui en ferme la porte.

Il fréquente Giacomo Casanova (1725-1798) dont il devient l’ami intime.  Il s’épanche auprès de lui :

« Je croyais comme vous à la supériorité de la somme du bien sur celle du mal … J’éprouve que tous mes bonheurs réunis ( et j’en ai eu prodigieusement ) ne m’ont pas fait, ni en gros ni en détail, la millième partie de plaisir que cette perte affreuse m’a fait et me fera de peine.
                                                                       

                                                                        ( … )


Elle m’eût fait désirer la fin de mon existence si une autre plus précieuse que la mienne, celle de cette parfaite Christine, n’y était pas attachée .
»

Giacomo Casanova
Stefano Accorsi est Casanova (2001) dans le téléfilm de Giacomo Battiato

Voici ce que le prince de Ligne écrit à Casanova, au sujet du manuscrit des fameux mémoires de ce dernier :

« Un tiers de ce charmant tome second, mon cher ami, m’a fait rire, un tiers m’a fait b… (bander), un tiers m’a fait penser. Les deux premiers vous font aimer à la folie, et le dernier vous fait admirer. Vous l’emportez sur Montaigne. C’est le plus grand éloge, selon moi. Vous me convainquez comme physicien habile. Vous me subjuguez comme métaphysicien profond; mais vous me désobligez comme anti physicien timide, peu digne de votre pays. Pourquoi avez-vous refusé Ismaël, négligé Pétrone, et avez-vous été bien aise que Bellino fût une fille?
« Envoyez-moi bien vite le troisième tome. Le comte Salmour, qui vous fait mille compliments, a dévoré celui-ci, et veut les dévorer tous. Votre conversation avec Lusuff est sublime, et vos réflexions aussi sur le bonheur. »»

Son fils Charles-Antoine de Ligne (1791)

En 1792

« C’est à Bruxelles que j’ai fait connaissance avec le prince de Ligne; mais lorsqu’il vint en France, peu d’années avant la révolution, nous nous revîmes tous deux avec tant de plaisir, qu’il passait un grand nombre de ses soirées chez moi. Lorsque lui, l’abbé Delille, le marquis de Chastellux, le comte de Vaudreuil, le vicomte de Ségur, et quelques autres encore de ce temps-là, se trouvaient réunis autour de mon feu, il s’établissait une causerie si animée, si intéressante, que nous ne nous séparions jamais qu’avec peine. Madame de Staël a dit du prince de Ligne: « Il est peut-être le seul étranger qui dans le genre français soit devenu modèle, au lieu d’être imitateur! » Et dans un autre endroit: «Les hommes, les choses et les événements ont passé devant le prince de Ligne; il les a jugés sans vouloir leur imposer le despotisme d’un système, il sut mettre à tout du naturel!» Ce naturel, dont madame de Staël était si bon juge, car elle en avait beaucoup elle-même, était un des premiers charmes de l’esprit du prince de Ligne. Cette brillante imagination, ces aperçus si fins, si justes sur toutes choses, ces bons mots, qui partaient sans cesse pour courir aussitôt l’Europe, rien n’avait pu donner au prince de Ligne la moindre prétention à se faire écouter; ses discours et ses manières conservaient tant de simplicité, qu’un sot aurait pu le croire un homme ordinaire.
Le prince de Ligne était grand, il avait une extrême noblesse dans le maintien, sans aucune roideur, sans aucune afféterie; tout le charme de son esprit se peignait si bien sur sa figure, que j’ai peu connu d’hommes dont le premier aspect fût aussi séduisant, et la bonté de son cœur ne tardait pas à vous attacher à lui pour toujours; il était à la fois brave et savant militaire. Dans tous les pays de l’Europe, ses profondes connaissances sur l’art de la guerre ont été appréciées, et l’amour de la gloire l’a toujours dominé; en revanche, il poussait à l’excès son indifférence pour sa fortune; non-seulement son extrême générosité l’a de tout temps entraîné dans des dépenses énormes, sans qu’il consentît jamais à compter; mais quand je le retrouvai à Vienne, en 1792, il entra un soir chez madame de Rombech, pour nous apprendre que les Français venaient de s’emparer de tous les biens qu’il possédait en Flandre, et il nous parut très peu affecté de cette nouvelle: « Je n’ai plus que deux louis, ajouta-t-il d’un air dégagé: qui donc paiera mes dettes? »
Une perte bien autrement douloureuse pour lui, la seule qui l’ait profondément affligé, a été celle de son fils Charles; ce jeune homme, plein de valeur, est mort glorieusement au combat de Boux, en Champagne; le coup qui le frappa, frappa de même le prince de Ligne, qui en perdit à jamais sa gaieté et tout le plaisir qu’il prenait à vivre.
Tout le monde connaît les Mémoires et les Lettres du prince de Ligne, dont le style, ce style parlé, comme dit madame de Staël, offre un charme tout particulier. Parmi les lettres, celles que je préfère sont celles qu’il adressait à la marquise de Coigny pendant son voyage en Crimée avec l’impératrice Catherine, voyage dont il nous a fait si souvent des récits; elles le font revivre pour moi, surtout celle qu’il écrivit de Parthenizza : cette lettre est remplie d’idées à la fois si spirituelles et si philosophiques, elle peint si bien l’esprit et l’âme du prince de Ligne, qu’elle me fait l’effet d’un prisme moral. J’ai relu cette lettre dix fois, et j’espère bien la relire encore.
»

Elisabeth Vigée Le Brun , Mémoires

Lors de l’annexion par la France, ses biens sont confisqués. Il ne reverra plus son château de Belœil mis sous séquestre. Dès lors il ne touche plus les revenus de ses terres confisquées et, à Vienne, il vit assez pauvrement, entouré d’une société exclusivement féminine, partageant son temps entre un modeste trois-pièces loué à un tailleur et les deux résidences d’été sur la montagne que jadis lui avait offertes Léopold II.

Le château de Belœil

Apprenant sa gêne, Catherine II lui fait demander s’il ne revendrait pas ses domaines de Tauride — ce qu’il se hâte d’accepter. Il achève dans sa retraite le 24e tome de ses Mémoires militaires, littéraires et sentimentaires dont il devait publier 34 volumes de 1795 à 1810, car il a à cette époque l’ambition de vivre de sa plume.

Le 20 juin 1792

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto. 

Le Roi refuse.

Escalier monumental des Tuileries (juste avant sa destruction)
Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine, elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale.

Image d'Un peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Le cortège funèbre de la monarchie commence par une haie d'honneur des chevaliers de Saint-Louis qui lèvent leurs épées dans Un peuple et son Roi
La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, musée du château de Versailles

Des 950 Gardes suisses présents aux Tuileries, environ 300 sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

Images d'Un Peuple et Son Roi (2018)

Le Roi est suspendu de ses fonctions.

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

La Tour du Temple

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) à la prison de la Force.

Le massacre de la princesse de Lamballe (1908) par Maxime Faivre

La tête de la princesse , fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Massacres dans les prisons.

Le 14 septembre 1792

Son fils Charles-Antoine Lamoral Ghislain de Ligne (1759-1792) est tué dans une charge héroïque contre l’armée de Dumouriez, passage de la Croix-au-Bois.

Charles Joseph de Ligne, fils

En cette époque dramatique, le prince a en lui assez de force de caractère et de ressources pour surmonter, ou en tout cas faire comme si . Madame de Staël (1766-1817) le dit très joliment du reste, à l’occasion de la mort du fils adoré de Ligne :

« C’est en vain alors que le prince de Ligne appelait à son secours sa raison et même cette légèreté d’esprit qui, non seulement sert à la grâce, mais quelquefois aussi peut distraire des peines de l’âme . Il était blessé au cœur, et ses efforts pour le cacher rendaient plus déchirantes encore les larmes qui lui échappaient .
Cette crainte de paraître sensible quand on s’est permis quelquefois de plaisanter la sensibilité; cette pudeur de la tendresse paternelle dans un homme qui n’avait jamais montré aux autres que ses moyens de plaire et de captiver; tout ce contraste, tout ce mélange du sérieux et de la gaieté, de la plaisanterie et de la raison, de la légèreté et de la profondeur, font du prince de Ligne un véritable phénomène : car l’esprit de société, à l’éminent degré où il le possède, donne rarement autant de grâces en laissant autant de qualités .
On dirait que la civilisation s’est arrêtée en lui à ce point où les nations ne restent jamais, lorsque toutes les formes rudes sont adoucies, sans que l’essence de rien soit altéré …..
»

Germaine de Staël-Necker par Elisabeth Vigée Le Brun

Le prince de Ligne s’installe définitivement à Vienne en 1792.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

Le 21 janvier 1793

Louis XVI est exécuté place de la Révolution.

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793

Marie-Antoinette est transférée de nuit à la Conciergerie.

Départ de Marie-Antoinette du Temple

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

En 1794

Après l’annexion de la Belgique par la France, Ligne s’exile à la Cour de Vienne et finit sa vie dans son «refuge», à Leopoldberg, au bord du Danube. Homme d’esprit, diplomate, grand voyageur, il fréquente les cercles cultivés des capitales européennes et est en relation avec Catherine II, Frédéric II, Voltaire, Goethe, etc. Le prince de Ligne est alors un homme âgé au seuil de la vieillesse (58 ans) et va vivre assez pauvrement, ne s’occupant plus que d’art et de sciences.

Maximilien Robespierre

 

Le 27 juillet 1794

Chute de Maximilien de Robespierre (1758-1794).

Le 28 juillet 1794

Mort de Maximilien de Robespierre qui est guillotiné place de la Révolution.

Catherine II (1729-1796)pour améliorer sa situation, fait le prince de Ligne feld-maréchal russe et lui donne une terre en Crimée.

Louis XVII agonisant

Le 8 juin 1795

L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.

Le comte de Provence par Adélaïde Labille-Guiard

A partir de la fin de l’année 1799

Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres

 Le 27 avril 1803

Mariage de son fils Louis-Eugène de Ligne (1766-1813) au château de Belœil , avec Louise van der Noot de Duras (1785-1863).

Je voudrais que Napoléon m’envoyât comme au duc de Brunswick son grand diable de cordon . Voici ce que je lui répondrais :

« Aussi enchanté que surpris de cette grâce de Votre Majesté Impériale dont je n’osais pas me flatter être connu, n’ayant pas servi dans cette dernière guerre, je lui présente l’assurance de ma reconnaissance, sans pouvoir profiter de cette distinction . Si la Toison et le Marie-Thérèse avaient été compatibles avec d’autres ordres, les bontés, j’ose même dire l’amitié de Frédéric II, de Louis XVI, de Catherine II, de Gustave III, des rois de Pologne et de Naples m’auraient couvert de quatorze cordons . Il n’y a que ceux du roi d’Angleterre, du roi du Danemark et de la reine du Portugal qui, pour plusieurs raisons, ne m’auraient pas offert le leur . Ce serait manquer à ceux dont je n’aurais pas pu accepter cette faveur et compromettre l’autorité et les serments de mon grand Maître et les miens que de ne pas Le prier de m’en dispenser .»

Mais cela n’arrivera pas . Le sorcier me devinerait .

Charles-Joseph de Ligne
Charles-Joseph de Ligne

Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814

Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques-Louis David

En 1811

Ligne sort deux œuvres de longue date : Mélanges militaires, littéraires et sentimentaires (1795-1811) et Mémoires sur les Juifs (1795-1811).

Le 10 mai 1813

Décès de son fils Bruxelles Louis-Eugène de Ligne (1766- 1813) à Bruxelles.

Le crépuscule de sa vie se déroule au moment du congrès de Vienne ( 18 septembre 1814 au 9 juin 1815) qui est la conférence entre les pays vainqueurs de Napoléon Ier. Il en devient le «maître des plaisirs»«C’est une chose étrange qu’on voit ici, pour la première fois, le plaisir conquiert la paix», dit-il à son ami et alter ego, le prince de Talleyrand (1754-1838). Au sujet du Congrès de Vienne en 1814, le prince de Ligne aurait dit :

«Le Congrès ne marche pas, il danse la valse et la polonaise !»

Le congrès de Vienne

Le 13 décembre 1814

Décès de Charles de Ligne à Vienne.

Charles de Ligne

Ses funérailles ont lieu en l’église des Écossais à Vienne. Il est ensuite inhumé dans la capitale autrichienne.

Le prince de Ligne est l’auteur de Fragments de l’histoire de ma vie dont sont issus de nombreux passages de ce portrait.

Maréchal, diplomate et homme de lettres belge, Charles-Joseph de Ligne est surnommé parfois «le plus grand des Wallons».

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