Louis II de Bavière

Louis II de Bavière

Le 

Naissance d’Élisabeth de Wittelsbach (1837-1898), Élisabeth Amélie Eugénie en Bavière, dite « Sissi », quatrième enfant et la deuxième fille de Maximilien en Bavière (1808-1888), chef de la branche cadette de la maison de Bavière, et de Ludovica de Bavière, duchesse de Bavière

Le duc Maximilien en Bavière en 1850

 Sissi sera une grande cousine fantasque et inspiratrice pour Louis II, qui la choisira pour confidente.

Ludovika de Bavière
Le château de Possenhofen où Sissi passa son enfance et sa jeunesse

Élisabeth grandit l’hiver à Munich et l’été, dès que possible, à la campagne, au château de Possenhofen, situé sur les rives du lac de Starnberg. Malgré les ambitions matrimoniales de sa mère pour ses filles, Sissi, comme ses frères et sœurs, est élevée sans contraintes ni manières. Elle est passionnée d’équitation, de poésie et adore faire de longues promenades en forêt. Élisabeth porte en elle la mélancolie des Wittelsbach, plus tard incarnée par le non moins célèbre Louis II de Bavière, protecteur de Richard Wagner. Élisabeth est l’enfant préféré de son père. Cela s’explique par leurs caractères très proches : même goût pour les chevaux, l’indépendance, les voyages

Le château de Nymphenburg

Le

Naissance de Louis Othon Frédéric Guillaume de Wittelsbach (Ludwig Otto Friedrich Wilhelm von Wittelsbach), fils aîné de Maximilien II de Bavière (1811-1848-1864) et de son épouse Marie de Hohenzollern (1825-1889), au château de Nymphenburg, près de Munich.

Maximilien II de Bavière par Joseph Bernhardt (1860)
La Reine Marie de Prusse en 1843
Chambre natale de Louis II

L’enfant est d’abord appelé Othon Louis Frédéric Guillaume, mais ses deux premiers prénoms sont inversés le 8 septembre 1845, sous la pression de son grand-père Louis Ier de Bavière (1786-1868).

Louis Ier de Bavière (Roi de 1825 à 1848) par Joseph Karl Stieler (1826)

Son anniversaire, ainsi que celui de son grand-père Louis Ier né le même jour, coïncide avec la fête Saint Louis, tenue en l’honneur du Roi de France Louis IX (1214-1270). Le parrain de Louis Ier est Louis XVI (1754-1793), le dernier souverain français de l’Ancien Régime. Cette proximité avec la dynastie française, qui incarne à partir d’Henri IV la monarchie absolue, est pour Louis II d’une importance primordiale.

En avril 1846

Quand Louis a huit mois, sa nourrice meurt de la fièvre typhoïde. Ce sevrage brutal est considéré comme un choc psychologique sérieux par certains spécialistes.

Le 11 mars 1848

A la suite de la révélation de la liaison avec l’actrice Lola Montez (1821-1861), son grand-père est obligé d’abdiquer en faveur de son fils Maximilien II.

Lola Montez par Joseph Karl Stieler (1847)
Martine Carol est Lola Montès (1955) dans le film de Max Ophuls
Lola Montez par Jules Laure

Pendant son enfance, Louis II passe ses étés au château de Hohenschwangau (qui se trouve sur une colline, en dessous de Neuschwanstein). Le château a été restauré en 1837 par son père Maximilien II, en style néo-gothique, avec de nombreuses allusions à l’ancienne légende du chevalier au cygne. L’ancien nom de la seigneurie de Schwangau (Gau du cygne) et de l’ancien château de Schwanstein (rocher du cygne) y fait également référence.

Le château de Hohenschwangau

Maximilien rétablit le calme en Bavière. Il encourage les arts et les sciences, se prononce contre le travail des enfants, fonde des institutions de charité et prend des mesures en faveur de l’emploi, voulant donner à la Bavière un rôle de premier plan face à la Prusse et l’Autriche. Tandis que Maximilien, prince intellectuel qui aurait aimé être professeur d’université, est un homme de bibliothèque, son épouse Marie a la passion de l’alpinisme.

Louis, devenu prince héritier, suit alors une éducation très chargée pour son âge :

 « Lever à h l’été, à h l’hiver, petit déjeuner rapide et frugal, puis des heures d’étude à peine ponctuées d’une ou deux heures de détente. Ajoutons à l’instruction théorique et universelle, la discipline physique, comme la danse, l’escrime, le maniement des armes, l’équitation, la natation… et la discipline artistique, comme le dessin, la musique… Tous ces savoirs ennuieront pour la plupart le jeune prince, sauf la littérature, l’histoire, les sciences naturelles, l’histoire religieuse et l’enseignement de la langue française, qu’il possédera plus tard à la perfection. Tout cet enseignement ne laisse donc que peu de place aux contacts humains, en particulier aux rapports filiaux. »

Le 

Naissance de son frère, Othon Guillaume Léopold Adalbert Valdemar de Wittelsbach (1848-1916), à Munich.
Né prématurément un mois après la révolution qui poussa son grand-père, le Roi Louis Ier de Bavière, à l’abdication, il est baptisé Othon en hommage à son oncle, le Roi Othon Ier de Grèce (1815-1867). 

Louis et Othon de Bavière

 En 1846

Louis visite avec son père la «maisonnette royale» dans la vallée du Graswang, où Louis construira par la suite le château de Linderhof. 

La famille royale de Bavière en 1860

Sa mère note que Louis apprécie faire du théâtre, de la peinture, se costumer et offrir des cadeaux (argent ou objets). Ces traits de caractère seront présents chez lui durant toute sa vie. Louis est incompris par ses parents, à cause de son caractère fantasque, solitaire et très sensible : son père évite de lui parler et sa mère se moque de ses « envolées », ce qui le blesse cruellement, malgré leur goût commun pour l’alpinisme. Elle lui préfère son frère Otto, « plus ouvert, plus souriant, plus épanoui » et moins difficile à éduquer. Louis se replie donc sur lui-même et développe de la crainte et de l’ennui à l’égard de ses parents.

Dans son enfance, il est décrit comme de tempérament changeant, pouvant rapidement être accablé par ses émotions et pris de violentes colères.

Louis et Othon de Bavière

Le château de Hohenschwangau, où Louis passe l’essentiel de son enfance, influence beaucoup son existence future. Le château, où le cygne est omniprésent, est lié aux légendes germaniques de Lohengrin et de Tannhäuser. Ses fresques, peintes par Moritz von Schwind, illustrent d’autres légendes comme la quête du Graal, le Venusberg, le mariage d’Elsa de Brabant et le combat de Telramund. Le Minnesanger de la Wartbourg y aurait séjourné. Il appelle le château «le Paradis de son enfance» et écrit dans une lettre à Wagner qu’il était «profané tous les ans par la prose de sa mère».

Le château de Hohenschwangau

 

 

À quatorze ans, Élisabeth s’éprend d’un écuyer de son père nommé Richard et songe à l’épouser. Sa mère y rechigne, l’adolescent étant issu d’une famille comtale, et éloigne le jeune homme de sa fille. Il meurt quelque temps plus tard de la tuberculose. Sissi est désespérée et se confie à son journal dans un poème déchirant. Sa mère, qui part en Autriche avec sa fille aînée, Hélène en Bavière, emmène alors Sissi avec elle.

 

Le 18 août 1853

Sissi accompagne sa sœur Hélène en Bavière (1834-1890) à sa première rencontre avec le jeune Empereur François-Joseph Ier (1830-1916), auquel elle est promise. Mais c’est de Sissi qu’il s’éprend et il annonce le lendemain son intention de l’épouser.

François-Joseph en 1851 par Johann Ranzi
Fiançailles de François-Joseph et Élisabeth, le 19 août 1853
Le château de Schonbrünn

Le 24 avril 1854

Le mariage de François-Joseph et Élisabeth est célébré  à Vienne, en Autriche. Contrairement à la tradition, la nuit de noces n’est pas publique. La Cour est surprise par cette jeune femme qui s’oppose aux volontés de l’Empereur, à une époque où la souveraine est considérée comme soumise au devoir de donner le jour à l’héritier mâle au plus tôt. Plus tard, Élisabeth confiera à sa fille Marie-Valérie que «le mariage est une institution absurde. Enfant de quinze ans, j’ai été vendue… ». L’Impératrice, habituée aux manières simples de son entourage provincial, supporte mal l’étiquette viennoise et s’enfonce dans une profonde dépression.

L'Empereur François-Joseph en 1853

 

 

 

Premier portrait de Sissi en Impératrice
Élisabeth duchesse en Bavière et l'un de ses chiens vers 1853

Le

Naissance à Vienne de l’Archiduchesse Sophie, première fille et le premier enfant que l’Impératrice Élisabeth de Wittelsbach et l’Empereur François-Joseph Ier. qui mourra le 29 mai 1857 à Budapest.

 

Le

Élisabeth accouche de l’Archiduchesse Gisèle (1856-1932) au palais de Laxenbourg.

L'Archiduchesse Sophie d'Autriche

En 1857

Le prince héritier, âgé de douze ans, lit pour la première fois un ouvrage de Richard Wagner, L’Œuvre d’Art de l’Avenir.

Le 18 février 1858

Première représentation de Lohengrin à Munich, mais il n’est pas permis à Louis d’y assister.

Le 3 juin 1858 

Louis commence son journal intime… dans lequel il enregistre, entre autres, ses tentatives pour réprimer ses désirs sexuels et rester fidèle à sa foi catholique. Ce journal ainsi que des lettres et des documents personnels montrent clairement sa lutte continuelle contre son homosexualité.

Tout au long de sa vie, Louis II a une succession d’amitiés étroites avec des hommes.

Figurent parmi ses amants, son officier d’ordonnance, le prince Paul de Tour et Taxis (1843-1879), le ténor Albert Niemann (1831-1917), les comédiens Emil Rohde (1839-1913), Josef Kainz (1858-1910), le baron Lambert de Varicourt et surtout son écuyer Richard Hornig.

Paul de Tour et Taxis
Albert Niemann
Emil Rohde en 1880
Josef Kainz

Le 21 août 1858

Élisabeth de Wittelsbach accouche de l’Archiduc Rodolphe de Habsbourg-Lorraine (1858-1889),  à Laxenbourg.

En septembre 1858

Il lit un autre ouvrage de Wagner, La Musique de l’Avenir.

Le 2 février 1861

Louis assiste pour la première fois à un de ses opéras, Lohengrin et le 22 décembre à un autre, Tannhäuser. Lors de cette seconde représentation, son agitation est telle que certains croient à une crise d’épilepsie du jeune prince.

En automne 1862

Il passe son diplôme de fin d’études.

Le 25 août 1862

Son père le fait chevalier de l’ordre de Saint-Hubert. Louis va souvent au théâtre et adopte une coiffure frisée.

À la fin de l’année 1862

Il commence à suivre quelques cours universitaires de français, de philosophie, de science militaire et de physique-chimie.

En 1863

Louis rencontre pour la première fois le chancelier de Prusse Otto von Bismarck (1815-1898), au château de Nymphenburg.

Le château de Nymphenburg

Dans un contexte où l’unification allemande se dessine sous l’égide de la Prusse et du chancelier Otto von Bismarck, Maximilien II mène dans son royaume une politique libérale et cherche à unir autour de la Bavière les petits États allemands face à la Prusse et à l’empire d’Autriche.

Le 

Maximilien II meurt en trois jours d’un érysipèle, à l’âge de cinquante-deux ans, avant les guerres d’unification allemandes. Il est inhumé dans l’église des Théatins à Munich dans un tombeau monumental situé dans une chapelle latérale de la nef face à celui de son épouse Marie. Son cœur est prélevé du corps pour être inhumé dans un monument situé dans la Chapelle de la Grâce à Altötting.,

Son fils aîné, Louis, âgé de dix-neuf ans, lui succède.

Louis II de Bavière par Ferdinand von Piloty (1865)
L'Impératrice Elisabeth en 1864
Sabin Tambrea (2011) en Louis II
L'Impératrice Élisabeth et l'un de ses chiens en 1865
Helmut Berger est Louis II dans Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti

Dès le début de son règne

Louis II doit faire face aux manœuvres d’Otto von Bismarck qui ambitionne de rendre la Prusse maîtresse du monde germanique. Le ministre-président Ludwig von der Pfordten place la Bavière aux côtés de l’Autriche : la maison de Wittelsbach et celle de Habsbourg-Lorraine sont liées par leur religion commune, le catholicisme, et par leurs attaches familiales. La guerre austro-prussienne de 1866 se conclut par l’écrasement de l’armée autrichienne à la bataille de Sadowa et de ses alliés bavarois à Uettingen.

Cette guerre marque la fin de la Confédération germanique : la Bavière, comme les autres États d’Allemagne du Sud, doit signer un traité de défense mutuelle avec la Prusse. Louis II reste très attaché à sa souveraineté mais le ministre-président Clovis de Hohenlohe-Schillingsfürst est favorable au programme de «petite Allemagne» regroupant l’ensemble des pays allemands sauf l’Autriche. La majorité parlementaire, menée par le Parti progressiste, tend aussi vers le rapprochement avec la Prusse. Un projet de «Confédération de l’Allemagne du Sud» associée à la Confédération de l’Allemagne du Nord n’aboutit pas car le Grand-Duché de Bade et le royaume de Wurtemberg craignent un système où ils seraient subordonnés à la Bavière sans en tirer d’avantage effectif.

Parade militaire en présence du Roi Louis II. Gravure d'Adrian Ludwig Richter, 1864

Cependant, négligeant les devoirs de sa fonction (il parle de « fadaises d’État ») et culpabilisé par son homosexualité, il vit de plus en plus reclus, sans cesser d’enchaîner les projets de construction de châteaux, pavillons ou de chapelles. Confrontés aux dépenses exorbitantes du souverain, les gouvernements bavarois successifs, de plus en plus soutenus par la famille royale et la Prusse, cherchent alors à l’évincer du pouvoir.

Il admire Richard Wagner (1813-1883) et devient son mécène. Le journal du Roi ainsi que des lettres montrent son homosexualité et son adoration passionnée de Wagner dont il est probablement amoureux, sans que l’on puisse conclure s’il existe une liaison entre les deux hommes. Profitant de l’amour du Roi pour son œuvre, Wagner le conduira à dépenser à son profit des sommes considérables. Louis II a par exemple financé la construction du palais des festivals de Bayreuth voulu et conçu par le musicien pour y présenter ses opéras. Comme son modèle Louis XIV en France, le Roi a pour objectifs de développer la culture germanique et de promouvoir un idéal culturel. Le Conseil des ministres pousse le Roi à arrêter son mécénat envers le compositeur. Influencé par Wagner et inspiré par les travaux d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1878) -il visite notamment le château de Pierrefonds le 24 juillet 1867-, Louis II fait construire des châteaux de style gothico-romantique, dont le plus célèbre est le château de Neuschwanstein, qui ne sera jamais achevé.

L’intérêt de Louis II pour le théâtre n’est pas limité à Wagner. En 1864, il pose la première pierre d’un nouveau théâtre de Cour. En 1867, il nomme Karl von Perfall directeur du nouveau théâtre. Le but de Louis est de faire venir à Munich le meilleur des drames européens. Perfall, sous la supervision de Louis, présente au public des œuvres de Shakespeare, Calderon, Mozart, Gluck, Ibsen, Weber et bien d’autres, comme Schiller, Molière et Corneille.

Entre 1872 et 1885, le Roi commande deux cent neuf représentations privées données pour lui seul ou avec un invité, dans les deux théâtres de Cour, comprenant quarante-quatre opéras (vingt-huit de Wagner, dont huit de Parsifal), onze ballets et cent cinquante-quatre pièces de théâtre dont le thème principal est la France des Bourbons). Il dépense 97 300 marks pour ces représentations. Cette attitude s’explique moins par la misanthropie que par une certaine vision esthétique. Louis écrit à Ernst von Possart, alors directeur principal au théâtre de cour à Munich :

Richard Wagner à Munich en 1871

« Je ne peux obtenir aucun sens de l’illusion dans le théâtre aussi longtemps que les gens continuent à me regarder, et suivre chacune de mes expressions à travers leurs lorgnettes. Je tiens à voir et ne pas être un spectacle pour les masses. »

Le train royal de Louis II de Bavière comportait un salon et une voiture panoramique. On peut en visiter deux wagons au Musée du transport de Nuremberg (DB Museum Nürnberg). En accédant à la royauté en 1864, Ludwig reprit le train royal appartenant à son père Maximilien II. Pendant six ans, il fait aménager et agrandir ce train pour en faire un somptueux train d’apparat. Outre son wagon personnel, le train comportait un wagon pour le Commissaire aux voyages et un autre pour la suite du Roi, et des wagons de service un wagon pour les serviteurs et deux wagons-cuisine, dont il ne reste que des photos et des dessins.

Le train royal de Louis II

On sait peu de choses de l’utilisation du train royal par le Roi. Il l’utilise en tout cas pour faire son voyage en France de 1866, mais à cette époque le salon royal n’avait pas encore été transformé. Plus tard le Roi voyagea le plus souvent incognito, et, comme son train était trop voyant, il utilisera le plus souvent des voitures de chemin de fer normales. En 1876 on lui construira un train pour voyager incognito.

Le Roi aura l’occasion d’entendre le chanteur Franz Nachbaur (1835-1902) dans tous les rôles de ténors wagnériens.

Helmut Berger est Louis II dans Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti
Sophie-Charlotte, duchesse en Bavière

En 1867

Louis se fiance avec la cousine germaine de son père, la duchesse Sophie-Charlotte en Bavière. Née en 1847, fille du duc Maximilien en Bavière et de la duchesse Ludovica de Bavière, la fille de l’arrière-grand-père de Louis Maximilien Ier, Sophie-Charlotte est également la sœur de Charles-Théodore en Bavière (un ami d’enfance de Louis), de l’ex-reine Marie des Deux-Siciles et de l’Impératrice d’Autriche Élisabeth de Wittelsbach, dite «Sissi», dont il est un admirateur.

Le pape Pie IX leur accorde la dispense papale nécessaire à cause de leurs liens étroits de parenté.

Le 22 janvier 1867

Les fiançailles sont officialisées , mais le mariage, d’abord fixé au 14 mars, est reporté à plusieurs reprises : d’abord au 25 août, ensuite au 12 octobre et enfin au 12 novembre 1867. Le Roi appelle sa fiancée Elsa, du nom de l’héroïne de l’opéra Lohengrin de Richard Wagner, à qui il voue un véritable culte, ou bien Élisabeth, un personnage de Tannhaüser du même compositeur. Il se présente chez les parents de la jeune fille en pleine nuit pour lui faire une cour que Sophie juge trop platonique : celle-ci lance un jour devant sa famille « Vous ne voyez donc pas qu’il ne m’aime pas ! ».

En octobre 1867

Le duc Max exige que le mariage soit célébré avant la fin de l’année. Louis II, se déclarant offensé par l’attitude de son futur beau-père et sujet, en profite pour rompre ses fiançailles. Il écrit dans son journal :

« Me suis débarrassé de Sophie (abgeschrieben). La sombre image s’efface. Je désirais ardemment la liberté ; j’ai soif de liberté ! Enfin, je revis, après ce cauchemar épouvantable. »

Un peu plus tard :

« Grâce à Dieu, le terrible événement ne s’est pas réalisé. »

Cette attitude de Louis II vis-à-vis du mariage peut s’expliquer par son homosexualité.

Écartée de la Cour par le scandale, Sophie se marie dès l’année suivante avec Ferdinand-Philippe-Marie d’Orléans, fils de Louis d’Orléans et petit-fils du Roi des Français Louis-Philippe Ier (1773-1850). Elle mourra le 4 mai 1897 dans l’incendie du Bazar de la Charité à Paris.

Photo officielle des fiançailles de Louis et Sophie

Le 8 juin 1867

Élisabeth est couronnée Reine de Hongrie aux côtés de son mari : c’est la naissance de la double monarchie austro-hongroise. Le compositeur Franz Liszt, présent à la cérémonie, dit d’elle, émerveillé :

« Elle n’avait jamais été aussi belle… elle apparaissait comme une vision céleste dans le déroulement d’un faste barbare ».

Le rôle politique d’Élisabeth dans l’élaboration du compromis austro-hongrois, sans avoir été déterminant, est incontestable. Au moins dans l’influence qu’elle a auprès de François-Joseph pour surmonter sa répugnance vis-à-vis des Magyars et auprès de ces derniers pour celle à l’encontre de leur Roi. La répression de la révolution hongroise de 1848 a laissé des traces d’amertume d’autant plus profondes dans les élites et dans le peuple hongrois qu’il a fallu que François-Joseph, tout jeune souverain, fasse appel aux troupes russes pour rétablir l’ordre. La joie éprouvée lors du compromis avec la Hongrie ravive pour une courte période sa relation avec François-Joseph et Sissi revient sur sa décision de ne plus avoir d’enfant. Un an après le couronnement, c’est à Budapest qu’elle choisit de donner le jour à son quatrième enfant, une fille, prénommée Marie-Valérie (inspirée de la Valérie ou Pannonia Valeria, soit l’ancienne province romaine correspondant au sud de la Hongrie). La reine de Hongrie aurait préféré un fils qui serait devenu plus tard Roi de Hongrie, consommant la séparation des deux monarchies. Cependant, cette couronne de Hongrie et la naissance de cette enfant, pour laquelle elle éprouve toute sa vie un amour exclusif et oppressant, marquent un tournant dans la vie d’Élisabeth. Elle s’est enfin imposée, bien que l’annonce de ce nouvel enfant soit ternie par les rumeurs qui prétendent que le père de l’enfant à naître n’est pas l’Empereur.

Photographie prise par Emil Rabending le jour du couronnement de l'Impératrice Élisabeth à Budapest le 8 juin 1867
Romy Schneider dans Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti
Tableau représentant le Roi de Hongrie François Joseph de Habsbourg
Louis II de Bavière en 1867
Image de Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti

Le 22 avril 1868

Élisabeth d’Autriche accouche de Marie-Valérie de Habsbourg-Lorraine (1868-1924), Archiduchesse d’Autriche, princesse de Hongrie et de Bohême et future princesse de Toscane par son mariage, à Buda (Budapest).

Le 13 mai 1868

« Il est dans mon intention de reconstruire la vieille ruine du château de Hohenschwangau près de la gorge de Pöllat dans le style authentique des vieux châteaux des chevaliers allemands, et je vous confesse que je me languis de vivre ce jour (dans trois ans) ; il y aura plusieurs salles confortables et chambres d’hôtes avec une vue splendide du noble Säuling, les montagnes du Tyrol et loin à travers la plaine ; vous connaissez l’hôte vénéré que je voudrais voir là ; l’endroit est un des plus beaux qu’on puisse trouver, sacré et inaccessible, un digne temple pour l’ami divin qui a apporté le salut et la bénédiction au monde. Il vous rappellera également Tannhäuser (Salle des chanteurs avec une vue du château dans le fond), Lohengrin (cour de château, couloir ouvert, chemin vers la chapelle) ; ce château sera de toute manière plus beau et habitable que Hohenschwangau qui est plus loin vers le bas et qui est profané chaque année par la prose de ma mère ; ils auront leur vengeance, les dieux profanés, et viendront vivre avec nous sur les hauteurs élevées, respirant l’air du ciel »

— Lettre de Louis II écrite à Richard Wagner

Louis II a l’idée de mélanger deux styles architecturaux après avoir visité le château de Pierrefonds (France), de style néogothique, et le château de la Wartbourg (Thuringe), de style néo-roman. Louis II fait construire Neuschwanstein dès 1869 à l’emplacement de deux anciens châteaux forts, Vorderhohenschwangau et Hinterhohenschwangau, qu’il fait démolir. Il décrit le château comme un « digne temple » pour son ami, le compositeur Richard Wagner.
Pour faire construire son édifice, Louis II fait dynamiter la montagne afin d’abaisser de huit mètres le socle des anciens châteaux. Ce n’est qu’après la construction de la route et de l’installation de l’eau courante que la première pierre est posée, le 5 septembre 1869. Les travaux sont dirigés par les architectes Eduard Riedel et Christian Jank. La construction du « nouveau rocher du cygne » (traduction de Neuschwanstein) nécessite d’énormes quantités de matériaux : entre 1879 et 1880 sont utilisés 465 tonnes de marbre de Salzbourg, 400 000 briques, 3 600 m3 de sable et 600 tonnes de ciment.

Le château de Neuschwanstein

Le château de Neuschwanstein est construit en grande partie dans le style néo-roman tardif du début du XIIIe siècle, ainsi qu’en témoignent la construction et l’ornementation du bâtiment (les portails en plein cintre, les arcades des fenêtres et des tours, la position des colonnes et des baies vitrées et des pinacles). Les salles d’habitation du Roi et les salles d’apparat des troisième et quatrième étages étaient presque achevées en 1886. Les chambres du deuxième étage, toujours en briques nues, ne sont pas visitées. Sont également présents des éléments néo-gothiques et néo-byzantins, comme la salle du trône. À ce titre, le château est un exemple d’architecture éclectique de l’époque romantique. C’est aussi un exemple typique d’historicisme en architecture.

Le château comporte environ deux cents pièces d’une superficie totale de 6 000 m², dont quinze sont aménagées.

Le château de Linderhof

Le château de Linderhof est construit de 1869 à 1879. Ce bâtiment devait citer Versailles, que Louis II avait visité en 1867, d’abord en miniature. Louis II choisit pour nom de code du projet une anagramme de la maxime du Roi de France Louis XIV «L’État c’est moi», « Tmeicos Ettal », qui renvoyait aussi au monastère voisin d’Ettal.Dans les jardins, on élève le pavillon mauresque acquis par le Roi après l’Exposition universelle de Paris de 1867 et une grotte de Vénus qui évoque Tannhäuser, l’opéra de Richard Wagner ; on peut également y voir la hutte de Hunding, avec l’épée Notung dans le tronc de l’arbre situé dans le centre de la cabane, inspirée de l’opéra La Walkyrie. Les troncs d’arbre utilisés pour construire cette cabane ne sont pas en bois mais en béton, Louis II n’ayant jamais été opposé aux progrès techniques. Dès 1872, une version, qui ne fut pas réalisée, prévoyait de créer comme aile sud une « chambre de parade » entre un « salon de l’Œil-de-bœuf » et une « salle des gardes » – la référence à Versailles était donc aussi une des sources d’inspiration de Linderhof. 

Plan du château de Linderhof, début 1873, le Marly de Louis II de Bavière

Un dessin de 1872  montre une chambre à coucher agrandie, bien différente de celle de Versailles. Le lit et le ciel aussi ont été remaniés ; les formes rectangulaires sont remplacées par plusieurs courbes, les contours supérieurs et inférieurs des deux parties sont très sinueux et les montants antérieurs du lit, en forme de S, sont ornés de cariatides.

Premier projet pour le lit de la première chambre à coucher de Linderhof, Franz von Seitz, 1871.
Le lit de la première chambre à coucher de Louis II de Bavière au château de Linderhof

Le château de Linderhof s’inspire du Petit Trianon … dans sa forme comme dans sa superficie.

D’ailleurs, Marie-Antoinette règne sur le parc, en buste. Louis II est un adorateur éploré de Marie-Antoinette . A l’instar des « dîners de morts » de Cagliostro, Louis II organise des dîners avec Marie-Antoinette … 

Buste de Marie-Antoinette à Linderhof

L’ébauche de la chambre à coucher reprend différents aspects de la chambre d’apparat de Versailles telle qu’elle se présentait depuis son aménagement de 1837, sous Louis-Philippe : une balustrade, un lit à baldaquin de forme analogue, placé dans l’axe, des tableaux de part et d’autre du lit, un buste du Roi-Soleil.

Le lit de la première chambre de Linderhof est dû à l’obsession et à l’esprit tourmenté de Louis II, pour qui le processus de création de ses décors d’ameublement compte plus que la possession et l’utilisation des œuvres. Jamais satisfait de ce qu’il a obtenu, il semble que le Roi est disposé à sacrifier le lit somptueux pour en donner une version encore plus grandiose, peu différente des stades antérieurs de ses chambres et gardant des aspects fondamentaux du décor et de l’iconographie. Ce n’est que grâce à des heureux hasards que cet exemple de l’éclecticisme de Louis II a été conservé.

La chambre de Louis II s'inspire directement de celle de Marie-Antoinette à Versailles

À la villa royale sont ajoutés un vestibule, une cage d’escalier ainsi qu’une salle des Glaces et la « Gobelinzimmer » (salle des tapisseries). 

La salle des glaces à Linderhof

En juillet 1870

Lorsque éclate la guerre franco-allemande, Louis II, en application du traité d’alliance, signe l’ordre de mobilisation de l’armée bavaroise dès le lendemain de la déclaration de guerre par Napoléon III (1808-1873). Bien que membre de la coalition allemande, des raisons diplomatiques et psychologiques empêchent le Roi de rejoindre le quartier général des princes qui, réunis au château de Versailles en novembre 1871, décident d’offrir la couronne de l’Empire allemand à Guillaume Ier de Prusse. Louis II, protocolairement le premier des princes allemands après le Roi de Prusse, est ainsi le premier à souscrire à la lettre impériale (Kaiserbrief) du 30 novembre 1870, dictée par Bismarck, qui permet le couronnement du nouvel Empereur le 18 janvier 1871. Louis est le seul souverain allemand absent de la cérémonie du couronnement dans la galerie des Glaces de Versailles le 18 janvier 1871 : il y délègue son frère Othon, qui lui décrira la froideur et la vacuité de la cérémonie. Le consentement de Louis a peut-être été facilité par le versement d’une pension annuelle de 300 000 marks-or ajoutés à sa liste civile, prélevés sur les fonds hanovriens sous séquestre prussien : le total des versements atteignait quatre millions de marks à la mort du Roi. De toute façon, le rapport de forces stratégique et économique ne laissait guère de chances à une Bavière indépendante : son intégration au Reich, laissant au royaume un certain nombre de droits réservés, évitait le risque d’un nouveau conflit et d’une annexion brutale.

Pomenade de Louis II dans le grotte de Vénus du château de Linderhof

La nouvelle position d’Élisabeth en Hongrie a pour effet de distendre un peu plus les liens qui l’unissent à l’Autriche. Elle s’entoure de dames de compagnie uniquement hongroises, parmi lesquelles Marie Festetics et Ida Ferenczy. L’impératrice passe de plus en plus de temps à l’étranger, en particulier à Gödöllő, et ne rentre à Vienne qu’en de rares occasions. Elle se surnomme «la mouette des mers». Elle confie un jour à son fils Rodolphe que, si elle doit s’établir au même endroit pour le restant de ses jours, «le séjour dans un paradis même lui paraîtrait l’enfer». Au fil des années, les époux ne se retrouvent que rarement. François-Joseph en souffre (il prend pour maîtresse Anna Nahowska de 1875 à 1889) et Élisabeth, qui culpabilise de ses absences répétées, pousse son époux dans les bras d’une actrice réputée, Katharina Schratt. La relation, qui dure de 1883 à la mort de l’Empereur, en reste d’ailleurs au stade de l’amitié, mais François-Joseph trouve auprès de «l’amie» — c’est ainsi que le couple impérial désigne Schratt dans ses lettres — l’atmosphère «familiale» qui lui manque depuis la mort de sa mère en 1872.

L'Impératrice et Reine Élisabeth
Romy Schneider est Sissi dans Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti

En 1873

Son frère est interné au château de Nymphembourg (puis au palais de Füstenried) à cause d’une maladie mentale.

Image de Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti

À partir de 1874, Sissi, qui prend le nom de comtesse de Hohenembs pour préserver son anonymat, séjourne avec sa fille en Méditerranée, dans les îles britanniques et dans une grande partie de l’Europe centrale.

À partir de 1875

Le Roi vit la nuit, faisant souvent des promenades avec des chaises ou des traîneaux à la pointe de la technique, parfois vêtu de costumes historiques, tout comme les valets qui l’accompagnent. Louis II est décrit comme une personne rêveuse, pouvant passer des heures vides sans s’ennuyer grâce à son imagination.

Le château de Herrenchiemsee

Le château de Herrenchiemsee est commencé en 1878. Inachevé, il s’agit d’une copie plus ou moins conforme du château de Versailles, érigé sur une île au milieu du lac de Chiem (Chiemsee) entre Munich et Salzbourg, à côté d’un ancien monastère. Louis II le fit ériger comme un monument à la gloire de Louis XIV, qu’il admirait, et à l’absolutisme royal. Ce château sera inauguré en 1886, et le Roi n’y séjournera pas plus de deux semaines.

Le château est également connu sous le nom, voulu par Louis II de Bavière, de « Meicost Ettal », un nom énigmatique qui est en fait une anagramme de la fameuse citation apocryphe du Roi-Soleil : « L’État , c’est moi ! ».

L'escalier est une réplique de l'escalier des Ambassadeurs de Versailles, détruit sous Louis XV...

Les appartements d’État débouchent sur la galerie des Glaces, avec à ses extrémités les salons de la paix et de la guerre, qui occupe toute la partie avant du palais sur une longueur totale de 98 mètres, soit 25 m de plus que le modèle original versaillais. 

Le salon de la Guerre
La galerie des Glaces

Après deux antichambres, on passe dans la chambre de parade où l’on voit de part et d’autre de son lit deux portes menant à sa garde-robe, où Louis II se fait habiller, et une autre aux toilettes, puis dans la salle du Conseil.  Les appartements privés comprennent une salle de bains, une salle à manger ornée d’un lustre en porcelaine de Meissen et pourvue d’une table qui s’escamote dans le sous-sol grâce à un mécanisme hydraulique.

La chambre de Louis II ressemble à celle de Louis XIV à Versailles ....
La boule bleue accueille une bougie qu'on allume la nuit, car Louis II a peur du noir... comme Athénaïs de Montespan.

On reconnaît le buste de Marie-Antoinette par Félix Lecomte, au même emplacement que dans la chambre de la Reine à Versailles…

Le château de Herrenchiemsee
Le lit de l'Impératrice Élisabeth d'Autriche est tres simple. Un lit en fer qu'elle fait installer dans tous ses palais.

D’après deux psychiatres, Louis II aurait pu avoir une forme d’autisme. Son mode d’existence est perturbé par une altération du réel et un délire mêlant sentiment de persécution et désir de grandeur. Son enfance est solitaire et marquée par une passion pour le monde symbolique des légendes allemandes. Dès les premières années de son règne, Louis II se désintéresse de la politique et méprise profondément Munich et les Munichois. Au fur et à mesure que les années passent, il s’isole de plus en plus dans les décors qu’il a voulu, ses châteaux, le jardin d’hiver de la résidence de Munich, les grottes et divers pavillons de Linderhof ou Schachen. Il crée son propre monde dans lequel il peut s’imaginer être Lohengrin, Tannhäuser, Louis XIV, sultan, émir, cheik ou commandeur des croyants. Jacques Bainville écrit :

« Il conçut la vie comme un spectacle dont il prétendit régler les détails à son gré, devant en être l’unique spectateur. »

Le Roi n’est pas seulement un romantique enclin à la rêverie, mais aussi ce qu’on appellerait aujourd’hui un technophile. Dès 1885, il fait équiper d’une ampoule électrique la couronne de verre qui sert de lanterne sur son traîneau.

Promenade nocturne en traîneau de Louis II de Bavière. Toile de Richard Wenig, château de Nymphembourg
Louis II de Bavière par Heinrich Dendl

En 1880

Josef Kainz reprend des rôles principaux lors de représentations particulières pour Louis II.

Au printemps 1881

Enrst von Possart, directeur du Théâtre de la Cour, envoie à Louis une photographie de Josef Kainz. Le Roi tombe sous le charme et fait venir Kainz à Munich pour y jouer le rôle de Didier dans Marion Delorme de Victor Hugo. Après la représentation il envoie une bague à «Didier», puis une chaîne en or ornée d’un cygne, évidemment. Louis ne peut s’empêcher de confondre les acteurs avec les personnages qu’ils incarnent. Il le fait venir à Linderhof où il l’oblige à déclamer, pendant des heures, sans interruption. Au château, dans la grotte de Hunding, dans le pavillon marocain. Jusqu’à l’épuisement. Il projette un voyage en Espagne pour célébrer le 200e anniversaire de Calderón, qui s’avère trop coûteux. Il se rabat finalement sur la Suisse, retour inévitable sur les pas Guillaume Tell. Durant le séjour, Kainz froisse le Roi qui retourne à Munich, laissant l’acteur humilié se tirer d’affaire sur les bords du lac de Lucerne. Une brève réconciliation aura lieu, donnant lieu à une photographie du Roi, debout, majestueux, derrière l’acteur assis, l’air embarrassé.

Louis II et Josef Kainz en 1881

Le 13 Février 1883

Mort à Venise de Richard Wagner (1813-1883), emporté par une crise d’angine de poitrine plus violente que celles qu’il avait déjà éprouvées.

Richard Wagner

En 1884

Louis II s’établit dans le palais de Neuschwanstein 

Vue depuis l'emplacement de la chapelle non réalisée au niveau de la cour supérieure: La maison des dames (à gauche) avec balcon d'Elsa de Brabant, la façade du palais central et la maison des chevaliers (à droite), selon les indications scéniques de Wagner pour le château d'Anvers dans le deuxième acte de l'opéra Lohengrin. L'escalier a été fait pour le cortège de mariage à la cathédrale.

La salle du trône, achevée en 1886 (l’année de la mort du Roi), représente la salle du Graal de Parsifal. Le décorateur Eduard Ille et l’architecte Julius Hofmann l’ont conçue dans le style byzantin, inspiré par l’église Sainte-Sophie, à Constantinople (aujourd’hui Istanbul), en mélange avec des éléments de style mérovingien (chapiteaux et décors des arcades). La salle du trône, sur deux étages, possède une série de piliers en imitation de porphyre et de lapis-lazuli. Sous la demi-coupole, dans une alcôve dorée, on atteint la plate-forme du trône par une volée de marches de marbre blanc.

Le trône lui-même, conçu en or et en ivoire, n’a jamais été réalisé, car le Roi est mort avant. La plate-forme est encadrée par des peintures représentant les douze Apôtres, et derrière la plate-forme, on peut voir un motif de lions d’or, symbole de la Bavière. Sur fond doré sont représentés six rois européens du Moyen-Âge canonisés (de gauche à droite : Casimir de Pologne, Étienne de Hongrie, Henri II du Saint-Empire, Louis IX de France, Ferdinand III de Castille, et Édouard le Confesseur qui symbolisent l’idéal du chevalier, soldat du Christ. À noter que Louis II était né le jour de la fête de son saint patron.

La salle du trône

La salle-à-manger en chêne sculpté est décorée avec des peintures de Ferdinand von Piloty et Josef Aigner. On y voit des figures de « Minnesinger » et des scènes de la Wartburg, au moment du mythique concours de chant 1207. Sur la porte à droite on voit Wolfram von Eschenbach, l’auteur de Parsifal et Lohengrin. La décoration intérieure de la salle est due à Julius Hofmann. La sculpture de la table montre Siegfried combattant le dragon — un cadeau d’artistes de Munich à Louis II.

La salle-à-manger

À la différence des autres chambres, la chambre à coucher du Roi est magnifiquement sculptée dans le style néogothique. Quatorze sculpteurs sur bois ont travaillé pendant quatre ans et demi, dit-on, pour réaliser ce décor. Le lit du monarque est couvert de draperies richement brodées. Les peintures murales illustrent l’histoire de Tristan et Isolde, qui avait impressionné le jeune Roi de vingt ans dans la version opéra de Wagner. Un ruisseau situé au-dessus du château apporte l’eau qui coule directement à la table de toilette.
La chasse d’eau de ses toilettes en forme de trône se déclenche toute seule dès que le Roi y pose son auguste postérieur. C’est au moyen d’une sonnette à pile que le maître de céans régente le petit personnel. Un monte-charge sert à apporter les repas et l’eau courante dessert tous les étages – il y a même de l’eau chaude à la cuisine.

La chambre

La salle des chanteurs occupe entièrement le quatrième étage du château et est une copie de la salle des ménestrels du château de la Wartbourg en Thuringe, réalisée par Julius Hofmann. Le célèbre tournoi des chanteurs de la Wartbourg aurait eu lieu dans cette salle. Ce tournoi fait également l’objet de l’opéra Tannhäuser de Richard Wagner. Louis II s’est rendu à la Wartburg en 1867 à la suggestion de Wagner.

Cependant, le programme pictural de la salle ne montre pas principalement le tournoi des chanteurs, mais plutôt la légende de Perceval et du Saint-Graal, sujet du dernier opéra de Wagner, Parsifal.

La salle des chanteurs

Louis laissa de nombreux plans et de dessins pour d’autres châteaux dont la construction était envisagée. Il projetait notamment l’édification d’un palais byzantin dans le Graswangtal (de) (près de Linderhof), d’un palais chinois dans le Tyrol, ainsi que la reconstruction du château de Falkenstein, près de Pfronten dans l’Allgäu. En raison des dettes accumulées par le Roi, le projet de reconstruction de ce dernier est resté secret. Louis II demande en 1884 à Georg von Dollmann de dessiner les premiers plans, plans que le Roi trouve trop austères par rapport aux quelques dessins qui avaient auparavant été réalisés par le peintre de théâtre Christian Jank. L’architecte sera donc remplacé par l’architecte Max Schultze. En 1885, on entame la démolition de l’ancien château de Falkenstein et aménage la route qui y mène, puis les travaux sont abandonnés.

Avant même la rédaction de l’expertise, von Gudden pense que le Roi souffre d’«originäre Verrücktheit» («folie originaire») et son document se lit comme un réquisitoire où il s’agit de prouver une vérité formulée a priori. Il reprend donc un par un les différents signes censés définir la paranoïa. Il rappelle l’hérédité chargée du patient, surtout du côté maternel, ce qui lui permet de citer de nombreux cas de folie chez les Hohenzollern. Il décrit ensuite la personnalité pré-morbide du Roi, relevant une série de symptômes qui tiennent plutôt des stigmates psychiques de ce que l’on entendait à l’époque par dégénérescence : nature craintive et émotive, troubles de l’humeur passagers, brutalités, accès d’angoisse et crainte d’autrui, repli sur soi et troubles de la motricité. Bien qu’il décrive des hallucinations, il ne les tient pas pour indispensables au diagnostic. Le délire de grandeur prendrait naissance dans le caractère même du patient, dans son imagination débordante. Accessoirement, interviennent les mécanismes de l’illusion et aussi les hallucinations. C’est parce que les intérêts du patient sont entravés que naissent les idées de persécution et l’on aboutit finalement au tableau du persécuteur persécuté avec le cortège des sévices infligés aux domestiques et aux dignitaires.

Les troubles fonctionnels et somatiques viennent compléter le tableau : obésité, hypocondrie, céphalées, insomnies, mauvaise dentition et troubles des conduites alimentaires avec alcoolisme.

Parmi les reproches adressés au Roi Louis II de Bavière  pour justifier sa mise sous tutelle, en 1886, figure un projet de montgolfière dont la nacelle a la forme d’un paon et qui doit permettre au monarque de se rendre d’un de ses châteaux à l’autre. S’agit-il vraiment cependant d’un énième indice de la dégénérescence mentale qui frappe le “roi fou” ? Rien n’est moins sûr. Sans doute faut-il y voir plutôt le fruit d’une des lectures de prédilection de Louis II : [la rubrique] “nouvelles polytechniques” de la Leipziger Illustrierte Zeitung [journal illustré de Leipzig].

Le 9 juin 1886

À la suite d’un coup d’État du gouvernement , il est déclaré fou et son oncle Luitpold de Bavière (1821-1912) est nommé régent le 10 juin 1886.

Le rapport est truffé de maladresses, de libertés déontologiques et d’incohérences méthodologiques. Mais il convient parfaitement, dans ses trois conclusions, au gouvernement du royaume qui désire mettre fin au règne de Louis II :

« 1. Sa Majesté souffre de façon très avancée de troubles mentaux ; le roi est en effet atteint de cette forme de maladie mentale que les aliénistes connaissent bien de par leur expérience sous le nom de paranoïa (Verrücktheit) ;
2. Cette forme de maladie, avec son développement insidieux et progressif et sa très longue durée, s’étendant déjà sur un nombre considérable d’années, nous amène à déclarer Sa Majesté incurable et à prévoir avec certitude une nouvelle détérioration des capacités mentales ;
3. La maladie ayant complètement détruit le libre arbitre de Sa Majesté, nous devons la considérer comme incapable d’assumer les fonctions souveraines et cette incapacité ne durera pas seulement plus d’une année, mais tout le restant de sa vie. »

Dans la nuit du 10 juin 1886

Une commission se rend au château de Neuschwanstein pour l’arrêter. Son médecin personnel, Max Joseph Schleiss de Lowenfeld, qui connaît le Roi depuis son enfance, envoie un démenti dans un télégramme à l’Allgemeine Zeitung précisant que l’existence de graves souffrances empêchant l’exercice du gouvernement de façon permanente n’est pas du tout avérée.

Le château de Berg

 

 

Le 12 juin 1886

Déclaré aliéné mental, Louis II est interné au château de Berg, au sud de Munich. Il y meurt le lendemain, au cours d’une promenade après dîner au bord du lac situé à l’orée de la forêt, dans le parc du château, en même temps que son psychiatre Bernhard von Gudden. Leurs corps sont retrouvés dans le lac de Starnberg, à proximité de la berge.

Louis II en 1886 (photo de Joseph Albert)
Le château de Berg au lac de Starnberg

Les raisons de sa mort (tentative d’évasion, accident ou suicide ?) sont encore incertaines.

Selon l’autopsie pratiquée le 15 juin par les docteurs Rüdinger et Rückert devant un collège d’experts, le Roi ne porte aucune plaie ni trace de coups, ce qui exclut l’assassinat ; ses poumons ne contenant pas d’eau, il n’est pas mort noyé mais probablement d’une hydrocution due à la température de l’eau et au repas du soir pris juste avant la promenade.

En revanche, le Docteur Müller, assistant de Bernhard von Gudden, écrit :

« Le roi a eu une crise cardiaque ».

Les deux hommes se seraient battus. Le Roi aurait noyé le médecin puis se serait dirigé vers le large.

Certains ont imaginé que des catholiques avaient tenté de faire évader le Roi pour instaurer un gouvernement de droite. Pour d’autres, il aurait tenté de s’enfuir pour rejoindre sa cousine Élisabeth, présente de l’autre côté du lac, à Feldafing. Selon les partisans de l’accident, Louis aurait tué Von Gudden et se serait précipité vers les eaux profondes dans un accès de folie. Mais le Roi avait déjà manifesté son intention de se suicider, notamment lors de son arrestation à Neuschwanstein. Il comprend qu’il risque d’être interné à vie, comme son frère Othon devenu fou. Lors de la promenade, il se serait précipité vers le lac ; le médecin l’aurait retenu. Une brève lutte aurait eu lieu. Von Gudden serait mort noyé. Le Roi aurait alors tenté de mettre son projet de fuite à exécution, et l’eau glaciale l’aurait terrassé.

Dans les jours qui suivent, le corps est exposé au château de Berg puis dans la chapelle de la Résidence de Munich.

 

Le 19 Juin 1886

Louis II et enterré dans l’église Saint-Michel à Munich. Son cœur est prélevé pour être inhumé dans un monument situé dans la chapelle de la Grâce à Altötting.

Catafalque du Roi Louis II dans la chapelle de la résidence de Munich

 

 

 

Une cérémonie se tient chaque année, le 13 juin, dans la petite chapelle bâtie près de l’endroit où son corps fut retrouvé.

Louis II en grand maître de l'ordre des chevaliers de St. George (1887), par Gabriel Schachinger

Le poète français Paul Verlaine (1844-1896) le considère comme le « seul vrai roi de ce siècle ».

Louis II avait demandé qu’à sa mort, ses châteaux soient fermés. Cependant, six semaines après son décès, le gouvernement bavarois décidait de les ouvrir au public afin de démontrer que le Roi était fou et de permettre de payer les dettes royales en demandant un droit d’entrée. Les dettes sont payées en 1920.

L’ouverture des châteaux a eu pour effet, au contraire, d’entretenir la popularité du Roi, qui est devenu un personnage de légende, véritable mythe dans les Alpes bavaroises, d’autant plus que les paysans employés sur les chantiers royaux étaient bien payés et que le Roi, généreux et poli malgré ses lubies, avait toujours un mot pour chacun de ses sujets.

François-Joseph et Elisabeth

La perte de ce cousin fantasque dont elle était si complice est pour Élisabeth d’Autriche le début de son crépuscule.

Le

Son fils Rodolphe est retrouvé mort dans le pavillon de chasse de Mayerling, en compagnie de sa maîtresse, Marie Vetsera. Tout semble indiquer que le prince a d’abord tiré sur Marie avant de se suicider. La version officielle parle d’une aliénation mentale de l’héritier, mais l’ombre d’un crime d’État plane.

Rodolphe, en 1887
Marie Vetsera, en 1888

Après le décès de Rodolphe, Élisabeth n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle accuse la Cour de Vienne d’être responsable de la mort de son fils et ne portera plus jamais de vêtements de couleur. Désormais drapée de deuil, elle voyage sans relâche, se dissimulant toujours derrière un grand éventail ou un voile, ou sous un pseudonyme qui lui permet de penser qu’elle passe inaperçue. Ce qui a toujours été considéré comme les «extravagances» de l’Impératrice prend des proportions extrêmes lorsque le destin se révèle d’une cruauté implacable. Elle ne reviendra quasiment jamais à la Hofburg. Quand elle séjourne à Vienne, elle loge, seule, dans la villa Hermès, un petit palais construit dans le parc de Lainz sur ordre de François-Joseph, qui voulait disposer d’une résidence plus accueillante et plus commode pour la famille impériale.

Ava Gardner et James Mason dans Mayerling (1968) de Terence Young
L'Impératrice Élisabeth et l'Archiduchesse Gisèle chez Gerbeaud. Ce tableau de Lajos Márk (vers 1900) capture un moment de la vie viennoise aristocratique : Élisabeth d'Autriche et sa fille Gisèle au café Gerbeaud de Budapest.
Robe de journée en soie noire ayant appartenu à l'Impératrice Élisabeth d'Autriche. 1885.
Sissi la veille de sa mort

Le 8 septembre 1898

Lors de l’un de ses nombreux voyages, Élisabeth réside à l’hôtel Beau-Rivage de Genève. Deux jours plus tard, alors qu’elle s’apprête à monter sur le ferry qui doit l’amener à Montreux, elle est heurtée par un autre passager. Elle ressent une forte douleur au côté et s’évanouit une fois montée à bord. Elle meurt l’après-midi même. Le voyageur maladroit est en réalité un anarchiste italien, Luigi Lucheni, qui lui a enfoncé une lime tout près du cœur. L’Empereur refuse qu’Élisabeth repose là où elle le souhaitait, sur les rives de la Méditerranée, à Corfou ou à Ithaque. Sa condition d’Impératrice exige en effet qu’elle soit inhumée dans la crypte de l’église des Capucins. C’est donc là qu’elle repose depuis, dans cette Vienne qu’elle n’aimait pas et qui ne l’a jamais comprise.

Reconstitution de l'assassinat de l'Impératrice Élisabeth d'Autriche
Lorsque l’Empereur François Joseph d’Autriche apprit le décès de son épouse, il fut dévasté.
Il dira :
« Personne ne saura à quel point je l’aimais ».
L'Empereur François Joseph d'Autriche

Sources : 

Album Sissi ; éditions Minerva
Louis II de Bavière, Le destin tragique d’un roi de conte de fée (1986) de Constantin de Grunwald ; éditions Minerva
Louis II ou le Roi foudroyé est le premier (1975) de Jean des Cars
Elisabeth d’Autriche ou la fatalité (1988) de Jean des Cars, Paris, Perrin 
Le lit de la première chambre à coucher de Louis II de Bavière au château de Linderhof  https://journals.openedition.org/insitu/23965
Ludwig, Le Crépuscule des Dieux (1973) de Luchino Visconti

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