Louise-Élisabeth Vigée, épouse Le Brun, dite Madame Vigée-Le Brun, est une peintre française, considérée comme une grande portraitiste de son temps à l’égal de Quentin de La Tour ou Jean-Baptiste Greuze.
Le 16 avril 1755
Naissance d’Élisabeth Vigée à Paris, rue Coq-Héron.
Élisabeth est la fille de Louis Vigée (1715-1767), pastelliste et membre de l’Académie de Saint-Luc et de Jeanne Maissin, d’origine paysanne.
Baptisée à l’église Saint-Eustache de Paris, Elisabeth a pour parrain Jean-Baptiste Restier, musicien et pour marraine, Louise Bertrand, épouse de Jean Doublot, maître-chirurgien. L’enfant est aussitôt confiée à des paysans des environs d’Épernon d’où elle ne reviendra à Paris que six ans plus tard pour entrer comme pensionnaire à l’école du couvent de la Trinité, rue de Charonne dans le faubourg Saint-Antoine.
Le 3 décembre 1758
Naissance de son frère, Étienne Louis Vigée, à Paris, rue Coq-Héron.
Dès cet âge, la jeune Élisabeth dessine partout, sur ses cahiers, sur les murs de son école.
Entre 1758 et 1762
La famille Vigée emménage rue de Cléry.
En 1760
Elisabeth entre au couvent de la Trinité, faubourg Saint-Antoine.
Le 16 juillet 1760
Naissance de Pierre Louis Le Brun, dit Le Brun de Villeneuve ( troisième fils de la fratrie Le Brun qui compte six garçons).
Le 8 août 1761
Son père, Louis Vigée, achète une maison à Neuilly.
En 1762
Vers l’âge de sept ou huit ans, Louis Vigée s’extasie devant un dessin de sa fille et prophétise qu’elle sera peintre.
En 1766
À onze ans, après sa première communion, la jeune fille quitte le couvent et vient vivre aux côtés de ses parents, rue de Cléry.
Le 9 mai 1767
Mort de Louis Vigée. Alexandre Vigée, son frère, est nommé tuteur des enfants, et Jeanne Maissin, sa mère, tutrice.
Inconsolable de la mort de son père , Élisabeth décide de s’adonner à ses passions, la peinture, le dessin et le pastel.
Le premier professeur d’Élisabeth avait été son père, c’est un autre peintre, Gabriel-François Doyen, meilleur ami de la famille et célèbre en son temps comme peintre d’Histoire, qui l’encourage à persévérer dans le pastel et dans l’huile, conseil qu’elle suivra.
Elisabeth est influencée par l’œuvre de Pierre-Paul Rubens (1577-1640), en particulier par le portrait de sa femme Hélène Fourment intitulé Le Chapeau de Paille (1622) :
Le 24 décembre 1767
Un contrat de mariage est signé entre sa mère, Jeanne Maissin, et Jacques François Le Sèvre, orfèvre joaillier.
En 1768
Sa mère se remarie avec un joaillier fortuné, Jacques-François Le Sèvre (1724–1810).
La famille Vigée-Le Sèvre emménage rue Saint-Honoré, face au Palais-Royal. Elisabeth dessine chez madame Bocquet et dans l’atelier de Briard. Elle réalise un portrait de sa mère en sultane.
En 1769
C’est certainement conseillée par Doyen, qui connaissait bien Gabriel Briard, pour avoir eu le même maître, Carl Van Loo, qu’Élisabeth se rend, à l’âge de quatorze ans, chez ce dernier. Briard est membre de l’ Académie royale de peinture , et donne volontiers des leçons, même s’il n’est pas encore professeur. Peintre médiocre, il a surtout la réputation d’être un bon dessinateur et possède en plus un atelier au Louvre ; Élisabeth fait de rapides progrès et déjà, on commence à parler d’elle.
C’est au Louvre, où Gabriel Briard a un atelier, qu’elle fait la connaissance de Joseph Vernet, artiste célèbre dans toute l’ Europe; à cinquante-six ans, il est l’un des peintres les plus courus de Paris, et ses conseils font autorité; il ne manquera pas de lui en prodiguer
« J’ai constamment suivi ses avis ; car je n’ai jamais eu de maître proprement dit »
Elisabeth Vigée
Quoi qu’il en soit, il consacrera de son temps à la formation de Mademoiselle Vigée. Et comme Joseph Vernet ainsi que Jean-Baptiste Greuze, qui s’intéresse aussi à elle, le lui ont conseillé, elle va admirer les chefs-d’œuvre du Luxembourg ; de plus la renommée de ces peintres lui ouvre toutes les portes des collections d’art privées princières et aristocratiques à Paris, où elle peut étudier à loisir les grands maîtres, copier des têtes de Rembrandt, Van Dyck ou Greuze, étudier les semi-tons, ainsi que les dégradations sur les parties saillantes d’une tête, elle écrira :
« On pourrait exactement me comparer à l’abeille tant j’y récoltais de connaissances… ».
Toute sa vie ce besoin d’apprendre ne la quittera pas, car elle a compris qu’un don se travaille. Déjà on lui commande des portraits et elle commence à gagner sa vie.
En 1770
Elle a quinze ans quand elle peint son premier chef-d’œuvre, un portrait de sa mère (collection privée).
Le 16 mai 1770
Le Dauphin Louis-Auguste, petit-fils du Roi Louis XV, épouse Marie-Antoinette d’Autriche à Versailles.
À la même époque
La famille Le Sèvre-Vigée s’installe rue Saint-Honoré, face au Palais-Royal. Élisabeth s’établit, à quinze ans, comme peintre professionnelle et les commandes affluent. Deux dames richissimes la prennent alors sous leur protection : madame de Verdun, épouse d’un fermier général mais surtout une princesse du Sang, et Louise-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre (1753-1821), épouse du duc de Chartres et qui n’a que deux ans de plus qu’elle.
Avant 1771
Mademoiselle Vigée est reçue chez Helvétius avec Anne Catherine Le Preudhomme de Chastenay (1754-1824), sa «plus ancienne amie».
Elle refuse fréquemment les commandes de portraits que lui font les galants pour la rencontrer. Issue de la petite bourgeoisie, elle trouve sa place au milieu des grands du royaume dont les premiers, le Roi et ses frères et sœurs, la Reine et les principaux membres de la famille royale sont de sa génération. Élisabeth prend l’habitude de dresser la liste des portraits qu’elle a peint dans l’année. Ainsi, il est possible de savoir qu’en 1773, elle en a fait vingt-sept.
Le 10 mai 1774
Mort de Louis XV.
Le 25 octobre 1774
Elisabeth est admise à l’Académie de Saint-Luc.
Le 9 août 1775
Elisabeth offre à l’Académie Royale deux portraits; en récompense, elle est admise aux séances publiques de l’Académie.
Dimanche 11 juin 1775
Louis XVI est sacré à Reims.
Le 11 janvier 1776
Elisabeth Vigée épouse (avec dispense de fiançailles) Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, lointain neveu du peintre Lebrun qui travailla pour Louis XIV, en l’église Saint-Eustache de Paris. S’il est mauvais époux, joueur invétéré, coureur de jupons insatiable, exploitant la célébrité de son épouse et mauvais peintre à ses heures, il devient en revanche un marchand de tableaux très talentueux qui fait beaucoup pour la carrière de sa talentueuse épouse.
« Quand elle travaille, c’est la passion de son art qui l’anime, le besoin de créer, non l’intérêt. C’est toujours son mari qui s’empare de l’argent qu’elle gagne, en lui promettant de le faire valoir dans son commerce. Le plus souvent elle ne garde que six francs dans sa poche, et, un jour qu’on lui envoie douze mille francs pour un portrait, comme elle prie son mari de lui laisser deux louis, il les refuse, prétendant avoir besoin de la somme entière pour solder tout de suite un billet ! Le Brun, grand libertin épris de luxe autant que de luxure, aime paraître et, pour cela, il a besoin de revenus de sa femme. Sans doute Élisabeth a-t-elle compris que sa liberté est à ce prix, car elle ne se plaint pas.»
Elle peint le portrait du comte de Provence et douze répliques de ce tableaux, ainsi que des copies d’effigies de la Reine réalisées par d’autres peintres… elle s’entraîne donc à devenir ce qu’elle sera !
Le 30 novembre 1776
Élisabeth est admise à travailler pour la Cour.
Le 18 février 1777
Anne Catherine Le Preudhomme de Chastenay épouse Jean-Jacques de Verdun, seigneur de Montchiroux, fermier général adjoint.
Du 17 mai au 6 juin 1778
Séjour de Marie-Antoinette à Marly :
« Un matin, à Marly, j’ai rencontré la reine Marie-Antoinette qui se promenait avec plusieurs dames de sa Cour. Toutes étaient en robes blanches, et si jeunes, si jolies, qu’elles me firent l’effet d’une apparition .»
Mémoires d’Elisabeth Vigée Le Brun
« Votre grand portrait fait mes délices »
par Emma Defontaine
A Vienne l’Impératrice Marie-Thérèse presse Marie-Antoinette de lui faire parvenir de France « un beau portrait en grand », c’est-à-dire en pied, «pour une salle où toute la famille est en grand ». A Versailles, Marie-Antoinette multiplie les séances de pose et se désole qu’aucun peintre ne parvienne à fixer la vivacité des traits de Son visage :
« C’est bien à moi de me désoler de n ‘avoir pas encore trouvé un peintre qui attrape ma ressemblance, les peintres me tuent et me désespèrent ! »
Marie-Antoinette à Sa mère
Images de Jeanne du Barry (2023) de Maywenn
Mais Son apparence est d’autant plus difficile à attraper que Marie-Antoinette est vive et impatiente et n‘aime poser. C’est en 1778 que la Reine rencontre le peintre qui va enfin Lui donner le portrait tant attendu. Il s’agit d’Elisabeth Vigée Le Brun. Du même âge que Marie-Antoinette, la jeune artiste devient au fil des séances de pose, l’amie de la Reine. De son pinceau moelleux et par l’usage d’un blanc lumineux, elle révèle la noblesse, la jeunesse, la grâce et l’éclat du teint de Marie-Antoinette. En portant juste un collier et des bracelets de perle, la jeune femme rayonne. C’est un succès.
L’Impératrice après avoir reçu le portrait de sa fille, écrit le 1er avril 1779, «Votre grand portrait fait mes délices ! » Sur ce portrait Marie-Antoinette est âgée de vingt deux ans. Elle porte le grand habit de Cour, une superbe robe à panier de satin blanc. A droite, la couronne royale repose sur un coussin, devant un bouquet dont la Reine a prélevé une rose qu’Elle tient à la main. La traîne fleurdelisée de la Reine est audacieusement traitée comme une gaze légère et aérienne se devinant à peine à l’arrière de la robe.
« C’est en 1779 que j’ai fait pour la première fois le portrait de la Reine, alors dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté. À la première séance, l’air imposant de la Reine m’intimida d’abord prodigieusement ; mais S.M. me parla avec tant de bonté que sa grâce si bienveillante dissipa bientôt cette impression. C’est alors que je fis le portrait qui la représente avec un grand panier, vêtue d’une robe de satin et tenant une rose à la main. Ce portrait était destiné à son frère, l’empereur Joseph II, et la reine m’en ordonna deux copies : l’une pour l’impératrice de Russie, l’autre pour ses appartements de Versailles ou de Fontainebleau. »
Souvenirs d’Élisabeth Vigée Le Brun
Le 3 juillet 1778
Jean-Baptiste Le Brun signe l’acte d’achat de l’hôtel Lubert.
Le peintre François Guillaume Ménageot en occupera un appartement, dès cette année 1778.
Les mémoires d’Élisabeth Vigée Le Brun comportent des anecdotes touchantes sur leur relations :
« Sa Majesté finissait sa toilette; elle tenait un livre à la main pour faire répéter une leçon à sa fille, la jeune Madame. Le cœur me battait; car j’avais d’autant plus peur que j’avais tort. La reine se tourna vers moi et me dit avec douceur:
-Je vous ai attendue hier toute la matinée, que vous est-il donc arrivé?
–Hélas! madame, répondis-je, j’étais si souffrante que je n’ai pu me rendre aux ordres de Votre Majesté. Je viens aujourd’hui pour les recevoir, et je repars à l’instant.
-Non! non! ne partez pas, reprit la reine; je ne veux pas que vous ayez fait cette course inutilement.
Elle décommanda sa calèche et me donna séance. Je me rappelle que dans l’empressement où j’étais de répondre à cette bonté, je saisis ma boîte à couleurs avec tant de vivacité qu’elle se renversa; mes brosses, mes pinceaux tombèrent sur le parquet; je me baissais pour réparer ma maladresse.
-Laissez, laissez, dit la reine, vous êtes trop avancée dans votre grossesse pour vous baisser; et, quoi que je pusse dire, elle releva tout elle-même.»Elisabeth Vigée Le Brun, Mémoires
Le 12 février 1780
Élisabeth Vigée Le Brun donne naissance à sa fille Jeanne-Julie-Louise (1780-1819) à l’hôtel Lubert. Madame de Verdun assiste son amie. Elle continue à peindre pendant les premières contractions et, dit-on, lâche à peine ses pinceaux pendant l’accouchement. Dès le lendemain l’enfant est placé en nourrice à Neuilly.
Les époux Le Sèvre sont toujours locataires de leur gendre.
Son succès ne se dément pas. Ses portraits de femmes, à la fois ressemblants et flatteurs, lui attirent la sympathie de la Reine, sa contemporaine exacte, qui fait d’Elle non seulement Son peintre favori mais aussi Son peintre officiel.
En mai-juin 1781
Les époux Le Brun font un voyage en Hollande. Elisabeth peint sur place son autoportrait dit au chapeau de paille.
Elle multiplie les originaux et les copies. Certaines toiles restent la propriété du Roi, d’autres sont offertes aux familiers, aux ambassadeurs et aux cours étrangères. Toutes concourent à répandre à travers le monde l’image de la Reine en même temps que le talent de Son peintre.
Le 22 octobre 1781
Naissance du Dauphin Louis-Joseph (1781-1789).
En 1782
Elisabeth réalise le portrait de madame du Barry à la couronne de fleurs.
Les 24 et 25 février 1783
On représente à Versailles Les Aveux Difficiles d’Etienne Vigée.
En mars 1783
Le jardinier Thomas Blaikie se rend à Gennevilliers. Il affirme dans son journal que madame Le Brun est la maîtresse de Vaudreuil…
Le 31 mai 1783
Ce sera la protection de Marie-Antoinette, traduite par un ordre de Louis XVI qui lui permet d’être reçue à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture en même temps que sa concurrente Adélaïde Labille-Guiard et contre la volonté de Pierre, premier peintre du Roi. Élisabeth présentera une peinture (alors qu’on ne lui en demandait pas), la Paix ramenant l’abondance (Musée du Louvre), pour être admise en qualité de peintre d’Histoire.
Cette belle composition, réalisée trois ans plus tôt, aurait implicitement dû lui donner le titre convoité de peintre d’Histoire, mais elle sera reçue sans qu’aucune catégorie soit précisée. Un tel succès a des contreparties: on médit, on présente l’artiste comme une débauchée, suspectée d’être de toutes les orgies, d’être une dépensière qui se chaufferait en brûlant des billets et des lambris dorés, d’être l’amante de tout Paris.
« Madame Lebrun est jolie, elle a de l’esprit, elle est très aimable, en voilà plus qu’il n’en faut pour lui procurer une brillante société. Dernièrement elle avait un concert où chantait M. Garât; Messieurs de Vaudreuil, de Gallifet, de Polignac, grand nombre désagréables de la cour y étaient. C’était le jour du bal de la reine. Ces messieurs convinrent qu’on s’amusait infiniment plus chez Madame Lebrun qu’à Versailles, qu’ils resteraient chez elle tant qu’elle voudrait, et en effet ils ne se rendirent chez Sa Majesté qu’à deux ou trois heures du matin, ce qui avait formé pour ce jour un vide dans la fête. »
Les Mémoires secrets
En 1783
Séduite par les portraits que Sa peintre a effectués des membres de Sa famille et de Ses amies, en gaulle, la tenue qu’Elle a contribué à mettre à la Mode, Marie-Antoinette a souhaité se faire ainsi représenter.
Images de la série Marie-Antoinette (2025, Canal +)
Ce tableau de la Reine en «robe de gaulle» exposé au Salon de l’Académie cette même année, 1783, est source de critiques nombreuses : la tenue de Marie-Antoinette est considérée comme indécente.
Disposant de peu de temps, l’artiste substitue donc à l’œuvre jugée indécente un nouveau portrait où Marie-Antoinette paraît avec le même visage, dans la même attitude, cette fois-ci au devant d’un paysage, mais surtout vêtue d’une robe couleur «suie des cheminées de Londres» dont le taffetas de soie garni de dentelles et la façon à la française ne pouvait que satisfaire les soyeux lyonnais, qui commençaient déjà à prétendre que la Reine voulait leur ruine…
Madame Le Brun qui a installé dans notre inconscient une image convenue de Marie-Antoinette reconnaît toutefois que «ses traits n’étaient point réguliers. Elle tenait de sa famille cet ovale long et étroit particulier a la nation autrichienne (sic). Elle n’avait point de grands yeux, leur couleur était presque bleue. Son regard était spirituel et doux, son nez était fin et joli (sic) et sa bouche n’était pas trop grande quoique les lèvres fussent assez fortes. Mais ce qu’il y avait de plus remarquable dans son visage, c’était l’éclat de son teint. Je n’en ai jamais vu d’aussi brillant, et brillant est le mot car sa peau était si transparente qu’elle ne prenait point d’ombre.»
Avec l’expérience et les années Élisabeth a acquis une vision de la femme qu’elle se plait à représenter dans ses tableaux et ses portraits. Le vêtement doit s’effacer au profit de la beauté. Les corps sont libres de toute entrave, la coiffure est sans apprêt, le visage sans maquillage excessif. Les attitudes des femmes peintes ne sont plus raides et compassées mais sentimentales et déliées. C’est un retour au naturel. Elle a l’art de mettre en scène le paré négligé.
Le 21 septembre 1783
Des couplets attaquant Mesdames Guiard, Coster et Le Brun sont vendus au Louvre.
La rumeur donnait Élisabeth pour maîtresse au contrôleur général des finances Calonne qui avait très mauvaise presse … Elle a peint ce ministre assis, jusqu’à mi-jambes, ce qui a fait dire à mademoiselle Arnould :
« Madame Lebrun lui a coupé les jambes afin qu’il reste en place !»
Dans ses mémoires, la célèbre peintre fait état d’un certain nombre de rumeurs et de calomnies qui auraient été suscitées par ce tableau et par les récents travaux initiés par son mari dans leur logement de la rue Cléry.
« Je me vis en butte en cette occasion à des calomnies du genre le plus odieux; d’abord on fit courir mille contes absurdes sur le paiement du portrait; les uns prétendaient que le contrôleur-général m’avait donné un grand nombre de ces bonbons qu’on appelle papillotes, enveloppés dans des billets de caisse; d’autres, que j’avais reçus, dans un pâté, une somme assez forte pour ruiner le trésor; enfin, mille versions plus ridicules les unes que les autres. (…) J’étais harcelée de libelles, qui tous m’accusaient de vivre une liaison intime avec M. de Calonne.»
Souvenirs d’Elisabeth Vigée Le Brun
En janvier 1784
Le comte de Vaudreuil acquiert le domaine de Gennevilliers. Elisabeth réalise son portrait.
Le 3 juillet 1784
Jean-Baptiste Le Brun est promu «garde des tableaux» du comte d’Artois.
Naissance de la seconde fille d’Elisabeth qui ne vit que trois mois.
Vaudreuil est avant tout client du marchand d’art Le Brun, mari de l’artiste. Il parraine son frère Étienne qui se lance dans la carrière de poète. Comme il faut bien vivre, il place Étienne en 1784 comme secrétaire auprès de Madame et son épouse devient femme de chambre de Madame Royale. Le comte de Vaudreuil a été l’amant de Madame Le Brun au début des années 1780…
Le 19 octobre 1784
Etienne Vigée (1758-1820) épouse Suzanne de Rivière (1764-1811) fille du chargé d’affaires de l’ambassade de Saxe.
Le 27 mars 1785
Naissance de Louis-Charles, duc de Normandie, Dauphin en 1789 et déclaré Roi de France en 1793 par les princes émigrés sous le nom de Louis XVII.
En 1785
L’architecte Raymond dirige des travaux d’aménagement à l’hôtel Lubert qui devient l’hôtel Le Brun.
En septembre 1785
Elisabeth s’absente trois mois de Paris.
Les Bâtiments du Roi lui commande le portraits de Marie-Antoinette et de Ses enfants.
En 1785
Madame Vigée Le Brun expose au Salon du Louvre un superbe portrait, celui de la baronne de Crussol. La baronne de Crussol, née Bonne-Marie-Joséphine Bernard de Boulainvilliers (1752-1829), épouse du baron de Crussol, lieutenant du Régiment du Roi, tient entre ses mains la partition d’Écho et Narcisse de Gluck. De nombreuses références à la Reine dans cette peinture : le fichu « à la Marie-Antoinette » qui illumine le visage de la baronne et le fait que Glück jouisse de la protection de Sa Majesté ne sont que quelques exemples.
La robe doublée en fourrure noire et la dentelle sur la manche et le mouchoir blancs témoignent de la parfaite maîtrise du jeu de lumières et d’ombres qui fait ressortir toute la richesse de la robe.
Mais il y a quelque chose d’autre qui lie la baronne à Marie-Antoinette : le fait qu’elle et ses sœurs, Mesdames de Clermont-Tonnerre et de Rochechouart-Faudoas, sont les filles de la Marquise Bernard de Boulainvilliers, celle qu’elle avait pratiquement adoptée Jeanne Valois de La Motte. Parmi les nombreuses accusations et les histoires de Jeanne dans ses mémoires, il y a quelque chose qui concernait précisément la baronne de Crussol. En effet, on peut lire dans le texte que la baronne, dans les plans de la Reine, aurait dû initialement jouer le rôle de sosie tournant ensuite par mademoiselle Nicole Legay, dite, baronne d’Oliva. Madame de Genlis écrit à propos de la baronne de Crussol :
« Madame la baronne de Crussol n’avait ni l’esprit ni le charme de sa mère. Dans sa famille, elle était jugée belle, elle avait une de ces figures qui semblent devoir l’être lorsqu’ils la décrivent, mais qui ne le sont que dans une description bienveillante, lorsque l’on élimine tout ce qui l’embruit. Elle était grande, elle était très blanche ; elle avait de grands yeux et une petite bouche, mais sa corpulence avait de la rigidité et son apparence de la maladresse. Son coloris était blanc et insipide, ses yeux ronds et saillie, sa silhouette entière était dépourvue d’expressivité physique et de grâce.»
La comtesse de Genlis
La baronne est décédée en 1829 et ne doit pas être confondue avec Claude-Louise-Angélique Bersin, marquise de Crussol d’Amboise qui a monté à la guillotine avec Madame Elisabeth.
En 1787, lorsqu’Élisabeth Louise Vigée-Le Brun présente son dernier autoportrait au prestigieux Salon de Paris, le Salon est consterné. Un scandale. Dans ce document, ses lèvres sont entrouvertes dans un sourire sage alors qu’elle berce sa jeune fille, dégageant une intimité maternelle. Le scandale ? Ses dents. En effet, l’autoportrait de la peintre avec sa fille Julie est le tout premier vrai sourire de l’art occidental où l’on voit les dents. Depuis l’Antiquité, les représentations de bouches avec des dents existent dans l’art, mais toujours sous un jour négatif ou subversif : sujets incapables de contrôler leurs émotions (peur, rage, extase) ou encore pour peintures de genre, images irrévérencieuses, etc. des portraits classiques de la « classe supérieure », ou une refonte de la mère et de l’enfant, l’un des motifs les plus anciens du canon occidental.
«Le tableau a choqué parce qu’il ignorait les règles relatives à la représentation faciale»
, explique l’historien Colin Jones.
« L’idée du sourire avec les dents visibles n’était pas vraiment nouvelle, mais identifier réellement madame Vigée Le Brun à ce simple geste est considéré comme un rejet des règles de l’art occidental. »
Le 9 juillet 1786
Naissance de la princesse Sophie-Hélène-Béatrix, dite Madame Sophie, dernier enfant de Marie-Antoinette.
Le 10 août 1786
Le peintre américain John Trumbull (1756-1843) est reçu chez le couple Le Brun avec le comte de Vaudreuil, Ménageot et David.
Le 15 août 1786
Trumbull dîne avec Vaudreuil en compagnie de madame Vigée Le Brun , l’abbé de Saint-Nom, le comte de Paroy, Ménageot, Hubert Robert.
Des dîners ont lieu chez le maréchal de Noailles, le duc de Nivernais.
L’été 1786
Elisabeth Le Brun séjourne au «Moulin-Joli».
« La dernière séance que j’eus de Sa Majesté me fut donnée à Trianon, où je fis sa tête pour le grand tableau dans lequel je l’ai peinte avec ses enfants. (…). Après avoir fait la tête de la reine, ainsi que les études séparées du premier dauphin, de Madame Royale et du duc de Normandie, je m’occupai aussitôt de mon tableau auquel j’attachais une grande importance, et je le terminai pour le salon de 1788. La bordure ayant été portée seule, suffit pour exciter mille mauvais propos : «Voilà le déficit», disait-on ; et beaucoup d’autres choses qui m’étaient rapportées et me faisaient prévoir les plus amères critiques. Enfin j’envoyai mon tableau ; mais je n’eus pas le courage de le suivre pour savoir aussitôt quel serait son sort, tant je craignais qu’il ne fût mal reçu du public; ma peur était si forte que j’en avais la fièvre. J’allait me renfermer dans ma chambre, et j’étais là, priant Dieu pour le succès de «ma» famille royale, quand mon frère et une foule d’amis vinrent me dire que j’obtenais le suffrage général. Après le salon, le roi ayant fait apporter ce tableau à Versailles, (…) eut la bonté de causer longtemps avec moi, de me dire qu’il était fort content; puis il ajouta, en regardant encore mon ouvrage : Je ne me connais pas en peinture ; mais vous me la faites aimer. Mon tableau fut placé dans une des salles du château de Versailles, et la reine passait devant en allant et en revenant de la messe. À la mort de monsieur le dauphin (au commencement de 1789), cette vue ranimait si vivement le souvenir de la perte cruelle qu’elle venait de faire, qu’elle ne pouvait plus traverser cette salle sans verser des larmes; elle dit à M. d’Angevilliers de faire enlever ce tableau; mais avec sa grâce habituelle, elle eut soin de m’en instruire aussitôt, en me faisant savoir le motif de ce déplacement. C’est à la sensibilité de la reine que j’ai dû la conservation de mon tableau ; car les poissardes et les bandits qui vinrent peu de temps après chercher Leurs Majestés à Versailles, l’auraient infailliblement lacéré, ainsi qu’ils firent du lit de la reine, qui a été percé de part en part ! »
Mémoires d’Elisabeth Vigée Le Brun
L’hiver 1786
Elisabeth Le Brun séjourne chez madame du Barry.
Une campagne de calomnie contre madame Le Brun commence…
En 1787
Jean-Baptiste Le Brun devient «garde et directeur général des tableaux du duc d’Orléans», le futur Philippe-Egalité.
En 1787
Elisabeth interprète le rôle de Rose dans Rose et Colas sur la scène du théâtre de Gennevilliers.
Son atelier à l’hôtel Le Brun est en réfection.
Ménageot est nommé directeur de l’Académie de France à Rome.
Le 18 juin 1787
La mort de Madame Sophie avant son premier anniversaire
Elisabeth, qui avait placé la petite princesse dans le berceau sur le tableau familial de Marie-Antoinette et Ses enfants, doit l’en effacer… et le Dauphin qui mettait un doigt devant la bouche pour demander le silence pour sa petite sœur qui dormait, déplie désormais le bras pour montrer ce berceau vide…
« Le portrait de Marie-Antoinette et Ses enfants , commandé le 12 septembre 1785, a été fixé au prix colossal pour l’époque de 18000 livres. On peut dire que le principe générateur de cette œuvre de circonstance est la raison d’état, contrairement aux précédents portraits de la Reine qui sont des commandes plus intimes …
Ces 18000 livres sont plus chères que ce que le Roi n’allouait pour les plus importants tableaux d’Histoire (c’est le critère de noblesse absolue d’une œuvre , à l’époque ) et représentent 4000 livres de plus que pour le portrait que Wermüller réalisa des mêmes modèles (sans Louis-Charles) , dans les jardins de Trianon…
Un acompte de 6000 livres fut versé à l’artiste , à valoir sur le prix total ; le reliquat (à savoir la figure de la petite Madame Sophie qui a été effacée du berceau que montre Louis-Joseph) , malgré les demande réitérées de Madame Le Brun et de son mari,, ne fut jamais parfaitement acquitté.
La correspondance échangée sous diverses administrations entre Le Brun et sa femme et les responsables du règlement de cette dette , ainsi que l’inscription de Madame Le Brun sur le Grand Livre de la Dette Publique seront publiées ultérieurement dans le catalogue raisonné.
Il est à noter qu’Adélaïde Labille-Guiard, grande rivale d’Élisabeth s’il en est, n’a reçu , en 1787, pour son grand portrait de Madame Adélaïde que la somme de 5000 livres… »
Selon les rapports de valeurs que donne Évelyne Lever dans son livre sur l’Affaire du Collier , cette somme de 18000 livres équivaudrait environ à 80 000 euro selon les calculs que j’en ai faits…
Louis XVI admiratif devant les portraits de ceux qui lui sont chers fera à l’artiste le plus beau des compliments :
« Je ne connais rien à la peinture mais vous me la faites aimer.»
En janvier 1788
Déjeuner chez la comtesse d’Angiviller en l’honneur des arts.
Madame Le Brun improvise chez elle un «souper grec» dont le récit fait le tour de l’Europe.
Le prochain portrait de la Reine a des vues politiques. On craint alors pour la santé du Roi, et si Louis-Joseph venait à lui succéder, Marie-Antoinette devrait être nommée régente. C’est à cette aptitude que vise ce tableau, qui est rempli de symboles. On peut noter la trilogie de couleurs : bleu, blanc et rouge.
En juin 1788
Elisabeth demeure quinze jours à Malmaison chez madame Le Coulteux dont elle fait le portrait :
Pour peindre son portrait, madame du Molay (1753-1801) s’adresse à son amie Elisabeth Vigée Le Brun. Elle était née Sophie Le Couteulx de la Noray et avait épousé en 1769 son cousin Jean Le Couteulx du Molay, propriétaire du château de Malmaison de 1771 à 1799, date à laquelle il sera vendu à Napoléon Bonaparte, alors premier consul. C’est à Malmaison, où elle séjourna de nombreuses fois, que l’artiste exécute l’effigie de celle qu’elle considère comme l’une des femmes les plus élégantes de Paris.
En mars 1789
Publication d’une correspondance apocryphe et calomnieuse entre madame Vigée Le Brun et Calonne.
Le 5 mai 1789
Ouverture des États-Généraux.
Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.
Le 4 juin 1789
Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.
En juin 1789
Elisabeth se réfugie chez Alexandre Théodore Brongniart. Elle voit les bustes de Necker et du duc d’Orléans portés en triomphe.
Vers le 13 juillet 1789
Elle se repose durant deux semaines chez Jean-Baptiste et Catherine Rivière, les beaux-parents de son frère, rue de la Chaussée-d’Antin.
Le 14 juillet 1789
Prise de la Bastille.
Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1789
Départ du comte d’Artois pour les Pays-Bas et du comte de Vaudreuil et des Polignacs pour la Suisse.
La nuit du 4 août 1789
Abolition des privilèges.
Le 26 août 1789
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
À l’été 1789
Élisabeth Vigée Le Brun se trouve à Louveciennes chez la comtesse du Barry, la dernière maîtresse de Louis XV dont elle a commencé le portrait, lorsque les deux femmes entendent le canon tonner dans Paris. elle n’achèvera ce tableau qu’en 1814.
L’ancienne favorite se serait écriée :
«Du temps du Roi Louis XV, les choses ne se seraient pas passées ainsi ! »
Le 21 septembre 1789
Elisabeth participe au «don patriotique» des femmes artistes à la Nation.
Le 5 octobre 1789
Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.
La famille royale se replie dans le château…
Le 6 octobre 1789
Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.
La famille royale est ramenée de force à Paris.
Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.
Dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789
Alors que la famille royale est ramenée de force à Paris, Élisabeth quitte la capitale avec sa fille, Julie, âgée de neuf ans, et cent louis, laissant derrière elle son époux qui l’encourage à partir, ses peintures et sa fortune.
Elle dira plus tard de la fin de l’ Ancien Régime :
« Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées. »
Élisabeth quitte Louveciennes avec Julie. La voiture est secondée par Le Brun, Etienne Vigée et Hubert Robert qui voyagent à cheval. Elle atteint Lyon, puis Chambéry. Jamais, au cours de ses pérégrinations, elle ne souffre de solitude. Sa réputation de peintre est telle que partout, elle est reçue. De plus, elle retrouve nombre de ses relations, qui, comme elle, ont fui la Révolution. Pour échapper à la révolution française, Elisabeth arrive en Italie et elle y restera douze ans. Ella a ainsi l’occasion de visiter de nombreuses villes italiennes, parmi lesquelles Florence : pendant son séjour, «les visites de la galerie des Médicis et du palais Pitti m’ont donné une telle joie que j’ai réussi à m’en détacher pour aller voir les autres beautés de la ville.»
Aux Offices, Elisabeth admire aussi «les portraits des peintres modernes peints par eux-mêmes, et ils me firent l’honneur de me demander le mien pour la ville de Florence.» Pour la célèbre collection des Offices, la peintre se représente au travail devant un portrait en voie d’exécution de la Reine Marie-Antoinette.
Le commentaire du chevalier Giuseppe Bencivenni Pelli, directeur des Galeries Fiorentines, est enthousiaste, un portrait «avec une franchise et une intelligence singulière, vagues semblent sortir du pinceau d’un homme de grand mérite, plus que celui d’une femme.»
Le 16 mars 1790
Elisabeth se promène à Frascati et fait des excursions en compagnie du peintre créole Guillaume Guillon Lethière.
Début avril 1790
Elle est reçue à l’Academia di San Lucia.
Le 7 avril 1790
Elle part pour Naples.
L’artiste part en exil à Florence, à Rome puis à Venise.
Ce portrait en pied de la comtesse Skavronska est peint à Naples en 1790.
En tant que portraitiste attitré de la Reine Marie-Antoinette, Elisabeth Vigée Le Brun immortalise les traits de la comtesse Skavronskaia au temps de sa splendeur. Elle commence alors un voyage qui la mène dans les cours d’Europe. À Naples, elle est accueillie par le comte Skavronsky, ambassadeur de Pologne. Ce dernier lui fait promettre de réaliser le portrait de sa femme, une femme d’une extrême élégance mais à l’esprit rétréci, à en croire ses contemporains. L’artiste note d’ailleurs dans son journal :
« La comtesse était douce et jolie comme un ange… Le jour, elle restait constamment oisive ; elle n’avait aucune instruction, et sa conversation était des plus nulles : en dépit de tout cela, grâce à sa ravissante figure et à une douceur angélique, elle avait un charme invincible ».
Qui s’en douterait devant l’extraordinaire subtilité de l’œuvre : délicatesse de la touche, harmonie des couleurs. La dominante de tons bleus et verts donne à cette peinture une noble froideur évitant toute mièvrerie.
Début août 1790
Elisabeth repart à Rome.
Le 15 août 1790
Elle revient à Naples à la demande de la Reine Marie-Caroline.
« Il me fallut attendre le beau temps pour visiter les environs. M. Ménageot alors me mena à Tivoli avec ma fille et Denis le peintre. Ce fut une charmante partie. Nous allâmes d’abord voir les cascatelles, dont je fus si enchantée que ces messieurs ne pouvaient m’en arracher. Je les crayonnai aussitôt avec du pastel, désirant colorer l’arc-en-ciel qui ornait les chutes d’eaux’. Après avoir dormi à l’auberge, la compagnie revint sur le site: ‘De grand matin nous retournâmes aux cascatelles, où je finis mon esquisse … j’entendais le bruit des cascades qui me berçaient délicieusement.»
Elisabeth Vigée Le Brun
Simon Denis profite ainsi de l’une de ces deux journées pour saisir «dal vero» son amie dessinant avec, à ses côtés, sa fille Julie, surnommée Brunette et la gouvernante qui tente de se protéger des rayons du soleil.
Denis a aussi le temps de réaliser deux croquis à la craie noire: l’un que nous présentons ici et un autre représentant Julie assise et portant l’inscription «Brunette entre les pierres/aux cascatelles».
En décembre 1790
La Reine Marie-Caroline et une de ses filles posent pour Elisabeth.
Comme tous les Français de passage à Turin Elisabeth est déçue et accablée par l’impression de tristesse du couple héritier. Madame Vigée Le Brun obtient une audience de la princesse Clotilde dans l’espoir de la peindre …
…« mais qu’ayant entièrement renoncé au monde, elle ne se ferait pas peindre. Ce que je voyais d’elle en effet, me semblait parfaitement d’accord avec ses paroles et ses résolutions ; cette princesse s’était fait couper les cheveux ; elle avait sur la tête un petit bonnet qui de même que toute sa toilette était le plus simple du monde. Sa maigreur me frappa d’autant plus que je l’avais vue très jeune avant son mariage, et qu’alors son embonpoint était si prodigieux, qu’on l’appelait en France appeler Le Gros Madame. Soit qu’une dévotion trop austère, soit que la douleur que lui faisaient éprouver les malheurs de sa famille, eussent causé ce changement, le fait est qu’elle n’était plus reconnaissable.»
En février 1791
Elisabeth fait l’ascension du Vésuve.
En mars 1791
Elle est de retour à Rome où elle fait les portraits de Mesdames Adélaïde et Victoire, vers le 20 juin…
Le 20 juin 1791
La famille royale s’enfuit des Tuileries vers Montmédy.
Le 21 juin 1791
Le Roi et la Reine sont arrêtés à Varennes.
Le 25 juin 1791
La famille royale rentre à Paris sous escorte.
Fin 1791
Elisabeth va en Autriche, à Vienne, d’où elle ne pense pas partir. Toutefois, l’ambassadeur de Russie l’invite à se rendre en Russie.
1791-1792
Nouveau séjour d’Elisabeth à Naples.
Le 14 avril 1792
Elisabeth quitte Rome.
Le 15 avril 1792
Elle fait étape à Civita Castellana.
Le 16 avril 1792
Elle fait étape à Terni en passant par Nami.
Le 17 avril 1792
Elle part pour Spolète.
Vers le 18 avril 1792
Elle visite Foligno. Elle se dirige vers Pérouse et «dîne» à Trasimène.
Lors de son second séjour à Florence, elle rend visite au savant Fontana et réside quelques jours à Sienne.
En mai 1792
Elle est à Parme, où elle est reçue à l’Academia et fait route vers Mantoue.
Le 19 mai 1792
Elisabeth arrive à Venise.
Le 20 juin 1792
La foule parisienne envahit les Tuileries pour faire lever le veto.
Le Roi refuse.
En juin-juillet 1792
Madame Le Brun fait un second séjour à Turin.
En août 1792
Son nom est inscrit sur la liste des émigrés du département de Paris: elle perd ses droits civiques. Afin de sauvegarder leurs biens, son mari demande le divorce.
Le 10 août 1792
Sac des Tuileries.
Le Roi est suspendu de ses fonctions.
Le 13 août 1792
La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles: quatre pièces du couvent seulement leur étaient dédiées… pendant trois jours.
Fin août 1792
Jean-Baptiste Rivière, frère de Suzanne, arrive souffrant à Turin.
Le 3 septembre 1792
Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.
Massacres de septembre dans les prisons de Paris
Le 20 septembre 1792
Victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.
Le 21 septembre 1792
Abolition de la royauté.
En octobre 1792
Elisabeth est privée de la nationalité française.
Fin 1792
Madame Le Brun et son entourage s’installent dans le centre de Vienne.
Le 11 décembre 1792
Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois.
Du 16 au 18 janvier 1793
La Convention vote la mort du Roi. Philippe Égalité est l’un de ceux qui ont donné leur voix pour la peine capitale.
Le lundi 21 janvier 1793
Exécution de Louis XVI
Élisabeth est toujours à Vienne. Tout en travaillant de façon acharnée, elle reste une mondaine aimant la fréquentation des aristocrates. Les Russes et les Polonais qu’elle rencontre s’expriment en un français parfait.
Au printemps 1793
Elisabeth séjourne à Hietzing, près de la famille Polignac.
Etienne Vigée compose un poème sur la mort de Louis XVI et échappe à un mandat d’arrêt.
Après juillet 1793
Jean-Baptiste Le Brun publie à compte d’auteur le Précis historique de la vie de la citoyenne Le Brun.
Le 10 août 1793
Ouverture du premier musée du Louvre.
Le 16 octobre 1793
Exécution de Marie-Antoinette.
Durant la Terreur, Étienne Vigée détruit les lettres de Vaudreuil à sa sœur écrites durant le siège de Gibraltar. Elle les lui avait laissées en 1789. Nous pouvons supposer que seul le risque politique à ce moment justifiait cet acte.
Le 5 décembre 1793
Décès de Yolande de Polignac , «morte de douleur» à Vienne. Elisabeth réalise son portrait en souvenir :
Le 8 Décembre 1793
Jeanne Bécu de Vaubernier, comtesse du Barry est guillotinée à Paris.
En février 1794
Le comte d’Artois envoie à sa demande un passeport pour la Russie à madame Vigée Le brun.
Le 10 mai 1794
Madame Elisabeth (1764-1794) est guillotinée.
Le 3 juin 1794
Le divorce entre Jean-Baptiste Le Brun et Elisabeth Vigée Le Brun est prononcé.
Le 24 juillet 1794
Les amies d’enfance d’Elisabeth, les citoyennes Filleul et Chalgrin sont exécutées.
Le 25 juillet 1794
Etienne Vigée est transféré de la prison de Port-Libre à celle des Carmes.
A la fin de l’hiver 1795
Elisabeth séjourne à Kahlenberg.
Le 13 avril 1795
Elle reçoit un passeport de l’ambassadeur de l’Empire russe à Vienne.
Le 19 avril 1795
Accompagnée de Jean-Baptiste Rivière, et de leur entourage, Elisabeth part pour la Russie et arrive à Saint-Pétersbourg en juillet. Elle y devient une peintre célèbre.
Le 23 avril 1795
Elisabeth et Jean-Baptiste sont à Prague.
Les 22 et 23 mai 1795
Après une étape de cinq jours à Berlin, les voyageurs sont accueillis par le prince Henri de Prusse à Rheinsberg. Ils se remettent en route le 1er juin.
Le 8 juin 1795
L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.
Du 15 au 17 juin 1795
Elisabeth et Jean-Baptiste font étape à Königsberg.
Le 18 juin 1795
Ils arrivent à Memel.
Avant le 23 juillet 1795
Elle est à Saint-Pétersbourg, où elle fait un séjour de plusieurs années favorisé par des commandes de la haute société russe et des appuis de Gabriel-François Doyen proche de l’Impératrice et de son fils. Elle rêve de revenir en France, mais son statut d’émigré l’en empêche.
Le 24 juillet 1795
Elisabeth est présentée à l’Impératrice Catherine II (1729-1796).
Fin juillet 1795
Le domestique de Kalhenberg lui dérobe ses premiers gains.
Durant l’été 1795
Elisabeth est reçue à Alexandrowski chez la princesse Dolgoroukaïa.
Le 5 octobre 1795
Etienne Vigée participe à l’insurrection royaliste.
Le 17 novembre 1796
Avènement de Paul Ier (1754-1801).
En 1797
En raison de la faillite de la Banque de Venise, la rente d’Elisabeth est diminuée, elle sera désormais servie par Milan.
Durant l’été 1798
Madame Vigée Le Brun séjourne dans une datcha (résidence secondaire à la campagne) proche de celle de la comtesse Golovina, où logent la princesse de Tarente et la comtesse Tolstaïa.
En novembre 1798
Madame Tallien rédige une lettre en faveur de la radiation du nom de madame Vigée Le Brun de la liste des émigrés.
En décembre 1798
Etienne Vigée fonde, à Paris, le «Lycée des étrangers» qui publie Les Veillées des Muses.
En 1799
Une pétition demandant la radiation du nom de Vigée Le Brun de la liste des émigrés, signée par 255 personnalités des lettres, des arts et des sciences, à l’initiative de Jean-Baptiste Le Brun, est présentée au Directoire.
Le 31 août 1799
Julie Le Brun épouse (contre le gré de sa mère) Gaëtan Bertrand Nigris, à Saint-Petersbourg. Parmi les témoins figurent le baron Alexandre Stroganov, chambellan de la Cour de Russie, Jacques-Gabriel de la Ferté-Meung, le comte Grigori Ivanovitch Tchernychev et Jean-Baptiste Rivière.
C’est pour Elisabeth un déchirement. Déçue par son mari, elle avait fondé tout son univers affectif sur ce seul enfant. Les deux femmes ne se réconcilieront jamais totalement.
Le 9 novembre 1799
Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France par son coup d’Etat.
Durant l’hiver 1799
Elisabeth Le Brun soigne Julie souffrant de la petite vérole. Le bruit court que l’artiste va partir pour la Suède.
Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804
Bonaparte est Premier consul.
Le 9 avril 1800
Décès de sa mère, Jeanne Maissin.
Dans ses mémoires madame Vigée Le Brun raconte la genèse du tableau ; elle a été invitée à Mittau par la famille royale en exil mais pour des raisons personnelles et professionnelles elle a dû décliner l’invitation :
« Le comte de Cossé est arrivé à Saint-Pétersbourg en provenance de Mittau où il venait de quitter la famille royale. Il m’a rendu visite pour me convaincre de visiter les principes en disant qu’ils seraient très heureux de me voir. A ce moment là j’étais vraiment désolé car je ne pouvais pas laisser ma fille malade, et j’ai aussi dû accomplir des commissions de portrait que j’avais accepté non seulement de clients importants mais aussi de la famille impériale, ce qui m’a empêché de partir à plus tard Saint-Pétersbourg pour un moment. J’ai exprimé mon angoisse à M. de Cossé, et comme il allait bientôt revenir à Mittau, j’ai immédiatement peint le portrait de la reine par cœur, lui demandant de le présenter à la duchesse d’Angoulême. »
Elisabeth Vigée Le Brun
Bien que le tableau ait été rapidement réalisé, le portrait ne montre aucun signe de hâte. Maîtrise dans son exécution, terminée avec des couches sur des couches d’émail translucide exquis. Les yeux de la Reine brillent et affichent une beauté et une fraîcheur qui rappellent l’apparence qu’elle a dû avoir quand le peintre L’a rencontrée pour la première fois.
Le portrait a été un plaisir doux-amer pour la duchesse d’Angoulême, qui a en fait écrit une lettre de remerciement touchante au peintre :
Le 5 juin 1800
Elle est rayée de la liste des émigrés et peut rentrer à Paris, chose qu’elle ne fera que deux ans plus tard.
Le 16 juin 1800
Elle est reçue solennellement à l’Académie de Russie.
Le 11 octobre 1800
Elisabeth part pour Moscou avec Rivière. Elle y séjourne cinq mois.
En janvier 1801
Elisabeth écrit une longue lettre de reproches à Jean-Baptiste Le Brun.
En 1801
Elle demeure en particulier chez la Comtesse Saltykoff. Invitée par les grandes cours d’Europe, peignant sans cesse, elle se refuse à lire les nouvelles, car elle y apprend que tous ses amis meurent guillotinés, dont son amant Doyen, qui fut cuisinier de Marie-Antoinette pendant dix ans.
Le 12 mars 1801
Le Tsar Paul Ier est assassiné.
En avril 1801
Elisabeth regagne Saint-Petersbourg. Rivière reste quelques semaines de plus à Moscou.
En mai 1801
François Guillaume Ménageot quitte l’Italie et rentre à Paris.
En juin 1801
Peu avant son départ, Elisabeth dîne à Saint-Petersbourg avec le général Duroc (1772-1829).
Elisabeth quitte Saint-Petersbourg , Jean-Baptiste Rivière l’accompagne dans une voiture séparée. La route suivie passe par Narva, Riga, Mittau, Memel, Königsberg.
En juillet 1801
Elle fait une longue étape à Berlin. Elle est reçue à l’Académie de Berlin.
Le 19 décembre 1801
Elisabeth quitte Berlin, s’arrête à Dresde et à Brunswick où Jean-Baptiste Rivière s’installe avec sa famille.
Elle repart seule pour Weimar et séjourne six jours à Francfort-sur-le-Main.
Le 18 janvier 1802
Le retour d’Élisabeth est salué par la presse, mais elle a du mal à retrouver sa place dans la nouvelle société née avec l’Empire. De ce fait elle repart en voyage et visite longuement l’Angleterre et la Suisse.
Le 6 mars 1802
Madame Vigée Le Brun aperçoit le Premier Consul Bonaparte pour la première fois lors d’une parade.
Le 11 mars 1802
Elle assiste à la représentation d’Esther à l’Institut National de Saint-Germain-en-Laye, fondé par madame Campan.
En juillet 1802
Madame Vigée Le Brun, mélancolique, réside à Meudon, à la Capucinière.
Le 27 septembre 1802
Benjamin West (1738-1820) reçoit le couple Le Brun et les principaux artistes parisiens.
Le 7 janvier 1803
Un concert a lieu rue de Cléry.
Le 10 mars 1803
Elisabeth donne une représentation théâtrale et un bal d’adieu à l’hôtel Le Brun.
Auguste Rivière est de retour en France.
Le 15 avril 1803
Madame Le Brun part pour Londres avec Marie-Adélaïde Landré, entrée à son service. Elle loge à Leicester Square, à l’hôtel Brunet, y revoit le comte de Vaudreuil et peint les portraits de ses enfants.
Le 7 juin 1803
Elisabeth loge au 61 Baker Street.
Le 20 octobre 1803
Elle recommande sa fille Julie au banquier Jean-Frédéric Perregaux.
Début 1804
Elisabeth réside à Knoles chez la duchesse de Dorset.
Elle passe une soirée avec Lady Hamilton .
En février 1804
Elle est en villégiature à Bath.
Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814
Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’Empereur.
Durant l’été 1804
Elisabeth séjourne chez la Marchioness of Buckingham à Stowe.
En automne 1804
Elle est reçue par l’Earl of Moira Donnington Park.
Elle apprend le retour à Paris de sa fille Julie, et de son mari Gaëtan Nigris.
Le 2 décembre 1804
Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris, Empereur des Français.
Le 24 décembre 1804
Le portraitiste John Hoppner (1758-1810) attaque vivement la manière de Madame Vigée Le Brun et des peintres de l’école française dans sa préface aux Oriental Tales.
En 1805
Elisabeth revient de Londres en France, en passant par la Hollande et la Belgique.
En juillet 1805
Elle s’installe à l’hôtel Le Brun.
Le 15 mars 1806
Elisabeth reçoit la commande impériale d’un portrait de Caroline Bonaparte, princesse Murat, par l’intermédiaire de Dominique Vivant Denon.
Pendant l’été 1806
Caroline et sa fille posent devant son chevalet … et cela se passe mal : « J’ai peint de véritables princesses qui ne m’ont jamais tourmentée et ne m’ont pas fait attendre », dira la peintre quinquagénaire de cette jeune Reine parvenue.
Le 12 janvier 1807
Elisabeth devient propriétaire d’une partie de l’hôtel Le Brun, avec la salle de concert, par le rachat d’hypothèques et en ajoutant un complément. Jean-Baptiste Le Brun conserve la maison, rue du Gros-Chenet, avec le jardin. L’édification d’un mur mitoyen (ou d’une grille en fer ) entre les deux propriétés est envisagée.
Le 15 janvier 1807
Jean-Baptiste Le Brun s’associe avec le banquier Bazin pour créer une société d’investissement .
Le 16 janvier 1807
Elisabeth consent un prêt à Jean-Baptiste.
Le 24 janvier 1807
Jean-Baptiste part pour un long circuit.
En mai 1807
Etienne Vigée remporte le prix de l’académie de Montauban avec un essai : Combien la critique amère est nuisible au progrès des talents.
Au début du mois de juillet 1807
Elisabeth entreprend un premier voyage en Suisse: elle se rend à Chamonix.
Du 6 juillet au 13 septembre 1807
Elle séjourne à Copper chez Madame de Staël (1766-1817) dont elle commence le portrait.
Le 10 octobre 1807
Elisabeth regagne Paris.
En novembre 1807
Une relation entre Julie Nigris-Le Brun et Jean , marquis de Maleteste (1781-1861), semble établie depuis quelque temps.
Le 30 novembre 1807
Madame Le Brun est élue à la Société des beaux-arts de Genève.
En 1808
Elisabeth effectue un second voyage en Suisse.
Le 17 août 1808
Elle assiste à la fête des bergers à Unspunnen avec Germaine de Staël.
De retour en France, toujours domiciliée rue du Gros-Chenêt, elle loue une maison de campagne à Montgeron, par Villeneuve Saint-Georges.
En 1809
Élisabeth Vigée Le Brun a cinquante-quatre ans ; elle vit entre Paris, où elle tient salon, et Louveciennes où elle a une maison de campagne voisine du château de feue la comtesse du Barry (guillotinée en 1793) dont elle avait peint trois portraits avant la Révolution.
En janvier 1809
Jean-Baptiste revient de Florence à Paris où il restaure les tableaux qu’il a acquis.
Le 17 avril 1809
Caroline Vigée, fille d’Etienne, épouse son oncle, Louis Rivière, le frère de sa mère, Suzanne.
En juillet 1809
Madame Le Brun échappe à un accident de voiture.
Le 27 juillet 1809
Sa fille Julie est souffrante.
Le 20 décembre 1809
Jacques François Le Sèvre, son beau-père, dépose son testament.
Le 21 décembre 1809
Adjudication d’une maison de campagne à Louveciennes à madame Vigée Le brun, pour la somme de 38 150 francs avec charges de rentes.
Le 27 janvier 1810
Décès de Jacques François Le Sèvre, son beau-père.
De janvier à mai 1810
Elisabeth souffre d’accès de goutte.
En février 1810
Elle signe l’acte définitif d’acquisition de la maison dite «le château des sources», à Louveciennes.
Du 20 au 24 mars 1810
On annonce la vente de la collection de Jean-Baptiste Le Brun «pour cessation de commerce» dans la galerie Le Brun.
Le 17 avril 1810
Madame Le Brun signe un bail pour un appartement au 15 rue des Mathurins.
Une crise survient dans la liaison de Julie Nigris avec le marquise de Maleteste.
Le 21 juin 1810
Ménageot et Julie Nigris séjournent à Louveciennes.
Le brun effectue une nouvelle tournée à Bruxelles, Anvers, Rotterdam et Amsterdam.
Entre 1810 et 1813
Il est fait mention d’une brouille entre Elisabeth et son frère Etienne Vigée.
Le 8 juin 1811
Décès de Suzanne Vigée, 12 rue Sainte-Croix, chez sa fille Caroline.
En 1812
Campagne de Russie.
Jean-Baptiste Le Brun, en difficulté, déménage au second étage de l’hôtel Le Brun ; il envisage de louer les appartements du premier afin de compléter ses revenus.
Etienne Vigée emménage au 27 rue du Mont-Blanc.
Vers 1812
Gaëtan Nigris est aperçu à Naples, Rome et Naples. Il a des dettes vis-à-vis de Le Brun.
Le 21 mars 1813
Jean Baptiste Le Brun souffrant depuis janvier rédige son testament. Une clause prévoit le versement à sa nièce d’une rente de 1000 livres annuelles.
Le 7 août 1813
Son mari, Jean-Baptiste Pierre Le Brun, dont elle avait divorcé, meurt.
En 1814
Elisabeth peint le tableau dit l’Apothéose de la Reine, œuvre confidentielle.
Le 31 mars 1814
Invasion de la France par la coalition européenne.
Le 6 avril 1814
Abdication de Napoléon Ier.
Madame Vigée Le Brun est effrayée par l’arrivée des Prussiens à Louveciennes.
Le 4 juin 1814
Louis XVIII signe la charte.
Etienne Vigée rédige un poème monarchiste «Procès et décès de Louis XVI». il est nommé «lecteur de la chambre et du cabinet du Roi».
Le comte de Vaudreuil revient à Paris.
Entre le 16 et le 23 juin 1814
Gaëtan Nigris quitte Saint-Petersbourg.
Le 19 mars 1815
Napoléon est aux portes de Paris.Louis XVIII et sa cour prennent la fuite pour Gand en passant pas Beauvais.
Le 18 juin 1815
La défaite de Waterloo réinstalle Louis XVIII sur le trône de France.
Le 30 juin 1815
La maison où réside Etienne Vigée est pillée.
Elisabeth refuse de revoir Jacques Louis David malgré ses instances.
Août 1816
Julie Nigris-Le Brun vit depuis quelques temps à la «pension des Dames» allée des Veuves.
Avant l’automne 1816
Elisabeth s’installe au 9 rue d’Anjou.
Le 4 octobre 1816
Décès de François Guillaume Ménageot (1744-1816).
Le 26 octobre 1816
Elisabeth fête ses retrouvailles à Paris avec la princesse Natalia Kourakina
Le 3 novembre 1816
La princesse l’invite à une soirée musicale.
Le 18 novembre 1816
Elisabeth donne une soirée chez elle. Y assistent, entre autres, Louis Aimé-Martin (1782-1847) , Charles Brifaut (1781-1857), le comte de Vaudreuil (1740-1817), Charles Philippe Lafont (1781-1839) et la princesse Kourakina.
Le 17 janvier 1817
Le comte de Vaudreuil meurt dans la charge de gouverneur du Louvre. au palais du Louvre. Il laisse un lourd passif.
Etienne Vigée, domicilié au 3 rue Louis-Le-Grand, se prend de passion pour la tragédienne Mademoiselle Treille.
Le 27 janvier 1817
Elisabeth passe la soirée avec la princesse Kourakina.
Le 11 février 1817
Elle donne une réception.
Le 19 mai 1817
Elisabeth organise une soirée musicale.
Dans le courant du mois de mai 1817
Elisabeth montre à François Gérard (1770-1837) son tableau de l’Apothéose de la Reine.
Le 19 juin 1817
La princesse Kourakina rend visite à Elisabeth à Louveciennes en compagnie de madame de Bawt.
En janvier 1818
L’artiste loge encore rue d’Anjou, où elle restera encore au moins jusqu’en 1822.
De l’hiver au printemps 1818
Elle fait de nombreuses sorties avec la princesse Kourakina.
Dans le courant de l’année 1818
Julie Nigris est soupçonnée d’avoir volé un couvert d’argent à la pension des Dames où elle vit.
Vers le 11 août 1818
Etienne Vigée est en proie à ces crises d’alcoolisme.
En 1819
Julie Nigris est soignée depuis quelques temps par le docteur Trappe, spécialiste des maladies vénériennes. Elle a quitté, à la demande de sa mère, la pension des Dames et loge au 39 rue de Sèvres.
Le 8 décembre 1818
Julie Le Brun qui est tombée peu à peu dans ce qui n’est pas loin d’être de la prostitution… et l’alcoolisme… meurt à trente-neuf ans dans une chambre de bonne. Madame de Noiseville et madame de Verdun sont à son chevet avec leur amie.
Le 14 décembre 1818
Elisabeth règle les frais de garde-malade et les dépenses liées au décès de sa fille.
Le 13 février 1820
Assassinat du duc de Berry, neveu de Louis XVIII.
A la fin de l’été 1820
Elle fait un voyage à Bordeaux en compagnie de Marie-Adélaïde Landré , en passant par Méréville, Orléans, Blois, Tours.
Le 8 avril 1821
Elisabeth renonce officiellement à la succession de sa fille.
Dans le courant de l’année 1821
Elle peint Sainte Geneviève gardant ses moutons dans la plaine ( dont le visage représenterait les traits de Julie…).
Le 31 mars 1822
Elisabeth fait donc du tableau Sainte Geneviève gardant ses moutons dans la plaine à l’église de Louveciennes.
Le 24 août 1823
Elle rend visite à la princesse Kourakina avec Charles Brifaut (1781-1857).
Elle offre le tableau de l’Apothéose de la Reine à la vicomtesse de Chateaubriand afin d’orner la chapelle de l’infirmerie Marie-Thérèse, rue d’Enfer.
En 1824
Madame Le Brun reçoit ses amis plusieurs fois par mois.
Elle peint la petite fille de madame de Polignac :
Le 11 mars 1824
Elle passe la soirée chez la princesse Kourakina avec le comte Alfred de Vigny (1797-1863), monsieur et madame Ancelot, Robert Lefèvre, Mesdames de Bellegarde, Sophie de Bawr.
Le 15 avril 1824
Elle assiste à une lecture de L’Ange Déchu d’Alfred de Vigny . Elle revoit la comtesse Tolstaïa et réalise le portrait de son fils Emmanuel (dit Lily).
Le 16 septembre 1824
Louis XVIII meurt à Paris.
Charles X monte sur le trône et décide de renouer avec la tradition du sacre.
Vers avril 1825
Elisabeth Vigée Le Brun fait part de son intention de rédiger ses Mémoires et prend quelques notes.
Le 1er mai 1825
Elle rédige un premier testament olographe.
Le 23 novembre 1825
Elle s’installe au 9 rue Neuve-des Capucines.
En 1828
Elisabeth s’installe à l’hôtel Le Coq, au 99 rue Saint-Lazare.
Le 30 juin 1828
En remerciement du don du portrait du duc de Rivière «de souvenir», Charles X lui offre un service à thé en vermeil.
Le 23 septembre 1829
Elisabeth rédige un second testament qui fonde le prix de la «tête d’expression à Pétersbourg». Elle fait des legs à sa nièce Eugénie, née Le Brun (bijoux, meubles, rente).
Les 27, 28 et 29 juillet 1830
Les opposants aux ordonnances de Saint-Cloud soulèvent Paris : ce sont les Trois Glorieuses de 1830, ou la « révolution de Juillet », qui renversent finalement Charles X.
Le 30 juillet 1830
Louis-Philippe duc d’Orléans, est nommé lieutenant général du Royaume par les députés insurgés
Le 31 juillet 1830
Louis-Philippe accepte ce poste. Il s’enveloppe alors d’un drapeau tricolore avec La Fayette et paraît ainsi à son balcon.
Elisabeth vit les événements dans la crainte.
Le 4 juillet 1831
Décès de la princesse Natalia Kourakina
En septembre 1831
Madame Le Brun, fatiguée, redoute la lecture de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo ( 1802-1885).
Antoine-Jean , baron Gros (1771-1835), peintre français néoclassique et préromantique, fait une longue visite à Louveciennes.
Durant l’hiver 1831
L’artiste organise une soirée littéraire à l’hôtel Le Coq: François-René de Chateaubriand (1768-1848), le baron Gros (1771-1835), Honoré de Balzac (1799-1850), Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), Delphine Gay (1804-1855) , entre autres , y participent.
En 1832
Elisabeth a une discussion mouvementée avec le baron Gros à propos de David.
En février 1833
Avec sa nièce , elle donne un bal costumé à l’hôtel Le Coq.
Le 29 février 1835
Elisabeth signe un contrat chez Fournier accordant à ce dernier le «droit d’imprimer à quinze cents exemplaires» Les Souvenirs.
Le 10 juin 1835
Le baron Gros déjeune pour la dernière fois chez madame Vigée Le Brun.
Le 25 juin 1835
Antoine-Jean Gros (1771-1835) se suicide à Meudon. Il est retrouvé noyé sur les rives de la Seine.
En août 1835
Elle lit les épreuves des Souvenirs.
Le premier tome, Lettre à la princesse Kourakine, paraît.
Vers 1835
Madame Vigée Le Brun publie ses Souvenirs, qui connaîtront un grand succès et restent un document très intéressant sur les bouleversements de cette époque qu’elle a vécus de si près, pour avoir connu les personnages marquants de son époque : tous les artistes de renom et toutes les cours.
Elle vieillit doucement, entourée des siens ; en proie à des attaques cérébrales, elle perd la vue après une attaque plus sérieuse.
En 1836
Elisabeth reprend la rédaction de ses Souvenirs.
Le 6 novembre 1836
Charles X meurt à Görz du choléra.
En 1837
Les tomes II et III des Souvenirs sont publiés.
Le 11 mars 1837
Décès de son amie d’enfance, Madame de Verdun. Elisabeth traverse une période dépressive.
En 1838
Elle invite régulièrement la baronne de Crespy Le Prince.
Durant l’été 1838
Elle reçoit les visites de Jean Poujoulat (1808-1880), journaliste et homme politique, de Louise Colet (1810-1876), poétesse et femme de Lettres, de Vigny, de Musset (1810-1857) et d’Abel de Villemain (1790-1870).
En septembre 1835
Elisabeth consulte divers médecins
« Mes souffrances sont dans ma tête.»
En 1839
Le Docteur Fournier, médecin à Louveciennes, soigne son rhumatisme.
Elle reçoit la visite d’Elzéar de Sabran (1774-1846) qui prend des nouvelles plusieurs fois dans l’année.
En 1841
Elisabeth est atteinte d’une congestion cérébrale à Louveciennes.
Caroline Rivière la conduit chez le notaire Bertinot et fait rayer sur le testament de tante ses legs à Eugénie, hormis la pension inscrite sur le grand livre.
Le 29 janvier 1842
Elisabeth, comprenant «ce qu’on lui a fait signer», rédige un nouveau testament où elle donne à Eugénie des compensations.
Le 30 mars 1842
Elisabeth meurt à Paris à son domicile, 99 de la rue Saint-Lazare en présence d’Eugénie et de Justin Tripier le Franc, de Caroline Rivière et de Jean Poujoulat.
Le 2 avril 1842
Les obsèques d’Elisabeth Vigée Le Brun ont lieu à l’église Saint-Louis-d’Antin.
Elle est enterrée au cimetière de Louveciennes, avec pour épitaphe
« Ici, enfin, je repose… ».
« Le nombre important d’autoportraits laissés par Élisabeth Vigée le Brun, mérite d’être relevé. Elle n’est certes pas la première artiste à se livrer à l’exercice (Rembrandt ou Chardin l’ont, entre autres, précédée) mais la régularité avec laquelle elle revient sur sa propre image et la façon dont elle se représente témoignent de son souhait de s’affirmer en tant que femme artiste.
Échelonnés tout au long de sa carrière, ses autoportraits reflètent l’image qu’elle donnait dans sa propre vie: vêtue des atours simples qu’elle affectionne, une mode pratique et «bohème» qu’elle a elle-même élaborée. Jolie, enjouée, elle met en avant la sincérité de sa démarche de peintre et une certaine désinvolture, loin des diktats de la mode. Les poses se veulent naturelles.
Pas d’accessoires, hormis la palette et le pinceau, lorsqu’elle se représente au travail. Les fonds sont neutres. La permanence de l’exercice témoigne en outre de sa modernité. Femme artiste dans des années où relativement peu d’entre elles encore accèdent à une carrière professionnelle, elle affirme en se peignant son indépendance et sa réussite.»